jeudi 31 janvier 2013

Benoît XVI et le sacrement de mariage

Voici un article tiré du dernier numéro du Point, que je publie sans commentaire, car l'auteur n'en fait guère :
« C'est une question épineuse que pose Benoît XVI aux membres du Tribunal de la Rote, l'une des plus anciennes institutions judiciaires romaines, qu'il a reçus samedi [26 janvier]. Le pape leur a demandé d'entamer une réflexion sur la solidité juridique du mariage catholique lorsque l'un des époux "ne perçoit aucune trace de foi". Considéré comme un véritable sacrement, le Vatican porte une attention toute particulière au mariage et à ce qu'il représente, "surtout dans le contexte actuel", a précisé le pape dans son discours.Le chef de l'Église catholique romaine a toutefois souligné qu'il n'y avait pas "d'automatisme absolu entre foi et invalidité". Mais il s'est également empressé de préciser que, si le couple ne possédait aucun désir de "grâce ou de salut", la valeur sacramentelle du mariage pouvait être remise en doute. Pour le Saint-Siège, ce lien indissoluble entre un homme et une femme requiert des "conditions minimales nécessaires". Benoît XVI estime qu'une carence de foi de la part d'un époux pourrait attenter aux valeurs prescrites par le mariage. À savoir fécondité, fidélité et indissolubilité. "La foi est importante dans la réalisation de l'authentique bien conjugal", a déclaré le pape, répétant que la finalité est le fait de vouloir le bien de l'autre. Il a illustré ses propos en parlant d'un grand nombre de couples qui se sont consacrés au mariage dans une perspective chrétienne et qui ont réussi à "triompher des situations les plus difficiles".Cette discussion sur la conformité d'une telle union matrimoniale fait renaître l'antique problématique du mariage effectué à l'église "par tradition" ou "pour faire plaisir" à la famille. Le pape considère que, dans un tel cas, il manque au sacrement "une dimension fondamentale". Enfin, Benoît XVI fait le lien entre la perception contemporaine du mariage et son véritable sens. "Dans les mentalités, explique-t-il aux membres du tribunal de l'Église, le mariage chrétien est difficile à comprendre." La conception individualiste qu'offre l'idéologie moderne ne correspond pas au mode de vie que propose le mariage. Et au pape d'affirmer qu'un manque de foi peut entraîner "un déséquilibre profond des relations humaines".

La Rote, composée de 21 juges nommés par le pape, est compétente en matière de nullité de mariage. Elle est, depuis septembre 2011, qualifiée dans les dispenses de validité de mariage non consommé. Bien des fois le sujet délicat du lien entre foi et alliance matrimoniale a été abordé par certains archevêques - notamment celui de Munich. Mais une implication personnelle du Saint-Siège permettra sans doute une réflexion plus poussée de l'institution du mariage.

Source : lepoint.fr
Cela me fait penser à Benoît XVI, lors d’une de ses rencontres avec le clergé du Val d'Aoste en 2005 :
« La situation est particulièrement douloureuse pour les personnes qui se sont mariées à l'Eglise ; mais qui ne sont pas vraiment croyantes et qui l'ont fait par tradition, puis ayant contracté un nouveau mariage non valide, se convertissent, trouvent la foi et se sentent exclues du Sacrement. Cela est réellement une grande souffrance, et lorsque j'étais Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j'ai invité plusieurs Conférences épiscopales et spécialistes à étudier ce problème : un sacrement célébré sans foi. Je n'ose pas m'avancer en affirmant que l'on puisse trouver ici réellement un motif d'invalidité parce qu'il manquait une dimension fondamentale au mariage. Je le pensais personnellement, mais à la suite des discussions que nous avons eues, j'ai compris que le problème est très difficile et doit être encore approfondi. Mais étant donné la situation de souffrance de ces personnes, il doit vraiment être approfondi ». Lundi 25 juillet 2005, Eglise paroissiale d'Introd (Val d'Aoste)

Source : vatican.va
Je serais intéressé par vos réactions à ces deux percées étonnantes de notre grand pape.

Troisième Carrefour apostolique : Proche-Orient : demain la guerre des monothéismes?

Troisième Carrefour apostolique : Proche-Orient : demain la guerre des monothéismes?
La Syrie, anatomie d'un scandale - Les conditions d'un dialogue des monothéismes
Samedi 2 février 2013 de 14h à 18h30 au Forum de Grenelle, Paris XVè
Il s'agira notamment d'une rencontre exceptionnelle avec Mère Agnès-Mariam de la Croix. Religieuse palestinienne, refondatrice du Couvent Saint Jacques Intercis dans la région d’Homs en Syrie, malgré les menaces dont elle est l’objet, cette femme d’exception tient un discours clair sur la situation des chrétiens en Syrie. Elle porte, comme chrétienne et témoin du Christ, un poignant témoignage de vérité. À l’heure où l’on nous répète sur tous les tons les vertus du dialogue des monothéismes, voici un champ ouvert par l’actualité… Un champ sanglant pour le peuple syrien. 

Programme de cette journée :
  • 14H00 : Ouverture des portes
  • 14H20 : Introduction : La Syrie, un théâtre pour la guerre des monothéismes ? Abbé Guillaume de Tanoüarn
  • 14H30 : Simples regards sur la crise en Syrie, John Laughland (géopoliticien) et Henri Malfilatre (journaliste à Monde et Vie)
  • 15H15 : Mon témoignage face à la Barbarie qui vient, Mère Agnès-Mariam de la Croix
  • 16H15 : Pause
  • 17H00 : Conditions pour un vrai dialogue des monothéismes :
    • Le malentendu islamo-chrétien et ses causes, Père Edouard-Marie Gallez
    • Le judaïsme dans l’histoire et la Providence de Dieu, Jean-Marie Elie
    • Comment être universels, c’est-à-dire catholiques, Abbé Guillaume de Tanoüarn
  • 18H30 : Conclusion : La vocation de l’homme en Jésus-Christ, Mère Agnès-Mariam de la Croix
Une buvette, des dédicaces de livres et des stands divers seront également proposés. Lieu : Forum de Grenelle, 5 rue de la Croix Nivert, 75015 Paris  (Métro Cambronne, Bus 80 et 49) - Entrée : 10 €, 5 € pour les étudiants et les chômeurs. Renseignements sur le site internet cccsp.fr ou au 07 62 07 26 41

lundi 28 janvier 2013

[Abbé de Tanoüarn] Septuagésime

Ce terme barbare signifie : 70. Nous sommes à soixante dix jours de la fête de Pâques. Et déjà, dans l’ordonnance des cérémonies, le décor change. La couleur de ce dimanche est le violet. A la messe, le chant de jubilation qu’est le Gloria (le chant des anges dans la nuit de Noël) est supprimé. Dans un livre récent publié aux éditions du CNRS, Philippe Martin parle du théâtre divin. La liturgie, c’est un peu cela ! Lorsqu’on change la couleur du décor, on dit quelque chose sur ce qui se passe dans le coeur de
l’Eglise.

Les trois dimanches qui viennent et que l’on appelle les dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime (tous trois supprimés on ne sait pourquoi dans la liturgie rénovée) sont très riches en textes. L’évangile lu aujourd’hui est la parabole des ouvriers de la Onzième heure. Son thème ? Imaginez des journaliers qui se font embaucher pour les vendanges. Un juste salaire est conclu entre le patron et ses ouvriers : un denier par jour, 12 heures de travail. Et pourtant le patron continue à embaucher, à la troisième, à la sixième, à la neuvième et même à la onzième heure du jour. Quand vient le soir, le responsable, selon l’ordre du maître, fait mettre tout le monde en rang, en commençant par les derniers arrivés. Ils reçoivent un denier, le prix convenu pour une journée de travail. Ceux qui ont commencé dès le matin et qui ont « supporté le poids du jour et de la chaleur » s’attendent à être payé davantage. Et pourtant, ils reçoivent eux aussi un denier.
 
Comment comprendre cette parabole ?
 
