mercredi 28 novembre 2012

Benoît XVI devant la crèche

Voici la critique à paraître dans l'excellent journal Monde et Vie, signée par mon alter ego Joël Prieur et publiée ici avec l'accord du directeur.
C’est le livre que l’on peut offrir sans risque comme cadeau de Noël. L’enfance de Jésus de Benoît XVI vient de paraître aux éditions Flammarion. Après deux volumes publiés sur Jésus de Nazareth, voici comme un portique d’entrée pour la grande œuvre. Nous l’avons emprunté, ce portique. C’est une bonne occasion de méditer avec le pape.

On commence à connaître le style de Benoît XVI… Des phrases simples, précises. Aucune volonté de sensationnel, pas de captatio benevolentiae, pas d’effets de manche, mais une volonté inexorable de s’inscrire au cœur du problème considéré et d’y atteindre par les mots les plus simples, tout en s’y installant de la manière la plus claire. Du côté du lecteur, une seule condition est requise : l’attention. Ce livre est fait de multiples coups de projecteurs sur chaque détail des Evangiles de l’Enfance du Christ. Il faut accepter de le lire lentement. De déguster !

Laissons donc le pape braquer son projecteur et profitons de la leçon de cet auguste professeur….

Voici le chant des anges: «Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et Paix sur la terre aux hommes de sa bienveillance».

A propos de la deuxième partie de ce texte, le pape relève deux choses : l’inexactitude de la plupart des traductions à propos des « hommes de bonne volonté ». Le grec porte « anthropois eudokias »… Eudokia signifie le choix, la bienveillance, ou d’après la traduction liturgique allemande la grâce. Pas du tout l’idée de « bonne volonté », même si elle a aussi du sens. Par ailleurs Benoît XVI s’insurge contre ceux qui veulent souhaiter à Dieu la gloire : « La gloire de Dieu n’est pas une chose que les hommes peuvent produire (que soit à Dieu la gloire). La gloire de Dieu existe. Dieu est glorieux, et c’est vraiment un motif de joie : la vérité existe, le bien existe, la beauté existe. Ces réalités sont en Dieu de façon indestructible ». Et ainsi, on retrouve, jusque dans la nuit de Bethléem la lutte contre le relativisme qui est la grande caractéristique de la pensée du pape et de son pontificat. Est-ce parce que c’est un philosophe impénitent ? Cette référence à l’objectivité divine de la vérité n’empêche pas le pape d’écrire sur la même page, dans un autre registre, celui de la poésie théologique que « le chant de louange des anges n’a jamais cessé. Il continue à travers les siècles sous des formes toujours nouvelles et dans la célébration de la naissance de Jésus il résonne toujours sur un mode nouveau. Jusqu’à aujourd’hui le simple peuple des croyants s’unit à leur mélodie, exprimant par le chant la grande joie que Jésus donne depuis lors à tous jusqu’à la fin des temps ».

J’ai pris cet exemple pour vous faire sentir le cocktail d’érudition, de réflexion personnelle et de poésie mystique qui constitue ce petit livre. On peut dire à la fois que le pape ne refuse a priori aucune des objections de l’exégèse critique. Il pèse chacune à l’aune de sa vraisemblance et à l’aune de la foi qui l’anime. Mais, tout en s’appuyant sur cette science, ce livre est plus qu’un livre de science. S’e n dégage une sagesse qui donne envie d’être chrétien, à ceux qui veulent bien prendre le temps de lire pour apprendre à connaître… Quelle meilleure préparation spirituelle aux fêtes de Noël ?

Joël Prieur

Prix : 15 euros

lundi 26 novembre 2012

Une école catho à la campagne

Choses entendues par une amie dans une école catho du Grand Ouest: - Madame, pour la fête de Noël, il faudra que vous veniez me voir - Ah? - Oui, cette année, on prépare des danses orientales, et je ne crois pas que vous ayez ce genre de déguisements chez vous - Et pourquoi des danses orientales - Oh! C'est pour aller avec le méchoui... Quelques semaines plus tôt, la directrice avait déjà prévenue cette amie : "Cette année, pas de crèches ou de choses comme ça. C'est par respect pour les musulmans - Mais il y en a beaucoup? - Oui deux familles... Et des familles nombreuses. Et puis vous savez, de toute façon, on fait plus trop Jésus..."

Je ne vous garantis pas toutes les circonstances en détail, ayant dû reconstituer le puzzle. Mais je vous garantis sur facture ce mot désolé : "On fait plus trop Jésus".

Les cathos ont magnifiquement intégré la laïcité antichrétienne. En bons élèves qu'ils sont en général, ils ont parfaitement compris ce que l'on attendait d'eux : ne la ramenez pas avec votre foi chrétienne. Résultat, dans cette petite école primaire, ce sera danse du ventre pour Noël et crèche au grenier des vieilles lunes. Quand je pense que ces gens - très gentils, très ouverts très serviables, des voisins de rêves - sont les mêmes qui vous parlent gravement de "nouvelle évangélisation"... Les mêmes qui, dans un examen de conscience vraiment masochiste, imaginent que si la nouvelle évangélisation ne marche pas, c'est parce qu'ils n'en font pas encore assez au service de l'homme, qu'ils ne sont pas assez fervents (défenseur de l'Autre dans tous ses états), pas assez effacés (ou enfouis), pas assez dans l'abandon, pas assez dans la tolérance unilatérale, pas assez dans la discrimination positive...

Le problème du catho moyen, Alain Finkielkraut l'avait bien diagnostiqué, faisant faire un progrès sensible à la nosographie, c'est "l'autrisme".

Mais je crois qu'il faudrait préciser : on fait de l'autrisme, parce que ça marche, c'est vendeur. Tandis que Jésus... Jésus... "On fait plus trop Jésus"... C'est ringard... Ca reste en magasin...

vendredi 23 novembre 2012

La fin du monde et le cardinal George

La prédication de Jésus sur la fin du monde ferme l’année liturgique, comme il est normal.Nous la lirons dimanche prochain. Soyons attentifs !

Il ne faut jamais oublier que notre foi dans le Christ est une foi qui s’alimente de tout ce que le Christ réalise dans l’histoire et de tous les signes des temps correctement observés, ceux qui nous font voir la présence du Christ dans ses saints de tous les âges, y compris de notre époque ; et ceux qui nous montre combien redoutable est son absence et comment le cœur de l’homme, « creux et plein d’ordure », n’attend que cette absence pour se surpasser en horreurs. Georges Bernanos, qui n’y allait pas par quatre chemins, n’hésitait pas à dire : «Sans le dogme du péché originel, je ne croirais pas. Il est beaucoup plus grave – ou du moins plus dangereux – pour l’homme de nier le péché originel que de nier Dieu». La présence de Dieu, nous la constatons jusque dans son absence. L’homme, malgré toute sa bonne volonté native, est marqué jusqu’au fond de lui-même par le péché originel. Il est «cassé» comme disait Gabriel Marcel. Et on peut le vérifier à chaque moment de l’histoire. Les gâchis ne se comptent plus ! Voyez, en ce moment même, ce qui se passe à l’UMP… ou à l’IBP… Des histoires d’hommes.

Ces considérations nous permettent de comprendre l’étrange parole du Christ, annonçant la fin du monde : « Cette génération ne passera pas que tout ne soit accompli ». Qu’est-ce que cela signifie ? Que des apocalypses, nous en verrons, oh ! non pas à chaque génération peut-être, mais toutes les deux ou trois. Il y en a une dans chaque vie d’homme. Il ne faut pas avoir peur de cela. Sans doute nous préparons nous, dans notre softitude ambiante, la plus terrible des apocalypses, qui serait la mise hors la loi du christianisme au nom de la laïcité. Le cardinal George, archevêque de Chicago, a récemment insisté sur ce danger de l’idéologie laïque pour le christianisme. Je ne saurais mieux faire que de le citer :
« La campagne politique actuelle a amené à la surface de notre vie publique le sentiment anti-religieux, en grande partie explicitement anti-catholique, qui grandit dans ce pays depuis plusieurs décennies. La laïcisation de notre culture est un enjeu beaucoup plus important que les causes politiques ou les résultats de la campagne électorale actuelle, aussi importants soient-ils. M'exprimant il y a quelques années devant un groupe de prêtres, entièrement en dehors du débat politique actuel, je tentais d'exprimer de manière dramatique ce que la laïcisation complète de notre société pourrait apporter. Je répondais à une question et je n'ai jamais mis par écrit ce que j'ai dit, mais les mots ont été capturés sur un smartphone et se sont désormais répandus comme un virus sur Wikipedia et ailleurs dans le monde des communications électroniques. On me cite (à juste titre) comme disant que je m'attendais à mourir dans mon lit, que mon successeur mourrait en prison et que son successeur allait mourir en martyr sur la place publique. Ce qui est en général omis dans les rapports, c'est la phrase finale que j'ai ajouté au sujet de l'évêque qui suivrait peut-être un évêque martyr: «Son successeur ramassera les débris d'une société en ruine et lentement aidera à reconstruire une civilisation, ce que l'Église a fait si souvent dans l'histoire humaine». Ce que j'ai dit n'est pas «prophétique» mais un moyen de forcer les gens à penser en dehors des catégories habituelles qui limitent et parfois empoisonnent les discours public et privé ».
Il est rare d’entendre un évêque parler si clairement. Mais – voilà un signe des temps – il me semble que les temps changent et que la parole vient aux évêques. Ils sont en route vers le martyre nous dit le cardinal George… En tout cas, ouvrant la bouche, ils marchent vers la sainteté, tant il est vrai que, comme disait Pascal, « jamais les saints ne se sont tus ».

jeudi 22 novembre 2012

L'UMP a deux papas...

