mercredi 31 octobre 2012

RIP Halloween

Google Trends est un outil basé sur le moteur de recherche Google. Pour un mot donné, Google Trends indique la fréquence des recherches depuis 2004 et surtout: leur variation. Pour peu que l’on sache isoler le terme pertinent, on obtient le cours du buzz, de même qu’il existe des cours de bourse.

Ayant le sentiment qu’Halloween a quasiment disparu en France, j’ai entré «halloween» dans Google Trends (auquel j’ai ajouté «enfants» pour éviter la pollution par des pages non francophones) – on constate deux choses : 
  • Le caractère fortement cyclique de «Halloween». «Halloween» n’existe pas hors d’Halloween, contrairement à «Noël» ou à «Pâques» qui sont cycliques mais qui existent tout au long de l’année. 
  • La décroissance forte et continue de «Halloween». Depuis 2004 (les statistiques n’existent pas avant) Halloween a perdu les trois quart de son poids.
... et c’est très bien ainsi.

[La dessus, certains vont peut-être penser que les recherches sur Google sont une chose, que le phénomène en est une autre? que nenni, que nenni! Google arrive par exemple à prévoir les pics de grippe avant les autorités sanitaires. Parce que Google connaît le taux de recherche sur «gorge sèche» ou «nez pris» avant que les gens n’aillent consulter.]

mardi 30 octobre 2012

Nouvelle évangélisation et examen de conscience

Il y a en Russie en ce moment un vent de véritable nouvelle évangélisation. Un chiffre résume tout. Dans le seul diocèse de Moscou, on compte mille séminaristes. Autre exemple : François Lespès m'offrait ce matin une cassette qu'il a tournée pour KTO au monastère de Valaam. Valaam ? "Archipel d'une cinquantaine d'îles, figées six mois par an dans les glaces de l'immense Lac Lagoda". "En 1989, six moines accostent à Valaam, pour restaurer une vie monastique dont le fil avait été brisé. 23 ans plus tard, ils sont près de 150 et la plupart des églises dévastées ont été rebâties".

La nouvelle évangélisation a plus de mal à se faire en Occident où l'on ne voit rien de tel... Pourquoi ?

J'ai coutume d'écrire ici que l'homme religieux (homo religiosus) est mort en Occident. Le laïcisme - idéologie française - a tué l'élan spontané, l'hommage immédiat que chaque homme dans le secret de son coeur, mais aussi dans le concret de la vie sociale ordinaire, rendait à la Puissance supérieure.

Il est clair que la demande de religieux est faible en Occident. Faible mais pas éteinte, comme le prêtre que je suis peut en témoigner. La grâce de Dieu ne cesse jamais d'appeler. Comment ?
Nous savons tous, même si nous sommes isolés, que nous ne sommes pas seuls. Mais nous ne savons pas quoi faire de cette évidence secrète. Nous ne savons pas quoi dire de cette Présence silencieuse.

Comme l'avoue le malade de la Piscine de Bethesda, qui ne parvient pas à se guérir lui-même de cette maladie non identifiée dont il souffre : "Je n'ai pas un homme qui puisse me pousser dans la piscine" (Jo 5), pas un homme pour profiter du moment où l'eau, lorsqu'elle bouillonne, a des vertus curatives. Vous connaissez la suite : Jésus est obligé de faire le bouleau lui-même, puisque aucun homme ne se présente pour rendre ce service. Il guérit donc lui-même le paralytique, par un miracle un peu exceptionnel. Eh bien ! Je crois qu'il en est ainsi, en ce moment. Pour beaucoup qui sont paralysés par le péché ou par les préjugés, "il n'y a pas un homme" pour les pousser au bon moment. Oh ! Ce n'est pas que les chrétiens soient moins serviables, moins empressés qu'autrefois. Au contraire ! Sans doute surtout ne savent-ils pas s'y prendre. Ceux qui frappent à la porte des églises, souvent c'est Jésus lui-même qui les a pris par les cheveux pour les amener à lui.

Encore faut-il que ceux-là trouvent des hommes qui les accueillent et ne les repoussent pas. Un christianisme qui les nourrissent et qui ne les empoisonne pas. Il me semble que cette évangélisation occidentale qui ose s'intituler nouvelle (comme si l'Esprit saint avait besoin de se renouveler depuis la Pentecôte : il ne cesse de le faire) souffre de deux défauts humains, trop humains.

Premier défaut : les charismatiques étant la seule aile marchante issue du Concile, on tend à proposer une approche de la foi qui est très charismatique, fondée sur l'expérience personnelle sensible que chacun ferait de Dieu. Je ne dis pas que cette expérience-là n'existe pas : joie, joie, pleurs de joie. Mais je dis que la ferveur ne se décrète pas, que l'expérience de Dieu ne se commande pas, qu'elle n'est pas universelle, qu'elle est particulièrement difficile dans notre société où le désir est athée. Et puis... la vie surnaturelle est quelque chose de profondément personnel. Chacun grandit dans l'esprit de Dieu selon "la riche diversité" dont parle saint Paul aux Ephésiens, celle qui est propre à l'Eglise justement.

En revanche, il est une expérience que nous avons tous faite, celle du péché, celle de notre faiblesse, de notre insuffisance. Celle de nos blessures et de notre mort annoncée. Au fond, tant que nous n'avons pas fait l'expérience de notre faiblesse, nous ne pouvons pas accéder aux consolations de Dieu. Faut-il parler d'avantage du péché ? Sans doute. Précisons cependant : sans aucune moraline. Il faut surtout aider les hommes à se connaître eux-mêmes. "Que je me connaisse et que je vous connaisse !" dit saint Augustin. Il faut cesser de regarder la condition humaine avec des lunettes roses et revenir à la prédication du péché originel. Peut-on être vraiment chrétien sans cela ?

Deuxième défaut, que j'ai constaté récemment chez tel prêtre au cours d'un débat : l'idéologie, la tendance à "sécuriser" la foi, à la "mettre sous contrôle" dans un discours parfaitement rodé, qui a hélas un premier défaut rédhibitoire ; ce discours ne mord pas sur le réel. Il pêche le plus souvent par un optimisme résolu, professé en dépit de tout. Nous sommes tout près de l'idéologie.

Il enferme dans une surréalité rhétorique en produisant d'ailleurs sur demande toutes les excuses du monde aux ouvriers de la moisson qui n'ont pas de succès dans leur ministère parce qu'ils n'ont pas accès aux âmes ; accessoirement cette idéologie chrétienne fournira toutes les "raisons" du monde aux autorités trop faibles et donc injustes, que Cajétan n'a pas hésité à nommer "despotiques" (dans son Commentaire sur le schisme). Comme disait mons. Ducaud-Bourget de manière un peu brutal à propos de cette culture de l'excuse : "Il y a toujours un motif "surnaturel" pour faire une saloperie".

Ne croyez pas que ce discours soit amère... Mais tant que la lucidité n'est pas interdite, autant s'y essayer.

samedi 27 octobre 2012

La semaine du cybertradi - et dimanche?

Je me permets un rapide résumé de l’actualité traditionaliste de ces derniers jours (du 22 au 27 octobre donc), à l’usage de ceux d’entre vous qui reviendraient d’un séjour sur Mars.

Lundi, le site de la FSSPX en France met en ligne une récente conférence de Mgr de Galarreta. Monseigneur s’était jusqu’alors opposé à tout «accord pratique»: il demandait que l’on ne signe rien avec Rome tant qu'Elle ne serait pas revenue à la doctrine traditionnelle. Mais voila que Mgr de Galerreta envisage une «voie pratique», pour laquelle il n’y aurait «pas d’abord un retour de la part de Rome, d’un prochain pape à la Tradition» – avec simplement une volonté romaine de «permettre la Tradition». La FSSPX pourrait alors s’autoriser à «accepter une normalisation canonique, en vue du bien que nous pourrions faire dans l’Eglise». En clair, Mgr de Galarreta quitte la position qu’il partageait avec ses confrères Tissier de Mallerais et Williamson.

Mardi, la direction de la FSSPX expulse Mgr Williamson. La décision était prise depuis le 4 octobre, un ultime délai lui était donné. Dans sa charité, la direction laissait à Mgr Williamson la possibilité de demander qu’on lui pardonnât ses vilenies. Dans sa charité toujours la direction ne communiquait pas sur cette décision: le 16 octobre encore, le porte-parole dela FSSPX interrogé par l’APIC qualifiait cette éventualité de «rumeurs sans fondements». Tout de même, il a du être rudement surpris.

Mercredi, la direction de la FSSPX rend publique sa décision, citant de Mgr Lefebvre à l’appui, et indiquant combien elle lui est «douloureuse». Ne voulant pas laisser la direction seule dans sa douleur, des pages internet comme Fecit ou TradiNews virent au noir. Dans Le Figaro, Jean-Marie Guénois estime que «la mesure était souhaitée par Rome».

Jeudi, Mgr Williamson répond par une lettre ouverte à Mgr Fellay, dans Rivarol. Il estime que loin d’être désobéissant, il a suivi nombre d’ordres «plus ou moins désagréables» de la direction de la FSSPX, quittant successivement le séminaire américain, puis le séminaire argentin, pour se retirer «dans une mansarde à Londres, sans parole ni ministère épiscopal». Là n’est de toute façon pas le problème, écrit Mgr Williamson – ce qui est en jeu est que «le chef de la Fraternité fondée en 1970 pour résister aux nouveautés du Concile propose de la concilier avec le Concile. Aujourd’hui elle est conciliante. Demain elle doit se faire pleinement conciliaire». Des voix s'élèvent sur les forums traditionalistes pour regretter que, chassé de partout ailleurs, Mgr Williamson s'autorise néanmoins à publier son texte dans un journal dont le directeur serait sédévacantiste.

