vendredi 31 mai 2013

Le CUC plus dangereux que le Mariage homosexuel ?

Pour réfléchir à cette question, le Contrat d'Union Civile est-il plus dangereux que le mariage ? je me permets de reproduire ici un article paru il y a 15 jours dans l'excellent journal Monde et Vie (abonnement promotion 50 euros à envoyer 14bis rue Edmond Valentin 75 007 Paris). A l'époque, Frigide Barjot n'avait pas encore pris ses distances par rapport à la Manif pour tous. L'article s'intitulait Le combat des dames. Je souhaitais montrer l'extraordinaire précision de Béatrice Bourges dans la question fondamentale de la défense du mariage...
Alors que Frigide Barjot vient d’envoyer quelqu’un au Maroc pour défendre le droit des homosexuels dans ce pays, alors qu’elle revendique, avec ses amis de l’UMP, la nécessité d’un Contrat d’Union Civile pour les homosexuels, qui auraient tous les effets du mariage sauf l’adoption, il importe de revenir sur ce qui est en jeu dans la Loi Taubira, à laquelle il ne manque plus pour l’instant que l’onction du Conseil Constitutionnel pour être promulguée.

Les circonvolutions de Frigide décrivent assez bien le champ de ce qui est en question au fond : je dirais, la mare aux canards. A cet égard, elle a cette propriété que l’on s’accorde à reconnaître à  la grenouille qui annonce la pluie par ses coassements. Plus on l’entend coasser, plus le problème est imminent. Aussi bien doit-on aujourd’hui REFLECHIR avec elle et sur le Contrat d’Union Civile et sur le droit des personnes homosexuelles.

Il y a eu le PACS, il y a le CUC… Les deux systèmes procèdent du même individualisme viscéral et de la même idée simple : un couple a besoin avant tout de reconnaissance sociale. Les homosexuels en manquent, on doit leur en donner, « puisqu’ils s’aiment ». Il faut donc inventer un système qui ne soit pas le mariage, qui ne donne pas droit à l’adoption (l’enfant n’est pas un objet, il a lui-même droit à un père et une mère[1]), mais qui permette à la société de reconnaître les amours homosexuelles. Et voilà le CUC, drôlement nommé. Vous êtes deux personnes homosexuelles ? Vous vous aimez ? Cet amour, vous l’avez – socialement - dans le CUC…

Béatrice Bourges, Aude Mirkovic et Elizabeth Montfort, dans leur dernier ouvrage, si précieux et si précis, L’effet dominos[2], expliquent bien la nocivité de tels contrats, fondés uniquement sur une reconnaissance sociale de l’affect : « Non, le mariage n’est pas la reconnaissance sociale du couple (…) Si c’était cela, au nom de la non-discrimination, toutes les personnes qui s’aiment devraient avoir le droit de se marier, qu’elles soient deux ou plusieurs ». Ce modèle de contrat, sanctionnant l’affect, est merveilleusement souple. Il permettrait que deux personnes, que trois personnes, que quatre personnes puissent contracter une union, donnant à chacune des droits sur les autres. La dimension naturelle induite par la possibilité de l’union féconde des deux sexes est totalement oubliée. La parentalité serait, dans cette perspective à envisager également de façon purement contractuelle : Lionel Labosse, « enseignant », a signé une tribune en ce sens au mois de mai dernier dans le très sérieux journal Le Monde : « Le mariage monogame est biphobe et ceux qui ne réclament que cela le sont aussi, en dépit de leurs tours de passe-passe rhétoriques. Un contrat universel à trois ou quatre constituerait un cadre idéal pour ce que l’on appelle l’homoparentalité » (cité par B. Bourges et al.).

Vous ne savez peut-être pas ce que sont les biphobes ? Vous êtes comme moi. J’ai consulté wikipédia et j’y ai trouvé cette définition admirable : « La biphobie est le fait d'avoir une attitude de peur, discrimination, ou haine des bisexuels, des pansexuels ou des omnisexuels ». Et on peut lire en outre cette petite précision : « La biphobie se rencontre indifféremment dans les communautés hétérosexuelles ou homosexuelles ». Les homosexuels en effet jalousent souvent leur camarades bisexuels, qu’ils soupçonnent de vouloir le beurre et l’argent du beurre, la respectabilité et la paternité d’un côté, les aventures de l’autre.

Mais cette fois, vous vous demandez peut-être ce que sont les pansexuels? Voici Wikipedia: «La pansexualité (on utilise parfois le terme omnisexualité) est une orientation sexuelle caractérisant des personnes potentiellement attirées sexuellement et/ou sentimentalement par d'autres personnes, indifféremment du sexe anatomique ou du genre de celles-ci». On trouve là aussi une petite note digne d’intérêt, qui contribue à mettre cette querelle sémantique à son véritable niveau : «La notion de pansexualité n'a pas été utilisée seulement pour parler des humains. Le primatologue Frans de Waal l'a utilisé pour décrire le comportement des bonobos». Voilà donc une autre manière de comprendre et d’exaucer Dame Nature !

Si nous en restons à l’idée que c’est l’affect qui fait le contrat, il est clair qu’il y a du pain sur la planche. Les partisans du PACS ou du CUC devraient comprendre que lorsque l’on sépare totalement la réalité sociale de la réalité naturelle, lorsque l’on scinde totalement reconnaissance sociale et complémentarité naturelle l’une de l’autre, lorsque l’on veut considérer tous les couples à égalité, alors que manifestement tous les couples ne sont pas égaux devant la biologie, on va vers de véritables catastrophes sociales. Lucien Labosse décrit cette catastrophe, sans qu’on ait besoin de forcer le trait à sa place : «Pourquoi, dans une société démocratique ne devrait-on pas laisser les personnes organiser leur vie privée par le biais de contrats, au lieu de les obliger à rentrer dans des institutions standards comme le mariage et le pacs? Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquels chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres».

Béatrice Bourges (toujours elle) note que aux Pays-Bas, on a reconnu le mariage des personnes de même sexe dès 2001 et l’union civile entre trois personnes en 2005. Dans cet acte de permissivité maximale, il y aurait, paradoxalement, une formidable légitimité donnée aux pratiques polygame de la communauté musulmane en France et en Europe. Une loi est-elle nécessaire pour cela ? Un peu de logique peut suffire. Au Brésil, l’année dernière, l’union civile d’un homme et deux femmes a été reconnue devant notaire à Tupa. Objectif affiché par l’avocat des contractants : protéger les droits des partenaires en cas de décès ou de séparation. L’argument est choc. Il me semble que si l’on accepte cette logique de l’union civile, on va y venir très vite en France. Pourquoi ? Au nom d’innombrables victimes de polygamies non déclarées et mal gérées par exemple…

C’est donc la logique de l’union civile qu’il faut rejeter avec la dernière énergie, si nous ne voulons pas que le Monde, notre humanité éduquée se transforme en un vaste lupanar, où les bonobos eux-mêmes auraient du mal à retrouver leurs petits… La régression civilisationnelle qui s’annonce à travers cette idée – révolutionnaire, merci 1789 – du Contrat universel serait sans doute sans exemple dans l’histoire de l’Humanité. Oh ! Il n’y aurait pas besoin d’ailleurs d’en venir au Contrat universel du camarade Lucien Labosse. L’utopie garde ses droits d’utopie ! Un système à options serait déjà profondément subversif. Il suffirait de reconnaître à égalité d’une part l’institution du mariage, qui nous vient du fond de notre culture chrétienne[3] et qui a permis un progrès culturel considérable de l’humanité, et d’autre part le contrat, polymorphe, adaptable à toute volonté, reconnaissant tout affect d’une reconnaissance vraiment sociale. Ce serait déjà une belle pagaille. D’ailleurs, on y va…

Reste la deuxième question posée par Frigide Barjot, celle du droit des homosexuels. Là encore Béatrice Bourges apparaît autrement armée. Il suffit de consulter son petit livre : elle soutient, avec toute raison que les homosexuels n’ont aucun droit en tant qu’homosexuels. Le droit est le droit des personnes. Il n’est ni homo ni hétérosexuel.

Frigide envoie ses ambassadeurs de la Manif pour tous version consensuelle voir le roi du Maroc à propos du droit des homosexuels. La démarche est étrange. Il est étrange d’abord qu’en tant que Français aujourd’hui, ayant à gérer le bazar made in France, l’on se sente concerné par le Maroc. Mais surtout la seule question à poser n’est pas celle du droit des homosexuels, mais celle du droit des personnes, tout simplement. Au nom du droit des personnes, il n’est pas possible qu’un Etat légifère sur les comportements privés des uns et des autres, du moment bien sûr qu’il respecte la liberté d’autrui. Certes le droit du Maroc, issu pour partie de la charia, en dispose autrement dans un certain nombre de domaine. On peut regretter par exemple que le droit à la conversion religieuse qui constitue l’article 17 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ne soit respecté ni au Maroc ni d’ailleurs dans aucun pays officiellement musulman. Dans le domaine de la liberté sexuelle, il me semble que quelques unes de nos élites qui possèdent de grandes villas au Maroc, sont bien placées pour savoir que la plupart du temps le législateur ferme les yeux.

