mercredi 27 mars 2013

La semaine Sainte au Centre Saint-Paul

Voici les horaires des offices de la semaine Sainte :

Dimanche 24 mars : Dimanche des Rameaux
Messes aux heures habituelles : 09h00, 10h00, 11h00 (Grand’Messe), 12h30, 19h00
Attention ! Pas de vêpres, ni de Salut
18h00 : Prédication de Carême (abbé V. Baumann) : « Les trois vertus théologales. L’arme secrète du chrétien selon St Paul »

Lundi 25 mars : Lundi Saint
09h00 – 12h00 : Permanence de l’abbé G. de Tanoüarn
17h00-19h00 : Adoration du St-Sacrement
Attention ! Pas de cours de l’abbé G. de Tanoüarn

Mardi 26 mars : Mardi Saint
17h00-19h00 : Permanence de l’abbé V. Baumann
20h00 : Conférence du mardi : « L’héritage théologique et spirituel de Benoît XVI », par l’abbé Eric Iborra

Mercredi 27 mars : Mercredi Saint
19h45 : Adoration du St-Sacrement, suivie du Rosaire à partir de 20h45

Jeudi 28 mars : Jeudi Saint
Pas de messe à 08h00 et 12h30 !
Confessions : 09h00-10h00 ; 16h00- 19h00 ; et pendant l’adoration du soir
10h00 : Office des Ténèbres
19h00 : Messe vespérale, suivie de l’adoration du St Sacrement au reposoir jusqu’à Minuit

Vendredi 29 mars : Vendredi Saint
Confessions : 9h30-13h ; 16h30-19h
10h00 : Office des Ténèbres
15h00 : Chemin de la Croix
19h00 : Office de la Passion

Samedi 30 mars : Samedi Saint
Confessions : 14h00-18h00
10h00 : Office des Ténèbres
21h30 : Veillée pascale, suivie d’un réveillon

Dimanche 31 mars : Solennité de la Résurrection de NSJC
Attention ! Pas de messe à 09h00
Messes à 10h00, 11h00 (Grand’Messe), 12h30, 19h00
18h00 : Vêpres et Salut du St-Sacrement

On recherche 12 hommes pour le lavement des pieds du Jeudi Saint - envoyez un message à l’adresse centre_saint_paul@yahoo.fr ou appelez le 07 62 07 26 41 - Merci !

lundi 25 mars 2013

Premier bilan de nos campagnes

Merci d'abord à tous les lecteurs de ce Blog qui se sont rendus aux Premières assises de la Résistance chrétienne, merci à cette foule réactive, empathique, motivée... chrétienne ! Mes excuses aux quelques personnes que nous avons dû refuser, consignes de sécurité oblige. Merci aux intervenants (parmi lesquels au dernier moment Béatrice Bourge). Leurs interventions, noblement chrétiennes et non partisanes, nous les reprendront j'espère, dans un petit livre à paraître au mois de juin : Résistance chrétienne.

Quel était le but de ces Assises ? Essayer de penser ce qui allait se passer le lendemain Avenue de la Grande Armée et aussi sur les Champs-Elysées. J'entends l'un d'entre vous me dire : - Dans le feu de l'action, on ne pense pas, monsieur, on crie... Et je répondrais, Brel ou pas Brel : - Encore faut-il tenter de comprendre pourquoi on crie.

Gabrielle Cluzel a évoqué la détermination de cette "France bien élevée", qui a un moteur diésel : un peu long à chauffer, mais increvable. Cette France - cette "âme de la France" comme disait hier à chaud Mgr Aillet sur Radio Notre Dame - elle est increvable, parce que motivée, puisant ses motivations au plus profond de sa tradition et de sa fidélité au "droit naturel et chrétien". Mais elle est foncièrement légitimiste aussi, foncièrement loyaliste. Qu'un gouvernement ait réussi à se mettre à dos la France des JMJ (c'est de cela qu'il s'agit et pas d'une mythique Extrême droite), c'est un voyant qui s'allume rouge sur le tableau de bord politique de notre pays. Quand on y réfléchit, il faut remonter à 1905-1906, à la loi sur les Inventaires pour retrouver un moment où les catholiques aient prêché la résistance à l'autorité. Il y a là un signe d'un changement profond dans les relations non seulement entre l'Eglise et l'Etat (ça c'est pas grave, entre institutions on s'arrange toujours, il y a toujours des compromis historiques possibles) ; la vraie déchirure est entre l'Etat, entre les élites appointées par l'Etat et l'âme objectivement chrétienne de la France, cette âme bien plus prégnante en ce Pays que ne l'imaginent les "spécialistes scientifiques", distraits par les chiffres alarmants de la courbe des pratiquants. La France, c'est une âme ou ce n'est rien. La France est le seul pays où l'on prend feu et flamme sur des symboles. Il y a eu l'Affaire Dreyfus. Il y aura la question du mariage homosexuel, comme une écharde dans la chair de M. Hollande, qui devra se souvenir durant tout son quinquennat de ce slogan imaginé par de jeunes manifestants en verve : Hollande sers les fesses, on arrive.

Le sitting Avenue de la Grande armée était bien mieux organisé que les projections sur grand écran qui ont eu lieu au Champ de Mars le 13 janvier. Moins de "musique" facile. Moins de prises de parole facile (j'ai dit : "moins"). Moins de bisounourseries. Quelques discours flamboyants (celui d'Henri Guaino, celui d'Hervé Mariton). Quelques témoignages magnifiques (la jeune Coréenne adoptée). Un million quatre cent milles personnes réceptives. Sans haine, mais avec le feu au coeur. De quoi être ou redevenir fiers d'être Français. Une telle foule, une telle qualité de foule, c'est unique au monde. Quant à la "prise" temporaire des Champs Elysées qui a suivi, c'est la réponse du berger à la bergère, c'est la marque d'une fierté chrétienne outragée par un personnel politique haineux et dont M. Mariton, désignant nommément Manuel Valls, a pointé "la morgue".

Béatrice Bourge avait bien raison, samedi soir, de nous rappeler que le mariage homosexuel n'est que le premier acte d'un "plan diabolique" (dixit le pape François) pour déshumaniser la France (et le monde). Elle parlait plus précisément d'un "effet domino". Le fait est qu'il faut tout faire pour... gagner du temps. Le plan de nos élites, c'est de faire passer la loi en juin pour passer en septembre à la GPA et à la libre utilisation des cellules de l'embryon humain... La résistance chrétienne ne fait que commencer. Nous sommes "le peuple de la vie" disait Jean-Paul II. Soyons fiers de rendre ce témoignage, face à ce que l'Epître aux Hébreux appelle "l'Empire de la mort".

dimanche 24 mars 2013

Esprit (de saint François) d’Assise

Le pape François a déclaré vouloir dialoguer avec l'islam. Avec les autres religions aussi, mais enfin, il dit penser «surtout au dialogue avec l'islam». Pourquoi? J’ose quatre  explications.

# D’abord c’est là que la confrontation fait mal. En gros, là où l’islam et la chrétienté se rencontrent, ça clashe ou ça a clashé. Et donc, c’est là qu’il faut travailler. On a beau dire, mais en 2013 il y a moins de problème avec les shintos et les bahais.

# Ensuite parce que l’islam est la plus grande religion –  après le christianisme. D’où peut-être la priorité qui lui est donnée. Pour le jaïnisme on verra après.

# Ensuite encore parce que l’islam offre une certaine ouverture au dialogue. Les musulmans ont presqu’unanimement l’envie de partager leur foi avec les autres humains. Ce n’est pas le cas des juifs ou des animistes d’Amazonie, qui peuvent exposer leur foi mais n’entendent pas que vous y adhériez.

