mardi 6 mars 2012

Mardi de la Deuxième semaine de Carême

"Qu'y a-t-il à désirer en terre et au Ciel davantage, que d'être assis à la table de Dieu, d'être assistant à son autel sublime et de manger sur cet autel une même viande [aliment] avec lui, d'un même pain, d'un même vin. En un mot d'être fait participant de tout le don que Jésus-Christ a fait à Dieu et qu'il a mis sur son autel sublime ? En quelle séparation du monde, en quelle élévation d'esprit au dessus de soi-même devrait-on vivre, se voyant ainsi emporté dans le sein de Dieu, dans ce louvre auguste, dans ce temple divin, pour y manger l'hostie de Dieu tout entière avec lui ?"
Jean-Jacques Olier, L'esprit des cérémonies de la messe, éd. C Barthe p. 300

Jean-Jacques Olier (1608-1657), curé de la paroisse parisienne de Saint-Sulpice, a une éloquence qui confine à la poésie. Il décrit ici la manière dont, à la messe, nous sommes, chacun, les commensaux du Christ. Le Christ-hostie est offert à Dieu son Père pour la rémission des péchés... Le Christ-hostie est offert pour les hommes qui le consomment. Il n'en faut pas plus à Olier pour conclure que "nous sommes assis à la table de Dieu".

Il y a une double offrande dans le sacrifice du Christ : l'offrande qu'il fait à son Père, par amour pour son Père ; cette première offrande se suffit parfaitement à elle-même. Elle décrit quelque chose de la Vie cachée en Dieu avant les siècles. Elle est ce que M. Olier appelle "le sacrifice du Ciel", le sacrifice éternel. L'Amour éternl du Père et du Fils. Mais ce sacrifice éternel est aussi spécialement offert à notre intention. En quelque sorte le Verbe de Dieu s'offre à son Père dans l'Eternité incandescente de son Amour ; mais il s'offre aussi à l'humanité, il souffre pour chaque homme il est ainsi lui-même devenu un homme. Son sacrifice est ainsi pour Dieu et pour les hommes.

"Etre fait participant de tout le don que Jésus-Christ a fait à Dieu". Dieu et l'homme, dans ce paroxysme qu'est la Passion et la Croix du Seigneur, constituent pour le Christ une unique intention d'amour et cette intention d'amour, cet élan efficace infini se communique à l'espace et au temps, à travers la forme sacramentelle du pain et du vin. "Chaque fois que la commémoration de cette victime d'amour est offerte, c'est l'oeuvre de notre rédemption qui s'accomplit" dit la secrète du 9ème dimanche après la Pentecôte.

Nous sommes portés par cette intention d'amour, transportés et transformés tout à la fois. Nous sommes "dans le sein de Dieu", "ce Louvre auguste", ce château qui se fait notre demeure. Nous y recevons la victime d'amour avec Dieu ; ce sacrifice divin nous est offert en quelque sorte comme dabord il est offert à Dieu.

lundi 5 mars 2012

Conférences au Centre Saint Paul : le programme

Chaque mardi, à 20 H 15, 12 rue Saint Joseph 75 002 Paris, une conférence différente sur un sujet essentiel, porté par l'actualité...

Mardi 6 mars, 20H15 : Abbé G. de Tanoüarn Nos raisons pour la messe traditionnelle, sacrement, sacrifice, Présence de Dieu aux hommes et des hommes à Dieu

Mardi 13 mars, 20H15 : Philippe Nemo, La belle mort de l'athéisme moderne

Mardi 20 mars, 20H15 : David Mascré, La France, qu'est-ce qui nous en reste ? - Essai d'inventaire

Mardi 27 mars : Les Exercices spirituels de Saint-Ignace sont prêchés de 18H15 à 21H30 tous les jours de la semaine du 26 mars au 30 mars. Renseignements 0615107582.

Mardi 3 avril, 20H15 : Pierre Magnard,  Amour de Dieu amour de soi chez Pascal

Mardi 10 avril, 20H15 : Jean-François Chemain, Kiffe la France, une expérience d'enseignant face au défi culturel de la diversité

Mardi 24 avril, 20H15 : Mgr Athanasios, Responsable des coptes en Europe, Le point sur l'Egypte et les chrétiens aujourd'hui

Lundi de la Deuxième semaine de Carême

"Le Docteur Sollievo, directeur de clinique à San Giovanni Rotondo, demanda un jour non sans une intention de derrière la tête au Padre Pio :
- Pendant une bilocation, un saint, saint Antoine [de Padoue] par exemple, est-il véritablement en deux endroits à la fois ?
- Sans doute répondit le Padre Pio
- Comment cela est-il possible ?
- Par une extension de la personnalité"
Emmanuele Brunnato, Padre Pio, mon Père spirituel, éd. de l'Orme rond p. 81
Dans la vie de Padre Pio, on constate de nombreux cas de bilocation. La question de la bilocation est particulièrement intéressante car elle renvoie à ce que nous sommes : pas seulement un corps, pesant et toujours à sa place, mais aussi un esprit. L'être de chaque personne, c'est son esprit, et l'esprit est nativement ouvert à l'infini. Connaître, disait déjà Aristote, c'est devenir ce que l'on connaît.

La question de la bilocation nous renseigne sur le fait qu'un individu, par une grâce particulière de Dieu, peut devenir un autre sans cesser d'être lui-même, il le peut, dit le Padre Pio, "par une extension de la personnalité". Eh bien ! Si l'on généralisait cette aptitude à "devenir un autre", on aurait une bonne idée de ce qu'est la personnalité, mais surtout de ce pour quoi elle est faite. "L'essentiel de la personne, disait de façon sibylline Jacques Chevalier, ce n'est pas le moi, mais l'autre". L'essentiel de la personne, c'est cette possibilité d'extension, qui se découvre, sur la terre, à travers la charité, et qui se consomme au Ciel dans la vision béatifique, dans laquelle, d'une manière sur-naturelle, nous devenons Dieu, ou, comme dit l'apôtre Pierre dans sa deuxième épître (1, 8), nous sommes rendus "participants de la nature divine".