Mais alors pourquoi revendiquer le droit des homosexuels… au Maroc ? Pour démontrer que l’on peut être opposé au mariage pour tous et néanmoins réclamer des droits pour les homosexuels, être attentif à la communauté homosexuelle et à ses revendications communautaires. Mais justement, un Etat qui prétendrait donner des droits à la vie privée des homosexuels pratiquerait une forme de discrimination dommageable. Comme s’il jugeait (en bonus ou en malus qu’importe) des citoyens en fonction de leurs mœurs…

Le propre d’un Etat de droit ? C’est de ne pas faire acception de personne. Mais justement, direz-vous, les homosexuels déplorent une inégalité face au mariage puisqu’ils n’y ont pas accès. Erreur ! Homosexuels et hétérosexuels peuvent s’engager dans le mariage et aussi avoir des enfants. L’Etat n’exclut personne du mariage au titre de son orientation sexuelle : tout cela relève de la vie privée ! Plutôt que de parler d’un hypothétique droit des homosexuels, prenons garde au droit des personnes et d’abord à leur dignité en tant que personnes.
Droit à l’homosexualité ?
En marge du combat des dames, se pose la question non du droit des homosexuels – nous venons de montrer qu’il n’existe pas – mais du droit à l’homosexualité. Sur ce point la doctrine de l’Eglise est complexe. Autant un Etat, s’il n’est pas totalitaire, doit tolérer toutes les formes de vie privée, du moment qu’il n’y a pas abus de la liberté d’autrui, autant on ne peut pas dire que l’homosexualité, en tant que comportement qui s’écarte de la loi naturelle, puisse être jamais considérée comme un droit. Le Catéchisme de l’Eglise catholique écrit en effet : « Les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (n°2357). Il faut bien peser cette précision adverbiale : « en aucun cas ». Elle permet de comprendre que tolérance nécessaire n’est pas droit et que s’il n’y a pas de droit d’une putative communauté homosexuelle au sein de la communauté nationale, il n’y a pas non plus de droit des individus à un comportement qui apparaît en lui-même comme essentiellement déviant.

[1] L’union civile ouvre droit néanmoins (dans l’état actuel du droit français) à l’adoption simple, c’est-à-dire à l’adoption dans laquelle l’enfant connaît l’identité de son père et de sa mère naturels.

[2] Béatrice Bourges, Aude Markovic et Elizabeth Montfort, De la théorie du genre au mariage de même sexe, L’effet dominos, éd. Peuple libre 2013 128 pp. 8 euros

[3] Je ne dis pas judéo-chrétienne, car les juifs des temps bibliques reconnaissaient la polygamie. On pourrait dire néanmoins « biblique » car depuis Adam et Eve, le modèle n’a pas changé. En ce sens, il n’est pas spécifiquement chrétien.

mercredi 29 mai 2013

Plaidoyer pour la décroissance

Cher abbé, je lis votre texte («Ni chaud ni froid») et… il faut bien comprendre de quoi l’on parle. Quand Marx dit «lutte des classes», il ne s’agit pas des galopins de CM2 affrontant ceux de CM1. Quand un chrétien dit «Immaculée Conception» il ne parle pas de Naissance Virginale. Et quand un écologiste sérieux parle de «décroissance», il ne parle pas de celle du PIB! La «décroissance» est par exemple celle… de l’emprunte carbonne.

De quoi s’agit-il? Nous sommes au XXIe siècle et à peu près toutes nos activités utilisent de l’énergie carbonne fossile (charbon – pétrole – gaz). Ces fossiles résultent de la décomposition de végétaux terrestres en des temps très anciens… et très étendus, puisque le pétrole par exemple a mis 300 millions d’années à se constituer. Or quand vous roulez: l’essence, le bitume, et jusqu’à la fabrication de votre auto… tout cela repose sur le pétrole, dont nous avons consommé en un siècle la moitié du stock. Et comme l’«American Way of Life» s’étend au monde entier, nous consomm(er)ons ce qui reste de plus en plus vite. Bref, nous allons au-devant de sérieux soucis, l’idée est de décélerer. Au minimum: de ne pas accélerer. Cet aspect justifie à lui seul que décroisse notre consommation d’énergie carbonne.

Mais il y a autre chose : C+O2 à CO2. Pour bruler du carbonne (par exemple de l’essence dans votre carburateur) vous consommez du dioxygène et vous produisez du dioxyde de carbonne… qui est un gaz à effet de serre. Il y en avait 0.028% dans l’air, avant l’industrialisation du monde. Nous en sommes a 0.038%. C’est un des éléments qui fait que les scientifiques prévoient une augmentation de la température au XXIe siècle, qu’ils ont du mal à évaluer, entre 1 et 7°C. Cependant, même dans la fourchette basse, ne croyez pas que cela soit anodin sur le climat… et par contre-coup sur notre mode de vie.

Bien évidemment, cela n’est guère plaisant à entendre. Du coup, les températures bien trop basses du printemps 2013 nous réjouissent presque. Par analogie, ce printemps froid, c’est un peu l’histoire vieillard centenaire, qui ne lache le guidon de sa bécane que pour tirer sur sa clope. L’anecdote est peut-être vraie, elle est certainement plaisante – il n’empeche que nous savons que le tabac tue. Nous pouvons nous efforcer d’en rire autant que nous voudrons, de penser que cela n’arrivera pas : et pourtant globalement (lissé dans le temps et l’espace) les températures augmentent, le climat se dérègle, la fonte de la calote artique pourrait avoir un effet sur le Golf Stream et l’Europe de l’Ouest pourrait perdre son climat tempéré. Les scientifiques nous disent très majoritairement que nous allons dans le mur, et de plus en plus vite. Peut-être serrez-vous d’accord pour ralentir un peu? Vous seriez alors devenu décroissant, ne serait-ce que parce que le matérialisme bien compris s’oppose au productivisme illimité.

Voilà pour les sources matérialistes du mouvement décroissant. Il y a aussi des racines spiritualistes, qui empruntent aux notions de sobriété, d’intériorité, d’enracinement, de respect des rythmes naturels, bref : il y a des décroissants qui pensent que la vie des Chartreux du film «Le Grand Silence» correspond mieux à l’Homme que celle des détraqués de «Brazil». Mais est-il bien utile de prêcher cela à qui est déjà chrétien?

mardi 28 mai 2013

Des réponses que vous attendez

L'habitude de notre Metablog est de publier tous vos messages, même s'ils s'attaquent au webmestre ou à moi-même. Nous prenons parti. Il est normal que nous assumions nos prises de position. En revanche, les attaques personnelles contre d'autres personnes que nous deux ne sont pas publiées, comme ne sont pas publiés tous le propos qui iraient contre la loi. Je redonne cette précision, car mes trois derniers posts ont suscité des milliers de lectures et plus de cent commentaires. Je les lis tous. J'essaierai de répondre à certains, ceux qui ont été publiés sur le post Ni chaud ni froid étaient, intellectuellement, d'une qualité remarquable, je compte revenir dessus un peu plus tard. Mais l'actualité commande !

Dans mon dernier blog, j'ai mis en cause ce qu'en 1968 on appelait le Système et j'ai averti : le Système se défend et il se défend toujours plutôt bien. Le ministre Manuel Gaz a plus que jamais mérité son petit nom le 26 mai dernier, puisque on pouvait humer le gaz (irrespirable) depuis le boulevard des Invalides. Je suis resté personnellement après la manifestation, j'ai vu les attaques anti-flics : pour la majorité écrasante des participants, c'était une sorte de grand jeu scout (qui fait apparaître à qui accepte simplement de regarder la violence de notre police politique) et pour quelques fascistoïdes fous, manipulés ou déguisés (tout en noir avec cagoule), c'était le sale jeu de la provoc, qui fait tellement le jeu du Système qu'on a vu à plusieurs reprises leur complicité avec les forces de l'ordre. J'ai passé une partie de la nuit avec les Veilleurs : atmosphère calme et concentrée, disciplinée (c'est fondamental). Dans un autre registre, la méthode dite du harcèlement  démocratique par le camarade Jean-Christophe Cambadélis, à la condition qu'elle reste parfaitement non-violente, me semble, elle, particulièrement efficace : les comités d'accueil font merveille. Ce qui s'est passé au lycée Buffon hier le démontre: visite prévue du président Hollande. Interpellations préventives de 93 personnes. Qui perd ses nerfs? Le quartier (qui est le mien) était transformé en gymkhana pour voitures de flics sirènes hurlantes.

Dans 99,9 % des cas, les manifestants montrent une parfaite maturité, un refus de la violence, mais aussi une détermination sans faille. Que se passe-t-il ? Le Pouvoir tente de diaboliser ses opposants en les traitant de fascistes, et tout le monde sait bien qu'à 99,9 %, ces jeunes ne sont pas des fascistes. Simplement, avec la fougue de leur âge, ils font une démonstration inédite jusqu'ici : les chrétiens ne veulent plus jouer la politique de la chaise vide (ou celle de la grande Muette, pour les militaires). Ils entendent prendre toute leur place dans le débat public et c'est vrai que cette détermination est nouvelle. Parce que l'on s'attaque à la famille hétérosexuelle, monogame et fondée sur l'amour, cette famille qui est le grand héritage du christianisme dans nos sociétés post-chrétiennes, le dernier lambeau de chrétienté, alors les chrétiens montrent leur détermination. Il était temps!