On peut voir dans les premiers arrivés à la Vigne le peuple juif et dans les derniers les « païens » devenus chrétiens… avec l’inévitable jalousie qui naît entre les deux groupes. On peut aussi considérer que dans la vie, il y a des ouvriers de toutes les heures, de la première à la dernière, et que tous seront rétribués de la même façon. L’essentiel dans le Royaume de Dieu n’est pas la quantité (humaine, trop humaine), le stakhanovisme… Non l’essentiel c’est le coeur avec lequel on saisit la grâce lorsqu’elle est donnée. Dans cette arithmétique là un instant d’amour parfait vaut toute une vie…
 
Cette vérité est dérangeante. C’est elle qui fonde le pari de Pascal. L’idée de Pascal est simple : mieux vaut ne serait-ce qu’un instant de qualité plutôt qu’une quantité d’instants vides de sens. Eric Rohmer a admirablement compris et orchestré ce thème au cinéma, en particulier dans Ma nuit chez Maud.
 
On peut aussi comprendre que Dieu, en nous offrant son Ciel, ne récompense pas nos mérites, mais nous donne infiniment plus que tout ce que nous avons pu mériter par nous-mêmes. Comment une action dans le temps pourra être récompensé par l’éternité ? En réalité, l’éternité qui nous est promise est un don gratuit de Dieu à chacun d’entre nous. Nous sommes tous des « fils aimés de Dieu », comme dit saint Paul : fils aimés, fils prodigues et non pas seulement employés ou journaliers. Ce qui règle nos rapports avec Dieu, ce n’est pas la justice, c’est la miséricorde. Et c’est pourquoi Dieu donne la même chose à tous ceux qui ont vraiment travaillé dans sa Vigne, quel que soient leur temps de travail.
 
Deux choses sont requises de nous et deux seulement : que nous répondions à l’invitation qui nous est faite d’aller travailler à la vigne, quelle que soit l’heure à laquelle elle nous parvient. Le péché, c’est de rester oisifs : « Pourquoi êtes vous là à ne rien faire ? ». La grâce de Dieu ne peut être reçue que par notre liberté. Et notre liberté est en nous la faculté d’entreprendre. Elle est l’élan pour agir. La grâce de Dieu ne récompense pas notre travail, elle permet que nous nous mettions à l’oeuvre. Cajétan va jusqu’à écrire de manière parfaitement thomiste que notre mérite, fruit de notre liberté, est, de notre point de vue, ce qu’est la grâce du point de la Toute puissance de Dieu : une seule et même réalité. Deuxième chose : nous ne pouvons pas être jaloux d’autrui si nous appartenons au Royaume de Dieu. C’est par jalousie que ceux qui ont commencé à travailler les premiers demandent plus, c’est parce qu’ils constatent que d’autres sont payés autant qu’eux pour un travail bien moindre. Ne nous offusquons jamais de la Bonté de Dieu, parce que tous et chacun nous en éprouvons les fruits. Lorsque nous supportons « le poids du jour et de la chaleur », sentons nous portés par cette bonté, souvenons nous de cette formule de saint Paul : « Qu’as tu que tu n’aies reçu ? « . Si nous avons tout reçu de Dieu, ne nous conduisons pas comme si nous revendiquions auprès de lui quelque chose comme notre droit. Sachons toujours nous réjouir de l’absolue gratuité de Dieu… et de son salut.
 
Abbé Guillaume de Tanoüarn

mercredi 23 janvier 2013

Dans les plis de la Vierge de l'Adoption

Le MetaBlog avait besoin d'une bannière? Nous empruntons un détail de son manteau à la Vierge de l'Adoption (Ingres, 1858) et nous voila placés dans les plis du vêtement de notre mère du Ciel.
 

Mère Agnès-Mariam, un témoin face à la barbarie

Reçue récemment sur Europe1 par Jean-Pierre Elkabach, la Mère Agnès Mariam se vit taxée de « controversée » par le célèbre interviewer. Son crime ? Dire la vérité sans concession. Avec la fougue et l’indépendance d’esprit qui lui appartiennent, Mère Agnès évoque ici sans tabou les malheurs du peuple syrien par delà toutes les confessions… Je donne ci-dessous l'entretien paru dans l'avant dernier numéro (décembre) de Monde et Vie, avec une présentation biographique de Mère Agnès. -- Le 2 février prochain, au Forum de Grenelle (5 rue de la Croix Nivert 75 015), nous recevons Mère Agnès-Mariam au cours d'un colloque consacré à La guerre des monothéisme aujourd'hui. Les renseignements sont donnés sur cccsp.fr.