# Enfin surtout parce que François a choisit son nom en honneur du moine d’Assise, dont on connait l’amour de la nature, la pauvreté, etc. On a un peu moins présent à l’esprit qu’il se rendit, en pleine croisade, auprès du sultan el-Kamil, neveu de Saladin, et qu'il lui a parlé 'cash'. J’emprunte à un site libanais le récit de cette rencontre :
«El-Kamil était un chef de guerre, un homme politique et un fin diplomate. Quand tous les dignitaires, conseillers ou théologiens eurent pris place de chaque côté du prince, on amena François et Illuminé. Les bures rapiécées et décolorées des deux frères contrastaient avec le luxe oriental de cette salle d'audience. S'adressant alors aux deux inconnus, le sultan leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir. Avec une belle assurance François lui répondit qu'il avait été envoyé d'au-delà des mers, non par un homme, mais par le Dieu très haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l'évangile. Il se mit tout simplement à prêcher au sultan Dieu-Trinité et Jésus, sauveur du monde. Ce n'était pas un théologien qui défendait une thèse, ni un prédicateur qui exhortait une foule. C'était un poète, un troubadour en proie à la plus sublime inspiration. Avec des mots simples de tous les jours, il disait l'amour éternel de Dieu, il recréait l'univers avec sa lumière, ses couleurs, sa vie et son mystère.»

Demain, la résistance chrétienne

Jusqu’où un chrétien peut aller dans la Résistance à l’Injustice, à la transgression publique?

L’apôtre Pierre est formel : le chrétien doit être « soumis à toute autorité à cause du Seigneur » (I Pierre, 2, 13), quel que soit le parti, la religion, la couleur, les nuances ou l’absence de nuances dont fait preuve cette autorité. Voilà qui devrait nous mettre très loin de la résistance. « Tout pouvoir vient de Dieu, si bien que celui qui se rebelle contre l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu » renchérit saint Paul dans l’Epître aux Romains (Rom. 13, 1).

Mais l’un et l’autre, Pierre comme Paul, restent soumis à cet impératif, formulé dans les Actes des apôtres par Pierre justement : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes ».(Ac. 4, 19 et 5, 29). Le christianisme n’est pas un communautarisme. Il n’est pas une Loi, comme saint Paul nous l’a appris, interprétant l’Evangile du Christ. Les chrétiens doivent donc être soumis à l’autorité légitime, quelle que soit sa profession religieuse ou sa neutralité religieuse.

Mais en même temps, parfois, le chrétien peut et il doit désobéir, lorsque ce que recommandent les hommes est formellement en opposition avec ce que Dieu commande. La loi est la même pour tous et, que les hmmes le reconnaissent ou qu’ils ne le reconnaissent pas, elle vient de Dieu, qui « fait briller son soleil sur les méchants comme sur les bons ». Lorsque l’autorité politique promulgue cette loi éternelle, cette loi naturelle, en en faisant une loi humaine, le chrétien a le devoir d’obéir au Législateur quel qu’il soit, car « l’autorité est un instrument de Dieu pour te conduire au Bien » comme l’explique saint Paul (Rom. 13, 5). On comprend pourquoi il écrit à Timothée : « Je demande en tout premier lieu que l’on fasse des supplications, prières, intercessions, actions de grâce pour tous les hommes, pour les rois et les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et tranquille, en toute piété et religieuse dignité » (I Tim. 2, 1-2). Dans une perspective chrétienne, l’autorité politique, tout comme la loi humaine, n’est pas une fin, mais un moyen au service de la dignité des personnes, qui doivent pouvoir mener une vie de piété. Le grand juriste qu’était Tertullien revient de façon technique sur cette question : « Il ne suffit pas que la loi se rende à elle-même le témoignage intérieur de son équité. Il faut qu’elle la fasse connaître à ceux dont elle exige l’obéissance. Elle devient suspecte quand elle repousse l’examen. Elle est tyrannique, quand elle commande une soumission aveugle » (Apol. 4). Les chrétiens ont toujours souffert de l’absolutisme des lois humaines. Le même Tertullien souligne que, d’après la loi impériale, le chrétien n’a Demain, la résistance chrétienne même pas le droit d’exister. Peut-on admettre sans examen la loi qui vous interdit d’être ? Les chrétiens, à côté de la manière dont ils apparaissent soumis à l’autorité, ont une longue tradition d’examen des lois.

La loi républicaine supporte-t-elle l’examen ? En soi non. Une fois votée, elle s’affirme au dessus de toute critique. Alors que l’observation de la loi devrait être le moyen d’une vie digne, l’obéissance à la loi républicaine est représentée comme une fin en elle-même. Comme le stipule l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’homme de 1793, « la loi ne peut ordonner que ce qui est juste et utile à la société ». Si l’on reprend les catégories de Tertullien, , repoussant tout examen, cette loi républicaine est suspecte et exigeant une soumission aveugle, elle est tyrannique.

Suspecte, et, pour lors, plus que suspecte. Voici ce qu’en dit Mgr Rey, l’évêque de Toulon, bien connu : “Tout est mis en oeuvre avec la complicité des médias et des lobbies, pour faire émerger une humanité nouvelle qui déconstruit la famille dite « traditionnelle » (Bulletin diocésain octobre 2012). Une humanité nouvelle qui a perdu le sens de la vie comme don, comme cadeau, comme miracle quotidien. Une humanité qui refuse de considérer que la vie est indisponible et qui impose la gratuité pour tous les avortements. Signe monstrueux : cette loi sera promulguée le 31 mars prochain. Et ce 31 mars, c’est le dimanche de Pâques, la fête de la vie, la fête du Ressuscité, vainqueur de la mort. Rendre l’avortement gratuit pour toutes le jour de la fête de Pâques, si ce n’est pas le signe de ralliement de ce que Jean-Paul II appelait « une immense conspiration contre la vie » (Evangelium vitae n°13, 17 et 18), alors, je ne sais pas ce que c’est. Même les personnes qui par extraordinaire seraient favorables à cette loi pour des raisons dites humanitaires ne peuvent pas ne pas voir que ce symbole, retenu par les artisans de cette loi inique, est un symbole théologique. Je veux dire : théologique à l’envers. Utiliser la fête de la Résurrection pour rendre gratuites les atteintes volontaires à la vie déjà conçue, c’est satanique. Le pape François a employé ce terme dans sa récente Lettre au Carmélites de Buenos Aires : « un plan satanique contre la vie ». Combien Jean- Paul II avait raison de dire de l’Eglise, au delà des limites étroitement confessionnelles ou dogmatiques : « C’est le peuple de la vie et pour la vie ». L’Eglise de Dieu c’est le peuple de tous ceux pour lesquels la vie est sacrée. Ceux qui croient en la vie, à un moment ou à un autre, croient en l’amour qui donne sens à la vie, et ils croient au Dieu d’amour qui EST et qui DONNE la vie.

Abbé Guillaume de Tanoüarn - paru dans 'SAINT PAUL PAR LETTRE'  N°35

vendredi 22 mars 2013

Résistance chrétienne : un invité surprise

Vous avez dû recevoir de différentes manières le programme de nos Assises de la Résistance chrétienne. Je voudrais dire que Mère Agnès Mariam de la Croix, autour de laquelle nous avions organisé un après midi le 2 février dernier, se trouve exceptionnellement en France. Elle a réussi à se libérer demain soir pour être parmi nous. Pour ceux qui l'ont manqué ou pour ceux qui veulent la réentendre, c'est une raison de plus, une raison parmi quinze (autant que d'intervenants) de participer à ces Assises exceptionnelles.

J'en rappelle le programme :
Samedi 23 mars de 19h30 à 22h30
Forum de Grenelle, Paris XVème
Face à une société fière de se dire post-chrétienne, nous voulons affirmer la valeur imprescriptible de la civilisation chrétienne, civilisation de l’amour fondée sur une foi intrépide, sur le sens du service, de la responsabilité personnelle et de l’entreprise, sur la famille comme institution et pas comme option… Aujourd’hui les problèmes politiques sont tellement radicaux qu’ils deviennent des problèmes spirituels. Nous touchons à la vérité elle-même, foi athée contre foi chrétienne.