"L'UMP a deux papas" peut-on lire un peu partout dans la blogosphère. Un peu comme l'IBP en définitive. Et depuis que Mayotte, Wallis et Futuna et la Nouvelle Calédonie sont de la partie, je me dis que tout est possible et qu'entre Jean-François Copé et François Fillon le torchon risque de brûler assez longtemps. Comme entre l'abbé L. et l'abbé P.

Pourquoi ? Le problème, en l'absence de décision légale déterminante (ou plutôt alors que deux règlements se contredisent) c'est d'aller... au delà du règlement, au delà de la loi écrite, jusqu'à l'esprit de la loi. Il faut remonter d'une légalité difficile à établir à une "légitimité". Mais d'où vient la légitimité ? De quelque chose qui transcende la loi. Ce n'est pas en s'envoyant à la figure des règlements que Jean-François Copé et François Fillon (je veux dire : l'abbé L et l'abbé P) parviendront à se départager. Les règlements, comme toutes les choses humaines ont leur limite.  A soutenir l'un avec force, on rencontre l'autre qui le contredit. Il faut donc, en deçà des règlements, une autorité qui établisse le droit...

C'est le droit divin du pape qui pourra décider des droits humains contradictoires de l'abbé P et de l'abbé L. Plus modestement, c'est la Commission Ecclesia Dei (ou la Signature apostolique en cas de refus d'un des deux partis), qui établira, au nom de l'esprit de la loi, le droit qu'échoue à établir la loi écrite et les règlements contradictoires (faites moi la grâce de ne pas faire cette démonstration du caractère contradictoire des règlements électoraux du chapitre de l'IBP : je la tiens à la disposition du quidam qui me la demandera sérieusement). En cassant les deux élections, Rome a bien montré que la loi écrite était impuissante. Mais qui aujourd'hui dira la légitimité transcendant les légalités contradictoires ? Qui s'y risquera ? On ne se bouscule manifestement pas au portillon.

Je ne suis pas prophète, mais la même impasse risque de surgir à l'UMP, où chacun des candidats a pour lui des règlements ; ces règlements, appliqués, font parvenir à des conclusions contradictoires entre elles. La solution ? Nicolas reviens, ils sont devenus fous !

Au-delà de ce problème formel, l'égalité de voix dans laquelle se trouve les deux champions empêche un exercice serein de l'autorité. Comme disait Maurras, "le pouvoir le prend qui veut, le tient qui peut". François et Jean-François sont d'autant plus à couteaux tiré que le sort de la bataille semble dépendre de la longueur du couteau et de l'ardeur que met celui qui l'exhibe à s'en servir. Du sang (virtuel) en perspective ! Et, à moins d'un arbitrage supérieur une décision difficile. Mais qui est supérieur à François et Jean-François dans la cour de récré peinte en bleu de l'UMP ? De ce point de vue (étroit), l'IBP semble avoir un avantage sur l'UMP...

Comme quoi, en tout cas, deux papas... ça ne marche pas !

Deux papas se feront toujours concurrence, parfois avec violence, pour la bonne raison qu'ils sont les mêmes. C'est la non-différence qui provoque le conflit. En revanche, la concurrence du papa et de la maman est amoureuse - concours d'amour : parce qu'ils ne sont pas du même sexe, papa et maman n'ont pas le mauvais goût d'entrer en rivalité l'un avec l'autre... (sauf à céder bêtement à l'unisex ambiant).

mercredi 21 novembre 2012

Nous n'avons encore rien vu - ni rien entendu.

Laurent Alexandre est médecin. Dans un texte assez bref paru dans Le Monde il nous dit deux choses: que les progrès de la science permettront un jour aux couples de dépasser la nature – et que les conventions sociales suivront. Lisez vous-même:
«La technique des cellules souche iPS - dont l'inventeur japonais Shinya Yamanaka est lauréat du prix Nobel de médecine 2012 - permet de fabriquer des spermatozoïdes et des ovules à partir de fibroblastes, des cellules que l'on trouve sous la peau.»
Concrètement :
«Il est déjà possible de fabriquer un souriceau à partir de deux pères. Le passage de ces techniques à l'espèce humaine est juste une question de temps.»
Et puis :
«Un même individu pourra produire à la fois des ovules et des spermatozoïdes.»
Et finalement :
«Les couples d'hommes pourront en outre bénéficier de l'utérus artificiel.»
Il faudra sans doute attendre encore un peu, mais c’est dans les tuyaux.
 
Voilà pour la science. Et maintenant, les conventions sociales :
«L'expérience montre que la vitesse de glissement du "défendu" au "toléré" puis au "permis", voire à l'"obligatoire", dépend essentiellement du rythme des découvertes scientifiques, quelles que soient les questions éthiques soulevées.»
Bref, on passe vite du proscrit au prescrit - et réciproquement. Ca change à la vitesse de l'évolution scientifique, c'est à dire de plus en plus vite. Bigre! Notre époque aime à penser qu'elle se situe en aval de bouleversements considérables, qu'elle s'est affranchie de la morale qui avait cours jusqu'alors, et caetera. En gros nous aurions fait un demi-tour complet depuis ce que le fou (le 'toller Mensch') de Nietzsche appelle la mort de Dieu. En réalité, nous sommes n'avons encore rien vu, rien entendu, et le fou nous le dit bien:
«Cet événement monstrueux s'est ébranlé, il est en route, il n'est pas encore arrivé aux oreilles des hommes...»

dimanche 18 novembre 2012

Ayez la foi de Dieu

Hier samedi, fête de saint Grégoire le Thaumaturge, étonnant faiseur de miracle qui fait penser à Padre Pio.L'Evangile de saint Marc dans le texte latin fait dire à Jésus : 'Ayez la foi de Dieu" (Mc 11). Traduction habituelle des lectionnaires : "Ayez foi en Dieu". Le Christ se serait donné loa peine de nous dire une banalité pareille ! Pas la peine de s'incarner pour si peu ! Texte latin : Habete fidem Dei. Grec : echete pistin Theou. Français : Ayez la foi de Dieu, la foi qui appartient à Dieu.

Nous sommes obsédés par notre foi EN Dieu, par sa faiblesse souvent vacillante et nous oublions "la foi DE Dieu", nous oublions que notre foi est une vertu théologale, qu'elle a Dieu pour "auteur" comme dit l'épître aux Hébreux (12, 2) et saint Paul ajoute : Dieu comme "consommateur", comme réalisateur. Fides Dei ! On comprend mieux. La foi, notre foi est divine, divine par son origine, divine par son objet, divine par son actualisation, par sa réalisation ultime. Cela devrait pouvoir nous unir : notre foi ne nous appartient pas. Nous sommes vétilleux sur la moindre expression de cette foi ? Nous critiquons le voisin quand il ne l'exprime pas exactement comme nous ? Ne nous sentons donc pas propriétaire de cette foi qui vient de Dieu. Ne nous érigeons pas trop vite en modèle normatif de la foi : Dieu seul est le modèle de la science nouvelle que cette foi nous donne. Et l'Eglise a la charge de nous le rappeler.

Nous avons trop souvent peur que notre foi nous échappe, qu'elle se dissolve dans le matérialisme ambiant... Il faudrait que nous ayons peur que notre foi nous dépasse. Il faudrait que nous nous disions de temps en temps que nous n'en sommes pas dignes.

Nous avons trop souvent peur que notre foi soit trop petite, nous ne connaissons pas sa grandeur divine. Nous n'aurions pourtant qu'à nous laisser faire. La foi est le grain de sénevé qui devient un grand arbre impossible à cacher et qui a pour vocation d'abriter tous les oiseaux du ciel, oui : tous les paumés que nous sommes peuvent y faire leur nid, c'est l'Evangile que nous lisons aujourd'hui.

"Ayez la foi de Dieu". Instructif est le contexte de cette parole apparemment si simple du Christ et finalement si profonde, si nous voulons bien nous donner la peine de la lire. Nous sommes le dimanche des Rameaux. Jésus vit ses dernières heures de triomphe humain. Il sait que bientôt tout sera consommé. Il maudit un figuier parce qu'il ne porte pas de fruits. "Et pourtant, commente l'Evangéliste, ce n'était pas la saison des figues". Le lendemain, les apôtres s'étonnent de voir le figuier désséché, selon la malédiction que le Christ lui avait infligé. Et la réponse du Christ est celle-ci : "Ayez la foi de Dieu".

