samedi 29 juin 2013

Demain un printemps de l’Eglise

Si vous voulez comprendre ce qui est neuf dans l’Eglise depuis les manifestations anti-mariage pour tous, Guillaume de Prémare, qui a été l’un des responsables de la mobilisation explique très simplement le tsunami que représentent les manifestants non pas encore pour le Gouvernement français mais à tout le moins pour l’Eglise de France, la manière dont ils sont soutenus par le pape François.
[Guillaume de Prémare] Ite missa est : requiem pour l’enfouissement - 27 juin 2013
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Dans ma dernière chronique hebdomadaire sur Radio Espérance, je reviens sur le malaise des « chrétiens de l’enfouissement » : vis-à-vis de l’évolution de l’Eglise depuis le pontificat de Jean-Paul II, vis-à-vis du mouvement social qui s’est levé à l’occasion du combat contre la loi Taubira.

Ite missa est : la messe de requiem de l’enfouissement est-elle dite ? Dans La Croix du 31 mai dernier, Bruno Frappat, pointure historique du quotidien catholique, a la franchise de dire ce qu’il a sur le cœur. Et manifestement, il en a gros sur la patate : lui et ses semblables ont mal vécu le tournant amorcé dans l’Eglise depuis Jean-Paul II, les deux derniers papes ayant « incarné une présence au monde différente de leurs rêves d’enfouissement ».

Et voici que le nouveau pape François en rajoute une grosse louche dimanche dernier, lançant un vibrant appel aux jeunes : « N'ayez pas peur d'aller à contre-courant, lorsqu’on vous propose des valeurs avariées, comme peuvent l'être les aliments. Ayez cette fierté d'aller à contre-courant. » Voilà l’esprit de notre jeunesse en quelque sorte adoubé : une jeunesse fière, audacieuse, fougueuse, courageuse, intrépide, créative ; une jeunesse frondeuse, une jeunesse bien vivante ! Ces jeunes ne sont pas de gentils petits poissons iréniques, mais d’énergiques rameurs : à contre-courant de l’hégémonie culturelle qui imprègne les mœurs au sens large, à contre-courant de la téloche en quelque sorte.

Car voilà, le levain ne peut plus être enfoui discrètement et sagement dans la pâte quand celle-ci est avariée par le poison des fausses valeurs mondaines, celui des nouvelles mœurs ou de la « dictature de l’argent », qui vont ensemble.

Ainsi, c’est bien un certain mode de présence au monde qui semble périmé. Cet enfouissement des années 60-70 portait la conviction que l’irréversible courant du monde allait nécessairement dans le bon sens et qu’il fallait précisément se laisser porter pour le bonifier. Il y avait l’idée de progrès continu, de sens de l’histoire, d’âge adulte du monde et de l’Eglise, enfin tous deux réconciliés. Las ! Cet âge adulte de l’humanité était un leurre, un rêve d’adolescents.

La sociologie des profondeurs a changé. Les aspirations profondes de ceux que les animateurs télé appellent les « vrais gens » ne sont plus d’abord l’émancipation, mais – tout au contraire – le besoin d’autorité, de repères, d’identité, de sécurité. Sur ce plan, notre jeune génération catholique est bien de son temps. Et – paradoxe ! - c’est l’hégémonie culturelle qui semble de plus en plus à contre-courant du réel, ce qui signe peut-être sa disparition prochaine. Par exemple, lutter contre la loi Taubira, c’est à contre-courant de la téloche, mais pas forcément à contre-courant du peuple.

Ce combat aura été un révélateur supplémentaire du malaise des chrétiens de « l’enfouissement » : mal à l’aise avec le projet de la gauche, mal à l’aise avec le mouvement social, le cul entre deux chaises ; et cette impression d’être écrasés parce que minoritaires dans leur « famille-Eglise ». Ce mouvement social, ils ne l’ont pas aimé, ils ne l’ont pas compris. En témoigne une tribune de Mgr Dagens, toujours dans La Croix, qui assimile la contestation à « la tentation du catholicisme intransigeant » des années 1900-1930. Enfin quoi ! Les catholiques sont-ils descendus dans la rue Bible et catéchisme à la main pour proclamer « Je suis chrétien voilà ma gloire ! » ? Non, ils sont descendus dans l’agora contemporaine comme citoyens intéressés aux préoccupations séculières du moment. Ils ont fait précisément ce que les enfouisseurs ont toujours prôné : entrer de manière séculière dans les débats séculiers, rejoindre le monde du même point de vue que le monde.

