vendredi 2 décembre 2011

Programme du Premier Colloque Jeanne d'Arc

Demain, samedi 3 décembre, nous invitons tous les Parisiens à un Premier Colloque Jeanne d'Arc : Jeanne d'Arc, légendes et réalité. C'est au Centre Bernanos, 4 rue du Havre 75 008 Paris. Métro Saint Lazare ou Auber ou Havre Caumartin. Je précise qu'il y aura deux salles, l'auditorium pour les gens sérieux, qui forment la majorité d'entre nous et une salle avec stands et buvette d'où vous pourrez suivre le programme en duplex.
15H50 : Ouverture des portes
16H00 : Présentation du colloque par Eric Letty, président de l’association Avec Jeanne. Rédacteur en chef du journal MONDE & VIE.
16h10 : Alain Bournazel, Jeanne d’Arc, chef de guerre : les origines de la légende
16h30 : Abbé Henri-Christian Chanut, Jeanne d’Arc à travers les âges de François Villon à Georges Brassens!
17H00 : Olivier Bouzy, Survivistes et batardisants, les artisans d’une légende tronquée
17H30 / 45 : pause, stands, buvette.
17h45 : Olivier Hanne, Jeanne d’Arc et l’opinion publique de son temps
18H15 Abbé G. de Tanoüarn, Une sainte pour temps de crise, coups de sonde dans la vie spirituelle de Jeanne d’Arc18 H 45 : Abbé RS Fournié, Pour ne pas conclure

"Venez et discutons."

Un chrétien le sait bien : il est impossible de vivre selon la vertu sans s'être attentivement observé soi-même, sans être entré au plus profond de son propre coeur pour apprendre non seulement à faire le bien, mais comme le dit saint Augustin en une sublime redondance, à "bien faire le bien". A le faire avec coeur. Avec amour.

Et, pour cela, parce que le péché, comme je vous l'ai expliqué la dernière fois (voir Ma tête est malade), est toujours déjà en nous, il faut apprendre à s'en repentir, il faut prendre conscience du fait que nos actions sont souvent polluées parce que la source elle-même (malgré notre velléité du bien) est une source impure. L'extraordinaire narcissisme, qui vient de notre condition animale, nous colle à la peau. Reconnaître que nous sommes pécheurs : c'est tout un programme ! Mais il n'y a pas de bonté morale sans cela.

Et surtout, ajoute Isaïe, il n'y a pas de prière véritable qui ne passe par la contrition : "Lorsque vous étendez vos paumes [c'est la position dite de l'Orante semble-t-il] je me voile les yeux, dit Dieu. Même quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas ! Vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous ! Enlevez la malice de vos actions de devant mes yeux. Cessez de faire le mal" (1, 15-16. Le texte d'origine est plus long).

Le Dieu d'Isaïe nous promet inconditionnellement son pardon, si nous savons au moins le demander, si nous savons avoir une discussion franche avec Lui : "Venez donc et discutons ! dit Yahvé". Sommes-nous capables de prendre Dieu à témoin ? De discutez avec lui ? De lui dire notre misère ? De lui demander son aide ? De reconnaître devant Lui que sans Lui nous ne sommes rien ?

C'est le premier pas vers le Bien, celui qui nous fait entrer dans une vie qui n'est plus seulement extérieure mais intérieure. Souvent nous nous surprenons à parler tout seul. C'est normal ! L'esprit est essentiellement dans cette duplication, dans capacité à prendre de la distance et à revenir sur nous-mêmes. Mais pourquoi n'invitons nous pas Dieu à cette discussion intime ? Pourquoi ne l'écoutons-nous pas nous dire : "venez donc et discutons".

jeudi 1 décembre 2011

"Ma tête est malade..."

Comment faire le bien ? Je vous ai laissé hier avec cette question. Vous pensez sans doute, comme beaucoup, que nous portons chacun en nous une idée du bien moral et que notre conscience juge spontanément du bien et du mal. Sans doute, Dieu, qui nous a créé à son image et à sa ressemblance, nous a-t-il donné quelque chose comme un sens inné du bien et du mal, une capacité spontanée à admirer le bien et à nous indigner du mal. Mais dans la pratique, qu'il est difficile de savoir ce qui est bien et ce qui est mal. La vertu est souvent lourde, pénible ou bien sèche et ennuyeuse. Vertu lourde ? Celle que revendiquait Robespierre l'incorruptible. Vertu sèche ? Celle de ces pharisiens de toutes les religions, qui n'aiment pas tant la vertu que l'image qu'ils en donnent.

