vendredi 31 mai 2013

Le CUC plus dangereux que le Mariage homosexuel ?

Pour réfléchir à cette question, le Contrat d'Union Civile est-il plus dangereux que le mariage ? je me permets de reproduire ici un article paru il y a 15 jours dans l'excellent journal Monde et Vie (abonnement promotion 50 euros à envoyer 14bis rue Edmond Valentin 75 007 Paris). A l'époque, Frigide Barjot n'avait pas encore pris ses distances par rapport à la Manif pour tous. L'article s'intitulait Le combat des dames. Je souhaitais montrer l'extraordinaire précision de Béatrice Bourges dans la question fondamentale de la défense du mariage...
Alors que Frigide Barjot vient d’envoyer quelqu’un au Maroc pour défendre le droit des homosexuels dans ce pays, alors qu’elle revendique, avec ses amis de l’UMP, la nécessité d’un Contrat d’Union Civile pour les homosexuels, qui auraient tous les effets du mariage sauf l’adoption, il importe de revenir sur ce qui est en jeu dans la Loi Taubira, à laquelle il ne manque plus pour l’instant que l’onction du Conseil Constitutionnel pour être promulguée.

Les circonvolutions de Frigide décrivent assez bien le champ de ce qui est en question au fond : je dirais, la mare aux canards. A cet égard, elle a cette propriété que l’on s’accorde à reconnaître à  la grenouille qui annonce la pluie par ses coassements. Plus on l’entend coasser, plus le problème est imminent. Aussi bien doit-on aujourd’hui REFLECHIR avec elle et sur le Contrat d’Union Civile et sur le droit des personnes homosexuelles.

Il y a eu le PACS, il y a le CUC… Les deux systèmes procèdent du même individualisme viscéral et de la même idée simple : un couple a besoin avant tout de reconnaissance sociale. Les homosexuels en manquent, on doit leur en donner, « puisqu’ils s’aiment ». Il faut donc inventer un système qui ne soit pas le mariage, qui ne donne pas droit à l’adoption (l’enfant n’est pas un objet, il a lui-même droit à un père et une mère[1]), mais qui permette à la société de reconnaître les amours homosexuelles. Et voilà le CUC, drôlement nommé. Vous êtes deux personnes homosexuelles ? Vous vous aimez ? Cet amour, vous l’avez – socialement - dans le CUC…

Béatrice Bourges, Aude Mirkovic et Elizabeth Montfort, dans leur dernier ouvrage, si précieux et si précis, L’effet dominos[2], expliquent bien la nocivité de tels contrats, fondés uniquement sur une reconnaissance sociale de l’affect : « Non, le mariage n’est pas la reconnaissance sociale du couple (…) Si c’était cela, au nom de la non-discrimination, toutes les personnes qui s’aiment devraient avoir le droit de se marier, qu’elles soient deux ou plusieurs ». Ce modèle de contrat, sanctionnant l’affect, est merveilleusement souple. Il permettrait que deux personnes, que trois personnes, que quatre personnes puissent contracter une union, donnant à chacune des droits sur les autres. La dimension naturelle induite par la possibilité de l’union féconde des deux sexes est totalement oubliée. La parentalité serait, dans cette perspective à envisager également de façon purement contractuelle : Lionel Labosse, « enseignant », a signé une tribune en ce sens au mois de mai dernier dans le très sérieux journal Le Monde : « Le mariage monogame est biphobe et ceux qui ne réclament que cela le sont aussi, en dépit de leurs tours de passe-passe rhétoriques. Un contrat universel à trois ou quatre constituerait un cadre idéal pour ce que l’on appelle l’homoparentalité » (cité par B. Bourges et al.).

Vous ne savez peut-être pas ce que sont les biphobes ? Vous êtes comme moi. J’ai consulté wikipédia et j’y ai trouvé cette définition admirable : « La biphobie est le fait d'avoir une attitude de peur, discrimination, ou haine des bisexuels, des pansexuels ou des omnisexuels ». Et on peut lire en outre cette petite précision : « La biphobie se rencontre indifféremment dans les communautés hétérosexuelles ou homosexuelles ». Les homosexuels en effet jalousent souvent leur camarades bisexuels, qu’ils soupçonnent de vouloir le beurre et l’argent du beurre, la respectabilité et la paternité d’un côté, les aventures de l’autre.

