lundi 15 mars 2010

J'ai rencontré Alexandre...

J'avoue que j'avais perdu patience et que je n'osais pas vous entretenir des progrès d'Alexandre Berche vers la santé, tant ils me paraissaient minimes. Mais cette fois, il me semble qu'il y a un changement profond. On est avec lui. Il est avec nous. Il tente de parler et sa trachéo l'en empêche. Il rit quand on lui parle de son poids qui diminue, mais pas encore assez (les variations s'affichent automatiquement au pied du lit). Et quelle intensité dans le regard quand on lui fait lecture de vos message. Les louveteaux en particulier le font craquer ! Bref, pour la première fois depuis ce sinistre accident, j'ai eu l'impression d'une véritable rencontre avec Alexandre.

On voit d'ailleurs le moment où il va quitter le service de réa pour une maison de convalescence... Tout n'est pas gagné, certes. Il a du pain sur la planche. Son bras gauche reste étrangement inerte. Mais il a manifestement les idées en place et avec la volonté qu'on lui connaît (moyennant un peu-beaucoup de patience), avec vos prières et avec l'affection de ceux qui le connaissent de près... il va pouvoir revenir chez nous, les vivants. Il était un prêtre généreux. Si Dieu veut, comme passé à travers le feu de l'épreuve, il va faire un prêtre doué d'une formidable expérience, un prêtre irrésistible.

dimanche 14 mars 2010

[conf'] Dimanche 14 mars : Vatican II, le culte chrétien de l'expérience humaine à l'exigence christique - Deux notions clés, un choix nécessaire d'orientation

Conférences de Carême au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris) sur le thème général: Vatican II : quelle boussole? Herméneutique de rupture et herméneutique de continuité - Conférence à 18H00, messe à 19H00

Dimanche 14 mars : Vatican II, le culte chrétien de l'expérience humaine à l'exigence christique - Deux notions clés, un choix nécessaire d'orientation

vendredi 12 mars 2010

Abbé Guillaume de Tanoüarn: "Un dîner théologique"

Avant-hier soir, à la Maison l’abbé René-Sébastien Fournié avait organisé un dîner chaleureux avec Monseigneur Guido Pozzo, responsable de la Commission Ecclesia Dei devant le cardinal Levada, Préfet du Saint-Office. Au menu : verrines et magrets, une petite pause dans le Carême. Monseigneur Pozzo restera très sobre toute la soirée, mais ses saillies n’en sont que plus nombreuses. Il parle de ce qui l’intéresse, de ce qui le passionne même : la théologie. Et de déplorer l’absence de systématiciens originaux. La théologie d’aujourd’hui dans le meilleur des cas est une redite soupire-t-il. Le cardinal Ratzinger demeure, seul véritable théologien, dans un monde qui n’en a plus. La raison ? Comme le Père Garrigou-Lagrange, même si ce n’est pas dans les mêmes termes, Monseigneur Pozzo attribue la crise de la théologie à la crise de la métaphysique, ou plus exactement à l’absence de métaphysique qui caractérise l’homme d’aujourd’hui. Emporté par son élan, il évoque sa propre thèse de théologie, soutenue naguère sur Hans Küng, et il stigmatise les théologiens radicaux de cette espèce qui ont placé la foi pure dans une sorte d’ailleurs inaccessible. Résultat ? la théologie radicale consiste à utiliser les catégories d’une culture mondaine pour dire la foi à un moment de l’histoire. Et puis il faut recommencer quand la culture change. Vu comme ça, Hans Küng est une sorte de Sisyphe, qui n’en finit pas de monter son rocher. Et pas seulement celui-là souligne-t-il. Dans ses Entretiens sur la foi justement, le cardinal Ratzinger s’est attaqué aussi à ceux qui cherchaient uniquement à trouver des intermédiaires entre la foi et la culture dominante. Cette recherche est vaine, martèle mons. Pozzo, décidément très en forme. Au café, nous essayons de descendre de ces hauteurs…

Mais le ton de la rencontre est donné. Toujours précis, toujours spéculatif, dans une sorte de… gouaille (c’est le mot qui me vient à l’esprit, moi qui suis parisien), mons. Pozzo nous parle du Concile : on peut déclarer que quelques points traités au Concile reste ouverts ou que le lien de certains exposés conciliaires avec la Tradition est problématique, mais la question est de savoir si une herméneutique de continuité est possible (si on reconnaît cette possibilité, on est catholique) ou bien si elle n’est pas possible – et cela, nous dit-il d’une voix forte, ce n’est pas catholique. Sono eretici! Ils ne sont pas dans la Communion du Saint Siège ceux qui prétendraient que Vatican II ne peut pas recevoir une herméneutique correcte de la part du Magistère.