Cette détermination n'a rien à voir avec la haine, quoi qu'en aient écrit ici certains (des trolls sans doute). Nous chrétiens, nous sommes avertis de ce qu'il y a de pervers dans toutes les mécaniques qui conduisent à désigner un bouc émissaire et à le tuer. Pas de bouc émissaire! Mais simplement un combat qui est non seulement pour la société mais pour l'Eglise, un combat qui consiste à présenter l'Evangile de la vie de la manière la plus convaincante et la plus publique possible.

Je ne reviendrai pas pour l'instant sur ce que j'ai écrit, contre tous les "flics de bénitier" selon l'expression de l'un d'entre vous, à propos du geste de Dominique Venner, sinon pour souligner l'importance qu'il y a, en tant que chrétien à refuser la soumission, tout en cultivant l'obéissance. La soumission, qui renvoie à la domination, résulte de la mise en place d'un rapport de force. Hegel, avec sa dialectique du Maître et de l'esclave a pu montrer que cette conception absolument moderne de l'autorité (elle remonte au Contrat social de Rousseau et au Léviathan de Hobbes) se retourne souvent contre ceux qui la pratiquent. Pour Hegel, l'individu dominé, parce qu'il n'a plus rien à perdre, se retourne contre celui qui le domine et il doit forcément gagner dans la mesure justement où il n'a rien à perdre.

La conception chrétienne de l'obéissance n'a rien à voir avec un rapport de force. Elle est une application de la charité, c'est-à-dire du service. Obéir consiste à se mettre au service d'autrui, avec toute son intelligence et en toute liberté, pour travailler en vue d'un bien commun. Le Père Labourdette, dominicain, appelle joliment l'obéissance "la vertu du bien commun". Si l'obéissance n'est pas conçue comme une manière de participer au bien, si elle est uniquement un comportement de docilité envers une force supérieure, alors elle n'est pas une vertu. Juste un comportement dicté par l'instinct de survie. Si l'obéissance est tellement discréditée aujourd'hui, c'est parce que l'on a oublié qu'en tant que vertu, elle n'a rien à voir avec la soumission.

samedi 25 mai 2013

[les Veilleurs de France] ...retrouver une culture véritable sur laquelle l'homme peut se construire...

reprise d'un texte des Veilleurs de France
Chers amis, les Veilleurs de France vous invitent à la Grande Nuit des Veilleurs le dimanche 26 mai. Cette veillée sera lancée dès la dispersion de la manifestation nationale. Et nous vous invitons, pour y participer, à vous asseoir sur les pelouses des Invalides et de l'avenue de Breteuil devant les banderoles des Veilleurs. Dès l'installation et tout au long de la nuit, les Veilleurs partageront un programme culturel, des temps de calme, de chants, et entendront des intervenants qui viendront nourrir notre réflexion sur l'Homme et notre rôle dans la cité. Pour ceux qui souhaitent rester plus longtemps, prévoyez des bougies, de l'eau, des en-cas, des vêtements très chauds, duvets, lampes de poche etc. Il sera toujours possible de se joindre à nous au milieu de la nuit ou dans la matinée. Ce sera une grande joie de partager avec vous l'irruption, dans l'histoire, de l'âme d'un peuple qui sort du sommeil face à l'anéantissement de sa civilisation, et se met à veiller sur elle.
L'esprit des Veilleurs
Depuis plus d'un mois, nous avons choisis d'honorer la personne humaine en nous rendant présents au monde, chair et esprit, dans le cadre de veillées qui ont lieu dans des lieux publics pour y retrouver une culture véritable sur laquelle l'homme peut se construire. Etre Veilleur, c'est offrir quelques heures à sa société pour redécouvrir le sens de la vie, de la société et la réalité de la personne humaine grâce à la redécouverte de l'histoire de France, de sa littérature, de la philosophie, grâce à la musique et à des témoignages.

Veiller, c'est aussi mettre sa vie, son quotidien, sa volonté au service du bien commun, reconnaître que nous sommes des êtres de relation et espérer un redressement culturel et politique profond. Veiller, c'est s'efforcer d'être un homme ou une femme de conscience, d'appeler le bien et le mal par leurs noms, de préférer la vérité au mensonge, la beauté à la laideur, la justice à l'iniquité, la paix à l'affrontement. Veiller dimanche soir, c'est renoncer à la tentation de la violence qui suscite la répression, au profit de la non-violence qui conduit à la conversion de ceux qui ignorent tout de l'Homme, ou sont indifférents à la réalité de la souffrance des plus petits et des plus faibles.

Veiller, c'est commencer à changer sa vie et espérer ainsi changer la société.

vendredi 24 mai 2013

Printemps français : l'intolérance républicaine

Le sinistre Manuel Gaz vient de déclarer que le printemps est intolérable. Voici ses propres paroles, relayé ce matin sur le net par le quotidien Libération :
«Nous allons l’étudier parce que ces propos sont inacceptables», a déclaré le ministre, interrogé sur un communiqué virulent du groupe. «Il n’y a pas de place pour des groupes qui défient la République, la démocratie et qui s’attaquent aussi à des individus», a prévenu Manuel Valls, deux jours avant la manifestation des opposants au mariage homosexuel qui pourrait bien être la dernière".
Quels sont ces propos intolérables ? Quel est ce communiqué virulent ? L'article de Libé sur lequel je me fonde nous donne ceci, jugez donc du degré de nuisance. Je cite Libération, citant le texte incriminé par notre Ministre de l'Intérieur :
 "Dans un communiqué publié le 21 mai, le Printemps français appelle à «une nouvelle résistance» face à une loi qui irait «contre les lois de la biologie et contre tout sens commun». « La France est actuellement soumise à des forces qui veulent l’asservir entièrement. La bataille ne fait que commencer. Elle se prolongera jusqu’à la victoire», peut-on encore lire".
Que reproche-t-on au Printemps français, qui, au passage, n'est pas une association que l'on pourrait interdire mais une simple appellation, à laquelle les citoyens hostiles au Mariage pour tous peuvent se raccrocher : vous, moi et tous les marcheurs du 26 mai ? J'espère qu'on ne lui reproche pas d'avoir écrit que le mariage homosexuel est un défi aux lois (élémentaires) de la biologie... Je ne le pense pas. Tout le monde sait bien qu'après le mariage homosexuel et pour en valider la perspective, il faut faire passer une loi sur la GPA [la gestation pour autrui]. Voilà un défi à la biologie ! Voilà un défi au bon sens ! Je dirai : une insulte au sens maternel, le plus profond et le plus beau de toute la création, celui qui ressemble le plus à un amour naturel. Mais il me semble qu'écrire cela ne nous met pas encore hors la loi.

Ce que l'on reproche au Printemps français ? Se présenter comme une alternative politique. Avoir écrit : "La France est actuellement soumise à des forces qui veulent l'asservir". Ca c'est intolérable ! Cette remise en cause du Système de contraintes qui nous régit est inadmissible. Qui ne peut pas l'admettre ? Les marionnettistes et autres profiteurs du système. Qui sont-ils ? Les politiques, l'élite mondialisée dont il aspirent à faire partie et le quatrième pouvoir...

A propos des politiques, disons que DSK et Lagarde sont deux tentatives de sublimation globalisatrice du destin de politicien hexagonal. La première tentative a mal tourné. La seconde suscite tant de jalousies... Il faut préciser aussi que les journalistes aspirent à intégrer le monde des politiciens ou tout au moins à être reconnus comme un Pouvoir dans le Système... Le Système, via ses séides, devient ainsi à lui-même sa propre fin. Il est mondialisé.

La meilleure critique que j'en ai lue, à ce jour, est celle  d'un éminent représentant de l'Ecole de Francfort : Jürgen Habermas. Il met en cause la rationalité politique elle-même. C'est assurément une critique de gauche. Je la dédie particulièrement au ministre Manuel Gaz, qui comprendra peut-être enfin que malgré son enthousiasme maçonnique pour tout ce qui déconstruit, son seul idéal réel, c'est le Système, sa défense à tout prix, et ce qu'il peut rapporter à certains (dont lui). Au passage, Habermas invoque Herbert Marcuse et... Max Weber : il brasse large.
"H. Marcuse entend démontrer que le concept formel de rationalité (que Max Weber a induit à partir à partir de la personne juridique moderne moderne et du fonctionnaire de l'administration moderne) comporte certaines implications quant au contenu. Marcuse est convaincu que, dans ce que Weber a appelé la rationalité, ce qui l'emporte ce n'est pas la rationalité en tant que tel, mais, au nom de la rationalité, une forme déterminée de domination politique inavouée.Cette rationalité soustrait à la réflexion rationnelle le faisceau d'intérêts macrosociologiques au sein duquel les stratégies sont choisies et les systèmes aménagés" (La technique et la science comme "idéologie" Gallimard 1973).
Les philosophes soixante-huitards en Allemagne ont fait la théorie du système. Ils n'en ont pas mentionné l'ultime perfectionnement, très apparent dans la récente prise de position de Manuel Gaz : on appellera "démocratie" tout ce qui se rattache à la Domination induite par le système et on qualifiera d'antidémocratique tout ce qui tente de s'en éloigner. Ce sera la meilleure manière de "soustraire ces perspectives différentes (celles du Printemps par exemple) à la réflexion". Plus le droit d'y penser ! Plus le droit d'en parler ! La loi est signée, vous n'avez pas le droit de vous opposer à la Loi sous peine d'être pris en flagrant délit d'esprit antidémocratique.