Jeudi toujours, par la voix de son Président Ronald Lauder, le Congrès Juif Mondial approuve l’expulsion de Mgr Williamson, dont il regrette cependant qu’elle ne soit pas intervenue avant. Sur la question des relations avec le judaïsme, Ronald Lauder affirme que «tant que la Fraternité Saint-Pie X ne prend pas une position claire, ils ne devraient pas être réadmis dans le giron de l’Eglise catholique».

Vendredi, l’abbé Schmidberger revient sur l’expulsion de Mgr Williamson, dans un communiqué qu’il publie en sa qualité de supérieur du district allemand. Il estime que l’évêque est passé «d’une antipathie pour le Supérieur général et son conseil à un refus», d'un refus à une opposition, d’une opposition à la rébellion. L’abbé Schmidberger parle d’un «aboutissement douloureux», de Mgr Fellay qui est «éprouvé par cette décision». Prions pour tous. - En Allemagne toujours, le porte-parole du district, l’abbé Andreas Steiner, déclare à la presse que «cette décision facilitera certainement les discussions» avec Rome.

Samedi, par le biais du VIS (Vatican Information Service), la Commission Pontificale Ecclesia Die cite la réponse de la FSSPX aux dernières propositions de Rome. Ces dernières propositions sont celles dont on avait pu croire que Mgr Fellay les avait définitivement refusées le 13 juin 2012, comme clairement inacceptables. Aurait-on mal compris? Y aurait-il quelque malentendu? Selon la Commission Ecclesia Die, la FSSPX «a fait savoir qu’elle avait besoin d’un temps supplémentaire de réflexion et d’étude pour préparer sa réponse aux dernières propositions». Se montrant particulièrement bienveillante, la Commission estime qu’«après trente ans de séparation, il est compréhensible qu’il faille du temps pour assimiler la substance des développements récents».

Et dimanche? Dimanche sans doute les tradis discuteront-ils à la sortie de la messe. Il y a ceux qui prendront la Commission Ecclesia Dei au pied de la lettre - pour se réjouir de la perspective d’un accord, ou pour grincer des dents et lier cette perspective à l’expulsion de Mgr Williamson. Il y a ceux aussi qui verront dans cette lettre une tentative d’intoxication, qui penseront qu’au moment où la FSSPX panse ses blessures, Rome tente de jeter le doute dans les esprits, en suggérant que peut-être les discours sont doubles, que Mgr Williamson aurait figuré sur la table des négociations.

mardi 23 octobre 2012

Succession apostolique

Ne comptez pas, je l'ai fait pour vous - et c'est suffisamment fastidieux. Ils sont cent vingt-et-un. Cent vingt-et-un évêques et archevêques dans la lignée épiscopale de Mgr Marcel-François Lefebvre.

Entre 1950 et 1961, Mgr Lefebvre a sacré quatre évêques (Georges-Henri Guibert, Prosper Paul Dodds, François Ndong, et Emile-Elie Verhille), plus un archevêque en 1968 (Gordon Anthony Pantin). Ces cinq prélats en ont à leur tour sacré d’autres, qui inévitablement en ont fait autant. Soit une descendance épiscopale, de ce côté là, de cent-quinze évêques ou archevêques, dont par exemple le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, ou un certain Bishop Willy (Ngumbi Ngengele).

Puis en 1988, toujours selon le même rite, Mgr Lefebvre sacre quatre évêques (Bernard Tissier de Mallerais, Alfonso de Galarreta, Richard Williamson, et Bernard Fellay). En 1991 les trois premiers sacrent Licínio Rangel, qui en 2002 sacre Fernando Arêas Rifan. Soit six évêques de cet autre côté. Mgrs Rangel et Rifan ont été réconciliés avec Rome, les quatre évêques de 1988 sont restés unis dans la FSSPX – jusqu’à l’expulsion de Mgr Williamson, intervenue aujourd’hui 23 octobre 2012.

Et maintenant, que va-t-il se passer? Sur les cent-quinze prélats du premier côté, octante-cinq sont en vie. La plupart sont jeunes et africains. Typiquement, un sacre épiscopal fait intervenir trois évêques : un consécrateur et deux co-consécrateurs. Chaque nouvel évêque a donc trois chances de se situer dans la descendance épiscopale de Mgr Lefebvre – et dans une génération, il faudra plutôt chercher les évêques africains sans lien avec l’évêque de Dakar.

Et coté traditionalisme ? bien malin et bien imprudent qui prédirait l’avenir, même proche. La seule chose sûre est que la donne change pour les communautés amies (Dominicains, Capucins, Bénédictins et les autres): ils dépendaient jusqu’à maintenant de la vigilante bienveillance de la FSSPX pour leurs ordinations. Voici que l’offre se diversifie.
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Bonus: la liste des évêques et archevêques de la succession apostolique de Mgr Lefebvre

Adalberto Martínez Flores ; Adalberto Paulo da Silva ; Alain Harel ; Albert Vanbuel ; Albert-Leo Bundervoet ; Alexis Touably Youlo ; Alfonso de Galarreta ; Alfred Maria Oburu Asue ; Aloysius Ferdinandus Zichem ; Anthony Hampden Dickson ; Antoine Koné ; Arlindo Gomes Furtado ; Arlindo Gomes Furtado ; Augustin Sagna ; Barthélémy Djabla + ; Basile Mvé Engone ; Benedict Singh ; Benjamin Ndiaye ; Bernard Fellay ; Bernard Tissier de Mallerais ; Carlos Pedro Zilli ; Charles Jason Gordon ; Charles Mahuza Yava ; Denis Wiehe ; Dominique Bonnet ; Donald James Reece ; Dorick McGowan Wright ; Edward Joseph Gilbert ; Elliot Griffin Thomas ; Emile-Elie Verhille ; Emmanuel Marie Philippe Louis Lafont ; Ernest Mesmin Lucien Cabo ; Ernest Sambou ; Félicien-Patrice Makouaka + ; Félix Paul + ; Fernando Arêas Rifan ; Francis Dean Alleyne ; François Ndong + ; François-Xavier Dione + ; Gabriel Malzaire ; Gaspard Béby Gnéba ; Gbaya Boniface Ziri ; Georges Benoit Gassongo + ; Georges Lagrange ; Georges-Henri Guibert ; Geraldo Nascimento ; Gérard-Paul-Louis-Marie de Milleville ; Gilbert Guillaume Marie-Jean Aubry ; Gilbert Marie Michel Méranville ; Giuseppe (José) Negri ; Gordon Anthony Pantin ; Hyacinthe Cardinal Thiandoum + ; Ignace Bessi Dogbo ; Ildo Augusto dos Santos Lopes Fortes ; Isaac Jogues Agbémenya Kodjo Gaglo ; Jacques Yandé Sarr + ; Jean Cardinal Margéot + ; Jean Marie Henri Legrez ; Jean-Baptiste Tiama ; Georges Fonghoro ; Jean-Jacques Koffi Oi Koffi ; Jean-Noël Diouf ; Jean-Pierre Bassène ; Jean-Pierre Kutwa ; Jean-Vincent Ondo Eyene ; Joaquín Hermes Robledo Romero ; José Câmnate na Bissign ; José Lampra Cà ; Joseph Everard Harris ; Joseph Robert Binzer ; Joseph Yapo Aké ; Kelvin Edward Felix ; Kenneth David Oswin Richards ; Licínio Rangel ; Louis Albert Joseph Roger Sankalé ; Lucas Kalfa Sanou ; Lucien Prosper Ernest Fischer ; Luke Paul Matlatarea ; Maixent Coly + ; Malcolm Patrick Galt ; Marcellin Yao Kouadio ; Marie Fabien Raharilamboniaina ; Marie Pierre François Auguste Gaschy ; Marie-Daniel Dadiet ; Martin Albert Happe ; Mathieu Madega Lebouankehan ; Maurice Konan Kouassi ; Maurice Lucien Fréchard ; Maurice Marcel Gardès ; Maurice Piat ; Maurice Rigobert Marie-Sainte ; Neil Edward Tiedemann ; Noël Kokora-Tekry + ; Osmond Peter Martin ; Patrick Webster ; Paul Abel Mamba Diatta ; Paul Dacoury-Tabley ; Paul Jean-Marie Dossavi + ; Paulin Kouabénan N`Gnamé + ; Pierre Claver Malgo ; Pierre Sagna ; Prosper Paul Dodds ; Raymond Ahoua ; Raymond-Maria Tchidimbo ; Richard Williamson ; Robert Daniel Conlon ; Robert Marie Jean Victor de Boissonneaux de Chevigny ; Robert Patrick Ellison ; Robert Rivas ; Salomon Lezoutié ; Settimio Arturo Ferrazzetta ; Siméon Oualli + ; Sydney Anicetus Charles ; Teodoro Mendes Tavares ; Théodore-Adrien Cardinal Sarr ; Théophile Albert Cadoux ; Timóteo Francisco Nemésio Pereira Cordeiro ; Timothée Modibo-Nzockena ; Vincent Matthew Darius ; Wilhelmus Adrianus Josephus Maria de Bekker ; Willy Ngumbi Ngengele ; Xavier-Marie Baronnet

lundi 22 octobre 2012

Vrai et faux génie du christianisme

La nouvelle évangélisation m'agace : on parle de tout et de son contraire en se drapant dans le manteau néo-évangélisateur et l'on oublie que l'évangélisation, il n'y en a qu'une, depuis l'origine. Nous répétons après le Christ : "Le Royaume de Dieu est au milieu de vous". Pouvons-nous mieux dire ? Difficile.

