vendredi 29 juin 2012

[Vu Sur le Net] En soutanes

Restriction! Jean Mercier écrit un
peu trop rapidement que la soutane
blanche est réservée au Saint Père.
Magnifique article de Jean Mercier sur son blog de La Vie sur la soutane («L’habit de lumière»). Il s’interroge sur le phénomène: «il y a exactement 50 ans, les jeunes prêtres enlevaient la soutane, les jeunes prêtres de 2012 la remettent volontiers». Après avoir fait le tour de la question il pense pouvoir conclure que...
«...l’attitude invoquée en 1962 comme en 2012 est, au fond, assez similaire : le prêtre veut être apôtre. Il y a 50 ans, il croyait être plus crédible et efficace dans son ministère apostolique en ayant l'air moderne, en réduisant l’écart avec l’homme en civil. Aujourd'hui, certains prêtres estiment qu’on évangélise plus efficacement à partir d’une communication visuelle abrasive et qui renvoie à un style “ancien”. Mais la démarche a en commun une ambition, celle d'annoncer le Christ dans deux situations historiques radicalement opposées. Les solutions qu'ils donnent apparaissent opposées, bien que l'intention soit la même.»
Pour l’anecdote, on lit qu’«en 1962, dans les grands magasins, il y avait un secteur pour prêtres, ce qui atteste de leur insertion encore forte dans une société où la sécularisation n'a pas encore produit tous ses effets».

En 2012 la soutane est une affaire de jeunes, et ce retour à des formes anciennes (Mercier écrit que «ce phénomène va de pair avec le retour en grâce de la messe tridentine») n’est pas du goût de tous leurs anciens. Dans un article du Figaro, au sujet des ordinations, Jean-Marie Guénois évoque…
«… ce prélat d'une très importante ville du sud-est de la France qui a refusé, il y a peu, une petite dizaine de candidats qui souhaitaient devenir prêtres. Sans doute ces jeunes, à l'aise avec le col romain et la soutane, ne cadraient pas vraiment avec la ‘bonne’ vision ecclésiale.»
Mais enfin, les faits sont cruels. L’Eglise de France pensait pouvoir tabler sur ‘120’ ordinations diocésaines chaque année, il y en a moins de 100 cette année, et encore moins en 2013. Jean-Marie Guénois donne la parole à un ‘expert du dossier’ qui estime que les évêques sont en train de changer. Tant qu’ils disposaient encore de prêtres ils pensaient que «les laïcs allaient prendre le relais» – maintenant que le tissu ecclésial craque pour de vrai, ils veulent tout de même un minimum de clergé. Il y aurait certes «encore quelques résistances, mais le mot ‘vocation’ n'est plus un tabou». L’expert demande «de ne pas être cité tant le sujet est douloureux dans les rangs épiscopaux». Bref, il y a encore du travail.

En parlant de travail, nous vous disons la joie de l’Institut du Bon Pasteur d’amener de nouveaux ouvriers à la vigne du Seigneur. Aujourd’hui 29 juin 2012, Mgr Fernando Monteiro Guimarães a ordonné à Bordeaux cinq membres de l’IBP. Trois nouveaux prêtres, les abbés Yvain Cartier, Giorgio Lenzi, et Daniel Pereira Pinheiro. Deux nouveaux diacres, les abbés Luis-Fernando Karps Pasquotto et Renato Arnellas Coelho. Deo gratias.

jeudi 28 juin 2012

Leak à pic

La lettre de l’abbé Thouvenot aux responsables de la FSSPX a fuité le jour même – et qui plus est en double, puisqu’on en a trouvé deux fac-similés différents sur divers pages. Aussitôt après la lettre a été reprise sur le Forum Catholique, sur TradiNews, sur La Croix, sur Riposte Catholique… bref : partout.

