mercredi 31 octobre 2012

RIP Halloween

Google Trends est un outil basé sur le moteur de recherche Google. Pour un mot donné, Google Trends indique la fréquence des recherches depuis 2004 et surtout: leur variation. Pour peu que l’on sache isoler le terme pertinent, on obtient le cours du buzz, de même qu’il existe des cours de bourse.

Ayant le sentiment qu’Halloween a quasiment disparu en France, j’ai entré «halloween» dans Google Trends (auquel j’ai ajouté «enfants» pour éviter la pollution par des pages non francophones) – on constate deux choses : 
  • Le caractère fortement cyclique de «Halloween». «Halloween» n’existe pas hors d’Halloween, contrairement à «Noël» ou à «Pâques» qui sont cycliques mais qui existent tout au long de l’année. 
  • La décroissance forte et continue de «Halloween». Depuis 2004 (les statistiques n’existent pas avant) Halloween a perdu les trois quart de son poids.
... et c’est très bien ainsi.

[La dessus, certains vont peut-être penser que les recherches sur Google sont une chose, que le phénomène en est une autre? que nenni, que nenni! Google arrive par exemple à prévoir les pics de grippe avant les autorités sanitaires. Parce que Google connaît le taux de recherche sur «gorge sèche» ou «nez pris» avant que les gens n’aillent consulter.]

mardi 30 octobre 2012

Nouvelle évangélisation et examen de conscience

Il y a en Russie en ce moment un vent de véritable nouvelle évangélisation. Un chiffre résume tout. Dans le seul diocèse de Moscou, on compte mille séminaristes. Autre exemple : François Lespès m'offrait ce matin une cassette qu'il a tournée pour KTO au monastère de Valaam. Valaam ? "Archipel d'une cinquantaine d'îles, figées six mois par an dans les glaces de l'immense Lac Lagoda". "En 1989, six moines accostent à Valaam, pour restaurer une vie monastique dont le fil avait été brisé. 23 ans plus tard, ils sont près de 150 et la plupart des églises dévastées ont été rebâties".

La nouvelle évangélisation a plus de mal à se faire en Occident où l'on ne voit rien de tel... Pourquoi ?

J'ai coutume d'écrire ici que l'homme religieux (homo religiosus) est mort en Occident. Le laïcisme - idéologie française - a tué l'élan spontané, l'hommage immédiat que chaque homme dans le secret de son coeur, mais aussi dans le concret de la vie sociale ordinaire, rendait à la Puissance supérieure.

Il est clair que la demande de religieux est faible en Occident. Faible mais pas éteinte, comme le prêtre que je suis peut en témoigner. La grâce de Dieu ne cesse jamais d'appeler. Comment ?
Nous savons tous, même si nous sommes isolés, que nous ne sommes pas seuls. Mais nous ne savons pas quoi faire de cette évidence secrète. Nous ne savons pas quoi dire de cette Présence silencieuse.

Comme l'avoue le malade de la Piscine de Bethesda, qui ne parvient pas à se guérir lui-même de cette maladie non identifiée dont il souffre : "Je n'ai pas un homme qui puisse me pousser dans la piscine" (Jo 5), pas un homme pour profiter du moment où l'eau, lorsqu'elle bouillonne, a des vertus curatives. Vous connaissez la suite : Jésus est obligé de faire le bouleau lui-même, puisque aucun homme ne se présente pour rendre ce service. Il guérit donc lui-même le paralytique, par un miracle un peu exceptionnel. Eh bien ! Je crois qu'il en est ainsi, en ce moment. Pour beaucoup qui sont paralysés par le péché ou par les préjugés, "il n'y a pas un homme" pour les pousser au bon moment. Oh ! Ce n'est pas que les chrétiens soient moins serviables, moins empressés qu'autrefois. Au contraire ! Sans doute surtout ne savent-ils pas s'y prendre. Ceux qui frappent à la porte des églises, souvent c'est Jésus lui-même qui les a pris par les cheveux pour les amener à lui.

