jeudi 8 septembre 2011

Réponses sur le sédévacantisme et quelques autres sujets

Il en est que la polémique gonflent. Tel est votre serviteur et tel aussi l'anonyme de 19 H 45, qui se vante d'avoir des fiches à jour et croient que cela suffira pour me faire taire. Oh ! A ce propos, tant que vous n'en avez pas tout à fait la nausée, je ne saurais résister à vous citer encore Pascal dans sa cinquième lettre à Mademoiselle de Roannez : "Le Christ a donné dans l'Evangile cette marque, pour reconnaître ceux qui ont la foi, qui est qu'ils parleront un langage nouveau, et en effet le renouvellement des pensées et des désirs cause celui des discours". Méfions nous des christianismes stéréotypés ! La foi ne relève jamais de cette maladie du perroquet que l'on nomme psittacisme.

Pour en venir à mon zoïle, il me reproche pêle-mêle toutes sortes de choses, parfois incompossibles. Voyons un peu...

La liturgie au Centre Saint Paul se dégraderait parce que je dis tout haut (sur un mode intimatif et non récitatif) les paroles de la consécration. Désolé cher Monsieur, mais cette coutume remonte, pour moi, sans que je l'ai cherché, à mes toutes premières messes. Cela fait 22 ans que je célèbre ainsi et n'ai jamais forcé personne à le faire. Je crois simplement qu'à notre monde désacralisé le silence liturgique ne parle pas assez fort au moment absolu où Dieu se donne en un sublime baiser à la terre et à ceux qui sur la terre adorent sa présence. Parfois j'aimerais que la voix du prêtre en cet instant résonne dans le monde entier !

Les lectures en français ? Mais elles sont faites immédiatement pour instruire et non pour rendre un culte à Dieu, qui les connait par coeur puisque ce sont les siennes. Si elles sont faites pour instruire, autant qu'on les comprenne. Cela dit, l'Evangile chanté en latin est aussi un moment magnifique, durant lequel l'Eglise assume la Parole de Dieu et, la prononçant en latin, la fait sienne.

La messe dite pour des obsèques par un prêtre sédévacantiste. Là je vais être un peu technique. Autant je crois à la légitimité de la messe selon la forme rénovée, autant je ne crois pas à la légitimité d'une messe de saint Pie V célébrée par des prêtres qui refusent l'autorité du pape (qu'ils aient ou non éprouvé le besoin de se dire sédévacantistes, ceux qui ne le disent pas étant les pires). Mais il me semble que la thèse du pape materialiter, défendue naguère avec science par le Père Guérard des Lauriers (qui, hélas, lui dominicain, s'était laissé séduire par les casuistes au point de leur emprunter le curieux concept de certitude probable), lorsqu'elle est professée par un coeur droit et catholique, empêche ceux qui la professent de désobéir au pape, sans rompre la succession apostolique, puisque, pour les tenants de cette thèse, "matériellement" elle est assurée.

Bref, ceux qui se contentent de jouer avec les étiquettes, comme le souligne l'un d'entre vous, font le jeu du Diviseur, en grec diabollos. Ce ne sont pas nos étiquettes qui nous sauveront mais nos coeurs de chrétiens.

Mais j'oubliai : mon zoïle anonyme me reproche de céder au toulemondeilestgentisme... Et avec de tels arguments, ne suis-je pas en train de lui donner raison.

Je ne le crois pas. je suis frappé du besoin qu'éprouvent souvent les personnes qui sont engagées dans un combat à salir ou à diaboliser leurs adversaires. Comme si ils n'étaient pas assez sûrs d'eux-mêmes et de leurs raisons, et comme si il fallait que leurs adversaires soient méchants pour que leur combat soit juste. Je crois, moi, que cette agressivité a priori dénote un manque de confiance non pas en soi mais dans la valeur des convictions personnelles qui vous animent. Scio cui credidi s'écriait saint Paul. Je sais en qui j'ai cru. Pascal a fait de cette phrase sa devise après le miracle de la Sainte Épine, qui guérit sa nièce et filleule Marguerite Périer. Quant on sait, on n'a pas besoin de la haine, on ne cherche pas à exclure, on ne poursuit aucune entreprise de diabolisation de l'autre. Et quand on se laisse aller à cette tentation de la violence verbale et parfois physique, c'est justement... que l'on ne sait plus où on en est...