"Apprenez à faire le bien" nous demande le Prophète. Nous croyons savoir, mais notre morale est sèche ou pénible, nos valeurs sociales ou utilitaires.

Au Jardin d’Éden, Adam et Ève ont voulu goûter du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. J'ai lu plusieurs interprétations autorisées à propos de cette expression. Je n'ai pas compris. Il me semble que cette connaissance du bien et du mal, c'est justement ce que souhaite nous apporter le Prophète Isaie. Tout son livre -jusqu'au chapitre 39 - tourne autour de cette idée. Le Messie, l'Emmanuel qu'il annonce doit justement "rejeter le mal et choisir le bien" (Is. 7, 15). C'est lui qui nous fera goûter de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, lui le Christ. Cet arbre, quand on y réfléchit, comme créature de Dieu, il n'est pas mauvais en lui-même. Simplement les hommes n'ont pas à s'en approcher. Ils ne doivent pas essayer de se passer du Messie. Il ne faut pas qu'ils croient qu'ils seront leur propre Messie. Ils ont besoin de l'Emmanuel.

Ce messianisme humain, trop humain, on l'a connu durant tout le XXème siècle. Les idéologies de droite et de gauche apprenaient aux hommes qu'ils seront comme des dieux sans avoir besoin de passer par la case Messie, sans que personne ne leur enseigne ce quest le bien. Ils se croyaient autonomes, ils imaginaient qu'ils seraient à eux-mêmes leur propre loi. Erreur ! Faute ! Elle a été payée. Au prix fort, au prix du sang.

Depuis Jean-Jacques Rousseau, les hommes imaginent qu'ils n'ont besoin de personne pour leur apprendre à faire le bien. Ils cueillent à pleine main à l'arbre de la connaissance du bien et du mal, qu'Isaïe réserve au Messie annoncé. Et ils se plantent... dans leur vie personnelle, dans leur histoire collective. C'est Jérémie, plus qu'Isaïe, qui insistera sur la nécessité d'un sain pessimisme sur la nature humaine : "Le péché de Judas est écrit avec un stylet de fer, gravé avec une pointe de diamant sur la tablette de leur coeur". Nous sommes loin du coeur de Jean-Jacques où résonne "l'immortelle et céleste voix". Plus près de Pascal : "Le coeur de l'homme est tout rempli d'ordure". Mais ce stylet de fer sur les tablettes de notre coeur a tellement choqué les sages qui ont traduit la Bible hébraïque en grec qu'ils ont carrément "oublié" ce verset dans leur traduction. Étonnant !

Vous me direz qu'avec Jérémie nous sommes loin d'Isaïe ? Je ne crois pas. Ce diagnostic sur le mal qui se trouve dans le coeur même de l'homme, "gravé au stylet", il faut l'avoir posé pour écrire ce qu'écrit Isaïe : "Toute la tête est malade et le coeur languissant. De la plante des pieds jusqu'à la tête, rien n'est intact. Blessures, meurtrissures et plaies récentes n'ont pas été bandées ni pansées, ni adoucies par l'huile" (Is. 1, 6). On a souvent attribué cette parole au Christ souffrant pour nos péchés. Mais avant d'être l'état du rédempteur, c'est l'état du pécheur... Je pense au Bernanos du Soleil de Satan : "Que le péché qui nous dévore laisse en nos êtres peu de substance".

En tant que romancier, Georges Bernanos s'y connaissait sur le mal qui ronge l'âme humaine. Il voit bien que le péché est autodestructeur. L'Ecriture inspirée (Isaïe, Jérémie ou le Livre de la Genèse) nous enseigne autre chose encore : en nous le péché est toujours déjà là. il est "originel", "naturel". Si nos vertus sont lourdes ou sèches, c'est parce qu'elles se sont greffées de manière non critique sur ce péché d'origine qui est tout notre savoir de nous-même. Comment faire le bien si le mal est toujours déjà en nous, "gravé au stylet" ?