Elle était pourtant ‘confidentielle’ et ‘interne’ cette lettre, qui informait que :
  • Mgr Fellay n’avait pu signer le document («clairement inacceptable») qui présenté par Rome le 13 juin.
  • Mgr Williamson est persona non grata aux ordinations d’Ecône, ainsi qu’au chapitre de la FSSPX.
  • Les ordinands des communautés (ex?-)amies que sont les Capucins de Morgon ou les Dominicains d’Avrillé ne seront pas ordonnés.
Comme le résumait John Daly sur le Forum catholique: Mgr Fellay ne signe pas, ne reçoit pas, et n'ordonne pas. Et tous les commentateurs de déplorer la fuite (même quand ils y contribuent) et de plaindre Mgr Fellay. A y bien regarder pourtant, ce nouveau tradileak tombe à pic :
  • Vis-à-vis de ses troupes, Mgr Fellay passe pour ferme face à Rome.
  • Vis-à-vis de Rome, Mgr Fellay passe pour ferme face à ses troupes.
Le tout à moindre frais! La lettre est certes ‘confidentielle’ mais son contenu ne l’est pas: Les ordinations sont publiques, et annoncer quelques dizaines d’heures à l’avance qu’on prive de sacrement les communautés ‘amies’ ne change pas grand chose à l’affaire.
 
Clairement, Mgr Fellay est bénéficiaire net dans la divulgation de cette lettre en forme de communiqué de presse. Et l’épuration qu’elle annonce n’est qu’un préparatif supplémentaire en vue de la réintégration dans l’Eglise officielle.

samedi 23 juin 2012

Voyage au coeur de la légitimité française

C'est ainsi que nous avions intitulé notre voyage à Reims. Je crois que tous ceux qui ont souhaité participer d'une manière ou d'une autre à l'aventure, soit en assistant simplement à la messe célébrée par l'abbé Baumann dans la cathédrale, soit en nous accompagnant pour le repas (plus de 80 personnes), soit en suivant le programme de visites, vraiment dense, qui a suivi : Saint Remy, la Cathédrale, le Palais du Tau, tous ceux-là n'auront pas été déçus. J'ai été touché par l'amitié simple qui s'est noué entre des gens très différents unis dans le même enthousiasme johannique, avec au milieu d'eux Sixte-Henri de Bourbon-Parme, qui malgré les béquilles, séquelles de son accident, a tenu à accompagner notre groupe toute la journée. Lorsque, dans le car au retour, j'ai annoncé que nous continuerons les activités de l'association Avec Jeanne, au-delà du 6ème centenaire, j'ai senti, de la part des 60 pèlerins qui avaient choisi ce moyen de locomotion une véritable ferveur. Acceptons en l'augure !
Jeanne, c'est le grand vaccin anti-peur.
La messe a été digne et chaleureuse. Les deux petits communiants qui ont reçu leur Seigneur en ces festivités johanniques ont impressionné l'assistance par leur recueillement. Nous avons chanté la messe du Saint Sacrement. Merci à Monsieur D. de sa direction assurée ! Le Cantique à Jeanne d'Arc et à son étendard de délivrance a conclu, avec quelque chose de martial qui promet, cette cérémonie heureuse. Jeanne, c'est le grand vaccin anti-peur. Le courage, à l'école de Jeanne, ne consiste pas à ne pas avoir peur mais à savoir mettre ses peurs de côté. Je vous avoue qu'en prêchant, j'avais encore devant les yeux l'extraordinaire Alouette de Jean Anouilh et cette sublime mise en scène de Jeanne au théâtre de la Gaieté (jusqu'au 28 juillet), avec en Alouette, en Jeanne, Sara Giraudeau. Dans cette pièce, Jeanne ne meurt pas et reçoit l'hommage de tous pour... son courage de femme enfant (femme enfant dans la pièce d'Anouilh, dans l'interprétation de Sara Giraudeau, comprenez moi)... Le génie d'Anouilh et de ses femmes enfants, Jeanne ou Antigone, c'est de mettre le sublime à notre portée. N'est-ce pas le rôle mystique de Jeanne aujourd'hui, pas seulement dans la Pièce mais dans la vraie vie ?

