mardi 26 février 2013

Romain Rolland dans la crise de l'Eglise

La dernière partie du Journal de Romain Rolland, le romancier de Jean-Christophe, vient de paraître chez Bartillat sous le titre Journal de Vézelay ; c'est en effet dans ce petit village bourguignon, aujourd'hui mondialement connu, à l'ombre de la Madeleine, que s'était retiré le grand écrivain bourguignon (il était originaire de Clamecy). On sait que pacifiste pendant la Première Guerre mondiale (il s'était réfugié en Suisse où il écrivit un essai au titre significatif : Au dessus de la mêlée), ce grand ami de l'Allemagne éternelle fut ardemment communiste durant les années folles. Le Journal de Vézelay embrasse ses dernières années, entre 1938 et 1944. La Guerre trouve Romain Rolland foncièrement antinazi (c'était sa grande déception, la première atteinte à sa foi communiste, que la signature d'un accord germano-soviétique, alors qu'il imaginait toujours la patrie des travailleurs sous un jour merveilleux et se mettait en colère contre les lâcheurs à la André Gide, "Retour d'URSS").

Sa femme Macha, (dont les mauvaises langues disaient qu'elle lui avait été envoyée par Staline pour le garder dans l'orthodoxie moscoutaire) se convertit au... catholicisme et tombe amoureuse platoniquement de... Paul Claudel (ce n'est pas contradictoire : Claudel est le grand convertisseur des Lettres à ce moment). Romain Rolland qui avait toujours professé une sorte de panthéisme noble à la Spinoza, se vit tout d'un coup entouré de prêtres, certains professant pour lui une grande admiration, d'autres se sentant pousser les ailes d'anges gardiens-convertisseurs à son égard. Dans son Journal, notre auteur les juge les uns et les autres, sans complaisance et sans aucune animosité non plus. Ces textes inédits constituent un document sur la foi du clergé français avant le Concile.

Il y a d'abord ce jeune prêtre généreux, qui va devenir carme et qui prendra en religion le nom de Romain : "La largeur d'esprit de "frère Romain" [l'abbé Jean Sainsaulieu] est très grande. En causant intimement avec lui, j'arrive à cette découverte étonnante que je suis beaucoup plus près que lui de la personne du Christ, que sa présence et sa parole imprègne beaucoup plus ma pensée... Ces jeunes gens en sont venus à une conception du Christ mystique qui se confond (qui risque de se confondre) avec un humanisme universaliste, une communion universelle en Dieu. Comme je le lui dis, "Jésus s'y volatilise" et il est frappé de mes paroles. Il convient qu'il s'est trop détaché de la personne humaine historique exceptionnelle du Christ, il dit qu'il reconnaît sa faute (...) Car avec l'universalisme qui s'affirme dans un livre comme Catholicisme du Père de Lubac, (...) tout est de Dieu, tout est de la grande Eglise universelle. Et celle-ci a de tous à prendre et à apprendre. Le mystère essentiel qui domine le monde est l'Incarnation. Elle s'est opérée et elle s'opère à tous moments dans l'entière humanité. L'humanité entière est Christ vivant. Chaque période de l'histoire en accuse certains traits au détriment de d'autres".

Quel beau résumé de ce que j'appellerais volontiers l'idéologie conciliaire, avant même le Concile.

D'autant plus beau ce résumé de Romain Rolland qu'en un autre passage, il élabore sa propre découverte métaphysique du christianisme, à travers un personnalisme exigeant : "Que subsiste-t-il donc ? Quoi de réel ? Pauvreté du panthéisme. Un Etre, l'Etre total en qui tous les êtres sont absorbés. Quel intérêt si lui et eux sont impersonnels ? Cela ne rend aucun compte du vrai problème qui est le moi, les moi, cette infinité de moi... Et si je vois la source de l'existence de l'être impersonnel, de quelle source procède ce moi, ces moi personnels. Le personnel ne peut être né de l'impersonnel [et pan sur le bec de Guénon, vilain canard]. Il faut qu'il y ait un Moi foyer, un Moi total, embrassant et nourrissant tous les autres. Et cela nous mène loin : au seuil du Dieu créateur (Créateur éternellement) conservateur et nourricier. C'est passer du règne abstrait de la connaissance au règne chaud de l'amour, au foyer du père, Pater noster".

C'est ce que j'ai appelé, à propos de Cajètan le personnalisme intégral, seule métaphysique qui tienne, comme l'avait entrevu Descartes, celle du Je suis. Quoi de réel ? La question de Rolland est aussi celle de Descartes. Elle est celle de tout homme d'honneur. "Tout le monde a une métaphysique patente ou latente ou alors on n'existe pas" jetait jadis Péguy, si cher au coeur de Romain Rolland.

Ce passage du Journal de Vézelay se poursuit par une invocation de l'écrivain à sa mère et à la Vierge Marie, dans un sentiment aigu de la communion des vivants et des morts. Il s'achève avec une mise en cause bienvenue du "rationalisme thomiste" (c'est son expression) : "S'il est vrai aux yeux de la foi que l'arbre de la connaissance eût été interdit à l'homme, ne pourrait-on en déduire que le fruit de cet arbre, qui est la raison - dérobé pour l'homme - reste dans ses mains comme un trésor stérile et maudit ?". Romain Rolland théologien y va fort. Il parle bien sûr de la raison raisonnante, pas de l'intelligence. S'il est aussi entier, c'est qu'en cette année 1943 (sans date journalière) il lui reste peu de temps avant de s'en aller. C'est qu'il veut et il doit à toute force passer "du règne abstrait de la connaissance au règne chaud de l'amour, au foyer du Père, Pater noster".

Romain Rolland est méfiant vis à vis de l'Eglise et même vis à vis de son jeune filleul le "Père Romain" qui a voulu porter son prénom comme nom de religion. Il lui reproche dans un autre passage que celui cité plus haut de "soutenir jusqu'à l'absurde l'infaillibilité du prêtre", et cela, en plus, pour s'en targuer auprès de la néophyte Macha, l'épouse que Romain Rolland protège à grand peine des entreprises idéologiques du clergé, toujours obsédé de "sa politique".

Mais, Eglise ou pas, qui pourrait dire après avoir lu de tels textes que l'auteur de L'âme enchantée n'est pas mort profondément, métaphysiquement chrétien ? Arien ? Oui, sans doute un peu en surface, mais ayant fait, avec une honnêteté scrupuleuse, un si grand chemin... "Je dis une nuit : il n'y a que le bras levé de celui qui est au dessus de ma tête qui peut me tirer de là (le Christ de Rembrandt)". "Quoi de réel ?" - Lui.

samedi 23 février 2013

Au nom de la peur...

J'ai passé plusieurs dizaines de minutes sur des sites tradis et ce que je ressens, c'est de la peur. Peur de perdre. D'avoir perdu. D'être dépassé par le temps qui passe et qui emporte sur son passage les meilleures intentions du monde... Il y a aussi - il faut le dire - ceux qui n'ont pas peur, à l'aise dans leur fortin, du côté de la Fraternité Saint Pie X. A leur place, quant à moi je serais inquiet et je préfère être à la mienne (comme quoi tout va  bien !)

La renonciation du pape est un acte qui dénote une exceptionnelle liberté intérieure (ça doit nous encourager  ne pas voir les choses en noir) et qui renvoie certainement non à une situation grave, mais à une situation tendue et, oui, potentiellement très grave.

