lundi 22 février 2016

Quatrième sacre d’évêque au Brésil [par RF]

[par RF] Mgr Williamson a écrit hier 20 février qu’il allait sacrer évêque Don Thomas d’Aquin, le prieur du monastère bénédictin ‘résistant’ de Nova Friburgo, au Brésil. La cérémonie aura lieu le 19 mars 2016, un an jour pour jour après qu’il ait sacré évêque le franco-argentin Jean-Michel Faure, dans ce même lieu. D’aucuns déplorent ce «second sacre», encore qu’il s’agisse du troisième, puisque le 28 juillet 1991 l’évêque britannique avait co-sacré Licinio Rangel, successeur de Mgr de Castro Mayer.

Mgr Rangel (que Jean-Paul II avait élevé en 1981 à la dignité de Prélat de Sa Sainteté en raison des services rendus au diocèse de Campos) s'était réconcilié en août 2001 avec Rome; un an après il avait sacré Fernando Rifan, avant de mourir en décembre 2002. Don Thomas d'Aquin sera donc le quatrième évêque de la succession épiscopale de Mgr Williamson.

Mais la vraie information, c’est que Mgr Williamson, pour annoncer le sacre à venir de Don Thomas d’Aquin, s’inquiète d’abord des récentes déclarations de ses confrères Msgr Tissier de Mallerais et de Galarreta. A sa manière, par ce sacre, Mgr Williamson indique prendre acte de la régularisation imminente de la FSSPX, et considérer que ses deux confrères n’y feront pas obstacle. Puisqu'ils se laissent réintégrer, il doit re-créer un épiscopat, qui reste extérieur à la 'nouvelle Rome' qu’il refuse.

mercredi 17 février 2016

L'homme par qui la réforme liturgique est arrivé

Yves Chiron vient de consacrer un livre à celui qui fut la cheville ouvrière de la réforme liturgique et en quelque sorte l’inventeur de la messe dite « de Paul VI », Mgr Annibale Bugnini. Une occasion de revenir sur ce qui a été une véritable révolution spirituelle au XXème siècle.
Cet article figure dans le dernier numéro du Magazine Monde et Vie.
A l’origine de tout, il y a un homme, un organisateur hors pair plus qu’un théologien, Mgr Bugnini. En 1949, alors qu’il est directeur de la revue Ephemerides liturgicae, il lance une grande enquête qu’il intitule « Pour une réforme liturgique générale ». Et il justifie son titre : « Ou la réforme liturgique sera générale ou elle finira par ne satisfaire personne parce qu’elle laissera les choses comme elles sont, avec leurs déficiences, leurs incongruités, et leurs difficultés ». Bugnini était un précurseur.

Le pape Pie XII avait lui-même lancé l’idée d’une réforme liturgique (il avait d’ailleurs caressé la possibilité d’organiser un Concile). Comme tout bon chef, il avait créé une Commission, qu’on appellera ensuite la Commissio piana : elle siègera sans grands enjeux, même après sa mort. Pourtant, le pape Pacelli avait fait œuvre de réformateur, en retraduisant entièrement le psautier de saint Jérôme, dont le latin n’était pas assez classique au goût des cicéroniens mitrés. Résultat ? La traduction Bea, partout imposé avec autorité, qui substituait un latin de fort en thème au latin poétique (parfois jusqu’à l’obscurité) utilisé par saint Jérôme au IVème siècle. Echec cinglant de cette première réforme ; personne ne voulut de ces nouvelles traductions. Mais cela ne découragea nullement les réformateurs en herbe, parmi lesquels Mgr Bugnini.

Il avait compris deux choses : dans ce temps - les années 60 du siècle vingtième -, le prurit du changement est très fort, ceux qui changent ont raison a priori. On peut toucher à tout, même au latin de saint Jérôme, on peut échouer, comme Pie XII a échoué avec la traduction Bea, mais il faut être avec le pape. Et surtout il faut savoir être prudent et ne prendre personne de front. « Remittatur quaestio post concilium » dit souvent le Rapporteur Bugnini : on verra après le Concile. Fin manœuvrier, notre homme montre son savoir-faire en organisant les réunions de préparation pour la première constitution conciliaire, qui porte justement sur la liturgie, Sacrosanctum concilium. C’est un texte qui ouvre beaucoup de portes et ne va au bout de rien, un texte prudent, qui, en cette qualité, a pu recueillir les signatures de la quasi-unanimité des Pères conciliaires. Alors qu’il est plutôt en marge du Concile lui-même, le Père Bugnini fait la rencontre qui va changer sa vie : le cardinal Montini, archevêque de Milan, prône un large recours aux langues vernaculaire. Bugnini a trouvé son homme. Quelques semaines plus tard, cet homme devient pape sous le nom de Paul VI, avec un mandat : continuer le Concile.