Ce que nous pouvons faire, ce n'est pas changer de mode évangélisateur ou de vecteur de l'évangélisation. Il n'y en a jamais eu qu'un : le Christ. Mais nous pouvons (et me semble-t-il : nous devons) penser l'évangélisation, montrer comment elle agit tel le levain dans la pâte humaine, non pas comme une idéologie, mais comme une nouvelle manière d'être au monde qui touche chaque personne si elle le veut.

Jean-Louis Harouel, dans son dernier livre, Le vrai génie du christianisme, montre comment le vrai christianisme transforme le monde et comment de faux christianismes, comment des christianismes purement idéologiques le détruisent. Sa tentative est ambitieuse, très accessible et, pourquoi ne pas le dire ? enthousiasmante. "Tout ce qui est catholique construit" écrivait naguère l'agnostique Maurras. Il y a le génie du vrai christianisme, qui est un génie de liberté et de développement humain. Et puis il a le mauvais génie des faux christianismes, porteur de totalitarismes et d'enfermements politico-idéologiques. Entre les deux, il est impératif de choisir.
Jean-Louis Harouel, professeur à Assas, vient demain mardi à 20 H 15, au Centre Saint Paul, nous montrer, avec la clarté d'exposition qui le caractérise, ce qu'est le vrai et ce qu'est le faux génie du christianisme.
 
Pour vous mettre en appétit, j'ai demandé à mon alter ego Joël Prieur qu'exceptionnellement il vous fasse profiter de la chronique qu'il publie dans Minute cette semaine sur l'ouvrage de Jean-Louis Harouel Le vrai génie du christianisme.

Totalitarismes pas morts
Jean-Louis Harouel s’était déjà signalé par un lucide état des lieux de la décadence occidentale dans Culture et contre-culture (coll. Quadrige PUF). Il revient cette fois avec un livre riche sur le génie politique du christianisme et ses multiples déformations historiques. Un livre à lire pour comprendre ce qui nous arrive.

De saint Paul à Karl Marx, de Ferdinand Buisson à Renaud Camus, le parcours est éblouissant. Non seulement Jean-Louis Harouel sait tout, mais surtout il a l’art de transmettre ce qu’il sait, en orchestrant des citations essentielles et des détails révélateurs dans une symphonie intellectuelle extrêmement convaincante.
 
Le titre de son livre Le vrai génie du christianisme peut induire en erreur sur l’ampleur de la perspective. Il ne s’agit pas seulement de montrer que le christianisme est à l’origine de l’idée de laïcité et qu’à travers la grande désacralisation du monde opérée par le dogme chrétien, c’est ce même christianisme qui est la matrice de notre liberté de pensée…
 
Sur 250 pages, Jean-Louis Harouel montre aussi la déformation de l’idée chrétienne, et le déclin de l’esprit qui produisent ces évolutions du logiciel initial. « Il y a deux conceptions religieuses de la manière de changer le monde : la manière chrétienne et la manière millénariste. La manière chrétienne de changer le monde consiste à se changer soi-même pour se consacrer aux autres (…) Toute autre est la manière dont les esprits millénaristes pensent pouvoir changer le monde. Ils prétendent le faire en changeant la société, ce qui veut dire concrètement, en changeant les autres ! En les changeant par la contrainte, voire par la violence. Le projet d’établissement du Royaume de Dieu sur terre vise à construire une sainteté collective par des méthodes totalitaires ».
 
Passionnante est la généalogie de ce néo-christianisme totalitaire, gnostique ou socialiste. Jean-Louis Harouel nous offre une synthèse éblouissante de cette idéologie chrétienne qui, depuis les temps lointains de la gnose et du manichéisme, épouse la destinée historique du vrai christianisme… A le lire, on se demande si l’islam n’est pas l’une des manifestations les plus importantes de cette hérésie chrétienne. Autre manifestation historique de cette idéologie chrétienne mutante, la philosophie des droits de l’homme, qui « érige le droit en religion d’Etat, bourrée de valeurs d’origine évangélique, aboutissant à un universalisme fantasmé ».
 
Pour certains l’ennemi politique et culturel est le libéralisme, qui nivelle toutes les convictions et entraîne à considérer que toutes les positions, toutes les opinions, tous les projets sont équivalents. Pour Jean-Louis Harouel, disciple de Jean Fourastié auquel il a consacré un texte très important en introduction à Productivité et richesse des nations (collection Tel Gallimard), la question n’est pas forcément de « résister au libéralisme », induit par la socialisation toujours plus importante des valeurs chrétiennes… L’ennemi, c’est la pensée totalisante ou totalitaire qui naît de la confusion entre la politique et le sacré. Mettre du sacré en politique, c’est toujours travailler à asservir l’homme, en renouvelant les vieilles idoles et en donnant au dieu Moloch, amateur de chair humaine, une dimension politique terriblement concrète. Le christianisme orthodoxe nous a guéri de cette tentation persistante de sacraliser le politique. Face à l’orthodoxie chrétienne, la grande hérésie, multiforme et sans cesse renaissante, est celle qui s’acharne à concevoir le projet du Christ comme un projet politique, en oubliant l’Evangile et le fameux « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
 
L’islam coranique, le socialisme – chrétien ou non – le mondialisme humanitaire sont les grands avatars de cette moderne confusion du spirituel et du temporel. Il faut lire Jean-Louis Harouel, le lire jusqu’au bout : il nous aide à voir notre monde autrement.
 
Joël Prieur

Jean-Louis Harouel, Le vrai génie du christianisme, Laïcité, liberté, développement, éd. Jean-Cyrille Godefroy 270 pp. 20 euros

jeudi 18 octobre 2012

[Abbé de Tanoüarn - Mgr de Moulins-Beaufort] Vatican II, un concile en débat

Valeurs Actuelles publie aujourd'hui un long entretien entre l'abbé de Tanoüarn et Mgr de Moulins-Beaufort, animé par Laurent Dandrieu. Vous pouvez le lire in extenso sur le site de cette revue, et voici un petit extrait pour vous mettre en appétit.

La réforme liturgique est sans doute l’héritage le plus controversé de Vatican II. Est-ce que ce n’est pas un domaine où le Concile – ou l’esprit du Concile – a péché par une forme de conformisme naïf à ce qu’il pensait que le monde attendait ?
Mgr de Moulins-Beaufort À cause de la concomitance entre les réformes suscitées par le Concile et cette crise dans laquelle la société est entrée, la liturgie n’a plus été comprise. L’était-elle parfaitement avant le Concile ? J’en doute un peu. Le besoin  de retrouver les clés de ce monde symbolique, rituel, est ancien, car l’homme moderne a du mal à s’y retrouver. La réforme liturgique, à partir du moment où elle donnait l’impression que chacun pouvait bricoler ce qu’il voulait, a laissé libre cours à l’homme moderne qu’était chaque prêtre – ou chaque fidèle – avec son incapacité à comprendre ce qu’est un rite. Nous avons là beaucoup de travail pour comprendre de manière plus profonde ce qu’est un rite, et ce qu’il nous apporte.
 
Abbé de Tanoüarn Le problème de la réforme liturgique, c’est qu’allant dans le sens du rationalisme moderne, elle a professé l’idée qu’il fallait avant tout comprendre. Or le propre de la liturgie, c’est de présenter un mystère. Et face à ce mystère, le rationalisme et la platitude des traductions ne suffisent pas. Le mot “Agneau de Dieu”, qu’il soit dit en latin ou en français, reste un mot très étrange, et à un moment où l’on veut tout expliquer, on ne se débarrasse pas pour autant de ces traces du mystère antérieur qui demeurent sans qu’on en comprenne le sens. Je crois, et Benoît XVI en a vraiment une conscience très aiguë, qu’il faut revenir à la liturgie comme mystère, comme manifestation d’une présence que les mots ne résument pas, et comme manifestation de la puissance de Dieu dans notre monde, comme mystère de la foi. La liturgie est, par excellence, le mystère de la foi, et je crois que c’est à ce titre qu’elle peut être attractive et non pas dans la prétention de tout expliquer, de tout traduire, et de tout montrer.
 
Mgr de Moulins-Beaufort Je me retrouve bien dans ce que vous dites, j’en tirerais pourtant des conséquences légèrement différentes. La traduction en langue vernaculaire a fait la preuve que ce qui faisait qu’on ne comprenait pas dans la liturgie, n’était pas la langue mais le mystère, c’est ce qui s’y passe réellement. Je n’en tire pas la conséquence qu’il ne faudrait pas traduire, au contraire. Dans la liturgie de Paul VI, on a enlevé beaucoup de mots par rapport à la liturgie ancienne où le prêtre a constamment quelque chose à dire et à faire. Personnellement, je pense que c’est un des bénéfices de cette réforme, même si je crois être capable de voir la beauté de toutes les citations bibliques qui émaillaient ainsi la célébration. Le mystère central, c’est l’acte du Christ auquel il nous est donné de participer à travers l’Eucharistie. On peut l’envelopper de plus ou moins de gestes religieux ou sacrés. Mais ce qu’il faut c’est que nous comprenions que nous devenons participants d’un acte du Christ et de l’Église qui nous dépasse et qui nous engage en même temps, et qui est au-delà de ce que nous sommes capables d’avoir en conscience claire et distincte à chaque moment exprimée dans des mots.

