vendredi 29 novembre 2013

Ils ont un problème avec la culture catholique...

Voici un extrait de ce que j'ai publié dans le tout dernier numéro de Monde et Vie sur l'Exhortation Evangelii Gaudium, marquant la fin de l'année de la foi.
La grâce suppose la nature, disait Thomas d'Aquin. « La grâce suppose la culture » (115) lance François. Pour le pape, il l’écrit aussi, « le peuple de Dieu s’incarne dans tous les peuples de la terre ». Cette catégorie de « peuple » est absolument décisive chez lui. Tout se passe comme si, pour lui, la grâce ne s’adresse pas d’abord aux individus mais aux peuples. Etreinte baptismale, étreinte éternelle, il faut faire en sorte « que notre peuple vive entre ces deux étreintes » (142). 

Et notre pape d’attaquer « un christianisme monoculturel et monocorde » (117). Et de mettre en cause « la sacralisation vaniteuse de la propre culture de l’Eglise ». Cette dernière formule me pose un problème. Je voudrais y réfléchir et chercher les raisons de la soudaine condamnation que semble jeter le pape.

C'est un fait bien connu : le cardinal Bergoglio croit à la culture populaire argentine. En 2002, il a édité un long commentaire d’un poète gnomique argentin José Hernandez, intitulé Le Gaucho. Il se veut proche de son peuple, il aspire sans doute aussi à devenir le représentant des peuples contre la mondialisation libérale. Mais pourquoi ne voit-il pas (comme l'avait si bien vu Mgr Lefebvre) la fécondité mondiale d’une culture catholique, qui a été l’une des grandes institutrices des peuples à l’époque des Missions ? Je hasarde une réponse : cette culture catholique reposait sur la beauté rituelle d’une liturgie unique partout dans le monde. Cette liturgie étant aujourd'hui  réputée résiduelle, il est devenu difficile de parler d’une culture catholique universelle depuis le Concile.

A tous ceux qui croient encore en une culture catholique, capable de s’inculturer partout, mais qui est avant tout façonnée par la foi, le pape adresse le reproche de néo-pélagianisme : « Dans certaines formes de christianisme, on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe. De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de musée, ou devient la propriété d’un petit nombre » (95). Il se pourrait bien que la mission historique des traditionalistes soit aujourd’hui, face au refus institutionnel d’une culture catholique solide, de transmettre cette culture malgré l’institution qui devrait la porter.
  
GT

lundi 25 novembre 2013

Réponse à NN sur l'unité de l'Eglise. L'Eglise une selon le pape François

Le Christ est roi de nos conscience, sa vérité est un absolu qui domine et qui illumine de l'intérieur notre raison. Mais comment cela peut-il se vérifier, me demandez-vous, si l'Eglise n'est pas une, si elle se divise elle-même ?

Je crois qu'il ne faut rien dramatiser à cet égard, au moins pour l'instant. L'Eglise est une de l'unité que Dieu lui donne remarquait Charles Journet dans son premier livre chez Grasset sur l'unité des chrétiens. C'est Dieu qui nous unit. Et c'est lui qui nous a tous créés différents. La diversité des individus créés est l'image finie de l'infini divin dit saint Thomas, Ia Q44. Saint Paul de son côté insiste sur la diversité des charismes. Regardez aussi l'épitre aux Galates : "J'allais voir Pierre et lui dis qu'il ne marchait pas selon la voie droite de l'Evangile". Le charisme de Paul, c'est cette droiture que lui donne sa terrible intelligence. Ne s'est-il pas converti "rue Droite" à Damas, dans la Maison d'Ananie. Ce n'est pas pour rien que cette rue existe toujours sous ce nom... (il y avait d'ailleurs avant la guerre un pâtissier rue Droite qui confectionnait de merveilleuses petites choses, signe que l'on ne s'éloigne pas si facilement que cela de la droiture). Pourtant saint Pierre, lui, il n'habite pas rue Droite. Il est face aux humains, il négocie : peut-on manger de la nourriture qui n'est pas cacher ? Il dit "oui", puis il dit "non", selon les gens auxquels il s'adresse. Il tente de ménager les personnes. Cela rassure d'abord les intéressés, puis cela provoque une belle pagaille.