mercredi 7 septembre 2011

Les conférences du mardi, et celles du lundi

Il y a les conférences du Centre Saint Paul, le mardi soir, et l’abbé vous annonce la première de la saison, qui sera un débat sur les JMJ! Elles ont lieu le mardi soir, à 20H00, et une participation aux frais de 5 euros est demandée, tarif préférentiel pour le clergé, les étudiants, et les chômeurs – un pot de l’amitié les prolonge, sur place.
 
Il y a aussi les conférences au Centre Saint Paul : elles ne sont pas organisées par le Centre, mais au Centre. C’est le cas des conférences du lundi (20H00), animées par le groupe Enquête et Débat – que nous vous annoncerons lorsque le sujet est religieux, ne serait-ce que par connexion. Tel est le cas de deux conférences de septembre, dont je relaie bien volontiers la présentation qui en est faite :
"Le lundi 12 septembre, lendemain du 11 septembre, j’ai demandé à Philippe Simonnot, économiste, journaliste et écrivain, de venir parler du thème suivant : les fous du 11 septembre étaient-ils rationnels ? Philippe Simonnot est l’auteur de Delenda America (Ed Baudelaire), un conte moral inspiré par l’attentat du 11 septembre 2001 et sous-tendu par un vaste travail d’enquête sur les fondamentalismes juif, chrétien, sioniste et musulman. Le livre sera en vente sur place. Nous avions fait l’annonce de la sortie de ce livre. Pour plus d’informations, allez sur son site.

[...]

Le lundi suivant, 26 septembre 2011, Sami Aldeeb, Professeur des universités, Directeur du Centre de droit arabe et musulman, viendra de Suisse pour nous parler de “La liberté d’expression face au religieux dans le monde arabo-musulman”. Cette conférence est organisée pour la sortie du livre Entre la haine et l’espoir, des passages à la télévision iranienne et arabe pour la première fois traduit en français, et qui démontrent que le pire (antisémitisme, apologie de la pédophilie, sexisme, endoctrinement des enfants, etc.) côtoie parfois le meilleur (défense de la laïcité, de l’égalité homme-femme, demande d’un aggiornamento laïc de l’islam, etc.). Il dédicacera ses livres et Entre la haine et l’espoir sera en vente sur place."
Ces rencontres, dont l’entrée est libre, sont également suivies d’un temps d’échange avec les conférenciers. Notez donc sur vos tablettes qu’en plus des conférences du mardi (20H00), il y aura celles du lundi – même horaire.

Complotisme et diabolisation

(Comment ça, fausse, la photo?
pas plus que tellement de
"preuves", dans d'autres complots)
"La même méthode maçonniques de la conciliation des contraires du GREC (Groupe de Réflexion Entre Catholiques) au sein même du Centre Saint Paul. Le tout avec le ton bien mielleux des modernistes à sourires de chèvres tendance Emmanuel". Ainsi parle un anonyme, jugeant à l'avance notre débat de mardi prochain (cf. plus haut).

Cette personne ne se rend pas compte de l'honneur indu qu'elle fait aux Francs-maçons en parlant de la sorte. Pour elle, le seul faut de réunir à une même table, lors d'une même soirée, des catholiques qui ne partagent pas le même positionnement relève d'"une méthode maçonnique". Je passe sur les "sourires de chèvres", n'ayant personnellement jamais vu qu'une chèvre puisse sourire. Laissons les attaques personnelles et tentons d'aller à l'essentiel. Pourquoi organiser des débats contradictoires?