Programme :
19H30-20H30 : Résister à quoi, comment, jusqu’où ?
L’offensive contre la civilisation est internationale, par Jeanne Smits
Pourquoi la démocratie chrétienne ne fonctionne plus nulle part, par Guillaume de Thieulloy
Jusqu’où peut aller un chrétien, par l’Abbé G. de Tanoüarn
Le réveil de la France bien élevée, par Gabrielle Cluzel
20H30 – 21h00 : Le pape au cœur de la résistance mondiale.
Laurent Dandrieu, Christophe Mahieu et Philippe Maxence
21h00 – 21h15 : Pause
21H15 –22 H30 : Les moyens de la Résistance
La presse libre : Bruno Larebière, communicant
Internet : Les prodiges de la Toile avec Michel Janva (Salon beige), Daniel Hamiche (Riposte catholique) et Eric Martin (Nouvelles de France).
Le droit : Un combat, Bernard Antony, président de l’AGRIF
La guerre est culturelle, Guillaume Bernard, politologue
Comment le combat est « politique d’abord », Catherine Rouvier, politologue
22h30 : Buffet, ventes, dédicaces.
Forum de Grenelle
5 rue de la Croix-Nivert
75015 PARIS
Métro Cambronne
Bus 80

Intégristes

A propos de cette thématique intégriste, de la phrase d’André Frossard que j'ai citée ("Un intégriste est un homme qui veut faire la volonté de Dieu que Dieu le veuille ou pas") et de la distinction qu'introduit le webmestre en soulignant que beaucoup d'intégristes ne sont pas traditionalistes, j'ai pu constater que beaucoup parmi vous réagissent. Attention ! Le terme intégrisme a une déjà longue histoire.

On a commencé à parler d'intégristes (ou plutôt de catholiques intégraux) sous saint Pie X au début du XXème siècle. Immédiatement après la guerre le cardinal Suhard archevêque de Paris reprend l'appellation dans Essor et déclin de l'Eglise, un document qui comporte dix pages sur le danger intégriste et deux sur le danger moderniste. Magnifique clairvoyance ! En outre, dans la deuxième édition de Vraie et fausse réforme dans l'Eglise, le Père Congar consacre à ce sujet un long appendice, qui dénote, de la part de ce bon historien, une tendance à l'idéologisation diabolisante, puisqu'il commence en disant : "Un intégriste est un catholique de droite...".

Aujourd'hui, le terme s'est universalisé: on parle aussi bien d'intégristes musulmans que d'intégristes laïcs. L'intégrisme renvoie moins à un contenu (religieux par exemple) qu'à une manière de tenir telle ou telle conviction, telle ou telle religion telle ou telle idéologie. C'est ainsi qu'il y a -avec notre ministre Peillon le nostalgique- des intégristes de la laïcité, des francs-maçons intégristes etc. Qu'est-ce que l'intégriste ? Un personnage doué d'un profil psychologique particulier (il y en a chez les tradis comme partout), qui a tendance à réduire le monde à ses catégories mentales. Bref un idéaliste forcené (et pas seulement un doux rêveur) qui confond son idée avec le réel.

Je signale que nous avons consacré deux numéros de Certitudes à cette question : l'un, Les intégrismes sont ils différents et l'autre sur L'intégrisme laïc. Il y a des mots qui sont des armes par destination. Il faut les déminer !

mercredi 20 mars 2013

F. Mounier: "une partie des catholiques s’étaient fort bien accommodés du goût de Benoît XVI"


Frédéric Mounier voit deux défis pour François : gérer le reflux de sympathie médiatique au premier rappel doctrinal («beaucoup risquent de trouver ce pape ‘pas si cool que ça’») d’une part. Et de l’autre: prendre en compte qu'«…une partie des catholiques s’étaient fort bien accommodés du goût de Benoît XVI pour les mots, les objets et les liturgies d’autrefois… Ceux-là risquent de se sentir orphelins». -- Il est notable que, journaliste à La Croix, Frédéric Mounier se penche sans acrimonie sur ces catholiques «fort bien accommodés du goût de Benoît XVI», dont tous ne sont pas traditionalistes. Sachant que par ailleurs tous les traditionalistes ne sont pas intégristes, et aussi –comme nous le rappelle Maye en commentaire- que «les intégristes ne sont pas tous traditionalistes, tant s'en faut».

mardi 19 mars 2013

Un pape antimondain

"Pour vous, quelle est la pire des choses qui puisse arriver à l'Eglise ? - C'est ce que De Lubac appelle la mondanité spirituelle, c'est se mettre au centre". Voilà comment le cardinal Bergoglio parlait pour le journal Trente Jours en 2007. En 2013, il revient à ce thème de "la mondanité" dès la première messe qu'il célèbre en tant que pape François : "Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon". Que veut nous dire ce pape antimondain ? Qu'entend-il par mondanité ? Il me semble que l'homélie de sa messe d'intronisation sur Joseph le gardien, est aussi, à sa manière une homélie antimondaine : Joseph garde notre foi. Il garde l'Eglise du monde. Il garde la création de Dieu dans sa beauté native. Je dirais : quel conservateur, ce Joseph bergoglien!

J'ai retrouvé le texte du Cardinal de Lubac auquel il fait allusion. Ce sont les dernières pages de ses Méditations sur l'Eglise. Il s'agit en fait (comme souvent chez Lubac) d'une citation de Dom Vonnier. On y retrouve ensuite quelques lignes citées dans l'Entretien de Trent Giorni en 2007, qui sont du jésuite Auguste Valensin. C'est bien le texte (guère lubacien en réalité) qui a inspiré notre pape.

Le voici :
"Le plus grand péril pour l'Eglise, la tentation la plus perfide, c'est ce que Dom Vonnier appelait "la mondanité spirituelle". Nous entendons par là, disait-il, "ce qui pratiquement se présente comme un détachement de l'autre mondanité, mais dont l'idéal moral, voire spirituel, serait au lieu de la gloire du Seigneur, l'homme et son perfectionnement. Une attitude radicalement anthropocentrique, voilà la mondanité de l'esprit. Elle deviendrait irrémissible dans le cas -supposons-le possible- d'un homme rempli de toutes les perfections spirituelles mais ne les rapportant pas à Dieu" [fin de la citation de Dom Vonnier dans Méditations sur l'Eglise p. 327].
On devine que le futur pape a beaucoup médité sur cette double mondanité, celle qui provient de la superficialité et du désir d'être conforme au siècle [ce n'est pas d'elle que nous parle Dom Vonnier] et celle qui s'établit à travers l'anthropocentrisme spirituel, quand on oublie d'être simplement au service de Dieu et qu'on identifie à son Moi la cause de Dieu. Dans l'entretien de 30 Giorni, le pape disait que c'était le défaut de Jonas. Il me revient d'avoir cité André Frossard dans mon Jonas ou le désir absent (éd. Via romana). Il disait "Un intégriste est un homme qui veut faire la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou pas". Intégriste, idéologue, tout cela c'est un peu la même chose. La "mondanité spirituelle" serait le propre de celui qui préfère ses conceptions du christianisme à la grâce de Dieu travaillant dans les cœurs.

Là dessus Lubac continue de son propre chef : "Si cette mondanité spirituelle devait envahir l'Eglise et travailler à la corrompre en s'attaquant à son principe même, elle serait infiniment plus désastreuse que toute mondanité simplement morale". Et voici le passage cité sans référence par le pape dans 30 Giorni : "Pire même que cette lèpre infâme qui a certains moments de l'histoire défigura si cruellement le visage de l'Epouse bien aimée, alors que la Religion semblait installer le scandale "dans le sanctuaire même et, représentée par un pape libertin, cachait sous des pierreries, sous des fards, sous des mouches, le visage de Jésus-Christ" (cette fois la citation dans la citation est de Valensin). D'un tel mal, continue le Père de Lubac dans ce passage qui a attiré l'attention du pape, aucun de nous n'est totalement à l'abri. Un humanisme subtil - adversaire du Dieu vivant  et en secret non moins ennemi de l'homme - peut s'insinuer en nous par mille détours (...) Mais aucune de nos trahisons ne peut livrer à l'Ennemi la Cité que le Seigneur lui-même tient en sa garde". Il veut parler de l'Eglise bien sûr.

La mondanité spirituelle, que critique notre pape, c'est donc l'intégrisme en tant que par lui, on veut faire la volonté de Dieu que Dieu le veuille ou pas. Mais c'est aussi "un humanisme subtil", un anthropocentrisme qui déplace le coeur de la Bonne nouvelle en mettant l'homme au centre de tout. Ces deux dimensions se trouvent explicitement dans le texte compliqué du cardinal de Lubac - et l'antiintégrisme et l'antihumanisme.