Qu'est-ce qui a changé ?

Comment est-on sûr que l'on se conforme au don de l'unité que le Seigneur nous fait en nous appelant dans son Eglise ? Le Père Congar avait beaucoup travaillé la question. Dans son article "schisme" pour le DTC, il fait appel à peu près uniquement à Cajétan, commentant l'article sur le schisme dans la IIaIIae, 38. Qu'est-ce qu'être membre de l'unité de l'Eglise ? C'est agir comme une partie [agere ut pars] dans l'Eglise, chacun selon ses moyens, ses capacités, son histoire, ses origines etc. Que signifie "agir comme une partie" ? Cela veut dire : ne jamais se prendre pour le tout. Accepter de n'être qu'une partie, de ne donner qu'une partie du témoignage du Christ. Accepter qu'à côté de soi, il y ait des chrétiens très différents, qui sont tout autant fils et filles de Dieu, même s'ils donnent à voir autre chose que ce que l'on fait soi.

Dans ce sens le radicalisme n'est pas forcément mauvais lorsqu'il s'agit de remonter aux racines de notre foi. Il est mauvais lorsque de petits groupes de purs se prennent pour l'Eglise tout entière ou pour ce qu'il en reste. Il me semble que le pape François (voir sa démarche avec Scalfari directeur de la repubblica) a compris que l'Eglise (un milliard deux cents millions de chrétiens) n'était pas un troupeau dans lequel toutes les brebis penseraient pareil sur tout et bêleraient pareil à tous moments, mais une société de personnes, la grâce travaillant différemment  dans chaque âme. Certains ont peur de cette liberté du pape. Je crois qu'elle est un don providentiel du Saint Esprit, qui, ironie vraiment divine, a mis un électron libre à la tête de plus d'un milliard d'individus. - Et ça marche ? - Regardez ! Il suffit que nous ayons à coeur d'agir comme une partie et non pas comme le tout.

Jean Sevillia, une raison française

Jean Sévillia rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine, a beaucoup écrit contre le terrorisme intellectuel de la gauche bien-pensante, pour démasquer ce qu’il nomme lui-même l’Historiquement correct. Son dernier livre sur l’histoire de France se présente comme une première synthèse de ses travaux. Il nous annonce une « histoire passionnée de la France ». Quant à moi, ce qui me frappe, c’est que cette histoire est encore plus raisonnée que passionnée. Dans le superbe ouvrage, publié par les éditions Perrin, nous sommes invités à une rétrospective argumentée sur chacune des grandes phases de l’aventure française. Sans nostalgie. Il n’existe pas de passé idyllique et l’on est bien obligé de constater que chaque époque a ses difficultés. Mais, avec Sévillia, on s’exerce à comprendre chaque obstacle, en rappelant avec précision les événements et les enjeux. L’histoire de la France est une succession de maelström, précédés et suivis de toutes sortes de psychodrames au cours desquels se déchaînent les haines civiles. L’auteur nous dit-il tout ? Bien sûr que non. Au moins peut-on se repérer dans ce labyrinthe typiquement français, un fil d’Ariane à la main. Plus on approche de notre temps, plus cet effort de clarification, loin de toute idéologie, s’avère passionnant. Les pages consacrées à la Deuxième Guerre mondiale ou à la Guerre d’Algérie sont des chefs d’œuvre d’objectivité et de compréhension. Alors que certains semblent prendre un malin plaisir à aviver ces blessures nationales, c’est une œuvre de justice que tente l’auteur de ce livre, aidé par le recul du temps. En lisant Sévillia, on se prend à penser à un monde où la diabolisation n’existerait pas et où la raison historique aurait eu le loisir de faire son travail d’objectivité et de paix, un monde où les Français (puisque c’est d’eux qu’il s’agit) pourraient à nouveau s’aimer eux-mêmes et s’aimer entre eux.