Encore faut-il que ceux-là trouvent des hommes qui les accueillent et ne les repoussent pas. Un christianisme qui les nourrissent et qui ne les empoisonne pas. Il me semble que cette évangélisation occidentale qui ose s'intituler nouvelle (comme si l'Esprit saint avait besoin de se renouveler depuis la Pentecôte : il ne cesse de le faire) souffre de deux défauts humains, trop humains.

Premier défaut : les charismatiques étant la seule aile marchante issue du Concile, on tend à proposer une approche de la foi qui est très charismatique, fondée sur l'expérience personnelle sensible que chacun ferait de Dieu. Je ne dis pas que cette expérience-là n'existe pas : joie, joie, pleurs de joie. Mais je dis que la ferveur ne se décrète pas, que l'expérience de Dieu ne se commande pas, qu'elle n'est pas universelle, qu'elle est particulièrement difficile dans notre société où le désir est athée. Et puis... la vie surnaturelle est quelque chose de profondément personnel. Chacun grandit dans l'esprit de Dieu selon "la riche diversité" dont parle saint Paul aux Ephésiens, celle qui est propre à l'Eglise justement.

En revanche, il est une expérience que nous avons tous faite, celle du péché, celle de notre faiblesse, de notre insuffisance. Celle de nos blessures et de notre mort annoncée. Au fond, tant que nous n'avons pas fait l'expérience de notre faiblesse, nous ne pouvons pas accéder aux consolations de Dieu. Faut-il parler d'avantage du péché ? Sans doute. Précisons cependant : sans aucune moraline. Il faut surtout aider les hommes à se connaître eux-mêmes. "Que je me connaisse et que je vous connaisse !" dit saint Augustin. Il faut cesser de regarder la condition humaine avec des lunettes roses et revenir à la prédication du péché originel. Peut-on être vraiment chrétien sans cela ?

Deuxième défaut, que j'ai constaté récemment chez tel prêtre au cours d'un débat : l'idéologie, la tendance à "sécuriser" la foi, à la "mettre sous contrôle" dans un discours parfaitement rodé, qui a hélas un premier défaut rédhibitoire ; ce discours ne mord pas sur le réel. Il pêche le plus souvent par un optimisme résolu, professé en dépit de tout. Nous sommes tout près de l'idéologie.

Il enferme dans une surréalité rhétorique en produisant d'ailleurs sur demande toutes les excuses du monde aux ouvriers de la moisson qui n'ont pas de succès dans leur ministère parce qu'ils n'ont pas accès aux âmes ; accessoirement cette idéologie chrétienne fournira toutes les "raisons" du monde aux autorités trop faibles et donc injustes, que Cajétan n'a pas hésité à nommer "despotiques" (dans son Commentaire sur le schisme). Comme disait mons. Ducaud-Bourget de manière un peu brutal à propos de cette culture de l'excuse : "Il y a toujours un motif "surnaturel" pour faire une saloperie".

Ne croyez pas que ce discours soit amère... Mais tant que la lucidité n'est pas interdite, autant s'y essayer.

samedi 27 octobre 2012

La semaine du cybertradi - et dimanche?

Je me permets un rapide résumé de l’actualité traditionaliste de ces derniers jours (du 22 au 27 octobre donc), à l’usage de ceux d’entre vous qui reviendraient d’un séjour sur Mars.

Lundi, le site de la FSSPX en France met en ligne une récente conférence de Mgr de Galarreta. Monseigneur s’était jusqu’alors opposé à tout «accord pratique»: il demandait que l’on ne signe rien avec Rome tant qu'Elle ne serait pas revenue à la doctrine traditionnelle. Mais voila que Mgr de Galerreta envisage une «voie pratique», pour laquelle il n’y aurait «pas d’abord un retour de la part de Rome, d’un prochain pape à la Tradition» – avec simplement une volonté romaine de «permettre la Tradition». La FSSPX pourrait alors s’autoriser à «accepter une normalisation canonique, en vue du bien que nous pourrions faire dans l’Eglise». En clair, Mgr de Galarreta quitte la position qu’il partageait avec ses confrères Tissier de Mallerais et Williamson.