Ma Mère, vous êtes installée au cœur du désert de Syrie, mais votre voix retentit par tous les moyens modernes en dehors de votre monastère Saint-Jacques le Mutilé. Tant et si bien qu’on vous reproche dans cette Syrie à feu et à sang, de « faire de la politique »…
Ma position n’est pas une position politique, c’est une position éthique devant une situation d’agression flagrante contre la population civile,. Alors que les médias « Mainstream » ne mettent en lumière qu’une seule partie du tableau, je trouve qu’il est bon de compléter ce tableau, par une vision qui aide l’opinion publique à se faire l’idée la plus équilibrée des tenants et des aboutissants du conflit syrien. Certes je ne veux pas effacer d’un coup de chiffon tout ce que les médias sont en train de dire. Mais il est clair qu’il y a un discours dominant qui est tendancieux. On défend unilatéralement une thèse que l’on aimerait favoriser par tous les moyens, mais on le fait malgré l’évidence de beaucoup d’événements…
Quelle est cette thèse ?
La thèse que l’on veut défendre est que le régime est l’unique responsable de la mort d’innocents et des destructions massives que l’on constate en ce moment. Face à cette thèse « officielle », la réalité est que ce sont les méthodes employées par des bandes armées affiliées à l’opposition qui sont contraires autant sinon plus à la protection des civils. Ce sont eux qui détruisent les infrastructures de l’Etat et les sites patrimoniaux de façon gratuite. Ce sont eux qui déséquilibrent la société civile, dans laquelle, quelles que soient les confessions religieuses, il y a, aujourd’hui encore un large consensus pour la paix. Durant longtemps, la grande presse a voulu ignorer l’existence grandissante de groupes extrémistes, qui utilisaient la guerre sectaire pour  réaliser une redistribution géographique à base confessionnelle, en incitant à la guerre civile. Ces groupes, d’abord ignorés, puis carrément occultés, ont été identifiés par divers reporters comme étant des groupes affiliés à Al Qaïda ou des mercenaires comprenant une proportion significative en provenance des pays les plus divers, y compris l’Angleterre, la France, l’Irlande, l’Australie et même la Suède. S’agit-il d’un recyclage de terroristes, soudain adoubés en défenseur de la liberté et de la démocratie ? Se poser la question, c’est y répondre…
Vous êtes donc, vous, du côté du Régime de Bachar el Assad, contre ces terroristes ?
Le régime de Bachar est un régime totalitaire socialiste à la manière stalinienne. Ce n’est pas par amour pour le Régime mais pour le peuple syrien et pour l’Eglise qui se déconsidèrerait si elle s’abstenait de dire la vérité des faits, occultée par des considérations politiques. Je crois que la société syrienne ne doit pas être étudiée à travers un schéma binaire, avec les pro-régimes et les anti-régime. L’immense majorité du peuple syrien n’est pas politisée. Il y a une immense majorité silencieuse, qui refuse d’être instrumentalisée, déstabilisée et de perdre l’Etat (qu’il ne faut pas confondre avec le Régime). La situation actuelle ne résiste pas à une analyse, même élémentaire. Madame Clinton a eu l’instinct de se rattraper, en soulignant publiquement que la Révolution légitime du peuple syrien a été détournée au profit de mouvements extrémistes et sectaires. Même Laurent Fabius, votre ministre des affaires étrangères, a évoqué « une guerre hétéroclite et désordonnée ».
Mais êtes-vous en accord avec la hiérarchie catholique, lorsque vous soutenez ces thèses non-conformistes ?
Ici en Occident, on essaie de faire croire que je ne le suis pas. Mais c’est faux. Sa Béatitude Grégoire III Laham, patriarche des melkites grecs catholiques a récemment proposé 24 observations sur la crise en Syrie qui vont tout à fait dans ce sens. C’est lui qui a déclaré : « En Syrie, il n’y a plus de Révolution, il n’y a plus de manifestations. Il y a seulement du banditisme et le monde entier refuse de le reconnaître ». Il parle aussi de « complot international contre la Syrie ». Tout cela d’ailleurs recoupe l’appel urgent des évêques de Hassaké en Mésopotamie syrienne, dans lequel les prélats des Eglises locales, tous rites confondus, font état de véritables agressions contre la population civile de la part des rebelles – ces mêmes rebelles dont la presse mainstream justifie le port d’armes par leur soi-disant protection des civils. C’est vraiment la raison du plus fort qui est la meilleure ! Quant aux sociétés occidentales, elles en sont arrivé à la justification idéologique de la violence : vice inquiétant.
Y a-t-il un espoir pour la Syrie aujourd’hui d’après vous ?
Ce qui est complètement occulté aujourd’hui, c’est la présence d’une majorité silencieuse qui n’est pas polarisée, qui aime son pays, qui en connaît les bienfaits et les travers. Diverses initiatives ont vu le jour pour ressouder l’unité civile et arrêter l’effet dévastateur qu’a produit l’ouverture de la boîte de Pandore de la Révolution arabe. Le Forum des familles s’est tenu il y a quinze mois. Les délégués et activistes (sic) appartenant aux diverses composantes du riche tissu social syrien, si diversifié d’un point de vue ethnique, religieux et culturel. Ce Forum a fait émerger l’initiative de réconciliation nationale, avec à sa tête le chef d’une des plus prestigieuses tribus arabes, les Naïms (représentant ici en Syrie trois millions de personnes). L’autorité naturelle du Cheikh Saaleh El Naïm a permis que se créent un peu partout dans le Pays des groupes de réconciliation nationale (en arabe : Musalaha) qui s’illustrent par des réalisations ad hoc in situ, pour prévenir la guerre civile, arrêter la violence, payer les rançons et s’occuper du quotidien de la vie sociale syrienne, en se servant du vaste réseau d’accointances qui existe entre les différents chefs tribaux, comptant parmi les leaders les plus influents des diverses confessions, sunnites, alaouites, chiites, chrétiens, druzes, ismaélites, yézidis et sabéens transfuges de l’Irak. Face à une telle organisation, je le demande, que vient faire la France pour décider qui va représenter loe peuple syrien ? J’appelle cela un détournement. Le conflit syrien est en train de dévoiler le vrai visage de la Démocratie occidentale.
Pourquoi ce mouvement « Musalaha », ce mouvement pour la réconciliation des Syriens est-il si peu connu ?
Aujourd’hui, la Communauté internationale cherche à prendre de vitesse la majorité du peuple syrien qui n’a pas pris les armes. Alors que le mouvement Musalaha s’évertue à maintenir la paix civile, en pacifiant les populations, en les aidant matériellement, tout en arborant les deux drapeaux, celui de la Révolution et celui du régime, on cherche surtout des raisons pour intervenir, en armant les rebelles. On nous dit qu’il y a une guerre civile en Syrie. On compte quelque 500 000 morts depuis le début des hostilités. Mais ce n’est pas une guerre civile, ce n’est pas une guerre entre les composantes civiles du Pays, mais la répression par l’armée du régime de l’insurrection d’une partie du Pays aidée de volontaires internationaux. C’est une Guerre entre l’Armée Libre de Syrie (miliciens ou mercenaires) et l’armée régulière. Dans cette guerre , les civils de toutes confessions sont pris en otages ; c’est ainsi que dans les quartiers résidentiels infiltrés, les gens sont séquestrés et rançonnés. Il faut dire que ce conflit a été préparé depuis des années ! N’a-t-on pas retrouvé les souterrains qui ont permis à l’ALS de prendre pied dans ces quartiers sans coup férir ?
Et le Régime…
Le Régime est mort depuis le début de l’année 2012 puisqu’il a renoncé officiellement au principe du Parti unique. Certes c’est un régime très dur avec ses opposants, mais jusque là, le Pays n’avait pas de dette et surtout il était autosuffisant jusqu’à cette guerre, avec d’abondantes réserves, systématiquement détruites aujourd’hui par les mercenaires djihadistes. L’Etat assurait en outre les écoles, la gratuité des soins, la gratuité des médicaments avec une véritable industrie pharmaceutique nationale. Pour nous, la véritable question n’est pas que restera-t-il du régime de Bachar, mais que restera-t-il de l’Etat syrien, qui, jusqu’ici, assurait la paix civile avec de vrais moyens économiques ?
Propos recueillis par l’abbé G. de Tanoüarn

Les médias : entre information et propagande
 
« La position timorée des médias sur la Guerre en Syrie me rappelle un incident significatif. Une de nos fondatrices subit jadis un malaise cardiaque et fut transportée à l’hôpital où l’électrocardiogramme n’enregistra aucune anomalie. Les médecins nous rassurèrent mais, à peine arrivée au monastère, elle eut une attaque fatale et succomba sous nos yeux. Rappelé d’urgence, le médecin qui venait de la congédier brandissait l’électrocardiogramme pour assurer que la religieuse n’avait rien. Malgré l’information fournie par son appareil de contrôle, notre sœur est décédée. Je crains que le même scénario ne se répète aujourd’hui dans le domaine des événements sociopolitiques. Qu’à force d’être soumis à un système de désinformation, on ne se laisse berner jusqu’à un point de non retour. La faute de la désinformation retombe, dit-on, sur le régime syrien qui empêche le libre accès des médias. C’est vrai. Mais faudrait-il pour cela punir la population et ne plus l’entendre en bloquant son témoignage et en refusant de le diffuser ? (…) Les versions des télévisions syriennes pro-régime s’accordent plus avec la réalité. Nous avons essayé de nous documenter en temps réel en téléphonant à des proches sur les lieux mêmes des incidents décrits : la situation ressemblait plus à ce qu’en disait la télévision syrienne qu’à celle propagée par Al Jazzirah, BBC ou France 24, Al Hurra ou Al Arabia à travers des montages et autres compilations audio-visuelles mensongères et de mauvaise qualité »
 
Mère Agnès-Mariam

samedi 19 janvier 2013

Referendum sur le mariage homo : c'est une mauvaise idée

L'UMP en rêve, histoire de se relancer politiquement. L'alliance Vita souligne que la mesure serait populaire et bien venue. Il me semble à moi que ce referendum sur l'institution du mariage et son extension ou non aux couples homosexuels, puis - pourquoi pas s'il y a de l'affect ? - à tous duo ou trio... serait une catastrophe : l'ultime attentat contre l'institution du mariage dont je croyais que nous la défendions. Mettre une institution aux voix, c'est la détruire immanquablement. Je ne parle pas là de religion, mais de la vie des hommes et de la manière dont cette vie est organisée par la médiation efficace d'institutions qui la surplombent. On ne va pas mettre l'Ecole aux voix. On ne va pas mettre la France aux voix (ou alors, ce jour-là, il n'y aurait plus de France). Pas d'avantage ne peut-on imaginer mettre le mariage aux voix, quel que soit le résultat de la consultation.

Il faut revenir à l'enseignement de Jean-Paul II : il est très clair sur ce chapitre. Une démocratie est forcément limitée. On peut mettre aux voix la désignation des gouvernants, personne ne le conteste. Mais une démocratie devient totalitaire (c'est le terme employé par le pape dès 1991 dans Centesimus annus, puis en 1993 dans Veritatis splendor, enfin en 1995 dans Evangelium vitae) si elle ne reconnaît pas les limites de son pouvoir, si elle n'est plus capable de s'effacer non seulement devant la loi naturelle, non seulement devant les exigences du respect de la vie, mais devant les institutions qui médiatisent la vie des hommes. Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique, a publié récemment une étude très intéressante à ce sujet dans un volume d'universités d'été tout récemment paru. Titre : La démocratie peut-elle devenir totalitaire ? Cette éventualité n'est pas seulement une abstraction que l'on agiterait comme un épouvantail. Le totalitarisme mou, le totalitarisme soft est le fait de toute démocratie sans autre règle que le règne de l'individu. Le caprice populaire est alors la règle ultime du bien et du mal.

On a imaginé le referendum d'initiative populaire comme un recours utilisé par un gouvernement s'il est en panne de légitimité. Dans cette perspective, il est bon d'avoir recours au referendum, car il est normal que le peuple participe à son propre gouvernement d'une façon ou d'une autre. S'il n'y participe pas du tout, ce gouvernement devient inefficace.