Ce genre de manifestation entend simplement exprimer, contre la dictature des labels et la simplification des étiquettes, que la foi véritable est d'abord une pratique, et en l'espèce une pratique de la fraternité. Ce faisant je suis conscient de répondre au mépris et à l'exclusion par un sourire et une invitation. Je crois que, des deux côtés de la table, c'est cela d'abord être chrétien. Puisque le dogme n'est pas en cause, puisque les différences entre Témoignage chrétien et le Centre saint Paul relèvent de pratiques politiques divergentes plutôt que d'une foi qui serait dissemblable, je crois que cette conscience fraternelle, qui n'empêche pas les différences de jugement, est possible et nécessaire. "Qu'il est bon et qu'il est agréable pour des frères d'habiter ensemble". Ce n'est pas une devise maçonnique, les maçons n'ont pas le monopole de la Fraternité, c'est un verset de psaume. Et d'ailleurs le psaume continue : "C'est comme un parfum dans la barbe, la barbe d'Aaron".

Le paradoxe, c'est que les querelles inexpiables entre cathos de gauche et cathos de droite viennent de leur trop grande ressemblance. Jean-Marie Mayeur a écrit là-dessus. Emile Poulat avait montré le chemin, en soulignant que les cathos de gauche sont à gauche parce qu'ils ont cru en la chrétienté et qu'ils ont pensé la réaliser à travers un idéal politique, qui les a entraîné loin de leurs bases, malheureusement. C'est la grande différence entre le "progressisme" et le "modernisme", n'en déplaise à notre anonyme : les progressistes croient à la révolution chrétienne, parce qu'ils en vivent. les modernistes historiques sont des bourgeois, qui éprouvent le besoin très bourgeois de "concilier les contraires", dans des élaborations peu rigoureuse, quitte, pour certains, à en perdre la foi [J'excepte de ce jugement le Père Laberthonnière : ni un bourgeois ni un centriste].

Pour en revenir au progressisme, tel qu'il a pris forme en Amérique Latine, les deux textes du cardinal Ratzinger sur la théologie de la Libération (l'un de critique cinglante, l'autre de compréhension en profondeur) n'étaient pas des textes contradictoires. Encore moins des textes de "conciliation des contraires". Le cardinal Ratzinger, en 1983 et en 1984, lorsqu'il a fait paraître ces deux lettres, savaient bien que l'orthodoxie romaine a toujours eu le culte de ce que Blaise Pascal appelait "la vérité contraire". Oui, la théologie de la Libération est condamnable, mais ce en quoi les théologiens de la libération n'ont pas tort, c'est qu'ils croient, contre tous les "modernistes" et autres défaitistes, que la liberté chrétienne continue à changer le monde et qu'elle en constitue la vérité ultime.

Ce n'est pas moi qui vais débattre mardi prochain, je n'ai pas suivi les JMJ. Mais je crois que le débat pourrait très bien se placer non pas sous l'angle de la "conciliation des contraires": quelle horreur cette synthèse. Quelle foutaise ! Non il ne s'agit pas de faire passer une motion moyenne, comme dans toutes les assemblées du monde. Il s'agit de sonder la profondeur et la beauté de notre foi dans les vérités contraires qu'elle nous donne à contempler. Toutes ces vérités contraires (ici par exemple : vérité politique du christianisme, vérité mystique du christianisme) procèdent, que mes contradicteurs potentiels fassent attention à cela, de la vérité primordiale du Christ homme et Dieu. le Christ est homme? C'est vrai. Le Christ n'est qu'un homme : c'est faux. Il importe, pour comprendre comment le Christ est homme, de faire droit à la vérité contraire : le Christ est Dieu... La richesse spirituel prodigieuse (vraiment divine) du christianisme vient de cette vérité primordiale de la divino-humanité, de la coalescence du fini humain et de l'Infini divin dans la personne divine du Christ.

Ce sont ceux qui transforment le christianisme en une idéologie (tellement... simplificatrice : humaine au fond) et la prédication chrétienne en une dénonciation complotiste, menant bien sûr à la diabolisation des "autres", qui risquent bien, utilisant de tels moyens et de tels argument, de se retrouver en dehors de cette fraternité dans le Christ ("frère universel") qui est l'Eglise une.