[conf'] Jean-Baptiste : les failles d'un géant spirituel

Qui était saint Jean-Baptiste ? Un essénien ont dit certains, qui ont cru opportun de broder sur le roman produit par les chercheurs autour des manuscrits découverts à Qûmran sur les bords de la Mer Morte. En reprenant scrupuleusement les textes que nous possédons sur son compte (ceux de l'Evangile et aussi les allusions de l'historien Flavius Josèphe) nous essaierons de montrer que c'est l'affirmation paradoxale du Christ à son sujet qui le qualifie le mieux : il est "le plus grand des enfants des femmes" et "le plus petit dans le Royaume de Dieu". C'est que le géant à des failles!

Cette méditation sur Jean-Baptiste a lieu au Centre Saint Paul 12 rue Saint-Joseph, 75 002 Paris dimanche prochain 4 décembre de 18 H à 19 H. Messe à 19 H pour ceux qui le souhaitent.

mercredi 30 novembre 2011

Vu sur le Net: Guénois, La Vie, Golias... et Tanoüarn.

Jean-Marie Guénois est journaliste au Figaro, en charge des questions religieuses: le plus souvent catholiques. Il a une vraie sensibilité envers son sujet, une connaissance "de l'intérieur" qui ces dernières années est devenue assez rare parmi ses confrères. Monsieur Guénois dispose également d'un blog, qui lui permet d'aller plus loin (d'aller plus fin) que dans ses articles. Il n'est besoin pous s'en convaincre que de lire son commentaire d'aujourd'hui de l'interview de Mgr Fellay:
Beaucoup estiment que ce désaccord dont l'interview de Mgr Fellay donne une image précise représente un point de rupture alors qu'il représente pour Rome un point de départ. C'est en connaissance de cause, sur la base de ce désaccord que le « préambule théologique » a été proposé à Mgr Fellay.
La Vie se penche aussi sur cet entretien. Pour Natalia Trouiller, l'évêque suisse est à la manœuvre. Il s'agirait pour lui de reprendre la main suite aux 'fuites' de ces dernières semaines (lettre à Mgr Williamson, lettres des abbés Morgan et Bouchacourt par exemple):
Minoritaire dès le départ, Mgr Fellay apparaît dans cette interview soucieux de montrer à ses troupes qu'il ne négociera pas la Tradition au rabais. 
Le sujet a été traité un peu partout, de manière plus ou moins sérieuse. La semaine passée Golias pensait pouvoir annoncer le rejet d'un accord par la Fraternité Saint Pie X:
A Rome, l’annonce a véritablement fait l’annonce d’une douche froide. C’est une nouvelle qui s’étale sur tous les sites intégristes. 98% de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X rejetterait tout accord avec Rome.
D'où vient ce surprenant "98%"? Golias lit Virgo Maria, un site sédévacantiste régulièrement burlesque. La thèse de son rédacteur, c'est qu'une dizaine de prêtres noyauteraient la Fraternité Saint Pie X et pousseraient à un accord - leurs confrères étant réputés contre. Or la FSSPX compte 500 prêtres - quand on ôte la fameuse "dizaine", on obtient bien "98%". Vous vous demanderez pourquoi je vous parle de choses aussi idiotes? C'est que Golias compte. Quand l'accord sera signé, c'est auprès de sources comme celles-là que TF1 et L'Express iront solliciter des réactions.

Le web c'est aussi le MetaBlog - sur lequel vous lirez chaque jour de l'Avent un commentaire de l'abbé de Tanoüarn. Je les regroupe sous ce lien.

"Apprenez à faire le bien !" (Isaïe 1, 17)

Quelle est donc cette science qui nous manque et dont nous sommes ignorants ? C'est une science toute pratique, la science du bien. Mais qu'est-ce que la science du bien ? Non pas une explication interminable sur les différentes manières de faire le bien, comme il y avait au XIXème siècle des Manuels de civilité, où l'on apprenait comment répondre à la Maîtresse de maison ou comment tenir sa tasse de thé. Pour les prophètes d'Israël - comme pour nous chrétiens, en particulier lorsque nous écoutons la grande voix de saint Augustin - faire le bien signifie deux choses : aimer Dieu par dessus tout et vivre selon sa volonté.