Mais dans une démocratie totalitaire, le referendum d'initiative populaire peut devenir une manière de consulter le peuple à tous propos, sur tout et n'importe quoi, pour manifester l'étendue de son pouvoir. Cela me semble dangereux. Tout n'est pas matière à referendum ! La gauche a raison, sur le fond, de le rappeler et il faudra le lui rappeler si elle abuse elle-même du procédé un jour.

Evidemment, telle n'est pas la perspective de ceux qui, en ce moment réclament le referendum à propos du mariage homosexuel.

L'idée de nos amis qui réclament cette mesure, c'est de rendre la parole au peuple, alors que, sur ce sujet, par le biais de la représentation républicaine, on se prépare à la lui confisquer. Dans ces conditions, dit-on, un referendum est de nature à mettre le peuple devant ses responsabilités. Disons : de mettre chacun, dans le secret de l'isoloir, devant ce que représente tel ou tel caprice populaire, en donnant au peuple la possibilité de dire non à une loi qu'on veut lui imposer.

Mais c'est accorder au suffrage universel une capacité d'initiative par rapport à ce qu'on veut lui faire penser et lui faire dire qu'il manifeste de plus en plus rarement. Dans l'atmosphère de désinformation qui règne aujourd'hui, je crois qu'un referendum, c'est comme un concile : à fuir.

Le Quatrième pouvoir, le pouvoir de l'information, n'a habituellement aucun compte à rendre à personne. Il peut à loisir désinformer pour imposer l'idée de la classe dominante (dont il entend faire partie) ou du lobby le plus offrant. Personne n'est en mesure de lui demander le moindre compte sur le traitement de l'information. Les politiques eux-mêmes en souffrent et en souffriront et c'est la raison pour laquelle ils ont exigé que chaque parti politique, pour les élections les plus importante, jouisse d'un temps d'antenne proportionné à son importance dans le scrutin. Mais sur l'affaire du mariage homosexuel, comment peut-on imposer des quotas à l'information ou des temps d'antenne ? Comment peut-on croire que les Français auront en main les vrais motifs et les vrais enjeux au moment de choisir ?

mercredi 16 janvier 2013

24 jan. 2013, 18H00 - Rendez-vous à "La Procure"

Chaque jeudi, la librairie La Procure organise une rencontre avec un auteur, de 18H00 à 19H00. La semaine prochaine, le 24 janvier 2013 donc, c'est l'abbé Guillaume de Tanoüarn qui parlera de son livre "Parier avec Pascal" paru aux éditions de Cerf. L’entrée est libre et sans inscription préalable. Rendez-vous donc à La Procure: 3, rue de Mézières - 75006 PARIS - Métro St Sulpice

A propos de "Parier avec Pascal"
Résumé
Le pari de Pascal est abordé comme un résumé à la fois abouti et allusif de toute la démarche de l'homme, du savant, du philosophe et du théologien sur la vérité de la religion chrétienne.
Quatrième de couverture
Pourquoi un nouveau livre sur Pascal? Serait-ce, selon la formule précautionneuse de Jean Orcibal, pour «rejoindre le Pascal de l'histoire»? Non, il s'agit d'autre chose. Guillaume de Tanoüarn s'engage dans une démarche singulière qu'il décrit ainsi: «Dès l'instant où je me suis sérieusement confronté à l'auteur des Pensées, j'ai été comme aimanté par ce texte provocateur, impératif et parfois obscur que l'on appelle couramment le "Pari de Pascal". J'ai voulu mâcher et remâcher les fragments ordonnés de la réflexion pascalienne, et j'en suis venu à considérer que ces quelques pages offraient un débouché au coeur même de la fabrique mentale du jeune prodige, en fournissant une sorte de résumé, à la fois abouti et allusif, de toute la démarche de l'homme, du savant, du philosophe et du théologien "sur la vérité de la religion chrétienne"».

Au fil des pages, on découvre un Pascal qui n'est ni un homme de réponses toutes faites, ni un homme en quête du moindre mal ou d'on ne sait quelle assurance-survie. Il est l'homme déterminé qui cherche le point fixe sur lequel appuyer toute son existence, un Pascal toujours en question. Sceptique? Oui, si l'on comprend le scepticisme de Pascal comme l'autre nom de sa foi. C'est le premier objet de son célèbre Pari que de le démontrer.

mardi 15 janvier 2013

François encore un effort...

Monsieur le Président, je me suis permis dimanche avec quelques centaines de milliers d’autres de vous interpeler par votre prénom (et même de vous tutoyer, dans l'enthousiasme) – pour vous dire que «François, ta-loi, on-n’en-veut-pas». Je ne vous en expliquerai pas les raisons, vous les connaissez si bien que vous avez reconnu pour les élus un cas de conscience éventuellement lourd. Non, si je reviens vers vous aujourd’hui c’est pour vous exposer ce qu’il fallait faire, en lieu et place de ce que l’on fait depuis 10 ans et plus.
 
Il fallait d’abord une loi pour permettre aux duos (deux personnes) d’organiser leurs intérêts communs, matériels et moraux. Je parle bien de duos tout court, pas forcément homo/ ni hétéro/sexuels. Il y a en France des gens qui vivent ensemble, qui parfois sont apparentés (frères/sœurs, fréquemment âgés) et parfois ne le sont pas, et reconnaître leur communauté de vie permettrait ne serait-ce que de préserver le cadre de vie de celui qui survivra à l’autre. – Hélas nous avons eu le pacs, qui exclut les ascendants, les collatéraux, bref: nous avons eu le pacs qui suppose que l’on couche ensemble. De quel droit l’Etat demande-t-il cela aux gens pour leur permettre de s’organiser?
 
Il fallait aussi une loi sur la belle-parentalité. Il y a en France des centaines de milliers d’enfants co-élevés par des adultes qui ne sont pas leur parent biologique parce qu’ils sont le compagnon (ou la compagne) de la mère, ou du père. Il est un peu sec qu’en cas de défaillance du parent biologique, celui qui a jusque-là élevé le gamin soit considéré par la loi comme étranger. Vous pouviez porter un projet qui eut facilité le partage de l’autorité parentale, voire  sa délégation. – Mais vous projetez l’adoption homosexuelle! Une loi sur la belle-parentalité eut permis aux couples séparés/recomposés de s’organiser pour élever leurs enfants, qui à 99% ne seront pas adoptés, par exemple parce le plus souvent ils ont déjà un père et une mère, et qu’ils voient les deux, et c’est tant mieux.
 
Voilà ce qu’il fallait faire: des lois génériques, qui permettent de pallier aux situations du plus grand nombre, sans se mêler d’homo- ni de sexualité. Au lieu de quoi vous poussez un projet de ‘mariage&adoption gay’… au nom de quoi? J’ai quelques amis, hommes ou femmes,  qui vous approuvent, au nom d’une conception de l’égalité qui n’est pas la mienne, ils veulent des droits pour ‘il+il’, pour ‘elle+elle’: adoption, PMA, etc. Ce sont des gens de qualité (nous sommes amis) qui le plus souvent tombent des nues quand je leur apprends qu’eux-mêmes, en couple hétéros non mariés, n’ont pas accès et n’auront pas accès aux nouveaux droits qu’ils soutiennent. Et ce pour des raisons qui me sont évidentes, mais qui ne collent pas du tout avec l'égalité telle qu'ils la comprennent.
 
Nous allons, François, vers des situations étranges, et puisque l’homosexualité n’est pas un gage de stabilité, le ‘divorce homosexuel’ suivra de peu le ‘mariage homosexuel’. Nous verrons bien, mais mon intuition me dit qu’adoption plénière ou pas, un juge aux affaires familiales privilégiera le lien biologique quand se sépareront deux ‘mères lesbiennes’.

lundi 14 janvier 2013

Sacrera? Sacrera pas?

Dans la lignée épiscopale
de Mgr Richard Nelson Williamson:
Mgr Rangel mais aussi Mgr Rifan

Le Forum Catholique rend compte des rumeurs de sacre d’un nouvel évêque traditionaliste. Citant TradiNews qui cite Rorate Caeli qui cite un blog anglophone, un lecteur expose avec un conditionnel prudent que «Mgr Williamson sacrerait un nouvel évêque» et que (peut-être) «il s'agirait de M. l'abbé Pfeiffer». Vrai ou faux, ou simplement prématuré? nous verrons bien, et sans doute plus tôt que tard.