Notons que dans les textes qu'il m'a été donné de lire, critiquant la mondanité, le pape se focalise sur l'intégrisme, mais aussi sur toutes les manières dont l'Eglise peut pratiquer l'autocentrage : cléricalisme etc. Je n'ai pas lu, sous sa plume de critique de l'humanisme qui, à en croire Lubac lui-même, représente lui aussi cette mondanité spirituelle.

Je profite de cette mise au point un peu technique pour annoncer que ce soir au Centre Saint Paul, je vais faire une conférence avec Olivier Figueras sur le thème Habemus papam : quel est ce pape?

samedi 16 mars 2013

Nouvelle donne, nouveau souffle

Le samedi 23 mars de 19 H 30 à 22 H 30, auront lieu les Premières Assises de la Résistance chrétienne. Il y aura du monde !  De Guillaume de Thieulloy à Catherine Rouvier, de Jeanne Smits à  Laurent Dandrieu, de Michel Janva à Daniel Hamiche, de Philippe Maxence à Bernard Antony, de Monde et Vie au Salon Beige, à Présent et à Nouvelles de France, de Christophe Dickès à Guillaume Bernard, de Gabrielle Cluzel à Bruno Larebière, chacun avec son approche personnelle, son dévouement sous l'étendard du Christ, sa compétence. L'association Avec Jeanne fait carton plein sur cet événement... Seront là tous ceux qui quotidiennement se tiennent à la dentelle du rempart, pour nous informer et créer, dans la cathosphère, une véritable contre-opinion publique avec laquelle il va falloir apprendre à compter. Le bras de fer actuel autour de la loi Taubira et des lois mortifères contre la famille, contre les allocations familiales, pour les salles de shoot, pour l'euthanasie, cet enjeu doit nous trouver tous mobilisés. C'est la civilisation qui est en cause.

Un peu comme l'affaire Dreyfus était un symbole, la question du mariage homosexuel vaut avant tout pour sa charge symbolique. Simplement posée la question revient à demander  : êtes vous pour ou contre la dénaturation du mariage ? La dénaturation du lien social ? La dénaturation de l'homme ?

Pourquoi la hiérarchie épiscopale, qui n'en a pas tant fait pour l'avortement, a-t-elle mis le curseur sur cette question symbolique - étant entendu que le nombre de mariage homosexuel restera faible par rapport à la population homosexuelle ? Sans doute pour ne pas se trouver contrainte à célébrer des mariages homosexuels à l'église. Pour la première fois, en tout cas, le "mariage de raison" entre l'Eglise et la République (qui dure depuis 1923) se trouve mis en cause. Le divorce entre les deux institutions n'est pas loin, et ce n'est pas le mépris affiché de François Hollande qui arrangera les choses. A cause de sa politique, exclusivement tournée vers ces glissements sociétaux assumés comme de véritables glissements de terrain, les catholiques qui, selon les conseils de saint Pierre, ont toujours été loyalistes se retrouvent dans l'opposition.

Benoît XVI disait à Malte que le christianisme aujourd'hui est devenu une contre culture. Le pape François ne le dit pas.  Mais son discours radical de la Sixtine le proclame. Son discours "bloyen", sa manière de dire que "qui ne prie pas le Christ prie Satan" a indigné Bruno (voir sur ce blog) et elle en a indigné ou en indignera certainement bien d'autres.

Le pape François, wojtylien "de gauche" quand Ratzinger était "wojtylien de droite", fera sans doute mille gestes à haute charge symbolique pour tenter d'enrayer le processus de marginalisation du catholicisme, que son prédécesseur réputait inéluctable. Faut-il en blâmer le Nouveau Pontife ? Sans doute l'Eglise, providentiellement, se doit-elle de montrer qu'elle a tout tenté. Mais, d'un autre côté,  la "théologie" bloyenne à laquelle le pape s'est référé semble tellement dure que le risque serait d'en arriver à la juxtaposition de plusieurs discours, comme certain cardinal le lui reprocha en 2005 - un discours dur en interne, pour galvaniser les troupes, un discours soft en externe, pour se concilier des troupes ; un discours dur en interne pour reconstituer des communautés ferventes et un discours soft en externe (célébration de Hanouka comme il l'a fait à Buenos Aires) pour donner à l'Institution ecclésiale une marge de manoeuvre dans le Monde difficile, souvent hostile, qu'elle affronte tous les jours. Le tout constituant une stratégie frôlant le non-sens. Une sorte d'hyper-wojtylisme de virtuose.

Les temps sont plus que jamais à la résistance. Il faut remercier le pape François d'avoir réveillé ses fidèles, en le leur faisant sentir.

Avec Olivier Figueras, journaliste à Présent, je vous reparlerai de tout cela mardi soir à 20 H 15 au Centre Saint Paul.

Et, au Forum de Grenelle, 5 rue de la Croix-Nivert, dans le XVème, nous redirons samedi prochain entre 19 H 30 et 22 H 30, notre fidélité à la Révolution chrétienne. Ces Premières assises entendent contribuer à pérenniser un esprit de fidélité et à porter des projets de résistance.

vendredi 15 mars 2013

Une place notable, au conclave, pour les responsables des Églises catholiques de rite oriental

Un aspect a été peu souligné, mais le conclave qui s’est réuni ce mardi 12 mars est probablement l’un de ceux qui comporte, dans l’histoire, le nombre le plus varié de responsables d’Églises catholiques de rite oriental en exercice. Certes, ces Églises ne représentent qu’un nombre limité de fidèles dans la masse catholique, mais sur les 115 cardinaux électeurs présents à Rome, 4 sont à la tête d’Églises de rite oriental. L’univers catholique romain, mais non latin, est assez bien représenté dans le conclave qui a élu le Cardinal Bergoglio comme successeur à Joseph Ratzinger, pape émérite depuis peu. On y compte, en effet, le patriarche copte catholique, Antonios Naguib, créé cardinal en 2010, mais également le patriarche maronite, Bechara Boutros Raï, créé en novembre 2012. En outre, deux archevêques majeurs d’Églises orientales sont également électeurs : l’archevêque majeur des syro-malabars (siège traditionnellement cardinalice), Mgr George Alencherry, crée en février 2012, et l’archevêque majeur de Trivandrum des syro-malankars, Mgr Basileos Cleemis Thottunkal, ce dernier siège donnant pour la première fois un cardinal à l’Église romaine. Ce nombre aurait pu être porté à 5: en effet, l’archevêque majeur émérite des ukrainiens catholiques, le cardinal Husar, aurait pu voter, s’il n’avait fêté ses 80 ans le 26 février dernier, soit deux jours avant le début de la vacance du siège pontifical ! (Le seuil des 80 ans est fixé par rapport à la date vacance du Siège apostolique, non par rapport à celle du début du conclave ; à ce titre, le cardinal Kasper, qui a eu 80 ans le 5 mars dernier, donc postérieurement au 28 mars, a pu participer au conclave). En outre, deux autres actuels ou anciens responsables d’Églises orientales sont cardinaux, mais ne sont plus électeurs : le patriarche émérite chaldéen (il n’est plus patriarche depuis le 1er février dernier), Emmanuel III Karim Delly, créé cardinal en 2007, et Mgr Lucian Muresan, archevêque majeur d’Alba Iulia et Fagaras des roumains, créé cardinal en février 2012. Tous deux sont respectivement nés en 1927 et 1931.

Si l’on veut une représentation aussi significative, il faut peut-être remonter à Paul VI qui, en 1965, créa d’un coup quatre chefs d’Églises orientales : le patriarche melkite-catholique, Maxime IV Sayegh, le patriarche Maronite, Paul Pierre Meouchi, le patriarche copte catholique, Stephanos I Sidarous et Mgr Slipyj, archevêque ukrainien catholique, alors en exil en raison du régime soviétique qui régnait sur l’Ukraine. Mais seuls les deux derniers participèrent aux deux conclaves de 1978. Autant dire que les créations sous Benoît XVI marquent une avancée significative assez peu soulignée dans la meilleure prise en compte de l’universalité de l’Église.