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Le nouveau vaccin contre le racisme

J'ai eu beaucoup d'intérêt à écrire cet article pour Monde et Vie, il y a trois semaines. Je le soumets donc à votre sagacité...

Qui est raciste ?

Existe-t-il une théorie du racisme, qui permette de définir ce terme ? Certes le « racisme » n’est pas seulement une théorie, mais avant tout une pratique : un préjugé avant d’être un jugement… Mais il faut comprendre les raisons de cette pratique. Dans La force du préjugé et dans Les fins de l’antiracisme, Pierre-André Taguieff, se livrant à une hardie tentative de systématisation, estime qu’il n’y a pas une théorie – une seule, responsable de tous les péchés du monde et que l’on pourrait accabler, avec ses tenants, pour mieux se dédouaner. Pas une théorie du racisme mais quatre. Cela mouille beaucoup de monde ! La vraie question n’est peut-être pas ; qui est raciste. Elle serait plutôt ; qui n’est pas raciste ?

Quelles sont les quatre grands « idéal-types » racistes ? 

Taguieff, spécialiste incontesté de la question, distingue la vision universaliste des Lumières (avec Voltaire et Marx) et la vision communautariste des anti-Lumières (dans laquelle on peut faire entrer Herder et Gobineau), en soulignant que l’une et l’autre sont porteuses de racisme. A l’entendre, « le racisme désigne toute conduite de mise à part, avec le signe de la permanence ». En ce sens, précise-t-il très vite, il existe « un racisme sans race ». Lorsque la mise à l’écart d’un groupe de personne, avec le signe de la permanence s’effectue pour des raisons qui ne sont pas directement liées à une apparence , biologiquement descriptible, on peut encore parler de « racisme ». Ainsi, note Taguieff[1], le cosmopolitisme peut être un facteur de racisme (lorsque une Upper class mondialisée rejette en permanence tout ce qui n’est pas elle ou qui ne vient pas d’elle par exemple). Certaines formes d’antiracisme peuvent aussi devenir un racisme inversé, par exemple lorsque, au nom de l’antiracisme, on catégorise une partie de la population en la tenant pour infâme.

Le racisme n’est donc pas seulement biologique pour Pierre-André Taguieff, il peut être purement culturel. Aussi bien après avoir distingué la vision universaliste des Lumières et la vision communautariste des anti-Lumières, sous-divise-t-il chaque tendance. Il y a les préjugés somatiques, physique qui viennent des Lumières : «La race des nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre» écrivait Voltaire sans ciller[2]. D’un autre côté, le communautarisme d’un Boulainvilliers lui faisait considérer les nobles en France comme issus d’un sang différent, celui des «hommes libres» (les Francs) venus de la grande forêt germanique. «Le mélange de sang roturier laisse toujours des tâches» écrivait tranquillement ce Marquis. Dans ces deux cas, le racisme est purement biologique. Mais on peut imaginer les mêmes réflexes d’exclusion envers ces catégories de personnes qui soient dictés par des préjugés non plus biologiques mais culturels. Ainsi construit-on les quatre idéal-type du racisme d’après Taguieff.

Trop sophistiqué Taguieff ? «La pensée molle et vague qui pratique le ‘tout racisme’ fait du mot racisme un passe-partout idéologique, le transforme en mot vide apte à rentrer dans des formules creuses. La pensée antiraciste en est malheureusement tissée» nous explique-t-il. Sa claire définition du racisme (« toute conduite de mise à l’écart avec le signe de la permanence ») permet de comprendre la distinction fondamentale entre le racisme et les différentes formes d’ethnocentrisme, de chauvinisme ou de fierté communautaire. Claude Lévi-Strauss souligne, de son côté, qu’il y a une différence de nature entre l’ethnocentrisme - universel et légitime - et le racisme : «Il est normal que des cultures attachées chacune à un style de vie, à un système de valeurs veillent sur leur particularisme»[3] écrit-il. Ne pas confondre racisme et enracinement : c’est élémentaire ? Disons que c’est une vérité bonne à dire. Le racisme c’est la mise à l’écart délibérée d’une catégorie de personnes, ce n’est pas le culte de ses propres valeurs. 

«Mise à l’écart d’une catégorie de personne»? C’est la définition de Taguieff.  Le racisme a toujours à voir avec la désignation d’un bouc-émissaire comme l’avait bien vu René Girard. «On crie haro sur le baudet!» résume le bonhomme La Fontaine, dans Les animaux malades de la peste, «C’est lui, le pelé, le galeux d’où vient tout le mal». Le racisme participe au fond de cette logique que Girard nomme « archaïque », tout en reconnaissant qu’elle est encore omniprésente aujourd’hui. Il parle d’archaïsme en pensant à la Révolution chrétienne. L’archaïsme du Bouc-émissaire c’est la logique d’avant le christianisme. On fait tenir une société en désignant une personne ou une catégorie de personne qui, pour une raison strictement raciale ou pour une raison culturelle quelconque, non seulement ne peut pas jouir des mêmes droits que les autres dans une société donnée, mais doit être pourchassé dans une forme d’«hostilité active» (Levi-Strauss).

Si l’on entre dans la perspective de René Girard, il faut concevoir que seul le christianisme est un antiracisme qui ne risque pas de tomber à son tour dans le racisme, comme trop souvent l’antiracisme ordinaire, ainsi que nous l’indiquions tout à l’heure. La raison profonde? Le chrétien refuse toute catégorisation hostile. Il reconnaît dans chaque personne, de manière parfois confuse et comme brouillée, le visage de son Seigneur. Il ne s’agit pas seulement de dire que le chrétien croit en l’unité du genre humain. On a toujours d’excellentes raison de mettre à l’écart de l’unité du genre humain telle personne ou tel groupe de personnes.

Pour éviter le racisme, il faut aller au-delà de la nature humaine et rentrer dans le mystère de la personne. Le chrétien reconnaît chaque personne comme une image du Christ: tel est le seul vaccin au racisme qui marche à tous les coups.
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[1] PA TAGUIEFF, Les fins de l’antiracisme, Paris 1995 p. 20, renvoyant à La force du préjugé 1988 pp. 105-107
[2] Cf. J. de VIGUERIE, article « racisme » dans le Dictionnaire des Lumières, coll. Bouquins 1995 pp. 1318-1319
[3] C. LEVI-STRAUSS, De près et de loin, entretien avec Didier Eribon, 1988 p. 210

mercredi 17 octobre 2012

Parlons plutôt du port de la mantille.

L’APIC est une agence de presse catholique suisse. Dans une dépêche du 16 octobre elle rend compte des «rumeurs» d’expulsion de Mgr Williamson, menacé d’être viré à moins qu’il ne cesse de donner son avis, et s’excuse de l’avoir fait jusqu’ici. L'APIC a contacté l’abbé Alain Lorans, le porte-parole de la FSSPX. A partir de ses réponses prudentes (il ne confirme ni n’infirme rien), l’APIC croit pouvoir titrer que «La FSSPX dément». C’est bien audacieux.

Et Mgr Williamson? Par la voix de Stephen Heiner, un de ses collaborateurs sur internet, il fait savoir que son expulsion est à l’ordre du jour («It has not ‘officially’ happened yet, but it will – Ca n’est pas encore officiel mais ça le sera»).

Et pour rester dans le ton de l’évêque, Stephen Heiner cite Shakespeare : «If it be now, tis not to come; if it be not to come, it will be now; if it be not now, yet it will come – Si mon heure est venue, elle n’est pas à venir ; si elle n’est pas à venir, elle est venue, Si mon heure n’est pas venue, elle viendra plus tard, inévitable.» Il ne cite pas la suite, que connaît tout anglophone: «The readiness is all – le tout est d’y être prêt». Nul doute que Mgr Williamson le soit.

Quant aux raisons de l’expulsion, Heiner en cite plusieurs, liées à la lettre hebdomadaire de Mgr Williamson. Il en souligne une: cette lettre va à l’encontre du souci personnel de Mgr Fellay, qui serait que la FSSPX parle d’une seule voix. Avec cette expulsion, Mgr Fellay montre (-ra? -rait?) à ses troupes que nul n’est à l’abri de son éventuelle sanction, quels que soient les statuts personnels, les charismes, ou les services rendus. Mgr Fellay se déleste d’un poids, ce faisant il avertit tous ceux qui pourraient penser hors des lignes: avant de penser, réfléchissez-y à deux fois.

mardi 16 octobre 2012

Diviseurs et divisions : la fatalité

L'Institut du Bon Pasteur se déchire publiquement depuis trois mois et demi. La Fraternité Saint Pie X a pris le même chemin, avec l'éviction programmée (non encore actée à ce jour) de Mgr Williamson et la fondation par l'abbé Chazal d'une "Fraternité Saint-Pie X" (bis) aux Etats unis. Mauvais temps sur le Tradiland.