Bien entendu le Christ n'a rien contre ce figuier. A la manière des prophètes, il s'agit d'une leçon de choses qui est une parabole. Nous sommes tous des saisonniers de Dieu. Nous avons naturellement des hauts et des bas. Dans le Royaume de Dieu, il n'y a pas de saison. Il faut être des permanents, il faut comme dit saint Paul quelque part "racheter le temps" qui use tout ce qu'il touche, il faut faire mentir l'entropie et devenir de vrais progressistes. En continu ! Sans nous lasser... Sans nous laisser impressionner quand l'ordre des saisons nous est contraire, quand le sens de l'histoire (car il existe) rame contre nous, quand le souffle du temps semble nous mépriser.

Il y a une très belle parabole dans saint Marc, que l'on connaît peu et que je me permets de recopier ici. Elle nous indique ce qu'il faut faire quand ce n'est pas la saison... apparemment : "Jésus disait : le Royaume des cieux est semblable à un homme qui jette la semence en terre : qu'il dorme ou qu'il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin le blé plein l'épi, et dès que le blé est mûr on  met la faucille car c'est le temps de la moisson" (Mc 4, 26-29).

Notre foi appartient à Dieu, il la fait germer quand il veut. L'important ? Comme le paysan : savoir faire son bouleau quand il le faut. Que notre inertie ne soit pas un obstacle à l'aide de Dieu.

jeudi 15 novembre 2012

La fin du Soixantisme

Nous avons montré ici comment la question du mariage homosexuel a une importance fondamentale même si nous ne sommes que dans l'ordre symbolique et même si le nombre des gays et lesbiennes qui choisiront le mariage est sans doute très faible, proportionnellement à leur effectif... Peu importe ! Il s'agit de transformer avec des mots l'institution du mariage pour en faire une simple option dans un dispositif à plusieurs entrés qui inclura bien sûr aussi la polygamie (pardon : le polyamour, qu'on appelle aussi trouple dans les magazines branchés, quand il regroupe trois personnes). Une institution vaut par son caractère inévitable et transcendant l'individu. Si l'institution est une option, elle meurt. Disons que nous allons entrer dans un temps où, comme j'ai déjà pu l'observer à Libreville il y a vingt ans, le mariage (avec le verbe "mariager") est une exception remarquable et non une institution. A l'époque, j'appelais cela "l'africanisation mentale"... Même le mariage à la coutume était déjà en régression là bas, en tout cas dans les villes. Ne parlons pas de la polygamie, possible mais onéreuse. Que restait-t-il ? Le tourisme sexuel et un individualisme matriarcal (les femmes, continuant à désirer des enfants, régnaient par le ventre). Il me semblait que ces Africains étaient simplement en avance sur nous. Ils rendaient crédible trente ans à l'avance le scénario que nous sommes en train de vivre en Europe - trop souvent, il faut le préciser, les enfants en moins. Aujourd'hui, chez nous, on peut ajouter que l'Etat s'engage dans ce processus de déstructuration sociale et il y met tout son poids médiatique, fiscal et... institutionnel justement.

Vatican II reposait sur l'idée que le plus plausible était le scénario contraire : pour les Pères conciliaires qui vivaient une période faste de l'histoire de l'Eglise, on pouvait s'en remettre à une laïcité apaisée (à une laïcité que l'on appellera plus tard laïcité ouverte) pour gérer les structures sociales issues de 2000 ans de chrétienté. L'Eglise, elle n'avait plus à faire la police, à exercer quelque coercition morale que ce soit... puisque l'Etat s'en chargeait très bien. Dans un livre récent, Eglise conciliaire et années soixante (L'Harmattan éd., 25 euros), le sociologue belge Louis Rade propose d'appeler cette grande illusion qui n'est pas qu'au cinéma, le Soixantisme. Dont acte : parlons pour faire vite du Soixantisme, que le Concile a codifié et dont l'Eglise, autoproclamée conciliaire à l'époque, a fait l'atmosphère de son développement et très vite de son déclin. Il me semble que cette affaire du mariage homosexuel met fin au Soixantisme de manière officielle; Il y a eu l'avortement : on pouvait encore faire semblant de ne pas voir. Cette fois, on s'en prend - par le biais du langage - à l'institution elle-même. Le cardinal Vingt-Trois a bien compris et il s'est employé à faire comprendre à ses frères évêques que l'on ne pourrait plus faire semblant de rien, indéfiniment. L'Eglise devait prendre position dans ce qui apparaît dès maintenant comme ce que Christiane Taubira appelle elle-même "un problème de civilisation".

Face à ce problème de civilisation, le temps est à l'apostolat des laïcs. Qui mieux que des laïcs engagés dans la vie sociale peuvent aider à prendre conscience de ces problèmes politiques, de ces problèmes sociétaux, qui, à cause de la radicalité avec laquelle ils sont posés, deviennent des problèmes spirituels.

Vatican II a beaucoup parlé de l'apostolat des laïcs. Hélas, en France, l'Eglise issue du concile Vatican II n'a plus les structures qui correspondraient à cette ambition de mettre en avant les laïcs. Avant le Concile, il y avait l'Action catholique. Souvenez vous ! Jean-Paul II en 1980 a pu encore réunir 100 000 militants de la JOC devant la Basilique Saint-Denis. C'était le chant du cygne. Une telle mobilisation, avec ou sans pape, est impensable aujourd'hui. Dans une société de plus en plus égalitaire et qui, selon la prophétie de Jean Fourastié, est devenue une société de services, l'apostolat catégoriel n'a plus beaucoup de sens. Et rien ne l'a remplacé. Le strabisme gauchisant de nos élites chrétiennes a interdit que l'on puisse dépasser ce modèle. Résultat : aujourd'hui l'Eglise est plus cléricale que jamais. Et elle a beaucoup de mal à se mobiliser. Mgr Aillet en a-t-il pris conscience, lui qui dimanche dernier disait aux traditionalistes à Saint-François Xavier : "Vos évêques vous soutiennent" dans votre engagement pour "la charité politique". Peut-on parler d'un vrai soutien des évêques tant qu'il n'y a pas une véritable organisation des laïcs catholiques, alliée à une vraie formation aux problèmes de l'heure présente, la laïcité, la royauté sociale du Christ, bref : le devenir de 2000 ans de christianisme face à la grande déculturation commencée ?

Sur toutes ces questions, il faut bien reconnaître que tant sur le fond que sur la forme du combat qui apparaît comme urgent, les traditionalistes ont de l'avance. Civitas est une organisation laïque, dans l'esprit du vrai concile Vatican II, qui n'a pas d'équivalent "en face". Et ce n'est pas la "manifestation pour tous" décrété in extremis le 17 novembre, qui fera de l'ombre à la manifestation du 18, parce que le 17, à la manif pour tous, il n'y a pas d'organisation. On ne voit qu'un consortium d'associations et de personnalités, appelées à la hâte et fixant à la hâte leur manif la veille de l'autre, pour faire pièce à l'organisation Civitas. Même retard sur le fond : d'un côté les cathos "pour tous" défilent sous le signe d'un conservatisme raisonnable ; de l'autre les laïcs débordant très largement la FSSPX qui auront répondu à l'appel de Civitas, viendront défendre la civilisation, comme le prévoyait déjà les papes saint Pie X et Pie XII.

Ces laïcs ne seront d'ailleurs pas forcément des chrétiens, et voilà une véritable ouverture. l'idéologie démocratiste nous plonge dans une antiphysique tellement criante que tous les hommes de bonne volonté sont concernés quand il faut faire face. Saint Pie X pape le pressentait déjà, à propos du laïcisme. Il écrivait en 1907  "Que tous, tant qu'ils sont, et les catholiques et ceux qui ont à coeur le simple amour du juste et de l'honnête se joignent à nous pour le bien commun et la prospérité de leur patrie" (Festivitas, OC 1, p. 410). Et déjà en 1905, dans Vehementer, il encourageait à ce bien si difficile mais si nécessaire : l'unité de tous les catholiques : "Abdiquez donc tous les germes de désunion, s'il en existe parmi vous. Et faites le nécessaire pour que, dans la pensée comme dans l'action, votre union soit aussi ferme qu'elle doit l'être parmi des hommes qui combattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celle au triomphe de quoi chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions" (OC 341).

J'ajoute que je ne joue pas une manifestation contre l'autre. Malheureusement certains ecclésiastiques tendent à monopoliser à leur profit la manif Civitas, attaques personnelles à la clé. Leur attitude me semble aussi condamnable que celle qui a consisté à organiser une deuxième manif la veille du grand défilé annoncé. Je m'en étais expliqué avec l'abbé Grosjean dans L'homme nouveau (que je remercie d'avoir largement ouvert ses colonnes à notre débat). Il est essentiel que les catholiques, pour une fois, abdiquent quelque chose de leurs opinions particulières, comme le demandait déjà saint Pie X en son temps, et qu'ils s'unissent devant l'évidence d'une radicalisation matérialiste et athée du laïcisme dominant.