Mardi, la direction de la FSSPX expulse Mgr Williamson. La décision était prise depuis le 4 octobre, un ultime délai lui était donné. Dans sa charité, la direction laissait à Mgr Williamson la possibilité de demander qu’on lui pardonnât ses vilenies. Dans sa charité toujours la direction ne communiquait pas sur cette décision: le 16 octobre encore, le porte-parole dela FSSPX interrogé par l’APIC qualifiait cette éventualité de «rumeurs sans fondements». Tout de même, il a du être rudement surpris.

Mercredi, la direction de la FSSPX rend publique sa décision, citant de Mgr Lefebvre à l’appui, et indiquant combien elle lui est «douloureuse». Ne voulant pas laisser la direction seule dans sa douleur, des pages internet comme Fecit ou TradiNews virent au noir. Dans Le Figaro, Jean-Marie Guénois estime que «la mesure était souhaitée par Rome».

Jeudi, Mgr Williamson répond par une lettre ouverte à Mgr Fellay, dans Rivarol. Il estime que loin d’être désobéissant, il a suivi nombre d’ordres «plus ou moins désagréables» de la direction de la FSSPX, quittant successivement le séminaire américain, puis le séminaire argentin, pour se retirer «dans une mansarde à Londres, sans parole ni ministère épiscopal». Là n’est de toute façon pas le problème, écrit Mgr Williamson – ce qui est en jeu est que «le chef de la Fraternité fondée en 1970 pour résister aux nouveautés du Concile propose de la concilier avec le Concile. Aujourd’hui elle est conciliante. Demain elle doit se faire pleinement conciliaire». Des voix s'élèvent sur les forums traditionalistes pour regretter que, chassé de partout ailleurs, Mgr Williamson s'autorise néanmoins à publier son texte dans un journal dont le directeur serait sédévacantiste.

Jeudi toujours, par la voix de son Président Ronald Lauder, le Congrès Juif Mondial approuve l’expulsion de Mgr Williamson, dont il regrette cependant qu’elle ne soit pas intervenue avant. Sur la question des relations avec le judaïsme, Ronald Lauder affirme que «tant que la Fraternité Saint-Pie X ne prend pas une position claire, ils ne devraient pas être réadmis dans le giron de l’Eglise catholique».

Vendredi, l’abbé Schmidberger revient sur l’expulsion de Mgr Williamson, dans un communiqué qu’il publie en sa qualité de supérieur du district allemand. Il estime que l’évêque est passé «d’une antipathie pour le Supérieur général et son conseil à un refus», d'un refus à une opposition, d’une opposition à la rébellion. L’abbé Schmidberger parle d’un «aboutissement douloureux», de Mgr Fellay qui est «éprouvé par cette décision». Prions pour tous. - En Allemagne toujours, le porte-parole du district, l’abbé Andreas Steiner, déclare à la presse que «cette décision facilitera certainement les discussions» avec Rome.

Samedi, par le biais du VIS (Vatican Information Service), la Commission Pontificale Ecclesia Die cite la réponse de la FSSPX aux dernières propositions de Rome. Ces dernières propositions sont celles dont on avait pu croire que Mgr Fellay les avait définitivement refusées le 13 juin 2012, comme clairement inacceptables. Aurait-on mal compris? Y aurait-il quelque malentendu? Selon la Commission Ecclesia Die, la FSSPX «a fait savoir qu’elle avait besoin d’un temps supplémentaire de réflexion et d’étude pour préparer sa réponse aux dernières propositions». Se montrant particulièrement bienveillante, la Commission estime qu’«après trente ans de séparation, il est compréhensible qu’il faille du temps pour assimiler la substance des développements récents».

Et dimanche? Dimanche sans doute les tradis discuteront-ils à la sortie de la messe. Il y a ceux qui prendront la Commission Ecclesia Dei au pied de la lettre - pour se réjouir de la perspective d’un accord, ou pour grincer des dents et lier cette perspective à l’expulsion de Mgr Williamson. Il y a ceux aussi qui verront dans cette lettre une tentative d’intoxication, qui penseront qu’au moment où la FSSPX panse ses blessures, Rome tente de jeter le doute dans les esprits, en suggérant que peut-être les discours sont doubles, que Mgr Williamson aurait figuré sur la table des négociations.

mardi 23 octobre 2012

Succession apostolique

Ne comptez pas, je l'ai fait pour vous - et c'est suffisamment fastidieux. Ils sont cent vingt-et-un. Cent vingt-et-un évêques et archevêques dans la lignée épiscopale de Mgr Marcel-François Lefebvre.