Les histoires financières ont toujours existé, mais il semble que le Vatican devienne l'enjeu d'une guerre de clan - entre Italiens et Américains - avec l'idée qu'il faudra bien normaliser le discours du pape, aplatir sa fonction et supprimer ce qui est de fait aujourd'hui le seul Pouvoir spirituel mondial. Le fait que les terminaux de carte bleu au Vatican se soient remis à fonctionner le lendemain de la renonciation du pape ne peut pas être une pure coïncidence. Les bruits concernant l'action d'un lobby homosexuel au plus haut niveau de l'Eglise (non pas pour son compte mais instrumentalisé par des intérêts idéologiques ou financiers) ne peuvent pas non plus être absolument dénués de fondement. Et plus le Père Lombardi dément sans démentir - en tant que grand Communicateur - plus j'ai peur!

Mais justement... L'acte de Benoît XVI (dont on vient d'apprendre Deo gratias qu'il gardera son nom et son titre de Sainteté) est un acte mûrement réfléchi, son dernier combat aux commandes. On peut se dire : "Ils ont eu sa peau". Certains ont dû se dire : "On a eu sa peau". Mais en précipitant le cours des choses, Benoît XVI désarme ses adversaires et se donne le choix du terrain. Ce n'est pas un hasard si l'on sait maintenant que les trois cardinaux enquêteur sur Vatileaks et les fuites du Vatican, de Giorgi Herranz et Tomko seront auditionnés solennellement par les cardinaux réunis en conclave. Il s'agit de provoquer, oui, la réaction d'un Collège dont Benoît XVI a bourré les urnes et qui reste massivement conservateur, c'est-à-dire en l'occurrence vraiment soucieux de l'Eglise, dont ses membres portent fièrement le pallium.

Pour revenir à la peur, je crois que c'est la grande tentation à laquelle nous ne devons pas succomber. C'est la dernière tentation du Christ : "Il commença à ressentir effroi et angoisse". C'est la tentation des apôtres dans la barque pendant la tempête, alors que Jésus dort (la tête appuyé sur un coussin précise saint Marc). Quid timidi estis, modicae fidei! Qu'est-ce qui vous donne matière à être si timorés, hommes d'une foi médiocre!". La peur s'oppose là directement à la foi. Ce n'est pas la peine de défendre la foi toute la sainte journée si l'on cède à la peur, si l'on ne voit pas quel mal s'enveloppe dans la peur.

Entendons nous! En bonne psychologie scolastique, la peur est une passion. Elle n'est donc pas en soi coupable. Ce qui est coupable, c'est de consentir. Ce qui est coupable c'est de cultiver la peur, de s'en envelopper comme d'une gangue protectrice : j'ai peur donc je me mets en sécurité. J'ai peur donc je prends zéro risque. Combien plus noble l'attitude du grand Turenne : "Tremble carcasse, tu ne sais où je te mène".

De la même façon que c'est la charité qui soigne en nous la concupiscence (remplaçons donc cupiditas par caritas disait saint Augustin qui ne faisait pas que jouer sur les mots ce disant), de la même façon c'est la foi et l'espérance qui soignent en nous la peur, que Bernanos appelait "la plus terrible des passions humaines". L'Eglise est plus grande que nous. Comme disait Jean-Paul II qui s'y connaissait en humanité, "n'ayons pas peur" : "N'ayez pas peur petit troupeau, j'ai vaincu le monde".

J'ai vaincu le monde nous dit le Christ. Est-ce que notre fragilité ne vient pas de ce que nous ignorons que dans le drame du salut, tout est déjà joué. Il est vrai que l'antique dragon a été lâché sur la terre (Apoc. 12)... Mais si nous le voulons, nous sommes déjà sauvés, car le Christ nous a saisi (Phil. 3). Nous cherchons plus ou moins adroitement de notre côté à le saisir, mais il nous tient ! Non, ça ne vaut pas la peine d'avoir peur !

vendredi 22 février 2013

Personnalité et identité

Affirmer aujourd'hui que la question de l'identité est la question clé de notre temps, c'est me semble-t-il rejoindre l'intuition de Malraux : "Le XXIème siècle sera spiritualiste ou ne sera pas". Qu'est-ce que l'identité de chacun sinon la culture, les habitudes spirituelles, les moyens de pensée (à commencer par la langue) qu'il trouve à la naissance. Prenons la langue, justement : elle se présente à nous comme une pensée du monde qui est déjà pensée lorsque nous l'adoptons, cette pensée du monde qui met en marche notre propre pensée. Si notre langue est trop sommaire, défaillante, ambigüe, peu construite, elle constitue un handicap irréparable pour la pensée. La langue est un aspect de notre identité. Mais qu'est-ce que l'identité ? L''identité était une question qui jusqu'ici ne se posait pas, tant les réponses allaient de soi. C'est notre naissance qui nous donne notre identité, ce conditionnement primitif par rapport auquel nous essayons toute notre vie de nous situer, que ce soit en l'assumant ou en le rejetant. Tricher sur la naissance (voilà le problème des enfants adoptés) c'est tricher suir l'identité... C'est quelque chose que l'on n'a pas le droit de faire et qui introduit une fêlure irrépressible au coeur de l'être pour toujours.

(Je pense à ce petit d'homme qui bientôt aura deux papas et ne connaîtra pas sa maman : il naîtra psychologiquement handicapé par la triche des deux pères et par l'oubli volontaire de la mère, la même chose valant bien sûr pour deux mamans. Connaissez-vous l'histoire de ce petit américain de 9 ans à qui ses deux mamans ont persuadé qu'il devrait changer de sexe et qui réclame aujourd'hui d'être une fille par tous les moyens ? Les deux mamans expliquent par ailleurs qu'il vaudrait mieux faire cela tout de suite "parce qu'après ce sera plus difficile". C'est un exemple éloquent du rapport entre filiation, naissance et identité, non ?).

Julien me demande le rapport entre identité et personnalité. J'ai envie de donner une définition de la personnalité qui m'a toujours fascinée et que j'ai pêchée un jour, par hasard, juste en ouvrant le volume, dans le livre d'un franciscain dont j'ai oublié le nom sur la Paix intérieure. Il écrivait ce bon Père : "La personnalité, c'est cette forme que de toute éternité Dieu a voulu donner à notre sainteté". La personnalité, c'est ce que nous sommes capables de faire avec notre identité.

A cet égard, je dirais qu'il ne faut pas confondre le caractère et la personnalité. On peut avoir - nativement - du caractère ou ne pas en avoir... Ce n'est pas pour cela qu'on aura une vraie personnalité, travaillée et surgissant de notre vie intérieure, c'est-à-dire de ce mystérieux abîme qui est notre fond. Une personne sans beaucoup de caractère peut ainsi se façonner une personnalité. Une personne, qui a un caractère fort et aime à le montrer peut, du coup, se sentir dispensée d'entretenir une véritable personnalité.

Vous l'aurez compris, le caractère relève du psychique et il fait partie de notre identité (c'est une chose que nous ne pouvons pas changer, même s'il vaut mieux pour nous parfois que nous soyons capables d'arrondir quelques angles). La personnalité est l'image stable de notre existence en mouvement : c'est nous qui la constituons (un peu comme on dit qu'à 40 ans, chacun est responsable de son visage). Et c'est elle qui nous juge et nous jugera.