Ce bel ouvrage, facile de lecture, somptueusement illustré (qui fera un merveilleux cadeau de Noël), entend mettre en valeur délibérément «ce qui rassemble et ce qui réunit».
Jean Sévillia, Histoire passionnée de la France, éd. Perrin 2013, 560 pp. 25 euros
Conférence de Jean Sévillia au CSP mardi 26 novembre prochain à 20 H 15. Il vous dédicacera son livre.

samedi 23 novembre 2013

Crise : les mots pour rire de nos maux

Merci à Alain qui nous envoie ce qui suit et qui nous donne même l'occasion de faire de l'esprit sur notre dos... Ce post est un peu moins sérieux que d'habitude, mais il est très grave... Il montre à sa manière l'universalité de la crise.
C'est la crise pour tous.
Les problèmes des boulangers vont croissants...
Alors que les bouchers veulent défendre leur beefsteak,
les éleveurs de volailles se font plumer,
les éleveurs de chiens sont aux abois,
les pêcheurs haussent le ton
Et bien sûr, les éleveurs de porcs sont "dans la merde ",
tandis que les céréaliers sont "sur la paille".
Par ailleurs, alors que les brasseurs sont sous pression,
les viticulteurs trinquent.
Heureusement, les électriciens résistent.
Mais pour les couvreurs, c'est la tuile et
certains plombiers prennent carrément la fuite.
Dans l'industrie automobile, les salariés débrayent, dans l'espoir que la
direction fasse marche arrière.
Chez EDF, les électriciens sont sous tension, mais la direction ne semble
pas au courant.
Les cheminots voudraient garder leur train de vie, mais la crise est arrivée
sans crier gare,
alors... Les veilleurs de nuit, eux, vivent au jour le jour.
Pendant que les pédicures travaillent d'arrache-pied,
les croupiers jouent le tout pour le tout,
les dessinateurs font grise mine,
les militaires partent en retraite,
les imprimeurs dépriment et
les météorologues sont en dépression.
Les prostituées, se retrouvent à la rue : c'est vraiment une mauvaise passe!

Le Christ roi de nos consciences

Dimanche prochain à partir de 14H00 j'interviendrai à la salle paroissiale de la paroisse Saint François Xavier sur le thème Le Christ roi de nos consciences dans le cadre d'un Colloque sur le Christ roi organisé par l'association Ecouter avec l'Eglise qu'anime le Père Michel Viot.

Le Christ est roi de nos consciences, non pas qu’il les brutalise, ni qu’il s’impose à elles par la force. Mais il met néanmoins chacun d’entre nous devant la nécessité de faire un choix, qui sera un choix définitif, un choix sans repentance. Parce qu’il est “la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde”, parce qu’il est “aeterna lux credentium” (la lumière éternelle de tous ceux qui croient) comme on le chante durant le temps de l’Avent dans le Conditor alme siderum, il se donne à chacun d’entre nous, d’une manière ou d’une autre comme la vérité de notre condition. C’est devant Pilate, alors qu’il va être condamné à mort, alors que tout semble lui échapper, c'est à ce moment pathétique entre tous où le Messie est déféré devant les Polices juives et romaines pour être condamné à mort, qu'il revendique "sa royauté" (véritable sens de basileia dans ce contexte de Jean 18). “Ma royauté n’est pas d’ici” mais “quiconque est de la vérité entend ma voix”.

On comprend dans ce contexte biblique la condamnation des pape du XIXème siècle. Grégoire XVI traite la liberté de conscience de “folie”. Ce serait en effet une folie de penser que la vérité divine se donne à notre raison se pliant à nos démonstration (voir aussi Prop. 15 du Syllabus de Pie IX). La foi n'est pas l'objet d'une supputation même très intelligente, mais comme le dit Pascal, l'objet d'un pari, avec mise, risque et gain (à chaque fois). Ainsi la foi s'impose à nous. Elle est à prendre... ou à laisser, si nous voulons laisser la vie. Mais en même temps, cette vérité représentant une Intelligence qui nous dépasse, ne nous contraint pas, elle nous est donnée de l’intérieur. En cela, le Christ et son Eglise respectent évidemment la “liberté des consciences” (Pie XI Non abbiamo bisogno 1931). Non seulement le Christ la respecte, mais il la cherche, il la veut. Il en fait le sésame de notre vie éternelle.