Et c’est là que les chrétiens de « l’enfouissement » ont – à mon avis – manqué l’occasion. Alors même que le catholicisme français les rejoignait sur les leçons – non périmées celles-là - de la sécularisation, ils ont manqué l’occasion d’amorcer leur propre mutation historique ; et celle de bonifier le mouvement social de leurs propres talents. Mais l’histoire n’est pas finie, elle ne fait que commencer. Ite missa est, en liturgie, c’est ce qu’on appelle l’envoi. A vos rames camarades !

Guillaume de Prémare

jeudi 27 juin 2013

Première réforme liturgique du pape François

J'emprunte cette brève au numéro de Monde et Vie qui va paraître. Elle me semble de nature à susciter l'intérêt de tous les metablogueurs :
Première réforme liturgique du pape François :

Elle est datée du 1er mai, elle a été promulguée le 19 juin dernier. Désormais, dans les prières eucharistique 2, 3 et 4 devra figurer la mention de « saint Joseph époux de Marie ». Rappelons que dans la Prière eucharistique n°1 comme dans le Canon romain traditionnel cette mention existe déjà. Elle avait été ajoutée par le pape Jean XXIII, à la demande des Pères canadiens de Saint-Joseph de Montréal, le 13 novembre 1962, au cours de la Première session du concile Vatican II. Voilà un subtil moyen de célébrer Vatican II ! Et de montrer la continuité entre François et Benoît, puisque le premier a promulgué une décision mise à l'étude par le second.
On se souvient que l'intronisation du pape François avait eu lieu le jour de la Saint-Joseph (19 mars) et l'on observe que ce document est daté du 1er mai. Ainsi peut-on dire que les deux fêtes de saint Joseph se trouvent honorées dans cette décision du 19 juin.

Qui est saint Joseph ? J'en ai parlé déjà sur ce Blog le 19 mars 2011. Le pape François le définissait le 19 mars dernier comme "le gardien" : gardien de la Vierge, gardien de l'enfant, gardien de la famille du Christ qui est l'Eglise. Saint Joseph est le conservateur par excellence. Comme tous les conservateurs, il n'invente rien, il ne crée ou ne procrée rien. Mais il veille. Et lorsqu'il faut partir en pleine nuit pour fuir le pouvoir totalitaire d'Hérode, c'est lui qu'on réveille. Il me semble que notre pape s'identifierait assez bien à ce saint conservateur. On peut dire de lui qu'il veille. C'est un veilleur au chevet de l'Eglise vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Par ailleurs, il n'a pas la prétention de déclencher une nouvelle Pentecôte à lui tout seul, comme tel de ses prédécesseurs. Il s'attache à faire au mieux avec ce que le Seigneur lui a confié. Et comme il est un peu machiavélien (selon les dires d'un ancien ambassadeur d'Argentine), il s'attache à passer pour tout sauf conservateur, alors que c'est ce qu'il est.

Pour le coup, je sens que certains d'entre vous sont déjà en train de fourbir leurs armes dialectiques pour m'estourbir. Attention à ce que l'on nomme "conservateur". Tout dépend de ce que l'on conserve. Lui conserve "le dépôt" comme dit saint Paul à Timothée. Il conserve ce qu'il a reçu du Seigneur, la grâce, sa vérité surnaturelle et les sacrements qui en sont les signes efficaces. Il ne conserve ni des fanfreluches vénérables, ni un mode de vie papal qui a ses rites inévitables. Ce qu'il conserve, par profession et par mission, c'est ce qui nous fait vivre - l'Evangile de la vie. Son conservatisme est révolutionnaire (ainsi qu'il l'a fait remarquer récemment, nous l'avons souligné ici). Je ne peux pas m'empêcher de trouver, en tout respect, que ce conservatisme révolutionnaire chrétien va comme un gant au péroniste qu'il n'a pas cessé d'être. "Le premier pape péroniste du monde" titrait avec orgueil la presse argentine il y a quatre mois. Eh bien voilà peut-être ce que cela veut dire "un pape péroniste" : un révolutionnaire conservateur.

Mais revenons au sens de cette réforme : ce petit ajout est une nouvelle manière d'affirmer dans la liturgie l'importance du culte des saints (dans le rite vénérable que je célèbre on a plein de copains célestes, avec deux listes d'apôtres et de martyrs : ça crée des liens de les appeler par leur nom chaque jour).