Pour nous remettre de ces premières émotions, nous étions attendus dans un restaurant où les gens aiment vraiment leur métier et servent de la qualité sans faire grimper les additions plus que de raison [il s'agit de Côté cuisine, boulevard Foch : la bonne adresse à Reims question rapport qualité prix]. Alain Bournazel, notre nouveau président d'honneur, historien à l'écriture souple et agréable, nous adresse quelques mots bien sentis sur la politique de Jeanne d'Arc, sur l'importance de sa présence à Reims. Nous avons encore la cathédrale dans les yeux : une magnifique composition de lieu. Je passe sur les visites, en soulignant simplement l'extraordinaire savoir du Professeur Demouy, qui nous a fait littéralement découvrir la cathédrale, et l'accueil chaleureux de M. Péniguet, au Palais : il nous a confié à l'un de ses meilleurs guide, victime volontaire lui aussi de ce que j'appellerais ici la passion-Reims, en me demandant la part qu'y prend, chez nous, la passion-Jeanne.

Longue conversion avec Bertrand, dans le car en rentrant. Il a ces mots : "Finalement, il a suffi d'une personne". J'ajouterais à retardement : "Et si, dans un domaine quelconque, même très restreint, cette personne, c'était moi ?" C'est la question de Jeanne finalement.

mercredi 20 juin 2012

Mgr Simon m'a donné à penser

Cher Monseigneur,

Votre entretien paru dans Ouest-France le 19 juin dernier et que l'on trouve aisément sur Tradinews résume parfaitement le discord théologique qui s'est installé entre les catholiques de Tradition et les catholiques de Progrès. Disons : entre nous et vous. A ce titre, il mériterait de figurer dans les anthologies historiques du catholicisme.

Vous focalisez notre attention sur deux points : la liberté religieuse d'une part ; la notion de tradition d'autre part.

Voici ce que vous nous reprochez en substance à propos de la liberté religieuse. Je  cite :
"Les lefebvristes en restent à la thèse de 1864. Ce qu'ils récusent en Vatican II, fondamentalement, c'est la liberté religieuse, l'idée qu'on puisse accepter que l'État laisse s'exprimer des convictions qui ne sont pas des convictions catholiques. En vertu d'un principe de base: la vérité a des droits, l'erreur n'a pas de droits. Ils n'ont pas compris que le Concile a déplacé la question. Que ce ne sont pas la vérité ou l'erreur qui ont des droits, mais la personne. C'est le droit des personnes de n'être pas obligées de croire ou de ne pas croire". 
Ce texte est tellement riche que vous me permettrez de m'y arrêter quelques instants.

"Les lefebvristes en restent à la thèse de 1864" écrivez-vous.

Les lefebvristes, mais aussi la plupart des traditionalistes et encore beaucoup de catholiques donnent au Syllabus de Pie IX (1864) une autorité, qui dépasse la simple authenticité magistérielle. C'est la sentence commune des théologiens, cette autorité exceptionnelle du Syllabus. La thèse de 1864 repose d'ailleurs elle-même sur un enseignement constant des papes du XIXème siècle face à l'émergence du libéralisme politique et civique. Vous-même, d'ailleurs, cher Monseigneur, il m'étonnerait que vous voyiez d'un bon oeil le libéralisme qui aujourd'hui constitue une véritable menace de dissociation pour les sociétés occidentales. En cela, vous n'êtes pas si éloigné que vous le dites de la condamnation de Pie IX, stigmatisant le libéralisme dans la Proposition 80 du Syllabus.
 
Vous me direz : - Il ne s'agit pas de la même chose. Je vous répondrais : - Il est évident que nous ne sommes pas au même siècle. Un Grégoire XVI appelant la liberté de la librairie "une liberté funeste dont on ne peut avoir assez horreur" (dans Mirari vos) n'a pas pris la mesure de la nouveauté des temps. Il est certain que ses condamnations sur ce point (participant d'un magistère authentique mais non infaillible) sont largement dépassées. Mais sa critique de l'indifférentisme - si vigoureuse ! - reste, elle, indépassée à ce jour. Elle constitue d'ailleurs le motif profond de ses interventions... et des nôtres. On dirait qu'il avait prévu quelque chose du matérialisme crasse dans lequel l'humanité s'enfonce aujourd'hui.
 