Devant la montée des totalitarismes, Vatican II a souhaité insister sur ce point pour soustraire les consciences au contrôle que tous les Big Brothers du monde entendent exercer sur elles. Pour couper court à beaucoup d’incompréhension, Jean-Paul II dans Veritatis splendor (1993) a insisté sur le caractère absolu de la vérité – vérité naturelles de la morale, mais aussi, insiste Benoît XVI, vérité révélée, qui ne peut pas subir "la dictature du relativisme". 

Dans son sermon du 18 novembre dernier, le pape François insiste, quant à lui, sur la nécessité de se garder de ce qu’il nomme “la pensée unique” pour libérer nos coeurs et les laisser s’ouvrir à la lumière intérieure, "la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde".

mardi 19 novembre 2013

Un coup de griffe papal

Le pape François nous réserve toutes sortes de surprises. Il surprend en particulier les esprits chagrins qui pensent toujours que tout va mal à Rome. Pour son homélie, en la chapelle de la maison Sainte-Marthe, il s’est inspiré de la première lecture de la messe du jour (Maccabées 1,10-64), dénonçant la « racine perverse » de la mondanité quand les guides du peuple vont « négocier » pour se rapprocher d’autres traditions. Merci à Zenit de cette traduction ! Voici François dans le texte. Les coupures sont de Zenit, les Inter aussi, sauf le dernier. Très important, le coup de griffe papal à la globalisation actuelle.

On ne négocie pas la fidélité

« C’est comme s’ils disaient : "nous sommes progressistes, nous allons dans le sens du progrès, là où va tout le monde" ». Mais ils négocient « la fidélité au Dieu toujours fidèle ». « Ceci s’appelle apostasie, adultère... ils négocient exactement l’essentiel de leur être : leur fidélité au Seigneur ».
Il s’agit d’un « esprit de progressisme adolescent » qui « croit qu’avancer dans n’importe quel choix est mieux que de rester dans les habitudes de la fidélité ».
 « Et ceci est une contradiction : on ne négocie pas les valeurs mais on négocie la fidélité. Et ceci, c’est justement le fruit du démon, du prince de ce monde, qui fait entrer dans l’esprit mondain ».
Et ensuite, viennent les conséquences : « Ce n’est pas la belle mondialisation de l’unité de toutes les nations - chacune avec ses usages, mais unies – mais c’est la mondialisation de l’uniformité hégémonique, c’est la pensée unique. Et cette pensée unique est le fruit de la mondanité. »
Enfin, lorsque « toutes les nations se conforment aux prescriptions royales », « le roi construit l'abomination de la désolation sur l'autel des holocaustes ».

Non à la pensée unique

« Mais, Père, cela existe encore aujourd’hui ? Oui. Parce que l’esprit mondain existe encore aujourd’hui, et pousse, aujourd’hui encore, à cette envie d’être progressiste avec la pensée unique. Si on trouvait le Livre de l’alliance chez quelqu’un et si quelqu’un obéissait à la Loi, la sentence du roi le condamnait à mort : et cela, nous l’avons lu dans les journaux ces derniers mois. Ces gens ont négocié leur fidélité à leur Seigneur ; ces gens, poussés par l’esprit du monde, ont négocié leur identité, ont négocié leur appartenance à un peuple, un peuple que Dieu aime beaucoup, de qui Dieu veut faire son peuple ».
Aujourd’hui, a mis en garde le pape, on pense qu'il faut « être comme tout le monde, être plus normaux, faire comme tout le monde, avec ce progressisme adolescent ».

L'esprit d'enfance

« Mais ce qui console, c’est que devant ce chemin de l’esprit du monde, du prince de ce monde, ce chemin d’infidélité, le Seigneur est toujours là, il ne peut se renier lui-même, il est le Fidèle ; Lui, il nous attend toujours, il nous aime tellement et il pardonne lorsque, nous repentant des pas, des petits pas que nous avons faits dans cet esprit de mondanité, nous allons à Lui, le Dieu fidèle envers son peuple qui n’est pas fidèle ».
« Avec l’esprit des enfants de l’Église, prions le Seigneur pour que, par sa bonté, par sa fidélité, il nous sauve de cet esprit mondain qui négocie tout ; qu’il nous protège et nous fasse avancer, comme il a fait avancer son peuple dans le désert, en le prenant par la main, comme un papa qui porte son enfant. En tenant la main du Seigneur, nous avancerons en sécurité ».