Jean-Paul II promut au cardinalat plusieurs responsables d’Églises orientales, mais encore le fit-il quelquefois successivement pour le titulaire d’un même siège. Ainsi, le patriarche maronite fut créé cardinal, dans la personne d’Antoine Khoraiche, en 1983, puis de [Nasrallah Boutros] Sfeir, en 1994. De même, l’archevêque majeur des ukrainiens catholiques fut créé cardinal en 1985 : il s’agissait de Mgr Lubachivski, alors en exil. Son successeur, Mgr Husar, fut créé cardinal en 2001. Enfin, l’archevêque majeur syro-malabar d’Ernakulam fut créé cardinal en la personne de Mgr Padiyara en 1988, puis celle de son successeur, Mgr Vithayathil en 2001. Le patriarche copte catholique, Stéphane IIGhattas, fut créé cardinal en 2003. Le patriarche syriaque catholique émérite, Ignace Moussa Ier Daoud, fut créé cardinal en 2001, peu de temps après sa démission : il avait, en effet, été nommé préfet de la Congrégation orientale pour les Eglises orientales, fonction qu’il exerça jusqu’en juillet 2007. Enfin, Mgr Todea, archevêque majeur des roumains, fut créé cardinal en 1991.

On peut dire que tout au long de son pontificat, le pape émérite Benoît XVI a marqué sa sollicitude pour les Églises catholiques orientales, méconnues de la grande masse des catholiques, mais ferventes par leur liturgie et leur spiritualité. Un rôle-clé dans le prochain pontificat?

François provoque l'indignation de Bruno

Tout à l'heure, Bruno me téléphone en colère.

Il me dit : "Alors avec Jean-Paul II, Benoît XVI, le catholicisme je veux bien. Ca reste soft. Mais avec François, c'est une autre paire de manches".

Je lui manifestai ma surprise.

Il me réponds : - "Tu te rends compte que nous les mécréants, il est en train de tous nous mettre dehors avec ses formules à l'emporte pièce".

Là je commence à voir, mais je fais l'innocent : - Lesquelles ?

- Je me mets tout de suite sur Internet. Voilà : "Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, cela me fait penser à la phrase de Léon Bloy : “Qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable”. Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon". Ca veut dire quoi, confesser, d'abord dans ce cas-là ?

- Confesser, c'est reconnaître Jésus comme le Fils de Dieu.

- C'est bien ce que je pensais... Tu n’arranges pas les affaires de ton pape.

- Euh ! Bon alors, il faut dire que Léon Bloy vaut plus comme imprécateur (et un imprécateur peu sympathique, grand médiseur et mépriseur) que comme théologien. D'habitude, les théologiens, quand ils avancent de telles choses, les enveloppent dans du beau papier. ils expliquent : non, l'Eglise n'a jamais prétendu mettre en enfer tous ceux qui ne croient pas actuellement en elle. Mais le pape François est l'homme des surprises, et je crois vraiment : de toutes les surprises. C'est un jésuite austère, qui est essentiellement indifférent comme le conseille saint Ignace, indifférent au qu'en dira-t-on, à ce qu'on pense de lui etc. Il faut peut-être lui laisser le temps de mettre le papier cadeau. Ca viendra.

- Mais qu'est-ce qu'il peut mettre comme papier cadeau, pour expliquer à ceux qui ne prient pas Jésus-Christ que, malgré ce qu'écrit Léon Bloy, ils ne sont pas le diable...

- En essayant de me mettre dans sa peau de jésuite, je te répondrai à travers l'idée de saint Ignace : les deux étendards. Il y a effectivement les bons et les méchants, ça j'y crois. Il y a ceux qui essaient d'aimer autre chose qu'eux-mêmes, ceux qui sortent d'eux-mêmes pour se mettre au service de ce qu'ils aiment. Ceux-là, ils ne le savent pas forcément clairement, mais leur logique est chrétienne. Et puis, il y a ceux qui se prennent dans "les filets et les chaînes" dit saint Ignace, ceux qui sont prisonniers du démon parce qu'il ne pensent qu'à eux et à se servir.

- Bon alors pris comme ça je veux bien..."

J'ai beaucoup aimé l'indignation de Bruno et je suis surpris que ce ne soit pas celle de La Vie et d'autres blogs chrétiens qui font de la largeur d'esprit leur fond de commerce. Il faut croire que ce François-là produit une sorte d'effet de sidération. Il peut dire des énormités anticonciliaires (anticonsensuelles) le plus tranquillement du monde. Personne n'a bronché encore. Gare au réveil ! Parce qu'un tel discours, Léon Bloy mis à part, c'est du Marcel Lefebvre dans le texte ! J'avoue que j'en suis assez content.

Il y a autre chose qui me ravit : c'est une sorte d'anticléricalisme permanent. On sait la manière dont le cardinal Bergolio a attaqué ceux qui voulaient garder le baptême pour eux, prêtres ou clercs, en mettant des conditions exagérément difficiles à sa réception. Il les traite de "néognostiques pharisaïques". Mais dans le sermon que je viens de citer, il y a un autre texte étonnant à propos de ceux qui prêchent Jésus mais qui ne veulent pas entendre parler de sa croix :
"Quand nous marchons sans la croix, quand nous édifions sans la croix et quand nous confessons un Christ sans croix, nous ne sommes pas des disciples du Seigneur : nous sommes des personnes du monde, nous sommes des évêques, des prêtres, des cardinaux, des papes, mais pas des disciples du Seigneur ".
Ce genre de petite pique anticléricale semble décidément assez fréquente dans son enseignement... J'ai l'impression qu'on va bien s'amuser.

jeudi 14 mars 2013

Un François peut en cacher un autre

Ainsi donc le pape François a-t-il déjoué tous les pronostics, parvenant au Souverain pontificat à 76 ans, alors qu'il n'y était pas parvenu (ou qu'il y avait renoncé ?) à 68... lors du précédent conclave, dans lequel il s'était trouvé opposé à Benoît XVI. Pas un vaticaniste ne donnait un kopeck sur son nom. Il y aurait eu un bon coup à faire chez les bookmakers... Dommage ! Reste, malgré la visite de rigueur aujourd'hui à son prédécesseur, que cette élection apparaît comme un échec personnel pour Benoît XVI. Il suffisait, mercredi, de voir la tête de Mgr Marini, grand ordonnateur des cérémonies ratzinguériennes qui a deux reprises essuya un refus ostensible du nouveau pape, pour sentir que le vent avait tourné Place Saint-Pierre. C'est sans doute aussi ce que voulait nous dire le goéland, obstinément vissé à la cheminée de la Sixtine, comme s'il attendait la croisée des vents.

Mais il faut reconnaître que, pour tous, ce pape est une énigme... Il n'y a guère que Jean-Luc Mélanchon, qui, sur l'heure, l'avait percé à jour : «L’élection de Jorge Mario Berloglio comme nouveau pape n’est pas une bonne nouvelle pour les progressistes du monde chrétien ni pour la révolution citoyenne en Amérique du sud. Silencieux sous la dictature militaire puis à l’heure des jugements des militaires criminels, opposant connu aux gouvernements argentins de Nestor puis de Christina Kirschner, tendre pour l’Opus Dei, hostile aux prêtres progressistes, le nouveau chef de l’Eglise catholique devra prouver qu’il n’a pas été élu pour déstabiliser les régimes progressistes de l’Amérique latine ni pour poursuivre les persécutions contre la théologie de la libération. Compte tenu de l’affichage favorable aux pauvres, il faut espérer qu’il soit plutôt enclin à aider ceux qui en sont actuellement les porte-parole en politique et dans le christianisme amérindien ». Fermez le ban ! Voilà un pape fasciste... de plus !

On voit bien que Jean-Luc Mélanchon, qui a été enfant de choeur, ne croit plus au Saint-Esprit. Sinon il se méfierait. Il faut toujours se méfier des énigmes quand elles arrivent telles des météorites, à ce niveau de réalité.

