vendredi 3 juillet 2009

Ce que je reproche, Antoine

...au Curé de Sainte Anne d'Auray qui a la gentillesse de nous accueillir, ce n'est pas sa profession d'obéissance, c'est que, lui parmi tant d'autres, il joue le jeu de la diabolisation, qui me semble vraiment un jeu diabolique. Le jour où on aura compris que diaboliser son prochain (en particulier entre chrétiens), c'est un acte antiévangélique, il me semble que l'on aura fait un grand pas vers la santé dans l'Eglise.

Pour qui a un peu lu René Girard, la diabolisation est lié au mécanisme du bouc émissaire qui caractérise les sociétés archaïques. Il est quand même dommage de constater que, à mots couverts ou à insultes découvertes, cette diabolisation, de part et d'autre (je veux dire qu'on soit "conciliaire" ou "tradi"), ait cours dans l'Église. C'est le cas de répéter avec le Christ que si notre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens (c'est-à-dire celle des sociétés préchrétiennes) nous n'entrerons pas dans le Royaume des Cieux.

Si les chrétiens étaient plus nombreux à vivre de cette logique de la charité qui refuse le Bouc émissaire comme un mécanisme diabolisateur, indigne de la grâce qui les a régénérés, ils seraient certainement, toutes liturgies confondues, plus crédibles. Mais si dans l'Église c'est comme ailleurs, il ne faut pas s'étonner qu'on ne fasse qu'y passer.

Reste Antoine que vous avez raison de louer l'obéissance du curé.

Message personnel à mon cher Webmestre : techniquement je n'arrive plus à répondre "dans le fil". C'est ce qui vous vaut à tous cette réponse solennelle et un peu longue.

jeudi 2 juillet 2009

Une déclaration du Curé de Sainte Anne d'Auray

On lit dans Ouest France, à l'occasion des ordinations de l'IBP qui ont lieu samedi prochain :
"Qu'en pense le clergé local ? « Vous comprendrez bien que je ne souhaite pas m'exprimer, répond le père André Guillevic, en charge de la paroisse. Nous ne faisons qu'obéir à ce qui nous ait demandé par Rome par l'intermédiaire de l'annonciature apostolique de Paris. »

Ce qu'il faut comprendre, et que les prêtres ne peuvent dire, c'est que le clergé local a d'abord refusé ces ordinations avant de devoir dire « amen ». L'évêque de Vannes s'y serait lui-même opposé. Si la nouvelle communauté traditionaliste est la première du genre reconnue par le pape Benoît XVI, il n'en reste pas moins que chez les fidèles et les religieux, la mouvance traditionaliste fait encore penser aux « intégristes » de Mgr Lefebvre".
Manifestement André Guillevic n'a rien de précis à nous reprocher. Il ne nous connaît pas, ne nous a jamais rencontré, ne cherchera sans doute pas à le faire et, en tout cas n'en manifeste pas l'intention. Pour lui l'affaire est claire : "Vous comprenez bien que je ne souhaite pas m'exprimer, nous ne faisons qu'obéir" explique ce prêtre qui est certainement l'une des éminences du diocèses de Mgr Centène.

En tant que chrétien, il aurait pu dire au journaliste : "Vous comprenez bien que ma manière de célébrer n'est pas la leur, mais, comme Mgr Barbarin l'a dit dans une déclaration historique au Progrès de Lyon, "Je suis pour la diversité dans l'Eglise". Je souhaite que toutes les richesses spirituelles authentiquement catholiques puissent s'exprimer".

Voilà qui aurait été authentique tolérance et vraie charité.

Au lieu de cela, le curé dit simplement : "Vous comprenez bien que je ne veux rien dire". "Vous comprenez bien que je me contente d'obéir", à Rome, au nonce apostolique...

Mais pourquoi FAUT-IL comprendre cela ?

Pourquoi ne pas faire comme dans l'Evangile ? Pourquoi ne pas aller à la rencontre de ceux qui sont publiquement maltraités, insultés bafoués, au lieu d'en rajouter dans ce registre ? Pourquoi ne pas déclarer : je suis chrétien et je souhaite aller à la rencontre de ces chrétiens que le Saint Siège a accueillis ?