Si l'on peut encore reprendre la parabole des talents : le caractère, c'est ce que nous avons reçu en dépôt à la naissance, notre identité psychique : un talent, deux talents, cinq talents. La personnalité, c'est la manière dont nous faisons fructifier nos talents. Ne pas avoir de personnalité, c'est ne pas avoir de liberté, ne pas avoir de vie intérieure, ne pas avoir ce dialogue de soi avec soi qui débouche spontanément sur le dialogue de soi avec Dieu, c'est avoir oublié jusqu'au dépôt vital (notre capital vie) qui nous a été confié en venant au monde et que, parce que nous sommes tous embarqués, nous avons l'obligation de gérer.

mercredi 20 février 2013

Christianisme et identité

Belle assistance pour ma conférence de ce soir ; comment le totalitarisme vient à la gauche. Merci à tous ceux qui sont venus. Merci aussi à ceux qui ont tenu à intervenir. Les interventions étaient si vives que je n'ai pas conclu. Je voudrais le faire ici.

En m'aidant de la distinction qu'opère Jacques Julliard entre quatre gauches, distinction qui (à l'égal de celle de René Rémond sur les droites) mériterait de devenir classique, j'ai montré que la gauche "redevenu le parti de l'individu" (Julliard), n'était plus collectiviste, qu'elle demeurait un peu jacobine, un peu libérale, l'un ou l'autre selon les circonstances, mais qu'elle était surtout devenu libertaire.

Julliard fait remonter cette gauche libertaire à Jean-Joseph Proudhon : pourquoi pas ? Proudhon était tellement anarchiste qu'il n'a pas toujours été fixé sur tel ou tel principe. Le dernier Proudhon, fédéraliste, a d'ailleurs été totalement récupéré par la droite, tant il s'est opposé, à ce titre, à la gauche jacobine. Il y avait, derrière Proudhon (ou plutôt dans le Cercle qui porta son nom) tous ceux qui répétaient, avec justesse : Monarchie = anarchie + 1. Un autre Proudhon n'est guère libertaire, c'est le Proudhon gros miso qui écrit Les femmelins, en déplorant la féminisation de la société.

Sa vision des femmes est épouvantable. Voici à titre de curiosité, parce qu'un blog ça sert à ça aussi, ce qu'il écrit à une féministe de l'époque Madame d'Héricourt, je n'ai jamais rien lu de tel : « Non, Madame, vous ne connaissez rien à votre sexe ; vous ne savez pas le premier mot de la question que vous et vos honorables ligueuses agitez avec tant de bruit et si peu de succès. Et si vous ne la comprenez point, cette question ; si, dans les huit pages de réponses que vous avez faites à ma lettre, il y a quarante paralogismes, cela tient précisément, comme je vous l'ai dit, à votre infirmité sexuelle. J'entends par ce mot, dont l'exactitude n'est peut-être pas irréprochable, la qualité de votre entendement, qui ne vous permet de saisir le rapport des choses qu'autant que nous hommes vous le faisons toucher du doigt. Il y a chez vous, au cerveau comme dans le ventre, certain organe incapable par lui-même de vaincre son inertie native, et que l'esprit mâle est seul capable de faire fonctionner, ce à quoi il ne réussit même pas toujours. Tel est, madame, le résultat de mes observations directes et positives : je le livre à votre sagacité obstétricale et vous laisse à en calculer, pour votre thèse, les conséquences incalculables. » On goutera au passage la savante ambivalence de "l'esprit mâle"... Misogynes de tous les pays , taisez-vous !

Aujourd'hui les libertaires, les vrais pas ceux de grand papa, ne se donnent pas la peine d'être misogynes puisque, à les entendre, les sexes n'existent pas, qu'il n'y a que des genres, c'est-à-dire des constructions socio-politiques, et qu'ils sont faits, ces genres, pour être défaits. Bref Proudhon avait quand même bien du retard. Je crois qu'en fait ce libertarisme de gauche est une partie de l'héritage de Mai 68. C'est la gauche "absolument moderne", celle que l'on n'avait pas encore imaginé, "sans père, sans mère, sans généalogie", celle dont la révolte s'étend, depuis les structures sociales à repenser jusqu'aux identité à défoncer... C'est cette gauche-là qui, aujourd'hui, avec un peu de jacobinisme et beaucoup de libéralisme, tient le haut du pavé.

Que faut-il faire face aux libertaires ? Devenir identitaire ? La droite a passé son temps à être ce que la gauche n'était pas, universaliste quand la gauche était antisémite (sous Marx par exemple) et antisémite quand la gauche se voulait universaliste. Nationaliste quand la gauche était internationaliste et européenne (vive le concert des dynasties) quand la gauche était nationaliste ("la patrie ou la mort").

Il me semble que nous avons mieux à faire qu'à jouer à ce mauvais jeu de bascule. Ne pourrait-on pas dire qu'être chrétien c'est se dépasser soi-même, dépasser son identité en se surpassant, c'est-à-dire en s'appuyant sur elle pour devenir autre chose, en réalisant que nous sommes des animaux plus ou moins raisonnables qui cherchons à devenoir des fils et des filles de Dieu.

"On ne naît pas femme, on le devient" écrivait l'ineffable Simone de Beauvoir. Ah ! Le deuxième sexe et ses dissertations si... théologiques parfois ! Le bas bleu n'a fait que recopier Tertullien sans le dire, elle a pillé ce grand anarchiste chrétien (voilà un qualificatif qui fera plaisir à Jacques Ellul et à son homonyme de Guillebon).

Tertullien dit en effet :"On ne naît pas chrétien, on le devient". Le chrétien, en quelque sorte choisit son identité devant Dieu. Il EST ce qu'il fait : "Heureux les morts qui sont morts dans le Seigneur car leurs oeuvres les suivent", ange par la grâce de Dieu ou bête par son obstination. Encore faut-il qu'il ne contredise pas sa nature ! Il ne peut pas se nier, seulement se surpasser... ou se renier. Comme dit Benoît XVI dans son fameux discours au Bundestag ; "L'homme est esprit et volonté, mais il est aussi nature et sa volonté est juste quand il respecte la nature".

C'est Charles Maurras qui estimait que la grande hérésie moderne est l'antiphysique (l'antinature si vous voulez). Nous y sommes en plein.

lundi 18 février 2013

FSSPX/Réintégration – quoi de neuf?

Il y a ces articles de Céline Hoyeau et de Nicolas Senèze dans La Croix, qui donnent le ‘22 février 2013’ comme la date butoir que Rome aurait fixée à Mgr Fellay pour accepter sa proposition. Faute de quoi le Vatican envisagerait de démarcher les membres de la Fraternité, prêtre par prêtre, pour un retour non plus collectif mais individuel.

Il y a cette allusion de Mgr Fellay, qui doit bien avoir quelques échos, et qui déclare à NDF: «Un bref instant, j’ai pensé qu’en annonçant sa démission, Benoît XVI ferait peut-être un dernier geste envers nous en tant que Pape. Cela étant, je vois difficilement comment cela peut être possible. Il faudra probablement attendre le prochain Pape

Il y a ce tout petit passage, dans l’entretien que l’abbé Claude Barthe a donné ces jours-ci au quotidien Présent: «Tout le monde sait désormais que la Commission Ecclesia Dei a adressé une lettre à Mgr Fellay le 8 janvier et qu’elle attend une réponse de lui pour le 22 février, jour de la fête de la Chaire de Saint-Pierre. De ce jour-là, 22 février, pourrait être datée l’érection de la Prélature Saint-Pie-X. Cela deviendrait la vraie conclusion du pontificat de Benoît XVI: la réhabilitation de Mgr Lefebvre

Il y a Andrea Tornielli, qui cite l’abbé Claude Barthe, et qui se demande si l’abdication du pape précipitera les choses. Tornielli conclut… qu’il est bien difficile de le dire («difficile dirlo»), et il a bien raison.

Réflexions sur le totalitarisme de gauche

Les chrétiens, en tant que chrétiens ne sont pas plus à droite qu'à gauche, mais ils sont viscéralement hostiles à toute forme de totalitarisme et c'est le totalitarisme de gauche (ou le libéral-totalitarisme) qui nous menace aujourd'hui.