[Monde&Vie] Mauvais temps sur Tradiland

SOURCE - Abbé G de Tanoüarn - Monde & Vie n°866 - 20 octobre 2012

Les temps changent pour le Mouvement traditionaliste. Alors qu’il a longtemps bénéficié du monopole de la contestation catholique face au grand chambardement ecclésial des années soixante-dix, il est aujourd’hui rejoint par toutes sortes de mouvements et d’individualités prêtes à contester les réformes issues du Concile. Le pape lui-même semble de la partie. Résultat : une crise d’identité qui est avant tout une crise de l’autorité en son sein.
Les prodromes d’une telle crise sont apparus dès 2004-2005, à la fin du pontificat de Jean Paul II. Souvenez-vous: l’abbé Laguérie envoyé au Mexique par son supérieur Mgr Bernard Fellay, parce qu’il avait osé remettre en cause la gestion humaine des séminaires dans la Fraternité Saint Pie-X. Il fait appel. Il n’y a évidemment aucune instance pour recevoir son appel puisque la Fraternité Saint-Pie-X est juridiquement coupée de Rome. A  l’époque, malgré le raffut internautique et médiatique, le dernier mot resta, en apparence, à l’autorité légitime.  Mais il y eut une véritable mise en cause de sa crédibilité.
Rome garde un silence prudent
L’Institut du Bon Pasteur naquit de cette polémique, avec la bénédiction, à Rome, du cardinal Castrillon Hoyos. Mal né? Six ans après son érection officielle, le 8 septembre 2006, son chapitre général n’arrive pas à nommer clairement un successeur à l’abbé Laguérie. Deux noms apparaissent: le sien et celui de l’abbé Roch Perrel, jusque-là directeur du Séminaire de Courtalain. Ils sont à égalité de suffrages. L’abbé Laguérie est élu, parce qu’il est le plus ancien. Une nouvelle élection a lieu immédiatement, qui désigne l’abbé Perrel, alors que des partisans de l’abbé Laguérie ont quitté le chapitre. Situation absurde. Rome garde un silence prudent, après avoir rescindé les deux élections. Un nouveau chapitre est annoncé pour une date indéterminée.  Les deux positions semblent pour l’instant totalement irréconciliables. 
 
L’Institut du Bon Pasteur compte entre vingt et vingt-cinq prêtres. C’est un microcosme. Son implosion peut être due simplement à la réunion – improbable sous la soutane – de quelques personnages forts en gueule et – ça c’est plus courant – préoccupés de leur carrière. Sa chance? Le contrôle que Rome exerce sur tous les Instituts qui ont été créés avec son accord. Le droit divin apostolique couvre les bouffonneries humaines trop humaines de certains ecclésiastiques. 
 
La Fraternité Saint Pie-X ne peut pas compter, elle, sur le frein romain. Certes, elle est plus ancienne et pourrait compter sur une plus grande maturité de la part de ses membres. Mais… En son sein aussi des craquements se font entendre. Les lecteurs de Monde et Vie savent que l’abbé Chazal a récemment créé une « Fraternité Saint Pie X de stricte observance » (FSSPX, so) aux Etats unis, qui pourrait être une sorte de « Fraternité bis » pour tous ceux qui contestent le « laxisme » de Mgr Fellay et sa trop grande ouverture à Rome. A ce jour, ce nouvel Institut comporte cinq membres, avec une visée délibérément internationale, puisqu’on compte en son sein trois Américains et deux Français. Mgr Fellay semble décidé à anticiper sur la tentation d’une éventuelle scission. Il lui faut régler au plus vite le « cas Williamson ». Dans le Bulletin interne Cor unum, on pouvait lire : « Le Chapitre général constate les graves manquements à la discipline commis par Mgr Williamson et les difficultés qu’il pose à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X par son attitude. Il approuve les démarches que le Supérieur général entreprendra pour mettre un terme à cette situation. » (Actes du Chapitre, Cor Unum n° 102, été 2012, p. 28). Aujourd’hui, Mgr Fellay prend les devants… Dans une Fraternité qui menace de devenir ingouvernable, chacun prétendant savoir quelle est la meilleure attitude à prendre, il entend bien donner le cap. Il vient de sommer Mgr Williamson de fermer son blog (eleison) et de garder le silence.
Un mandat fixé pour 12 ans
Le mandat du supérieur général avait été intentionnellement fixé à douze ans par Mgr Lefebvre, soucieux de la stabilité de sa fondation. Mgr Fellay en est à son deuxième mandat. Il lui reste cinq ans. Il semble bien décidé à demeurer le seul garant de l’unité de la FSSPX… 
 
Il est, pour les uns, le principal atout d’une FSSPX voulant à terme une intégration juridique dans la grande Eglise. Il apparaît pour les autres comme l’obstacle à toute radicalisation du combat traditionaliste, « contre – disent-ils – la Rome moderniste et néoprotestante ».
 
Abbé G. de Tanoüarn


Préoccupés par l’unité
Autant il est facile de s’unir contre quel que chose ou quelqu’un, selon le bon vieux principe du bouc émissaire, autant il est difficile de réaliser une union positive. Distinguons d’abord mouvement et institution. L’unité d’un mouvement est très difficile à réaliser. Il faut avoir en commun les objectifs et la manière de les atteindre dans une véritable unité d’action. Raison pour laquelle la vie des mouvements est le plus souvent brève et traversée de scissions. L’unité d’une institution est juridique, elle repose donc sur une forme de coercition (ou au moins sur un calcul intéressé, celui qui tient compte du fait de se retrouver éventuellement en dehors du droit). Il y a deux grands types de droit associatif, le droit humain, qui est variable et jamais exclusif et le droit divin, qui est immuable et unique. L’Eglise est de droit divin. Le pape est de droit divin dans l’Eglise comme un père dans sa famille. L’évêque est de droit divin dans son diocèse. Par définition, aucun homme ne peut modifier le véritable droit divin (je ne par le pas de l’idéologie bourbonnienne, qui induisait un mixte entre Eglise et Etat, ce qu’on a appelé le gallicanisme). Si l’on prend les communautés traditionalistes, soit elles relèvent du droit divin de l’Eglise universelle, qu’elles reconnaissent et qu’elles font leur, auquel elles participent pour une part en le reconnaissant et dans la mesure où elles le reconnaissent (voilà le problème de l’IBP), soit pour des raisons de crise et d’opération survie, elles ne le reconnaissent pas comme contraignant. Elles relèvent alors du droit humain et des jeux d’appareil qui fatalement l’accompagnent. C’est ce que l’on est en train d’apercevoir à la FSSPX : gare aux dégâts !

lundi 12 novembre 2012

Tolérance ? C'est dans l'Evangile

"Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés". On connaît cette formule catégorique de l'Evangile. C'est le moment de s'en souvenir, alors que l'évangile d'hier dimanche  nous remettait devant la parabole du Bon grain et de l'ivraie, avec cet ordre du Seigneur : "Laissez les pousser ensemble jusqu'à la moisson" déclare le Christ. La moisson, c'est la Fin du monde, lorsque le Christ reviendra comme Juge, pour rendre à chacun son dû : à l'ivraie le feu, au bon grain, les greniers du Maître. Le Christ nous interdit formellement d'être des jugeurs, jusqu'à la fin du monde où Lui, parce qu'il sonde seul les reins et les coeurs, pourra juger chacun sans risque de se tromper.

Il s'agit bien de la tolérance chrétienne. D'où vient-elle ? Non pas d'un penchant irrépressible à la transigeance, comme le tolérantisme actuel, mais  d'un aveux d'ignorance. A juger les autres, on risque de confondre le bon grain et l'ivraie. Il faut donc s'en abstenir, ne pas se prendre pour des justes, ne pas croire que, simples humains, nous pouvons faire ou rendre la justice, mais seulement avoir faim et avoir soif de cette justice, en acceptant de considérer que seul le Christ peut nous désaltérer.

En face de la tolérance évangélique, la tolérance telle qu'on l'invoque aujourd'hui n'est qu'une de ces nombreuses idées chrétiennes devenues folles. Elle conduit à ne plus dire le vrai et le faux, le bien et le mal et à égaliser tous les comportements. Prétendre que l'un vaudrait mieux que l'autre, ce serait justement "manquer de tolérance". Ce refus de penser les différences, cette non-pensée est un piège, qui mène droit au nihilisme. Si tout vaut tout rien ne vaut rien et seul vaut... le rien. Il y a aujourd'hui, ici et là, une véritable ivresse du Rien, un culte enthousiaste et expérimentateur.