Pour résumer à propos de "la thèse de 1864", nous dirons : les papes ont eu raison de condamner le libéralisme : l'histoire leur donne raison un peu plus chaque jour, un Philippe Muray l'avait largement pressenti dans Le XIXème siècle à travers les âges ; mais les papes, je l'écris en tremblant, ont sans doute eu tort lorsqu'ils ont condamné de manière trop absolue le libéralisme politique dans toutes ses manifestations, parce que l'on ne saurait condamner un fait accompli comme s'il pouvait ne pas être. S'il fait jour à 6 H du matin, on ne peut condamner ce fait, au nom de je ne sais quel droit au sommeil par exemple. Les faits forment la limite de toute démarche purement axiologique. Les traditionalistes qui ne sont pas plus bêtes que les autres catholiques en sont parfaitement conscients, même s'ils savent aussi que cette limite n'est pas toujours facile à établir dans le concret.

Dans la phrase suivante, vous définissez la liberté religieuse comme "l'idée qu'on puisse accepter que l'État laisse s'exprimer des convictions qui ne sont pas des convictions catholiques". Mais cette définition que vous donnez n'est pas celle de la liberté religieuse, c'est celle de la tolérance religieuse, qui est aussi vieille que la parabole du bon grain et de l'ivraie : "Laissez les pousser ensemble jusqu'à la moisson". Cette tolérance-là, elle est une invention du christianisme, personne ne la conteste parmi nous, même pas votre confrère "lefebvriste" Mgr Tissier de Mallerais, auquel j'ai écrit récemment de tous ces sujets.

Dans votre critique du "lefebvrisme" (et des positions catholiques traditionnelles), vous désignez "un principe de base: la vérité a des droits, l'erreur n'a pas de droits. Ils [les dits lefebvristes] n'ont pas compris que le Concile a déplacé la question. Que ce ne sont pas la vérité ou l'erreur qui ont des droits, mais la personne".

Plus qu'un théologien, cette formule mériterait l'acribie d'un juriste, que je ne suis pas.
 
La position que vous tenez a effectivement ses défenseurs, mais il me paraît excessif et contraire à une herméneutique vraiment contextuelle d'en faire la position du Concile. Dire que "seule la personne a des droits", c'est réduire le droit au droit subjectif (quitte à trouver dans cette subjectivité même une forme d'objectivité, là n'est pas la question).
 
Je voudrais poser une question simple : le droit n'est-il pas l'expression de la justice ? Mais la justice peut-elle vraiment se conclure du sujet humain, posé a priori comme source ? Michel Villey s'est posé la question de manière approfondie dans Le droit et les droits de l'homme. Il me semble qu'il faut aller, avec lui et quelques autres, au fond du problème : sait-on ce que c'est que la justice pour pouvoir aisément définir le droit du sujet ? Depuis Platon, nous sommes bien obligés de reconnaître que non. Exemple récent de cet agnosticisme moral, le curieux livre de Ruwen Ogien traitant officiellement de L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et officieusement de l'incapacité où nous sommes à définir la justice et le droit qui en découle (Grasset).
 
Il faut bien reconnaître, pour aller dans ce sens, que les droits subjectifs sont contradictoires : il y a le droit au travail et le droit aux vacances, le droit à la vie et le droit de mourir dans la dignité, le droit de l'entrepreneur et le droit du salarié etc. Marx, que vous connaissez bien pour avoir beaucoup travaillé, je crois, sur ses textes de jeunesse était très sceptique sur le fait que l'on puisse définir le droit a priori en le déduisant de la personne. Il craignait que l'idéologie ne vienne contaminer immédiatement la pureté de sentiment des belles âmes humanistes (cf. ses Réflexions sur la question juive).
 
Peut-on écrire froidement : le Concile a déplacé la question ? Je n'en suis pas sûr. Qu'a-t-il pu changer, ce Concile, à l'impuissance de notre raison à définir une idée a priori de la justice applicable immédiatement aux personnes, revendiquant chacune leur droit sans contradiction?
 