Mais cette fois, vous vous demandez peut-être ce que sont les pansexuels? Voici Wikipedia: «La pansexualité (on utilise parfois le terme omnisexualité) est une orientation sexuelle caractérisant des personnes potentiellement attirées sexuellement et/ou sentimentalement par d'autres personnes, indifféremment du sexe anatomique ou du genre de celles-ci». On trouve là aussi une petite note digne d’intérêt, qui contribue à mettre cette querelle sémantique à son véritable niveau : «La notion de pansexualité n'a pas été utilisée seulement pour parler des humains. Le primatologue Frans de Waal l'a utilisé pour décrire le comportement des bonobos». Voilà donc une autre manière de comprendre et d’exaucer Dame Nature !

Si nous en restons à l’idée que c’est l’affect qui fait le contrat, il est clair qu’il y a du pain sur la planche. Les partisans du PACS ou du CUC devraient comprendre que lorsque l’on sépare totalement la réalité sociale de la réalité naturelle, lorsque l’on scinde totalement reconnaissance sociale et complémentarité naturelle l’une de l’autre, lorsque l’on veut considérer tous les couples à égalité, alors que manifestement tous les couples ne sont pas égaux devant la biologie, on va vers de véritables catastrophes sociales. Lucien Labosse décrit cette catastrophe, sans qu’on ait besoin de forcer le trait à sa place : «Pourquoi, dans une société démocratique ne devrait-on pas laisser les personnes organiser leur vie privée par le biais de contrats, au lieu de les obliger à rentrer dans des institutions standards comme le mariage et le pacs? Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquels chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres».

Béatrice Bourges (toujours elle) note que aux Pays-Bas, on a reconnu le mariage des personnes de même sexe dès 2001 et l’union civile entre trois personnes en 2005. Dans cet acte de permissivité maximale, il y aurait, paradoxalement, une formidable légitimité donnée aux pratiques polygame de la communauté musulmane en France et en Europe. Une loi est-elle nécessaire pour cela ? Un peu de logique peut suffire. Au Brésil, l’année dernière, l’union civile d’un homme et deux femmes a été reconnue devant notaire à Tupa. Objectif affiché par l’avocat des contractants : protéger les droits des partenaires en cas de décès ou de séparation. L’argument est choc. Il me semble que si l’on accepte cette logique de l’union civile, on va y venir très vite en France. Pourquoi ? Au nom d’innombrables victimes de polygamies non déclarées et mal gérées par exemple…

C’est donc la logique de l’union civile qu’il faut rejeter avec la dernière énergie, si nous ne voulons pas que le Monde, notre humanité éduquée se transforme en un vaste lupanar, où les bonobos eux-mêmes auraient du mal à retrouver leurs petits… La régression civilisationnelle qui s’annonce à travers cette idée – révolutionnaire, merci 1789 – du Contrat universel serait sans doute sans exemple dans l’histoire de l’Humanité. Oh ! Il n’y aurait pas besoin d’ailleurs d’en venir au Contrat universel du camarade Lucien Labosse. L’utopie garde ses droits d’utopie ! Un système à options serait déjà profondément subversif. Il suffirait de reconnaître à égalité d’une part l’institution du mariage, qui nous vient du fond de notre culture chrétienne[3] et qui a permis un progrès culturel considérable de l’humanité, et d’autre part le contrat, polymorphe, adaptable à toute volonté, reconnaissant tout affect d’une reconnaissance vraiment sociale. Ce serait déjà une belle pagaille. D’ailleurs, on y va…

Reste la deuxième question posée par Frigide Barjot, celle du droit des homosexuels. Là encore Béatrice Bourges apparaît autrement armée. Il suffit de consulter son petit livre : elle soutient, avec toute raison que les homosexuels n’ont aucun droit en tant qu’homosexuels. Le droit est le droit des personnes. Il n’est ni homo ni hétérosexuel.