Entre 1950 et 1961, Mgr Lefebvre a sacré quatre évêques (Georges-Henri Guibert, Prosper Paul Dodds, François Ndong, et Emile-Elie Verhille), plus un archevêque en 1968 (Gordon Anthony Pantin). Ces cinq prélats en ont à leur tour sacré d’autres, qui inévitablement en ont fait autant. Soit une descendance épiscopale, de ce côté là, de cent-quinze évêques ou archevêques, dont par exemple le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, ou un certain Bishop Willy (Ngumbi Ngengele).

Puis en 1988, toujours selon le même rite, Mgr Lefebvre sacre quatre évêques (Bernard Tissier de Mallerais, Alfonso de Galarreta, Richard Williamson, et Bernard Fellay). En 1991 les trois premiers sacrent Licínio Rangel, qui en 2002 sacre Fernando Arêas Rifan. Soit six évêques de cet autre côté. Mgrs Rangel et Rifan ont été réconciliés avec Rome, les quatre évêques de 1988 sont restés unis dans la FSSPX – jusqu’à l’expulsion de Mgr Williamson, intervenue aujourd’hui 23 octobre 2012.

Et maintenant, que va-t-il se passer? Sur les cent-quinze prélats du premier côté, octante-cinq sont en vie. La plupart sont jeunes et africains. Typiquement, un sacre épiscopal fait intervenir trois évêques : un consécrateur et deux co-consécrateurs. Chaque nouvel évêque a donc trois chances de se situer dans la descendance épiscopale de Mgr Lefebvre – et dans une génération, il faudra plutôt chercher les évêques africains sans lien avec l’évêque de Dakar.

Et coté traditionalisme ? bien malin et bien imprudent qui prédirait l’avenir, même proche. La seule chose sûre est que la donne change pour les communautés amies (Dominicains, Capucins, Bénédictins et les autres): ils dépendaient jusqu’à maintenant de la vigilante bienveillance de la FSSPX pour leurs ordinations. Voici que l’offre se diversifie.
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Bonus: la liste des évêques et archevêques de la succession apostolique de Mgr Lefebvre