Pouvons-nous comprendre cette vocation surnaturelle non pas seulement, comme sur la terre, à la bi-location, mais à notre "collocation en Dieu" ? Pouvons nous comprendre cette "localisation infinie" qu'est la vie éternelle ? Non. Pouvons-nous comprendre la bilocation, cette apparente entorse au principe d'identité ? Non plus. Mais, à travers ce phénomène observable dans la vie des saints qu'est la bilocation, nous reconnaissons que le règne de l'Esprit dans lequel nous entrons par la grâce nous donnes une identité nouvelle, en Dieu - Dieu qui est ce monde aux dimensions absolument neuves pour nous.

dimanche 4 mars 2012

Dimanche de la Deuxième semaine

"Puisqu'il est ainsi chrétiens que nous sommes obligés de nous rapporter à ce que nous dit le Sauveur Jésus, résolvons et résolvons immuablement de former tous nos jugements, non sur les apparences des sens, ni sur les opinions anticipées dont la raison humaine nous préoccupe, mais sur la parole de Jésus-Christ, sur la doctrine de son Evangile. Qui de nous juge selon Jésus-Christ et selon les règles qu'il nous a données ? Ah ! Si nous jugions des choses selon ses maximes que d'illusions seraient dissipées ! Que de folles pensées s'évanouiraient ! Que de vaines opinions tomberaient à terre ! Quand on voit les fortunés de ce monde au milieu de la troupe qui leur applaudit, tous les sens disent : voilà les heureux ! Jésus Christ nous dit au contraire : ce ne sont pas là les heureux".
Bossuet, Sermon sur la soumission due à la parole de Dieu
Inépuisable Bossuet ! Le doute s'efface quand il fait entendre sa syntaxe impeccable et que ses phrases parviennent jusqu'à nous en ordre de bataille.

Il nous parle de l'autorité due à la Parole de Dieu : tout ce que nous ne savons pas reconnaître ! Nous avons quant à nous tellement confiance dans la Raison. A son époque déjà, sous le nom de "crise de la conscience européenne", cette confiance en la Raison le disputait à la confiance en Dieu et en sa Parole. D'où le ton solennel du Prédicateur. Mais lisez le de près : d'où tire-t-il l'autorité de sa Parole ? D'une connaissance fine de la nature humaine. Voyez comment il traite la raison, en parlant dédaigneusement "des opinions anticipées dont la raison humaine nous préoccupe". Il est vrai que la Raison sait bien peu de choses ! Elle sait calculer, elle sait compter. Mais elle ne sait pas vivre, la science de la vie lui échappe.

Que trouve-t-on dans l'Evangile ? très peu de calcul. Mais justement cette science de la vie que notre raison, mobilisée, ne sait pas nous donner, la Parole de Dieu nous la donne. Que faut-il faire pour la connaître ? L'écouter.

L'écouter ? "Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez le" entendent Pierre Jacques et Jean sur le Mont Tabor, devant Jésus transfiguré. Savons-nous écouter Jésus ? Savons nous ouvrir nos oreilles et nos coeurs et adhérer silencieusement à son Evangile ? Savons nous recevoir sa Parole sans protester ? Ecoutons-la ! Prenons la sur nous ! Elle changera notre vie.

Cette Parole changera les valeurs de notre vie en non valeurs et en mensonges. Et elle nous en imposera d'autres.

samedi 3 mars 2012

Samedi de la Première semaine

"Il est plus facile que l'on croit de se haïr. La grâce est de s'oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s'aimer humblement soi-même comme n'importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ" 
Geoges Bernanos, Journal d'un curé de campagne
C'est le Curé de Torcy qui parle ainsi au petit curé de Campagne. Il a bien compris l'autodénigrement, l'autoflagellation que s'inflige son jeune dirigé. La haine de soi est souvent un péché de jeunesse, elle procède de l'ignorance. Dieu a mis trop de ressort en chacun d'entre nous, trop de son Infinie singularité pour que nous puissions jamais nous haïr en connaissance de cause. Si c'était le cas, si vraiment, en connaissance de cause quelqu'un était capable de se haïr, cela signifierait une telle intensité de haine qu'elle s'élèverait jusqu'à Dieu, parce qu'il est le Principe de ce que nous ferions profession de haïr.

Cela ne signifie pas qu'il faille s'aimer avec passion. Cette passion de soi, incandescente à l'infini, est la source de tous les péché. Quand l'amour de soi est une passion, il est à la fois tragique parce que ne parvenant jamais à la satisfaction et pécheur parce qu'il met l'Absolu là où il n'est pas.

Mais il faut s'aimer soi d'un amour oblatif, d'un amour qui sait parfois être sacrificiel. Il faut savoir faire le sacrifice de l'image qu'à tort on se fait de soi, pour parvenir au véritable amour de soi. Au fond s'aimer vraiment signifie : savoir s'oublier. Accepter définitivement et sereinement la déception que l'on éprouve quand on voudrait être autre, quand on ne se supporte pas.

Pourquoi s'aimer ? Parce que le Christ, qui nous révèle son image, nous a choisi pour vivre éternellement. Impossible de ne pas aimer passionnément ce "soi" choisi par le Christ.

Contradiction ? Non : ordre. Il est impossible de ne pas s'aimer soi sans narcissisme. On n'y échappe qu'en s'aimant dans le Christ, c'est-à-dire en aimant ou en essayant d'aimer ce que le Christ a aimé en nous.