Mgr Gaume définissait autrefois la Révolution comme "la haine de tout ordre que l'homme n'a pas établi et où il n'est pas roi et dieu tout ensemble"... Mais comme dit Vincent Peillon, la Révolution n'est pas terminée. Maintenant on ne peut plus dire que la Révolution est la haine de l'Ordre, car d'ordre (social ou moral) il n'y a plus ! Il faudra simplement dire - au nom sans doute de l'égalité - que la Révolution est devenue la haine de toute différence, c'est-à-dire la haine de toute identité.

Cette équivalence entre identité et différence vous choque ? Mais comment peut-il y avoir différence sans identité ? Et comment peut-il y avoir identité sans différence ? L'indifférenciation nous entraîne vers une désidentification qui est simplement la "mêmeté". Une espèce de gloubiboulga sociétal où les élites et les marges ont la même culture, les mêmes distractions, la même musique, les mêmes vêtements, les mêmes réactions... et surtout le même langage. Voilà ce que nous vivons ou ce que nous allons vivre.

Les élites et les marges communient dans la mêmeté et cette communion s'effectue de la manière la plus claire dans les talk-shows et autres débats télé où l'on n'a pas peur de recevoir un rappeur qui ne sait pas aligner deux mots sans borborygme et un ministre qui n'a pas peur de les aligner encore et encore, ses deux mots à lui, dans une sorte de vide sidéral de la pensée. Bilan du rappeur et du ministre ? Un vide inter-sidéral, qu'on appellera transculturalité pour se donner de l'importance. Le ministre et le rappeur pensent pareil... Et d'ailleurs tout le monde pense pareil. Tout le monde pense la pensée qu'il faut penser sur le moment pour avoir le droit de dire qu'on pense... Et tout le monde est prêt à changer de pensée, mais alors quand il sera temps d'en changer... Pas avant. Pas après. "Tous ensemble, tous ensemble" comme répétait l'innocente Ségolène dans ses meetings.

Je parlerai - d'après les textes - de ce totalitarisme de gauche, de cette soft-idéologie de gauche (qui est d'ailleurs de moins en moins soft) mardi prochain à 20H15 au Centre Saint Paul. L'ultime avatar de cette idéologie désidentitaire, non encore légalisé, mais on y travaille : dans l'universel déni d'identité, on n'a plus le droit d'avoir un sexe. Le sexe est un marqueur d'identité trop voyant. Il faut parler de genre, parce que les genres, on les choisit, et les choisir, cela permet juste de "les défaire", selon le mot de Judith Butler.

samedi 16 février 2013

Saint Paul pour le Carême

Cette année, nous prêcherons sur saint Paul notre traditionnel Carême au Centre Saint-Paul. Chaque dimanche entre 18 H et 19 H, nous vous offrons une méditation sur la vie et la doctrine de ce tempérament bouillant, de cette intelligence aiguë, de ce juif pieux qui, un jour, sur le chemin de Damas, se perçut lui-même, au-delà de toute appartenance ethnique, comme un fils de Dieu dans le Fils de Dieu... à l'égal de tous ceux qui, avant lui, par la foi en Jésus, avaient emprunté la Voie...

Nous avons appelé ce carême "Saint Paul, notre contemporain". Non pas qu'il faille imaginer saint Paul dans les rues de Paris. Au contraire, c'est nous qui, par la foi, entrons dans le temps de saint Paul. Dans le Christ, Chronos, le temps qui dévore ses enfants, s'abolit ; nous sommes tous recréés dans une nouvelle Durée, nous entrons dans la vie sans fin.

On peut dire aussi qu'avec la radicalité qui est la sienne, Paul anticipe sur notre époque radicale. Il nous aide à poser radicalement le choix de Dieu... dans le Christ. Ayant choisi, nous pouvons répéter après lui : "Mon assurance est totale. Soit par ma vie, soit par ma mort, maintenant et toujours, le Christ sera exalté dans mon corps" (Phil. 1, 20).
Voici le programme de ce Carême :

Saint Paul, notre contemporain par les abbés Vincent Baumann et Guillaume de Tanoüarn

Tous les dimanche de Carême à 18 H
12 rue Saint Joseph 75 002 Paris

Premier dimanche de Carême, 17 février 
Abbé G. de Tanoüarn : Le Christ, tout en tous
Le catholicisme de saint Paul

Deuxième dimanche de Carême, 24 février :
Abbé Vincent Baumann : La chair et l’esprit
La morale de saint Paul est-elle son talon d’Achille ?

Troisième dimanche de Carême, 3 mars :
Abbé G. de Tanoüarn : Voici l’homme
Ce que saint Paul dit de l’homme… et de la femme

Quatrième dimanche de Carême, 10 mars :
Abbé Vincent Baumann : La loi et la foi
Comment il est vrai que c’est la foi qui sauve

Dimanche de la Passion, 17 mars :
Abbé G. de Tanoüarn : L’Antéchrist, la fin du monde et notre progrès spirituel
L’histoire vue par saint Paul

Dimanche des Rameaux, 24 mars :
Abbé Vincent Baumann : Les trois vertus théologales
L’arme secrète du chrétien selon saint Paul

Une messe est célébrée à 19H00

mercredi 13 février 2013

Femen: la provoc de trop?

Les ‘Femen’ sont un groupe de femmes activistes, jeunes et plutôt bien faites de leur personne, qui protestent en manifestant à poil lorsqu’elles pensent mis en cause le droit des femmes. Le groupe est né en Ukraine, et vu de loin, au départ, elles étaient plutôt sympas, avec leur plastique parfaite et leur couronne de fleurs sur la tête. Et puis le groupe a essaimé en France, avec un discours gauchi, un comportement plus agressif, et un esthétisme moindre (ce qui n'est certes pas le sujet du MetaBlog, surtout en ce jour). Sans grand danger pour elles, car elles ne visent que des cibles faibles – attendant par exemple pour dénoncer le comportement de DSK que ses amis le lâchent. Du coup, les ‘Femen’ ont reçu l’accueil favorable de la classe médiatique, et sans doute quelques subventions indirectes.

Elles se sont livrées à quelques happenings, récemment encore en allant ‘au contact’ contre des manifestants de  Civitas. Drivées par Caroline Fourest, elles ont pu provoquer une petite échauffourée qui leur a permis de se poser en victimes de l’intégrisme (je dirais presque : du fascisme).

Ce succès leur a-t-il fait croire que tout était possible? Les ‘Femen’ sont passées à la vitesse supérieure hier à Notre-Dame, en venant fêter seins à l’air la démission de Benoit XVI. Pourquoi pas, au fond, quand le classe politique française soutient les ‘Pussy Riots’ russes condamnées pour avoir fait un truc équivalant à Moscou? Pourquoi pas, quand journaux, radios et télés ont jusqu’à maintenant voulu voir de l’humour dans leurs slogans les plus déplorables? Pourquoi pas aussi, quand en 2005, la plainte au pénal de Mgr Jacquin avait été ‘classée sans suite’. Recteur de Notre-Dame, il avait été frappé par des militants d’ActUp venus s’y livrer à une parodie de mariage.