Adalberto Martínez Flores ; Adalberto Paulo da Silva ; Alain Harel ; Albert Vanbuel ; Albert-Leo Bundervoet ; Alexis Touably Youlo ; Alfonso de Galarreta ; Alfred Maria Oburu Asue ; Aloysius Ferdinandus Zichem ; Anthony Hampden Dickson ; Antoine Koné ; Arlindo Gomes Furtado ; Arlindo Gomes Furtado ; Augustin Sagna ; Barthélémy Djabla + ; Basile Mvé Engone ; Benedict Singh ; Benjamin Ndiaye ; Bernard Fellay ; Bernard Tissier de Mallerais ; Carlos Pedro Zilli ; Charles Jason Gordon ; Charles Mahuza Yava ; Denis Wiehe ; Dominique Bonnet ; Donald James Reece ; Dorick McGowan Wright ; Edward Joseph Gilbert ; Elliot Griffin Thomas ; Emile-Elie Verhille ; Emmanuel Marie Philippe Louis Lafont ; Ernest Mesmin Lucien Cabo ; Ernest Sambou ; Félicien-Patrice Makouaka + ; Félix Paul + ; Fernando Arêas Rifan ; Francis Dean Alleyne ; François Ndong + ; François-Xavier Dione + ; Gabriel Malzaire ; Gaspard Béby Gnéba ; Gbaya Boniface Ziri ; Georges Benoit Gassongo + ; Georges Lagrange ; Georges-Henri Guibert ; Geraldo Nascimento ; Gérard-Paul-Louis-Marie de Milleville ; Gilbert Guillaume Marie-Jean Aubry ; Gilbert Marie Michel Méranville ; Giuseppe (José) Negri ; Gordon Anthony Pantin ; Hyacinthe Cardinal Thiandoum + ; Ignace Bessi Dogbo ; Ildo Augusto dos Santos Lopes Fortes ; Isaac Jogues Agbémenya Kodjo Gaglo ; Jacques Yandé Sarr + ; Jean Cardinal Margéot + ; Jean Marie Henri Legrez ; Jean-Baptiste Tiama ; Georges Fonghoro ; Jean-Jacques Koffi Oi Koffi ; Jean-Noël Diouf ; Jean-Pierre Bassène ; Jean-Pierre Kutwa ; Jean-Vincent Ondo Eyene ; Joaquín Hermes Robledo Romero ; José Câmnate na Bissign ; José Lampra Cà ; Joseph Everard Harris ; Joseph Robert Binzer ; Joseph Yapo Aké ; Kelvin Edward Felix ; Kenneth David Oswin Richards ; Licínio Rangel ; Louis Albert Joseph Roger Sankalé ; Lucas Kalfa Sanou ; Lucien Prosper Ernest Fischer ; Luke Paul Matlatarea ; Maixent Coly + ; Malcolm Patrick Galt ; Marcellin Yao Kouadio ; Marie Fabien Raharilamboniaina ; Marie Pierre François Auguste Gaschy ; Marie-Daniel Dadiet ; Martin Albert Happe ; Mathieu Madega Lebouankehan ; Maurice Konan Kouassi ; Maurice Lucien Fréchard ; Maurice Marcel Gardès ; Maurice Piat ; Maurice Rigobert Marie-Sainte ; Neil Edward Tiedemann ; Noël Kokora-Tekry + ; Osmond Peter Martin ; Patrick Webster ; Paul Abel Mamba Diatta ; Paul Dacoury-Tabley ; Paul Jean-Marie Dossavi + ; Paulin Kouabénan N`Gnamé + ; Pierre Claver Malgo ; Pierre Sagna ; Prosper Paul Dodds ; Raymond Ahoua ; Raymond-Maria Tchidimbo ; Richard Williamson ; Robert Daniel Conlon ; Robert Marie Jean Victor de Boissonneaux de Chevigny ; Robert Patrick Ellison ; Robert Rivas ; Salomon Lezoutié ; Settimio Arturo Ferrazzetta ; Siméon Oualli + ; Sydney Anicetus Charles ; Teodoro Mendes Tavares ; Théodore-Adrien Cardinal Sarr ; Théophile Albert Cadoux ; Timóteo Francisco Nemésio Pereira Cordeiro ; Timothée Modibo-Nzockena ; Vincent Matthew Darius ; Wilhelmus Adrianus Josephus Maria de Bekker ; Willy Ngumbi Ngengele ; Xavier-Marie Baronnet

lundi 22 octobre 2012

Vrai et faux génie du christianisme

La nouvelle évangélisation m'agace : on parle de tout et de son contraire en se drapant dans le manteau néo-évangélisateur et l'on oublie que l'évangélisation, il n'y en a qu'une, depuis l'origine. Nous répétons après le Christ : "Le Royaume de Dieu est au milieu de vous". Pouvons-nous mieux dire ? Difficile.

Ce que nous pouvons faire, ce n'est pas changer de mode évangélisateur ou de vecteur de l'évangélisation. Il n'y en a jamais eu qu'un : le Christ. Mais nous pouvons (et me semble-t-il : nous devons) penser l'évangélisation, montrer comment elle agit tel le levain dans la pâte humaine, non pas comme une idéologie, mais comme une nouvelle manière d'être au monde qui touche chaque personne si elle le veut.

Jean-Louis Harouel, dans son dernier livre, Le vrai génie du christianisme, montre comment le vrai christianisme transforme le monde et comment de faux christianismes, comment des christianismes purement idéologiques le détruisent. Sa tentative est ambitieuse, très accessible et, pourquoi ne pas le dire ? enthousiasmante. "Tout ce qui est catholique construit" écrivait naguère l'agnostique Maurras. Il y a le génie du vrai christianisme, qui est un génie de liberté et de développement humain. Et puis il a le mauvais génie des faux christianismes, porteur de totalitarismes et d'enfermements politico-idéologiques. Entre les deux, il est impératif de choisir.
Jean-Louis Harouel, professeur à Assas, vient demain mardi à 20 H 15, au Centre Saint Paul, nous montrer, avec la clarté d'exposition qui le caractérise, ce qu'est le vrai et ce qu'est le faux génie du christianisme.
 