Isaïe exprime avec beaucoup de force, mais de manière figurative dans les premier versets de son livre cette idée que le bien de l'homme est indissociablement en Dieu et en lui-même et que le malheur dans lequel il se débat est autant d'ordre "théologique" comme nous dirions aujourd'hui que d'ordre moral : « Le bœuf connaît son propriétaire et l’âne la mangeoire qui appartient à son Maître. Israël ne sait pas. Mon peuple ne comprend pas » (Is. 1 3). Mon cher Cajétan commente : « Ayant manifesté le crime d’Israël, la cause de sa révolte est ainsi découverte : ne pas avoir connu Dieu et ne pas avoir compris son bien propre ». Cajétan, comme Augustin, unit la science de Dieu et la connaissance de soi et de « son bien propre ». Il souligne clairement qu’à l’origine de cette rébellion qu’est le péché, on trouve un problème mental, une ignorance, une indifférence, des illusions. Le nerf de notre révolte est d’ordre intellectuel, renvoyant à une privation, à une absence de connaissance. Nous ne connaissons ni Dieu ni nous-mêmes.

Pour Cajétan commentateur d’Isaïe, ce qu’il appelle notre bien propre est très clairement évoqué dans l’image de la mangeoire que l’âne sait reconnaître parce qu’il connaît ses besoins, mais que l’homme ne sait pas reconnaître, parce qu’il ne se connaît pas lui-même. Quant à notre ignorance de Dieu, elle est figurée, toujours selon Cajétan lecteur d’Isaïe, par la métaphore du bœuf. Cet animal reconnaît le pas de celui qui doit le conduire, lui et sa charrue. Nous ne reconnaissons pas celui auquel il nous faut faire confiance et nous donnons notre confiance à faux. Nous sommes pires que les bêtes brutes, écrit Cajétan dans l’élan d’Isaïe. « Je suis devenu comme un animal domestique devant toi » dit le Psaume. L’image fait penser à ce passage d’Isaïe, mais le Prophète est encore plus pessimiste que le Psalmiste. Nous ne sommes pas, nous autres hommes, comme les animaux domestiques, mais pires qu’eux, parce que eux au moins connaissent et leurs besoin et et celui qui les mène. Et per haec insinuatur rudior brutis populus Israël conclut Cajétan. Je traduis : cette double métaphore insinue que le peuple d'Israël (il s'agit de l'Israël de Dieu et de tous ceux qui en font partie) est plus mal dégrossi que les animaux".

- L'expression est excessive ? Cajétan, dans ce jugement, rajoute de la poésie à la poésie au point que l'on ne voit plus rien ? - Ce n'est pas son genre ! En réalité, il met le doigt sur une idée fondamentale, qui nous fait comprendre ce qu'est en train de devenir la société d'aujourd'hui : il n'existe pas dans l'homme un désir naturel de Dieu. Nous avons le désir naturel de manger pour vivre et parfois - paraphrasons Molière - celui de vivre pour manger. Nous avons le désir de nous reproduire et nous déclinons l'instinct génésique de mille manières. Mais nous n'avons pas le désir naturel de Dieu. C'est toute la portée - métaphysique et religieuse - de l'Apologue maurrassien du petit poussin. "Le petit poussin sort de sa coquille. Peu de choses lui manquent pour dire : je suis libre. Mais au petit d'homme ? Au petit d'homme il manque tout". L'âne, le boeuf, le petit poussin, tout ce bestiaire est convoqué pour manifester la faiblesse fondamentale de l'animal humain, qui ne sait pas s'orienter tout seul, qui ne sait pas faire le bien par lui-même.

Notre première, notre fondamentale expérience religieuse est celle de cette ignorance naturelle de Dieu, de cette incapacité où nous sommes à nous orienter dans le Maquis de notre existence par nos propres forces. Nous avons une conscience qui nous guide, mais reste bien velléitaire, bien théorique. C'est dans et par la connaissance de Dieu que nous apprenons à faire le bien avec efficacité et vérité. Nous verrons comment demain.