C'est dans cette perspective que j'appellerais macropolitique que les rodomontades de Manuel Gaz sont à prendre au sérieux. Le Système est mis en cause ? Le Système se défend et il se défend de manière parfaitement morale au nom de la démocratie. Quitte à organiser des provocations. Attention le 26 mai : vous avez lu Libé, plus haut. Ce doit être "la dernière fois". Dernière fois avant diabolisation et/ou interdiction.Il faut donc que nous profitions tous de la liberté qui nous est laissée... Avant de la perdre ? Non : pour que l'on soit trop nombreux pour risquer de la perdre par décret.

jeudi 23 mai 2013

Peur, quand tu nous tiens, réponse à l'abbé Robinne et à quelques kozeurs...

De mortuo, nihil nisi bonum : d'un mort on ne dit que du bien, dit le proverbe latin. C'est dans cette perspective que j'ai voulu écrire de Dominique Venner, un homme dont j'admirais l'élan et le militantisme parfaitement désintéressé, le travail et la volonté de créer (des oeuvres, des circonstances ou même des changements historiques profonds). Il est une catégorie qui échappe peut-être à certains : Venner était ce que l'on appelle un homme noble : un homme détaché de l'ordinaire. Egotiste ? Parfois... C'était sa faille. Mais il mettait toujours son combat (ou l'idée qu'il se faisait de son combat) au-dessus de lui-même. Cela étant posé (comme il aurait dit lui-même sur RC), c'était un homme avec lequel je n'avais aucune vision commune (aucune connivence idéologique, n'en déplaise à Koz), un homme auquel je n'ai jamais fait la moindre concession, et qui accepta d'ailleurs naguère, dans la Nouvelle revue d'histoire, de publier ma longue réfutation d'un de ses papiers sur les causes de la ruine de l'Empire romain.

Ne peut on pas respecter quelqu'un sans pour autant partager ses idées ?

Pour Koz, mon papier serait "stupéfiant" (ça me rappelle un vieux sketch, vous aussi?). Le fait de comparer ce suicide à un seppuku dénoterait de "la complaisance" envers le suicide, complaisance, bien sûr, "indigne d'un prêtre". Personnellement je pense plutôt que c'est le fait de s'acharner sur la dépouille qui est indigne d'un prêtre Nous sommes, nous autres prêtres les ministres de la Miséricorde. Acharnement? Pour tel Causeur célèbre sur la Toile, (il en avait l'intuition depuis longtemps, il peut le dire haut et fort à présent), Dominique Venner, ce serait... le diable. Rien moins ! Personnellement je me suis toujours élevé contre toutes les formes de diabolisation. Le diable est un ange pas un homme.

Argument décisif : "L'Eglise y voit une profanation". C'est clair que si l'on est chrétien, un tel acte, qui représente une suprême désobéissance à Dieu dans un lieu divin, est une profanation. Mais si l'on ne l'est pas... Si l'on fait profession d'athéisme ? Si pourtant l'on cherche désespérément le sacré (au point de le rêver dans je ne sais quel Walhalla) et qu'on le trouve dans la forêt de piliers d'une cathédrale, au pied d'un autel dédié à la Vierge, alors qu'on a débiné toute sa vie cette sacralité-là, je pense qu'on est bien obligé (cela ne plaît ni aux cathos redresseurs de tort qui voient le monde en noir et blanc, point barre (sic), ni aux païens patentés mais je le dis) de trouver un sens à ce geste hasardé, un sens subjectivement sacré. C'est en respectant cette démarche personnelle, même en ce qu'elle peut avoir d'incongru ou disons-le d'objectivement monstrueux, que le cardinal Vingt-Trois puis Mgr de Moulins-Beaufort ont fait prier pour celui que Libération appelle "le suicidé de Notre Dame".

Est-ce de "la complaisance" que de vouloir non pas accepter ni justifier mais tenter de comprendre les raisons d'un acte apparemment irrationnel ? Le Curé d'Ars, d'une science mystérieusement certaine, avait absout un suicidé : "Entre le pont et l'eau, il s'est converti, il est sauvé". Ne peut-on pas (sans aucune complaisance) scruter les raisons complexes qui ont poussé Dominique Venner à se donner la mort ? Ne doit-on pas souligner ce qui dans cet acte résiste à toute interprétation vulgaire ? Scruter ou peser ce que ce geste pourrait avoir de chrétien "en espérance", malgré le désespoir, dont il est issu ?

On me dit que ce raisonnement est "plus que limite surtout de la part d'un prêtre", qu'il est "loin de toute théologie catholique". Je n'ai jamais nié que le suicide soit un péché grave. Que Dominique Venner, par cet acte, soit un pécheur devant l'éternel (et pas le saint que certains veulent voir, à Lyon en particulier me dit-on), c'est très clair. Simplement, c'est au moment où il voudrait donner à sa vie par lui-même l'ultime sceaux de l'autosuffisance... que le voilà, dans une sorte de lapsus existentiel, dans le champ de l'Autre [de l'Autre que soi] qui est le champ de Dieu : le voilà à Notre Dame, devant l'autel, en quête du dernier symbole. On n'échappe pas à Dieu si facilement ! Quelle ironie redoutable que celle du Tout puissant !Quelle douce ironie que celle qu'il exerce sur les pauvres humains par Notre Dame.

Est-ce là une apologie? Bien sûr que non. Cette tentative de mise au point est-elle (au choix car le prêtre qui se fait mon contradicteur semble me laisser le choix)déplacée, scandaleuse ou dérangeante ? Je ne la crois pas déplacée mais sacerdotale. Ni scandaleuse (ce sont ceux qui crachent sur la tombe au nom du Christ qui créent le scandale). Mais je sais bien que l'acte sur lequel nous réfléchissons, comme ma démarche présente peuvent paraître un peu... dérangeants. Hors piste. Hors champ. Evidemment. Et cela fait peur à certains catholiques, habitués au confort de leur petite bourgeoisie. "Ces catholiques, n'est-ce pas, écrit Mortimer sur son site La Plume, jugent vite, trop vite, comme s'il y avait urgence". Cette urgence est celle de leur peur.

Je leur dis, moi : N'ayez pas peur, n'ayez pas peur du Christ, juste juge, seul détenteur de toutes justices. N'ayez pas peur du mal, de la puissance du mal. Elle est déjà vaincue.

mardi 21 mai 2013

Le dernier geste de Dominique Venner

Tout à l'heure à 16H00, Dominique Venner s'est suicidé, à Notre Dame, devant l'autel d'une balle dans la bouche. Comment comprendre ce geste ? Quels en sont les motifs ? Une lettre a été laissée sur l'autel, il nous dira ce qu'il veut nous dire de son acte.

J'ai eu l'occasion, voilà déjà une quinzaine d'années, de rencontrer Dominique Venner, de discuter avec lui, d'essayer de comprendre l'antichristianisme militant de cet historien qui était à la fois si froid et si passionné, si précis dans ses analyses et si lyrique dans ses perspectives, sans que le lyrisme ne nuise à l'analyse ni l'analyse au lyrisme. Dominique Venner avait une grande âme, "un coeur rebelle". C'est ce qui m'avait fait éprouver pour lui, alors que nous étions aux antipodes l'un de l'autre, une véritable sympathie. Il m'avait d'ailleurs dédicacé son ouvrage autobiographique Le coeur rebelle : "A l'abbé de Tanoüarn qui n'est pas un coeur soumis". Cette formule, je l'ai longtemps méditée. Je crois que c'est en cela que nous avons été en compréhension l'un de l'autre, lui et moi, dans le refus de toutes les formes de soumission. Se soumettre c'est subir, subir c'est renoncer à agir, renoncer à agir c'est accepter de ne pas servir, de ne servir à rien, de se laisser happer par le grand Néant de tous les A-quoi-bonismes, contre lequel Dominique s'est élevé toute sa vie. Contre lequel pourrait-on dire, il a tenté d'élever sa vie et son oeuvre.

Son dernier post, sur son blog, appelant à manifester le 26 mai contre le mariage homosexuel, mêle la crainte d'une islamisation de la France à ce signe de décadence morale qu'est le mariage des homosexuels. "Ce ne sont pas de petites manifestations de rue" qui pourront changer quelque chose à cette formidable conjuration "du pire et des pires" que présente la vie politique française en ce moment. On devine une forme de désespoir politique, vraiment poignant chez cet homme de 78 ans, dont on pourrait penser qu'il en a vu bien d'autres, depuis les combats de l'Algérie française, les appels à la résistance d'Europe jeunesse, jusqu'à maintenant. Mais le désespoir n'est pas l'explication ultime de ce dernier geste.

Du reste, sur son Blog, ce n'est pas le désespoir qui domine le texte qu'il nous laisse : "Il faudra certainement des geste nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines. Nous entrons dans un temps où les paroles doivent être authentifiées par des actes". On pense au sepuku de Mishima, il n'a pas pu ne pas y penser, en choisissant froidement le lieu et le moment et en s'interdisant de se rater. Son acte a été mûri, prémédité. Il avait remis les clés de la Nouvelle revue d'histoire ce week-end à celui qu'il considérait comme son plus proche collaborateur et son continuateur, Philippe Conrad. Sans paraître affecté. Il avait fini sa tâche, il importait de donner un sens à sa fin.