Cependant, il semblerait que les ‘Femen’ se soient trompées de cible. Leur happening de mardi gras a fâché le Ministre de l’Intérieur, dont voici le communiqué intégral :
"Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, tient à faire part de sa consternation face aux agissements des neuf membres du groupe Femen qui se sont introduites, aujourd'hui, torse nu, dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

Ces agissements, commis au sein même d'un lieu de culte, sont contraires aux valeurs républicaines qui offrent – faut-il le rappeler -, à chacun, la possibilité de s'exprimer librement. Si la laïcité permet à chacun de croire ou de ne pas croire en toute liberté, la République entend, dans le même temps, garantir à tous les croyants de pouvoir pratiquer leur religion dans la dignité et le respect mutuel.

Manuel Valls condamne donc cette provocation inutile et témoigne de son soutien aux catholiques de France qui ont pu être offensés par ce geste grossier."
Les communiqués du Ministre répondent à un code très précis, et le chiffre ‘neuf’ qui est donné a un sens. Il indique que les pouvoirs publics ont choisi d’identifer les contrevenantes, et par la même de permettre des poursuites.

Autre protestation, celle du Maire Bertand Delanoë :
"C'est avec tristesse que j'apprends la provocation inopportune et déplacée à laquelle plusieurs militantes du groupe Femen se sont livrées à l'intérieur de Notre Dame. Je réprouve un acte qui caricature le beau combat pour l'égalité femmes-hommes et choque inutilement de nombreux croyants."
Au-dela de la peine symbolique qui ne manquera pas d'être prononcée à leur égard, les ‘Femen’ ont probablement perdu leur aura dans cette provocation de trop.

mardi 12 février 2013

Hélas...

Vatican Information Service annonce ce matin que "l'encyclique sur la foi, n'étant pas prête, ne sera pas publiée". Voilà une première grande perte. Nous avions eu Deus caritas, sur l'amour, nous avions eu Spe salvi, sur l'espérance. il manquait l'encyclique sur la foi. Mais elle était annoncée à l'occasion de l'année de la foi justement. L'une des raisons qui me faisait regretter cette renonciation d'hier, c'était cette encylique. Hier, un ami , journaliste religieux, me disait : "Mais qu'est-ce qui prouve que le pape ne va pas la publier avant de partir ?". Aujourd'hui l'annonce est faite : il nous faudra y renoncer. Quel dommage !

C'est autour de la foi que se noue le drame de l'Eglise, je veux dire l'hérésie du modernisme dénoncée prophétiquement par Pie X et aussi ses suites après Vatican II. Benoît XVI était depuis longtemps parfaitement conscient de cela. Voilà ce qu'il écrivait dans Le Ressuscité (1ère éd. 1985) : "La théologie moderne se trouve souvent en recherche d'une certitude scientifique, au sens des sciences naturelles ou empiriques, et à partir de ce point de départ, elle est conduite à réduire le message biblique aux dimensions de ce type de démonstration. Je pense que cette erreur au sujet de la certitude est au coeur de la crise moderniste, que l'on a vue ressurgir après le Concile".

Profondeur du constat : il s'agit d'un problème qui met en cause toute une épistémologie contre le rationalisme ordinaire. Comment situer la foi dans le savoir humain (question que je me pose dans Parier avec Pascal).

Clarté du diagnostic : la difficulté que nous avons aujourd'hui, nous chrétiens, à penser la foi, est liée à une crise moderniste qui ne s'est jamais vraiment résolue depuis le début du XXème siècle, car il ne suffit pas de condamner pour exorciser, il faut remplacer. L'Eglise n'a rien proposé face à la contestation modernistes, sinon son autorité. Les néo-thomistes, concurrents des modernistes comme le Père Laberthonnière, n'avaient pas grand chose à proposer sur ce point, comme en témoignent aujourd'hui les travaux bien insuffisants du Père Ambroise Gardeil, parfois plus modernistes [dans le donné révélé et la théologie par exemple] que ceux auxquels il est censé s'opposer. (Je signale à qui pourrait exploiter le filon que certaines oeuvres du Père Laberthonnière sont à la bibliothèque du Saulchoir à Paris, avec des commentaires manuscrits de Gardeil, pas vraiment en faveur du dominicain d'ailleurs !).

J'attendais - je l'avoue - beaucoup de ce texte annoncé, dont on disait qu'elle était "en relecture" ici et là et dont une première mouture a donc été achevée. Puissions-nous la connaître un jour, cette encyclique cachée,pour avancer dans la compréhension de la véritable crise de l'Eglise qui est une crise de la foi.

Benoît, pourquoi ?

Le secret de l'annonce avait été bien gardé. Même le Père Lombardi, responsable de la communication au Vatican, n'était pas au courant. Il a dû improviser une conférence de presse au dernier moment. Il est comme ça, Benoît XVI, c'est un intellectuel, il a ses coquetteries, il aime surprendre. Il veut prendre de court. Jusque dans sa démission, il aura eu l'initiative. Souvenez-vous le Motu proprio libéralisant la messe traditionnelle [désormais théoriquement, elle est en vente libre, en réalité enfermée dans quelques salles de shoot comme... le CSP à Paris], ce Motu proprio Summorum pontificum, ce fut un coup de tonnerre dans un ciel serein. Et la désexcommunication des quatre évêques : "il a fait ça"... Eh bien ! Cette fois c'est la même chose : il a osé ! Ce vieux Monsieur aime les coups d'audace.

Les libéraux de tout pelage se réjouissent : enfin un geste moderne de Benoît XVI. Avant lui le pape était le roi du monde. Maintenant il n'est plus que le préfet d'une forme particulière de christianisme que l'on appelle catholicisme. Bonne nouvelle ! Quant aux tradis, ils sont entre la colère - qui les fait abonder dans le sens des libéraux, pour un peu ils prendraient Benoît XVI pour un banal social-traître - et l'abattement. Je regardais l'excellent site Benoît et moi : rien. Sidération. Ce rien veut dire : comment a-t-il pu nous faire ça ?

"Quand un pape en vient à reconnaître, en toute clarté, que physiquement, psychiquement et spirituellement, il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors, il a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer" déclarait Benoît XVI à Peter Seewald dans Lumière du monde (éd. fr. 2010 p. 51). Nul doute que pour Benoît XVI, il ne s'agissait pas de faire valoir un droit mais de remplir un devoir de sa charge. - Quel devoir, direz-vous peut-être, agressif déjà. Celui de nous abandonner ?

Dans le bref texte latin qu'il a lu durant un petit consistoire convoqué officiellement pour la canonisation de trois saint et au cours duquel il a exprimé sa renonciation en latin, Benoît XVI propose trois pistes explicatives : les grands changements, les grands enjeux pour la vie de la foi et "l'administration" (il utilise ce terme et ce n'est pas un hasard). Le dernier est sans doute le plus sensible. Benoît XVI, contrairement à Jean-Paul II n'avait pas d'équipe sur laquelle il aurait pu se reposer. Son numéro 2 était notoirement défaillant. Il devait tout surveiller, chose impossible à son âge. Résultat : les fuites par son propre majordome. Résultat aussi sans doute : des négociations manquées avec la FSSPX.