En attendant, sur le Forum Catholique toujours, Ennemond explique les difficultés qu’aurait Mgr Williamson à sacrer. Il lui faudrait pour cela «prouver qu'il y a une urgente nécessité», c’est-à-dire que même ses confrères de la FSSPX «ne défendent plus la foi». Dans le cas contraire, et puisque Mgr Lefebvre a consacré quatre évêques qui ne sont pas près de mourir, il n’y a pas d’état de nécessité, et Mgr Williamson n’aurait pas de légitimité à sacrer.

Voilà en tout cas ce qu’expose Ennemond, qui est sur l’internet francophone une voix officieuse de la FSSPX. Ce qui m’étonne dans cette argumentation, c’est qu’elle s’appuie sur des données déjà présentes il y a 20 ans et plus. A l’époque il y avait déjà quatre évêques traditionalistes, qui avaient bon pied et bon œil. Cela n’a pas empêché trois d’entre eux (Msgr Tissier de Mallerais, de Galarreta, et Williamson) d’en sacrer un cinquième. Ce fut Mgr Licinio Rangel, le 28 juillet 1991.

Ce précédent pourra alimenter les discussions qui animeront les forums traditionalistes en cas de sacre, pour savoir si le nouvel épiscope est légitime? s'il est 'en communion' avec ses frères de la FSSPX? etc etc etc.

dimanche 13 janvier 2013

Il faudra redescendre dans la rue

M. Hollande avait donné des ordres à la Préfectures de police qui savait à l'avance qu'il n'y aurait "pas plus" de 300 000 personnes à la Manifestation pour tous, mais qui avait néanmoins exigé trois cortèges (histoire de diviser les forces). La Préfecture a compté les cars et les trains et elle n'imagine pas que l'on puisse venir manifester autrement que sur roues et par des transports collectifs. 300 000 c'est 300 000. De son côté, M. Hollande déclare qu'il préfèrera le vote de 500 députés à tous ces pékins qui ont décidé de voter avec leur pieds.

Seulement voilà... Les premiers sont arrivés au Champ de Mars à 14 H, les derniers à 19 H... 300 000. On comprend que le bobard (de guerre) d'une police aux ordres est un peu gros. Et il y a la rumeur. Et il y a Internet. Rien de tel que la rumeur et rien de tel qu'Internet, médium libre, pour discréditer un homme politique. M. Hollande triche. Il triche avec la volonté du peuple. J'ai reçu un texto à l'instant. D'autres en reçoivent sans doute de semblables à l'heure qu'il est. Je vous le livre : "Chiffres officieux de la gendarmerie : 1,3 million.Source: un colonel de l'armée de l'air qui a des amis officiers gendarmes. Non à l'Etat organisateur du mensonge". Noter : un colonel de l'armée de l'air qui a des amis etc. Des fois que l'on reconnaisse le colonel de gendarmerie qui a fait fuiter.

Il est très clair que le mensonge a toujours été un mode de gouvernement. Machiavel l'avait dit, il y a fort longtemps. Mais il ne faut pas se faire prendre la main dans le pot de miel. Quelle légitimité reste-t-il à celui dont on SAIT qu'il ment ? Malgré tout l'appareil d'Etat dont il s'entoure, il est marqué du signe de sa chute. "Une seule goutte de vérité peut changer le monde" disait Soljenitsyne. Alors que l'information est confisquée, il reste la vérité brute, celle des manifestants comptabilisés par les organisateurs. Face au mensonge d'Etat, cette vérité permettra de faire exploser le droit.
 
("Oh, mes amis! au 3.142ème rang! le 297ème en partant de la gauche!
Si! si..! je crois bien que c'est moi!!" -- le webmestre)

Le mariage, institution universelle ?

Cher Homonyme belge, je ne nie pas que le mariage soit une institution universelle. Non, pas si bête. Bien sûr que depuis les temps préhistorique la nuptialité (comme dit Emmanuel Todd) est un truc réglementé. Mais réglementé comment ? La polygamie, dans les pays musulmans ou en Afrique est très réglementée par le droit coutumier. La venue d'une nouvelle épouse est l'occasion de traités et de cérémonies... Je ne nie pas ces cérémonies. Je ne nie pas que le mariage n'a pas attendu l'Eglise catholique pour être réglementé, qu'il soit monogame ou polygame. Dans la Rome antique, explique Pierre Grimal [L'amour à Rome coll. Bouquins], une femme a droit de tromper son mari du moment qu'elle est enceinte... C'est la loi. La loi de la descendance... Mais pas la loi de l'amour évidemment.

Ce que je crois c'est qu'officiellement c'est l'Eglise qui a réinventé l'amour entre un homme et une femme, unique l'un pour l'autre pour la vie et s'aimant l'un l'autre d'un amour qui est divin et pas seulement humain, d'un amour qui va à l'infini dans le pardon, qui va à l'infini, malgré les malentendus dans cette miraculeuse égalité entre l'homme et la femme, qui n'est pas le fait de la société mais le fait du sacrement. D'un amour qui est autre chose que l'amour propre ou chacun prend le plus possible pour soi.

Je sais que les psychanalystes nous disent que cet amour-là, cet amour chrétien, n'existe pas. Pour eux l'amour c'est le désir, il est toujours plus ou moins réductible au bon vieux narcissisme, dont le petit père Freud explique que nous ne guérissons jamais. Je me souviendrai toute ma vie de Michelangelo, un Italien que j'avais aidé à mettre sa thèse en français (ça se passait à Saint Nicolas du Chardonnet), un lacanien. Il me dit un jour : "L'amour ? Mais c'est le transfert !"  Ca a été une lumière pour moi. Effectivement la seule forme d'amour que reconnaissent les analystes lacaniens c'est la projection sur l'analyste (avec lequel par hypothèse tout est interdit). Là le désir est donc absent. Là l'amour... existerait. C'est ce que Jacques Lebrun, autre psychanalyste (et par ailleurs dix-septièmiste) appelle l'amour pur (dans son livre L'amour pur de Platon à Lacan)... Ces gens ne comprennent rien ! Curieux puritanisme de la psychanalyse : l'amour et le désir seraient incompatibles ! C'est sans doute vrai... avant l'invention du mariage chrétien.

Le mariage chrétien, c'est ce mélange détonnant, à égalité d'infériorité - je veux dire à égalité d'amour car celui qui aime est inférieur à ce qu'il aime - entre le désir et l'amour. Ce n'est pas l'amour pur ! C'est un désir spirituel, un désir qui n'est jamais rassasié, un désir qui augmente avec la satiété, comme l'explique Platon dans le Phèdre (237 d), puis saint Augustin. Ce désir-là, il n'existe qu'en Dieu, il est le fruit d'une bénédiction de Dieu (sacramentelle ou non), il fleurit dans l'Infini divin. Il est donc impossible sans la foi dans cet Infini.

Il me semble qu'Eric Rohmer (dans Ma nuit chez Maud par exemple) a très bien compris cela...

Tout cela pour dire que le mariage chrétien, institution ecclésiale, a quelque chose d'unique, qu'on ne trouve ni dans la réglementation du Coran (entre répudiation et polygamie. L'important c'est la terre de labour et vas-y, Sourate 2,  223. Note dans l'édition des frères musulmans : "le champ de labour est un lieu de productivité") ni dans le mariage républicain. "Ce mystère est grand" disait saint Paul aux Ephésiens.

Au fond aujourd'hui, celui qui ne rentre pas dans le schéma occidental de la consommation (sexuelle), a le choix entre le Coran (qui magnifie la productivité du champ de labour) et le Nouveau Testament (qui évoque un grand mystère, dans lequel se joue, à égalité entre l'homme et la femme, avec l'amour, la vie elle-même). Et il me semble que, (alors que nous avons encore le choix de ce droit), c'est le droit de ce choix que nous défendons demain. Reste de chrétienté : le mariage demeure un droit. Il faudra qu'il devienne une option.

vendredi 11 janvier 2013

Français encore un effort...