Mais demanderont ceux qui sont épris de rationalité jusqu'au rationalisme: pourquoi une vérité contraire ? Réponse : Pour protéger le mystère en ne permettant pas que la raison humaine puisse jamais, sur cette terre, s'identifier à l'enseignement divin, au point d'en faire l'expression de sa propre logique. Comme disait saint Augustin : "Si tu l'as compris, ce n'est pas Dieu".

lundi 5 septembre 2011

Vatican II et les JMJ

Oxbridge, qui n'aime pas mes analyses cinématographiques en général, trouve aussi que je fais tout un cinéma de Vatican II. Il préfèrerait que j'avoue que du Concile on ne parle plus, parce qu'avec les JMJ on est passé à autre chose.

Sur le fond il a sans doute raison : pourquoi s'encombrer d'un texte qui est à la fois kilométrique (ceux qui ont fait l'expérience de sa lecture confirmeront) et flou (mais cela va ensemble).

Sur la forme... A-t-on le droit de classer l'affaire en proférant de telles énormités formelles? Je n'en suis pas sûr. Et c'est pour cela (parce que je ne veux pas classer l'affaire trop vite) que je continue à en parler. Je ne prends Vatican II ni pour un totem ni pour un tabou. Ni pour une vache sacrée selon l'expression un peu familière d'Oxbridge. Mais je pense que l'histoire de l'Eglise recèle une cohérence... A trouver. Et que rien n'est pour rien, surtout pas un événement de cette ampleur.

Un anonyme intervenant au cours de deux longs posts explique qu'il (ou elle) aimerait justement garder non les textes (trop mal faits) mais un certain esprit d'ouverture caractéristiqaue du temps du Concile et qui lui paraît de bon augure. Ce n'est évidemment pas en ce sens que Benoît XVI parlait, lui, le 22 décembre 2005 d'un esprit du Concile à rejeter. Pour lui, l'esprit à rejeter est un esprit soixante huitard avant l'heure : l'imagination au pouvoir, l'expérience érigée en norme,interdit d'interdire etc. Mais alors quel serait l'esprit à garder ?

In illo tempore, Mgr Williamson (mais oui) nous interdisait d'être ce qu'il appelait des "cinquantistes"... Il n'est pas question en effet de faire comme si, sous prétexte de critique constructive du Concile, Vatican II n'avait jamais existé, et comme si on pouvait impunément revenir aux années 50. Vatican II, du point de vue de l'Eglise catholique, fait partie de notre présent et permet des choses qui n'auraient pas pu exister sans lui.

Quelle est l'utilité providentielle du Concile ?

J'ai déjà écrit que Vatican II fournit la carte et la boussole de tous les problèmes qui se posent aujourd'hui. La carte et la boussole, mais pas l'itinéraire (en cela je suis d'accord avec l'anonyme et j'ai constaté avec plaisir que l'abbé Laguérie comprenait ces expressions comme moi - voir son texte sur ce blog) : constitution de l'Eglise, rapport avec les autres confession chrétiennes sous le signe de l'oecuménisme (comme l'avait vu Joseph de Maistre), dialogue avec les religions non-chrétiennes, nouvelle évangélisation, rôle des laïcs, importance mystique de la liturgie et en particulier de l'eucharistie, "centre et sommet de la vie chrétienne", rôle des médias (qui connaît Inter mirifica, une déclaration que l'on n'étudie pas, qui nous explique que son devoir d'annoncer Jésus Christ confère à l'Eglise un droit absolu de se servir et de posséder des moyens médiatiques) et j'en passe. On peut regretter certaines carences : dans le foutoir de la rédaction de Dignitatis humanae, on trouve des idées faibles sur la liberté de conscience, qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Jean-Paul II et Benoît XVI ont tenté de réaxer la liberté sur la vérité.
Mais enfin, de manière générale, comme je l'expliquais déjà dans la conclusion de Vatican II et l'Evangile "Le concile Vatican II apparaît comme un immense champ à prospecter pour tous ceux qui veulent comprendre l'incroyable collapsus dont est victime l'Eglise catholique". Prospectons donc ces textes si peu ou si mal coonnus de ceux là même qui font profession de les défendre. Nous avons le choix entre deux attitudes : celle de ceux qui relativisent tous les textes du Concile en les jugeant à l'aulne de la Tradition. Et celle de ceux qui relativisent tous les textes de la Tradition en les jugeant à l'aulne de l'esprit du Concile. Benoît XVI nous a solennellement demandé de choisir la première attitude. Pour prospecter, nous relativisons...