Frigide envoie ses ambassadeurs de la Manif pour tous version consensuelle voir le roi du Maroc à propos du droit des homosexuels. La démarche est étrange. Il est étrange d’abord qu’en tant que Français aujourd’hui, ayant à gérer le bazar made in France, l’on se sente concerné par le Maroc. Mais surtout la seule question à poser n’est pas celle du droit des homosexuels, mais celle du droit des personnes, tout simplement. Au nom du droit des personnes, il n’est pas possible qu’un Etat légifère sur les comportements privés des uns et des autres, du moment bien sûr qu’il respecte la liberté d’autrui. Certes le droit du Maroc, issu pour partie de la charia, en dispose autrement dans un certain nombre de domaine. On peut regretter par exemple que le droit à la conversion religieuse qui constitue l’article 17 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ne soit respecté ni au Maroc ni d’ailleurs dans aucun pays officiellement musulman. Dans le domaine de la liberté sexuelle, il me semble que quelques unes de nos élites qui possèdent de grandes villas au Maroc, sont bien placées pour savoir que la plupart du temps le législateur ferme les yeux.

Mais alors pourquoi revendiquer le droit des homosexuels… au Maroc ? Pour démontrer que l’on peut être opposé au mariage pour tous et néanmoins réclamer des droits pour les homosexuels, être attentif à la communauté homosexuelle et à ses revendications communautaires. Mais justement, un Etat qui prétendrait donner des droits à la vie privée des homosexuels pratiquerait une forme de discrimination dommageable. Comme s’il jugeait (en bonus ou en malus qu’importe) des citoyens en fonction de leurs mœurs…

Le propre d’un Etat de droit ? C’est de ne pas faire acception de personne. Mais justement, direz-vous, les homosexuels déplorent une inégalité face au mariage puisqu’ils n’y ont pas accès. Erreur ! Homosexuels et hétérosexuels peuvent s’engager dans le mariage et aussi avoir des enfants. L’Etat n’exclut personne du mariage au titre de son orientation sexuelle : tout cela relève de la vie privée ! Plutôt que de parler d’un hypothétique droit des homosexuels, prenons garde au droit des personnes et d’abord à leur dignité en tant que personnes.
Droit à l’homosexualité ?
En marge du combat des dames, se pose la question non du droit des homosexuels – nous venons de montrer qu’il n’existe pas – mais du droit à l’homosexualité. Sur ce point la doctrine de l’Eglise est complexe. Autant un Etat, s’il n’est pas totalitaire, doit tolérer toutes les formes de vie privée, du moment qu’il n’y a pas abus de la liberté d’autrui, autant on ne peut pas dire que l’homosexualité, en tant que comportement qui s’écarte de la loi naturelle, puisse être jamais considérée comme un droit. Le Catéchisme de l’Eglise catholique écrit en effet : « Les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (n°2357). Il faut bien peser cette précision adverbiale : « en aucun cas ». Elle permet de comprendre que tolérance nécessaire n’est pas droit et que s’il n’y a pas de droit d’une putative communauté homosexuelle au sein de la communauté nationale, il n’y a pas non plus de droit des individus à un comportement qui apparaît en lui-même comme essentiellement déviant.

[1] L’union civile ouvre droit néanmoins (dans l’état actuel du droit français) à l’adoption simple, c’est-à-dire à l’adoption dans laquelle l’enfant connaît l’identité de son père et de sa mère naturels.

[2] Béatrice Bourges, Aude Markovic et Elizabeth Montfort, De la théorie du genre au mariage de même sexe, L’effet dominos, éd. Peuple libre 2013 128 pp. 8 euros

[3] Je ne dis pas judéo-chrétienne, car les juifs des temps bibliques reconnaissaient la polygamie. On pourrait dire néanmoins « biblique » car depuis Adam et Eve, le modèle n’a pas changé. En ce sens, il n’est pas spécifiquement chrétien.

mercredi 29 mai 2013

Plaidoyer pour la décroissance [par RF]

[par RF] Cher abbé, je lis votre texte («Ni chaud ni froid») et… il faut bien comprendre de quoi l’on parle. Quand Marx dit «lutte des classes», il ne s’agit pas des galopins de CM2 affrontant ceux de CM1. Quand un chrétien dit «Immaculée Conception» il ne parle pas de Naissance Virginale. Et quand un écologiste sérieux parle de «décroissance», il ne parle pas de celle du PIB! La «décroissance» est par exemple celle… de l’emprunte carbonne.

