samedi 31 octobre 2009

Dieu ? Est-ce évident ?

Ce vendredi soir, deuxième cours sur saint Thomas d'Aquin. Cette fois, foin des généralités ! Nous entrons tout de suite dans le vif de l'article 1 de la question 2 : Dieu est-il évident ?

Les orthodoxes reprochent souvent à Thomas d'Aquin son "rationalisme" parce qu'il introduit la démonstration rationnelle jusqu'au coeur de la vie spirituelle en insistant sur le fait que l'on peut démontrer que Dieu est. En réalité, le Docteur angélique nous prend tous là où nous sommes : dans notre ignorance.

Il est vrai que nous possédons tous spontanément une certaine connaissance innée de Dieu, un désir qui ne sait pas trop ce qu'il désire (comme lorsque j'entends quelqu'un venir mais que je ne sais pas que c'est Pierre qui vient dit saint Thomas dans la réponse à la première objection). Fondamentalement, ne sachant pas CE QU'EST Dieu, nous ne pouvons pas savoir qu'il existe de manière évidente. Je m'appuie sur une question posée pour souligner que lorsque l'on pense, par exemple, que Dieu est un lieu - ce lieu qui est le TOUT - on ne réagit pas comme lorsque l'on sait, avec la révélation biblique - que Dieu est un sujet, une personne.

Mais il faut souligner que la notion d'évidence (ou chez saint Thomas qui emprunte le thème à Aristote de "proposition connue par soi") n'est pas une notion simple. Dans le Corpus de l'article, saint Thomas insiste sur la distinction entre "ce qui est connu par soi secundum se" et "ce qui est connu par soi quoad nos". Il y a une évidence subjective (sur laquelle Descartes insistera beaucoup) et une évidence objective. L'évidence subjective repose forcément sur un accès personnel à la connaissance. L'évidence objective procède du fait que le prédicat de la proposition connu par soi est contenu dans le sujet. Dieu est évident d'une évidence objective (secundum se) : on peut évidemment dire que Dieu est puisque Dieu est l'être. Mais nous qui ne connaissons pas Dieu (nous qui souvent ne savons dire que ce qui est sacré pour nous et non Dieu comme sacré ou suprême en soi), nous ne pouvons pas immédiatement établir cette identité objective entre Dieu et l'être. Cette évidence n'existe pas pour nous, même si elle existe en soi.

La meilleure preuve que cette évidence de Dieu n'existe pas pour nous, c'est que la position athée existe. Psaume 53 : "l'insensé a dit dans son coeur : il n'y a pas de Dieu". Si l'existence de Dieu était évidente pour nous, l'inexistence de Dieu ne se soutiendrait pas une seconde. C'est bien son inévidence pour nous qui permet de considérer que l'athéisme est une position tenable. Si vous voulez savoir d'où vient cette audace d'un homme du XIIIème siècle, elle provient du paragraphe consacré à l'argument d'autorité (la citation du Ps. 53). Paradoxe et souplesse de Thomas d'Aquin : il fait dériver l'existence (problématique) de l'athéisme d'un Magister dixit.

Quant à l'évidence de l'existence de Dieu, elle est plus apparente chez ceux qui connaissent Dieu, les "sapientes", ceux que l'on appelle les "sages". Peut-on scruter le mystère de l'univers sans revenir à Dieu ? "Ce qui est incompréhensible dit Einstein, c'est que le monde soit compréhensible". La connaissance est elle-même un mystère. Il y a chez tous ceux qui scrutent, chez tous les sages une certaine reconnaissance de Dieu, il ne faut pas s'en étonner. Mais comme le souligne Cajétan en faisant allusion à ce passage de la Somme théologique dans son Commentaire du chapitre 3 du Premier livre des Seconds Analytiques, la connaissance des sages, à propos de Dieu, si elle parvient à une forme d'évidence (qui faisait dire au dernier Gilson : l'athéisme est difficile) est toujours une connaissance vague, qui ne nous laisse pas savoir clairement qui est Dieu.

La Somme théologique, cet itinéraire spirituel comme disait Mgr Lefebvre, nous prend dans notre ignorance et non dans ces pseudo savoirs qui sont souvent autant de masques de Dieu, autant de signes de la migration du sacré.

Nous laissons pour la prochaine fois la très importante réponse à la deuxième objection. C'est une fenêtre ouverte sur un monde !

mercredi 28 octobre 2009

Le drame de Hans Küng

Dans Le Monde daté de demain, Hans Küng s'en prend vivement à Benoît XVI, à l'occasion de la réintégration dans l'Eglise catholique de l'ensemble de la Traditional anglican Community, réintégration qui fait réfléchir par ailleurs nombre d'anglicans qui le disent, en particulier les évêques liés au groupe Forward to the faith...