Mais comment réformer ? Fait unique dans l’histoire de l’Eglise, le pape Paul VI n’hésite pas à doubler l’administration officielle de l’Eglise. Il crée une structure qui s’appellera modestement Consilium, le Conseil, mais qui, directement issue du Concile, considèrera qu’elle a tous les pouvoirs. A sa tête le cardinal rouge, Lercaro, archevêque de Bologne. Le secrétariat est confié au Père Bugnini. C’est lui qui va créer de toutes pièces, en faisant appel à des évêques et à des experts du monde entier, une machine à pondre des textes, et cela dans tous les domaines, du martyrologe au Bréviaire, de la consécration des vierges aux exorcismes. Le sommet bien sûr : les nouvelles « prières eucharistiques » appelées à se substituer au Canon romain. Yves Chiron cite le théologien Louis Bouyer, racontant dans ses mémoires comment telle prière eucharistique fut écrite sur un coin de table dans une trattoria du Trastevere. Bugnini veillait au rythme de production de son Think-tank ! C’est à lui que l’on doit attribuer l’extraordinaire efficacité de la réforme romaine de la liturgie.

Comment expliquer sa disgrâce et qu’il ait été brutalement envoyé comme nonce à Téhéran (après qu’on lui ait proposé l’Uruguay) ? Yves Chiron examine soigneusement l’hypothèse souvent avancée : on aurait découvert que Bugnini était franc-maçon. Dans Il faut que Rome soit détruite, Marc Dem racontait avec verve Bugnini oubliant sa serviette, avec des documents compromettants prouvant son affiliation. Nous sommes au temps de la splendeur de la Loge P2. Tout est possible.  Yves Chiron ne trouve pas de preuve à charge. Il ne cite pas Marc Dem, qui lui-même ne citait pas ses sources… Il semble que la véritable raison de la disgrâce pontificale tient plutôt dans la manière dont Bugnini, sûr de son pouvoir sur le pape, avait tenté de faire passer en force de nouvelles prières eucharistiques. Il fallait bien arrêter d’une manière ou d’une autre la machine à produire en chambre. On peut dire que l’Eglise ne s’est pas relevé de cette réforme à marche forcée, qui, loin de remplir les églises comme on pensait naïvement qu’elle le ferait, les a implacablement vidées dans le grand bazar des années 70.
Un livre à méditer. Une biographie qui sera demain un lieu théologique sur les origines de la nouvelle messe.

Yves Chiron, Annibale Bugnini, éd. Desclée de Brouwer 222 pp. 18, 90 euros

samedi 13 février 2016

François et Cyrille : une rencontre très politique

Le pape de Rome et le Patriarche de Moscou se sont rencontrés pour  la première fois dans l'histoire. Cet événement a eu lieu en terrain neutre, ni à Moscou ni à Rome mais à Cuba, où le pape François et sa diplomatie avaient  déjà engrangé de magnifiques résultats, pour ce qui concerne les relations de la grande Ile avec les Etats unis d'Amérique. Cette fois le sujet était différent et Cyrille venait de Moscou dans un pays traditionnellement soviétophile, pour rencontrer François, qui en est à sa deuxième visite en ces lieux. Le document issu de cette rencontre est long. Il met l'accent non sur le rapprochement  proprement religieux et ses modalités (trop tôt), mais sur les positions communes en matière de défense de la civilisation.

Ce qui est surprenant ? François - est-ce parce qu'ils se sent issu du Nouveau monde ? - et Cyrille se sont entendus pour dire tout le mal qu'ils pensaient de l'Union européenne :
"Nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique".
La liberté religieuse mise en cause par les tenants du sécularisme (ainsi dans les Pays anglo-saxons appellent-ils la sacro-sainte laïcité), c'est une excellente formule, dont on espère qu'on la reverra souvent dans les textes du magistère authentique.