De quoi s’agit-il? Nous sommes au XXIe siècle et à peu près toutes nos activités utilisent de l’énergie carbonne fossile (charbon – pétrole – gaz). Ces fossiles résultent de la décomposition de végétaux terrestres en des temps très anciens… et très étendus, puisque le pétrole par exemple a mis 300 millions d’années à se constituer. Or quand vous roulez: l’essence, le bitume, et jusqu’à la fabrication de votre auto… tout cela repose sur le pétrole, dont nous avons consommé en un siècle la moitié du stock. Et comme l’«American Way of Life» s’étend au monde entier, nous consomm(er)ons ce qui reste de plus en plus vite. Bref, nous allons au-devant de sérieux soucis, l’idée est de décélerer. Au minimum: de ne pas accélerer. Cet aspect justifie à lui seul que décroisse notre consommation d’énergie carbonne.

Mais il y a autre chose : C+O2 >> CO2. Pour bruler du carbonne (par exemple de l’essence dans votre carburateur) vous consommez du dioxygène et vous produisez du dioxyde de carbonne… qui est un gaz à effet de serre. Il y en avait 0.028% dans l’air, avant l’industrialisation du monde. Nous en sommes a 0.038%. C’est un des éléments qui fait que les scientifiques prévoient une augmentation de la température au XXIe siècle, qu’ils ont du mal à évaluer, entre 1 et 7°C. Cependant, même dans la fourchette basse, ne croyez pas que cela soit anodin sur le climat… et par contre-coup sur notre mode de vie.

Bien évidemment, cela n’est guère plaisant à entendre. Du coup, les températures bien trop basses du printemps 2013 nous réjouissent presque. Par analogie, ce printemps froid, c’est un peu l’histoire vieillard centenaire, qui ne lache le guidon de sa bécane que pour tirer sur sa clope. L’anecdote est peut-être vraie, elle est certainement plaisante – il n’empeche que nous savons que le tabac tue. Nous pouvons nous efforcer d’en rire autant que nous voudrons, de penser que cela n’arrivera pas : et pourtant globalement (lissé dans le temps et l’espace) les températures augmentent, le climat se dérègle, la fonte de la calote artique pourrait avoir un effet sur le Golf Stream et l’Europe de l’Ouest pourrait perdre son climat tempéré. Les scientifiques nous disent très majoritairement que nous allons dans le mur, et de plus en plus vite. Peut-être serrez-vous d’accord pour ralentir un peu? Vous seriez alors devenu décroissant, ne serait-ce que parce que le matérialisme bien compris s’oppose au productivisme illimité.

Voilà pour les sources matérialistes du mouvement décroissant. Il y a aussi des racines spiritualistes, qui empruntent aux notions de sobriété, d’intériorité, d’enracinement, de respect des rythmes naturels, bref : il y a des décroissants qui pensent que la vie des Chartreux du film «Le Grand Silence» correspond mieux à l’Homme que celle des détraqués de «Brazil». Mais est-il bien utile de prêcher cela à qui est déjà chrétien?

mardi 28 mai 2013

Des réponses que vous attendez

L'habitude de notre Metablog est de publier tous vos messages, même s'ils s'attaquent au webmestre ou à moi-même. Nous prenons parti. Il est normal que nous assumions nos prises de position. En revanche, les attaques personnelles contre d'autres personnes que nous deux ne sont pas publiées, comme ne sont pas publiés tous le propos qui iraient contre la loi. Je redonne cette précision, car mes trois derniers posts ont suscité des milliers de lectures et plus de cent commentaires. Je les lis tous. J'essaierai de répondre à certains, ceux qui ont été publiés sur le post Ni chaud ni froid étaient, intellectuellement, d'une qualité remarquable, je compte revenir dessus un peu plus tard. Mais l'actualité commande !

Dans mon dernier blog, j'ai mis en cause ce qu'en 1968 on appelait le Système et j'ai averti : le Système se défend et il se défend toujours plutôt bien. Le ministre Manuel Gaz a plus que jamais mérité son petit nom le 26 mai dernier, puisque on pouvait humer le gaz (irrespirable) depuis le boulevard des Invalides. Je suis resté personnellement après la manifestation, j'ai vu les attaques anti-flics : pour la majorité écrasante des participants, c'était une sorte de grand jeu scout (qui fait apparaître à qui accepte simplement de regarder la violence de notre police politique) et pour quelques fascistoïdes fous, manipulés ou déguisés (tout en noir avec cagoule), c'était le sale jeu de la provoc, qui fait tellement le jeu du Système qu'on a vu à plusieurs reprises leur complicité avec les forces de l'ordre. J'ai passé une partie de la nuit avec les Veilleurs : atmosphère calme et concentrée, disciplinée (c'est fondamental). Dans un autre registre, la méthode dite du harcèlement  démocratique par le camarade Jean-Christophe Cambadélis, à la condition qu'elle reste parfaitement non-violente, me semble, elle, particulièrement efficace : les comités d'accueil font merveille. Ce qui s'est passé au lycée Buffon hier le démontre: visite prévue du président Hollande. Interpellations préventives de 93 personnes. Qui perd ses nerfs? Le quartier (qui est le mien) était transformé en gymkhana pour voitures de flics sirènes hurlantes.