Quant aux deux premiers points, ils n'en font qu'un : les changements et les enjeux. Benoît XVI, avec sa pénétration, était plus qu'un autre capable de faire entrer l'Eglise dans le XXIème siècle. Mais il s'en juge incapable à cause de l'ampleur de la tâche qui se profile. Ce siècle donne raison à Malraux... par antiphrase. Il s'annonce antispirituel - et religieux peut-être mais alors au sens le plus idéologique du terme. Avec Benoît XVI qui s'en va, c'est le dernier grand acteur vivant de Vatican II qui s'éloigne, c'est aussi sans doute le vrai concile, le concile vivant qui s'estompe, c'est l'optimisme de Vatican II qui semble définitivement démonétisé, comme un euro fort que l'on jugerait désormais inefficace et que l'on s'empresserait de quitter. Les utopies des années 70, qu'elles soient monétaires ou religieuses, apparaissent pour ce qu'elles sont dans ce siècle de fer où l'on parle procréation assistée et politiquement organisée et où l'on rêve d'une sexualité libre, enfin libre, totalement déchargée du fardeau de la procréation, où les sexes seraient devenus des genres et où les genres se déferaient et se referaient à volonté. Faire face ! Faire face aux Etats qui sont les premiers fonctionnaires de ce désordre mondialisé et qui sont impitoyablement "laïcs" parce que sans entrailles. Il faut un nouveau souffle dans cette Eglise, dont, selon le mot de Benoît XVI lui-même (à Malte) la foi apparaît de plus en plus comme "une contre-culture". Il faut un nouvel élan et il se dessine déjà dans les Journées Mondiales de la Jeunesse ou encore dans l'immense Manifestation pour tous. Mais il faut quelqu'un pour guider et pour représenter cet élan mondial de résistance au Pire, un pape jeune, sur lequel ne pèse pas le poids des fausses bonnes idées du passé.

Benoît a-t-il cela dans sa besace ? Je ne sais pas. Mais ce pape a décidé de nous surprendre. Après avoir été collaborateur d'un grand pape, pape lui-même, reste à ce qu'il devienne dans les prochains jours, faiseur de pape. Oh ! Il ne participera pas au conclave, son âge le lui interdit (la limite est à 80 ans). Mais il a ses réseaux, il peut, discrètement, comme il est toujours, faire courir une consigne. On peut se demander si cette décision, mûrement pesée pendant plusieurs mois comme nous l'apprend son frère prêtre Georg, le pape ne l'a pas prise pour produire un ultime coup "politique", capable de fonder ce que j'appellerais le "ratzinguérisme de l'avenir". Les faits répondront-ils à notre attente ? C'est évidemment Dieu qui décidera.

dimanche 10 février 2013

Ballon d'essai

Voici ce qu'on peut lire, en France et en février 2013, dans Le Monde, qui est le journal officieux de la classe politique:
"[...] Ainsi, l'Eglise catholique est aujourd'hui, en tout cas en France, le seul employeur qui affiche fièrement une discrimination homophobe à l'embauche - au mépris du droit. [...] L'Eglise catholique est-elle homophobe ? Ce sera aux tribunaux d'en juger, dès qu'un séminariste alsacien ou mosellan, écarté de la carrière ecclésiastique, aura porté plainte contre une telle discrimination dans l'emploi. Ce pourrait être l'occasion de contester une autre exclusion, tellement familière que la justice oublie de s'en soucier : les femmes sont interdites de sacerdoce. Peut-être le Vatican aura-t-il intérêt à moins se mêler de politique, s'il ne veut pas qu'en retour l'Etat se mêle davantage de ses affaires. [...]"
Bien sur ce n'est pas la position du Monde, ce n'est qu'un

samedi 9 février 2013

[video] L'abbé de Tanoüarn à La Procure

"Guillaume de Tanoüarn présente son livre Parier avec Pascal paru aux éditions du Cerf à la Procure. Le pari de Pascal est abordé comme un résumé à la fois abouti et allusif de toute la démarche de l’homme, du savant, du philosophe et du théologien sur la vérité de la religion chrétienne." [source]



vendredi 8 février 2013

Valaam

L'actualité étant un peu déprimante pour un catholique français, je vous propose une petite pause avec ce reportage sur Valaam, le monastère russe qui a notamment inspiré Pavel Lounguine pour son film «L'île». Voici donc le documentaire de François Lespes (l'abbé de Tanoüarn l'avait mentionné), à la fois personnel et sobre, qui nous fait entrer pour une petite heure dans l'atmosphère du monastère, sans tentation folklorique.

jeudi 7 février 2013

Jean-Christian Petitfils : ce que l'historien peut dire de Jésus

Alors que nous avons le grand honneur au Centre Saint Paul de recevoir Jean-Christian Petitfils le 12 février prochain, mardi, à 20 H 15, pour une conférence sur son Jésus, je publie sur ce blog l'entretien qu'il avait donné à Monde et Vie au moment de la sortie de son livre, livre dont il dédicacera la grande édition ou l'édition de poche ce 12 février.
Jean-Christian Petitfils, vous êtes un spécialiste incontesté de l’histoire de l’Ancien Régime. Concernant cette période, vous avez écrit aussi bien sur le dessous des cartes - sur l’Affaire des poisons, sur le Masque de fer ou sur le véritable d’Artagnan - que sur les rois qui ont illustré la France de ce temps-là, Louis XIV et Louis XVI en particulier. Vous le faites dans un style fluide, facile, mais en même temps en marquant une extrême attention aux personnes. On a l’impression que votre travail d’historien consiste à faire revivre des physionomies que le temps avait englouties, sans rentrer dans les méandres du psychisme, dont il est presque impossible de faire l’histoire, mais avec un désir de clarté, une recherche de l’évidence. On a l’impression que c’est ce besoin de clarté, ce goût de l’évidence, s’appuyant sur les faits et les documents incontestables, qui vous anime lorsque vous tentez de brosser ce portrait du Jésus de l’histoire. Quelle a été votre intention profonde en choisissant de vous attaquer aujourd’hui à un tel sujet ?
L’idée de ce livre m’est venue vers 1983-1984 à la lecture de deux ouvrages qui faisaient grand bruit à ce moment-là dans les milieux exégétiques, Le Christ hébreu de Claude Tresmontant et La naissance des évangiles synoptiques de l’abbé Jean Carmignac. La question était de savoir en quelle langue avaient été écrits les quatre Evangiles et si ces textes, plus anciens qu’on ne le croyait, étaient fiables historiquement. Puis sont venus les travaux non moins riches d’un grand exégète français, le père Philippe Rolland (L’origine et la date des évangiles). Sa contestation de la priorité de l’évangile de Marc m’a paru lumineuse. Même si je ne partageais pas toutes les hypothèses de ces chercheurs, il y avait bien là matière à réflexion.

