dimanche 7 février 2010

[IBP Roma] Servir et non pas se servir

[Article repris du site de l'IBP - Roma - 30 janvier 2010]

C’est l’écrivain juif André Suarès, qui dans une de ces mémorables envolées dont il avait le secret, s’était écrié, non sans clairvoyance : « Le service est le méridien de l’Occident ». Alors qu’à Rome les séminaristes vaquent à leurs révisions et subissent les examens de rigueur en ce milieu d’année, alors que l’abbé René Sébastien Fournié, absorbé par son double cursus en droit et en théologie, m’a demandé de le remplacer pour cet éditorial, je crois que parler du service, c’est donner le sens de ce travail, auquel les uns et les autres sont assujettis en ce moment, travail qui n’est pas un travail stérile, comme si pour chaque séminariste, il s’agissait seulement de se servir, de prendre le meilleur pour lui, de se perdre dans l’érudition ou dans le calcul de carrière, en oubliant que très bientôt l’Eglise l’enverra dans le monde… En réalité, ce travail universitaire d’aujourd’hui, il doit servir à l’Eglise.

Etudier pour construire le Royaume de Dieu

Comme disait saint Bernard dans le De consideratione – je le cite en latin parce que la brièveté impérieuse de son style est intraduisible : alii sciunt ut sciant et est curiositas (les uns savent pour savoir et c’est de la curiosité), alii sciunt ut sciantur et est vanitas (d’autres savent pour être reconnus et c’est de la vanité), alii sciunt ut aedificent et est caritas (d’autres savent pour construire et c’est de la charité).
Construire ! Dans l’esprit de saint Bernard, il ne s’agit pas seulement d’édifier le prochain par quelques phrases bien tournées, mais de construire le Royaume de Dieu sur la terre, parce que ce Royaume signifie toujours l’avènement d’une science nouvelle dans les cœurs. Si l’on réfléchit à ce qu’est le Royaume de Dieu dans l’histoire, ainsi que nous y invite le concile Vatican II, on est obligé de constater que toujours il signifie la découverte d’une vérité sur Dieu qui implique un certain nombre de vérités auxquelles l’homme doit se plier. Saint Paul avait compris cela puisque c’est très souvent le plan de ses épîtres : la doctrine d’abord, la contemplation du mystère du Christ, Dieu et homme, la méditation sur le mystère de l’Eglise corps mystique du Christ et ensuite – ce que nous appelons dans notre jargon la parénèse : qu’est-ce que ces vérités spirituelles changent dans la vie des hommes ? Quelle anthropologie on peut tirer de cette théologie christique ?
Ces séminaristes qui travaillent, au point de ne plus trouver le temps d’alimenter ce site, ils ne perdent pas leur temps en contemplant les mystères divins tels qu’ils nous sont livrés dans l’Ecriture, ils ne cèdent ni à la curiosité ni à la vanité, selon la vigoureuse mise en garde de saint Bernard, ils ne se dispersent pas (curiosité) et ils ne perdent pas leur temps à se regarder le nombril (vanité), ils cherchent à maîtriser ce savoir de la vérité sans lequel il n’y a pas de révolution chrétienne, sans lequel le christianisme, simple affaire de bons sentiments, devient une sorte de farce que l’on joue parfois pour se donner bonne conscience.
Ils cherchent à servir l’Eglise, et donc – toujours saint Bernard – à la construire, à la reconstruire.

Nova et vetera
: Des réponses nouvelles à trouver dans la Tradition

La Tradition catholique n’est pas un ensemble de réflexes conditionnés que l’on pourrait cultiver dans un ordre purement extérieur, comme celui que subit le chien de Pavlov – ordre qu’il suffirait de répéter à l’identique pour que se reproduisent sans cesse les mêmes effets. Mais qu’est-ce que la Tradition alors ? Notre trésor ? Oui, elle est le trésor du scribe dont parle l’Evangile (Matth. 13, 52). Ce trésor, notez-le, contient à la fois les « vetera », les vieilles choses, les recettes éprouvées, les formules liturgiques, les dogmes théologiques qui donnent une forme à notre croyance, une colonne vertébrale à notre vie intérieure. Mais ce trésor, qui nous aide à construire ou à reconstruire, contient aussi « nova », les choses nouvelles, le dynamisme et l’élan qui jamais ne contredisent un attachement vrai. Dans le trésor de la tradition, on trouve aussi les réponses nouvelles aux questions nouvelles qui se posent aujourd’hui et ne se posaient pas hier. Voilà le travail du scribe instruit dans le Royaume des cieux, voilà le labeur et le discernement du séminariste. En s’y livrant de toute son âme, pleinement présent à l’instant dans lequel il se trouve, totalement dans le moment de sa vie qu’il traverse, il contribue silencieusement à construire l’Eglise, c’est-à-dire à la servir.

