"Alors dans l'excès de ma joie délirante, je me suis écriée : O Jésus mon amour... Ma vocation, enfin je l'ai trouvée, ma vocation c'est l'amour (...) Pourquoi parler d'une joie délirante ? Non, cette expression n'est pas juste, c'est plutôt la paix calme et sereine du navigateur, apercevant le phare qui doit le conduire au Port. O Phare lumineux de l'amour, je sais comment arriver jusqu'à toi, j'ai trouvé le secret de m'approprier ta flamme"
Thérèse de Lisieux, Manuscrit B, Oeuvres Complètes p. 226
Thérèse va mourir. A 24 ans. Avant de partir, elle livre quelque chose du secret de sa joie à deux de ses soeurs, carmélites comme elle, Mère Agnès, qui est sa supérieure lorsqu'elle lui envoie la première partie de ses souvenirs et Mère Marie du Sacré Coeur qui lui demande quelque chose sur son message spirituel et qui reçoit ce morceau de lave incandescente.
D'où vient l'excès de joie de Thérèse ? De ce qu'elle a trouvé sa place. Le bonheur c'est de trouver sa place. Seulement Thérèse n'est pas vraiment facile à satisfaire. "Je choisis tout" disait-elle enfant. Adulte, elle est resté fidèle à cette intransigeance (passionnément féminine). Elle veut tout. Elle veut Dieu. Mais que faire pour lui ? Toutes les tâches qui lui apparaissent sont encore trop ponctuelles, trop limitées pour étancher sa soif d'amour. Ce qu'elle a compris, c'est que sa vocation, au Carmel, c'était cette soif jamais rassasiée et qui cherchait tous les moyens pour se satisfaire. Cette soif, cette quête, c'est l'amour et c'est sa vie.
Le Phare et le chemin vers le phare, voilà ce qu'elle a trouvé. Quel est le phare ? Et quel est le chemin ?
Le Phare, c'est Dieu : nous nous rendons tous auprès de lui. Le chemin ? C'est Dieu encore et voilà le grand secret : aller à Dieu par Dieu. Compter inconditionnellement sur l'amour. Tel est le pari de Thérèse, pas très loin de celui de Pascal. L'un et l'autre ils nous apprennent à miser. Parier ? Nous y sommes tous contraints. "Nous sommes embarqués". Mais sommes nous prêts à miser. Celui qui mise tout est sûr de gagner tout. C'est cette image que donne la très courte vie de Thérèse.