N'empêche ! Dans l'ensemble (je ne parle pas des affreux procès d'intention qu'on n'a pas fini de faire au pape régnant), Mélanchon a bien raison de dire aux progressistes binaires qu'ils ne se réjouissent pas trop vite. Il a fallu attendre aujourd'hui jeudi pour que Golias emboîte le pas à Mélanchon, mais ça y est : le bon pape François, ils sont contre. Quant à Mgr Gaillot, il se proposait sans rire , au vu de sa prestation Place Saint-Pierre, pour lui donner des cours de communication. Il confond sans doute Saint-Pierre de Rome et Parthénia...

Regardons l'Eglise et pas notre petite chapelle. Essayons de "sentir avec l'Eglise" comme dirait ce jésuite de pape. Je suis en train de prêcher les exercices de Saint Ignace, au cours de ce que nous avons appelé "une retraite dans la ville". Ce pape "électron libre" (comme l'appelle Olivier Figueras), on le sent pétri de la liberté spirituelle que donne la pratique des Exercices de Saint Ignace. Il semble véritablement "indifférent", selon le conseil de saint Ignace, "ne souhaitant pas plus une longue vie qu'une vie courte, l'honneur que les opprobres, les richesses que la pauvreté, désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés" (Principe et fondement). Telle est la raison profonde de sa vie ascétique ; lever 4 H 30. Oraison pendant une heure. Réception de ses prêtres sans rendez-vous de 6 H à 8 H tous les jours. Pour le voir ? Il suffit d'avoir quelque chose  à lui dire et de se lever tôt pour aller le lui dire.

On nous parle beaucoup de saint François d'Assise et de son amour des pauvres. Bien sûr ! Mais un François peut en cacher un autre. Pour ce jésuite, il est évident que François Xavier, qui fut, à Paris, un des premiers compagnons d'Ignace, Navarrais comme lui, ce génie de l'évangélisation, tient au coeur du cardinal Bergoglio. Je crois qu'on peut dire qu'on va arrêter de nous parler de la nouvelle évangélisation... Et qu'on va la faire avec lui. J'avoue que j'ai beaucoup aimé la manière dont, au mois de mai dernier, il a traité les prêtres qui refusent le baptême à ceux qui en ont fait la demande. Il les appelle "des néognostiques pharisaïques" et il leur reproche de "détourner les âmes du salut". Rien que ça : qui se sent morveux...

Alors bien sûr, Bergoglio n'est pas traditionaliste. Il semble loin des traditionalistes de son diocèse. Les traditionalistes attendront longtemps un autre Benoît XVI, en espérant qu'ils le traitent mieux que le premier... Ils ne pourront plus s'endormir en rêvant du doux habit blanc qui les protège de haut contre les vents mauvais. François les aura réveillé de leur douce somnolence et de leurs rêves de gloire. A nous de montrer aujourd'hui que ce qu'apportent les traditionalistes à l'Eglise - la liturgie latine et la culture théologique thomiste - est nécessaire à la nouvelle évangélisation. Il faut se retrousser les manches... Et baptiser !

A défaut d'apprécier tout ce que fera le nouveau pape (auquel il manquera certainement quelques dentelles), nous pouvons épouser sa devise épiscopale : miserando atque eligendo. On traduit souvent "En faisant miséricorde et en choisissant". Mais le latin est concis. Je crois qu'il faut traduire plus exactement : En faisant miséricorde et en choisissant de le faire. Rien ne sert d'avoir seulement pitié "comme un coeur qui s'épanche", qui s'écoeure ou qui se débonde... Non ! Il faut faire élection. Il faut choisir d'avoir pitié. Il faut que la miséricorde que nous diffuserons, nous chrétiens, autour de nous ne soit pas le fait de je ne sais quelle faiblesse de caractère ou de je ne sais quelle tendance à se répandre. Qu'elle soit un choix, comme l'évangélisation qui en est l'expression la plus élevée : miserando atque eligendo.
 

mardi 12 mars 2013

L'abbé de Tanoüarn dans l'émission "Le Grand Débat" sur la radio Africa#1

Francis Laloupo recevait deux invités pour parler de la renonciation de Benoit XVI:
  • Jocelyne Goma, Vice-présidente du Forum politique chrétien
  • l'abbé Guillaume de Tanoüarn, Prêtre catholique, et auteur du présent blog 
44 minutes d'échanges à écouter ici:

Prier pour et avec le Conclave

Le Conclave, on le sait, s'ouvre aujourd'hui, mardi. Pour les Parisiens, vous pouvez venir au Centre Saint Paul prier pour le prochain pape quel qu'il soit. La situation de l'Eglise est grave nous a fait savoir Benoît XVI en démissionnant. Tellement grave que l'idéologie passe au second plan Cette élection n'est pas celle d'un progressiste ou d'un traditionaliste, mais celle de l'homme donné, de l'homme efficace par le don qu'il aura fait de lui-même pour conduire la barque de Pierre à travers les récifs. Tout le monde comprend bien que "faire des réformes" ne suffit pas et qu'en une telle occurrence, les réformes constitueraient surtout un aveu d'impuissance. Le problème n'est pas de réformer mais de reformer l'Eglise nous expliquait récemment le Père Viot au Centre Saint Paul, de retrouver l'élan initial, l'appel de Dieu sur lequel l'Eglise (qahal en hébreu) a été fondée. Pour réentendre cet appel, tous ensemble avec le prochain pape, il n'y a qu'une seule solution : la prière.

Nous prierons, quels que soient les résultats du conclave, que ce soit d'une prière de demande ou d'une prière d'action de grâce, mardi de 21 H 30 à 24 H et mercredi de 8 H 30 à 18 H. Venez ! Il vous suffit de pousser la porte et de vous mettre à genoux dans le silence. Nous ne prierons pas pour nous-mêmes, pour que notre volonté se fasse, mais, devant Dieu, pour qu'il accomplisse dans son Eglise et par son Eglise sa Justice qui n'est pas la nôtre.

En même temps que cette prière s'élève vers le Ciel, nous prêchons les exercices spirituels de Saint-Ignace, d'où le côté un peu baroque de nos horaires. (Baroque ? Ignacien ? C'est tout un !). Beaucoup ont répondu à notre appel pour ces Exercices dans la ville, chaque soir de cette semaine entre 18 H 15 et 21 H 30. J'avoue que, prêchant aux autres, je me prêche aussi à moi-même, admirant la sobre parole ignacienne, revenant avec lui au principe et fondement : l'homme a été créé pour faire de sa vie une louange ; l'homme a été créé pour ne rendre honneur qu'à Dieu et à ce qui étend son règne, à l'exclusion de toute idolâtrie (l'idole du Moi, l'idole du sexe, l'idole de l'argent) ; l'homme a été créé pour servir, c'est-à-dire pour aimer : "Soyez au service les uns des autres" dit saint Paul aux Ephésiens.

Quand on comprend cela, quelle liberté ! On est "indifférent" dit saint Ignace. On use des bien de ce monde comme n'en usant pas avait expliqué saint Paul aux Corinthiens (I Co 7). On exerce sa responsabilité d'homme ou de femme sans que rien ni personne ne puisse vous en empêcher. Faire une telle retraite aujourd'hui ? C'est encore prier pour et avec le Conclave, c'est entrer dans la résistance chrétienne, la seule qui n'ait jamais désarmé... C'est se porter volontaire pour les troupes d'élite du pape, comme l'avait perçu si vivement Ignace de Loyola, le capitaine de Pampelune devenu, sans l'avoir voulu, Officier général au Royaume de Dieu.

dimanche 10 mars 2013

[Quatrième dimanche de Carême] Réjouis-toi !

Ce dimanche de mi-Carême se célèbre non pas dans la couleur violette qui est la couleur habituelle du Carême et de la pénitence, mais dans la couleur rose. L’introït (chant d’entrée latin) donne le ton : « Réjouis-toi Jérusalem ! » La pénitence n’est pas une fin en soi. Elle est juste destinée à nous donner une certaine idée de la profondeur du réel dans lequel nous nous trouvons : connaissance de nous-mêmes, qui nous libère et connaissance de notre destinée éternelle, qui nous exalte.