A cela se sont ajoutés des livres « grand public », cherchant souvent le scandale. Je pense à l’ouvrage de Jacques Duquesne qui, à mon avis, a répandu sur Jésus des idées contestables. Et je ne parle pas, bien entendu, des fantaisies d’un Gérald Messadié ou d’un Dan Brown ! Pour toutes ces raisons, j’ai voulu écrire une nouvelle biographie, la plus documentée, la plus précise possible, montrant que le « Jésus de l’histoire » ne s’opposait nullement au « Christ de la foi ».
Comment expliqueriez-vous la spécificité de votre tentative dans cette biographie monumentale ? Un Jean-Claude Barreau s’était essayé déjà à une biographie du Christ. En quoi votre travail est-il différent ?
L’historien doit, à mon avis, utiliser tous les outils de sa science – analyse et confrontation des documents, replacés dans leur contexte, croisement des sources, utilisation des données archéologiques, etc. – mais rien que les outils de sa science. Il n’a pas à prendre parti sur des mystères qui lui échappent : guérisons, exorcismes, miracles, et a fortiori la Résurrection. Sur ces sujets, il doit rester ouvert au surnaturel. Dans sa biographie de Jésus, Jean-Claude Barreau, au contraire, est parti de présupposés historiquement contestables (les frères de Jésus, présentés comme une certitude historique…). Il pense qu’une partie des paroles prêtées à Jésus sont « des élaborations théologiques » des communautés postérieures. Or, compte tenu de ce qu’on sait aujourd’hui de la genèse des évangiles, ceci est loin d’être prouvé.
Les historiens avant vous ont souvent regardé saint Jean et son Evangile avec suspicion. Le pape Benoît XVI, dans son récent Jésus de Nazareth, a exploité en priorité les synoptiques, Matthieu surtout, puis Marc et Luc. Quant à vous, vous faites du Quatrième Evangile le fondement de votre documentation historique et de saint Jean l’architecte de votre récit. Vous le suivez de près dans son récit de la Passion, par exemple en situant Gethsémani avant la Cène, contre la coutume qui valorise les récits des autres évangélistes. Pourquoi? Qui était saint Jean en réalité?
Que le Saint-Père se soit appuyé sur les évangiles synoptiques pour donner ses deux magnifiques commentaires sur Jésus de Nazareth ne me heurte évidemment pas, puisqu’il s’agissait pour lui de faire une exégèse théologique, débordant la vieille exégèse historico-critique. Mais quand on veut reconstituer la vie publique de Jésus, c’est vers l’évangile de Jean qu’il faut se tourner. A la différence des auteurs des synoptiques, qui ne sont pas des témoins directs (même si l’évangile de Matthieu comporte probablement un noyau primitif écrit en araméen par Lévi dit Matthieu, l’un des Douze), Jean est un disciple de la première heure, un témoin oculaire. « C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité » (Jean 21, 24). Si l’on se rapporte à un texte du milieu du IIe siècle, le canon de Muratori, ce « nous » renvoie à un groupe de disciples et d’apôtres (dont André, frère de Simon-Pierre) qui a encouragé le « disciple bien-aimé » à écrire son évangile. Ce Jean, mort à Ephèse en 101 de notre ère, n’était pas l’un des Douze, Jean, fils de Zébédée, le pêcheur du lac de Génésareth, mais très vraisemblablement un disciple de Jérusalem, faisant partie du haut sacerdoce. Il était « prêtre », disait Polycrate, évêque d’Ephèse au IIe siècle, et avait porté le petalon, la lame d’or, insigne réservé aux membres des grandes familles sacerdotales. Son évangile montre d’ailleurs qu’il connaît mieux Jérusalem que la Galilée et les bords du lac. La chronologie de ce témoin, très versé dans la connaissance du judaïsme et d’une éblouissante spiritualité, est à préférer à celle des synoptiques qui ont ramassé en une année le ministère public de Jésus, lequel s’est étalé sur trois ans et demi environ, de 30 à 33.
Ernest Renan, au XIXe siècle, avait essayé de donner au public une vie de Jésus dans laquelle il ne prenait pas en compte les miracles du Galiléen. Une telle méthode demeure-t-elle possible ou crédible selon vous ?
Renan était prisonnier des illusions scientistes et positivistes de son temps : croyance dans le progrès indéfini, négation du surnaturel… « Si le miracle a quelque réalité, avouait-il, mon livre n’est qu’un tissu d’erreurs. » L’historien d’aujourd’hui n’a pas à partir de tels présupposés philosophiques. Il doit être rationnel, mais non rationaliste.
Votre propre démarche historique est beaucoup plus précautionneuse. Vous vous refusez par exemple à faire de la multiplication des pains un pique-nique tiré du sac. Comment faites-vous rentrer les miracles du Christ dans le domaine d’investigation de l’historien ?
Il est impossible à l’historien de « prouver » un miracle. Cela relève de la foi. Cependant, il peut observer que les premières communautés chrétiennes ont attaché une telle importance à ce miracle qu’elles l’ont reproduit à six reprises dans les quatre évangiles. Ce serait beaucoup pour un banal partage de casse-croûte!
Sans avoir l’air d’y toucher, par les précisions historiques que vous apportez, vous renouvelez parfois la compréhension de tel ou tel épisode de l’Evangile. Pouvez-vous donner un ou deux exemples de ce qu’apporte à la compréhension du message du Christ une parfaite connaissance du cadre spatio-temporel dans lequel se déroule l’histoire de Jésus?
Quand Jésus dit à la foule : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive ! », on se situe au dernier jour de la fête des Tentes (Soukkot) de l’an 32. Or, c’est précisément le jour où une procession de prêtres va chercher l’eau à la piscine de Siloé, pour l’apporter au Temple dans une carafe d’or. Quand il dit quelques heures plus tard : « Moi, je suis la lumière du monde », la fête s’achève par le rite vespéral des lumières. Dans le Temple, le peuple chante et danse devant les quatre chandeliers qu’on vient d’allumer, un flambeau à la main… Preuve que les paroles de Jésus, situées dans un contexte historique bien défini, n’ont pas été inventées.
Dans votre recherche de documents historiques à partir desquels vous reconstituez la vie de Jésus, vous n’excluez pas le Suaire de Turin ni d’autres reliques de la Passion. Qu’apportent-elles à la compréhension des faits qui entourent la mort de Jésus?
Depuis la fameuse datation au carbone 14 du linceul de Turin en 1988, de nouvelles découvertes scientifiques ont été faites. Elles vont toutes dans le même sens, celui de l’authenticité. On a même établi que les taches de sang figurant sur les trois grandes reliques de la Passion pouvaient se superposer : le linceul de Turin, le suaire d’Oviedo (linge qui aurait été mis sur le visage de Jésus à sa mort) et la tunique d’Argenteuil qu’il aurait portée sur le chemin de croix. Le groupe sanguin est le même, un groupe rare : AB. Or, ces reliques, qu’on a tout lieu désormais de tenir pour authentiques, éclairent de façon fascinante le déroulement de la Passion : le chemin de croix, le crucifiement, la descente de croix et la mise au tombeau.
Vous traitez des Evangiles de l’Enfance du Christ dans l’épilogue de votre biographie. L’historien, selon vous, peut-il vérifier quelque chose de ces récits ou bien est-ce la foi pure qui les reçoit ?
L’historien ne peut naturellement se prononcer sur la naissance virginale de Jésus, mais il notera quelques faits, notamment celui-ci : on a longtemps considéré que le vœu de virginité prononcé par Marie, tel qu’il découle de l’évangile de Luc, était incompatible avec la mentalité juive, cantonnant la femme dans son rôle procréateur. Or, on a découvert dans les manuscrits de la mer Morte un texte mentionnant ces vœux de continence pour des raisons d’oblation religieuse, même à l’intérieur du mariage : « Si une femme mariée prononce un tel vœu sans que son mari le sache, il peut déclarer ce vœu nul. Si toutefois il est d’accord avec une telle mesure, les deux sont dans l’obligation de le garder. » Cela permet de comprendre la surprise de Marie, vierge consacrée, à l’annonce de l’ange Gabriel, et celle de Joseph, héritier du clan davidique, qui avait songé à la répudier en secret. C’est encore un exemple montrant que l’Histoire peut éclairer la Foi.

