dimanche 31 mai 2009

le pélé dans tous les sens

Longtemps j'ai fait le pèlerinage à pied. Ça prend trois jours. Cette année je l'ai fait à vélo. Parti à 7H30 de Notre-Dame de Paris je suis arrivé vers 12H30 à Notre-Dame de Chartres, je mets ci-dessous l'itinéraire pour les amateurs du genre, puis retour vers Paris, par la vallée de l'Eure, Rambouillet et direction Saint-Rémy-les-Chevreuse où je prends le RER tout de même, histoire d'être à temps au Centre Saint Paul pour la messe du soir. Bien sûr j'ai l'impression d'avoir un peu triché, qu'est-ce que c'est que ce pélé où je me lève de mon lit pour m'y recoucher le soir même, à peine un repas dans la nature, un peu mal au dos, même pas mal aux guiboles. Tout de même, si vous êtes cycliste, c'est à faire à l'occasion. La-dessus, je vois un ou deux sourcils qui se lèvent: leur parlerait-on rando, à la place de pélé? Que nenni, que nenni, mais pour parler pélé il faudrait parler prière, et on a sa pudeur.


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jeudi 28 mai 2009

[Abbé Henri Forestier] L'Institut du Bon Pasteur est-il charismatique ?

(Lettre aux Amis et bienfaiteurs du séminaire Saint-Vincent-de-Paul – Printemps 2009)

Saint Paul au chapitre 12 de la première épître aux Corinthiens, nous parle des «kharismata», les fameux «charismes», pour désigner ces dons particuliers que Dieu donne en vue de l'édification de l'Eglise. Tels furent les dons de faire des miracles donnés à certains saints, de tel type est aussi la grâce du sacerdoce, tel est encore l'esprit fondateur d'un Institut authentiquement reconnu par l'Eglise.
Ainsi il est arrivé que des évêques nous interrogent sur notre « charisme propre » : Que pensez vous apporter à notre diocèse?
Bien des fidèles aussi, plus simplement, se demandent quel type de prêtre nous voulons former: Comment seront les prêtres de l'IBP à venir?

La réponse se trouve évidement dans nos statuts, et .leur récente publication sur l’internet (cf. le blog de M. l'abbé Laguérie) nous libère d'un devoir de discrétion qui nous incombait jusque là.

Nous allons donc parler de ces statuts, et même les commenter pour. vous, non pas pour assouvir une curiosité déplacée, mais plutôt pour répandre, au nom de l'Eglise, la grâce fondatrice de l'Institut du Bon Pasteur, sa richesse, son charisme.

Deux phrases me retiendront particulièrement:

1°) (L'Institut est) soucieux de préserver la tradition de l'Eglise dans sa permanente actualité (Statuts II, 1).

Tout le monde sait que l'Eglise vit une crise, et une' crise profonde dont nous n'avons sans doute pas encore mesuré toutes les conséquences.
Voir cette crise est une chose mais qui travaille à en sortir? Qui a un projet pour l'Eglise, pour qu'elle revive?
Modestement, à notre place nous répondons: La tradition de l'Eglise est la lumière à laquelle il importe d'envisager l'avenir.
Voilà pourquoi nous voulons la liturgie traditionnelle intégrale et exclusive, voilà pourquoi au séminaire de Courtalain nous voulons former nos séminaristes avec saint Thomas d'Aquin, voilà pourquoi nous attachons une grande importance à l'étude des enseignements des Papes.
Mais cette tradition ne saurait être une simple étude et complaisance stérile dans le passé, elle doit être une lumière pour aujourd'hui!

Ainsi nos séminaristes étudient les problématiques d'aujourd'hui, ceux qui le peuvent seront invités à poursuivre leurs études pour pouvoir apporter davantage, déjà deux de nos professeurs et un diacre, poursuivent leur doctorat en philosophie, théologie et histoire.
Préserver la tradition de l'Eglise dans sa permanente actualité semble bien être la meilleure manière d'agere ut pars, comme aurait dit Cajetan: Agir comme une partie de l'Eglise, lucide et courageuse!

2°) - Le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis est le modèle parfait de cette vie essentiellement apostolique: esprit de service et d'oubli de soi qui est comme le secret de Jésus-Christ. Chaque membre est conscient d'être le «serviteur inutile », de même que l'Institut ne se considère pas comme une fin en soi, mais un moyen au service de l'Eglise, (Statuts 1,3.)

