Voici un extrait de ce que j'ai publié dans le tout dernier numéro de Monde et Vie sur l'Exhortation Evangelii Gaudium, marquant la fin de l'année de la foi.
La grâce suppose la nature, disait Thomas d'Aquin. « La grâce suppose la culture » (115) lance
François. Pour le pape, il l’écrit aussi, « le peuple de Dieu s’incarne
dans tous les peuples de la terre ». Cette catégorie de
« peuple » est absolument décisive chez lui. Tout se passe comme si, pour lui, la grâce ne s’adresse
pas d’abord aux individus mais aux peuples. Etreinte baptismale, étreinte
éternelle, il faut faire en sorte « que notre peuple vive entre ces deux
étreintes » (142).
Et notre pape d’attaquer « un christianisme monoculturel et
monocorde » (117). Et de mettre en cause « la sacralisation vaniteuse
de la propre culture de l’Eglise ». Cette dernière formule me pose un problème. Je voudrais y réfléchir et chercher les raisons de la soudaine condamnation que semble jeter le pape.
C'est un fait bien connu : le cardinal Bergoglio croit à la
culture populaire argentine. En 2002, il a édité un long commentaire d’un poète
gnomique argentin José Hernandez, intitulé Le Gaucho. Il se veut proche de son
peuple, il aspire sans doute aussi à devenir le représentant des peuples contre la mondialisation libérale. Mais
pourquoi ne voit-il pas (comme l'avait si bien vu Mgr Lefebvre) la fécondité mondiale d’une culture catholique, qui a
été l’une des grandes institutrices des peuples à l’époque des Missions ?
Je hasarde une réponse : cette culture catholique reposait sur la beauté
rituelle d’une liturgie unique partout dans le monde. Cette liturgie étant aujourd'hui
réputée résiduelle, il est devenu difficile de parler d’une culture catholique
universelle depuis le Concile.
A tous ceux qui croient encore en une culture catholique,
capable de s’inculturer partout, mais qui est avant tout façonnée par la foi,
le pape adresse le reproche de néo-pélagianisme : « Dans certaines
formes de christianisme, on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la
doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de
l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne
les préoccupe. De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de
musée, ou devient la propriété d’un petit nombre » (95). Il se pourrait
bien que la mission historique des traditionalistes soit aujourd’hui, face au
refus institutionnel d’une culture catholique solide, de transmettre cette
culture malgré l’institution qui devrait la porter.
GT