Hans Küng ne se contente pas d'énoncer son désaccord, cela serait attendu de la part d'un homme qui a été interdit d'enseignement dans les Universités catholiques par Jean Paul II. Si j'en parle sur ce Blog, c'est qu'on assiste à un véritable pétage de plomb du grand théologien. Dans ce que vient de faire Benoît XVI, rien ne trouve grâce à ses yeux, pas même la manière très libérale dont le pape accueille les prêtres mariés et accepte qu'ils restent mariés en les réordonnant."Il faudrait maintenant que des prêtres catholiques tolèrent à leur côté la présence de convertis mariés ? Faudrait-il, si l'on veut se marier, devenir d'abord anglican, puis convoler pour revenir ensuite sur ses convictions ?" Hans Küng en pétard contre le fait que les prêtres anglicans convertis seront des prêtres mariés, voilà qui est d'une réjouissante absurdité. Pas d'autre hypothèse : le parangon du progressisme a pété les plombs.

Qu'est-ce qui est en jeu dans ce pétage de plomb ? De quoi est-ce le symptôme?

Je crois qu'il y a deux explications.

La première : le progressisme est mort. Je l'avais écrit dès 1995, dans Certitudes, en constatant que le départ de Mgr Gaillot ne faisait que 10 000 personnes dans les rues d'Evreux son évêché d'origine et que la plupart d'entre elles étaient agitées par le PCF, voire par des structures d'ultra-gauche. Je compris alors d'un coup : Gaillot n'a pas de troupe. Le progressisme ne mobilise plus. Rome peut impunément destituer un évêque culte. La gauche s'agite un peu et on passe à autre chose. Aujourd'hui si Hans Küng pète les plomb, c'est parce qu'il se rend compte qu'il n'a plus aucune prise sur la marche du temps de l'Eglise. Les problématiques changent. L'oecuménisme n'a plus le même sens. Il fonctionne, il remporte des succès, mais pas ceux que Hans Küng escomptait...

La seconde : la seule chose qui marche dans l'Eglise aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, c'est ce que Hans Küng appelle dédaigneusement l'Imperium romain. Le théologien appelait de ses voeux ce qu'il nomme encore aujourd'hui un Commonwealth catholique, au sein duquel le pape aurait joué le rôle de... Sa Gracieuse Majesté. Il est contraint par l'événement. La papauté attire. On le sait depuis Jean Paul II, depuis les JMJ... Mais Jean Paul II, pape de transition, jouait son rôle sur la scène du monde. Benoît XVI, qui n'est pas aussi médiatique, le remplit en fin politique. Il a souci de poser des actes, qui feront sortir l'Eglise du bourbier des années Soixante Dix.

Le seul réflexe de Hans Küng, face à cette donne qui change : le pape pratique la politique de "Hypertraditionalistes de tous les pays unissez-vous".

C'est là la dernière carte de Hans Küng, le méchant jeu, le jeu si peu chrétien de la diabolisation. Comme l'écrit un lecteur du Monde en ligne : "ça sent à plein nez le règlement de compte". Il y a trente ans, Hans Küng vivait sur la double légitimité de son savoir présumé et de son christianisme revendiqué contre l'Imperium romain. Aujourd'hui, face à l'évolution de la situation, son savoir, tellement ciblé, est impuissant. Quant à son christianisme... le moins que l'on puisse dire est que, dans ce long texte, il n'apparaît pas. Oui, décidément, le progressisme est mort. Il faut en tirer les conséquences.

mardi 27 octobre 2009

[conf'] mardi 27 Octobre 2009 à 20 heures - «Les religions mènent-elles à la guerre et à la violence?»

Conférence au Centre Saint Paul (IBP à Paris) - Mardi 27 Octobre 2009 à 20 heures - « Les religions mènent-elles à la guerre et à la violence ? » - Commentaire du livre de William Cavanaugh, « Le mythe de la violence religieuse » - par l’Abbé Guillaume de TANOÜARN - Participation aux frais: 5 euros, 2 euros pour les étudiants - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

samedi 24 octobre 2009

Dépêches d'agence & colossales finesses

Une agence de presse n'est pas forcément neutre. Le choix des sujets, l'emploi de certains mots, la parole donnée aux uns plutôt qu'aux autres... les dépêches aussi forment l'opinion. Tout de même, l'exercice est limité et ne permet pas la diatribe - il faut alors ruser. C'est ce que pense devoir faire l'Agence APIC (Agence de Presse Internationale Catholique - en Suisse) depuis deux semaines, en rajoutant un sous-titre bielleux quand elle traite du traditionalisme écônien:
"Ouverture le 26 octobre du dialogue doctrinal entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X
Des années voire un siècle de discussions?"
(23 octobre 2009)
"Mgr Fellay célèbrera la messe à Lourdes.
L’intégrisme reprend ses droits partout, pas seulement dans l’islam."
(19 octobre 2009)
"Ecône: Les discussions avec le Vatican vont prendre du temps
Pour Mgr Fellay, la seule solution est un 'retour au passé'"
(12 octobre 2009)
Tout de même, ça doit être terrible de ne pas pouvoir se lâcher, quand on ne se tient plus.