A première vue, l'idéal apostolique que décrit l'image du Bon Pasteur, est l'idéal de tout prêtre, comment y voir un charisme spécial?
Cependant sainte Catherine de Sienne dans ses oraisons voyait dans cet esprit de dévouement une grâce spéciale, qui n'est donc pas faite à tous. Elle écrit:
Je supplie donc, puisque tu inspires dans les esprits de tes serviteurs les désirs anxieux et ardents pour la réforme de ton épouse, et les fais crier en continuelle oraison, que tu exauces leur cri. (Oraison 7).

Dans notre formation, nous veillons à orienter les séminaristes vers l'apostolat futur, vers la soif des âmes. Nos professeurs ou intervenants extérieurs sont, le plus souvent, riches d'une grande expérience pastorale, des conférences ponctuelles exposent des sujets d'actualité, le contact avec les fidèles après la messe du dimanche, rappellent au séminariste le dévouement futur.
Cette grâce nous la demandons dans la prière, pour chacun de nous, pour nos séminaristes, pour qu'ils soient les pasteurs attentifs de demain, les bons et fidèles serviteurs que décrit notre Maître dans l'Evangile.

Ce charisme n'est il pas magnifique ?

Mais me direz vous, tout cela est beau, vos statuts aussi, mais ne sont-ils que lettre morte, pieuse pensée, ou réalité vécue et espoir pour demain?
Autant que peut juger l'humaine faiblesse, je pense et espère que ce désir (qui est un début de réalisation), et cette prière, existent au cœur de nos séminaristes.
Jugez par vous-même: l'un d'eux commentait récemment ainsi la douzième station du chemin de la Croix (La mort de Jésus) :
Mon Dieu ce rachat de la dernière heure, je l'invoque pour mes contemporains, beaucoup d'entre eux vous sont indifférents plus par ignorance et conformisme que par conviction. Envoyez leur des prêtres zélés, des travailleurs infatigables pour leur annoncer votre existence, votre amour envers eux et les joies qu'on éprouve à vous aimer et vous servir. Enthousiasmé par un tel projet, embauchez-moi ô Jésus, au nombre de vos travailleurs ...

Abbé Henri Forestier
recteur du séminaire Saint-Vincent-de-Paul

Esprit libre ou électron libre

«Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté» écrit saint Paul. Les chrétiens ont beaucoup cultivé la vertu d’obéissance. Ils en ont même fait un des trois vœux religieux, indiquant la volonté de perfection. Mais ont-ils assez médité l’enseignement de l’Apôtre des nations sur la liberté ?

Prenons l’obéissance, justement, l’obéissance comme vertu. Elle n’existe pas sans la liberté d’obéir. La vertu d’obéissance suppose en effet ce don mystérieux de la liberté, qui seule lui donne une forme vraiment humaine.

Saint Paul va plus loin encore, dans la célèbre formule que nous citions à l’instant : pour lui, là où manque la liberté, le Seigneur est absent. La liberté n’est pas seulement le signe infaillible qui permet de reconnaître et de qualifier comme tel un acte vraiment humain. C’est aussi la manifestation première de l’Esprit du Seigneur.

Quel est le rapport entre l’Esprit et la liberté ? Les Grecs ne pouvaient ni le comprendre ni même l’imaginer. Peur eux l’Esprit, Noûs, c’est une vision claire de tout ce qui est nécessaire dans le Kosmos. Le Noûs des Grecs nous renvoie à un rapport d’identité que l’on ne peut pas faire évoluer et qui ne varie jamais. Rien à voir donc avec la liberté. Tout est tiré de la nécessité. L’Esprit c’est ce qui ne peut pas être conçu autrement. L’Esprit, c’est ce qui ne peut pas advenir autrement qu’il est conçu. Rien de libre là-dedans !

Mais ce n’est pas de cet esprit-là (le noûs) dont parle saint Paul. L’Esprit dont il parle, c’est celui que l’on découvre dans la Bible, le souffle de Dieu : pneuma. Comment le définir ? C’est un élan. Le Christ déjà le définissait cet esprit comme essentiellement libre : « L’esprit souffle où il veut et tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va » (Jo, 3). Là où est l’élan qui vient de Dieu, là se découvre pour l’homme la liberté véritable, non pas celle qui nous inviterait simplement à « devenir ce que nous sommes », mais celle qui nous pousse à nous surpasser, à nous transformer, à nous convertir.