On sent que tout l’effort de ce théologien de profession qu’est mons. Pozzo, c’est d’affirmer et de réaliser la continuité réelle (et non seulement verbale ou fictive) entre le Concile, l’enseignement qui le précède et l’enseignement qui le suit. En l’écoutant je pensais à une formule du cardinal Ratzinger dans Le sel de la terre, que je modifie quelque peu pour faire porter sur la théologie (et sur monseigneur Pozzo) ce qui à l’origine désigne la liturgie : « Celui qui considèrerait comme absolument faux tout ce que l’Eglise a tenu de plus vrai depuis son commencement, celui-là c’est la crédibilité de l’Eglise qu’il met en cause ». Monseigneur Pozzo est un beau défenseur de cette Institution ecclésiale qui a besoin de continuité pour affirmer à la face du monde sa fonction salvifique.

Ils en ont parlé...

Je voudrais remercier ici Conomore de m'avoir prêté main forte, face à Antoine, pour dédiaboliser Maurras. Il l'a fait avec sa vaste culture et un style... que je lui envie. Je crois important de ne pas épouser les querelles de l'époque dans leur matérialité. Ce qui est grand sans conteste chez Maurras c'est sa pensée. Je dirai même : son expérience intellectuelle de la modernité. J'ai l'habitude de dire que Maurras est le plus moderne des antimodernes, le dernier des sages et le premier des intellectuels. Il est une sorte de chaînon manquant.

La modernité, il l'a éprouvée au plus profond de lui même. Jusqu'à en perdre la foi. Mais aussi jusqu'à éprouver la tentation du suicide (voir Le Mont de Saturne), ayant éprouvé le romantisme du XIXème siècle, au plus profond de lui-même en le poursuivant jusqu'au nihilisme de Schopenhauer, dont on sait, par sa correspondance avec Mgr Penon, qu'il l'a lu à 20 ans. Autant d'éléments qu'Antoine pourra ajouter dans son dossier à charge. Autant de circonstances qui rendent son itinéraire particulièrement important, comme l'avait pressenti Henri Massis.

Certains diront : quel rapport avec sa politique ? C'est ce qui est intéressant chez Maurras. il n'y a pas de système, pas de parcours fléché, mais une profonde unité de l'expérience intellectuelle et spirituelle, sous le signe de l'analogie. Ce qui est valable dans tel domaine doit l'être aussi dans tel autre d'une autre manière. Ce qui vaut pour la critique littéraire vaut analogiquement pour la politique. Le point commun étant toujours le Logos, vénéré comme principe de l'ordre possible.

L'ordre, l'avenir de l'ordre, voilà ce qui passionnait le penseur. Non pas un ordre établi qu'il aurait fallu défendre. Non pas un ordre à établir dont l'Idée devrait gouverner aveuglément ceux qui luttent pour lui (ça c'est l'idéologie : efficace comme religion sécuière mais déshumanisante). Non l'ordre tel qu'il affleurait au milieu du désordre ambiant, pour quiconque saurait observer. On est très près de Vatican II et des signes des temps chers à Jean XXIII, si vous voulez mais le prophétisme en moins, l'empirisme (organisateur) en plus. Cet ordre à l'époque de Maurras survivait sans doute ici et là dans la société, mais il n'en avait plus pour longtemps sans le vecteur politique : "Syracuse est prise, Archimède est égorgé et tant pis pour le théorème". Cet ordre ne subsistait plus que dans le langage, dernier témoignage clair de l'Intelligence au Principe de l'ordre humain et principe d'une espérance irréfragable, en vertu de l'analogie qu'il peut toujours instaurer.

A cet égard, il importe de bien distinguer Maurras et son mouvement, l'Action Française. Cette pensée de l'avenir de l'ordre et de l'analogie qui le régente obscurément, elle est le fait d'un penseur, pas d'un mouvement politique. Je crois qu'il faut retrouver Maurras penseur et ce que François Huguenin a appelé en ce sens l'Ecole de l'Action Française, laissant le mouvement à la grandeur terrible de ses engagements et aux impasses fatales de la politique quotidienne. On ne va quand même pas rejouer le match jusqu'à la fin du monde !

Maurras est-il le diable ?

En réponse à l'anonyme de mon post précédent et aussi en réponse à une petite campagne de dénigrement qui touche essentiellement les milieux cléricaux, je voudrais revenir sur Maurras et le fascisme. En constatant une fois de plus que dans certains milieux, Maurras reste une passion française...

Nous sommes à la mi-temps des "années folles". Maurras soutient l'alliance entre les alliés et l'italie, pour couper la route du sud à Hitler... C'est dans cette perspective purement française qu'il professe son admiration pour le Duce. Une caractéristique de Maurras : il a toujours dit qu'il ne parlait que pour la France et par rapport à la France, menacée par l'Allemagne, tout le monde l'a compris depuis 1933. Il ne lui vient pas à l'esprit de dire "Fascistes de tous les pays unissez-vous". Dans Devant l'Allemagne éternelle (1938), il évoque "les hordes de Hitler". Il aurait voulu que Mussolini soient de ceux qui lui fasse face...