On peut évidemment se dire : ils sont fous ces tradis, mais quelle mouche les a piqués ? On peut aussi penser, comme moi, que les tradis ne sont pas pires que les autres et essayer d'expliquer le "syndrome Caïus Detritus" (pour ceux qui connaissent leurs classiques) qui a saisi le milieu.

"Existe-t-il une communion sans transcendance ? " se demandait Malraux dans la préface qu'il a donnée à L'enfant du rire de Pierre Bockel. Il laissait la question pendante, comme pour répondre par la négative : non il n'existe pas de communion sans transcendance. Personnellement je répondrait par l'affirmative avec René Girard : lorsqu'il n'y a pas de transcendance positive et enthousiasmante qui puisse cimenter une unité, on peut avoir une unité négative, celle dans laquelle on découvre que si différents que l'on soit les uns des autres, on est tous contre. Contre quoi ? Peu importe. Il faut seulement que cette commune opposition relève d'une forme d'évidence. Ainsi à la FSSPX, on était tous contre le Concile. Et puis Benoît XVI nous explique que le Concile, c'est plus compliqué que cela, qu'il y a la lettre (positive) et l'esprit (négatif), que pour tout le reste c'est l'inverse, la lettre tue mais l'esprit vivifie, mais pour le Concile, il importe d'être conciliaire à la lettre et de vomir l'esprit (un faux esprit) du Concile. Bref ça devient très compliqué. Il y en a qui sont tout à fait d'accord avec lui, d'autre partiellement, d'autres encore pas du tout. Et voilà l'unité perdue.

Dans le camp opposé, les progressistes ont toujours été contre, mais alors contre vent debout, ceux qu'ils appelaient les "intégristes". La définition d'intégristes, en 1950, quand on n'avait pas encore inventé Al Qaïda, était assez large. Dans un appendice célèbre à son énorme bouquin Vraie et fausse réforme, le Père Congar expliquait doctement : "Un intégriste est un catholique de droite". Ca permettait de faire d'une pierre deux coups : religion et politique, c'était le m^mee diable, les anciens de l'Algérie française, bref les catholiques de droite. Aujourd'hui les progressiste ont perdu à peu près toutes leurs certitudes, ils n'en finissent pas de se recentrer. Mais une chose demeure : l'antiintégrisme. C'est leur ciment.

Les tradis, eux ne s'entendent plus sur ceux avec qui il faut être... CONTRE. Faut croire qu'ils ne sont pas si sectaires qu'on le dit. Ca leur coûte... leur unité.

Chacun focalise en effet sur la plus petite différence, selon le célèbre complexe du porc épic. Et ainsi nous sommes tous contre... Mais au lieu d'être contre ceux qui sont pour, on est contre ceux qui sont contre parce qu'ils sont contre d'une manière qui est légèrement différente de la nôtre. Exemple ? Le plus grand ennemi de Fellay, celui à qui il ne fera pas de quartier, c'est Williamson. Un émiettement de la galaxie traditionaliste est à prévoir... tant que l'on en reste à l'unité contre et tant que l'on n'a pas efficacement désigné ce pour quoi l'on devrait s'unir.

Mais dans "l'unité pour", il me semble qu'il faut encore distinguer deux cas de figure : l'unité d'un mouvement et l'unité d'une institution.

L'unité d'un mouvement est très difficile à réaliser. Il faut avoir en commun les objectifs et la manière de les atteindre dans une véritable unité d'action. Raison pour laquelle la vie des mouvements est le plus souvent brève et traversée de scissions.

L'unité d'une institution est juridique, elle repose donc sur une forme de coercition (ou au moins sur un calcul intéressé, celui qui tient compte du fait de se retrouver éventuellement en dehors du droit). Il y a deux grands type de droit associatif, le droit humain, qui est variable et jamais exclusif et le droit divin, qui est immuable et unique. L'Eglise est de droit divin. Le pape est de droit divin dans l'Eglise comme un père dans sa famille. L'évêque est de droit divin dans son diocèse. Par définition, aucun homme ne peut modifier le véritable droit divin (je ne parle pas de l'idéologie bourbonnienne, qui induisait un mixte entre Eglise et Etat, ce qu'on a appelé le gallicanisme).

Si l'on prend les communautés traditionalistes, soit elles relèvent du droit divin de l'Eglise universelle, qu'elles reconnaissent et qu'elles font leur, auquel elles participent pour une part en le reconnaissant et dans la mesure où elles le reconnaissent (voilà le pb de l'IBP), soit pour des raisons de crise et d'opération survie, elles ne le reconnaissent pas comme contraignant. Elles relèvent alors du droit humain et des jeux d'appareil qui fatalement l'accompagnent. C'est ce que l'on est en train d'apercevoir à la FSSPX : gare aux dégâts. Candidus (voir son post sur tradinews) a raison de dire que, alors que  l'Eglise conciliaire' n'est plus vraiment l'ennemie, seule une autorité charismatique pourrait obvier à un éclatement qui est écrit dans la pâte humaine.

dimanche 14 octobre 2012

Nouvelle évangélisation, quézaco ?

La nouvelle évangélisation est le grand refrain que nous allons entendre cette année. Il faut aller au monde, il faut partir en eau profonde (duc in altum) : n'ayez pas peur ! On connaît ces invitations libératrices du pape Jean-Paul II. Sont-elles suffisante ?

Je suis frappé de ce que la teneur du discours dominant en ce moment (je viens d'entendre sur le sujet un membre éminent de l'Opus Dei) soit l'idée que la nouvelle évangélisation, c'est uniquement un appel à la sainteté.

Qu'est-ce que la sainteté ? La naissance en nous de l'homme nouveau, vivant de la vie de Dieu, de la divine charité et  non des concupiscences qui forcément agitent l'animal humain. Voilà ce que nous savons de notre sainteté, parce que c'est ce que nous enseigne saint Paul à longueur d'épîtres... Mais, sur notre sainteté, il y a tout ce que nous ne savons pas. Et ce que nous ne savons pas et ne pouvons pas savoir de notre sainteté est plus grand, plus important que ce que nous en savons. La sainteté, c'est la réalisation de soi selon Dieu. La sainteté, c'est la volonté de Dieu sur chacun d'entre nous. Nous en savons quelque chose, nous ne savons pas tout sur elle.

Alors... Chercher à être saint ? Gare aux postures... qui sont toujours des impostures. Chercher à être un saint, c'est croire que nous savons ce que Dieu attend de nous et c'est poser... oui comme on pose pour son portrait en pied, "tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change" dit le Poète... C'est devancer l'éternité, et le Jugement... et Dieu. Devancer Dieu ? Aïe...

La sainteté est un fruit et nous ne savons pas quels fruits nous porterons. Nous devons chercher simplement à en porter autant que possible, en toutes saisons, pas comme le figuier que Jésus maudit parce qu'il ne porte des figues qu'à la saison des figues. Nous ne sommes pas des saisonniers de Dieu. Comme dit saint Paul aux Ephésiens (dans l'épître d'aujourd'hui pour peu qu'elle soit bien traduite) : "Il nous faut racheter le temps car les temps sont mauvais". Les temps sont toujours mauvais. Tout a toujours très mal été disait lucidement Bainville. Nous devons non pas adorer le temps mais le racheter : ne pas nous en satisfaire. Ne pas nous dire : "Je suis de mon temps". Chercher mieux.

C'est au fond la définition de la sainteté : pas seulement chercher le bien : les païens n'en font-ils pas autant ? Pas seulement prendre une pose : toutes les poses sont inadéquates à la circonstance. Il nous faut "racheter le temps". Il nous faut (essayer sans cesse de) faire mieux. Mais ce "mieux" ('de notre mieux, mieux mieux oui de notre mieux disent assez joliment les louveteaux), on ne peut pas le définir à l'avance. Le définir, c'est l'arrêter. Le définir, c'est nous satisfaire.

L'indicible sainteté, fruit de la grâce de Dieu en son temps, est quelque chose en nous dont nous n'avons pas conscience. Les saints  ne savent pas pourquoi ils sont saints. Alors, présenter la sainteté statique (hypostasiée, modélisée) comme le fruit de la nouvelle évangélisation ou comme son moteur, c'est faire erreur. C'est me semble-t-il refaire l'erreur (semi-pélagienne) qui avait cours déjà sous Pie XI (avec le peu de succès que l'on sait). A l'époque, le Père Réginald Garrigou-Lagrange présentait la vie spirituelle comme un champ magnétique et Dieu comme un aimant : "Plus on s'en approche, plus on s'en approche vite". Quelle horreur ! On s'approche de Dieu au gré de Dieu, selon sa grâce. Et on ne cherche pas à forcer cette grâce, ni pour vivre un progrès spirituel fantasmé ni pour "devenir un saint" à notre mode.

C'est la beauté du livre du Père Viot sur La Révolution chrétienne (auquel j'ai participé en tant qu'emm... en chef en lui posant les questions jusqu'au bout) que de revenir à la nécessité absolue de la grâce de Dieu, qui précède toujours l'évangélisateur.