Il est d’usage de se débarrasser de cette liberté chrétienne d’un revers de main, en traitant dédaigneusement d’électrons libres ceux qui tentent de vivre dans l’élan intellectuel et volontaire, cognitif et affectif que l’Esprit saint met en celui qui l’accueille. Quel erreur de désignation ! L’électron « libre », c’est celui qui, à proportion de sa « liberté », se désolidarise du noyau de tel atome et se trouve disponible pour toute combinaison atomique ou électrique.

L’esprit libre au contraire, n’est pas un esprit « en disponibilité », prêt à toutes les combinaisons, comme l’électron du même nom. S’il est libre, c’est parce qu’autant qu’il est en lui, il se solidarise avec le jaillissement de l’esprit divin, et, manifestant d’une manière ou d’une autre sa personnalité comme individuelle, imite activement le Dieu qui s’est défini lui-même comme une Personne : Je suis !

Abbé G. de Tanoüarn

[abbé Laguérie] Spécificité de L' I.B.P.

Une chose m’étonne toujours et encore : pendant deux ans, un certain nombre de personnes ont réclamé à cor et à cri la publication de nos statuts, laissant à penser que notre délai cachait je ne sais quel alinéa inavouable. Puis, quand nous les avons publiés sur le site officiel et avec une publicité convenable... ils n’ont fait l’objet d’aucun commentaire de la part de cette clique si bien intentionnée. Je remercie ces gens : leur bruit d’avant comme leur silence d’après témoigne assez de leur absolue mauvaise foi de toujours.

Car au-delà des querelles de personnes qui sont toujours aussi stériles que nuisibles, on voudra bien considérer que l’Institut du Bon-Pasteur se définit par ses statuts, avalisés par le décret d’érection et l’Autorité du Saint-Siège. Et par rien d’autre. Il n’est question, par après, que de fidélité ou non à ces statuts, dont l’examen ne relève ni d’un prêtre, fût-il du Bon-Pasteur, encore moins d’un laïc (!) mais des seuls supérieurs majeurs du-dit Institut. Vous pouvez donc "causer" autant que vous voulez sur l’Institut, vous ne l’engagez pas. Il n’est jugé que par ses statuts... que vous ne citez jamais parce que vous les ignorez. Quant aux digestions et autres transits intestinaux de tel ou tel, je m’en moque simplement, éperdument, définitivement. Si d’aucuns estiment en conscience devoir retourner à la FSSPX parce qu’ils avaient simplement imaginé un simple "remake" breveté, libre à eux. Le brevet ne fait pas tout, même s’il est fondamental au sens étymologique de radical.

Qu’il y ait une immense base commune, un genre nécessaire de toutes les sociétés cléricales : mais c’est une évidence! L’exercice du sacerdoce de Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’elles s’efforcent toutes (on le suppose) de promouvoir dans les meilleurs conditions, comporte un socle impéré qui n’est rien d’autre que l’institution du Seigneur et sa mise en œuvre dans l’Eglise. Mais qu’il y ait aussi une spécificité légitime et souhaitable n’est pas moins évident. Genre prochain sans doute mais différence spécifique obligée.

Les traits communs des statuts respectifs de la FSSPX et de l’I.B.P. sont donc très nombreux, jusqu’à des citations intégrales de Mgr Lefebvre (ex : "la bonne mère du ciel..." ). Et c’est inéluctable, heureux. Qu’il y ait aussi de très notables différences, également.

L’esprit sacerdotal, entièrement centré sur le mystère du Christ-Jésus et le renouvellement de son sacrifice rédempteur se retrouve ici comme là. A la lettre, l’esprit "essentiellement missionnaire" (autre terme repris!) aussi. A ceci près que le chapitre de 1994 de la FSSPX en a donné une herméneutique si particulière qu’il en a changé totalement l’esprit sans oser en toucher la lettre : cette expression désignant alors la vie commune et fondant son efficacité sur la seule prière (comme Sainte Thérèse, par exemple, patronne déclarée des missionnaires). C’était le droit le plus stricte de la FSSPX en son organe suprême : le chapitre général légiférant légalement. Mais il fallait tout de même avertir les membres qu’ils aient individuellement à confirmer leur engagement sur cette base contractuelle substantiellement différente. Ce qui, pour n’avoir pas été fait, a produit les ruptures et les renvois qu’on sait. D’autant qu’en bonne logique, l’efficacité des dits missionnaires résident alors intégralement dans leur prière, ils devenaient des religieux. On le leur fit bien savoir, comme dit La Fontaine, en s’octroyant brusquement sur eux un pouvoir dominatif parfaitement invalide : ils eussent dû, pour cela, prononcer des vœux. Quant à ceux qui persévérèrent dans les termes des engagements qu’ils avaient signés, on les débarqua. Qu’ils soient dedans, qu’ils soient dehors, "on mit les plaideurs d’accord en les croquant l’un et l’autre"! (idem sup)