Cela aurait vraiment une autre allure.

Je suis en train de lire Un autre de Imre Kertesz, un juif hongrois, déporté à Auschwitz en 1944 (coll. Babel LdP). Il souligne, en passant : "Le problème, avec les chrétiens, c'est que si peu d'entre eux soient vraiment chrétiens".

Je ne dis pas que le curé de Sainte Anne d'Auray n'est pas chrétien. Qui suis-je pour le juger ? Mais je trouve dommage que la règle de nos relations soit manifestement autre chose que l'Evangile et que, trop souvent, on ne découvre pas chez les Pasteurs, cette ouverture inconditionnelle à l'autre (en l'occurrence le traditionaliste), que l'Evangile nous a habituée à considérer comme non facultative.

Disant cela, je n'engage que moi. Mais j'aimerais contribuer à assainir l'atmosphère. Il faudrait, une bonne fois que tous ensemble on mette au service de Dieu... notre coeur.

Il ne s'agit pas là de sentimentalisme mais de vérité : "Celui qui FAIT la vérité vient à la lumière".

mercredi 1 juillet 2009

Réflexion sur le poisson

A l'origine de mon livre sur "Jonas et le désir absent", il y a cette idée simple que le livre de jonas n'est pas un conte théologique comme Pinocchio, avec sa baleine, a pu être un conte fantastique. Non ! Le poisson dans la Bible, c'est toujours le signe de la puissance du Mal, et c'est le schéol, ce mal qui fait de l'homme un être infiniment vulnérable et "prisonnier de la vanité" comme dit saint Paul aux Romains (lecture du 4ème dimanche après la Pentecôte en rite extra). Jonas dans le poisson, c'est Jonas aux enfers, Jonas en état de mort imminente.

Mon ami le Docteur B., dans une longue lettre, s'appuyant sur le Père de Monléon (dont le livre sur Jonas n'est pas le meilleur), me reproche de manquer au sens littéral. Mais c'est l'inverse ! Si le sens littéral est le sens que l'auteur sacré entendait donner à son texte, je crois que le poisson pour lui, c'est Léviathan (Job), c'est Rahab (Psaumes), c'est la Bête sortie de la mer (Apocalypse 13), c'est la puissance du mal et pas un vrai poisson. D'ailleurs dans les premiers versets du chapitre 2, au début de son Cantique, Jonas dit lui-même : "Du ventre du Schéol, j'ai crié vers toi". Il dit donc lui-même de quel ventre il s'agit et à quoi renvoie l'image du poisson. J'ai montré que la plupart des images de ce Cantique pouvait s'interpréter dans ce sens littéralement figuratif.

Mais en en discutant avec un ami, sur la terrasse toujours sympathique du Vaudeville, en face de la Bourse, avec la détente parfaite que procure l'amitié, c'est-à-dire la certitude d'être compris, alliée à... la qualité d'un service littéralement aux petits soins (pub gratuite !)... je me suis laissé suggérer l'idée suivante, qui elle va dans mon sens (littéralement figuratif et non littéralement littéral) mais plus loin encore.

Le poisson que les chrétiens avaient pris comme emblème, à cause des initiales de ichtus, en grec : Isous, Christos, Theou Uios, Sôter, Jésus le Messie, Fils de Dieu Sauveur, pourrait être aussi une allusion à l'histoire de Jonas, signe du Christ descendu aux enfers et ressuscité des morts, dans beaucoup de catacombes romaines.

En quelque sorte le Christ poisson est celui qui transforme le plomb en or, le péché en grâce : "Là où le péché a abondé, il fallait que la grâce surabonde" disait saint Paul aux Romains. Le Christ prenant le signe du poisson désarme Satan, alors même que, se laissant mettre à mort, il semble un moment lui donner raison.

Cette transposition, cette alchimie vitale est tout le secret du christianisme. Le Christ ne nous demande pas tant de faire l'expérience de Dieu (il faudrait être gnostique pour y prétendre infailliblement), que de faire l'expérience de notre propre misère, de notre péché invétéré, pour crier vers Lui, pour que naisse en nous l'espérance d'un salut qui ne vient pas de nous mais qui s'impose à nous, à cause de notre faiblesse. "Je ne suis pas venu pour les justes qui n'ont pas besoin de pénitence". "Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous", même les irréprochables et d'abord les sépulcres blanchis.