Dans 99,9 % des cas, les manifestants montrent une parfaite maturité, un refus de la violence, mais aussi une détermination sans faille. Que se passe-t-il ? Le Pouvoir tente de diaboliser ses opposants en les traitant de fascistes, et tout le monde sait bien qu'à 99,9 %, ces jeunes ne sont pas des fascistes. Simplement, avec la fougue de leur âge, ils font une démonstration inédite jusqu'ici : les chrétiens ne veulent plus jouer la politique de la chaise vide (ou celle de la grande Muette, pour les militaires). Ils entendent prendre toute leur place dans le débat public et c'est vrai que cette détermination est nouvelle. Parce que l'on s'attaque à la famille hétérosexuelle, monogame et fondée sur l'amour, cette famille qui est le grand héritage du christianisme dans nos sociétés post-chrétiennes, le dernier lambeau de chrétienté, alors les chrétiens montrent leur détermination. Il était temps!

Cette détermination n'a rien à voir avec la haine, quoi qu'en aient écrit ici certains (des trolls sans doute). Nous chrétiens, nous sommes avertis de ce qu'il y a de pervers dans toutes les mécaniques qui conduisent à désigner un bouc émissaire et à le tuer. Pas de bouc émissaire! Mais simplement un combat qui est non seulement pour la société mais pour l'Eglise, un combat qui consiste à présenter l'Evangile de la vie de la manière la plus convaincante et la plus publique possible.

Je ne reviendrai pas pour l'instant sur ce que j'ai écrit, contre tous les "flics de bénitier" selon l'expression de l'un d'entre vous, à propos du geste de Dominique Venner, sinon pour souligner l'importance qu'il y a, en tant que chrétien à refuser la soumission, tout en cultivant l'obéissance. La soumission, qui renvoie à la domination, résulte de la mise en place d'un rapport de force. Hegel, avec sa dialectique du Maître et de l'esclave a pu montrer que cette conception absolument moderne de l'autorité (elle remonte au Contrat social de Rousseau et au Léviathan de Hobbes) se retourne souvent contre ceux qui la pratiquent. Pour Hegel, l'individu dominé, parce qu'il n'a plus rien à perdre, se retourne contre celui qui le domine et il doit forcément gagner dans la mesure justement où il n'a rien à perdre.

La conception chrétienne de l'obéissance n'a rien à voir avec un rapport de force. Elle est une application de la charité, c'est-à-dire du service. Obéir consiste à se mettre au service d'autrui, avec toute son intelligence et en toute liberté, pour travailler en vue d'un bien commun. Le Père Labourdette, dominicain, appelle joliment l'obéissance "la vertu du bien commun". Si l'obéissance n'est pas conçue comme une manière de participer au bien, si elle est uniquement un comportement de docilité envers une force supérieure, alors elle n'est pas une vertu. Juste un comportement dicté par l'instinct de survie. Si l'obéissance est tellement discréditée aujourd'hui, c'est parce que l'on a oublié qu'en tant que vertu, elle n'a rien à voir avec la soumission.

samedi 25 mai 2013

[verbatim] [les Veilleurs de France] ...retrouver une culture véritable sur laquelle l'homme peut se construire...