Je ne suis plus concerné par tout cela et je souhaite le meilleur à "notre" bonne vieille FSSPX, à laquelle je dois tant. Mais quand j’entends que l’I.B.P. serait la même chose, autorisée, je crois rêver. Ce sont les nostalgiques qui rêvent, pas nous. Pour se conformer, ad mentem, aux statuts de la FSSPX, il faudrait déjà savoir lesquels : avant ou après 1994 ?

Sur les points précédents, l’I.B.P. serait bien plus proche de l’original.

Mais beaucoup d’autres en font une réalité foncièrement différente de l’actuelle Fraternité ; que ça plaise ou non, c’est comme ça.

Que ce soit théologiquement. Exemples. Avec le Canon Romain, nous incluons la Résurrection et l’Ascension du Seigneur dans les "Saints Mystères" : on l’a vu nié explicitement par Mgr Tissier et très mal vécu un peu partout. Et ça vous change radicalement la vie (spirituelle) d’un homme. Nous travaillons à une interprétation du texte du concile Vatican II qui permette d’en préciser le seul sens acceptable au regard de la Tradition Catholique, plutôt que de répéter sans cesse que la liberté religieuse, l’œcuménisme et la collégialité sont des fléaux. Ils le sont, en effet, tels que vécus encore au quotidien. Mais répéter cela pendant encore quelques décennies nous parait totalement stérile quand, parallèlement, on ne s’efforce pas de sortir des ornières. Policièrement parlant il faut oser poser la question : à qui profite la crise ?

Que ce soit canoniquement. Nous recevons le droit de l’Eglise et le respectons comme tel. Je pourrais citer de nombreux exemples en lesquels ce sont nos adversaires qui en font fî. A commencer par l’application de Motu Proprio, mais aussi dans l’exercice de la juridiction ecclésiastique. Les ingérences indues et illicites d’une juridiction à l’autre sont monnaie courante aujourd’hui et presque un système généralisé de domination...

Que ce soit pédagogiquement, dans le cursus de la formation des séminaristes. Je ne reviendrai pas sur les motifs de mon renvoi de la FSSPX en 2004. N’empêche qu’ils recèlent un fondement (d’accord ou pas d’accord) qui ne s’est pas magiquement envolé et demeure bel et bien dans le cursus imposé ici ou là. Nos étudiants apprennent les bases réalistes de la philosophie et de la théologie, indispensables à une formation critique et à un amour du vrai qui ne se trouve que là. Mais ils sont initiés aussi aux systèmes de penser actuels, non pas seulement en une réfutation faite de l’extérieur d’un prêt à penser qui ne colle pas, mais en pénétrant ces erreurs dans leur ressort intime qui est celui d’une incommensurable vanité. A de très rares exceptions, le philosophe moderne éructe son moi instantané et n’intéresse personne que...lui. Mais il est dangereux. Il n’y a pas que Kant à réfuter, d’autant que l’ennui mortel que suinte ce philosophe le rend bien moins nuisible, tellement rébarbatif... Notre exégèse s’efforce de reprendre à bras le corps le texte sacré et d’en presser existentiellement la moelle, qui est le mystère du Christ. La prédication étant devenue un peu partout conventionnelle et pusillanime, il faut réactualiser impérativement notre lecture du texte sacré pour rendre au Saint-Esprit les marques et la liberté de sa violence historique... A plusieurs reprises, Mgr Lefebvre voulut supprimer de ses séminaires le cycle classique des traités de philosophie et de théologie au profit d’une lecture commentée de l’Ecriture et des Pères...eh oui! Les vieux, dont je suis, vous le diront. Il n’est jamais passé aux actes (trop d’oppositions) mais cette intention en dit long sur sa volonté de concentration sur l’essentiel et la hardiesse de ses vues pédagogiques...Vous comprenez qu’aujourd’hui les petits ignorants que titillent notre audace m’amusent beaucoup. Je partage avec saint Bernard et Mgr Lefebvre cette conviction que tout, sans exception, doit nous ramener au Christ, unique clef de notre destinée. Et que, de près ou de loin, aucune science n’a de consistance, qui ne nous parle de Lui. Pourvu, évidemment qu’on mesure aussi ce "de loin". J’ai su, autrefois, réduire les "baralipton" en "Bocardo" ou "Barbara", assez bien, au dire de mon professeur. Mais, passés mes dix ans de sacerdoce et la fulgurance de l’élan initial, j’ai du me débrouiller presque seul à redécouvrir, souvent à découvrir, "l’insondable richesse du Christ" dans la puissance et la cohérence des Evangiles à l’état brut, la charité et la violence des écrits apostoliques. Bruckberger (malgré son gaullisme épuisant!) m’a rendu plus de service qu’Aristote, je le dis sans aucun complexe. La routine et la répétition sont la mort de l’intelligence et de l’esprit, l’erreur assurée de l’une et le retrait de Dieu pour l’autre.