Pour vous mettre en appétit, j'ai demandé à mon alter ego Joël Prieur qu'exceptionnellement il vous fasse profiter de la chronique qu'il publie dans Minute cette semaine sur l'ouvrage de Jean-Louis Harouel Le vrai génie du christianisme.

Totalitarismes pas morts
Jean-Louis Harouel s’était déjà signalé par un lucide état des lieux de la décadence occidentale dans Culture et contre-culture (coll. Quadrige PUF). Il revient cette fois avec un livre riche sur le génie politique du christianisme et ses multiples déformations historiques. Un livre à lire pour comprendre ce qui nous arrive.

De saint Paul à Karl Marx, de Ferdinand Buisson à Renaud Camus, le parcours est éblouissant. Non seulement Jean-Louis Harouel sait tout, mais surtout il a l’art de transmettre ce qu’il sait, en orchestrant des citations essentielles et des détails révélateurs dans une symphonie intellectuelle extrêmement convaincante.
 
Le titre de son livre Le vrai génie du christianisme peut induire en erreur sur l’ampleur de la perspective. Il ne s’agit pas seulement de montrer que le christianisme est à l’origine de l’idée de laïcité et qu’à travers la grande désacralisation du monde opérée par le dogme chrétien, c’est ce même christianisme qui est la matrice de notre liberté de pensée…
 
Sur 250 pages, Jean-Louis Harouel montre aussi la déformation de l’idée chrétienne, et le déclin de l’esprit qui produisent ces évolutions du logiciel initial. « Il y a deux conceptions religieuses de la manière de changer le monde : la manière chrétienne et la manière millénariste. La manière chrétienne de changer le monde consiste à se changer soi-même pour se consacrer aux autres (…) Toute autre est la manière dont les esprits millénaristes pensent pouvoir changer le monde. Ils prétendent le faire en changeant la société, ce qui veut dire concrètement, en changeant les autres ! En les changeant par la contrainte, voire par la violence. Le projet d’établissement du Royaume de Dieu sur terre vise à construire une sainteté collective par des méthodes totalitaires ».
 
Passionnante est la généalogie de ce néo-christianisme totalitaire, gnostique ou socialiste. Jean-Louis Harouel nous offre une synthèse éblouissante de cette idéologie chrétienne qui, depuis les temps lointains de la gnose et du manichéisme, épouse la destinée historique du vrai christianisme… A le lire, on se demande si l’islam n’est pas l’une des manifestations les plus importantes de cette hérésie chrétienne. Autre manifestation historique de cette idéologie chrétienne mutante, la philosophie des droits de l’homme, qui « érige le droit en religion d’Etat, bourrée de valeurs d’origine évangélique, aboutissant à un universalisme fantasmé ».
 
Pour certains l’ennemi politique et culturel est le libéralisme, qui nivelle toutes les convictions et entraîne à considérer que toutes les positions, toutes les opinions, tous les projets sont équivalents. Pour Jean-Louis Harouel, disciple de Jean Fourastié auquel il a consacré un texte très important en introduction à Productivité et richesse des nations (collection Tel Gallimard), la question n’est pas forcément de « résister au libéralisme », induit par la socialisation toujours plus importante des valeurs chrétiennes… L’ennemi, c’est la pensée totalisante ou totalitaire qui naît de la confusion entre la politique et le sacré. Mettre du sacré en politique, c’est toujours travailler à asservir l’homme, en renouvelant les vieilles idoles et en donnant au dieu Moloch, amateur de chair humaine, une dimension politique terriblement concrète. Le christianisme orthodoxe nous a guéri de cette tentation persistante de sacraliser le politique. Face à l’orthodoxie chrétienne, la grande hérésie, multiforme et sans cesse renaissante, est celle qui s’acharne à concevoir le projet du Christ comme un projet politique, en oubliant l’Evangile et le fameux « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
 
L’islam coranique, le socialisme – chrétien ou non – le mondialisme humanitaire sont les grands avatars de cette moderne confusion du spirituel et du temporel. Il faut lire Jean-Louis Harouel, le lire jusqu’au bout : il nous aide à voir notre monde autrement.
 