Propos recueillis par Joël Prieur

Un travail sans équivalent
Tout le monde connaît la Vie de Jésus publiée par Ernest Renan en 1863 et qui fut un des best-sellers du XIXème siècle. Nous n’avions rien d’équivalent et de plus récent à nous mettre sous la dent, parce que les Evangiles, malgré leur simplicité, sont devenus une sorte de champ clos pour lequel s’affrontent des spécialistes pointilleux et pointillistes, qui savent tout sur une phrase (on dit : une péricope) du Christ, mais qui sont incapables d’un travail d’ensemble. Du coup, ces Augures allaient répétant qu’il est aujourd’hui impossible d’écrire une Vie de Jésus. Impossible ? Jean-Christian Petitfils n’a pas cherché à faire un long et fastidieux discours de la méthode biblique pour savoir si c’était possible ou impossible. Il a voulu prouver le mouvement en marchant. Cette Vie de Jésus, alimentée aux meilleurs travaux des spécialistes contemporains, il la propose aujourd’hui. Elle est en librairie. Il ne s’agit pas d’un essai personnel, comme avait pu l’être la Biographie de Jésus, réalisée il y a dix ans par Jean-Claude Barreau. Jean-Christian Petitfils affronte tous les problèmes, depuis l’historicité des Evangiles de l’Enfance du Christ jusqu’à la chronologie de la Passion. Il a tout lu. Il n’avance rien qui ne soit soigneusement référencé. Le résultat est étonnant. On le lit en se demandant : et si le Jésus de l’histoire ne menait pas tout simplement au Christ de la foi ? Une pareille synthèse est aujourd’hui sans équivalent. Et le style extrêmement fluide de Jean-Christian Petitfils rend cet ouvrage abordable par tous. Si Jésus n’est pour vous qu’un nom, associé à de vagues citations, le livre de Petitfils lui donne un visage dont il n’est pas facile de détourner les yeux.

lundi 4 février 2013

De la Syrie à l'IBP...

Je sais ce titre est sans doute un peu ronflant. Mais enfin l'analogie (ce mode de pensée qui fonctionne non pas à partir de l'identité mais de la ressemblance) autorise de soi toutes les comparaisons, même celles qui vont du fini à l'Infini. Alors, allons-y !

Dans le magnifique colloque de samedi, que nous ont offert des participants souvent très en verve (je n'ai pas participé comme intervenant, je peux donc en parler ainsi), les réflexions des uns et des autres sur la Syrie (en particulier les réflexions de John Laughland et de Henri Malfilâtre) ont permis de dresser un tableau assez sombre des relations internationales.  Au fond il y a deux internationales qui tiennent, l'Internationale du Marché, dont les Etats unis constituent le bras armé et l'Internationale spiritualiste de la Oumma, dont les sunnites restent nostalgiques. Ces deux Internationales se retournent de manière systématique contre les nation, chacune à son propre profit. Quant aux nations, il devient nécessaire de distinguer clairement les Etats, qui sont à défendre à tout prix, parce qu'ils organisent la vie collective, et les dictateurs ou les guérilleros, qui n'ont rien de recommandable, sinon leur rôle accidentel de faiseurs de paix (parfois au prix du sang). La question n'est pas de soutenir les dictateurs ou de défendre les djihadistes, mais de favoriser les Etats-nations - fonctionnaires de la société - contre le vertige nihiliste de la globalisation ; il importe de lutter pour la prospérité (même relative) que ces Etats instaurent, pour l'ordre qu'ils conservent en permettant à la société bon an mal an de fonctionner ; c'est ainsi que 'on peut constater un véritable développement dans ces pays - lequel a souvent été obtenu de haute lutte et malgré toutes sortes d'ambiguïtés. En Syrie, la guérilla, de plus en plus tenue par les djihadistes, détruit les infrastructures de manières systématique, pour favoriser un grand bond... en arrière, un retour à la sauvagerie ! Cette politique - qui est celle de tous ceux qui, objectivement soutiennent sans réserve la Coalition - est in-humaine expliqué Mère Mariam... (voir déjà son Entretien dans Monde et Vie, publié sur ce blog).

Je crois que, mutatis mutandis, le problème de l'IBP ressemble - entre clercs - au drame syrien. Il y a un combat des chefs, qui semble inexpiable et qui aboutira à détruire l'infrastructure ecclésiale de l'IBP si Rome n'intervient pas rapidement. Après avoir prévenu plusieurs fois en interne, j'ai personnellement averti, en particulier en décembre 2011, le cardinal Ricard dans un long entretien. Ce qu'il faut aujourd'hui c'est protéger tous ceux qui travaillent à la Vigne du Seigneur dans les rangs de l'IBP, où que ce soit, en établissant clairement une charte de nos convictions ecclésiales, pour couper court au désordre mental et donc doctrinal, qui a été le détonateur du problème... Et pour cela défendre la société dont nous faisons partie, et non pas tel ou tel parti dans cette société. La majorité des prêtres de l'Institut n'est pas impliqué dans le conflit de personnes psychodramatique, dont on a vu encore samedi un épisode désagréable, dont hélas, le net retentit. Mais si on laisse la situation pourrir davantage, elle deviendra irrattrapable... Est-ce ce que l'on cherche ?

samedi 2 février 2013

[Semetipsum] Quelques nouvelles de l’abbé Berche et remerciements de Barbara sa maman.

Semetipsum nous écrit:
Accompagné par Marie-Odile et Fabrice, une famille de la chapelle Notre Dame de Grâces de Tournan en Brie (Chapelle desservie par M. l’abbé Vincent Baumann de l’IBP), l’abbé Alexandre Berche a pu se rendre en pèlerinage à Lourdes du 29 novembre 2012 au 4 décembre 2012.

Une quête fut organisée à la Chapelle pour participer au financement de cette «expédition», car c’en était une, qui figura parmi les intentions de prière des «paroissiens».

A la suite de ce pèlerinage, la maman de l’abbé Alexandre Berche me demande de remercier tous les paroissiens de la chapelle et tout ceux qui s’y sont associés, pour leur générosité, leur compassion et leurs prières pour Alexandre auxquelles, elle et lui, ont été et sont toujours très sensibles.

Elle pense que le premier de miracle est qu’Alexandre soit encore en vie après son accident et qu’il ne faudrait pas qu’il soit trop déçu de ce pèlerinage, sans miracle apparent.

Elle vous remercie donc du fond du cœur pour toutes les prières et la gentillesse vis-à-vis de son fils.

Pour ma part, je ne crois pas qu’Alexandre puisse être déçu par la Sainte Vierge qui l’a protégé lors de son accident mais il faut Lui demander de l’aider à garder le courage de supporter et d’accepter sa condition actuelle et de travailler à son rétablissement futur.

Les progrès sont lents mais cependant bien visibles.

vendredi 1 février 2013

Suisse: Calvinistes oui / Lefebvristes non

Charles Morerod est Dominicain, il a participé aux discussions doctrinales entre la FSSPX et Rome. Il a depuis été nommé évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Il vient de publier des normes d’admission aux lieux de cultes, au nom des «évêques et abbés territoriaux de Suisse». Après avoir rappelé le droit de l’Eglise (point n°1), il énonce que les «autres Eglises chrétiennes et communautés ecclésiales» pourront accéder aux lieux de culte catholiques «pour des raisons de nécessité pastorale» (point n°2). Par contre les «religions non chrétiennes» obtiendraient «une réponse négative» - c’est le point n°4.

Entre les points n°2 et n°4, il y a le point n°3 et c’est là que le bât blesse. Il traite de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X dont il rappelle l’absence de «position canonique», ainsi que de «ministères légitimes» pour ses membres. Dès lors, on pourrait imaginer que cette Fraternité soit traitée comme une autre communauté ecclesiale, voir comme une autre Église chrétienne – et que ses prêtres bénéficient du point n°2. Tel n’est pas le cas, ils sont interdits de «tout service sacerdotal» dans les églises et chapelles suisses.

En gros, Mgr Morerod opère une hiérarchie parmi ceux qui ne sont pas en communion avec Rome. Les traditionalistes de la FSSPX viennent après les autres communautés (luthériens, orthodoxes, anglicans, vieux-catholiques, calvinistes) et n'ont pas droit à la même mansuétude. Il s'agit de les traiter non pas comme des frères séparés, mais comme les non-chrétiens.

La main tendue par Benoit XVI est une chose. Sur le terrain, cette volonté d’accueil apparaît parfois moins clairement.