Ne pas passer à côté des âmes à cause d’un savoir théologique trop superficiel

Le Père Labourdette, savant thomiste du Couvent de Toulouse disait paraît-il : « A 70 ans, je prêche ma première année de noviciat ». Dans leur travail d’aujourd’hui, nos séminaristes préparent leur prédication de demain. Un savoir théologique trop superficiel ? C’est l’assurance de passer à côté de beaucoup d’âmes, qui ont besoin d’être édifiées, au sens le plus littéral de ce terme, d’être reconstruites par la Parole de Dieu, mais qui n’accepteront ce savoir qui édifie que s’il s’agit d’un vrai savoir.

Pas question, dans cette perspective, de céder à la tentation du psittacisme, la fameuse maladie du perroquet, qui répète toutes sortes de choses sans les comprendre. Moi qui vient de temps en temps donner des cours à la Casa de la Via Giorgio Bolognetti, je suis impressionné par l’exigence des séminaristes vis-à-vis de l’enseignement qu’ils reçoivent, par leur manière sérieuse de poser des questions et même de pousser (respectueusement) le professeur dans ses retranchements. Je sens que ces questions ne proviennent ni de la curiosité ni de la vanité et que quand elles se posent vraiment, c’est au nom des âmes dont on leur confiera la charge qu’elles se posent à eux.

Abbé Guillaume de Tanoüarn
Assistant de l’Institut du Bon Pasteur

jeudi 4 février 2010

Une visite à l'abbé Berche ce soir

L'abbé Berche continue à avancer dans son lent retour vers le monde des vivants. Il respire de mieux en mieux. Ses opérations de réparation pour son bras et sa cheville ont bien réussi. Il ouvre les yeux de longs moments et communique avec vous en les faisant cligner. Il bouge un peu la main. Oh ce sera dur, mais je le connais, il a une volonté de fer et je sais qu'il peut surmonter bien des obstacles. Sa maman lui lit une Vie de Jésus et s'occupe merveilleusement de lui, de son confort, ne serait-ce que de la manière dont il tient sa tête. Merci de vos prières. Quelques uns de vos messages lui ont déjà été lus. Continuons lui notre soutien de toutes les manières à notre portée.

Courtalain - prises de soutane du 2 février 2010

[texte et photos repris du site du séminaire de Courtalain]

Chers amis de l'Institut du Bon Pasteur et du séminaire saint Vincent de Paul, voici quelques photos de la cérémonie du 2 février, au cours de laquelle 12 nouveaux séminaristes et un frère ont reçu la soutane et la tonsure, dès mains de M. l'abbé Philippe Laguérie, modérateur général de l'Institut du Bon Pasteur. La cérémonie a eu lieu en l'église paroissiale de Courtalain, en la fête de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, en présence de nombreux prêtres et fidèles venus prier et encourager ces jeunes lévites. En cette année du sacerdoce, cette moisson abondante est une bénédiction : que nos prières fidèles accompagnent ces séminaristes tout au long de leur formation!
Le recteur, Abbé Roch Perrel

mercredi 3 février 2010

Saint Eloi - Ordinations du 23 janvier 2010

[Texte et photos repris du site de l'Institut du Bon Pasteur]

Le samedi 23 janvier 2010, en l'église saint-Eloi de Bordeaux, paroisse personnelle et maison-mère de l'Institut du Bon-Pasteur, son Excellence Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, procédait à l'ordination d'un diacre et de trois sous-diacres de l'Institut. Une première pour l'Institut du Bon-Pasteur, en ce sens que le consécrateur est un évêque résidentiel français. Deo Gratias. Et premier d'une longue liste, sans doute.