Ca c'est valable pour le texte du Concile.

Maintenant il y a aussi l'événement conciliaire et la lecture de l'histoire qu'il commande. Il me semble que la nouvelle souveraineté mondiale du pape de Rome, l'émergence du pape-monde, Jean-Paul II et de son successeur et continuateur Benoît XVI, est quelque chose que nous devons à Vatican II. Jamais Pie XII n'aurait même pu rêver d'avoir l'aura des deux derniers papes. Du reste, ce même Pie XII s'adressait toujours aux catholiques, dans le droit fil de ce que j'appelle le confessionalisme et qui est typique du pontificat de Pie XI, son prédécesseur. Vatican II a fait exploser le confessionalisme (au nom duquel, par exemple en 1926 on a condamné l'Action Française, coupable d'être un mouvement politique laïc). Ca a fait beaucoup de casse. l'Eglise en Occident n'est pas encore sûre de pouvoir s'en remettre. Mais cela permet aussi une prédication plus large.

Exemple ? Les JMJ.
Sous Pie XI et Pie XII, on aurait organisé des JMJC, des Journées Mondiales de la Jeunesse Catholique. Avec crânerie, Jean Paul II dans une sorte d'intuition de l'universalité véritable (de la catholicité) de l'Eglise n'a jamais voulu de cet épithète limitative. La Jeunesse est tout entière appelée par Dieu ! La véritable universalité, la véritable catholicité de l'Eglise postulait qu'on n'employât pas cet épithète confessionnel. Le pape s'adresse à tous les hommes, parce qu'il est catholique c'est-à-dire universel, mais il ne le précise plus pour ne pas faire du mot "catholique" un étendard de l'exclusivisme communautariste, contraire à l'Evangile et donc à l'ADN de l'Eglise.

Pour conclure : Vatican II a détruit une conception trop étroite de l'universalité de l'Eglise, celle de Pie XI, pour qui l'Eglise était arc-boutée sur sa différence confessionnelle (politique catholique, partis catholique, jeunesse catholique, roman catholique, philosophie catholique etc.) et gouvernée par ses clercs. Jean-Paul II, souvent à l'instinct, par sa fonction de pape-monde, exauce un voeu que le Concile n'avait pas vraiment su comment mettre en oeuvre, en se donnant les moyens d'une nouvelle forme d'universalité ou de catholicité, pour mieux propager la révolution chrétienne de la charité. Au cours des JMJ (cinq millions de personnes à Manille) il fait de l'Eglise selon une formule que Vatican II emprunte à Isaïe, "un signe dressé à la face des nations". Et Benoît XVI donne à cette Institution jiémjique le sérieux germanique dont elle avait besoin.

Le paradoxe de cette nouvelle catholicité,de cette nouvelle universalité du christianisme, c'est qu'elle est pontificale ou papale d'abord... D'autant plus ouverte que son centre doctrinal et moral est mieux défini comme étant Rome. D'autant plus large qu'elle est réalisée par une personne, parlant immédiatement au coeur de millions d'autres personnes... Comme au temps du Christ.

samedi 3 septembre 2011

Pas de fenêtres sans murs - ni de murs sans fondations

Campagne 2008 de l'Eglise catholique:
des signes, des pistes, un tâtonnement.
L'éclairage sera-t-il suffisant?
Jean-Marie Guénois n’y va pas avec le dos de la cuillère! on l’a connu plus diplomate du temps où il dirigeait l’information religieuse à La Croix. Il est depuis passé au Figaro, son ton s’est libéré et voici le titre du dernier billet, sur le blog qu’il y tient : «L'Eglise de France veut-elle encore transmettre sa foi?». Jean-Marie s’avoue (ou se revendique?) «très perplexe» face à la réforme de la catéchèse que les évêques de France lancent à la rentrée. C’est que l’accent serait mis sur la sensation plus que sur l’intelligence. «Pas certain», nous dit Jean-Marie Guénois, que l’Eglise veuille transmettre sa foi «au sens intellectuel». Les outils pédagogiques présentés évoquent les «communautés» sans vraiment nommer l’«Eglise catholique», ils s’adressent à des «chercheurs de Dieu»: sans leur apporter de réponse?