A ce sujet, je ne peux que vous recommander l'excellente revue Monde et Vie qui, dans son dernier numéro, aborde, "ces idées chrétiennes devenues folles". Des exemples ? Le (prétendu) mariage homosexuel qui devient un droit au nom de l'égalité. Quelle égalité ? Encore une idée chrétienne au départ, mais qui est méconnaissable. Pour appliquer les idées chrétiennes de liberté d'égalité et de fraternité (et celle de laïcité aussi) il faut toujours se souvenir que le Christ affirme : "Mon Royaume n'est pas d'ici". Il y a une dualité chrétienne, entre nature et grâce, entre temporel et spirituel. Ceux qui confondent ces deux dimensions de l'être, ceux qui veulent établir le paradis sur la terre font du christianisme une idéologie...

La tolérance chrétienne n'a pas d'autre limite que le jugement dernier (la moisson) : même un criminel ne doit pas être jugé sur le fond car Dieu seul est son juge. Il est puni (dimension afflictive et exemplaire de la peine) et mis hors d'état de nuire par la société (dimension médicinale) qui a droit de se protéger (violeurs récidivistes, tueurs en série ou simples voleurs à la tire), mais il n'est pas jugé sur le fond. Seul Dieu est son juge et jusqu'au dernier moment il peut se convertir. Le Christ a volu le Bon larron sur une croix à côté de la sienne. Et il lui a dit : "Ce soir, tu seras avec moi en paradis".

Il n'était pas question pour le larron crucifié de remettre en question la peine à laquelle il était soumis. Ce malfrat d'ailleurs en reconnaît lui-même le bien fondé du point de vue des royaumes de la terre : "Nous sommes là [sur la croix], c'est justice..." Et le Christ lui-même lui montre que le Royaume des Cieux est construit sur d'autres critères. Sa justice est différente.

dimanche 11 novembre 2012

[Claire Thomas - Abbé Ph. Laguérie - Monde&Vie] L’abbé Laguérie : un pari audacieux

SOURCE - Monde & Vie - Abbé Ph. Laguérie - Propos recueillis par Claire Thomas - 20 octobre 2012

L’abbé Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour la Fraternité SaintPie-X, fondateur il y a six ans à Rome de l’Institut du Bon Pasteur et exerçant en ce moment par la volonté de la Commission Ecclesia Dei au Vatican la charge de supérieur général par Interim de cet Institut, est bien connu pour son franc Nous lui avons demandé si les problèmes que rencontre son Institut aujourd’hui ne sont pas révélateurs d’un malaise diffus dans le monde traditionaliste.
Claire Thomas: M. l’abbé, l’IBP est aujourd’hui un Institut divisé. Comment expliquez-vous ces secousses?
Abbé Philippe Laguérie: L’institut que j’ai fondé il y a six ans (8 septembre 2006) avec quatre confrères repose sur deux fondements, qu’on n’avait jamais conciliés jusque-là : une reconnaissance romaine explicite (avec les exigences de respect et de fidélité qu’elle entraîne avec soi) et une fidélité exhaustive à la Tradition dogmatique et liturgique de l’Eglise romaine. Le pari était audacieux, surtout si l’on songe que le discours du pape du 22 juillet 2005 à la Curie venait à peine d’être prononcé et que nous avons même anticipé le Motu Proprio Summorum Pontificum d’une année. Il n’empêche que, comme partout dans la situation actuelle de ceux qu’on a baptisés « traditionalistes » (comme si tout chrétien ne l’était pas, la Tradition étant l’une des deux sources de la Foi) il se produit un tiraillement entre la dose de romanité et celle de tradition qu’on met dans son cocktail ! Mon pari de 2006, c’est qu’il n’y a plus à choisir. Il faut tenir les deux bouts de la chaîne, comme entre la grâce efficace et la liberté humaine! Ce pari dit justement que c’est possible et je le mènerai jusqu’au bout.
C. T. : On connaît les difficultés – moins graves mais préoccupantes – que traverse la Fraternité Saint Pie-X, alors que quelques prêtres ont cru bon de refonder une autre «Fraternité Saint-Pie-X », pour pouvoir continuer sous le même pavillon en cas d’accord avec Rome. Vous semble-t-il que le mouvement traditionaliste est atteint d’un syndrome diviseur?
Abbé Ph. L. : Même si le paquebot FSSPX est bien plus considérable que la nacelle IBP, et partant moins soumis aux caprices des flots, la question y est encore plus poignante que chez nous! Dans une SVA (Société de Vie Apostolique) de droit pontifical, il est aisé de comprendre, sauf folie incurable, que le respect de Rome y est, non pas important, mais constitutif. Tandis que la Fraternité saint Pie-X devrait connaître autant de divisions qu’il y a de sensibilités en son sein, tant que tous n’auront pas compris que la Tradition est romaine ou n’est pas. L’actuel syndrome du groupuscule « Chazal » (qui annonce sa rupture dès la signature d’un accord) est caractéristique. Jusqu’à présent, avaient quitté la Fraternité par vagues successives les seuls sédévacantistes. Aujourd’hui, la seule perspective d’une reconnaissance romaine dresse ces prêtres contre l’autorité reconnue de Mgr Fellay. Il est à craindre chez eux des vagues répétitives. Oui, les traditionalistes, toutes tendances confondues, doivent intégrer le respect de Rome, au plus vite, sous peine de disparition sectaire.
C. T. : Que préconisez-vous pour votre Institut? Vous êtes aujourd’hui candidat à votre propre succession, lors d’un chapitre général à organiser… Avez-vous un programme?
Abbé Ph. L . : La tradition est assez forte aujourd’hui et Rome suffisamment bienveillante pour que s’établisse une sainte harmonie. J’ai la conviction, sans laquelle je ne serais pas monté à Rome en 2006, que jamais depuis le concile, nous n’avons possédé une telle liberté « de nous mouvoir dans le bien ». Nous avons une marge de manoeuvre considérable et qui va grandir encore. Tout est négociable. En matière liturgique, par exemple, j’ai quelques (trop) jeunes confrères qui ignorent que le rite « propre » ou exclusif c’est la même chose. Ils ont dû faire un peu vite, ou pas du tout, leur logique matérielle! Qu’ils ouvrent donc le dictionnaire: ils y apprendront que le propre est « Ce qui appartient de manière exclusive à (…) un groupe » (Robert).
C. T. : On dit que la polémique ne vous fait pas peur… Quelles limites mettez-vous au-delà de laquelle une polémique paraît stérile?
Abbé Ph. L. : Ma position de supérieur général de l’IBP a sérieusement modulé ma capacité en ce domaine… Mais je souhaite à mes ennemis de ne pas me rendre cette liberté ! Bien sûr qu’une polémique devient stérile quand elle sort des sentiers de la Vérité au profit du moi, haïssable. Encore doit-elle faire rire, sous peine d’écorcher la plus grande des vertus. Partisane et triste, voila les deux écueils de la polémique, qui la rendent immorale. Vraie et drôle, il en faut.
C. T. : Que souhaiteriez-vous aujourd’hui aux prêtres de la Fraternité Saint Pie-X?
Abbé Ph. L. : Aux prêtres de la Fraternité je dis qu’il faut une metanoia radicale. L’ostracisme dans lequel ils tiennent, sous ordre hiérarchique, tous leurs confrères n’est pas catholique. Il est urgent qu’ils s’acclimatent à la distinction entre le personnel et les errances dudit personnel. Nombre d’entre eux souffrent de cet état de chose, mais le consensus collectif est si fort qu’à vouloir le briser… on briserait la Fraternité. On fait gorges chaudes du conseil que j’ai donné un jour, sur le quai de la gare Montparnasse, à M. l’abbé de Cacqueray de ne pas signer avec Rome. Qu’on me comprenne bien: il s’agissait de procéder avant à la conversion (morale) de la Fraternité et non point d’exiger la conversion (dogmatique) de Rome.
C. T. : 50 ans après beaucoup de jeunes ont oublié qu’il y a eu un Concile. Que représente Vatican II pour vous?
Abbé Ph. L. : Vatican II ? J’attends sa réception, à commencer par la mienne. Dès qu’on m’aura expliqué, authentiquement de préférence, si les chapitres I (L’Eglise Catholique) et 2 (Le peuple de Dieu) de Lumen Gentium sont adéquats; ou encore ce que peut bien vouloir dire le chapitre I de Dignitatis Humanae, on en reparle, promis. La vingtaine des évêques que j’ai personnellement interrogés ne savait pas. Alors, si vous permettez… Les jeunes ignorent le bonheur qu’il y a parfois d’ignorer.

[Radio Courtoisie] Abbé de Tanoüarn, Luc Perrin, Denis Sureau

Deuxième partie du Libre Journal de Catherine Rouvier du 8 novembre 2012, sur Radio Courtoisie, animé par l'abbé Guillaume de Tanoüarn. L'abbé y recevait Luc Perrin, historien, et Denis Sureau, journaliste et éditeur, à l'occasion du 50e anniversaire du concile Vatican II.

mercredi 7 novembre 2012

Quelques mots de saint Augustin et du prix Goncourt

Alors que Jérôme Ferrari vient de recevoir le Goncourt, je repense à une critique de mon alter ego Joël Prieur, publié dans Minute fin août, qui peut, je crois, intéresser les lecteurs de ce Blog. GT
Jérôme Ferrari : La fin du monde est inéluctable

Nous portons tous en nous un  monde qui va finir avant nous sans faire de bruit. Cette fin du monde, à laquelle il faut nous préparer parce que nous la vivrons tous, cela s’appelle le mal. Sujet austère pour un livre sublime !