Très belle cérémonie, présidée avec dignité et parfaite maîtrise de la forme extraordinaire, par l'un des plus jeunes évêques français, lui-même consacré au printemps dernier par son Éminence le Cardinal Ricard. Le jeune et sympathique évêque de Bayonne (52 ans) a conquis en quelques heures les cœurs et les esprits des nombreux assistants. Dans un magistral sermon de douze minutes (eh oui, c'est possible) Mgr Aillet a su admirablement donner les raisons surnaturelles du sous-diaconat, par la fécondité exceptionnelle du célibat consacré, et du diaconat, par le don total du service exclusif et irréversible du Christ et de l'Église. Oui, un petit chef-d'œuvre aussi court que dense, dans une liturgie aussi riche que familiale.

Le repas chez nos amis Hau-Palé, magnifiquement orchestré par M. l'abbé Vella, digne successeur de l'abbé Laguérie, nous a encore appris mille et une chose. Pas facile d'être évêque de nos jours ! Il y faut un équilibre, un optimisme et une détermination qui relèvent de héroïsme. Mais nul doute ne subsiste chez les auditeurs et les spectateurs de cet élu du Saint-Père pour le siège de Bayonne: il a la trempe et la classe requises. Et puis cette gentillesse, cette chaleur, cette simplicité, auxquelles, il est vrai, le personnage de l'évêque lambda ne coïncidaient plus tout à fait...

mardi 2 février 2010

[conf'] Kostas Mavrakis: "Le marxisme a-t-il un avenir? Alain Badiou et quelques autres"

Mardi 2 février à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Kostas Mavrakis: "Le marxisme a-t-il un avenir ? Alain Badiou et quelques autres" - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

Grec d'origine, vivant en France depuis plusieurs décennies, Kostas Mavrakis a naguère écrit un livre sur Mao et le maoïsme - d'un point de vue tout à fait favorable au Grand Timonnier - qui a été traduit en plusieurs langues. Philosophe, il a été très proche du marxiste Alain Badiou, auquel il vient de consacrer un livre critique (voir son article dans Valeurs actuelles de cette semaine). Par ailleurs, en tant que peintre lui-même, il s'est beaucoup intéressé à la philosophie de l'art.

Gérard Leclerc et Vatican II

Dans France catholique, Gérard Leclerc a réagi comme nous à l'annonce de l'archevêché de Paris sur le Carême de Notre Dame consacré à Vatican II. On ne perd jamais son temps à lire Gérard Leclerc. Voici ce qu'il explique concernant Vatican II :

"Il est vrai aussi que les changements radicaux accomplis nécessitent des révisions importantes. Des problèmes radicalement nouveaux sont apparus, les clivages idéologiques se sont reformulés. Il est indispensable d’en tenir compte.

Par ailleurs, l’enseignement des principaux textes du Concile doit être repris pour être approfondi, et parfois même découvert. Ce qu’on tient trop souvent pour acquis ne l’est guère ou pas du tout. Parfois l’ecclésiologie, si importante pour le Concile, a été ramenée à des slogans, loin de la profondeur de certaines constitutions comme Lumen gentium. Ce n’est pas pour rien que Benoît XVI a beaucoup insisté sur la liturgie, réformée conformément aux principes définis à la première session. Mais c’est l’ensemble du peuple chrétien qui doit se pénétrer du sens de l’eucharistie, sommet de la vie sacramentelle. Les conférences de Carême de Notre-Dame vont donc constituer un moment fort de réappropriation de Vatican II, loin des querelles d’hier et dans les perspectives de la mission de l’Église dans ce siècle commençant".
 
Ce disant, je crois pouvoir affirmer que Gérard Leclerc définit très bien l'approche que nous proposons au Centre Saint Paul, approche parallèle à celle de la cathédrale, sous le titre : "Vatican II, quelle boussole ?"
Alors que tant de gens, qui n'ont pas lu le Concile, en font un objet d'invocation plutôt qu'un sujet d'études, il est temps de se pencher sur les textes de ce Concile pastoral, de montrer les nouveaux champs de questionnement qu'il ouvre à la théologie et à l'anthropologie chrétienne et de retrouver le sens d'une affirmation tranquille de la foi aujourd'hui, alors même qu'en cinquante ans (depuis l'annonce du Concile) le monde a plus changé qu'en 2000 ans.

Ce changement civilisationnel est-il un drame de la conscience chrétienne ? Non pas, si nous considérons que c'est toujours, d'une manière ou d'une autre, le christianisme qui fait l'histoire. Mais, par rapport au texte conciliaire, il faut bien reconnaître qu'une prodigieuse liberté nous est donnée par l'histoire en marche, dans la continuité de l'enseignement bimillénaire de l'Église, qui, seul, ne se démode pas.