Si je vous en parle, c’est que les critiques de Jean-Marie Guénois font écho à ma propre expérience, assez lamentable, d’ex-gamin des années 70. Ce que Guénois dénonce aujourd’hui, je l’ai vécu par miettes il y a trois décennies au moins.
Première miette. C’est l’année de ma première communion, pour l’occasion mes parents m’ont inscrit au catéchisme. Nous sommes assis sagement, une dame dit «Jésus est ton ami», elle distribue une feuille, chacun doit se dessiner avec ses copains – fin de la séance. Nous étions petits mignons et bien élévés, tout de même, d'une semaine l'autre, on trouvait ça neuneu. (J’apprendrai bien plus tard que ‘Jésus’, c’est le ‘Christ’ que mes parents m’indiquent dans les églises: ils m’y emmènent à l’occasion, mais le guide bleu à la main.) – Et puis: une autre dame est venue pour nous préparer à la confession (késako?), et nous remet un formulaire à remplir, j'avais coché 'NON' à adultère, ma mère tombe dessus, elle m’interroge interloquée - bien sûr que je ‘sais’ de quoi il s’agit: adulte, adultère! Mes parents n’ont pas ri à ce mot d’enfant, fini le caté.

Miette encore: arrive le jour de ma première communion – nous sommes debout en rang d’ognon. A l’autel, le prêtre s’est armé d’un couteau à pain, les enfants défilent et à chacun il remet une tranche de la baguette qu’il a consacrée. Ça va être mon tour, mais..?! c’est ma bonne grand-mère qui a remonté la file, elle m’attrape et m’extrait de l’Eglise («Viens, on s’en va»).

Miette, enfin: mon grand frère fréquente l’aumônerie du lycée (plus exactement: il fréquente une fille qui fréquente l'aumônerie). L’aumônier prône dialogue et connaissance des autres – il emmène son monde visiter la synagogue. Ma mère s’étonne: et pourquoi pas l’église? Le prêtre lui répond que c’est en premier lieu aux parents d’y accompagner leurs enfants. (Le frangin, que je salue au passage, a depuis viré lambertiste, canal historique – la Gay Pride est par exemple pour lui une «tentative bourgeoise de corruption des mœurs ouvrières»).

Épilogue : je suis tombé un peu par hasard, des années après, sur un prêtre, qui aurait aussi bien pu me parler d’abord du combat de Monseigneur ou de la crise de l’Eglise? mais qui m’a plutôt expliqué que ‘Dieu’ n’est pas une sensation, que la foi a un contenu, qui m’a appris le Notre Père – ah! le brave, l'excellent homme de Dieu! j’avais 30 ans passés, il était temps.
Bref, j’ai déjà été victime, et ma génération avec moi, de ce que Jean-Marie Guénois exprime ainsi : l'Eglise serait en France «incapable d'exprimer l'essentiel ce qu'elle croit dans une langage simple, accessible à des enfants». Et pourtant: «vingt pages suffiraient» dit-il, quelle qu’en soit la forme, pourvu qu’elles exposent la vérité catholique. Au lieu de quoi, lisons-nous dans Le Figaro, «la catéchèse n'est plus d'abord conçue comme un enseignement avec des contenus à transmettre, mais comme une ‘initiation à l'expérience chrétienne’».