Jérôme Ferrari n’a pas froid aux yeux. Il donne à son roman le nom d’un Sermon de saint Augustin : ce sera « le Sermon sur la chute de Rome » et cela se passera en Corse… dans un petit bistrot, où même l’alcool est triste, parce que, d’ordinaire, il ne se passe rien… Rien en tout cas, jusqu’à ce que Marie-Angèle, la proprio, ait l’idée saugrenue de le donner en gérance à deux jeunes gens, Matthieu et Libero, qui ne connaissent de leur île que les vacances et qui vont faire du lieu un petit paradis toujours disponible après le turbin. La fin du monde aura lieu là, une nuit, dans ce rade improbable, malgré le sourire de commande des quatre serveuses appointées, et malgré le pastis, qui donnait des couleurs aux consommateurs addicts. La fin du monde est inéluctable. Il y a eu quelques secousses sismiques, annonciatrices du cataclysme. Mais rien n’explique le cataclysme. Rien ne le justifie Un homme meurt, un monde meurt… Et tout redevient comme avant. Nous ne sommes pas des créateurs, répète à plusieurs reprises Jérôme Ferrari, mais seulement des démiurges. Nous sommes prisonniers de nos « créations » et nous mourons avec elles, si nous ne les avons pas rejetées assez vite. Même quand nous ressemblons à des vivants, nous sommes vivants comme Marcel, le grand-père qui enterre son propre fils et qui semble inaccessible à la mort : son monde est mort pourtant, avec sa jeune épouse adorée, et il est mort avec lui, avec elle, depuis si longtemps que la mort même l’a oublié. Ce sera sans doute aussi le sort de Matthieu son petit fils, déconnecté avant même la fin du film ; ce sera le sort d’Aurélie et de ses amours impossibles (est-ce un hasard si elle porte le patronyme de saint Augustin : Aurelius ?), le sort d’autres personnages de la « comédie humaine » qu’est en train d’écrire Jérôme Ferrari, puisque nous retrouvons certains personnages au fil de ses quatre romans.
 
Cette fin du monde aux dimensions d’un bistrot corse mais à portée universelle est orchestrée, il faut le dire dans un style somptueux : des phrases profuses, jamais confuses,  dont la profusion même sert à rapprocher les événements, comme lorsque l’on appuie sur le bouton « avance rapide » d’un film qui semble lent. C’est le style de Ferrari qui lui permet d’aller vite… en embrassant tout d’un regard. Ce style abolit le temps et permet une simultanéité perpétuelle. Style total, vision total, acquiescement total, cet acquiescement que l’auteur prête à son Aurélie, sous le signe d’Augustin, lorsqu’elle arrive en Algérie. Voici la baie d’Annaba (Bône ou Hippone, ville d’Augustin), vue d’avion : « Elle ne se plaignait de rien, son acquiescement était total car chaque monde est comme un homme, il forme un tout dans lequel il est impossible de puiser à sa guise, et c’est comme un tout qu’il faut le rejeter ou l’accepter, les feuilles et le fruit, la paille et le blé, la bassesse et la grâce. Dans un écrin de poussière et de crasse reposait le grand ciel de la baie, la basilique d’Augustin et le joyau d’une inépuisable générosité, dont l’éclat rejaillissait sur la poussière et sur la crasse ». Augustin est toujours là dans le soleil triomphant d’Annaba et par delà le temps qui passe, quelle que soit sa foi ou son absence de foi, Ferrari nous fait entendre les accents uniques du Sermon sur la chute de Rome : « Peut-être Rome n’a-t-elle pas péri si les Romains ne périssent pas ? » disait déjà Augustin, cité par Ferrari. Eternel retour de la lumière, trace de la vérité de mondes toujours en allés déjà mais qui se recréent sans cesse.
 
Joël Prieur
 

Le chant du cygne

Le parallèle avec la situation de 1984 est tentant : enjeu de société, vie des familles, danger de rupture. A l’époque le gouvernement voulait nationaliser l’école privée, aujourd’hui il prévoit de marier des couples de même sexe. En 1984, la droite catholique s’était mobilisée, le gouvernement avait reculé. Et voici qu’en 2012 certains envisagent de rebattre le pavé, et des évêques se bougent. Battre le pavé? Interventions épiscopales? Allons bon! La mobilisation, si elle a lieu, ne sera pas au niveau de celle de 1984, et voici pourquoi :
  • C’est une question de sociologie: le monde catholique a sérieusement fondu. Il y a trente ans les églises s’étaient déjà vidées, mais la plus grande part de la société avait encore un lien personnel avec le catholicisme. En gros, le public pouvait suivre un «Dom Camillo» à la télé. C’est fini: la société n’a plus ces repères.
  • L’évolution du mariage civil, si déplorable soit-elle, ne touche pas directement la vie des familles. En 1984, des parents pouvaient légitimement s’inquiéter de savoir dans quel établissement iraient leurs enfants à la rentrée suivante – voilà une question concrète, de celles qui préoccupent et mobilisent les gens, bien plus que des principes généraux.
  • Les relais politique manquent, à la différence de 1984. Le parti de droite (UMP) sert plusieurs clientèles, les conservateurs ne sont plus que l’une d’entre elles. L’UMP ne voudra pas se ringardiser aux yeux de ses nouvelles tendances. Plus à droite se trouve le FN dont il n’y a rien à attendre sur le sujet, pour des raisons tellement évidentes qu'il n'y a pas lieu de les citer ici.
Les évêques, maintenant. Ils se bougent, plus que jamais, et plus qu’ils ne l’ont fait contre l’avortement. Pourquoi? Peut-être ont-ils cru à la laïcité apaisée, à un modus vivendi entre l’Eglise et l’Etat Laïc. Dans cette optique, et sur le mariage par exemple, l’Etat Civil s’occupait des papiers, et les clercs du sacré: chacun jouait son rôle dans des domaines séparés, autour d’une même réalité. Même réalité… jusqu’à ce que l’Etat Laïc change le contenu du mot ‘mariage’. Quelle déception! A Vatican II l’Eglise s’est ouverte au monde – et voici qu’il lui tourne le dos.

lundi 5 novembre 2012

Mariage homosexuel : l'Eglise dit non, pourquoi

Le peintre Grant Wood
revisité par les nouveaux

codes sociaux.
JDD, Libé,... l'Eglise fait la Une un peu partout, les cardinaux, les évêques s'organisent et "lancent le débat" sur la question du mariage des homosexuels et de l'adoption d'enfants par ces couples homosexuels mariés. Pourquoi un tel militantisme, de la part de gens que l'on ne voyait plus beaucoup dans le débat public depuis 50 ans, depuis que Vatican II avait proclamé l'accord a priori de l'Eglise avec le Monde.
[Pour ceux qui trouveraient l'expression trop forte, voici le n°3, §2 de Gaudium et spes : "En proclamant la très noble vocation de l’homme et en affirmant qu’un germe divin est déposé en lui, ce saint Synode offre au genre humain la collaboration sincère de l’Église pour l’instauration d’une fraternité universelle qui réponde à cette vocation". On peut toujours interpréter ce texte dans la continuité de l'enseignement ecclésial ; ce petit paragraphe insiste par exemple sur la vocation de l'homme créé par Dieu et pour Dieu, magnifique ! hélas, au sens obvie, il a signifié pour beaucoup que l'Eglise, reconnaissant la divinité de l'homme, accepte l'histoire de l'humanisme comme une histoire sainte - une succession d'Ereignisse dirait Heidegger - une Histoire majusculaire, dont elle ne serait d'ailleurs par hypothèse qu'une simple contributrice, une collaboratrice récente].
La question du mariage homosexuel contraint l'épiscopat français à rompre avec l'esprit d'optimisme délibéré qui était, il y a 50 ans, celui de Gaudium et spes. Les médias réagissent parce qu'elles sentent bien que quelque chose de peu ordinaire ou plutôt quelque chose de nouveau est en train de se passer dans l'Eglise, comme une prise de conscience qui ne dit pas encore son nom : il y a bien deux humanismes qui s'opposent, celui de l'homme comme petit dieu, revendiquant l'ivresse du Rien, c'est-à-dire, avec l'absence de lien, l'absence de toute obligation, et celui de la personne créée dans une nature à l'image de Dieu, créé homme et femme, pour une union que le Christ a reconnue comme divine ("Ce que Dieu a uni que l'homme ne le sépare pas" Matth. 19).