Depuis son passage devant le Conseil de l'Europe, François insiste sur la défense des peuples, de leur identité (il emploie le terme de temps à autre) et de leurs "racines chrétiennes", bref - le mot y est cette fois-ci : de leur civilisation. 

François insiste ici à nouveau avec le Patriarche Cyrille sur l'importance de l'identité des peuples de l'Union européenne : "Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne".

Jean-Paul II parlait déjà de l'âme de l'Europe. Mais la nouveauté du discours pontifical par rapport à Jean-Paul II est dans cette notion d'"intégration européenne". On l'avait déjà constaté (je l'avais montré dans Monde et Vie à l'époque) : le pape parle des peuples chrétiens de l'Union européenne, il défend les peuples - à la bonne heure - comme il a toujours défendu le peuple argentin, en bon péroniste qu'il est... Il défend aussi (cela va de pair) les "identités", en particulier "religieuses", on peut le constater dans le petit livre de ses sermons aux Argentins, publié chez Parole et silence sous le beau titre : La patrie est un don et la nation un devoir. Mais, cette fois, il a oublié les nations au profit de ce qu'il nomme "l'intégration" dans l'UE., c'est-à-dire l'abandon consenti de souveraineté qui est actuellement en cours au profit de la Superstructure bruxelloise.

Que sont les peuples sans les nations ? Une formule de Jean-Paul II dans son Discours à l'ONU en 1980 le dit très clairement : "Les nations sont les grandes institutrices des peuples". Un peuple sans institutrice est un sauvageon... Gare aux sauvageons par intégration forcée dans un magma sans souveraineté où - au nom du multiculturalisme - on parviendrait encore à reconnaître des peuples (avec éventuellement leurs droits propres) mais plus des nations. L'Union Européenne est en train de faire disparaître ce trésor millénaire de la politique chrétienne, né en France, poursuivi en Angleterre, que l'on appelle la nation. La nation est la seule structure politique qui, dans sa définition même, ne puisse pas prétendre être le tout (contrairement à l'Empire, dont on sait combien les papes ont souffert jusqu'à, inclusivement la prise de Rome en 1527).

L'Empire représente une mystique et l'empire de la mondialisation ne fera pas exception. A cette grande Idée, comme naguère au Moloch, certains sont prêts à tout sacrifier. La nation se veut un service politique du peuple (voir le sacre des rois de France). La politique nationale reste toujours dans l'ordre des moyens, à dimension humaine. 

François Mitterrand, jamais vraiment remis de son rêve collaborationniste et toujours fasciné par "l'Europe nouvelle", disait "Les nations c'est la guerre". On s'aperçoit au contraire aujourd'hui que les nations c'est la paix et que là où la nation est ébranlée (Irak, Syrie, Libye, Kosovo, Tunisie and so on), la guerre n'est jamais loin. 

Je vais trop loin peut-être dans la défense des nations. Il y a en France traditionnellement un Pouvoir militaire, comme disait mon vieil ami Pierre Ordioni. Mais la France est une nation paisible. La seule nation guerrière, mais cela demanderait un post pour le prouver, c'est la plus récente des grandes nations européennes, bien évidemment la nation allemande, qui, au XXème siècle, l'a montré, rentrant en guerre 20 ans - seulement vingt ans - après le Traité de Versailles et la Boucherie immonde qui l'a précédé. Vingt ans : juste le temps de refaire une génération... Là on est effectivement dans un nationalisme aussi absurde que... mystique.

Il me semble urgent pour l'Eglise de retrouver dans le magistère de saint Jean Paul II et dans son livre Mémoire et identité une pensée claire et paisible de la nation : en tant que ressortissant polonais, venant d'un peuple resté pendant des siècles sans nation, il savait de quoi il parlait.