Joël Prieur

Jean-Louis Harouel, Le vrai génie du christianisme, Laïcité, liberté, développement, éd. Jean-Cyrille Godefroy 270 pp. 20 euros

jeudi 18 octobre 2012

[Abbé de Tanoüarn - Mgr de Moulins-Beaufort] Vatican II, un concile en débat

Valeurs Actuelles publie aujourd'hui un long entretien entre l'abbé de Tanoüarn et Mgr de Moulins-Beaufort, animé par Laurent Dandrieu. Vous pouvez le lire in extenso sur le site de cette revue, et voici un petit extrait pour vous mettre en appétit.

La réforme liturgique est sans doute l’héritage le plus controversé de Vatican II. Est-ce que ce n’est pas un domaine où le Concile – ou l’esprit du Concile – a péché par une forme de conformisme naïf à ce qu’il pensait que le monde attendait ?
Mgr de Moulins-Beaufort À cause de la concomitance entre les réformes suscitées par le Concile et cette crise dans laquelle la société est entrée, la liturgie n’a plus été comprise. L’était-elle parfaitement avant le Concile ? J’en doute un peu. Le besoin  de retrouver les clés de ce monde symbolique, rituel, est ancien, car l’homme moderne a du mal à s’y retrouver. La réforme liturgique, à partir du moment où elle donnait l’impression que chacun pouvait bricoler ce qu’il voulait, a laissé libre cours à l’homme moderne qu’était chaque prêtre – ou chaque fidèle – avec son incapacité à comprendre ce qu’est un rite. Nous avons là beaucoup de travail pour comprendre de manière plus profonde ce qu’est un rite, et ce qu’il nous apporte.
 
Abbé de Tanoüarn Le problème de la réforme liturgique, c’est qu’allant dans le sens du rationalisme moderne, elle a professé l’idée qu’il fallait avant tout comprendre. Or le propre de la liturgie, c’est de présenter un mystère. Et face à ce mystère, le rationalisme et la platitude des traductions ne suffisent pas. Le mot “Agneau de Dieu”, qu’il soit dit en latin ou en français, reste un mot très étrange, et à un moment où l’on veut tout expliquer, on ne se débarrasse pas pour autant de ces traces du mystère antérieur qui demeurent sans qu’on en comprenne le sens. Je crois, et Benoît XVI en a vraiment une conscience très aiguë, qu’il faut revenir à la liturgie comme mystère, comme manifestation d’une présence que les mots ne résument pas, et comme manifestation de la puissance de Dieu dans notre monde, comme mystère de la foi. La liturgie est, par excellence, le mystère de la foi, et je crois que c’est à ce titre qu’elle peut être attractive et non pas dans la prétention de tout expliquer, de tout traduire, et de tout montrer.
 
Mgr de Moulins-Beaufort Je me retrouve bien dans ce que vous dites, j’en tirerais pourtant des conséquences légèrement différentes. La traduction en langue vernaculaire a fait la preuve que ce qui faisait qu’on ne comprenait pas dans la liturgie, n’était pas la langue mais le mystère, c’est ce qui s’y passe réellement. Je n’en tire pas la conséquence qu’il ne faudrait pas traduire, au contraire. Dans la liturgie de Paul VI, on a enlevé beaucoup de mots par rapport à la liturgie ancienne où le prêtre a constamment quelque chose à dire et à faire. Personnellement, je pense que c’est un des bénéfices de cette réforme, même si je crois être capable de voir la beauté de toutes les citations bibliques qui émaillaient ainsi la célébration. Le mystère central, c’est l’acte du Christ auquel il nous est donné de participer à travers l’Eucharistie. On peut l’envelopper de plus ou moins de gestes religieux ou sacrés. Mais ce qu’il faut c’est que nous comprenions que nous devenons participants d’un acte du Christ et de l’Église qui nous dépasse et qui nous engage en même temps, et qui est au-delà de ce que nous sommes capables d’avoir en conscience claire et distincte à chaque moment exprimée dans des mots.

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