Que ce soit pastoralement encore. Il faudrait citer les deux-tiers de nos statuts et je vous invite à les lire. Ils sont empreints de toute la compréhension, la mansuétude, la miséricorde fraternelle que des frères d’armes se doivent réciproquement pour honorer la houlette de Celui qui les rassemble : le Bon (beau)-Pasteur. C’est là, et seulement là, qu’on pourra toujours légitimement nous reprocher de n’en faire pas assez et, disons-le, de manquer à nos statuts. j’y veille. La forte personnalité de mes confrères n’a jamais été pour m’inquiéter, bien au contraire ; pourvu qu’évidemment elle soit exercée là même et principalement où elle culmine: dans la bienveillance, la douceur, l’indulgence. Que chacun s’examine et que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre à l’un de mes confrères! J’ai toujours eu viscéralement et instinctivement l’horreur de l’esprit ecclésiastique et j’ai rédigé les statuts de l’Institut pour que n’y règne jamais cette méchanceté, ces magouilles cléricales, ces dénigrements par derrière, ces "ah, si vous saviez" ou ces "c’était à prévoir" que j’ai rencontrés un peu partout. Cherchez-moi ça dans l’Evangile! Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Mais au moins nos statuts nous interdisent évidemment et toute paresse et toute méchanceté, de sorte qu’un prêtre du Bon-Pasteur saurait, à Dieu ne plaise, qu’il y manque gravement à se laisser aller à ce qu’il faut bien appeler par leur nom : ces turpitudes cléricales. J’ai trop vu de ces remontrances qui "filtraient le moucheron et avalaient le chameau" pour m’y adonner. Quant aux divers précisions pratiques que comportent ces statuts, je citerai le Seigneur : "il fallait faire ceci, sans omettre cela".

Que ce soit politiquement, enfin. Dès lors que le Saint-Siège nous a fait l’honneur de nous reconnaître (et même s’il ne l’avait pas fait!) notre position ne peut-être autiste. Elle est résolument adaptée aux événements, joyeux ou douloureux, qui ponctuent la vie de l’Eglise. Elle ne se conforme pas au mal mais ne peut l’ignorer. Comme la charité "elle ne prend pas plaisir à l’injustice mais elle se réjouit de la vérité". Pas plus qu’on ne lui fera avaler l’immangeable, pas davantage nous tairons les évolutions magnifiques et inespérées de ces dernières années. Vous me direz qu’il n’y a rien là d’extraordinaire et que c’est l’expression du bon-sens. Oui, certes, mais certainement pas le mieux répandu du monde! Les idéologies sont encore bien vivaces, hélas. A gauche comme à droite. On peut toujours rêver les yeux ouverts que la crise que traverse l’Eglise est finie (allons-donc, ça se saurait) ou qu’elle ne soit pas soluble et partant qu’il n’y a rien à faire qu’à rester chez soi, bien enfermé. Nous tenons le chemin de crête entre ces deux gouffres et ceux qui veulent nous faire chuter, à droite comme à gauche, perdent leur temps. L’I.B.P. c’est tout sauf la politique de l’autruche : lucidité et hardiesse.

Vous voyez combien nous sommes différents!
--
Abbé Philippe Laguérie

mercredi 27 mai 2009

"... dans la charité du Christ..."