lundi 8 février 2016

Vénérer une relique insigne: à 10 mn de la gare St Lazare

L'abbé Guy-Emmanuel Cariot a bien voulu répondre à quelques questions du Métablog.
Monsieur l’abbé, vous êtes recteur de la basilique d’Argenteuil, je crois que cette année est particulière pour vous…
Effectivement, après 9 ans passées à la paroisse de l'Isle Adam, l'évêque de Pontoise m'a nommé à la basilique d'Argenteuil comme curé et recteur de ce sanctuaire. Il m'a aussi demandé d'organiser une ostension exceptionnelle de la Sainte Tunique du Christ abritée ici depuis Charlemagne. Habituellement les ostensions ont lieu tous les 50 ans et il aurait fallu attendre 2034 pour pouvoir à nouveau vénérer la relique. Trois raisons ont poussé l'évêque à anticiper ce moment : les 50 ans du diocèse de Pontoise (créé en 1966), les 150 ans de la basilique qui abrite la Tunique et l'année de la Miséricorde décrétée par le Pape. Organiser une ostension de la sainte tunique est un travail immense mais nous verrons à partir du Vendredi Saint 25 mars et jusqu'au 10 avril, les fruits de nos efforts, j'en suis convaincu. Il y a certes des obstacles : le premier d'entre eux est le manque de notoriété de cette relique. Elle fait pourtant partie des 3 reliques textiles de la Passion avec le Linceul de Turin et le suaire d'Oviedo. C'est une relique du Christ vivant, relique de la via dolorosa mais aussi de la condamnation à mort de Notre Seigneur par Pilate, de sa comparution devant le Sanhédrin, de son arrestation au jardin des oliviers, de son agonie à Gethsemani et de l'Institution de l'Eucharistie lors de la dernière Cène. C'est dire que nous avons ici une vraie relique de la Passion.
Dans ce contexte particulier, qu’attendez-vous des prêtres et des fidèles?
Les fidèles seront invités, après avoir passé la porte sainte, à venir humblement vénérer ce magnifique témoignage sur la Passion qu'est cette tunique. En s'inclinant devant et en reprenant l'antique prière : "Par votre Sainte Tunique, Sauvez-moi ô Jésus", chacun fera l'expérience, je le crois, de la miséricorde du Seigneur. Bien entendu, ce pèlerinage aura d'autant plus de fruits si on s'y confesse. Tous les prêtres sont invités à venir se rendre disponible pour être les joyeux dispensateurs de la miséricorde divine. (Pour les prêtres s'inscrire sur : saintetunique.com). Les fidèles sont invités à venir en groupe et à s'enregistrer (saintetunique.com). Nous attendons près de 150 000 personnes à cet événement. Commençant par le chemin de croix du vendredi saint à 15h en plein air, l'ostension durera 17 jours. Chaque jour sera célébrée une messe (pendant laquelle s'arrêtera l'ostension) par un évêque ou un cardinal. Les samedis 2 et 9 avril il y aura à 20h une petite procession aux flambeaux suivie d'une nuit d'adoration du Saint Sacrement. Le dimanche 3 avril la messe de Saint Pie V sera célébrée à 18h.
A qui s’adresse, plus particulièrement, l’ostension ?
L'ostension s'adresse en particulier aux pécheurs! Quelle grâce d'avoir devant nous le vêtement même du Christ, celui qu'il portât au moment même où il sauvait le monde! Vous l'avez compris cette ostension s'adresse à tous, y compris à ceux qui ne partagent pas notre foi. Je prie le Seigneur pour qu'il réalise, comme à chaque ostension, des miracles de guérison et de conversion. n'hésitez pas à aller visiter le site internet qui essaye de répondre à toutes les questions que l'on peut se poser sur l'événement. Je rappelle qu'Argenteuil se trouve à 10 mn de la gare St Lazare.

mercredi 27 janvier 2016

Carême 2016 au Centre Saint-Paul : la Miséricorde est le coeur de Dieu

La miséricorde, cette botte secrète spirituelle

En cette année de la Miséricorde, nous ne pouvions pas faire moins que de prêcher ce Carême en prenant pour thème la Miséricorde? Non pas pour tenter encore une fois d'inventer une religion au rabais, mais parce que le coeur de Dieu est invisiblement le coeur du monde, battant dans toutes ses beautés et qu'il nous faut entendre ce rythme du coeur de Dieu si seulement, de notre côté, nous prenons la vie à coeur. Il est impossible à une créature d'échapper à la miséricorde de Dieu.

Nous voulons concrètement en faire la loi de notre existence, en remarquant que le pape François, dans le discours par lequel il a ouvert l'année sainte, a insisté avec saint Augustin sur le fait que la miséricorde n'est rien d'autre que la grâce de Dieu, le principe de tout dynamisme, l'éclosion de la liberté au coeur de notre coeur, à l'intime de nous-mêmes.La miséricorde dépasse tous les calculs, elle est le Pari fou sur l'amour qui seul permet à un homme de vivre en homme - une botte secrète dans tous les combats de la vie quotidienne, qui, à ce jour, est restée imparable.