Sur son blog, il expliquait : "Il faudrait nous souvenir aussi, comme l’a génialement formulé Heidegger (Être et Temps) que l’essence de l’homme est dans son existence et non dans un « autre monde ». C’est ici et maintenant que se joue notre destin jusqu’à la dernière seconde. Et cette seconde ultime a autant d’importance que le reste d’une vie. C’est pourquoi il faut être soi-même jusqu’au dernier instant. C’est en décidant soi-même, en voulant vraiment son destin que l’on est vainqueur du néant. Et il n’y a pas d’échappatoire à cette exigence puisque nous n’avons que cette vie dans laquelle il nous appartient d’être entièrement nous-mêmes ou de n’être rien".

"Nous n'avons que cette vie...". Cette affirmation, pour Dominique Venner, est une donnée essentielle du problème. S'il n'y a pas d'au-delà de la vie terrestre ; pour quelqu'un qui entend aller jusqu'au bout, l'instant, chaque instant a un poids écrasant. Le chrétien comprend ce sens de l'instant et ce sens de la responsabilité, mais il ne cherche pas à aller au-delà du possible : Dieu est l'agent de nos destinée. Dieu achève l'ébauche que nous lui tendons à la dernière seconde.Et le sacrifice est encore une action, non une soumission. Dominique Venner n'a pas voulu s'en remettre à Dieu de sa dernière seconde, il ne pouvait pas faire ce sacrifice : il a souhaité la choisir. Pétri de philosophie allemande, il a repris toute sa vie l'idée de Schelling, commenté par Heidegger : "être c'est vouloir". Esse est velle. "L'être, c'est le vouloir". Il faut vouloir jusqu'au bout pour être vraiment. Voilà la formule d'un athéisme antinihiliste... Le sien.

Et pourtant...

Pourtant, Dominique Venner a choisi l'autel de Notre Dame pour cette décision. C'est sur l'autel qu'il a posé une dernière lettre. Vraiment je ne crois pas que, s'il a fait cela, c'est pour attirer l'attention, pour que Manuel Gaz vienne sur les lieux. Il n'avait que faire de ce genre de reconnaissance "médiatique". Son acte n'est pas médiatique, il est symbolique. Quel symbole ? Celui de la Vierge Mère, celui de l'éternel féminin, lui qui, dans son dernier blog professe "respecter les femmes alors que l'islam ne les respecte pas". Sans doute. Mais il ne faut pas oublier qu'outre sa culture païenne, Dominique Venner possédait une solide culture chrétienne, avant que son entrée en délicatesse avec une Eglise qu'il voyait comme absurdement pro-FLN ne l'ait détourné de Dieu. Je crois que ce suicide-avertissement, que Dominique a voulu comme une sorte d'analogie frappante avec le suicide de notre civilisation, était aussi, pour lui, la seule manière qu'il ait trouvé de passer par l'Eglise une dernière fois sans se renier. Une sorte de prière sans parole, pour ce coeur inassouvi jusqu'à la dernière seconde. Dieu ? C'était trop compliqué pour lui. Mais Marie... Une femme, capable - Dieu le sait - d'exaucer enfin le désir de perfection qui a été la grandeur et le drame de sa vie.

lundi 20 mai 2013

Ni chaud ni froid...

Nous étions dans l'idéologie du réchauffement climatique, au nom de laquelle nous devions admettre la nécessité et le devoir morale de décroissance ; et voilà que, pèlerins ou pas, nous sommes bien obligés de nous plaindre du froid, alors qu'il pleut de l'eau froide et triste, qu'il fait plus ou moins 13 degré et que l'été est sensé venir à grands pas. Même Libération, grand militant antiréchauffement, vient de le reconnaître : "Le froid inhabituel retarde la pollinisation et la maturation. Avec des «conséquences qu’on commence à percevoir», admet le ministre de l'Agriculture".

Je trouve qu'Il a de l'humour, le bon Dieu, et pas seulement avec Le Foll, ministre de l'agriculture. Comme dit l'Evangile,Il "fait briller son soleil sur les bons et sur les méchants". Cette pollinisation à retardement, c'est certainement une manière à lui de nous montrer à tous que le réchauffement n'est pas une fatalité et que la décroissance n'est pas un devoir moral mais l'une des échappatoires l'un des alibis du grand nihilisme européen. L'homme, je vous le demande, peut-il s'empêcher de grandir sans renoncer - quelque part - à être un homme ?

Mais pour que l'homme grandisse,et accepte de grandir encore, pour qu'il comprenne que la croissance est la loi de sa vie, comme Pascal en eut l'intuition dans sa Préface à un Traité du vide, il faut qu'il se sente en sécurité, qu'il exorcise ses peurs infantiles, bref qu'il devienne croyant s'il ne l'est pas, qu'il renforce sa foi s'il la possède. La foi n'est pas l'apanage de ce que l'on appelle avec un peu de dédain, la vie spirituelle. Elle est ce qui permet à chacun d'accomplir sa vie dans la confiance. Elle est aujourd'hui d'autant plus nécessaire à toute vie simplement humaine que nous sommes entrés dans une société de défiance et que la foi, comme la confiance, exigent de nous que nous ramions à contre-courant.

Depuis ce que l'on a appelé la grande peur en 1789, je crois que chaque fois qu'une société s'éloigne de Dieu, elle est poreuse à tous les fantasmes et particulièrement accessible à la peur. En 1789 la grande peur avait fait des morts dans toute la France. Les Français avaient trouvé des "traîtres" à égorger, à sacrifier, comme si ces crimes contre des boucs émissaires étaient nécessaires à leur calme. Aujourd'hui, on a un peu moins peur des traîtres (encore que...) mais on a peur du temps qu'il fait : sur cette Planète entièrement due au hasard, l'ordre ne tient qu'à un fil. Va-t-on manquer d'eau ? Va-t-on manquer de soleil ? Va-t-on être submergés par les eaux des pôles ? Toutes questions qui se comprennent très bien quand on ne croit qu'au Hasard et à la Nécessité, mais qui sont ineptes pour celui qui croit au Logos, cet esprit qui a tout mis en cosmos comme disait Anaxagore cinq siècles avant Jésus-Christ. Je crois vraiment qu'Anaxagore n'est pas prêt d'être démenti.

Mais quel est l'agent de la défiance ? Quel est le promoteur de la peur parmi nous ?

Je vais vous le dire d'un mot, même si cela risque d'en choquer quelques uns. Ce mot, je l'emprunte à Luc Ferry : c'est la démocratie. Tout à l'heure, dans un débat sur BFMTV, avec André Bercoff, obligeamment twitté par Guillaume de Prémare, il a comme on dit entre CRS lâché le morceau. Bercoff déplorait le fait que la filiation ne représente plus rien pour le Législateur, mais aussi pour beaucoup de gens, en manque des repères les plus élémentaires. Notre philosophe nous pouvait pas laisser passer cette occasion de nous redire son Credo à l'envers, sa curieuse foi philosophique dans le néant : "Je me réjouis de cette perte de repères. La démocratie, c'est la déconstruction des repères traditionnels." Déconstruction ? Disons : destruction culturelle organisée, ce sera plus simple. La démocratie n'admet plus aucune loi supérieure à la Volonté générale des citoyens, telle qu'elle s'exprime à un moment donné.Elle déconstruit donc méthodiquement et logiquement tout repère.

Jean-Jacques Rousseau l'avait bien expliqué trente ans auparavant : "Dans une République, il n'y a pas de loi fondamentale". L'expression "loi fondamentale" est bien connu des Français en 1763, lorsque paraît le Contrat social. En monarchie (dans la monarchie française) il y a des lois fondamentales qui font que malgré tout son pouvoir le Monarque n'est jamais un despote. Il n'en est pas de même pour le peuple : le peuple peut devenir un despote, il a le droit de devenir un despote, puisqu'il est le peuple... Aristote au Livre III de sa Politique avait déjà aperçu cette faille au système démocratique "quand tout le peuple, écrivait-il est comme un seul tyran". Lui pensait qu'il s'agissait d'une tare et qu'il fallait tout faire pour éviter cette situation. Rousseau ne s'est pas soucié de garde fous au Pouvoir absolu de la volonté générale. Il théorise ce Pouvoir comme absolu, ce en quoi sa politique, me semble-t-il, passéiste ou progressiste qu'importe, sera toujours haïssable.

Luc Ferry ne dit pas que la démocratie, c'est la liberté. Il écrit : la démocratie c'est la déconstruction. Il prend donc position froidement pour l'un des avatars de la République rousseauiste, cette démocratie qui est systématiquement contre tout ordre qui ne vient pas d'elle, cette démocratie qui n'accepte d'ordre qu'humain.

Qu'est-ce que le réchauffement climatique ? C'est la théorie selon laquelle les climats ont été troublés par l'activité humaine excessive. Même la loi du ciel et la loi des saisons ne sont plus valables. Avec cette théorie, le nihiliste ordinaire oscille délicieusement entre un sentiment de pouvoir absolu (l'homme n'est plus soumis à aucune loi, même pas à celle du climat puisque comme dit Madame Michu il n'y a plus de saison). Quelle belle victoire sur les éléments qui jusqu'ici nous imposait le chaud en été et le froid en hiver ! Mais en même temps que la loi s'estompe, naît et renaît la peur, une peur vague sans objet (il n'y en a plus, puisque tout est rien). Comme dit le Poète : "L'angoisse atroce, despotique, sur mon crâne incliné plante son drapeau noir".