Non, je ne cite pas le Marquis de Sade, je réfléchis à la Manif pour tous de dimanche prochain.

Conséquence immédiate pour nous : abondance de prêtres au Centre Saint Paul. Et c'est bien car il sera question, dans l'extraordinaire rite que nous avons la fierté de célébrer, de la fête... de la Sainte famille. Un truc qui se fête tous les dix ans. Ca tombe cette année. Merci mon Dieu pour le clin d'oeil. A la Grand messe de 11 H - il me l'a demandé le premier - c'est mon ami le Père Michel Viot (point trop connaisseur encore de messes chantées) qui célèbrera et prêchera. Avec la vigueur et la conviction qui sont les siennes et qui correspondent à son parcours unique de Luther (et d'Anderson) au Tu es Petrus. L'abbé Laguérie qui vient de me téléphoner célèbrera à 9 H. Et l'abbé Vella, dont j'ai un courriel, s'il en est d'accord à 12 H 30 ou à 19 H. Abondance ecclésiastique ne nuit pas !

Mais quand même : je crois qu'il faut faire encore un effort. Comme dit Laurent Gerra : "Mobilisez-vous. Le football a besoin d'argent".... Et tout le monde se mobilise pour donner de l'argent au Football... La question est simple : nous nous mobilisons. Nous serons tous là. Je serai au départ devant la Mairie du XIIIème comme l'annonce le Webmestre. Mais pourquoi ?

J'ai bien aimé l'entretien de Frigide Barjot dans La Nef. On voit bien qu'à un moment elle a été l'homme de la situation... Sans qui... seule Civitas aurait défilé. Bravo ! Je conteste une phrase de cet entretien, une phrase qui pourtant se veut sympathique, ouverte et philocatho... Frigide, la catho branchée, déborde de bons sentiments. Elle va jusqu'à dire : "Que les prêtres soient en soutane ne pose évidemment aucun problème, comment croire que les catholiques n'aient pas toute leur place ?".

Je n'aime pas cette phrase.

D'abord, je n'ai pas besoin de Frigide pour me dire que ma robe ne pose aucun problème. Je l'ai trimbalée un peu partout, ma robe en 23 ans, et c'est dans les endroits où elle était le moins attendue (à Minuit Place Blanche par exemple : on a chanté en son honneur Laissez passer le Porte Croix) qu'elle s'est révélée ma meilleure auxiliaire. Je n'ai pas eu besoin d'autorisation le 17 novembre dernier pour l'arborer Place Vauban, alors que... à l'époque... je crois me souvenir que Frigide n'était pas aussi affirmative. Mais qu'importe : souvent femme varie !

C'est la dernière partie de la phrase qui me pose un problème : "Comment croire que les catholiques n'aient pas toute leur place". J'ai 'impression que l'univers de Frigide est un univers de tribus, dans lequel chacune a sa place, toute sa place et rien que sa place. j'ai l'impression que la Manif pour tous, c'est la manif des "tribus" (le terme n'est pas désobligeant, il est de Michel Maffesoli) et que le but du jeu c'est que chaque tribu ait sa place. Cela me rappelle Mgr Barbarin, disant qu'il vient manifester "avec le responsable du Culte Musulman dans la Région Rhône Alpes". Encore une histoire de "tribus" ! Il y en a qui manifestent pour ne pas laisser le monopole à la tribu Civitas. Il y en a d'autres qui manifestent à condition que ça se passe entre chefs de tribu et que le chef de la tribu d'à côté soit présent. Tout cela est quand même un peu ridicule !

Pourquoi manifeste-t-on ? Certains répondront sans doute : "Parce que l'on sera nombreux" Je crois que l'on peut trouver d'autres réponses.

Il me semble que l'on manifestera essentiellement pour la défense de cette institution chrétienne bimillénaire qui s'appelle le mariage. Tout le monde peut manifester pour le mariage. Tout le monde devrait manifester pour le mariage tant cette institution apporte de santé morale, de développement intellectuel, de prospérité économique et de... loisir spirituel. Qu'on soit catho ou pas, on est tous capables de s'en rendre compte. Si l'imam veut venir manifester pour le mariage monogame et indissoluble, j'en suis ravi. C'est le fondement de la civilisation qui a fait le développement de l'Occident et qui peut réaliser le même développement intellectuel, moral et spirituel dans le reste du monde. Mais enfin l'idée du mariage, elle est d'abord aux cathos. Ils ne rendront pas "toute leur place" parmi d'autres tribus, le 13. Ils prendront la place qui leur revient dans la défense de cette institution qui est leur. Ils sont - volens nolens - au centre du débat. Ceux qui poussent au mariage homosexuel (et qui souvent ne sont pas des homosexuels qui n'en ont que f...), ceux là savent bien quel est leur ennemie et que l'Ordre vient du chaos.

Aujourd'hui, avec cette loi et la rafale de lois qu'on nous prépare (voir le texte de F.H. intitulé Homosexualité et socialisme, ce n'est pas ce que vous croyez... C'est bien pire!), il est clair que le mariage qui était une institution deviendra une option. Qu'est-ce qui se passe au Baccalauréat quand il y a des options qui sont trop difficiles? Personne ne les prend. Eh bien! Même chose pour le mariage devenu une option : trop difficile, il sera l'apanage d'une toute petite minorité. Les temps sont mûrs pour cela. C'était déjà la situation au Gabon quand j'y étais entre 1989 et 1991. Sur nos 1200 fidèles, deux couples mariés à l'Eglise, quelques uns, mais bien peu, à la coutume. L'individualisme était plus avancé là bas qu'il ne l'est encore ici. Mais ça viendra !

Alors oui, manifestons, pour ce qui reste de la chrétienté: le mariage. Français encore un effort pour comprendre ce qui est en train de se passer.

jeudi 10 janvier 2013

Bonne manif à tous!

L'abbé de Tanoüarn manifestera dimanche 13 janvier contre la dénaturation du mariage. Il partira de la Place d'Italie, plus précisément de devant la mairie du XIII°.