C'est aussi une manière, en nos temps tourneboulés, de rappeler l'importance de la famille et le fait que la famille ne repose pas seulement sur la sexualité ; c'est pour cela que l'on rappelle que Joseph est "l'époux de Marie".

C'est aussi et surtout une manière de rapprocher les deux formes du rite romain, dont on peut espérer qu'un jour - point trop éloigné - elles ne fassent plus qu'une. L'idée de "réforme de la réforme" tend vers cet idéal...

A cet égard, je me permets de reprendre gentiment l'abbé Aulagnier, qui, dans Item, insiste sur le fait que l'Institut du Bon Pasteur défend le droit de "déprécier le Novus Ordo Missae". Je ne sais quel titre l'abbé Aulagnier possède pour s'exprimer ainsi lui-même comme s'il était l'Institut, il peut bien penser ce qu'il veut par ailleurs, mais je crois, moi, que, quels que soient nos droits, nous avons, avant tout, en tant que catholiques, le devoir de tout faire pour rapprocher le rite nouveau du rite ancien. Il me semble que ce petit ajout de saint Joseph pourrait signifier le début d'une réforme de la réforme, comme il a signalé le début de la réforme liturgique lorsque Jean XXIII l'a ajouté au Canon en 1962. Jean XXIII avait osé toucher au Canon, on pouvait donc en changer, pensa-t-on à l'époque. Eh bien notre pape conservateur révolutionnaire a osé toucher aux nouveaux canons, en laissant intact l'ancien dont ils sont rapprochés. M'est avis que l'on n'a pas fini de toucher au Nouvel Ordo Missae : non pas pour le déprécier mais pour mieux l'apprécier dans ce que le pape Benoît XVI appelait la "continuité" de l'histoire liturgique de l'Eglise.

lundi 24 juin 2013

[conf'] [Me Jérôme Triomphe] Violences policières dans la rue, ripostes judiciaires au prétoire

mardi 25 juin | 20h15 | PaF: 5€/2€
Maître Jérôme Triomphe, l’un des avocats des militants anti-mariage pour tous, se propose d’avertir chacun sur ses droits face à la répression d’État organisée autour des actions militantes de ces dernières semaines. Il montrera ce qui a déjà pu être fait pour la protection de nos libertés citoyennes fondamentales.
CCCSP / 12 rue StJoseph / PARIS 02 / M° Sentier ou Grds Boulvrds

Je suis fier d'aller à contre-courant

Vatican II est un concile qui a souhaité surfer sur l'esprit du temps. Le drame de ce texte ? Le temps a passé. Autant les années 60 sont des années de changements considérables où rien ne semble pouvoir résister au Progrès avec un P majuscule, autant nous nous retrouvons cinquante ans plus tard, avec la gueule de bois. Non l'histoire ne portait en elle aucune Pentecôte nouvelle, mais au contraire une épreuve sans précédent dans toute l'histoire de l'Eglise, l'épreuve d'un athéisme socialisé et de plus en plus automatique. Il est probable que sur ce plan la France (avec la Tchéquie) ouvre la marche aux autres pays européens puis aux Etats unis. Et ce n'est pas en prétendant stupidement, comme nous y invite Gaudium et spes, que l'Eglise (ah ! les fautes de l'Eglise : c'est si commode d'accuser ses ancêtres) est responsable de cette immense plongée dans l'athéisme, que l'on fera avancer les choses.

L'Union européenne se caractérise en tout cas par le même nihilisme glacé : plus de plan, plus de projet, rien pour la grandeur de l'Europe, ouverture des frontières, repentance, délocalisations. L'Europe doit payer son trop long leadership. Elle doit s'humilier. La seule chance de nos vieux pays est que les électeurs se rendent compte de la supercherie de ce Néant obligatoire, avant qu'il ne soit trop tard. Et pour cela, il faudra renouveler une offre politique dont on comprend de mieux en mieux qu'elle ne propose aucune alternance réelle. Pour la France la politique étrangère s'appelle OTAN ; la politique économique s'appelle UE ; la politique culturelle s'appelle Hollywood. Le Huffington post révélait récemment un sondage pour les élections européennes au terme duquel on constatait que seulement 40 % des Français approuvent la politique d'autodestruction par l'Europe, menée avec constance, tant au PS qu'à l'UMP. Il est temps d'imaginer autre chose. Il est temps de faire sauter ce verrou de sûreté au désordre établi qui s'appelle "front républicain". Non pas forcément pour faire profiter un autre Front - le national - de cette débâcle annoncée, mais pour réveiller la Grande nation anesthésiée. Il est temps d'aller chercher, au delà des partis et du système, un nouveau projet pour la France.