Le nihilisme permet à l'homme d'expérimenter sa toute-puissance puisque, par hypothèse, il n'y a rien autour de lui. C'est ce que Luc Ferry appelle la découverte de "l'homme-dieu" qui se donne lui-même comme "le sens de sa vie" : il est seul, le seul, pour lui seul. Mais le nihilisme est aussi anxiogène et depuis la Révolution française, on sait comment ces angoisses-là se conjurent...

mardi 14 mai 2013

François / médias : prodromes du divorce à venir

Frédéric Mounier nous avait prévénu dans La Croix du 20 mars dernier : «Le jour où le pape, parce qu’il est pape, rappellera que l’avortement est la destruction d’une vie, ou que, pour élever un enfant, il n’y a pas mieux qu’un couple hétérosexuel stable et fidèle, beaucoup risquent de trouver ce pape ‘pas si cool que ça’.» - C’est que les médias (dixit Mounier) «lèchent, lâchent puis lynchent» leurs éphémères idoles.

Il semble que le moment soit venu, et Justin du Forum Catholique nous signale ce matin un texte du Parisien qui découvre un pape «peu disposé à des changements radicaux» - concrètement, François garde la position catholique sur l’ordination des femmes, le mariage des prêtres, la pilule, la capote, le divorce, etc. Et puisque les journalistes chassent en meute, il est fort possible que d’autres textes suivront. Ce n’est plus ‘lèchent’, ce n’est pas encore ‘lynchent’, c’est déjà ‘lâchent’.

lundi 13 mai 2013

Incontournable christianisme !

Il faut d'abord que je vous recommande le dernier film de Robert Redford, vieux cascadeur de 76 ans. Dans la version française, il s'intitule Sous surveillance. Tout un programme : le nôtre. L'intrigue trouve son rythme dans la puissance du Renseignement d'Etat, nous sommes effectivement tous sous surveillance. C'est ce que l'on appelle la démocratie moderne, qui n'est démocrate que de nom, alors que ce Régime représente le gouvernement le plus contrôlé que le Monde ait jamais connu. Gouvernement bientôt mondial comme les autoroutes de l'information qui lui servent de chemins de ronde. Gouvernement dans lequel toutes les alternances ne signifient que l'éternel retour du Même.

Allons-nous retrouver une vraie démocratie d'expression, loin de la Pensée formatée, devenue un produit de consommation parmi d'autres ? Aujourd'hui Béatrice Bourge, porte parole du #Printempsfrançais, est certainement l'une des femmes par lesquelles passe un nouveau courant de liberté et d'authenticité. Je suis heureux et fier de la recevoir ce mardi à 20 H 15, au Centre Saint Paul. Devant les caméras ou face au militant, elle représente une force nouvelle, un élan dont nous avions perdu l'habitude, au milieu d'hommes politiques tous plus décevants les uns que les autres. Elle porte cette revendication magnifique d'une Politique de la vie, où ce qui compte ce n'est pas seulement le fait de vivre comme des oesophages sur pattes, mais la possibilité laissée à chacun de vivre bien, de se responsabiliser, d'obéir aux lois immémoriales qui gouvernent la nature humaine, en particulier les lois qui dérivent de la différence des sexes, mais aussi les lois qui proviennent de l'impératif de respect pour tous et chacun, fort ou faible, quelle que soit sa communauté, loi du respect qui est le nom social de la charité, qui est la charité chrétienne socialisée, historicisée.

Nous sommes autour des derniers acquis de la chrétienté. Ensuite, dans l'univers post-chrétien, on observe petit à petit une régression, ce que René Girard appelle le retour à l'archaïsme. Historiquement souligne l'auteur du Bouc émissaire, un seul choix nous est donné : être la première ou la deuxième des prostituées entre lesquelles le roi Salomon rendit justice. Chacune représente une forme de sacrifice. Chacune représente aussi une forme de vie humaine, car toute vie est sacrifice. Qu'on en juge, après Salomon : chacune de ces deux femmes était devenue mère. L'un des petits est mort. Elles se disputent autour de l'enfant vivant. Salomon arbitre. L'une veut qu'il soit coupé en deux pour qu'il n'y ait pas de jalouse... L'autre est prête à le perdre pour qu'il vive. L'une représente le sacrifice païen, meurtre collectif de victimes qui sont des boucs émissaires, l'autre, renonçant à celui dont Salomon devine immédiatement qu'il est son fils (et qu'elle est la mère) : y renonçant pour qu'il vive. La première signifie le sacrifice païen : on tue pour apaiser les rivalités en les détournant dans une haine commune. La seconde signifie le sacrifice chrétien : on se sacrifie soi, pour que l'autre puisse vivre. Dans l'Ancien Testament (j'avais insisté là dessus dans un livre publié il y a quelques années), Jonas est une autre figure de ce sacrifice déjà chrétien dans l'esprit. Il demande en effet à l'équipage du navire dans lequel il a pris place d'être lui-même jeté par dessus bord pour que s'apaise la colère de Dieu.

Mais pourquoi vous raconté-je tout cela ? peut-être parce que je n'ai pas pu donner mon cours ce soir, faute au zèle de la Maréchaussée qui m'a subtilisé ma voiture. Mais surtout à cause d'une petite phrase de René Girard dans Les origines de la culture - qui m'a marqué. Il souligne qu'entre les deux prostituées (entre les deux sacrifices), "il n'y a pas d'interstice". C'est l'un ou l'autre... Si notre monde devait se résoudre à tourner le dos au christianisme (ce n'est pas encore fait !) il risque de retrouver la sauvagerie de l'archaïsme. Et voilà pourquoi, envers et contre (presque) tous, le christianisme est incontournable ! Il porte seul l'Evangile de la Vie. Il se met toujours du côté des victimes.

Soit, dans le Christ crucifié, on canonise les victimes, et l'on étend sur le monde, comme un invisible filet, l'immense analogie des sacrifices que Joseph de Maistre a merveilleusement découverte à nos yeux dans son court ouvrage d'Eclaircissements. Sans doute est-ce là l'autre nom de la communion des saints...

Soit, dans le meurtre du Bouc émissaire, on continue à tuer ensemble "le pelé, le galeux dont vient tout le mal" comme dit La Fontaine (Les animaux malades de la peste). On crie Haro sur le baudet et c'est la violence que l'on sanctifie : sainte violence qui réalise l'union des hommes entre eux, quand on parvient à faire l'unanimité contre le Bouc émissaire. A cet égard, la "diabolisation", dont on parle d'ailleurs un peu moins pour la pratiquer d'avantage, n'est pas autre chose qu'une anticipation médiatique de ce retour aux sacrifices humains ; c'est la haine méthodique, organisée du pelé, du galeux.

Je crois, étant donné la perspective apocalyptique que nous offre la vision de la deuxième prostituée et des sentiments meurtriers qui la meuvent, que l'on ne doit pas se presser d'être pessimiste. Le défaitisme est un péché. Le monde a tellement reçu de la Révolution chrétienne qu'il ne l'abandonnera sans doute pas si vite que certains le pensent et l'espèrent. Ainsi le printemps 2013 est français, il est chrétien. Pour la première fois depuis 1905, le christianisme retrouve une expression publique dans notre Pays. Pour la première fois, au plan international, un pape ne juge pas déchoir en participant à une grande manifestation de fierté chrétienne pour la vie. Il faut que ce pape soit grand pour accepter de devenir un militant parmi les 40 000 qui ont battu la semelle sur le pavé romain dimanche. Il faut aussi que la situation soit grave pour que l'on en arrive là...

Ce sursaut ne serait pas arrivé, ce frémissement ne se serait pas manifesté si la situation n'était exceptionnellement grave et si l'Indifférenciation (des fois, des sexes, des vies) ne progressait chaque jour au nom de la standardisation et du capitalisme triomphant, sous le couvert vertueux de la lutte contre les discriminations. Tout va mal ? Mais justement, comme dit Hölderlin en une sublime déclaration de foi : "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve".

jeudi 9 mai 2013

Twittez

J'imagine que beaucoup de lecteurs de ce blog fréquentent déjà twitter, ne serait-ce qu'en simples lecteurs. Ce billet s'adresse donc aux autres, à ceux qui ne savent pas combien c'est facile, ou qui pensent ne pas avoir le temps. Le temps? Passés les premiers essais, Twitter l'économise au contraire, des sources bien calibrées et de toutes natures vous amenant l'info que vous n'avez plus à aller chercher. Pour ceux qui ne connaissent pas, donc, voici à titre d'exemples...
 
... à tout seigneur tout honneur:
... Tugdual D n'a pas son pareil pour dire un maximun de choses en 140 signes:
... Sa Sainteté a repris (et dynamisé) le compte de Benoit XVI
... Mgr Aillet, calme et serein (et ça énerve quelques personnes)
... TradiNews, qui signale les MàJ du blog éponyme
... Nemo, enfin, pour la photo qu'il met en lien.

mardi 7 mai 2013

Cocos, bobos, cathos

Un certain nombre de blogueurs font chorus avec notre cher Webmestre pour me reprocher de confondre les cocos et les bobos. Mais ce sont les mêmes ! De toute façon, il n'y a plus d'ouvriers dans une France largement désindustrialisée. Regardez la dernière affiche mitonnée par le service agit prop de la Place du colonel Fabien. On la trouve en affichage sauvage sous le métro aérien. Le slogan : "Voter communiste, ça fait du bien". Un slogan d'indigné, un slogan de bobo imaginé par les cocos pour caractériser leur action politique.