Jérusalem ? De quelle Jérusalem s’agit-il ? C’est à répondre à cette question qu’est consacrée la lecture de l’épître de saint Paul aux Galates. Dans une interprétation imagée de l’Ancien Testament, Paul nous explique qu’il y a deux Jérusalem, de même qu’Abraham a eu deux femmes. Pourquoi deux femmes ? parce qu’il y a Agar l’esclave et Sarah la femme libre. Avec une audace folle, saint Paul conçoit que le véritable lien entre Dieu et les hommes n’est pas la Loi (la Torah) en vigueur dans la Jérusalem terrestre. Cette Loi pointilleuse est un esclavage. Tous les communautarismes d’aujourd’hui, religieux ou pas, sont des formes d’esclavage. Quant à nous, poursuit saint Paul, « nous sommes libres de la liberté par laquelle le Christ nous a libérés ». Nous ne sommes plus esclaves ni de la loi ni d’aucune forme de communautarisme religieux. En ce sens, poursuit saint Paul, juifs ou pas, nous ne sommes plus de la Jérusalem terrestre, qui est esclave de la loi, « avec ses enfants ». Nous appartenons déjà à « la Jérusalem d’en-haut », car nous avons notre « part à l’héritage des saints dans la Lumière ». En ce sens, nous sommes (ou au moins nous essayons d’être) les fils de la femme libre.

Qu’est-ce que la liberté chrétienne ? Non pas la liberté absolue de faire n’importe quoi, celle qu’avait entrevue Rabelais en imaginant l’abbaye de Thélème, dont la devise était simplement : « Fais ce que voudras ». Non. La liberté chrétienne, c’est celle qui permet à chaque personne de réaliser qu’elle est une personne, c’est-à-dire qu’elle est responsable de son destin. Non pas « fais ce que tu veux » mais « fais tout ce que tu peux ». En même temps que tu es libre, et pour les mêmes raisons, tu deviens responsable de ton destin.

Telle est la Révolution chrétienne, une Révolution personnaliste, qui permet à chacun de prendre conscience et de sa liberté et de sa responsabilité. Le chrétien maîtrise son destin. Il lui donne un but. Comme le remarque Curzio Malaparte dans Le bal au Kremlin, du point de vue chrétien, il n’y a pas de souffrance inutile, pas de vie inutile. Parce que « la liberté par laquelle le Christ nous a libérée » n’est pas seulement une liberté d’indifférence (celle qui nous permettrait de faire n’importe quoi) mais une liberté créatrice, celle qui nous transforme et nous sauve, celle qui donne le sens qui manquait, celle qui donne la vie et l’éternité qui manquait. Le Verbe de Dieu fait homme [le Christ] a donné à tous ceux qui l’ont reçu la Puissance de devenir enfant de Dieu. Cette Puissance n’est pas en nous, mais nous la recevons par la foi et elle nous permet de nous transformer.

Comment ? Le récit évangélique de la multiplication des pains, qui nous est proposé ce dimanche, nous aide à le comprendre.

Ce geste de la multiplication des pains, qui renvoie à la manne – cette nourriture par laquelle Dieu a nourri son peuple au désert – apparaît comme un geste qui dans les écrits du Premier siècle avant Jésus Christ, désignerait le Messie à venir. Comme Yahvé autrefois, le Christ nourrit son peuple dans le désert.

« Il y avait là un jeune homme qui avait cinq pains d’orge et deux poissons. C’est à partir de ces cinq pains d’orge que le peuple put manger et l’on récupéra douze corbeilles après le repas. Il y a donc une « mise » humaine. Nécessaire. Et la puissance de Dieu multiplie cette première mise. Eh bien ! Il en est un peu de même pour nous. Nous offrons à Dieu « ce que nous pouvons » en ce Carême et Dieu bénit nos efforts en leur donnant une puissance qu’ils n’ont pas en eux-mêmes. On peut dire qu’Il complète tous les sacrifices que nous lui offrons, en leur donnant un sens nouveau dans la Croix du Christ.

Le peu de chose que nous pouvons faire devient efficace dans le Christ [dans la foi au Christ] en nous transformant peu à peu en Dieu, c’est-à-dire en nous donnant le salut, qui nous arrache à la mort inévitable. Étrange et merveilleuse alchimie chrétienne !

Abbé Guillaume de Tanoüarn

lundi 4 mars 2013

Mon pape de rêve, mon rêve de pape...

Yves Daoudal, dans un commentaire, reproche à mon rêve de pape d'être un rêve impossible. C'est le cas de tous les rêves d'être impossibles. Et cela n'empêche pas, parfois, le rêve de se réaliser de manière inattendue. Il est vrai que le cardinal Raï est avant tout Patriarche d'Antioche. Mais aujourd'hui, par le caprice des Français colonisateurs, Antioche est en Turquie et il y reste très peu de chrétiens. Ce siège prestigieux, qu'occupa jadis Pierre avant de partir à Rome, est comme virtuel. Le Patriarche des Maronites réside couramment à Beyrouth, d'où ma confusion. Je remercie Yves Daoudal d'y avoir mis fin en rappelant le premier titre officiel de Bechara Boutros al Rahi.

L'un d'entre vous me dit qu'il a une "indigestion de pape" et qu'en ce moment on en parle trop. Je dirais surtout que l'ambiance ne semble pas très bonne au Vatican. Evoquons parmi d'autres "les vieux", le cardinal Re et le cardinal Sodano qui, d'après tel Insider, tentent une candidature curiale non-italienne car ils détestent le seul Italien sérieusement papabile ; ne nommons pas certains Français qui appellent publiquement de leurs voeux un pape qui serait "issu de la diversité" (pour le simple fait qu'il soit issu de la diversité) ; oublions carrément l'Ecossais qui, après avoir tergiversé huit jours, se retire sous la honte à cause d'actes sexuels inappropriés qu'il reconnait finalement avoir commis, passons rapidement sur ceux dont les dents rayent le plancher et qui n'arrivent pas à ne pas le montrer, il y a encore ceux qui parlent, fomentent, se groupent et se disloquent sur un nom. Il y a même eu un quidam déguisé en cardinal. Il y a enfin le rapport pourpre que détiennent trois cardinaux au dessus de tout soupçons, parmi lesquels Herranz, membre de l'Opus Dei. Ce rapport sur les fuites et sur l'homosexualité au Vatican devait être lu au Conclave. Le Père Lombardi est intervenu pour signifier que son contenu est strictement réservé au prochain pape. Il reste comme une épée de Damoclès sur le Collège, qui semble avoir attrapé toutes les maladies de la démocratie en un conclave.

Mais si je reviens à la communication d'Yves Daoudal, absolument opportune en elle-même, je dirais que je ne suis pas tout à fait d'accord avec sa manière de mettre de côté les Patriarches orientaux dans cette élection.

Si le Pape n'était que le Patriarche d'Occident, primus inter patriarchas, comme l'aurait peut-être souhaité le Père Congar, qui est si flou dans son recueil d'études Eglise et papauté, alors le Patriarche d'Antioche n'aurait pas été nommés cardinal, avec droit de participer à la présente élection en conclave.Il a reçu le chapeau pourtant et ce n'est pas vieux : novembre 2012. Il est donc électeur et par conséquent éligible. Je ne dis pas qu'il sera élu... Je dis que c'est un rêve géopolitique pour sauver ce qui reste des chrétiens d'Orient et pour donner à la fonction pontificale l'auréole du Témoignage pour la paix. Mais c'est juste dans la série I've a dream. Dans la réalité le futur pape risque de ressembler d'avantage à un fonctionnaire ecclésiastique qu'à un héros. Oh ! Fonctionnaire, de toute façon, il ne le restera pas longtemps. Nos prières et notre attente en feront... un saint ou rien ! La situation présente de l'Eglise et du monde ne tolère pas la médiocrité.

samedi 2 mars 2013

[Un Autre Regard] Renonciation de Benoît XVI – Abbé de Tanoüarn

"Droit de regard, l’émission qui éclaire l’actualité. Le pape a provoqué la surprise dans le monde entier en renonçant à sa charge : pourquoi un tel choix? Comment l’interpréter? Faut-il craindre pour l’Eglise? Rencontre avec l’Abbé Guillaume de Tanoüarn."

