La nouvelle évangélisation m'agace : on parle de tout et de son contraire en se drapant dans le manteau néo-évangélisateur et l'on oublie que l'évangélisation, il n'y en a qu'une, depuis l'origine. Nous répétons après le Christ : "Le Royaume de Dieu est au milieu de vous". Pouvons-nous mieux dire ? Difficile.
Ce que nous pouvons faire, ce n'est pas changer de mode évangélisateur ou de vecteur de l'évangélisation. Il n'y en a jamais eu qu'un : le Christ. Mais nous pouvons (et me semble-t-il : nous devons) penser l'évangélisation, montrer comment elle agit tel le levain dans la pâte humaine, non pas comme une idéologie, mais comme une nouvelle manière d'être au monde qui touche chaque personne si elle le veut.
Jean-Louis Harouel, dans son dernier livre, Le vrai génie du christianisme, montre comment le vrai christianisme transforme le monde et comment de faux christianismes, comment des christianismes purement idéologiques le détruisent. Sa tentative est ambitieuse, très accessible et, pourquoi ne pas le dire ? enthousiasmante. "Tout ce qui est catholique construit" écrivait naguère l'agnostique Maurras. Il y a le génie du vrai christianisme, qui est un génie de liberté et de développement humain. Et puis il a le mauvais génie des faux christianismes, porteur de totalitarismes et d'enfermements politico-idéologiques. Entre les deux, il est impératif de choisir.
Jean-Louis Harouel, professeur à Assas, vient demain mardi à 20 H 15, au Centre Saint Paul, nous montrer, avec la clarté d'exposition qui le caractérise, ce qu'est le vrai et ce qu'est le faux génie du christianisme.
Pour vous mettre en appétit, j'ai demandé à mon alter ego Joël Prieur qu'exceptionnellement il vous fasse profiter de la chronique qu'il publie dans Minute cette semaine sur l'ouvrage de Jean-Louis Harouel Le vrai génie du christianisme.

Jean-Louis Harouel s’était déjà signalé par un lucide état
des lieux de la décadence occidentale dans Culture et contre-culture (coll. Quadrige PUF). Il
revient cette fois avec un livre riche sur le génie politique du christianisme
et ses multiples déformations historiques. Un livre à lire pour comprendre ce
qui nous arrive.
De saint Paul à Karl Marx, de Ferdinand Buisson à Renaud
Camus, le parcours est éblouissant. Non seulement Jean-Louis Harouel sait tout,
mais surtout il a l’art de transmettre ce qu’il sait, en orchestrant des
citations essentielles et des détails révélateurs dans une symphonie
intellectuelle extrêmement convaincante.
Le titre de son livre Le vrai génie du christianisme peut
induire en erreur sur l’ampleur de la perspective. Il ne s’agit pas seulement
de montrer que le christianisme est à l’origine de l’idée de laïcité et qu’à
travers la grande désacralisation du monde opérée par le dogme chrétien, c’est
ce même christianisme qui est la matrice de notre liberté de pensée…
Sur 250 pages, Jean-Louis Harouel montre aussi la
déformation de l’idée chrétienne, et le déclin de l’esprit qui produisent ces
évolutions du logiciel initial. « Il y a deux conceptions religieuses de
la manière de changer le monde : la manière chrétienne et la manière
millénariste. La manière chrétienne de changer le monde consiste à se changer
soi-même pour se consacrer aux autres (…) Toute autre est la manière dont les
esprits millénaristes pensent pouvoir changer le monde. Ils prétendent le faire
en changeant la société, ce qui veut dire concrètement, en changeant les
autres ! En les changeant par la contrainte, voire par la violence. Le
projet d’établissement du Royaume de Dieu sur terre vise à construire une
sainteté collective par des méthodes totalitaires ».
Passionnante est la généalogie de ce néo-christianisme
totalitaire, gnostique ou socialiste. Jean-Louis Harouel nous offre une
synthèse éblouissante de cette idéologie chrétienne qui, depuis les temps
lointains de la gnose et du manichéisme, épouse la destinée historique du vrai
christianisme… A le lire, on se demande si l’islam n’est pas l’une des
manifestations les plus importantes de cette hérésie chrétienne. Autre
manifestation historique de cette idéologie chrétienne mutante, la philosophie
des droits de l’homme, qui « érige le droit en religion d’Etat, bourrée de
valeurs d’origine évangélique, aboutissant à un universalisme fantasmé ».
Pour certains l’ennemi politique et culturel est le
libéralisme, qui nivelle toutes les convictions et entraîne à considérer que
toutes les positions, toutes les opinions, tous les projets sont équivalents.
Pour Jean-Louis Harouel, disciple de Jean Fourastié auquel il a consacré un
texte très important en introduction à Productivité et richesse des nations
(collection Tel Gallimard), la question n’est pas forcément de « résister
au libéralisme », induit par la socialisation toujours plus importante des
valeurs chrétiennes… L’ennemi, c’est la pensée totalisante ou totalitaire qui
naît de la confusion entre la politique et le sacré. Mettre du sacré en
politique, c’est toujours travailler à asservir l’homme, en renouvelant les
vieilles idoles et en donnant au dieu Moloch, amateur de chair humaine, une dimension politique terriblement
concrète. Le christianisme orthodoxe nous a guéri de cette tentation persistante
de sacraliser le politique. Face à l’orthodoxie chrétienne, la grande hérésie,
multiforme et sans cesse renaissante, est celle qui s’acharne à concevoir le
projet du Christ comme un projet politique, en oubliant l’Evangile et le fameux
« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
L’islam coranique, le socialisme – chrétien ou non –
le mondialisme humanitaire sont les grands avatars de cette moderne confusion
du spirituel et du temporel. Il faut lire Jean-Louis Harouel, le lire jusqu’au
bout : il nous aide à voir notre monde autrement.
Joël Prieur
Jean-Louis Harouel, Le vrai génie du christianisme, Laïcité,
liberté, développement, éd. Jean-Cyrille Godefroy 270 pp. 20 euros