Dimanche 14 février 18 H
Les entrailles de la miséricorde divine et le fond de notre nature - un fond bien caché

Dimanche 21 février 18 H
La loi ersatz humain de la miséricorde et non la miséricorde exception à la loi

Dimanche 28 février 18 H
La Miséricorde, seule réponse de Dieu au péché de l'homme

Dimanche 6 mars 18 H
La miséricorde, loi suprême de l'Eglise et principe d'interprétation des textes contestés

Dimanche 13 mars 18 H
La miséricorde évangélique est le contraire du laxisme. Quelques textes

Dimanche 20 mars 18 H
La miséricorde est la justice de Dieu: "J'avais faim et vous m'avez donné à manger..."

mercredi 20 janvier 2016

Réponses à JR sur des questions délicates

Voici 14 questions, reçues tout à l'heure en MP. Elles correspondent bien à la légende noire qui entoure encore aujourd'hui le catholicisme et empêche tant de gens de se convertir. 
1- un prêtre a refusé de convertir ma femme à Jésus alors qu'elle le demandait, en lui expliquant que l'islam est une très belle religion, et ils l'ont fait avec des milliers d'autres, peut-être des millions depuis des années et des années.
R : Ceci est une faute grave d’un prêtre qui aura à répondre de sa désinvolture et de sa préférence pour les pastorales d’ensemble, qui lui fait oublier les personnes et leur soif de vérité.
2- Radio Notre-Dame a censuré Anne-Marie Delcambre au sujet de la Mosquée Notre-Dame et ont rejeté cette vieille femme qui s'était présentée à l'émission de laquelle elle avait été brutalement et cyniquement désinvitée la veille au soir
R : Radio Notre Dame, très liée au diocèse de Paris, a une ligne éditoriale où les enjeux politiques ne peuvent pas être absents. Elle a donc le droit de désinviter, sans aucun cynisme, un invité qui ne se tiendrait pas à cette ligne. C’est la vieille histoire de la primauté du bien commun sur le bien personnel.
3- les représentants catholiques demandent que la France soit effacée de l'histoire par l'immigration musulmane de masse et sont donc responsables de toutes les horreurs que le continent européen va connaître, et commence déjà à connaître.
R : Les représentants catholiques n’ont en aucun cas ce message, bien trop fort pour eux. Mais ils sont à l’image des peuples : fatigués d’être ce qu’ils sont. C’est cette fatigue, pas particulièrement caractéristique des clercs et qui concerne toutes les élites européennes, qui leur a fait prendre à la légère l’immigration massive des musulmans en Europe. Cela étant, ne confondons pas la personne de l’Eglise et son personnel comme dit Jacques Maritain. Ce n’est pas parce que certains membres de l’élite cléricale rendent le message inaudible ou poursuivent une politique dangereuse que le message n’existe pas et que l’Eglise, assemblée des croyants, n’a pas un rôle décisif à jouer dans notre sanctification.
4- les catholiques vouent un culte à Marie, qui n'est qu'une femme comme l'appelait Jésus lui-même, et non la mère de Dieu (Dieu n'a pas de mère, sinon il n'est pas Dieu), on en fait des statues qu'on vénère, ce qui est de l’idolâtrie, contraire au 2ème commandement. Lourdes est habité par les marchands du temple, comme j'ai pu le constater moi-même en m'y rendant avec ma femme.
R : Marie est la mère de Dieu car elle est la mère d’un fils qui est Dieu Sa maternité divine, définie par le concile d’Ephèse en 431, proclame avant tout la gloire de son Fils, qui sera défini vingt ans plus tard « vrai homme et vrai Dieu » [verus homo vero unitur Deo] par le concile de Chalcédoine. Les statues sont interdites dans le livre de l’Exode, avant l’incarnation du Verbe de Dieu. Elles manifestent la beauté de cette incarnation et c’est en cela qu’elles sont permises. Marie, placée dans le plan de Dieu « aux confins de la divinité, est la participation féminine à l’aventure de l’Incarnation. Cette participation est vraiment nécessaire. Elle fait dire à saint Irénée, lisant le chapitre 12 de l’Apocalypse, que Marie est la nouvelle Eve (alors que saint Paul appelle Jésus de Nazareth le nouvel Adam I Co, 15, 45). Dieu crée l’homme, homme et femme. Il recrée le genre humain en Marie, qui en tant que nouvelle créature est immaculée dans sa conception et en Jésus homme Dieu, immaculé, lui aussi dans sa conception. Cette manière de flirter avec le divin, lorsque l’on parle de Marie, annonce notre propre divinisation, c’est-à-dire notre salut.