Ces deux humanismes ne peuvent pas collaborer ; ils ne peuvent que s'opposer. La guerre des deux France était une guerre idéologique que l'on pouvait voir s'achever sur une sorte de paix des braves. Des deux côtés, l'on enseignait peu ou prou ce que Jules Ferry lui-même appelait alors "la morale de nos pères". Aujourd'hui, il n'en est plus de même ; la lutte s'est radicalisée. On voit désormais se cristalliser une opposition que j'appellerai volontiers métaphysique. Il y a deux positions irréconciliables, d'abord celle d'un droit naturel respectueux d'un ordre qui transcende les subjectivités humaines et ensuite celle d'un droit subjectif aux exigence indéfinies, qui permettrait de canoniser et d'égaliser entre eux tous les comportements possibles. La tentation d'une sorte d'idéal laïc sans Dieu qui puisse être commun à tous les hommes semble ici conjurée pour longtemps, à cause de la radicalisation de la thèse dite laïque, qui devient, sans plus s'en cacher une thèse métaphysique.

Voilà ce que tout le monde comprend. Voilà pourquoi non seulement les évêques interviennent, mais le grand Rabbin Bernheim fait un magnifique commentaire des premiers chapitres de la Genèse, qui a beaucoup circulé chez les cathos ces derniers temps. Je ne sais pas où peut mener une telle prise de conscience. Le débat qui s'ouvre, lorsque l'on accepte de le prendre dans toutes ses dimensions, est un débat capital. Il ne faudrait pas que ce soit un débat pour faire semblant, un débat avorté, un sursaut qui ne serait que le baroud du déshonneur... Il faut aller au bout et constater enfin l'opposition irréductible de l'Eglise d'un côté, de l'humanisme ecclésial et du Monde de l'autre côté, de l'humanisme autoproclamé laïc.

"L'âme de la France, c'est l'égalité" lisait-on dans la préface du programme de François Hollande, diffusé à des millions d'exemplaires [Mes 60 engagements pour la France]. Le mariage homosexuel n'est pas une mesure qui concernera beaucoup de personnes homosexuelles. C'est une mesure qui touche au symbolique, à la loi, aux sources de la loi et du droit. C'est une mesure à travers laquelle on compte bien continuer à égaliser, à niveler tous les comportements. C'est une mesure à travers laquelle on cherche à retirer son universalité au modèle du mariage monogame et fidèle sur lequel repose la société européenne depuis l'expansion du christianisme.

Cette Institution magnifique, fondée sur l'amour, même si elle a souvent semblé fragile et toujours plus fragilisée, est la source du développement européen. Même un Freud témoigne à sa façon de la fécondité de cette Institution avec son fameux Oedipe. Au risque de choquer, je dirai, sans pousser cette remarque à l'extrême, que ce n'est pas d'abord l'authenticité de sentiments amoureux, c'est la stabilité de l'institution qui permet une éducation longue et performante. Le développement de l'humanité, Ricardo, Malthus ou Marx en ont jadis été d'accord, tiendrait à des causes économiques. C'est ce que j'ai appris dans mon collège catholique, en mémorisant des dizaines de chiffres en "géographie humaine". C'est ce que j'ai appris, pas ce que j'ai compris plus tard. En réalité, c'est le contraire qui est vrai : le développement d'une communauté est d'abord moral, c'est ce que j'ai pu observer en Afrique. L'institution du mariage est la première grande pourvoyeuse de développement mental, moral, spirituel, humain. A partir de là, le développement économique est possiblement bon pour l'homme.

Oh! On ne veut pas supprimer l'Institution du mariage, mais on veut la brader, à l'aulne de la grande égalisation des comportements, en faveur de laquelle la légalisation du mariage homosexuel constitue un signal fort. Toutes les réalisations affectives n'ont-elles pas droit au même traitement, aux mêmes encouragements, aux mêmes gratifications (dans ce contexte d'égalisation l'enfant en est une) ? Mais alors pourquoi se donner de la peine ? Il n'y a pas de mal à se faire du bien ! Soyons libres ! Toutes les formes d'épanouissement affectif ont la même valeur.

Il y a un processus enclenché, il y a une logique des principes laïcs, devenus fou depuis qu'ils sont coupés du Christ, de sa sagesse et de sa justice. Cette logique est, à proprement parler, une logique infernale. Destructrice. Où donc s'arrêtera le droit à l'égalisation des comportements ? On considère déjà que le meurtrier n'est qu'une victime de la société et qu'il faut le protéger d'elle. Quelle est la prochaine étape de cette descente aux enfers?

dimanche 4 novembre 2012

C'est faux? qu'importe!

J’ai fait un mauvais rêve tantôt : je m’étais attardé à la sortie d’une paroisse traditionaliste de la ville, une vieille dame expliquait à quelques jeunes gens que le cardinal avait «interdit à ses prêtres de confesser». C’était bien la marque de cet homme détestable, etc etc. Je lui répondais qu’elle était peut-être mal renseignée, que l’on confessait dans les églises toutes proches, mais elle me disqualifia aussitôt d’un très définitif: «Je crois que vous êtes un provocateur». J’avais raison sur le fond et sur la forme, mais elle gagnait la manche.

Mauvais rêve toujours: sur son blog, un ami s’indignait de ce que la ville d’Amiens débaptisât son marché de Noël. Il voyait dans ce changement une «nouvelle technique de prosélytisme par manipulation syntaxique et sémantique». Et peu importe que l’info soit fausse et que la ville d’Amiens démentisse par voie de presse! L’ami blogueur tenait un bon exemple de «laïcité agressive», il n’allait tout de même pas le gâcher en reconnaissant sa méprise.

Et j’ai bien l’impression de faire souvent ce type de rêve imbécile, où des gens intelligents ayant de bonnes idées en viennent à raconter n’importe quoi – parce que cela correspond à leur désir, et à celui de leur auditoire, ou encore à la crainte de tous. Les Italiens disent «Se non è vero... è bene trovato», et parfois même «Non è vero, ma è bello che tu me lo dica».

Et je voudrais bien me réveiller.

samedi 3 novembre 2012

Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du monde

L'Imitation de Jésus-Christ, livre premier - Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure
1. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, dit le Seigneur. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du coeur. Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ.  
 
2. La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des Saints: et qui posséderait son esprit y trouverait la manne cachée. Mais il arrive que plusieurs, à force d'entendre l'Evangile, n'en sont que peu touchés, parce qu'ils n'ont point l'esprit de Jésus-Christ. Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ ? Appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne. 
 
3. Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n'êtes pas humble, et que par-là vous déplaisez à la Trinité ? Certes, les discours sublimes ne font pas l'homme juste et saint, mais une vie pure rend cher à Dieu. J'aime mieux sentir la componction que d'en savoir la définition. Quand vous sauriez toute la Bible par coeur et toutes les sentences des philosophes, que vous servirait tout cela sans la grâce et la charité ? Vanité des vanités, tout n'est que vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul. La souveraine richesse est de tendre au royaume du ciel par le mépris du monde.

Grand branle-bas de rentrée au Centre Saint Paul

Chers amis, grand branle-bas de rentrée au Centre Saint Paul. Les cours se mettent en place. Et cette année, nous… déménageons. Oh ! Il s’agit juste d’un déménagement d’intérieur. Parce que c’est contre productif de s’encroûter dans un vieux désordre. Merci à ceux qui nous ont aidé à mettre de l’ordre, à créer une nouvelle petite salle de cours, à regrouper les ordinateurs qui fonctionnent pour organiser éventuellement un pôle d’apprentissage informatique, mais aussi un véritable « réseau Saint-Paul », avec un nouveau secrétariat! Pour mieux coordonner nos actions sur Paris, et pour rencontrer les amis qui n’habitent pas Paris, nous lançons aussi un nouveau site Internet (cccsp.fr), qui proposera toutes les semaines une conférence prononcée au Centre et puisée dans notre impressionnante banque de données audio, ainsi que le programme de nos activités diverses et un billet de spiritualité johannique (je parle de Jeanne d’Arc, patronne des laïcs catholiques et Français). Une page Facebook, ouverte l’année dernière, relaiera nos informations. Figurez-vous que je vais essayer aussi de me former à Twitter. Ne faut-il pas faire feu de tous bois pour rejoindre «ceux qui doivent entendre la Parole de Dieu»?

Par ailleurs, à travers Metablog (toujours sur Internet) et son faux-jumeau Tradinews, nous vous offrons chaque jour des éléments de réflexion pour vous forger des convictions dans la crise spirituelle que nous traversons. Dans le même ordre d’idées, je viens de publier, avec le Père Michel Viot, un livre sur le christianisme à l’heure de la Nouvelle évangélisation, La Révolution chrétienne. Et dans Valeurs actuelles du 18 octobre, Laurent Dandrieu a organisé un long dialogue entre Mgr de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris et votre serviteur sur le concile Vatican II. Il s’agissait pour moi de pratiquer la «critique constructive» du Concile d’une manière publique. Sur un sujet aussi important pour l’avenir de l’Eglise, nous n’avons pas esquivé les questions qui fâchent sans pour autant rentrer dans des polémiques stériles. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais un tel dialogue, sur quatre pages de l’hebdomadaire, est un magnifique cadeau qui marque combien, par delà des différences affirmées, l’union entre les catholiques n’est plus seulement un vœu pieux ou un slogan vide de sens. Merci à Mgr de Moulins-Beaufort pour la simplicité avec laquelle il s’est prêté à ce jeu, merci au cardinal Vingt-Trois qui n’est certainement pas étranger à la réalisation paisible et publique d’un tel dialogue. Et merci à Laurent Dandrieu de son professionnalisme sans concession. Vous trouverez ce débat sans précédent sur le site de Valeurs actuelles.