Cher Julien, cher G2S, je crois que vous en êtes restés à des catégories d'un autre âge. Aujourd'hui nous sommes au temps de l'Indifférenciation, comme l'avait annoncé René Girard. Les bourgeois et les pas-bourgeois (les pauvres qui sont bourgeois dans l'âme mais pas dans le portefeuille) mangent les mêmes macdo, écoutent la même musique, portent les mêmes fringues, ont les mêmes loisirs (sauf quand les bourgeois ont les moyens de voyager autour du monde pour se retrouver entre citoyens du monde, parlant la même langue rudimentaire, dans les mêmes hôtels, avec le même mobilier, la même télé, le même bar, la même piscine etc.)

C'est au fond face à cette civilisation indifférenciée et sans entrailles ("blessée au coeur" comme dit Madiran) que se lèvent les jeunes chrétiens. Ils ne veulent pas se lever au nom de leur foi, mais c'est leur foi qui les faits se lever contre le conformisme de la culture de mort. Quand certains bloquent le Périphérique, d'autres chantent L'Espérance. Il en faut pour tous les goûts mais c'est le même combat, celui qu'avait initié Jean-Paul II au cri de "N'ayez pas peur !". Ne soyez pas chrétiens à moitié. "Ouvrez toutes grandes les portes au Christ".

Quel combat? Un combat politique d'abord, un combat préoccupé de la Cité et non des états d'âme ou d'hormones de chaque individu... Mais aussi un combat qui ne défend pas des intérêts mais des valeurs.Un combat pour la vie comme valeur et donc pour la valeur de la vie, vie dont il n'est pas permis de faire n'importe quoi et encore son contraire. Antonio Gramsci parlait à ce propos de combat culturel parce qu'il porte sur les conditions mentales d'une réforme politique. Charles Maurras lui-même avait souligné dans Au signe de Flore que le Politique d'abord se comprend au départ comme un Mental d'abord. Dans cette optique il avait fait de l'Action Française une école de pensée.Quant à Hannah Arendt, elle parlait de la "condition humaine", ne croyant pas trop à la nature (comme y avaient cru les philosophes des Lumières, ce Diderot par exemple dont nous fêtons cette année le troisième centenaire de la naissance). L'homme dit-elle, dépend d'un certain nombre de conditions. La première condition de l'homme est politique (Arendt a fait redécouvrir la Politique d'Aristote à des générations d'étudiants). Mais il y a aussi une condition de la politique. La condition de la politique, c'est la culture transmise, qu'elle appelait déjà, avec une sorte de fatalisme du malheur, "le trésor perdu".

Depuis 1968, nous avons cru pouvoir faire de la crise de la culture et de la transmission une fierté et une force. Une minorité agissante de jeunes propose aujourd'hui de retrouver "le trésor perdu" en descendant dans la rue. Est-ce le bon endroit? Il faut bien descendre quelque part pour ne pas descendre tout court... Est-il encore temps? Je le crois car les évidences qui ont fait la culture humaine (Dieu, l'âme, la liberté) sont en dehors du temps. Signe? Entre mille, un Houellebecq l'a bien compris dans son dernier recueil de poèmes... Il l'a appelé par antiphrase Configuration du dernier rivage. En fait, il n'y a pas de dernier rivage, car sous sa plume, l'espérance qu'il croyait morte renaît sans cesse : "Nous avons voulu vivre, il en reste des traces / Nos corps au ralenti sont figés dans l'attente". En tout cas, et c'est une bonne nouvelle dont on mesure encore mal l'importance et tout ce que ça va changer, le vouloir-vivre de cette génération n'est plus à démontrer.

J'étais parti des cocos et des bobos pour souligner qu'aujourd'hui sous la houlette mélenchonesque (qui n'est pas sans panache) ou sous la férule de Pierre Laurent (qui n'est pas sans cohérence), ils partagent la même culture et votent avant tout (c'est eux qui le disent) pour se faire du bien. C'est toute la force de la formule de John Lennon, que vous avez immédiatement identifiée, et que certains d'entre vous resituent avec attention dans l'histoire : "Qu'est-ce que tu veux être ? - Heureux-se". Le projet "famille" des manifestants pour tous n'est pas d'abord d'être heureux. Nous sommes devant une nouvelle culture où rendre heureux précède être heureux. Ou servir vient avant se servir.

lundi 6 mai 2013

Indignation ou désobéissance civile

En haut: #LaManifPourTous
En bas: Manif du Front de Gauche
Ce 5 mai défilaient à Paris et le Front de gauche de Jean Luc Mélenchon et la Manifestation pour tous, qui, d'ailleurs, en fait de défilé, proposait un sitting au soleil sur les pelouses de l'avenue de Breteuil : très sympa ! Les premiers reprennent les slogans et l'idée des indignés : ils sont en colère et, avec Jean-Luc M., ils brocardent "le petit monarque hors de tout contrôle". Les autres témoignent contre la loi en train de se faire au nom de l'esprit de la loi, se mettant du côté de toutes les vulnérabilités contre le fantasme de toute puissance qui traverse, en ce moment, le mental de la gauche libérale-libertaire.

Point commun? L'impression qu'ils ont d'avoir en face de soi des gens qui se croient tout permis, qui se sentent vraiment sortis "de la cuisine à Jupiter", qui gouvernent l'énarchie française en en oubliant totalement la démocratie...Je sais qu'il peut paraître sacrilège de chercher ce point commun entre indignés et partisans de la désobéissance civile, des gens qui n'ont apparemment rien en commun. Mais réfléchissez-y : il est bien là le point, dans la dictature bien pensante de nos énarques qui ne savent que traiter de "fâchistes" ceux qui pensent avec un peu d'avance sur eux : c'est ainsi que les bien pensants excommunient tous les fronts. De manière de plus en plus inefficace. Ce petit jeu de diabolisation a priori sera de plus en plus difficile, la faute au manque de souplesse neuronale de nos gouvernants.Quand on pense qu'il y a huit jours, le Figaro Magazine envisageait sur quatre page le scénario de la sortie de l'euro : c'est bien que quelque chose est en train de changer et qu'entre le Politiquement correct sclérosé et les authentiques nostalgiques du fascisme, il y a de plus en plus de place pour le "peuple normal", qui commence à comprendre que l'on se f... de sa gueule et que la réalité n'est pas celle que racontent les médias. Voilà ce que montre cette journée de manifestations tous azimuts : non seulement qu'il fait beau mais que ça va chauffer.

Cela dit l'indignation prônée en son temps par le vieux Stéphane Hessel apparaît vraiment comme la solution de facilité face à la crise. - Qu'est-ce qui fait "les indigné-ées"? - C'est le droit de n'être pas d'accord et de le dire. - Pas d'accord avec quoi? - Avec la réalité tout simplement. Il y a des pauvres? C'est scandaleux! Il y a des riches? C'est scandaleux? Les couples homosexuels ne sont pas égaux avec les couples hétérosexuels devant la biologie ? Il faut que ça cesse etc. La noblesse "républicaine" de l'indignation remplace le réalisme le plus élémentaire. On met la liberté, l'égalité et la fraternité à toutes les sauces et cet idéalisme permet de remplir les cagnottes de toutes les associations humanitaires agréées par la Mairie de Paris. Une manne !

Très significative de cet état d'esprit 'indigné' la petite enquête sur les manifestants, parue cette nuit dans Libé. Parmi d'autres, le témoignage d'une jeune fille : «On m’a demandé ce que je voulais être plus tard. J’ai dit: être heureuse». Le droit au bonheur comme sommet du combat politique. De quel bonheur s'agit-il? Évidemment du sien, ce petit dialogue le montre. Pas question, plus question d'un bonheur collectif. Comme le disait en son temps le fondateur de L'Humanité, Jean Jaurès, "la gauche est redevenue le Parti de l'individu". L'indignation citoyenne de quelques "purs" existe. Elle cache de plus en plus mal un "chacun pour sa pomme" typiquement bobo : "le bonheur est dans le pré". Il est "à portée de la main" comme dit JLM. Il suffit de le cueillir.

Toute autre, me semble-t-il, est l'impulsion des jeunes qui viennent animer les manifs pour tous, camping pour tous, blocage pour tous et veillée pour chacun. Ils n'ont rien à gagner dans leur combat. Ils ne revendiquent pas le bonheur pour eux, leur éducation chrétienne leur a appris depuis longtemps qu'ils en sont eux-mêmes responsables et qu'aucun Etat ne leur offrira jamais un ticket gratuit pour le grand manège du Bonheur. Ils ne se battent pas pour eux mêmes, mais bien "pour tous". Leur calme résolution est désormais une partie de notre avenir. Ils sont en train de transformer notre république rousseauiste et totalisante en une véritable démocratie, respectueuse des minorités constituantes. Ils sont en train de faire reculer, avec leur sourire, leur calme, leurs chants plein d'espérance, cette obscure dictature de la Majorité qui nous gouverne depuis la Révolution française. Le CRS qui récite de mémoire le texte du général Mc Arthur avec les Veilleurs, c'est un signe. Les murailles de Jéricho se sont effondrées mais il a fallu en faire sept fois le tour.