Première partie

Seconde partie

vendredi 1 mars 2013

Un conclave très ouvert

On sait que le conclave est la seule assemblée décisionnaire du monde dont les membres soient enfermés jusqu'à ce que décision s'ensuive. Mais cela n'empêche pas le conclave actuel d'être très ouvert. Oh ! Ce n'est pas à cause de ces modernes passe-murailles que sont les portables (ordinateurs ou téléphones). Les électeurs n'ont pas droit à ces instruments. Mais en réalité, le conclave est très ouvert on ne sait pas trop qui peut l'emporter. Autrefois on disait : "Tel qui rentre pape au conclave en ressort cardinal". Et il est vrai que la majorité des 2/3 est difficile à obtenir et qu'il existe de très efficaces minorités de blocage, qui empêchent certains favoris d'aller au bout de leur jeu électoral. Aujourd'hui, pour le présent conclave, on ne peut pas dire qu'un pape en puissance ressortira cardinal car il n'y a pas de pape en puissance. Personne n'imagine que les jeux sont faits. Du reste, la bagarre se poursuit entre les cardinaux italiens et les autres, pour savoir s'il faut commencer tout de suite (idée de la curie) ou si un long préconclave est souhaitable (au cours duquel des étrangers pourraient aussi faire campagne).

Il semble que pour tout le monde, Benoît XVI, au cours de son septennat, ait réglé la question proprement théologique que posait le concile Vatican II à l'Eglise. Non ce Concile n'était pas exceptionnel. Oui il faut faire le tri entre le Concile virtuel (avec les médias) et le Concile réel (dans des textes que personne n'a lu, qui sont objectivement d'intérêt et d'autorité divers). L'esprit soixante-huitard n'a pas fait école dans l'Eglise de Ratzinger autant que dans l'Etat de Nicolas Sarkozy, et c'est heureux. L'Eglise demeurera en lutte contre la mondialisation consumériste, le relativisme qu'elle implique et les changements de paramètre humain qu'elle pourrait comporter. Il n'est pas sûr en revanche que le successeur du pape Ratzinger éprouve le même intérêt que lui pour la liturgie. Cela dit la dimension doctrinal du Motu proprio de 2007 ne sera sûrement pas remise en cause. De là à ce que la liturgie traditionnelle soit vraiment en vente libre, ce ne sera vraisemblablement pas un combat prioritaire pour le prochain pape, comme cela l'était pour Benoît XVI. Tous les cardinaux ou presque sont doctrinalement des ratzinguériens. Mais tous n'ont pas les priorités de Ratzinger. La FSSPX, qui a fait tant de manières pour prendre la main tendue, ne sera sans doute pas reçue de si tôt par le Successeur, peu soucieux de recevoir les avanies médiatiques dont Benoît fut gratifié. Quant à la Fraternité Saint Pie X, elle est plus à l'aise à la marge, comme instance critique que chantant avec le choeur.

Cela dit, on n'imagine pas un pape remettant en cause la discipline de l'Eglise, en acceptant le sacerdoce des femmes, seule solution économiquement viable pour le mariage des prêtres (Pourquoi tant de pastoresses ? Parce qu'elle peuvent se reposer sur leur mari qui travaille vraiment et fait bouillir la marmite pour toute la famille). Le Sacré collège est suffisamment conservateur pour s'épargner une telle source de soucis supplémentaires.

Mais la question qui est sur toutes les lèvres est celle du rapport au monde. On va vers un monde plus difficile, vers un monde où la Technique règnera toujours davantage sur les moeurs, au point de rappeler les intuitions d'Aldous Huxley dans le Meilleur des mondes. Quel doit être le discours de l'Eglise ?

Prenons le cas de la France à qui il arrive encore d'être le four où se cuit le pain de la chrétienté. On pourrait dire en une formule que la question du mariage homosexuel est grosse d'un divorce entre l'Eglise et l'Etat qui se trouvent désormais en un désaccord solennel sur les bases de la vie sociale. Comment concilier l'Evangile et l'utilitarisme moderne concrètement ? C'est la première question alors que la modernité se radicalise. "Nihilisme révolutionnaire sans âme et mondialisme à bout de souffle se donnent la main" comme l'écrit Henri en réaction au post sur Romain Rolland. Et l'Eglise par rapport à cela ? Peut-elle se contenter de répéter ce qu'elle a dit à Vatican II : "L'Eglise offre à la communauté humaine sa collaboration sincère pour l'instauration d'une fraternité universelle". Comme l'avait senti très tôt l'abbé Ratzinger : peut-on se dire frères quand on ne reconnaît ni matrice ni paternité ?

L'idéal conciliaire bat de l'aile. Benoît XVI écrivait dans Spe salvi que l'Eglise doit réaliser une "autocritique de la modernité". Mais comment ? Elle doit aussi découvrir les nouveaux moyens de son universalité, alors que le faux universalisme économique bat son plein et que les universalismes idéologiques anciens sont morts. Qui sera capable parmi les cardinaux de marier l'universalité et la diversité ? Je proposerais, moi, sans la moindre autorité pour ce faire, je fais un rêve, que le cardinal Raï soit fait pape. En tant qu'archevêque de Beyrouth d'une part, planté au coeur du drame de ce monde, en tant que maronite (non latin) d'autre part, en tant que français de culture enfin, il a tous les atouts, si l'on veut bien s'en rendre compte. Il serait le pape universel. On pourrait lui opposer un Africain comme Sara (mais ces Africains là sont trop latins), un Argentin comme Sandri (parce qu'il est une pointure) ou un Philippin comme Tagle (55 ans, "habité" mais trop énigmatique : il n'est cardinal que depuis deux mois). Bref tout ça est décidément très ouvert, je ne suis absolument pas sûr d'avoir cité le prochain pape. Je ne prétends pas jouer les vaticanistes, je ne veux pas non plus entretenir les bookmakers.

Revenons en aux faits.

Qu'a fait Benoît XVI ? Sa devise dans les Prophéties de Malachie nous invite à être résolument optimistes, tout en plaçant la barre haut : De gloria olivae. La gloire de l'olivier, dans la Bible, c'est d'avoir, par un rameau dans le bec d'une colombe, annoncé la fin irréversible du déluge. C'est au bout de 48 jours que la colombe revient dire en silence la gloire de l'olivier. Mais l'arche ne se posa sur le Mont Ararat que "le septième mois, le dix-septième jours du mois" et il fallut attendre le onzième mois pour qu'apparaissent les cîmes des autres montagnes. Entre la gloire de l'Olivier, entrevue par Benoît XVI et la fin du Déluge, il y a une marge. Nous ne sommes pas rendus au bout. Mais grâce à Benoît XVI nous pouvons être sûrs que la barque de Pierre, qui faisait eau de toutes part disait-il à son arrivée au Souverain pontificat, est maintenant consolidée et unifiée. Elle ne fera pas naufrage, sabotée de l'intérieur par les querelles de ses propres enfants. L'Eglise a retrouvé l'espérance avec le rameau d'olivier.

Pourtant, elle ne se réétablira pas dans le monde avant longtemps et seuls "des îlots, des oasis" (Benoît XVI dixit) de chrétienté subsisteront et survivront. Nous avons échappé à une implosion de la Barque, elle est enfin solidifiée (qui dira les risques qu'a pris Benoît XVI pour refaire en vérité l'unité de l'Eglise ?). Il va s'écouler du temps avant que ne cesse le déluge, dont les eaux montent toujours. Le rameau d'olivier est glorieux parce qu'il est le signe de la paix entrevue, mais il ne signifie pas la victoire acquise. Retiré sur sa Montagne, comme il disait dimanche dernier par allusion et à l'Evangile de la Transfiguration, le pape priera pour que les temps soient abrégés. Au nom du rameau d'olivier qu'il a représenté. Au nom, peut-être aussi, même s'il ne le dit pas, de ce Troisième secret de Fatima qu'il publia naguère officiellement et qui nous montre un pape mourant "sur la montagne".