Pour ce qui est du quotidien de la vie du Centre Saint Paul, les choses se passent plutôt bien. Premier élément positif : on remarque beaucoup de nouveaux arrivants aux messes du dimanche. Outre les conférences toutes les semaines et les cours (plus diversifiés cette année, avec un nouveau cours d’italien par exemple), on peut dire que les jeunes du Centre s’organisent… Première sortie-visite, à Notre-Dame de Paris, puisque l’une de nos paroissiennes y est guide. Des sorties seront organisées chaque mois, permettant à un public de plus en plus important de se retrouver « en liberté », dans un des hauts-lieux spirituels de la Capitale, qui n’en manque pas. Par ailleurs, tous les derniers samedis du mois, sous la houlette du frère Thierry, le Cercle de l’Aréopage organise une journée sur un grand sujet d’actualité, la Russie, le Proche Orient, la christianophobie etc. Reste à organiser des « récollections de saint Ignace » sur le modèle de celle qui, l’année dernière, avait beaucoup apporté aux participants.

Je me permets en terminant de vous demander votre aide pour que nous puissions continuer cette œuvre si singulière dans le paysage catholique aujourd’hui qu’est le Centre Saint-Paul. Tant que la défiscalisation de 66% de vos dons est encore possible, n’hésitez pas à soutenir notre témoignage au cœur de Paris. « Il manquerait quelque chose à Paris s’il n’y avait pas le Centre Saint Paul » me disait un ecclésiastique en vue de la Capitale. Je vous avoue qu’aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de vous. Je n’ai jamais fait appel en vain aux amis du Centre. Je le fais sans vergogne aujourd’hui, en vous promettant que l’abbé Baumann et moi-même, nous prions à toutes vos intentions.

Abbé G. de Tanoüarn

jeudi 1 novembre 2012

Réponse à Guy sur le Royaume et la royauté du Christ

Voici ce que m'écrit Guy : "Je me risque, à la lecture de votre blog, à une réflexion qui n’est pas de ma compétence. Vous citez l’Evangile : « Le royaume de Dieu est au milieu de vous (Luc17/21) ». Cette citation m’a surpris…en creusant je me suis aperçu qu’il y avait peut être un problème de traduction…St Jérôme dans sa vulgate emploie le mot « intra » , en anglais semble t il ceci est traduit par « whithin »…au milieu … ça ne veut rien dire…. Le Christ ne renvoie t il pas à quelque chose de radical : notre intériorité, ce à quoi fait référence la fin du chapitre 17 ? Ne dit il pas d’ailleurs « Mon royaume n’est pas de ce monde .»…. Merci de votre éclaircissement".

Je m'étais toujours posé cette question. On peut traduire le verset 17 : "Le Royaume de Dieu est parmi vous" ou bien, plus probablement, d'après le sens du grec entos : le Royaume de Dieu est "en votre for intérieur" (Delebecque). Tertullien dans son Contre Marcion (4, 38) glose : "le Royaume de Dieu est sous votre main, en votre pouvoir". "Et voilà pourquoi "il ne viendra pas avec éclat"", comme s'y attendaient les messianistes juifs et comme le pensent encore certains musulmans qui m'ont dit attendre le retour de Jésus à Jérusalem [l'un d'entre eux, un chauffeur de taxi barbu a ajouté à mon intention : "après l'extermination des juifs, mais il ne faut pas le dire aux journalistes"]. Pourquoi faire un éclat : le Royaume de Dieu est déjà là, à votre main. Si vous le voulez. Il vous suffit de le vouloir.

Si l'on traduit "le Royaume de Dieu est au milieu de vous" (comme y autoriserait l'anglais within et comme l'ont fait beaucoup de biblistes), ce serait pour souligner l'identité entre le Roi et le Royaume, entre le Christ et son Eglise. Cette idée est absolument juste et belle. Mais - et c'est pour moi une découverte - cette deuxième traduction est difficilement soutenable du point de vue de la langue grecque. Edouard Delebecque, ce grand helléniste qui a traduit l'Evangile de saint Luc, ne se donne même pas la peine d'un commentaire ou d'une mise au point pour justifier sa traduction de la préposition entos : "en votre for intérieur".

Dans le rite extraordinaire, nous venons de célébrer le Christ roi (ce sera fin novembre dans le nouveau calendrier). Et la Toussaint suit immédiatement. Le Royaume à l'intérieur ? Qu'est-ce sinon la définition de la Toussaint. Il y a en nous la souveraineté de Dieu. Il suffit de lui dire : oui.

Hiver froid

Certains l’espéraient, d’autres le craignaient: l’expulsion de Mgr Williamson ferait du grabuge, Monseigneur emporterait un morceau de la FSSPX avec lui. Un petit morceau éventuellement, mais tout de même : de quoi lancer l’opération «sauvetage de la Tradition» (pour ceux qui espéraient des départs), de quoi purger la FSSPX (pour ceux qui les craignaient). On allait voir ce qu’on allait voir.
Pour le moment on ne voit pas grand chose.
Les quelques prêtres qui s’étaient opposés à la direction de la FSSPX ont le plus souvent déjà été virés – les abbés Cériani et Meramo d’abord, les abbés Cvjetkovic, Chazal, et Pfeiffer ensuite. Ces deux derniers étaient déjà sur la touche depuis quelques temps, leur réputation était faite, et la direction les avait éloignés en Asie. Ils ont lancé cet été une petite structure (la FSSPX de stricte observance) qui n’a accueilli que cinq prêtres : eux-mêmes et trois autres qui n’étaient pas formellement membres de la FSSPX (les abbés Ringrose, Voigt, et Hewko). Ils ne se font du reste pas trop d’illusions – l’abbé Pfeiffer déclare «en théorie, nous sommes totalement grillés», tandis que l’abbé Chazal chiffre l’opposition ouverte à «vingt prêtres à peu près», quant aux autres... «ils sont menacés, certains d'entre eux reçoivent des monitions canoniques, ils se laissent intimider
Rien à attendre de ses confrères.
Côté évêques, Mgr Williamson n’a rien à attendre de ses confrères. Il y a quelques mois Mgr de Galaretta de Mgr Tissier de Mallerais signaient avec lui une lettre pour conjurer Mgr Fellay: «N’engagez pas la Fraternité dans un accord purement pratique». Mais dans sa conférence du 13 octobre, Mgr de Galaretta envisage un accord «dans le cas où le pape voudrait seulement permettre la Tradition» sans pour autant s’y convertir lui-même. Quinze jours après, et alors que son frère dans l’épiscopat a été expulsé, Mgr de Galaretta parle à Lourdes. Il dit qu’«il ne faut pas se laisser trop émouvoir, ni accabler, ni attrister, il y a une tristesse qui n’est pas de Dieu. Devant les croix, les sacrifices, les difficultés, les combats, les échecs, et les départs… (il marque une pause) il ne faut pas s’attrister outre mesure.» – Reste Mgr Tissier de Mallerais. Comme les autres, il a accepté cet été le principe d’un Chapitre Général sans Mgr Williamson, il acceptera bien cette nouvelle étape.
Fatigue du troupeau.
Quant aux fidèles… une partie d’entre eux regrette nécessairement le sort fait à l’évêque britannique. Ils ne vont pas pour autant quitter le réseau de chapelles et d’écoles que la FSSPX a tricoté depuis 40 ans – avant même la question du confort matériel et moral, force est de constater l’absence d’alternative. Quant à rebatir… Jérôme Bourbon note dans Rivarol qu’«on constate aujourd’hui une grande lassitude parmi les catholiques de tradition. Peu ont encore le feu sacré de ceux qui se sont vaillamment opposés aux réformes conciliaires dans les années 1970

Bref: l’hiver commence pour Mgr Williamson – il sera long et froid.

Un seul petit rayon de soleil, que je signale, tant il est rare dans la pluie de fiel qui a suivi l'expulsion. Voici la réaction de l’abbé Aulagnier sur son site Item:

«C’est pour moi la plus triste nouvelle que je reçois depuis bien longtemps. Cette décision de Mgr Fellay et de Mgr Williamson , – ils en sont, semble-t-il, tous les deux responsables -,  risque de faire beaucoup de mal à “tout le monde”. Qu’ont-ils fait, l’un l’autre, de la lettre que leur écrivait Mgr Lefebvre, alors qu’il allait leur conférer l’épiscopat: de garder l’unité entre eux. Il les en suppliait… Il les en conjurait… Oh quel malheur!»