5- les catholiques ont éloigné les chrétiens des écritures, et ont créé une théologie humaine (le catéchisme notamment) donc corrompue par le péché et l'argent.
R : Les catholiques ont un tel respect des Ecritures qu’ils considèrent que l’on ne peut s’en approcher qu’en étant capable de contextualiser les textes, grâce à une connaissance de l’histoire et des rapports entre Ancien et Nouveau testament, en tenant compte des genres littéraires et des langues sacrées. C’est à la Renaissance, la perspective d’Erasme et de Cajétan, contre Luther, qui enseignait que tout père de famille peut lire la Bible. Quant aux théologies humaines, elles commencent dans les Actes des apôtres, à travers les nombreux discours de Pierre puis de Paul, qui sont autant de catéchismes. La corruption est dans tout ce qui est humain, mais pourquoi dans un catéchisme ? Qu’est-ce que l’auteur du KT aurait à y gagner ?
6- les catholiques ont massacré les protestants et les juifs à travers les siècles...
R : Il y a une rivalité entre les croyants où les catholiques ne sont pas les seuls persécuteurs. Dois-je rappeler qu’aux origines du christianisme, c’était les juifs les persécuteurs déclarés ? Cette rivalité est malheureuse, quels que soient ceux qui l’ont entretenue. Il y a dans l’Evangile toutes les raisons textuelles d’entreprendre un dialogue avec le frère qui ne pense pas comme nous (parabole du Bon grain et de l’ivraie dans laquelle il faut  attendre la fin du monde pour séparer les méchants des bons, insistance sur la tolérance de Dieu  qui fait briller son soleil sur les méchants comme sur les bons). Les chrétiens sont intolérants malgré l’Evangile. Les musulmans sont violents avec la bénédiction du Coran (Sourate 9 etc.)
7- les catholiques ont installé un climat de terrorisme intellectuel, et parfois de morts atroces, avec l'Inquisition
R : L’inquisition est une page sombre de l’histoire de l’Eglise, même si, au XIIIème siècle, les tribunaux ecclésiastiques ont été tenus pour empêcher les fidèles de se faire justice eux-mêmes. En Espagne, l'inquisition est entreprise par le Pouvoir politique, qui instrumentalise des prêtres, dont le fameux Jean de la Tour brûlée (Torquemada).
8- les catholiques ont empêché le capitalisme de se développer, alors que le protestantisme a permis au capitalisme de se développer, or seul le capitalisme sort les pauvres de la pauvreté
R : Les premières formes du capitalisme remontent au XIVème siècle dans les villes hanséatiques et les villes italiennes comme Sienne Florence et Venise. Les premiers théoriciens du prêt à intérêts sont les dominicains, Cajétan en Italie et l’Ecole de Salamanque en Espagne. Ils sont bien plus souples sur le prêt à intérêt que ne l’était Calvin lui-même, cinquante ans plus tard.
9- les catholiques ont interdit aux masses de lire la Bible pendant près de 1000 ans, tout en constituant un ordre ultra-dominateur et privilégié en France, le clergé, qui écrasait le peuple de taxes, comme les fonctionnaires aujourd'hui.
R : Le clergé n’a jamais levé de taxes (sauf quand l’évêque, comme en Allemagne ou à Rome, était parfois le seigneur féodal auquel appartenait tel duché ou comté). Hélas le pape se finançait par un impôt en Allemagne et en Angleterre. Ailleurs, simplement les moines ou les évêques possédaient des terres qu’ils mettaient en gérance, de façon c’est vrai parfois cupide. Mais les moines ont eu un rôle positif dans l’histoire de l’agriculture mondiale et dans l’histoire des paysages européens qui n’est pas à démontrer.
10- les catholiques ont trop souvent violé des enfants en étant couvert par leur hiérarchie (et si ça se sait maintenant, c'est que ça s'est passé depuis les débuts de l'Eglise sans nécessairement que ça se sache).