Que les personnes aient des droits, c'est clair, mais leur droit n'est jamais absolu. Le droit, c'est une relation, comme l'a génialement vu Aristote. Ainsi le droit du salarié ne se définit pas a priori, mais dans la relation entre le salarié et l'entreprise, entre le salarié et l'entrepreneur, entre le droit du salarié et le droit de l'entrepreneur. La justice - et le droit qui en découle - consiste à attribuer à chacun son dû. Cette attribution se fait "au cas par cas", et d'abord selon un ordre qui est l'ordre public, toujours différent ici et là. A cet ordre public, foncteur du droit, le Concile se réfère abondamment et d'une manière qui contredit l'idée défendue par Mgr Simon selon laquelle la personne est, par elle-même, la source du droit.
 
Dans ce contexte "juridictionnaire", peut-on dire que la vérité n'a pas de droit ? Si l'on considère que la vérité est une idée et que l'erreur est l'idée contraire, alors il est clair que la formule du "droit de la vérité" est inappropriée. Une idée n'a pas de droit.
 
Mais si la Vérité est une Personne, cette Personne qui a dit JE SUIS, au commencement du Livre ? Alors il faut bien admettre qu'elle entre en relation avec les personnes humaines et que ces relations (qui constituent une histoire) offrent la matière de droits. Comment penser autrement ?
 
Ainsi, par exemple, on peut dire que le Christ est roi, non pas par son idée (cette fameuse idea Christi qui faisait kiffer Fichte par exemple), mais comme le dit le vieux cantique, par sa naissance, par son advenue au monde. Depuis que le Christ est né, le Royaume de Dieu est au milieu de nous et - que nous le voulions ou non - il s'accroît chaque jour. C'est son droit, c'est sa loi (la loi du sénevé évangélique).
 
En étendant ce propos à la dimension politique de l'animal humain, on peut même aller jusqu'à dire que dans l'extraordinaire "anarchie chrétienne" qu'a récemment décrite avec bonheur Jacques de Guillebon, il n'y a pas de droit sur autrui en dehors de cette Vérité-là : "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut" dit rudement le Christ à Pilate, qui revendiquait un peu bêtement le "droit" que lui conférait son pouvoir. Le droit chrétien n'est ni celui du plus fort ni même celui du plus digne, encore moins le très obscur droit de l'homme, il est toujours d'abord un droit de Dieu (et en ce sens un droit de la vérité). Loin de signifier oppression ou "divin esclavage", ce droit de Dieu est notre liberté à tous. Qu'arrive-t-il quand on ne le reconnaît plus ? Le pape Jean-Paul II (qui n'est pas un lefebvriste que je sache) a parlé à ce sujet de "totalitarisme". Dire que "seule la personne" a des droits, c'est se précipiter dans un subjectivisme qui, tôt ou tard, virera au totalitarisme. Se passer de la splendeur de la vérité pour élaborer des droits qui "viennent de la personne elle-même" c'est un leurre, qui finira par nuire grandement aux personnes qui ont cru pouvoir se passer de cette vérité les transcendant et les établissant dans leurs droits.

"C'est le droit des personnes de n'être pas obligées de croire ou de ne pas croire" concluez-vous. Et là encore vous donnez matière à penser. Ces mots semblent anodins. Ils ont leur profondeur. Pour la saisir, je crois qu'il faut distinguer clairement "obliger" et "contraindre". Ecrire que le droit des personnes est de ne pas être contraintes... Cela me paraît relever de ce que Pie XI dans Non abiamo bisogno (1931) appelait "le droit des consciences". Ce droit est imprescriptible. La liberté des animaux raisonnables que nous sommes n'est pas optionnelle. Elle est dans notre nature même, dans la mesure où s'exprime naturellement notre libre arbitre comme le notait Thomas d'Aquin : le libre jugement de notre raison. La foi est d'ailleurs nécessairement l'expression de cette liberté de la conscience.
 