Est-ce que je fais de la politique lorsque j'écris cela ? Est-ce que je sors de mon rôle de prêtre ? Je ne le crois pas. Je m'intéresse à la religion des Français, je sais que ce n'est plus la religion catholique, j'essaie de la définir, cette religion nouvelle qui est une non-religion. Il me semble que cette religion, c'est le nihilisme désenchanté (ou désespéré) qui vient de la société de consommation. L'Europe fascinée par le néant, ce n'est pas l'effet d'un complot ou d'un projet mortifère de je ne sais quel tireur de ficelles. Foin de tous les marionnettistes ! La question n'a rien à voir avec les marionnettes qui s'agitent pour donner à notre théatrocratie l'illusion de la vie. D'où vient le nihilisme ambiant ? Pas la peine de chercher très loin. "La tendance de la chair, c'est la mort" écrivait saint Paul (Rom. 8, 2). Je crois que nous sommes en train de vérifier ce diagnostic, qui condamnait à mort la Rome antique, comme il condamne à mort la vieille Europe gorgée et épuisée de jouissances en tous genres.

D'où peut venir le rebond ? De la jeunesse forcément : chaque jeunesse est un recommencement du monde. Chaque jeunesse est une nouvelle espérance. Il n'y a pas de fatalité. Face à la puissance du mal, le bien, embrassé avec ardeur, est toujours plus fort. Comme le dit saint Pierre dans l'épître d'aujourd'hui : "Si vous êtes des passionnés du Bien, qui pourrait vous nuire ?". Je crois que l'avenir d'une Europe fatiguée de sa liberté absolue, il est à chercher dans l'insolente bonne santé d'une Eglise que d'aucuns, depuis le Concile, avait voulu enterrer, qui a failli laisser sa peau dans la folle générosité du progressisme, et qui a compris que sa vocation, dans une humanité revenue de tout, ce n'est pas l'adaptation, ce n'est pas l'inculturation (ou en fait l'hybridation du capitalisme et de l'Evangile), non : c'est, ici et maintenant, la passion du bien.

Ce que je trouve magnifique dans le message du pape François, tel qu'il se donne, simplement, au jour le jour, c'est le refus du désespoir. Il ne s'agit pas de prendre son parti du déclin et de l'impuissance des vieux pays chrétiens. Au contraire ! "N'ayez pas peur, dit-il aux jeunes ce dimanche, d'aller à contre-courant, lorsque l'on vous propose des valeurs avariées, comme peuvent l'être les aliments. Ayez cette fierté d'aller à contre-courant". Le pape Benoît XVI parlait aux Maltais du christianisme comme d'une contre-culture. François nous propose - peut-être plus modestement et plus efficacement - de commencer, chacun où nous sommes, à ramer à contre-courant.

Je médite en ce moment sur ce film magnifique qu'est La grande Bellezza, cet instantané d'une société qui tente d'oublier qu'elle a pris un aller simple pour le néant, en s'étourdissant de bruits et de folies. Le héros, Jep Gambardella, romancier à l'inspiration fulgurante mais tôt tarie, promène son désespoir de fête en fête dans la Rome d'aujourd'hui. Le triomphe du Baroque omniprésent semble écraser en lui toute velléité de produire, de résister et de porter autre chose qu'une critique sourde et muette de notre société. Un cardinal, drapé de rouge passe à sa portée. Il fut exorciste. Il doit en savoir long sur la puissance du mal et sur les moyens de le combattre. Las... Il ne sait dire à Jep que la dernière recette de cuisine dont il a expérimenté la plénitude. L'Eglise ne trouverait-elle la plénitude que dans des recettes de cuisine ? C'est sans doute ce qu'insinue le réalisateur Paolo Sorrentino, dans cette longue suite de paraboles. Eh bien cette Eglise là ce n'est pas l'Eglise du pape François. L'Eglise qui demande d'aller à contre-courant, c'est une Eglise qui a décidé d'en finir avec la cosmétique, avec l'art d'accommoder les restes, avec les syndics de faillites et les prophètes de malheur, une Eglise qui se décide à vivre aujourd'hui, à porter à notre aujourd'hui l'Evangile de la vie, en dehors duquel le Néant est inéluctable.

jeudi 20 juin 2013

Et maintenant la prison...