reprise d'un texte des Veilleurs de France
Chers amis, les Veilleurs de France vous invitent à la Grande Nuit des Veilleurs le dimanche 26 mai. Cette veillée sera lancée dès la dispersion de la manifestation nationale. Et nous vous invitons, pour y participer, à vous asseoir sur les pelouses des Invalides et de l'avenue de Breteuil devant les banderoles des Veilleurs. Dès l'installation et tout au long de la nuit, les Veilleurs partageront un programme culturel, des temps de calme, de chants, et entendront des intervenants qui viendront nourrir notre réflexion sur l'Homme et notre rôle dans la cité. Pour ceux qui souhaitent rester plus longtemps, prévoyez des bougies, de l'eau, des en-cas, des vêtements très chauds, duvets, lampes de poche etc. Il sera toujours possible de se joindre à nous au milieu de la nuit ou dans la matinée. Ce sera une grande joie de partager avec vous l'irruption, dans l'histoire, de l'âme d'un peuple qui sort du sommeil face à l'anéantissement de sa civilisation, et se met à veiller sur elle.
L'esprit des Veilleurs
Depuis plus d'un mois, nous avons choisis d'honorer la personne humaine en nous rendant présents au monde, chair et esprit, dans le cadre de veillées qui ont lieu dans des lieux publics pour y retrouver une culture véritable sur laquelle l'homme peut se construire. Etre Veilleur, c'est offrir quelques heures à sa société pour redécouvrir le sens de la vie, de la société et la réalité de la personne humaine grâce à la redécouverte de l'histoire de France, de sa littérature, de la philosophie, grâce à la musique et à des témoignages.

Veiller, c'est aussi mettre sa vie, son quotidien, sa volonté au service du bien commun, reconnaître que nous sommes des êtres de relation et espérer un redressement culturel et politique profond. Veiller, c'est s'efforcer d'être un homme ou une femme de conscience, d'appeler le bien et le mal par leurs noms, de préférer la vérité au mensonge, la beauté à la laideur, la justice à l'iniquité, la paix à l'affrontement. Veiller dimanche soir, c'est renoncer à la tentation de la violence qui suscite la répression, au profit de la non-violence qui conduit à la conversion de ceux qui ignorent tout de l'Homme, ou sont indifférents à la réalité de la souffrance des plus petits et des plus faibles.

Veiller, c'est commencer à changer sa vie et espérer ainsi changer la société.

vendredi 24 mai 2013

Printemps français : l'intolérance républicaine

Le sinistre Manuel Gaz vient de déclarer que le printemps est intolérable. Voici ses propres paroles, relayé ce matin sur le net par le quotidien Libération :
«Nous allons l’étudier parce que ces propos sont inacceptables», a déclaré le ministre, interrogé sur un communiqué virulent du groupe. «Il n’y a pas de place pour des groupes qui défient la République, la démocratie et qui s’attaquent aussi à des individus», a prévenu Manuel Valls, deux jours avant la manifestation des opposants au mariage homosexuel qui pourrait bien être la dernière".
Quels sont ces propos intolérables ? Quel est ce communiqué virulent ? L'article de Libé sur lequel je me fonde nous donne ceci, jugez donc du degré de nuisance. Je cite Libération, citant le texte incriminé par notre Ministre de l'Intérieur :
 "Dans un communiqué publié le 21 mai, le Printemps français appelle à «une nouvelle résistance» face à une loi qui irait «contre les lois de la biologie et contre tout sens commun». « La France est actuellement soumise à des forces qui veulent l’asservir entièrement. La bataille ne fait que commencer. Elle se prolongera jusqu’à la victoire», peut-on encore lire".
Que reproche-t-on au Printemps français, qui, au passage, n'est pas une association que l'on pourrait interdire mais une simple appellation, à laquelle les citoyens hostiles au Mariage pour tous peuvent se raccrocher : vous, moi et tous les marcheurs du 26 mai ? J'espère qu'on ne lui reproche pas d'avoir écrit que le mariage homosexuel est un défi aux lois (élémentaires) de la biologie... Je ne le pense pas. Tout le monde sait bien qu'après le mariage homosexuel et pour en valider la perspective, il faut faire passer une loi sur la GPA [la gestation pour autrui]. Voilà un défi à la biologie ! Voilà un défi au bon sens ! Je dirai : une insulte au sens maternel, le plus profond et le plus beau de toute la création, celui qui ressemble le plus à un amour naturel. Mais il me semble qu'écrire cela ne nous met pas encore hors la loi.

Ce que l'on reproche au Printemps français ? Se présenter comme une alternative politique. Avoir écrit : "La France est actuellement soumise à des forces qui veulent l'asservir". Ca c'est intolérable ! Cette remise en cause du Système de contraintes qui nous régit est inadmissible. Qui ne peut pas l'admettre ? Les marionnettistes et autres profiteurs du système. Qui sont-ils ? Les politiques, l'élite mondialisée dont il aspirent à faire partie et le quatrième pouvoir...