Indignation ou désobéissance civile? Narcissisme bobo ou service chrétien? Qui n'a pas fait son choix?

dimanche 5 mai 2013

Assiettes, fourchettes et pain

Trois images que j’ai envie de partager avec vous. 

La première c’est celle des assiettes. Plus exactement: représentons-nous une pile d’assiettes. Il y a nécessairement celle du dessus, la plus en vue, la plus exposée de la pile. Des personnes vont lui taper dessus, la qualifier de tous les noms : elle est à l'extrémité, elle est donc «extrémiste». Bien sûr c’est toute la pile qui en est secouée et la tentation est grande, chez les autres, de se désolidariser, de penser que c’est à cause de cette camarade du bout que toute la pile se prend des coups. Jusqu’au moment où l’assiette du dessus casse (ou se casse). C’est alors celle juste au-dessous qui fait figure d’assiette du dessus, et rebelote.

C’est au fond bien ce qui se passe avec une Christine Boutin qui se démarque des «intégristes» à la Alain Escada, quand elle insiste qu’elle n’a «rien à voir avec ces gens-la» qui ne seraient guère fréquentables, etc. Mais quand Civitas cesse ses manifs, c’est elle, Christine Boutin, qui fait figure de facho, d’homophobe, de repoussoir. Arrive le moment où elle quitte à son tour le mouvement. Frigide Barjot avait beau dire le peu de bien qu’elle pense de Boutin, c’est son tour d'être l'assiette du dessus, qui se prend les coups, etc.

Ce petit jeu est absolument vain, et ne cessera que lorsqu'on comprendra que ceux qui tapent sur la pile n’aiment tout simplement pas les assiettes, que c‘est à la pile entière qu’ils en veulent, et qu’ils ne visent celle du haut que dans la mesure où elle est le plus accessible.

La seconde image est celle des fourchettes forks en anglais. En informatique ‘fork’ désigne également un embranchement à partir d’une même source: quand des développeurs n’ont pas la même vision du développement d’un programme existant, parce qu'ils portent des besoins différents. Les uns continuent le logiciel dans un sens, et d’autres continuent différemment. On obtient alors des projets parents, ou dissidents, dont les rapports peuvent rester amicaux.

Par rapport à la #ManifPourTous, le mouvement des #Veilleurs constitue un fork – les actions des #Campeurs en sont un autre, les #Bloqueurs aussi. Les uns et les autres diffèrent, il n’y a pas lieu de chercher qui est plus, qui est moins, c’est simplement ...différent. Les tempéraments sont divers, les options aussi – l’important étant que chacun puisse s’exprimer utilement.

Troisième image : Quand on fait du pain, on fait une seule pâte. Les circonstances font que tel bout de pâte donnera de la mie et tel autre bout de la croûte. Bien sûr la mie pourrait reprocher à la croûte sa dureté – et la croûte à la mie sa mollesse. De toute évidence, c’est la même pâte, l’un n’existe pas sans l’autre, et l’un aurait pu être l’autre, pour peu qu’on enlève ou rajoute de la matière au pâton.

C’est bien la même chose dans un mouvement contestataire : le mou ne fait figure de mou que par rapport au dur – et réciproquement.

vendredi 3 mai 2013

Gonadotrophine, et autres coquineries

Le quotidien Présent publie le cri d’alarme d’un collectif (?) d’enseignants, sous la forme d’un texte intitulé «Savez-vous ce qu’un futur bachelier de 2014 devra subir?»

On y apprend que les programmes comportent : «une partie: ‘vivre sa sexualité’, qui est l’occasion d’une comparaison très flatteuse avec les comportements des singes Bonobo (cf. B.O.E.N. spécial n° 9 du 30/09/2010), et tout cela avec force illustrations, et dans le but explicite de l’amener à ces comportements et à ces pratiques»

L'art ou cochon?
Quelles que soient les bésicles dont on se chausse pour lire cette phrase, on comprend que les programmes comportent une partie ‘sexuelle’, illustrée, incitative à des comportements que l’on ne saurait nommer ici. Etant suggéré que pour avoir le bac, il faudra passer par l’étude de ces pratiques, voir y passer tout court.

Hélas, ou plutôt tant mieux, il n’en est rien.

En matière de programmes scolaires, c’est bien le BOEN (Bulletin Officiel de l’Education Nationale) qui fixe les choses, et puisque le collectif alarmé nous donne la référence précise, voyons ce qu’il en est: Dans ce domaine, les compétences exigibles des bacheliers tiennent en deux phrases: «Établir l’influence des hormones sur le comportement sexuel des Mammifères. Identifier les structures cérébrales qui participent aux processus de récompense à partir de données médicales et expérimentales.» Hormones et structures cerébrales! Rien de plus

On trouve d’autres ‘perles’ dans le texte du «collectif d’enseignants», qui voient de la pornographie partout, chez Ovide et chez Picasso, mais aussi chez Stendhal et Le Titien, chez Maupassant comme chez Degas.

Soyons sérieux. Les jeunes qui passent le bac le font en vue d’études supérieures. Et s’ils s’en trouvaient quelques-uns parmi eux à qui manquerait la maturité qu’il faut pour plancher sur «L‘art d’aimer», «Les demoiselles d’Avignon», ou la gonadotrophine chorionique, qu’on leur évite d’entrer trois mois après en faculté de philologie, d'histoire de l’art, ou de médecine.

Il y a suffisamment de choses à déplorer dans le monde de 2013. Que l’on évite, en plus, de combattre des moulins à vent.

mercredi 1 mai 2013

Veiller avec les veilleurs

"Cette demi-heure n'est pas symbolique, elle est politique". Axel est un gars tout simple, un gars de chez nous. A côté de lui, Alix, silencieuse, rayonne. Une fois de plus les Veilleurs, puisque c'est ainsi qu'on les appelle, vont emporter la mise. Dans le calme La chanson de l'Espérance sur un tempo hyper-lent et murmurée. Le chant des partisans avec une tranquillité qui n'est sûrement pas dans l'original de Kessel. Pour moi qui revient de Bretagne, ça fait un choc. Le choc du calme et d'une détermination que partage le millier de jeunes qui suivra Axel du Louvre à l'Opéra.

Quant à moi, je suis de passage, venant d'adresser à un public nombreux, au Centre Saint Paul, une conférence dont le thème était : Hannah Arendt, le totalitarisme et la désobéissance civile. Une amie me fait souvenir d'un petit fait : le mot désobéissance civile, Axel l'a employé déjà. C'est la fameuse demi-heure mythique, gagnée sur des flics qui ce soir-là étaient très agressifs : "Lesquels parmi vous sont prêts à la désobéissance civile ?". Tout le monde avait levé la main, sans un bruit.

Mais qu'est-ce que la désobéissance civile selon Hannah Arendt : ni l'objection de conscience ni non plus une résistance à l'autorité qui serait purement subjective. La désobéissance civile a trois caractéristiques selon la philosophe : la publicité (on résiste pour les autres), la non-violence (on résiste sans rébellion ni révolution), le fait de provenir non pas d'individus isolés mais de groupes, parce que c'est essentiellement un geste politique et pas simplement un geste moral. La désobéissance civile est un geste qui n'est ni réactionnaire ni révolutionnaire, c'est un geste conservateur : il s'agit d'invoquer l'esprit de la loi contre la loi...

Je me suis demandé si les Veilleurs étaient en train d'instaurer un espace de résistance ou de désobéissance civile. Et pourquoi non ? Toute démocratie, si elle ne souhaite pas être dominée par la dictature la plus pernicieuse et la plus cachée, la tyrannie de la majorité, doit avoir recours à des espaces de désobéissance civile pour équilibrer le jeu politique de la majorité et de la minorité.

De ce point de vue, l'espace de la désobéissance civile est indispensable en toute vraie démocratie. Elle nous vaccine contre le Contrat social à la mode de Rousseau (où la majorité est prise comme l'unanimité citoyenne en un redoutable tour de passe passe). Comme l'écrit Hannah Arendt : "Le consensus de fait ne peut représenter le consensus de droit. Si tel était le cas, alors une humanité hautement organisée pourrait en arriver à conclure le plus démocratiquement du monde, c'est-à-dire à la majorité, que l'humanité en tant que tout aurait avantage à liquider certaines de ses parties" (cit. in A.M. ROVIELLO, Sens commun et modernité chez HA").

Je reviens demain sur Hannah et sur le film extraordinaire que vient de lui consacrer Margarethe von Trotta (allez le voir !). Mais je crois que Les Veilleurs pourraient bien réussir à dé-rousseauiser notre République, en inscrivant invisiblement sur le sol de Paris, cet espace de liberté spirituelle, où un vivant esprit de la loi peut juger des lois perverses, même de celles qui se recommandent d'un vote républicain pour s'imposer violemment à tous les citoyens. Loin d'être un coup de canif dans la démocratie, la désobéissance civile apparaît comme le seul moyen d'être vraiment démocrate. Il s'agit d'empêcher que se mette en place cette tyrannie de la majorité, où, disait déjà Aristote, "tout le peuple est comme un seul tyran". Hannah Arendt, convaincue de l'importance de ces considérations (voir son article dans Du mensonge à la violence) appelait à constitutionnaliser la désobéissance civile.

En attendant il faut encourager les Veilleurs, les aider à faire vivre en France, pour la première fois depuis longtemps, une vraie démocratie. Le temps des Veilleurs est bien un temps politique, comme le disait Axel : le temps de la désobéissance civile.