La question qui se pose aujourd'hui (celle qu'aborde Benoît XVI lorsqu'il parle du vide de notre époque) c'est : comment parler de Dieu à des gens qui spontanément n'ont plus aucune religiosité naturelle. L'homo religiosus est mort : il faut prêcher une foi qui ait des formes religieuses (liturgiques ou spirituelles), puisque ces formes n'existent plus chez ceux auxquels on prêche. Or ces formes n'existent que dans la Tradition de l'Eglise, c'est là qu'il faut aller les chercher. La nouvelle évangélisation exige un retour de l'Eglise à des formes religieuses qui aident l'homme à retrouver sa verticalité d'enfant de Dieu, de conquérant du Ciel...

vendredi 12 octobre 2012

Pourquoi Vatican II est périmé

"Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé. Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre". 
C'est en ces termes bien austères que Benoît XVI a ouvert l'année de la foi.Mais où est donc Vatican II ?

Voici ce que Paul VI nous faisait entendre sur le Concile en concluant les cérémonies le 8 décembre 1965 :
« La religion de Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes pour les hommes l’a envahi tout entier […] Vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que tout autre, nous avons le culte de l’homme... »
Vraiment pas le même son de cloche ! Oh ! Ce n'est pas une opposition terme à terme bien sûr. Ce n'est pas une contre-position. Mais c'est une autre atmosphère. N'en déplaise aux fondamentalistes du Concile, nous avons tous tourné la page. Le culte de l'homme ? Nous l'avons compris maintenant : c'est le vide. Il ne nous reste qu'à retrousser nos manches et à travailler ensemble pour cette année de la foi. Il nous reste à évangéliser. Par tous les moyens que la morale ne réprouve pas.

Parmi ces moyens, il y a Internet et tous les métablogs. Mais il y a aussi la messe traditionnelle : une manifestation concrète de Dieu, de sa présence de son amour au milieu de nous. Les traditionalistes doivent avoir une place de choix dans la nouvelle évangélisation. Qu'attendent-ils pour en parler et pour la prendre ?

jeudi 11 octobre 2012

Aujourd'hui, l'année de la foi

La perspective que Benoît XVI exposait le 11 octobre 2011 dans la belle Exhortation apostolique Porta fidei est mise en oeuvre aujourd'hui, jour anniversaire du concile Vatican II, jour inaugural de l'année de la foi et de la nouvelle évangélisation.

Cette année de la foi - l'encyclique sur la foi, achevant la trilogie des vertus théologales, que l'on nous promet et qui serait "déjà terminée" - tout cela a une importance considérable pour l'avenir de l'Eglise. A force de se présenter comme une stratégie pour l'Eglise dans le monde de ce temps, Vatican II nous a fait oublier que la foi est une grâce, la première grâce efficace, celle qui fait entrer l'âme dans le Royaume de Dieu. Porta fidei : on pourrait traduire par un génitif explétif : la foi est une porte, elle est la porte qui nous introduit dans l'intimité divine. "Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu" (Hébr. 11, 6). Voilà ce que vient nous rappeler l'année de la foi.

Pour que la grâce de la foi nous soit donnée que faut-il faire ? Autant que nous la connaissons... la volonté de Dieu. C'est la meilleure introduction, la meilleure manuduction à la foi. Il faut chercher, il faut demander, il faut frapper à la porte de la foi, frapper pour entrer. Sans peur. "Frappez et l'on vous ouvrira". Il faut se purifier du désir athée qui domine aujourd'hui et entrer dans un désir de vérité, qui va bien au-delà de nos satisfactions addictives.

Pourquoi la foi est-elle comme impuissante aujourd'hui ? Parce que des chrétiens, sous prétexte de Concile, lui ont ôté sa dignité.

On en a fait un acte de la conscience humaine, sous prétexte comme dit Pie IX dans le Syllabus que "la raison humaine est l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal" (Proposition 3). On en a fait l'adhésion à une croyance, elle-même conçue comme étant à géométrie variable, adaptable selon les époques et les expériences de vie, éventuellement progressive ou progressiste. On en a fait un projet subjectif, un élan de la subjectivité face à la dureté du monde : mais que pèse-t-elle alors ? On a souhaité en ôter tout caractère surnaturel, on a fait, depuis Blondel jusqu'à Henri de Lubac, le procès du surnaturel chrétien, jusqu'à écrire ce terme entre guillemets (dans une certaine Petite catéchèse) ou simplement à le prohiber en théologie. Mais que peut-on comprendre à la foi si l'on ne reconnaît pas son élan surnaturel et si l'on n'y voit plus l'aide de Dieu ? La foi est ce secours qui nous fait vivre debout... ou elle n'est rien.

Pourquoi la foi est-elle comme impuissante aujourd'hui ? Parce que des laïcs laïcistes lui interdisent toute expression dans l'espace publique.

En 2010 à Westminster Hall devant les deux chambres anglaises, en 2011 à Berlin devant le Bundestag, Benoît XVI a montré quelle est l'expression publique de notre foi catholique. Il avait à ces moments-là comme un mandat pour cela. En général, dans l'ordinaire de nos vies, les choses sont plus simples. Dans Porta fidei au n°10, le pape rappelle bien, néanmoins, que la foi a nécessairement une dimension publique. Il faut témoigner de sa foi, témoigner par la parole peut-être si l'on a les grâces pour cela, mais surtout témoigner par l'action, par une certaine manière d'être responsable dans sa vie professionnelle ou dans sa vie familiale qui n'appartient qu'aux chrétiens. C'est cette responsabilité qui sauvera le monde et qui empêchera l'histoire de se terminer sur un fiasco. Ce comportement responsable des chrétiens qui savent être d'une pièce, qui ne font pas une (petite) case pour le spirituel et une grande place à tous les appétits mondains, voilà ce que saint Paul appelait le "catechon", ce qui empêche, ce qui retarde la catastrophe annoncée (cf. II Thess. 1, 6-7 : où l'on voit très clairement l'oeuvre de la foi en chacun). La laïcité fait de nous des "mutins de Panurge" comme disait très bien Philippe Muray. Nous nous croyons mutins alors que nous sommes les moutons d'une correctness qui ne peut mener qu'à la catastrophe (petit aperçu en ce moment au Proche Orient). Il faut que les chrétiens, sans prétention et comme naturellement, redeviennent, dans leur sphère personnelle, dans leurs familles, dans leurs métiers, des sauveurs du monde. Vous avez bien lu : non pas qu'ils doivent se rallier au monde, mais, autant qu'il est en eux et sans forfanterie, qu'ils doivent sauver le monde là où ils sont, avec le Sauveur Jésus-Christ, par cette charité qui, ouvrant nos coeurs à l'esprit, nous donne une intelligence rayonnante des situations.

Pourquoi la foi est-elle comme impuissante aujourd'hui ? Parce que les sociétés dans lesquelles nous évoluons ne connaissent plus que le désir athée - désir de "jouir sans entrave", nous qui "désirons sans fin" (Vaneighem), quitte à trouver, si l'on fume un peu... Trouver quoi ? "Sous les pavés la plage"... N'importe quelle illusion, stupéfiante ou non.

Il faut retrouver le désir de vérité, pour sortir du cycle infernal et répétitif de la consommation. Il faut non seulement avoir envie de chercher mais avoir envie de trouver. Et de changer. Pour cela, il faut, chacun, nous sentir responsable de ce que nous trouvons et de ce que nous ne savons pas trouver. Cette histoire d'orpailleur s'appelle le salut.

La foi est impuissante aujourd'hui parce qu'on la fait ressembler à un produit de consommation parmi d'autres, un MOYEN pour l'épanouissement personnel, avec le label fatidique : "satisfait ou remboursé". Si tu n'y trouves pas ton compte, tu peux zapper.

Mais la foi n'est pas un produit, c'est une alliance, qui requiert le plus grand sérieux... C'est un choix... C'est une raison, "la raison de Jésus-Christ" comme disait Pascal.
C'est LA raison, raison d'agir, raison d'aimer, raison de vivre, parce que, comme je le disait en commençant, c'est une grâce, et de toutes la première.

mardi 9 octobre 2012

Merci Benoîte : désir et antidésir

"Dire que la charité est un désir m'embête bien, je dirais que c'est un antidésir". La conclusion de votre belle intervention (à lire) sur le désir et l'athéisme et sur l'athéisme comme désir demanderait juste une précision : l'antidésir que vous visez est encore un désir s'il est vrai que les contraires sont du même genre.

Seul Fénelon a tenté de distinguer la vie spirituelle et le désir : il a théorisé ce que sa dirigée Madame Guyon appelait "amour pur". L'amour pur (qui pousse l'abnégation de tout désir jusqu'à ne se souhaiter pas plus la damnation que le salut) serait juste une bêtise de Cambrai (un bonbon pour bobos désoeuvré), s'il ne signalait pas un siècle à l'avance ce mal si typiquement moderne qu'est le "désir absent" (dont j'ai un peu parlé dans mon livre sur Jonas). Pas de désir ? Alors tout vaut tout et le pire est certain.

J'ai eu la chance de relire le Phèdre de Platon cet après midi pour le premier cours de psychologie philosophique que je donnais au Centre Saint Paul devant une belle et jeune assistance. Il me semble que j'y trouve, chère Benoîte, une autre manière de désigner votre anti-désir, une manière qui ne porterait pas du tout à l'amour pur.