R : La pédophilie est un crime, mais il est très répandu, avant tout d’ailleurs à l’intérieur même des familles, puis dans les établissements d’enseignement. Il y a eu des pédophiles dans l’Eglise : « Malheur dit Jésus à celui qui scandalise un seul de ces petits. Il eût mieux valu qu’on le noie dans un lac une meule de moulin autour du cou ». Les ecclésiastiques pédophiles sont plus criminels que les autres dans le sens où, comme dit Chesterton, « les chrétiens sont moins bons parce qu’ils devraient être meilleurs ».
11- les catholiques ont donné leur accord pour l'esclavage (bulle du pape Nicolas II en 1454), avant de contribuer à son abolition bien tardive
R : Je ne pense pas que le pape Nicolas II ait  rétabli l’esclavage. D’abord il s’agit de Nicolas V en ce temps là. Il a dû approuver le servage, ce qui n’est pas la même chose, même si l’on emploie le même mot latin « servus » pour serf ou pour esclave. L’esclavage a toujours existé en pays d’islam où il ne concerne que des non-musulmans. En pays chrétien, l’esclavage transatlantique a été établi au XVIème siècle dans une logique capitaliste de quête du profit qui est typiquement moderne et matérialiste. Il n’est pas anodin de savoir que Voltaire avait des intérêts dans le trafic du « bois d’ébène ». Il croyait à la supériorité de la race blanche sur les Indiens et les noirs, ce que l’Eglise n’a jamais admis, en particulier grâce à l’Espagnol Las Casas. Pétris de thomisme, ces dominicains reconnaissaient la nature humaine en tout individu humain, contrairement à certains matérialistes des siècles suivants.
12- les catholiques ont éloigné les chrétiens de Jésus, alors que Lui seul est le chemin de la vérité, du salut et de la vie éternelle, ce que ne sont ni Marie, ni le Pape ni l'Eglise qui éloignent de la vérité, du salut et de la vie éternelle.
R : Affirmation péremptoire et non factuelle. Marie ? Son rôle est d’attirer à Jésus. En elle tient toute la féminité de Dieu. L’Eglise ? Elle est la gardienne des sacrements institués par le Christ, elle est aussi « le temple des définitions du devoir » selon la belle formule de Maurras et il faut une telle référence. Il suffit de constater l’état de délabrement du protestantisme ordinaire, devenu socinien voire athée sans aucun rapport avec l’ultra augustinisme des fondateurs, pour constater combien une autorité spirituelle humaine est importante pour nous aider à « garder le dépôt » comme dit Paul à Timothée.
13- les catholiques ont donné tous pouvoirs à un homme qu'ils appellent "pape", ce qui signifie "père", or il n'y a qu'un Père, et il est aux cieux, donc ils cherchent à remplacer Dieu, ce qui est me semble-t-il le propre du démon. Ils appellent d'ailleurs leurs curés, leurs évêques, leurs papes, leurs cardinaux etc. "mon père", c'est le même blasphème.
R : Saint Paul est plus modéré que vous. Il dit aux Ephésiens que Dieu est celui de qui « toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom ». et il avoue aux Corinthiens : « Je vous ai enfanté dans le Seigneur ».
14- les catholiques ont inventé le purgatoire qui ne figure nulle part dans la Bible (sauf dans l'apocryphe des Maccabées, qui n'est donc pas biblique), le catéchisme, et tant d'autres choses non bibliques.
R : Le Livre des Macchabées affirmant la nécessité de la prière pour les morts ne sont pas des apocryphes. C’est eux aussi qui enseignent que « l’univers a été fait à partir de rien ». Ils donnent un merveilleux témoignage de la foi des Juifs résistants à l’Oppresseur grec. Saint Paul, de son côté, fait allusion à ceux qui seront sauvés, « comme passant à travers le feu » (I Co 3, 15). Il retrouve là une formule vétéro-testamentaire sur Dieu qui nous purifie « comme l’argent » (Ps. 66). Admettons pourtant qu’il n’y ait pas de Purgatoire.. Eh bien ! parce qu’il n’y a que des saints au Ciel, il faudrait admettre que le nombre des élus est extrêmement restreint, sauf à déresponsabiliser l’homme en affirmant que Dieu sauve qui il veut quand il veut… Ce qui aboutit à dire comme Calvin, que Dieu est l’auteur du mal ou le prédestinateur au bien et au mal.