A propos des politiques, disons que DSK et Lagarde sont deux tentatives de sublimation globalisatrice du destin de politicien hexagonal. La première tentative a mal tourné. La seconde suscite tant de jalousies... Il faut préciser aussi que les journalistes aspirent à intégrer le monde des politiciens ou tout au moins à être reconnus comme un Pouvoir dans le Système... Le Système, via ses séides, devient ainsi à lui-même sa propre fin. Il est mondialisé.

La meilleure critique que j'en ai lue, à ce jour, est celle  d'un éminent représentant de l'Ecole de Francfort : Jürgen Habermas. Il met en cause la rationalité politique elle-même. C'est assurément une critique de gauche. Je la dédie particulièrement au ministre Manuel Gaz, qui comprendra peut-être enfin que malgré son enthousiasme maçonnique pour tout ce qui déconstruit, son seul idéal réel, c'est le Système, sa défense à tout prix, et ce qu'il peut rapporter à certains (dont lui). Au passage, Habermas invoque Herbert Marcuse et... Max Weber : il brasse large.
"H. Marcuse entend démontrer que le concept formel de rationalité (que Max Weber a induit à partir à partir de la personne juridique moderne moderne et du fonctionnaire de l'administration moderne) comporte certaines implications quant au contenu. Marcuse est convaincu que, dans ce que Weber a appelé la rationalité, ce qui l'emporte ce n'est pas la rationalité en tant que tel, mais, au nom de la rationalité, une forme déterminée de domination politique inavouée.Cette rationalité soustrait à la réflexion rationnelle le faisceau d'intérêts macrosociologiques au sein duquel les stratégies sont choisies et les systèmes aménagés" (La technique et la science comme "idéologie" Gallimard 1973).
Les philosophes soixante-huitards en Allemagne ont fait la théorie du système. Ils n'en ont pas mentionné l'ultime perfectionnement, très apparent dans la récente prise de position de Manuel Gaz : on appellera "démocratie" tout ce qui se rattache à la Domination induite par le système et on qualifiera d'antidémocratique tout ce qui tente de s'en éloigner. Ce sera la meilleure manière de "soustraire ces perspectives différentes (celles du Printemps par exemple) à la réflexion". Plus le droit d'y penser ! Plus le droit d'en parler ! La loi est signée, vous n'avez pas le droit de vous opposer à la Loi sous peine d'être pris en flagrant délit d'esprit antidémocratique.

C'est dans cette perspective que j'appellerais macropolitique que les rodomontades de Manuel Gaz sont à prendre au sérieux. Le Système est mis en cause ? Le Système se défend et il se défend de manière parfaitement morale au nom de la démocratie. Quitte à organiser des provocations. Attention le 26 mai : vous avez lu Libé, plus haut. Ce doit être "la dernière fois". Dernière fois avant diabolisation et/ou interdiction.Il faut donc que nous profitions tous de la liberté qui nous est laissée... Avant de la perdre ? Non : pour que l'on soit trop nombreux pour risquer de la perdre par décret.

jeudi 23 mai 2013

Peur, quand tu nous tiens, réponse à l'abbé Robinne et à quelques kozeurs...

De mortuo, nihil nisi bonum : d'un mort on ne dit que du bien, dit le proverbe latin. C'est dans cette perspective que j'ai voulu écrire de Dominique Venner, un homme dont j'admirais l'élan et le militantisme parfaitement désintéressé, le travail et la volonté de créer (des oeuvres, des circonstances ou même des changements historiques profonds). Il est une catégorie qui échappe peut-être à certains : Venner était ce que l'on appelle un homme noble : un homme détaché de l'ordinaire. Egotiste ? Parfois... C'était sa faille. Mais il mettait toujours son combat (ou l'idée qu'il se faisait de son combat) au-dessus de lui-même. Cela étant posé (comme il aurait dit lui-même sur RC), c'était un homme avec lequel je n'avais aucune vision commune (aucune connivence idéologique, n'en déplaise à Koz), un homme auquel je n'ai jamais fait la moindre concession, et qui accepta d'ailleurs naguère, dans la Nouvelle revue d'histoire, de publier ma longue réfutation d'un de ses papiers sur les causes de la ruine de l'Empire romain.

Ne peut on pas respecter quelqu'un sans pour autant partager ses idées ?