Alors que Nicolas vient d'écoper de deux mois de prison ferme à Fleury Mérogis, avec les délinquants et les criminels de tout acabit, nous pouvons nous demander ce qu'est cette Révolution chrétienne qui, hier et aujourd'hui fait des martyrs. Car il faut appeler les choses par leur nom. Un chrétien qui écope d'une condamnation judiciaire ferme parce qu'il a défendu l'institution du mariage, d'une manière ou d'une autre c'est un martyr. Manuel Gaz fait des martyrs. Cela vous étonne ?

Pour les inquiets, je précise que le seul tort de Nicolas est d'avoir été repris après une première garde à vue et d'avoir refusé la procédure inquisitoriale qu'on lui imposait, après avoir été arrêté à l'intérieur de la Pizza Pino, sur les Champs Elysées par des policiers en civil (qui l'ont tellement abîmé qu'ils ont eux-même dû acquitter 1300 euros d'amende. 1300 euros ? Ce que vaut la gueule d'un jeune catholique français).

Nous sommes devant un gouvernement terroriste, au sens précis où il utilise la terreur des gardes à vue abusives d'abord, le tabassage et des condamnations  à la prison ferme (m'est avis que cela ne fait que commencer) ensuite, pour éviter le débat public (et éventuellement le referendum) sur la question du mariage homosexuel. Pas de débat. Mensonge d'Etat à tous les étages sur l'ampleur de la réaction populaire (300 000 pour un million). Mépris. Tout pour casser le contrat social ou ce qu'il en reste. Cette manière de mépriser le Contrat social est significative : nous n'avons plus affaire à un gouvernement de gauche, mais à un gouvernement simplement nihiliste, décidé à casser par tous les moyens ce qui reste de la dernière institution chrétienne : la famille.

C'est ce mépris gouvernemental qui a tellement sensibilisé les jeunes et qui a fait (de rien) des militants. Si le Gouvernement veut une Rentrée chaude, il n'a qu'à continuer!

Ces jeunes, catholiques et français, ont un idéal, une certaine image de la France. Ils n'avaient besoin de personne pour la transmettre. Tant que l'Etat ne s'est pas attaqué à la famille institution bi-millénaire, ils continuaient d'être et d'agir selon ce que le Général De Gaulle, lui-même représentatif de cette France-là dans ses origines, avait appelé "une certaine idée de la France". Mais parce que l'Etat veut redéfinir la famille, parce que l'Etat veut faire subir à cette vénérable institution, pierre d'angle de notre civilisation, la loi de l'offre et de la demande, en élargissant  à l'infini les conditions donnant droit à l'appellation contrôlée, alors ces Français-là ne sont plus silencieux. On les atteint dans ce qui est leur coeur.

Quel est l'enjeu ultime : je l'ai dit dans le post sur "le CUC plus dangereux que le mariage homosexuel". Il s'agit de remplacer une institution fondée sur la nature de l'homme et de la femme et sur la religion de l'amour, par un contrat adaptable à toutes les situations: le papier supporte tout : tous les couples, les trouples, les associations polygames, le polyamour. L'enjeu est considérable Il s'agit de remplacer l'oeuvre conjointe de la nature et de la surnature par du papier!

Pour l'instant, s'opposer publiquement à cela vaut deux mois de prison ferme...

Cet enjeu n'a rien de nébuleux. Je regrette que C, le dernier à avoir vu Nicolas au Commissariat où ils avaient été sauvagement embastillés tous deux, signe sur les réseaux sociaux de cette formule fausse : "un idéaliste". Le mariage chrétien, monogame et fidèle, rayonnement d'amour, c'est un idéal, certes, mais ce n'est pas de l'idéalisme. C'est une réalité concrète. La famille est une véritable citadelle, "une tour de force", turris fortitudinis, comme l'appelle la liturgie traditionnelle du mariage. Récemment les Moulin Fournier, déposant à la télévision après une captivité de plusieurs mois au Nigéria entre les mains de coupeurs de route- coupeurs de tête, ont montré la force d'une famille chrétienne. Il suffisait de les écouter, d'entendre non seulement ce qu'ils disaient mais le son de leur voix, leur manière d'être, ce souci prioritaire pour leur quatre enfants prisonniers comme eux, ce souci dont on sentait bien qu'il ne les avait jamais quitté. Ce n'est pas de l'idéalisme cela ! C'est le miracle de la famille, ce grand vaccin contre l'égoïsme naturel.