Faire l'expérience de notre misère... ce ne me semble pas très difficile... C'est le début d'une deuxième vie, la vie gracieuse, la vie graciée, la vie grâce au Christ.

mardi 30 juin 2009

...je vous ai déjà parlé de TradiNews...

... de Tradinews qui est un blog qui reprend quelques textes sur notre actualité. On y accède directement ou en cliquant sur les titres (les 5 derniers articles) qui viennent s'insérer dans la colonne de droite du MetaBlog. Qui viennent s'insérer, c'est dire si TradiNews et MetaBlog sont liés... mais dans le seul sens informatique du terme.

Je vous disais que TradiNews était une expérience dont la poursuite dépendait de l'intérêt rencontré. Pour le moment les visiteurs arrivent via le MetaBlog et via Google - ce qui manque ce sont des liens. Je pense qu'ils viendront avec le temps, TradiNews compte 80 articles, quand il en comptera quelques centaines il sera devenu une base de données intéressante.

En attendant, si un webmaster passant par là veut bien nous référencer...

lundi 29 juin 2009

Crise des vocations: la contribution involontaire de leFigaro.fr

Le hasard faisant parfois bien les choses, deux articles se sont retrouvés juxtaposés sur la page d'accueil du site du Figaro. Une image, deux titres - cela suffit pour suggérer un début de solution au problème posé.

L'abbé Laguérie : 30 ans de sacerdoce

Voici le canevas du sermon que j'ai prononcé en l'église Saint Eloi, hier à cette occasion.

Cher M. l'abbé,

"A tout prendre écriviez-vous en juin 1985, dans la première décennie de votre sacerdoce, il n'y a que deux sortes d'homme : ceux qui scrutent les oeuvres de Dieu pour savoir s'ils daigneront lui faire confiance, et ceux qui font d'abord confiance à Dieu pour qu'Il daigne leur donner l'intelligence".

Cher M. l'abbé, le très jeune curé parisien que vous étiez alors, comme tous les prêtres sentinelle avancée, sentinelle isolée, aux prises avec le terrible mystère du mal, aux prises avec la puissance du mal dans les coeurs comme dans la société, avait fait de son confessional une guérite où accomplir chaque jour le merveilleux travail de passeur d'âme, un passeur très compatissant à la misère, non un peseur d'âme scrupuleux, exact et décourageant, un passeur rassurant qui travaille pour la vie, qui est fait pour sauver et non pour détruire à l'exemple de son Maître le Christ,un passeur qui se pose peu de questions sur lui-même, malgré les bleus à l'âme qu'il contracte dans son ministère, parce qu'il a décidé, une fois pour toutes, de faire confiance.

Son arme, c'est la confiance ! Un trait, cher M. l'abbé, que retrouve dans votre physionomie quiconque accepte de l'y chercher. Un trait qui caractérise votre vie de découvreur. Jeune curé, ne refusant jamais une confession, vous avez été un découvreur d'âmes. Combien de fidèles vous doivent, ici, dans cette église, d'avoir retrouvé la confiance en eux-mêmes - ou la confiance en Dieu, mais c'est la même chose car Dieu est si proche de nous ! - d'avoir compris quel était leur potentiel. Et combien de jeunes prêtres, ayant servi sous vos ordres,, vous doivent leur confiance crâne dans la puissance de leur sacerdoce.

A Saint Nicolas du Chardonnet, il y avait la guérite du confessional. Combien de temps y passions nous chaque dimanche. Il ne se passait pas de dimanche sans qu'il nous soit donné d'assister à un retour à Dieu après 30 ou 40 ans d'oubli de Dieu. Rien de tel pour former des coeurs de prêtres. Mais il y avait aussi l'autel, le Mont Thabor où nous montions pour tutoyer Dieu en latin, toujours seuls face à lui, même lorsque, derrière, les fidèles se comptaient par milliers. La puissance de notre sacerdoce, vous en renouveliez l'expérience pendant quatorze ans chaque jour, elle est liée intrinsèquement à la puissance non pareille de ce rite vraiment extraordinaire que Benoît XVI aime appeler le rite classique. C'est le saint Sacrifice de la messe qui donnait à votre parole en chaire, malgré votre jeunesse, ce je ne sais quoi d'autorité et de force qui fit bientôt partie de votre personnage.