Si vous cherchez des admirateurs du fascisme (et même du nazisme) cherchez du côté de Drieu La Rochelle théoricien de la jeunesse du monde, de Rebatet la pytonisse des Décombres ou de Robert Brasillach, ému par la nuit de Nuremberg. Vous ne trouverez rien chez Maurras.

Si vous cherchez des zélateurs du fascisme, cherchez chez les Jeunes radicaux (qui se nommaient eux mêmes jeunes Turcs en hommage aux réformes laïques de Mustafa Kemal), contre l'incurie de la IIIème République, ils le sont tous devenus, fascistes. Voyez Jouvenel et Bergery, voyez Déat chez les socialistes, Doriot, le maire de saint Denis, chez les communistes. Là vous avez des fascistes, qui iront souvent et logiquement jusqu'à la collaboration avec l'Allemagne. Si vous mettez avec ça tous les communistes qui ne sont jamais que des fascistes de gauche, comme dit joliment Hans Küng, eh bien vous avez une idée de la vie intellectuelle entre les deux guerres.

Mais ce que je visais dans mon post, c'était la pensée maurrassienne, rigoureusement anti-fasciste. La formule politique du fascisme italien, donné par G. Gentile, c'est "Tout pour l'Etat, rien en dehors de l'Etat". Cette fascination pour "l'Etat fort" vous la trouvez à l'époque jusque chez Alexandre Kojève l'hegelien, dans un texte lyrique sur le Maréchal Pétain. Hegel avait dit : "Je vois Napoléon à cheval, je vois la Raison à cheval". Son Commentateur n'est pas loin d'en dire autant... pour Pétain en 40!

Eh bien ! Chez Maurras, il n'y a pas de théorie de l'Etat fort. Il y a d'abord une théorie de la décentralisation et du fédéralisme (c'est ça aussi le nationalisme intégral : un nationalisme fédéraliste). il y a plus tard une claire vision de l'antériorité de la société sur l'Etat (dans Mes idées politiques en 1938, en pleine flambée idéologique fasciste), il y a une théorie de l'autorité forte et personnelle contre le pouvoir moderne absorbant et dépersonnalisant (avec cette fameuse formule que j'ai souvent vérifiée personnellement : "Tout pouvoir faible centralise"). Je n'hésite pas à dire que tout cela représente bien les substructures d'une pensée sociale chrétienne. Sa formule sur l'Etat ? "L'Etat est le fonctionnaire de la société". On est très loin de Gentile et du fascisme, très loin du hégélianisme et du marxisme.

Reste l'antisémitisme, où se manifeste jusqu'au bout l'antichristianisme de sa jeunesse. Cet antisémitisme n'est pas un antisémitisme de peau ou un antisémitisme "scientiste" ou médical, comme chez Céline. Il renvoie à la théorie des Etats confédérés. C'est un antisémitisme politique, lié aux circonstances politiques de sa jeunesse, qui se double d'un antijudaïsme culturel, expression d'une incompréhension profonde de l'Ancien Testament. On doit déplorer cet antisémitisme de Maurras, mais reconnaître qu'il ne joue pas un rôle clé dans sa pensée.

Ajoutons, comme le remarquait Pierre Boutang, qui a connu Maurras personnellement, une propension à la colère. La violence verbale en politique était générale dans les années 30, mais il est vrai que l'Action Française était un journal qui cédait à ces colères et à cette violence, plus souvent qu'à son tour.

Reste dans les textes de Maurras que personne ne lit plus, une rigueur de pensée rarement atteinte, une souplesse et une aptitude à distinguer les principes et leur application en proposant une véritable méthode d'analyse, qui a souvent fait dire après 68 : Marx ou Maurras. On aurait tort de se priver de ces textes aujourd'hui, en se contentant de synthèses rapides issues de la littérature secondaire. Que ceux qui utilisent le nom de Maurras sans l'avoir lu puisse ouvrir Mes idées politique ou la démocratie religieuse...

Quant à la critique que fait l'anonyme du fameux "je suis Romain, je suis humain deux propositions identiques", je lui signale Ovide dans les Fastes : Romanae spatium est Urbis et orbis idem. L'espace de la ville de Rome et (l'espace) du monde sont identiques. Maurras humaniste n'a pas pu ne pas penser à Ovide... Quant aux chrétiens, ils ont raison de penser que la Bénédiction du pape s'étend à la ville et au monde. Rome est une ville-monde, parce que la culture qui y a trouvé refuge a une vocation universelle et parce que la Chaire qui y a trouvé son lieu redouble cette universalité en la montrant non pas seulement comme raisonnable mais comme salvifique.

Maurras, dans ses écrits, se garde bien de glisser sur cette pente

Abbé de Tanoüarn - radio Courtoisie: "Que reste-t-il de Charles Maurras aujourd'hui?"

Le libre journal de Catherine Rouvier, sur Radio Courtoisie, était dirigé par l'abbé Guillaume de Tanoüarn, vendredi 5 mars 2010. Vous l'avez raté? voici l'enregistrement de la seconde partie de ce libre journal, consacré à Charles Maurras.