Cette nouvelle catéchèse «préparée depuis cinq ans», ressemble décidément à un remoulinage de celle de mon enfance, avec sans doute un double malentendu:
  • D’une part des prêtres ayant reçu les fondements de la foi sur les genoux de leur mère, pensant devoir amener les jeunes catholiques à ‘interroger’ leur foi (témoigner de leur foi, grandir dans leur foi, partager leur foi: etc).
  • D’autre part des parents dont la religion est un souvenir d’enfance, comptant sur quelques dizaines d'heures de catéchèse extérieure pour transmettre à leurs enfants une foi qui n’a aucun sens à la maison.
Autrement dit: les uns voulant ouvrir des fenêtres sans prendre en compte qu’il n’y a seulement plus de murs – les autres voulant qu'on leur construise des murs (solides de préférence) mais refusant d'en poser les fondations.

vendredi 2 septembre 2011

Vatican II, Oxbridge et moi

Oxbridge m'a récemment repris sur le fait que j'ai osé dire (voir : Le choc des JMJ) que durant les Journées Mondiales de la jeunesse, on découvrait un autre aspect du concile Vatican II, devenu sans crier gare un concile de contre-réforme catholique. Oui, je sais, j'ai poussé le bouchon un peu loin.

Voici la remarque que me fait Oxbridge :
"L'abbé de Tanoüarn ou l'art de tout mélanger... pour le meilleur ou pour le pire. Qu'est-ce que Vatican II vient faire dans l'évocation de la veillée d'adoration des JMJ ? Vatican II, que je le sache, est un concile qui s'est tenu de 1962 à 1965 ; on peut le réinterpréter si on veut, mais pas faire comme si c'était une amtière encore vivante en perpétuelle évolution, un palimpseste sur lequel on peut écrire à nouveau à l'infini. Certes, il a produit ses effets, le plus souvent délétères, bien après sa conclusion, mais doit-on pour autant résumer à "Vatican II" tout ce qui se passe dans l'Eglise depuis ? En agissant ainsi, monsieur l'abbé, ne faites-vous pas une erreur parallèle à celle des modernistes qui ont voulu faire du Concile une vache sacrée intouchable, à quoi se résumait toute l'histoire de l'Eglise, alpha et omega de la foi, plus que le Christ lui-même ? Benoît XVI peut bien essayer de corriger les conséquences désastreuses de "l'esprit du Concile", ça ne change rien à la réalité objective de ce que fut ce Concile. Surtout, on voit mal, en l'occurrence, en quoi cette veillée d'adoration prendrait ses racines, en quoi que ce soit, en Vatican II ; si elle a à voir avec le Concile, ce ne peut que contre son fameux esprit. En l'occurrence, il me semble qu'en revalorisant de telles cérémonies, Benoît XVI met plutôt le Concile entre parenthèses qu'il ne lui est fidèle. Il me semble que vous seriez bien inspiré, à son exemple, de mettre en veilleuse votre obsession du Concile...".
Il y a les questions sur Vatican II, directes.

Première vague : Vatican II est-il une matière en perpétuelle évolution ?

Deuxième vague : Vatican II est-il un palimpseste, c'est-à-dire un papyrus utilisé une première fois et réutilisé après "gommage" ?

Troisième vague : Vatican II est-il une vache sacrée ? Je dirais : un totem qui inspirerait tout ce qui se passe actuellement dans l'Eglise ou plus exactement encore qui devrait inspirer toutes choses. Pour l'image du totem, par laquelle je ne pense pas trahir la pensée d'Oxbridge, voyez le chat de Baudelaire : "Il règne, il préside, il inspire toutes choses en son empire". Il y a chez les poètes parfois des résurgences de la pensée primitive... Et chez les curés ? Vatican II est partout, comme le totem d'une nouvelle Eglise, le cardinal Ratzinger disait : un super-dogme, et vous, Oxbridge, vous critiquez ceux qui en font "l'alpha et l'oméga de la foi".

Il y a le rôle de Benoît XVI : peut-il faire autre chose que de corriger l'esprit du Concile ?

Il y a les JMJ : en quoi ont-elles à voir avec le Concile ? Elles constituent une mise entre parenthèses du Concile.

Et puis ma pomme : la fermer ? - Oui je la ferme comme dirait Coluche. Tu prends un verre ?

J'ai répondu pour l'instant uniquement à cette dernière instance. Mais le reste...