Pour Platon très clairement, il y a deux désirs, qui se combattent ou s'accordent mais qui sont distincts. Je cite :
"Il y a deux espèces de tendance ou désir et nous allons là où elles nous dirigent : l'une, qui est innée, c'est le désir des plaisirs, l'autre, qui est une façon de voir acquise, c'est l'aspiration au meilleur. Or ces deux tendances qui sont en nous, tantôt s'accordent tantôt se combattent, et c'est parfois celle-ci qui domine, parfois l'autre" trad. Brisson GF 237d
Le désir naturel, nous le connaissons bien, c'est, comme l'explique Freud, le désir qui cherche la satisfaction, c'est-à-dire la disparition de l'excitation. Le désir qui "procède d'une façon de voir acquise" (que l'on pourrait donc en prenant le langage de l'Ecole appeler le désir élicite) est le désir qui saisit l'intellect en proie à une dévorante envie de vérité. Cet envie ne disparaît pas une fois satisfaite, elle augmente au contraire, au moins si elle ne se nourrit pas de satisfactions frelatées. Où l'on voit que ces deux désirs ne sont pas seulement distincts par leur origine (physiologiques ou spirituelle) mais dans leur structure même : l'un est à lui-même sa propre fin, l'autre se termine en un autre. L'un est narcissique, l'autre ouvert à l'Infini.

Platon, certainement troublé de l'innéité qu'il accorde d'emblée au premier désir (le cheval noir de l'attelage ailé, celui qui en fait voir des vertes et des pas mûres au cocher), cherche par ailleurs, tout en reconnaissant la nécessité d'un travail de l'intelligence pour s'élever au désir de la beauté, à naturaliser ce désir de l'Infini. Il fait de ce désir une nostalgie ; nostalgie d'un état ou d'une vision remontant à "avant la chute". Pour lui, c'est cette nostalgie qui construit l'homme :
"Toute âme humaine a par nature contemplé l'être, sinon elle ne serait pas venue dans le vivant dont je parle [l'homme]" (249e)
Mystérieuse contemplation "par nature"... Le mot "contemplation" est important : il montre que l'amour de Dieu n'est pas un désir comme les autres : il provient du regard que l'on porte sur notre Origine, sur notre fin, sur l'Infini ontologique qui nous supporte.

J'ai eu vraiment beaucoup de joie à faire ce cours. J'espère qu'à distance, chère Benoîte, cette distinction pourra vous éclairer sur ce qu'est un antidésir.

lundi 8 octobre 2012

Tous les mardis... et un samedi par mois!

Le Centre Saint-Paul vous accueille tous les mardis pour une conférence sur un événement, un sujet, un livre ou un homme dont on parle, et un samedi par mois pour une conférence du Cercle de l'Aréopage.

Mardi 9 octobre :  Débat : Quelle stratégie spirituelle pour une nouvelle évangélisation? - Avec le Père Michel Viot et l'Abbé de Tanoüarn
Alors que le pape Benoît XVI ouvre une « année de la foi » à l’occasion des 50 ans du concile Vatican II, le Père Michel Viot nous fera réfléchir sur l’actualité de ce qu’il appelle la Révolution chrétienne. Ancien évêque luthérien, ancien franc-maçon, aujourd’hui prêtre catholique, il avait sonné l’alarme du grand gâchis des Années 70 dans un livre intitulé Chrétiens sans religion, paru en 1975. Il croit aujourd’hui au grand retour du christianisme sous l’égide d’une papauté intelligente. Il dédicacera son livre La Révolution chrétienne, qui vient de paraître aux éditions de L’Homme nouveau.

Mardi 16 octobre : Où va la Russie? - Par Alexey Kovaleski, diplomate
La Russie de Vladimir Poutine a, sur la scène internationale, une politique de Puissance mondiale. Profitera-t-elle de la fin de l’Hyper-puissance américaine?

Mardi 23 octobre : Le vrai génie du christianisme. - Par Jean-Louis Harouel, professeur d’histoire du droit à l’Université Paris II 
Et si le christianisme avait inventé la liberté ? C’est cette intuition qui guide Harouel, éminent juriste, dans une apologie de la foi chrétienne dont le titre sinon l’esprit sont repris de Chateaubriand. Il dédicacera son livre Le vrai génie du christianisme, qui vient de paraître chez Jean-Cyrille Godefroy.

Samedi 27 octobre : Colloque sur la culture franco-russe - Organisé par le Cercle de l'Aéropage
  • Abbé Guillaume de Tanoüarn : Moscou… vraies significations des accords de Ravennes.
  • Jean-Bernard Cahours d’Aspry : Les Ballets Russes de Diaghilev, une croisade pour l’Art russe.
  • Philippe Champion : La Russie dans les écrits français du XVIIe et du XVIII.
  • Gala Cazenobe : Ida Rubinstein, de Saint-Pétersbourg à Paris, à la croisée des arts franco-russes.

Mardi 30 octobre : Pourquoi la question du mariage homosexuel est mal posée - Avec Pierre Marie Castaignos et Philippe de Labriolle
Le Père Castaignos, des Serviteurs de Marie (Ourscamp), montre en théologien que le mariage chrétien est une merveilleuse invention. Au-delà des questions anthropologiques, ce que les chrétiens ont à défendre c’est l’amour selon l’Evangile.  Mais pour le défendre, il faut en comprendre les ressorts. Le Père Castaignos dédicacera son livre Se marier et durer, paru aux éditions Salvator. Philippe de Labriolle, psychiatre, traitera de la question homosexuelle, en montrant pourquoi l’on ne doit pas faire de l’homosexualité un tabou.

samedi 6 octobre 2012

"un certain immobilisme..."

L’affaire semble entendue, en tout cas pour les tradis: la «génération Vatican II» s’accroche, d'où la place qu'elle tient encore dans les comités paroissiaux ou dans ce qui reste de pensée catholique. Elle s’accroche, tandis que le mouvement normal veut que chaque génération pousse la précédente – en douceur mais sûrement, comme une vague chasse l’autre.

Gérald de Servigny est prêtre du diocèse de Versailles. Dans Monde&Vie (mai 2012) il présente son livre «Orate Fratres» sur la liturgie traditionnelle – au détour il explique pourquoi la génération Vatican II est si présente:
«La vie de l’Eglise se renouvelle surtout par le renouvellement des générations ; mais il se fait plus difficilement aujourd’hui : les enterrements sont plus nombreux que les baptêmes, et les promotions d’ordination ont été divisées par 10 en 70 ans. Tout cela explique un certain immobilisme de la culture ecclésiale en France aujourd’hui.»
Autrement dit, et en forçant le trait : si la génération Vatican II n’est pas chassée par la suivante, c’est que... il n’y a pas de génération suivante – ou si peu. Aïe.

vendredi 5 octobre 2012

La forme même de l'athéisme

Tout à l'heure au Centre Charlier, François me lance : "Tout ce qui est atteint est détruit" Il cite sa source : Montherlant. Je lui réponds : "C'est la forme même de l'athéisme. Cela ne m'étonne pas de Montherlant". Rien de tel qu'un ancien élève des jésuites pour plonger dans la déréliction spirituelle. En tout cas il y a un précédent : Voltaire.

L'athéisme en effet n'est pas la négation de Dieu puisque celui qui croit nier ne sait pas ce qu'il nie.

Pascal et son pari m'ont appris que l'athéisme, autant que nous le connaissons, est avant tout une forme du désir, qui consiste à choisir le rien, à s'en tenir au rien qui succède à tout assouvissement physique. L'athéisme consiste à... croire qu'il n'y a pas d'autre désir que celui-là. A aimer le vide. A en jouir.

"Je vais à tâtons comme dans colin-maillard et ce que je prends dans mes bras à l'instant sort du jeu" continue Montherlant dans Aux fontaines du désir - Sans remède.

On trouve aussi : "A peine ai-je en ma possession une créature, je préfère toutes celles que je n'ai pas, la moindre que je n'ai pas".

Il n'y a qu'une seule façon de sortir de cette quête addictive (Montherlant et les petits garçons d'Outre Méditerranée) et autodestructrice, c'est de transmuer le désir en amour. De s'oublier pour ce que l'on aime. Et alors, comme dit Augustin (cité par Benoît XVI dans sa première encyclique) : "Qui touche la charité touche la Trinité". La charité est le seul désir qui augmente avec la possession. Qui a pris Dieu une fois dans son coeur voit bien ce que je veux dire : Expertus potest credere.

jeudi 4 octobre 2012

Les formes qu'il faut garder dans l'Eglise et celles qu'il faut mettre

"La liturgie doit demeurer fidèles aux formes fixées par l'Eglise universelle".
Voici ce qu'a déclaré Benoît XVI à l'audience cette semaine. Ma collaboratrice me signale la reportatio que fait Michel Janva de ce discours dans le Salon beige. Il a raison de souligner cette phrase comme donnant le ton. Elle signifie beaucoup de choses. Sans... extrapoler, je voudrais vous en montrer ici les diverses applications, histoire, si vous voulez de monnayer la riche (et non univoque) pensée du pape.

L'idée qu'il existe des "formes" liturgiques est à elle seule parfaitement (contre-)révolutionnaire dans l'atmosphère délétère du post-concile. Ces formes sont "fixées", elles sont plus vieilles que l'homme en quelque sorte (puisque ultimement elles sont instituées par le Christ). Elles défient tous les comités d'experts souligne le pape, elles n'ont pas à se plier aux désidératas d'une communauté quelconque. Le célébrant n'est pas (comme un artisan ordinaire) celui qui donnerait une forme à une matière (au risque d'imprimer trop sa personnalité propre dans la célébration), mais simplement celui qui transmet une forme... Le véritable art sacré (qui n'est pas l'art religieux comme nous l'expliquait Olga Platonova mardi dernier) est un art au sein duquel il ne revient pas à l'artiste de créer la forme, mais simplement et modestement de la mettre en oeuvre. Ainsi en va-t-il pour l'art de l'icône ou, chez nous, pour le chant grégorien dont les extraordinaires trouvailles mélodiques n'ont d'égal que la sobriété avec laquelle elles sont mises en oeuvre, en continuité avec une tradition vocale et dans l'espace mélodique des modalités grégoriennes.