Semetipsum communique...

Le complot - par Semetipsum

On nous l’a répété : si le monde déraille
C’est qu’un complot, ourdi par des maîtres cachés,
Depuis deux siècles au moins que ces êtres ferraillent,
Nous mine du dedans et nous pousse au péché.

« C’est vraiment ridicule de croire à ces sornettes
Et de voir en nos maux une cause secrète ! »
Je n’en suis pas très sûr ; Des papes nous l’on dit
Et la Vierge parfois l’avait même prédit.

Pourquoi vouloir nier intrigues et complots
Allant de la magouille, à la machination,
Manigance ou abus, parfois conspiration,
Voire conjuration ? A-t-on peur de ces mots ?

De là à expliquer les crimes de l’histoire
Ce qu’on ne comprend pas, les défaites et les gloires
Par un complot géant qu’on nous cache à dessein…
Seul celui de Satan y pourvoira sans fin.

Mais le complot de Dieu est bien plus redoutable,
Lui qui cache aux savants Sa face toute aimable.
Nul ne connaît le Père si ce n’est par son Fils
Et le Fils le révèle aux faibles et aux petits.

21/10/2009

vendredi 23 octobre 2009

Premier cours...

Premier cours d'une nouvelle série, Clés pour la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin ce soir, vendredi, devant une salle comble, une petite trentaine d'auditeurs. Dans ce cours je souhaite introduire chacun à la pratique personnelle de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin (dont je rappelle qu'elle est disponible pour tous sur Internet, par exemple sur le site Salve Regina). Je donnerai chaque semaine sur le Metablog un petit résumé du cours, qui permettra aux absents de se tenir au courant. Méthode de ce cours : c'est en forgeant qu'on devient forgeron. Nous lisons ensemble un article clé de la Somme théologique.

J'ai d'abord dit quelques mots sur la spécificité de Thomas, docteur commun, qui ne rentre jamais dans les polémiques et cultive l'évidence de ses démonstrations. Et cela ne serait-ce que dans l'admirable langue latine qu'il parle. Citation de Remy de Gourmont, esthète fin de siècle à la foi pour le moins clignotante : "Saint Thomas d'Aquin est toujours d'un égal génie et son génie est fait de force et de certitude, de sécurité et de précision. Tout ce qu'il veut dire, il l'affirme, et avec une telle sonorité verbale que le doute apeuré fuit".

Cajétan, lui, fait le contraire. il semble payé pour chercher des poux dans la tête du saint, dont il est un peu le poil à gratter, comme il le reconnaît dès la première ligne de son commentaire : face à Thomas qui, dans son Prologue, se veut le docteur des débutants et le pédagogue efficace, lui, Cajétan, entend être celui qui pose les questions qui fâchent : "Mon intention diffère du tout au tout de celle du divin Thomas".

Bref le maître et le disciple se complètent bien. Et l'un et l'autre ont une pensée plus dialectique et questionnante que démonstrative.

Dans le premier article, Thomas montre la spécificité de cette "science nouvelle" qu'est la théologie, qui a pour origine non pas la raison humaine, mais le livre (ta biblia) dans lequel Dieu se fait connaître. Cette nouvelle connaissance produit en nous une nouvelle liberté, une nouvelle vie, un nouvel élan, que Cajétan dans son Commentaire, appelle par son nom : le surnaturel, cette extension du domine du réel, à laquelle on accède par la foi dans la charité.

C'est cette connaissance nouvelle qui nous ouvre un nouveau monde, dans lequel nous pouvons dire sans trembler, non pas : l'homme est un être pour la mort, comme le déclare Heidegger. Mais l'homme est ordonné à Dieu comme à sa fin.

Le surnaturel n'est ni une expérience intérieur ni un étage qui vient s'ajouter arbitrairement à notre rez-de chaussée si près du sol. Il se définit comme cette extension du domaine du réel qui ouvre sur la Lumière de la vie éternelle.

Prochain rendez-vous pour ce cours : [au Centre Saint Paul] vendredi prochain à 20H00