[Monde&Vie] La Bible et les savants : confrontation toujours explosive

texte paru dans "Monde&Vie" n°865 d’octobre 2012
Deux enseignantes catholiques. Une même passion pour la pédagogie. Un même sérieux dans le travail d’information et de présentation des données. Une scientifique. Une philosophe. Le résultat : un livre très abouti, présenté sous forme de manuel, mais d’une grande limpidité d’écriture, intitulé Les formes de la vie et la question de l’évolution. Un petit bijou pour les chercheurs de vérité, aussi éloigné du fondamentalisme stupide que de la servilité vide envers une absurde déesse Science.
Dominique Spisan et Eva Dejoie, vous venez de publier un ouvrage de synthèse sur Les formes de la vie et la question de l’évolution. Qu’est-ce qui vous a poussées à écrire ce nouveau livre sur un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre?
E. D.: Le fait justement que si on a beaucoup écrit, on a rarement vu où se situaient les questions réelles, ce qui rend problématiques les conclusions de la plupart des livres consacrés à l’évolution, qu’ils soient pour ou contre celle-ci : en effet, c’est un sujet qui se situe au croisement de trois domaines fondamentalement différents et distincts, la science, la philosophie et la théologie. Or, dans l’immense majorité des cas, les plans sont mélangés ; des présupposés philosophiques ou religieux, qui relèvent parfois d’a priori inconscients, interviennent dans les débats scientifiques sans se présenter comme tels. Deux écueils sont ainsi à éviter : mélanger les niveaux ou réduire a priori la question à une seule de ses dimensions, en déniant la légitimité d’approches complémentaires. L’intention était donc d’offrir au grand public une vision d’ensemble des questions qui sont en jeu, à la fois en distinguant soigneusement les domaines, en respectant la complexité des problèmes et en donnant la synthèse la plus claire possible. En même temps, il permet aux élèves du collège et du lycée de disposer d’un cours de biologie sur l’évolution répondant aux exigences des programmes officiels qui abordent le sujet de la sixième à la terminale.
Du point de vue théologique, avons-nous une tradition interprétative des premiers chapitres du Livre de la Genèse?
E. D.: Ce qui nous a beaucoup intéressé, c’est de voir, comme le souligne saint Thomas, la divergence entre saint Augustin et d’autres Pères de l’Eglise sur l’interprétation de la Genèse, le premier estimant qu’il fallait lire le détail de l’oeuvre des six jours dans un sens métaphorique: cela ne gênait absolument pas le docteur commun, preuve que diverses interprétations sont possibles. Il explique que la Bible est écrite dans un langage imagé et lié à un contexte culturel dif férent du nôtre ; il ne faut donc pas y chercher un vocabulaire scientifique ni des précisions techniques qui ne sont pas conformes aux genres littéraires de ces textes. On ne peut rien en tirer sur le plan scientifique, pour ou contre une éventuelle évolution.
Y a-t-il aujourd’hui une réponse définitive à la question de l’évolution?
D. S. : Sur les plans théologique et philosophique, la réponse est connue depuis  longtemps: un Dieu créateur est à l’origine de tout l’Univers. Mais cette certitude ne dit rien sur la manière dont Dieu a procédé : la question du comment est l’enjeu des débats scientifiques. Sur ce plan, une seule hypothèse est proposée pour l’instant par la communauté scientifique, celle de l’évolution, avec diverses théories explicatives. Des indices semblent converger vers cette hypothèse, tandis que d’autres n’y semblent pas conformes. Lorsqu’on examine ensuite les mécanismes proposés, ils sont encore plus discutés. L’évolutionniste S. J. Gould par exemple a lui-même remis en cause l’importance de la sélection et de l’adaptation. Selon sa théorie hiérarchique, elle-même contestée, l’évolution comprendrait des mécanismes à différents niveaux de complexité, imbriquant déterminismes et contingences en tous genres. En un sens, sa théorie illustre le degré de complexité de la question, qui ne peut être traitée à coup d’arguments simplistes, dans un sens comme dans l’autre. Les discussions et recherches qui alimentent le débat comportent des  informations à valeur variable. Aujourd’hui les théories forment un ensemble aux contours flous et au contenu difficilement définissable.
Que penser du créationnisme?
E. D.: D’origine protestante, c’est une forme de fondamentalisme qui prône une lecture littéraliste des Ecritures, en méconnaissant la dimension incarnée de la parole divine. Ce terme est malheureux car il porte à confusion. Etre catholique suppose de croire au Créateur ; le créationnisme, lui, est une interprétation privée, qui ne découle pas de la foi, n’a rien de traditionnel, et que le Magistère de l’Eglise n’a jamais faite sienne.
Pensez-vous que l’on puisse admettre un seul couple humain à l’origine? Certaines découvertes paléontologiques ne supposent-elles pas plusieurs foyers de développement à l’origine de la vie humaine?
E. D.: La foi enseigne de façon indubitable l’existence d’un couple unique à l’origine de l’humanité, dont l’âme a directement été créée par Dieu.
D. S.: Trois théories sur l’origine de l’homme s’affrontent. Le monocentrisme défend l’origine africaine unique pour tous les Homo sapiens aux environs de – 120000; partis d’Afrique ils auraient colonisé les autres continents. Le pluricentrisme prétend que les Homo erectus auraient émigré en diverses régions, puis auraient évolué en sapiens de façon convergente et indépendante. L’inconvénient est d’introduire des différences essentielles entre plusieurs «sortes d’hommes». Une théorie intermédiaire prône des brassages génétiques entre formes sapiens archaïques entre – 400 000 et – 100 000. Des exercices du Bac confrontent les élèves à ces questions. La première théorie, dite « Out of Africa », réunit maintenant une majorité de scientifiques grâce à des études génétiques sur les populations humaines des différents continents, études combinées avec celle des caractéristiques physiques de 6000 squelettes fossiles. Depuis 2007 surtout, la théorie de l’Out of Africa semble confirmée.
Entretien réalisé par Joël Prieur
Dominique Spisan et Eva Dejoie, Les formes de la vie et la question de l’Evolution, éd. Tradition monastique 240 pp. 28 euros

lundi 7 janvier 2013

La fête de l‘Epiphanie est l’une des plus importantes du calendrier liturgique...

texte paru dans "SAINT PAUL PAR LETTRE"
La fête de l‘Epiphanie est l’une des plus importantes du calendrier liturgique, plus importante que Noël, au moins dans la tradition orientale, grecque et russe. Cette année dans notre calendrier, la date fixe du 6 janvier tombe un dimanche. Il me semble que cela redouble le lustre de cette fête.

Epiphanie? Le terme vient du grec epiphania, qui signifie «manifestation». C’est la fête de la Manifestation du Messie comme Fils de Dieu (on parle aussi de théophanie, d’où le prénom Tiphaine). C’est que dans la liturgie la plus primitive, on célébrait trois événements en un, comme le souligne encore, dans la liturgie latine, l’antienne des Vêpres à Magnificat. Il y avait pour ce jour de la Théophanie, le Voyage des Mages qui «viennent adorer» l’Enfant (ce sont les mots utilisé par l’Evangéliste Matthieu). Il y avait le premier miracle à Cana en Galilée, où le Christ change l’eau en vin. Et il y avait le baptême du Christ par Jean Baptiste dans l’eau du Jourdain, au cours duquel on entend une voix du Ciel qui dit : «Celui ci est mon Fils bien aimé, écoutez le».

Dans l’Eglise latine, aujourd’hui, le baptême du Christ est fêté le dernier jour de l’octave de l’Epiphanie – huit jours après la fête, donc le 13 janvier. Quant aux noces de Cana, nous en reparlerons bientôt, puisque nous retrouvons cet épisode dans l’évangile du deuxième dimanche après l’Epiphanie.

Reste la venue des Mages, qui est aujourd’hui l’objet de la fête de l’Epiphanie.

Si on met en doute l’historicité de cet épisode, c’est d’abord parce qu’on lit mal le texte qui est plein de détails, mais qui, dans certains Evangiles apocryphes (c’est-à-dire des textes tardifs qui «brodent» sur la vie de Jésus), devient carrément mythologique. Dans le Livre de l’Enfance, un apocryphe arménien du VIème siècle, on nous apprend par exemple que ces Mages en réalité sont des «rois», qu’ils sont trois et qu’ils s’appellent Gaspard Melchior et Balthasar. On nous dit que les Mages ont suivi une étoile qui se serait déplacée pour les précéder jusqu’à Jérusalem. Mais ce n’est pas cela du tout ! Ces astronomes, sans doute persans, ont vu un astre extraordinaire : «Nous avons vu son étoile en Orient». Il y a, diffuse, dans l’humanité de ce temps-là une attente d’un phénomène extraordinaire, comme on peut le lire dans la Quatrième Eglogue de Virgile, dans laquelle, quelques années avant le Christ, le poète latin annonce la venue d’un enfant né d’une Vierge. Ce sont des traditions semblables, qui dans le Zoroastrisme perse, animaient l’attente des Mages, qui savaient bien que si quelque chose devait advenir, ce serait en Judée, le pays de la Bible. Ils viennent donc à Jérusalem, s’enquièrent auprès du roi Hérode, qui, averti par les Mages de la naissance d’un Roi Messie, convoque les sages d’Israël, lui qui n’est qu’un Bédouin, un non-juif.

Ces sages lui disent tous : le Messie doit naître à Bethléem, comme cela a été explicitement prophétisé dans la Bible hébraïque, par Michée. C’est l’origine du massacre des enfants de Bethléem. Les Mages, ayant compris la duplicité d’Hérode et s’étant abstenus de lui apporter, sur cette naissance merveilleuse, les renseignements précis qu’il demandait, lui Hérode s’est entêté et il a décidé de tuer tous les enfants de Bethléem. Cet acte de sauvagerie était resté dans les annales de l’histoire antique. Il est cité par le païen Macrobe.

Si on cherche la véritable signification de la venue des Mages, on est bien obligé de supposer qu’il y a, non seulement pour les Juifs l’Ancien Testament, mais pour les Païens, une véritable «préparation évangélique», qui emprunte les canaux inattendus de l’astrologie et de la Prophétie, et cela en dehors du peuple juif. Le savoir humain (dont l’astrologie à l’époque est le symbole) mène au Christ, voilà ce que signifie l’épisode des Mages. Il y a un Ancien Testament païen, une ancienne alliance païenne entre la foi et la raison, qui précède la nouvelle alliance et le nouveau savoir en Jésus-Christ. Cet ancien Testament relève d’une forme de sagesse humaine qui converge avec la sagesse juive (le dernier livre de l’Ancien Testament s’appelle justement le Livre de la Sagesse et il est écrit en grec à l’honneur de la divine Sophia).