Avez-vous remarqué que certains termes servent, en plus de leur signification réelle, éventuellement fort belle... qu'ils servent à enfumer l'interlocuteur? Exemples:

  • "négocier": terme valorisant pour le souscripteur d'un prêt bancaire. On dit "j'ai négocié avec mon banquier un prêt à 14,87%" au lieu de "l'employé a regardé son écran, c'était 14,87% comme ailleurs, j'ai signé". -- Autre version: "j'ai négocié le virage" au lieu de "j'ai tourné le volant parce que je n'avais pas le choix".
  • "multimédia": (terme des années 90) réduction à une seul média (l'ordinateur) de toutes les activités humaines: travail, courses, drague, divertissement, militantisme, etc.
  • "télé réalité": mise en scène irréelle de personnages surréels avec comme résultat des situations très très éloignées du métro-boulot-marmot-dodo des telespectateurs.
  • "mort des idéologies": rengaine des années 1990 dans le monde médiatico-intellectuel issu de 1968. Plus facile à dire que "je n'y crois plus" ou "qu'est-ce qu'on a été cons!"
  • "investissement": moins douloureux que dépense. "J'ai investi dans un nouvel ordinateur pour aller sur le Web2.0"
  • "développement durable": expression qui suggère que le développement des activités économiques accompagne la préservation de l'environnement. L'expression s'entend moins par temps de crise - elle n'est pas durable.
  • "conseiller financier": nouveau nom des vendeurs de produits financiers. Verra-t-on un jour des 'conseillers en lessive'?

Quel rapport avec l'objet de ce blog me direz-vous, et avec le titre de ce message? j'y arrive.

  • "dans la charité du Christ et l'unité de Son Eglise": formule finale de la réponse d'un curé d'Ile de France qui indique que 'les conditions d'application' du motu proprio ne lui semblent pas réunies. Malgré le grand nombre de demandeurs, qui souhaitent une messe '1962', malgré leur implication dans la paroisse, malgré la stabilité du groupe, malgré des créneaux horaires libres, et malgré l'intérêt pour cette forme du rite d'un des prêtres de la paroisse.

Après la conférence...

Après la conférence de Sylvie Chabert d'Hyères sur la tradition manuscrite des textes sacrés (40 personnes pour un sujet difficile d'accès), je reste ébloui par les prodigieuses potentialités de la lecture de l'Évangile. Prodigieuse potentialité ? Cela signifie une merveilleuse liberté d'interprétation. Non pas l'interprétation dite spirituelle dont, si on sait où elle commence (dans le texte), on ne sait jamais où elle s'arrête (à contre texte, à contre sens aussi peut être). Mais une interprétation littérale qui n'est pas littéraliste, qui prend acte de ce que saint Thomas d'Aquin appelait déjà à la fin de la Première Question de la Première Partie de la Somme théologique la multiplicité des sens littéraux. En l'occurrence, la conférencière, spécialiste du Codex Bezae (un codex lyonnais antique, sauvé par Théodore de Bèze, qui l'a arraché des mains fanatiques de son coreligionnaire le Baron des Adrets), milite sans doute même pour une certaine pluralité scientifique de la lettre elle-même, puisqu'on trouve dans ce Codex de Bèze la version dite "occidentale" que l'on n'a ni dans le Vaticanus ni dans l'Alexandrinus.

Il faut aimer la lettre de l'Évangile et faire saillir les richesses de sens qui s'y trouvent cachées. Il faut veiller, avec un soin jaloux, à la scientificité, à l'exactitude de cette lecture, non par littéralisme ou par fondamentalisme, mais parce que le sens spirituel est décidément trop flou pour nous renseigner sur ce que Dieu nous demande vraiment et sur "ces choses cachées depuis la fondation du monde" qu'il nous fait découvrir dans la lettre du texte biblique.

Il y a un paradoxe à le dire mais allons-y gaiment : j'ai toujours préféré le Père Lagrange, de l'Ecole biblique de Jérusalem, à saint Augustin et au concert patristique... comme exégète. Saint Augustin est un éloquent maître théologien, mais la signification symbolique qu'il donne au 153 poissons de la deuxième pêche miraculeuse, au terme d'une savante arithmétique, ne m'a jamais vraiment intéressé. Le Père Lagrange s'est trompé parfois, mais sa lecture exigeante du texte sacré a toujours augmenté ma foi, en me donnant le bonheur de comprendre quelque chose du texte que je n'avais pas saisi par moi même.