Vatican II, question épineuse. C'est un grand événement dans l'histoire de l'Eglise 2000 évêques qui se réunissent trois mois par ans à Rome pendant quatre ans. Quand j'ai écrit Vatican II et l'Evangile (2003), je pensais qu'il suffirait peut-être d'"oublier Vatican II". C'était le titre de mon introduction. Exemple de cette attitude : les JMJ marchent du feu de Dieu, c'est bien : Vatican II est très loin de tout ça.

Reprenons. Que faire de Vatican II, concile inoubliable ? Grosse question.

On peut penser, comme je l'écrivais à l'époque que c'est un Concile caractéristique de la mauvaise conscience qui fleurit durant les 30 Glorieuses. Ce texte assez flou qu'est Gaudium et spes par exemple apparaît comme dépassé parce qu'il correspond à un univers sans crise, sans échéance, sans histoire. La post-histoire qu'aimait tant Philippe Muray, je crois vraiment que nous en sommes sortis, il y a bientôt dix ans, un certain 11 septembre.
Tout cela se défend, mais cette analyse (qui fut la mienne) ne suffit pas, étant donné la solennité de l'événement.

Le cardinal Ratzinger, suite d'ailleurs à un certain Marcel Lefebvre, qui citait lui-même... Jean-Paul II, parle de l'herméneutique de Vatican II : il faut lire le Concile à la lumière de la Tradition. Ou l'on voit toute la différence qui est faite entre Vatican II et... Trente par exemple. Trente et Vatican I SONT la Tradition. Vatican II lui en dépend. Il est tellement long et tellement flou qu'il faut un critère d'interprétation supérieur à sa lettre. L'idée est révolutionnaire puisqu'elle ôte toute autorité propre à Vatican II et ne lui accorde qu'une autorité conjointe.
Et en même temps l'idée ne peut pas être mise en cause par les théologiens les plus "avancés" (Christoph Theobald ou Joseph Moingt) puisque pour eux tout document magistériel, même le concile de Nicée, et tout document scripturaire, même l'Evangile doivent être interprétés. Le thème de l'herméneutique de Vatican II est d'abord une grande habileté stratégique chez Benoît XVI (puisqu'il utilise le langage et les concepts de la théologie "avancée") et ensuite une extraordinaire manière de relativiser tout ce que l'on présentait jusque là comme superdogme.
Dans cette perspective, dans laquelle Vatican II n'est pas normatif mais normé, il me semble parfaitement vrai de dire que le texte du Concile est une matière à laquelle la tradition donne forme, ce qui peut donner l'impression du palimpseste. On s'est, un moment, trompé dans l'interprétation. Gommons et interprétons autrement : c'est le sens de ce coup de gong dans un ciel dit serein qu'est le discours de Benoît XVI le 22 décembre, devant la Curie.
Il me semble que cette perspective est parfaitement cohérente et qu'elle se trouve littéralement dans le discours de Benoît XVI avant et après son élection.

Ai-je tendance à faire de Vatican II une vache sacrée (un totem) inévitable ? il me semble, comme je l'ai dit plus haut, que l'événement Vatican II est inévitable aujourd'hui. On ne peut pas l'oublier. Celui qui évite d'en parler se met en position d'avoir tort. la question n'est pas de savoir s'il faut en parler ou non, mais : comment en parler. Benoît XVI a donné une réponse très explicite, comme nous venons de le voir.

Il est vrai (l'image de la matière qui se cherche une forme le laisse entendre) que l'on peut corriger Vatican II, puisque c'est un Concile normé par la tradition et non pas normatif de la Tradition (comme Trente et Vatican I). Le cardinal Ratzinger ne s'en est pas privé depuis - au moins - 1991 avec le document de sa Congrégation sur le concept de l'Eglise communion, réinterprétant Lumen gentium 23. Il y a d'autres exemples : Dominus Jesus (2000) sur Lumen gentium 7 : L'Eglise catholique subsiste dans l'Eglise du Christ.
Je parle ici de la lettre du Concile. Quant à l'esprit, d'après Benoît XVI ce qu'on a appelé l'esprit du Concile il faut le rejeter et non le corriger. Il le dit explicitement le 22 décembre 2005.

Quant aux JMJ... j'y arrive, next time.