Mais une tout autre chose est de dire, comme vous le faites, que le droit des personnes est de ne pas être obligées... L'obligation ici n'est pas physique, elle est morale. Dire que nous n'avons aucune obligation morale face à la foi et à sa vérité... cela je crois que même le Concile ne l'a pas toujours enseigné. Certains paragraphes (comme le paragraphe 3 de Dignitatis humanae) sont particulièrement ambigus, semblant mettre la recherche au dessus de la vérité elle-même. Mais enfin, il est bien connu qu'au fil des rédactions de DH, cet insoutenable postulat libéral selon lequel l'individu n'a aucune obligation envers Dieu et envers son Evangile a été abandonné. Et aujourd'hui l'herméneutique continue le travail des Pères, sous la houlette autorisée du Pasteur universel. Nous cherchons à connaître toujours mieux nos devoirs objectifs envers la vérité - vérité qui, bien entendu, nous oblige... pour cette vie et aussi pour l'autre, car comme dit saint Paul aux Hébreux (11, 6) : "Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu".  Que resterait-il de cette phrase, je vous le demande, réfléchissez-y, si "nous n'étions pas obligés à croire" ? Rien.

Cher Monseigneur, j'ai beaucoup aimé ce que vous écrivez plus loin sur la Tradition qui, dites-vous, "n'est pas fixée" à 1864. Ni non plus d'ailleurs à 1965 ! Je crois, avec le cardinal Newman, que la Tradition se fait au fur et à mesure de l'histoire de l'Eglise. Sous la houlette du Pasteur suprême, les brebis et les moutons que nous sommes se sentent obligées de mâcher l'herbe de la doctrine. Oui, c'est dans la mesure où nous nous sentons doucement obligés de croire, dans la mesure où nous sommes invinciblement attirés par la vérité dans toute sa splendeur native que nous poursuivons validement cette longue herméneutique de la Parole de Dieu qui a nom Tradition. C'est cette pensée d'une Tradition "non fixée", qui ne se limite ni à un temps donné, ni à ce que Cajétan appelait un peu dédaigneusement "le torrent des docteurs", ni à tel ou tel interprète naturel (hormis les papes dans les conditions déterminées à Vatican I et au n°25 de Lumen gentium) qui m'a donné l'idée de cette trop longue réponse à votre très inspirant entretien. Est-ce cela la tradition vivante ? Merci en tout cas de nous donner l'occasion d'un dialogue par la clarté de vos propositions.

mardi 19 juin 2012

Ca bouge dans le Tradiland

Mgr Fellay - photo classique
et photo (à la diffusion) plus récente
[MàJ du 19/06/2012 - 18H30] Un rapide mot en passant pour vous dire que j’ajoute deux blogs à la liste déjà assez longue de nos tradiliens. Il s’agit respectivement de sisciresdonumdei et de catholique-refractaire issus tous deux [de l'effacement] du forum Fecit. Sur ‘Si Scires Donum Dei’, on trouve [une ligne accordiste]. Sur ‘Refractaire’ on trouve (le ton d’) Austremoine. – Puissent-ils suivre de conseil du Père Faber (cité ci-dessous par Ernest Hello) selon qui «si tout à coup un homme regardait avec amitié les autres hommes, et envisageait leur conduite avec l’interprétation favorable, cet homme […] aurait tout à coup une puissance de persuasion qui étonnerait lui-même et les autres, parce qu’il aurait l’esprit contraire à l’esprit de contradiction.» Puissent les uns et les autres s’en inspirer?

Bach et le pasteur Joly

Ce soir au Centre Saint Paul, à 20 H 15, c'est le pasteur Joly qui viendra nous présenter son dernier livre : Prier avec Bach. Je voudrais montrer, en invitant un Pasteur luthérien que le véritable oecuménisme fonctionne toujours par le haut, non pas à travers la quête d'un impossible dénominateur commun, à la manière des libéraux qui croient faire l'union et qui se contente de faire le vide, mais en se mettant ensemble devant les chefs d'oeuvre chrétiens (utilisés d'ailleurs aussi bien dans la liturgie luthérienne que dans la liturgie catholique). Prier avec Bach ? Nous le faisons les uns et les autres. Bach ? C'est l'oecuménisme du sublime, c'est l'union dans le même génie du christianisme.