Qui dira la beauté de la scène de l'annonciation dans l'art religieux ? On y trouve des conventions communes à beaucoup de représentations, la dominante bleu du manteau de la Vierge, qui reçoit l'ange alors qu'elle prie seule. Mais il n'y a pas cette forme que vous retrouvez par exemple dans les icônes représentant la même scène ou le même personnage de saint. Cette forme, antérieure à l'icône et qui lui donne figure, elle existe aussi dans d'autres arts sacrés que l'art de l'icône, je pense, comme je l'ai dit, au chant grégorien, mais aussi sans doute à une certaine théologie romaine. C'est aussi le principe de la liturgie, art sacré par excellence, ars celebrandi, dont les formes ne dépendent pas de telle ou telle personne, fût-elle pape, mais sont en quelque sorte "fixées par l'Eglise universelle", cette Eglise grâce à laquelle dit Benoît XVI, nous sommes non seulement des "Je" tous exposés mais nous constituons aussi, dans elle, un "Nous" protecteur.

Il ne s'agit pas ici de nier que le pape ait pouvoir sur la liturgie de l'Eglise universelle. Le maître de Benoît XVI en matière liturgique, Klaus Gamber, en était presque arrivé là, quant à lui. Il citait cette formule de Suarez "Est schismatique quiconque bouleverse les cérémonies héritées de nos ancêtres". Benoît XVI, quant à lui, théorise le rôle du pape dans la réception du Concile comme dans la réception de la réforme liturgique. Dans sa singularité historique, le pape touche à l'universalité de l'Eglise. "Les formes fixées par l'Eglise universelle" sont d'une part les règles issues de notre histoire, qui sont traditionnelles, et d'autre part les règles fixées par le pape, qui incarne en quelque sorte l'Eglise universelle et se doit à un titre tout à fait spécial de respecter son identité historique et traditionnelle, en même temps que pouvoir lui a été donné pour insérer cette Eglise dans le temps.

On trouve déjà cette double problématique, à la fois traditionaliste et autoritaire dans la perspective d'un Dom Guéranger., expliquant dans tel texte de jeunesse que j'ai eu la chance de rééditer (avec une préface de Grégoire Celier) : la liturgie est la langue de l'Eglise. On ne réforme pas une langue comme on réforme le budget d'un Etat moderne. Ce qui fait la légitimité d'une langue, c'est que tout le monde la parle. Bien la parler c'est la parler selon les critères grammaticaux issus de l'histoire. Mais en même temps, on peut, avec prudence, sur tel ou tel point, la simplifier ou rappeler les critères anciens. C'est un peu ce que fait le pape avec l'ars celebrandi. C'était déjà la pratique de saint Pie V telle qu'il l'explique dans la Bulle Quo primum tempore. D'abord il envoie ses chercheurs dans toutes les bibliothèques et ensuite, avec son autorité papale, il impose comme à jamais valide la forme liturgique qui porte son nom.

Peut-on dire que Paul VI ait fait la même chose ? Hélas non. Sa liturgie représente une véritable "révolution" dans l'ars celebrandi, comme le notait , en ces termes, un liturgiste exempt de toute tentation traditionaliste comme le Père Gy. Mgr Bugnini usant et peut-être abusant du mandat que le pape lui avait donné, est allé très vite en besogne. Pour la France, la réforme liturgique, appliquée dans son esprit plus encore que dans sa lettre, a été une catastrophe atomique. Disons au sens propre : une révolution culturelle. Que faire avec cela ? La même chose qu'avec le Concile. Rappeler les critères traditionnels d'élaboration et d'interprétation. Et valider ce qui a été fait. C'est ce que s'efforce de faire Benoît XVI dans son oeuvre de théologien, comme dans ce discours du 3 octobre. D'un côté il stigmatise l'aventurisme des comités d'experts, en rappelant (par exemple dans la longue préface de Summorum pontificum) les principes éternels d'élaboration liturgique. Et d'autre part, exerçant son pouvoir de pape, il valide la réforme liturgique et la reconnaît comme "la forme ordinaire" de la liturgie romaine. C'est toute l'ambiguïté de sa fonction. Peut-il faire autrement ?

C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre les mots très durs de Mgr Müller à l'encontre de la Fraternité Saint Pie X, lors de la visite ad limina de certains évêques français. Pour lui les négociations avec la Fraternité Saint Pie X sont terminées et, dit-il, "c'est une question de vérité". De quelle vérité s'agit-il ? Du pouvoir du pape sur l'Eglise universelle. Par exemple en matière liturgique, on doit dire qu'il y a une légitimité radicale des réformes (en distinguant cette légitimité de l'opportunité qu'il y a à faire des critiques). C'est son droit qu'exerce le pape en réformant la liturgie... Le droit de la Fraternité saint Pie X (et le nôtre) est de critiquer ces réformes mais sans remettre en cause le droit du pape et le droit de l'Eglise. La marge de manoeuvre est étroite ? Sans doute. Mais c'est une question de vérité. L'Eglise est une vieille dame, on n'agit pas avec elle comme avec un adolescent boutonneux. On ne peut pas non plus, au nom de la liturgie et de la théologie sacramentaire, oublier l'ecclésiologie. C'est cela aussi "les formes fixées par l'Eglise universelle".



lundi 1 octobre 2012

Vivre avec l'islam ?

Très belle après midi sur islam et christianisme. J'insiste d'abord sur le témoignage de deux coptes, en Egypte, Philippe, un artiste qui a fait de la prison pour de sombres raisons administratives et que l'on a forcé, une fois au violon, à jouer le Muezzin (ce qui lui faisait dire la cha'ada... et donc devenir musulman). Voulant demeurer chrétien, il a dû s'exiler. Pour les musulmans, il est devenu musulman et redevenant chrétien, il est "relaps" comme aurait dit l'Inquisition : passible de mort. Aujourd'hui il vit à Paris, en vendant ses oeuvres d'art. Il les proposera mardi soir. Nous avons la chance en effet ce mardi à 20 H 15, de recevoir Olga Platonova, une iconographe qui enseigne l'art de l'icône et a déjà, au CSP, une dizaine d'élèves enthousiastes. Elle évoquera cette représentation mystérique qu'est l'icône.

Mais je voudrais revenir un instant sur l'islam, qui est en même temps une foi et une loi. Quelle est cette foi ?

Le rationalisme triomphant depuis la fin du XVIIème siècle nous a fait oublier que nous ne pouvons pas vivre (non, personne) sans une foi. La raison décompose le réel pour mieux l'identifier, elle ne l'explique pas. Seule une forme d'intuition ou de pensée (comme dirait Kant) nous permet de dépasser la connaissance purement analytique en posant des raisons d'au-delà de la Raison. C'est cette foi naturelle qui est au fondement de l'islam comme l'indique la sourate 30 : "Acquitte toi des obligations de la religion en vrai croyant et selon la nature que Dieu a donnée aux hommes en les créant. Il n'y a pas de changement dans la création de Dieu. Voici la Religion immuable, mais la plupoart des gens ne le savent pas" traduit Denise Masson (Pléiade). Ou dans la traduction du Directoire des recherches scientifiques islamiques de l'Ifta, de la prédication et de l'orientation religieuse, qui propose une traduction littérale avec le texte arabe en regard : "Dirige tout ton être pour la religion, exclusivement pour Allah, telle est la nature qu'Allah a originellement donné aux hommes - pas de changement à la création d'Allah - voilà la religion de la droiture mais la plupart des gens ne le savent pas". D'après une rapide recherche internautique al Ifta est chargé des fatwas en Arabie saoudite. Ce sont des gens sérieux.

D'après ce verset, il est vain d'envisager l'islam comme une hérésie chrétienne, ainsi que le font certains depuis Pierre le Vénérable, la première autorité occidentale qui ait lu le Coran. La fides islamica dont parle Vatican II non sans maladresse (cf. Nostra aetate 3) n'est pas une foi arienne. D'après le Coran lui-même c'est une foi "naturelle" dont le Coran constitue seulement le "rappel", "un rappel à l'univers" (Sour. 39, 87). C'est ainsi que quiconque n'est pas musulman est un traître. traître à sa nature : il refuse d'entendre ce qui est pour lui un simple rappel, la nouvelle que porte le Coran.

Mais la foi coranique porte avant tout sur une loi comme le montre par exemple tout le début de la sourate 5, que nous pourrions citer ici. Une loi stricte et nécessaire qui est la volonté d'Allah.  Au fond la foi (imane) musulmane est avant tout foi en la loi (char). On ne peut pas être fidèle si l'on n'est pas fidèle à la loi. Il n'y a pas de religion (din) sans loi (char)...

Saint Paul après le Christ lui-même nous a délivré de la loi depuis longtemps. Il avait compris le risque de fanatisme qu'elle comporte, il l'avait vécu, alors que son visage ne respirait que menace et que haine sur la route de Damas, avant la Lumière libératrice qui lui montrera... son aveuglement. Son zèle pour la loi en avait fait un persécuteur...