En revanche, face aux mages, sages païens, le Politique se déchaîne. Le vieil Hérode, au terme d’une vie chargée de crimes, est aveuglé par son Pouvoir. C’est un véritable génocide qu’il va perpétrer dans le massacre des innocents de Bethléem, et Rachel «pleure ses enfants car ils ne sont plus». On retrouve cet aveuglement du Pouvoir chez presque tous les politiques de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Le dernier à y céder dans les Livres saints sera Pilate, prêt à tuer l’Innocent plutôt que de nuire à son Autorité. C’est la raison pour laquelle, dans le récit évangélique, il faut bien remarquer que les Mages ne sont pas appelés «Rois». On leur donne ce titre uniquement dans des écrits tardifs, comme le Livre de l’enfance, que j’ai cité plus haut.

La royauté du Christ, qui dès sa naissance est obligé de fuir devant Pilate, n’est pas une royauté politique. La politique n’opère jamais aucun salut. Elle donne dans des oeuvres de mort, comme le montrent involontairement les mages, qui, «avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, regagnèrent leur Pays par un autre chemin». Mais pourquoi cette version «royale» dans les écrits tardifs? Et pourquoi ces couronnes que l’on se donne à la «fête des Rois»? Pour faire cadrer l’événement, dont l’évangéliste Matthieu se fait l’écho, avec la prophétie d’Isaïe (49, 7) et le Psaume 71 : «Les rois de Tharsis et des îles lui apporteront leurs présents». Notons cette obscurité des prophéties de l’Ancien Testament, notons ce décalage entre les prophéties et leur réalisation. Parler de «mages» et pas de «rois» dans l’Evangile, cela montre bien, quoi qu’on en dise, que le récit que nous possédons aujourd’hui dans saint Matthieu n’a pas été élaboré à partir des prophéties de l’Ancien Testament ; sa source est bien un événement historique, absolument imprévisible comme tel. On a ensuite fait cadrer non sans mal les prophéties avec l’événement.

samedi 5 janvier 2013

L'Epiphanie au Centre Saint Paul

"Tout est grâce" aimait dire sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Le moindre détail de notre existence peut être une occasion de rencontre avec Dieu, un point de confluence entre notre finitude et l'Infini divin, une connivence, un clin d'oeil, nous autres Bretons on dit parfois : un intersigne.

Pour recevoir la lettre hebdomadaire:
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Cette fois, c'est le calendrier qui nous offre à tous, oh ! une toute petite chose : l'Epiphanie, traditionnellement fixée au 6 janvier, se célèbre cette année un dimanche. Voilà une occasion supplémentaire de solenniser cette Manifestation  du divin, cette théophanie [je me suis laissé dire que l'Epiphanie était aussi un jour où fêter les Tiphaine...]. Il faudrait - oui - que les fêtes de notre calendrier nous apporte toutes, comme la Noël, une véritable joie.

Il se trouve par ailleurs que dimanche prochain au Centre Saint Paul, nous recevons le Père Jehan de Belleville, bénédictin, cofondateur du Barroux où il fut le premier disciple de Dom Gérard Calvet (qui avait quitté son propre monastère pour devenir ermite), et actuel supérieur d'un petit couvent en Italie. Pour tous ceux qui souhaitent le rencontrer, rien de plus simple : nous tirerons les rois après la grand messe, sacrifiant ainsi à ce folklore chrétien que beaucoup aujourd'hui et je dirais depuis peu, souhaiteraient voir disparaître au nom de la laïcité.

Pour ceux qui savent que l'on tirait déjà les rois au temps de Tacite à Rome, je me permets de renvoyer à la newsletter hebdomadaire du site cccsp.fr pour d'avantage d'informations sur le folklore de l'Epiphanie. Il vous suffit d'un clic dans la fenêtre prévue à cet effet au bas de la page annonce du site pour recevoir dimanche gratuitement cette mise au point.

vendredi 4 janvier 2013

Une belle réponse à mes voeux

"Je ne suis toujours pas certaine d'avoir gardé le trésor de la foi chrétienne, m'écrit-on, car souvent je prie , je demande, et je n'obtiens rien quoique ce ne soit pas pour mes satisfactions personnelles, et mon égoisme, mais je voudrais chercher, travailler et prendre de la peine pour retrouver ce trésor de la foi et mener le bon et le vrai combat et non le faux combat".

Chère Madame, votre réponse est très belle et je la publie ici car elle peut nous aider à réfléchir. Qu'est-ce que cette foi qui semble en même temps toute proche de nous et en même temps indéfiniment différée, donnant l'impression que nous ne l'avons pas, alors même qu'elle nous anime au plus profond ? Je ne vous connais pas, mais je crois que ce qui vous manque ce n'est pas la foi, mais peut-être la pratique et la connaissance de la foi. J'aurais tendance à vous dire comme Pascal : "Vous voulez aller à la foi et vous n'en savez pas le chemin. Apprenez de ceux qui ont été liés comme vous et qui parient maintenant tout leur bien Ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre. Suivez la manière par où ils ont commencé".

"Je demande et je n'obtiens rien" dites-vous. Mais ce seul désir qui est en vous est une réponse de Dieu. Vous voulez que Dieu s'occupe de vous, comme vous, vous le priez. Cela me fait penser à la prière de La Hire, qui n'était certes pas un intellectuel, mais le compagnon de Jeanne d'Arc. Il faut croire que la sainteté a quelque chose de contagieux : "O Dieu, faites pour La Hire ce que La Hire ferait pour vous s'il était Dieu et que vous étiez La Hire". Cette prière est belle. Cette prière est audacieuse. Cette prière indique que nous sommes, en quelque sorte, dans la charité, "à égalité avec Dieu" comme un ami avec son ami. Mais en même temps, Dieu est l'Infini, qui sait mieux que nous ce qui nous est utile... La foi en acte ? C'est de le lui dire et de le laisser faire.

mardi 1 janvier 2013

Bonne année de la foi !

Chers amis, j'ai cherché la manière la moins nunuche de vous souhaiter une bonne année et je crois que je nous dis quelque chose à chacun lorsque je nous souhaite une bonne année de la foi. Benoît XVI a souhaité consacrer un an à la foi, entre octobre 2012 et octobre 2013. Pourquoi la foi ? Parce que c'est là où le bât blesse, j'ai essayé d'expliquer comment dans les deux derniers posts...

Notre foi devrait nous porter, nous transporter et transporter des montagnes. Dans la triste réalité, beaucoup de chrétiens donnent l'impression, au contraire, de porter leur foi comme une croix, quitte à reconnaître finalement : je suis chrétien mais je me soigne. Il faudrait dire à l'inverse : c'est parce que je prends soin de moi que je suis chrétien.

La foi n'est pas une cuirasse trop lourde que nous nous fabriquons. La foi n'est pas un alibi que nous produisons, pour pouvoir ne pas vivre notre vie. La foi n'est pas une assurance vie, qui nous aurait coûté très cher et dont nous n'attendons de bénéfices que post mortem.

La foi, parce qu'elle est vie avec Dieu, est l'oxygène que nous respirons, l'élan qui nous anime, la profondeur du réel dans notre vie, la beauté de nos engagements, la noblesse et la délicatesse de nos comportements au-delà de l'intérêt immédiat, la stabilité de notre assiette dans le curieux saut d'obstacles de notre existence. Elle est toujours déjà là, nous n'avons qu'à la saisir. "L'homme croit naturellement" disait Pascal. Et Dieu nous prévient surnaturellement, sa grâce nous est toujours déjà donnée. Il suffit de la vouloir !

Voilà pourquoi et comment cette année doit être pour nous une année de la foi. On la dit morose avant que n'ait brillé son deuxième matin. En tout état de cause, la morosité n'est pas le caractère de l'homme de foi. Ayons  à coeur cette année, quelles que soient les difficultés qui s'annoncent, de parier à nouveau pour le bien ! Pariant, misant, nous recevrons instantanément une part de notre récompense.