Pour Koz, mon papier serait "stupéfiant" (ça me rappelle un vieux sketch, vous aussi?). Le fait de comparer ce suicide à un seppuku dénoterait de "la complaisance" envers le suicide, complaisance, bien sûr, "indigne d'un prêtre". Personnellement je pense plutôt que c'est le fait de s'acharner sur la dépouille qui est indigne d'un prêtre Nous sommes, nous autres prêtres les ministres de la Miséricorde. Acharnement? Pour tel Causeur célèbre sur la Toile, (il en avait l'intuition depuis longtemps, il peut le dire haut et fort à présent), Dominique Venner, ce serait... le diable. Rien moins ! Personnellement je me suis toujours élevé contre toutes les formes de diabolisation. Le diable est un ange pas un homme.

Argument décisif : "L'Eglise y voit une profanation". C'est clair que si l'on est chrétien, un tel acte, qui représente une suprême désobéissance à Dieu dans un lieu divin, est une profanation. Mais si l'on ne l'est pas... Si l'on fait profession d'athéisme ? Si pourtant l'on cherche désespérément le sacré (au point de le rêver dans je ne sais quel Walhalla) et qu'on le trouve dans la forêt de piliers d'une cathédrale, au pied d'un autel dédié à la Vierge, alors qu'on a débiné toute sa vie cette sacralité-là, je pense qu'on est bien obligé (cela ne plaît ni aux cathos redresseurs de tort qui voient le monde en noir et blanc, point barre (sic), ni aux païens patentés mais je le dis) de trouver un sens à ce geste hasardé, un sens subjectivement sacré. C'est en respectant cette démarche personnelle, même en ce qu'elle peut avoir d'incongru ou disons-le d'objectivement monstrueux, que le cardinal Vingt-Trois puis Mgr de Moulins-Beaufort ont fait prier pour celui que Libération appelle "le suicidé de Notre Dame".

Est-ce de "la complaisance" que de vouloir non pas accepter ni justifier mais tenter de comprendre les raisons d'un acte apparemment irrationnel ? Le Curé d'Ars, d'une science mystérieusement certaine, avait absout un suicidé : "Entre le pont et l'eau, il s'est converti, il est sauvé". Ne peut-on pas (sans aucune complaisance) scruter les raisons complexes qui ont poussé Dominique Venner à se donner la mort ? Ne doit-on pas souligner ce qui dans cet acte résiste à toute interprétation vulgaire ? Scruter ou peser ce que ce geste pourrait avoir de chrétien "en espérance", malgré le désespoir, dont il est issu ?

On me dit que ce raisonnement est "plus que limite surtout de la part d'un prêtre", qu'il est "loin de toute théologie catholique". Je n'ai jamais nié que le suicide soit un péché grave. Que Dominique Venner, par cet acte, soit un pécheur devant l'éternel (et pas le saint que certains veulent voir, à Lyon en particulier me dit-on), c'est très clair. Simplement, c'est au moment où il voudrait donner à sa vie par lui-même l'ultime sceaux de l'autosuffisance... que le voilà, dans une sorte de lapsus existentiel, dans le champ de l'Autre [de l'Autre que soi] qui est le champ de Dieu : le voilà à Notre Dame, devant l'autel, en quête du dernier symbole. On n'échappe pas à Dieu si facilement ! Quelle ironie redoutable que celle du Tout puissant !Quelle douce ironie que celle qu'il exerce sur les pauvres humains par Notre Dame.

Est-ce là une apologie? Bien sûr que non. Cette tentative de mise au point est-elle (au choix car le prêtre qui se fait mon contradicteur semble me laisser le choix)déplacée, scandaleuse ou dérangeante ? Je ne la crois pas déplacée mais sacerdotale. Ni scandaleuse (ce sont ceux qui crachent sur la tombe au nom du Christ qui créent le scandale). Mais je sais bien que l'acte sur lequel nous réfléchissons, comme ma démarche présente peuvent paraître un peu... dérangeants. Hors piste. Hors champ. Evidemment. Et cela fait peur à certains catholiques, habitués au confort de leur petite bourgeoisie. "Ces catholiques, n'est-ce pas, écrit Mortimer sur son site La Plume, jugent vite, trop vite, comme s'il y avait urgence". Cette urgence est celle de leur peur.

Je leur dis, moi : N'ayez pas peur, n'ayez pas peur du Christ, juste juge, seul détenteur de toutes justices. N'ayez pas peur du mal, de la puissance du mal. Elle est déjà vaincue.