J'entendais tout à l'heure Béatrice Bourge, au Journal de la nuit de Paul-Marie Couteaux sur Radio Courtoisie, expliquer que, pour un tel enjeux, la prison ne lui fait pas peur. Elle n'est pas la seule. Je remplace Catherine Rouvier aujourd'hui jeudi. Je la reçois à mon tour tout nà l'heure à 19H30, sur la même Radio. Le 20 juin est le dernier jour du printemps, occasion d'un bilan de ce printemps français qui continue, alors qu'il n'y a plus de saison. Nous répondrons à toutes les questions des auditeurs.

mercredi 19 juin 2013

La révolution papale

"Aujourd'hui, un chrétien, s'il n'est pas révolutionnaire, n'est pas chrétien !"a lancé le pape argentin aux milliers de participants du Congrès ecclésial du diocèse de Rome, par manière d'appel du 18 juin.
De quelle révolution s'agit-il ? Je rejoint G2S dans son intéressante intervention : c'est celle de la grâce, du Royaume qui vient, du salut qui nous est donné par le Christ. DONNE. Le salut n'est pas le fruit de nos misérables effort, mais le don qui vient de la Passion du Christ. Voilà la première révolution chrétienne : donner ce que quiconque aurait cherché à vendre très cher : le Royaume pour tous les hommes de bonne volonté. Les curés ont toujours cherché à compliquer les choses, mais c'est donné. Si nous l'oublions, nous sommes ce que le pape appelle des pélagiens (voir post précédent).

Ce don gratuit est bouleversant (adjectif synonyme de révolutionnaire). C'est ce qui, au cours de l'histoire du monde, a le plus contribué à changer les hommes. Je caractériserais ce changement de deux manières : l'individu humain est devenu une personne, c'est-à-dire un être responsable (de son salut justement) et libre (d'imiter le Christ). Deuxième changement : les coeurs. Au lieu de se laisser manipuler par toutes les convoitises, ils doivent s'ouvrir à la divine charité. Différence ? La convoitise prend, la charité donne, puisqu'elle est elle-même le premier fruit du don gratuit de Dieu.

C'est en ce sens que François déclare : "Il y a eu beaucoup de révolutionnaires dans l'histoire, mais aucun n'a eu la force de la révolution apportée par Jésus, une révolution (...) qui change en profondeur le coeur de l'homme", a encore affirmé le pape face à une salle d'audiences noire de monde et enthousiaste. "Dans l'histoire, les révolutions ont changé les systèmes politiques, économiques, mais aucune n'a vraiment modifié le coeur de l'homme", a relevé le pape avant de soutenir "la vraie révolution, celle qui transforme complètement la vie", a été "accomplie" par Jésus.

On peut penser que la Révolution chrétienne est la seule qui a vraiment marché et qui continue à marcher. René Girard l'a admirablement démontré, en opposant l'archaïsme (fondé sur la mise à mort des boucs émissaires) et le christianisme (qui se fait le champion de l'innocence des victimes et qui prône le sacrifice de soi). C'est dans cette perspective et sous ce patronage que nous avons écrit l'été dernier, le Père Michel Viot et moi, un livre paru aux éditions de l'Homme nouveau et intitulé La Révolution chrétienne.

Notez que le pape ne parle pas seulement de la Révolution chrétienne, il souhaite des chrétiens révolutionnaires. Pas des brosseurs de brebis! Pas des chrétiens découragés qui semblent croire "à la déesse des plaintes". Et de demander au Seigneur "la générosité, le courage et la patience" pour annoncer l'Evangile. Il faut bien peser ses trois mots, car, en réalité, ils pèsent sur les épaules des apôtres du XXIème siècle. Que d'échecs! Ou pire (pour l'amour propre) de demi succès dans l'apostolat! Les échecs, il y a toujours moyens d'en chercher et d'en trouver les responsables en dehors de soi. Mais les demi-succès ? Une seule réponse : générosité, courage, patience.

Il y a du pain sur la planche pourtant! "Je ne comprends pas les communautés chrétiennes qui sont fermées" a déclaré le pape. Fermées? Je vais dire un gros mot : bourgeoises... Ou il fait bon de se retrouver entre soi... Ce sont ces attaques contre l'esprit bourgeois qui dérange chez le pape François. Ces attaques contre le conformisme ("Ne vous conformez pas à ce siècle" dit saint Paul quelque part). Quelqu'un se sent visé ? Un peu tout le monde, je crois.