Il me faut évoquer aussi les repas entre prêtres, ces moments où nous touchions du doigt la fraternité sacerdotale. Rien à voir avec une vie de communauté compassée parce qu'obligatoire. Souvent vous mettiez sur le tapis un sujet et vous laissiez vicaires, recteur ou directeur en discuter à perte de vue. Et puis bien sûr, vous proposiez votre arbitrage à la fin de repas, qui parfois empiètaient sur l'après midi. La théologie devenait ainsi un merveilleux "gai savoir" !

Mais la vie ne s'arrête jamais. En 1998, vous voici à Bordeaux, avec un défi en tête : recommencer ici Saint Nicolas du Chardonnet. Pour cela, il fallait une église. Il y en aura deux. D'abord Sainte-Colombe, à Saintes, un hangar pour peintres en bâtiment, dont vous faites redécouvrir à tous la splendeur XVIème siècle, ensevelie sous les alluvions et les outrages du temps.Ensuite, à Bordeaux, Saint Eloi, défiguré par 20 ans d'abandon et de squatt, Saint Eloi qui à travers vos mains de tailleur de pierres - car vous vous êtes fait tailleur de pierres pour la circonstance, un talent à ajouter à tant d'autres, à tous ces dons que le bon Dieu vous a fait à profusion - a retrouvé sa dignité séculaire au coeur de la ville.

Il faut bien le dire, ces réussites qui incontestablement sont les vôtres, cette faculté de rebondir et de transformer à vos mesures le théâtre des opérations, cela inquiète vos supérieurs. Devrais-je le dire ? Votre supériorité par rapport à l'événement, vos supérieurs auraient tendance à la prendre comme une menace. Sainte Colombe à Saintes ? Inutile, vous dit-on et même nuisible parce que cela perturbe l'apostolat en place. Saint-Eloi à Bordeaux ? Incroyable et vaguement inquiétant pour l'avenir.

C'est à ce moment, M. l'abbé, que l'on voit saillir encore ce trait essentiel de votre personnalité sacerdotale : la confiance. Vous l'avez donnée aux autres, aux fidèles et aux prêtres. Mais elle est aussi votre carburant personnel. Vous avancez à la confiance. et la confiance que vous aviez mise avec tant d'entièreté en Mgr Marcel Lefebvre, qui fut pour vous non seulement l'évêque rovidentiel maisl'homme unique - un père et un tuteur dans votre sacerdoce - cette confiance disparut peu à peu. La confiance était un peu votre musique intérieure, votre rythme d'actions à l'extérieur. Et vous avez peu à peu découvert, vous qui êtes aussi musicien, que l'on voulait vous faire jouer une musique incompréhensible. l'autorité qui fait confiance devient l'autorité qui soupçonne. L'autorité qui construit devient l'autorité qui détruit. Corruptio optimi pessima, j'abandonne ce jgement peut-être un peu sévère à ceux qui comprennent le latin.
Alors intervient le divorce, non pas parce que vous auriez changé, non pas parce que vous vous seriez lassé. Ce n'est pas un divorce avec la cause, c'est un divorce avec les hommes qui entendent incarner la cause. Vous vous tournez alors tout naturellement vers Rome, pour retrouver la confiance que vous avez voulu faire à Dieu dès le début et que vous avez toujours placée concrètement dans l'autorité religieuse à laquelle vous vous donniez.

Commence alors l'aventure la plus extraordinaire de votre existence. Incrédulité des journalistes. Stupeur de vos meilleurs ennemis. A peine quittée la FSSPX, voilà que vous créez avec quelques amis prêtres, l'Institut du Bon Pasteur dont vous rédigez les statuts. Vous recevez de Rome le pouvoir de faire des enfants, je veux dire de treansmettre votre sacerdoce, en appelant aux ordres ceux que vous aurez choisi. 8 septembre 2006, fête de la Nativité de Marie, jour où vous signez, avec le cardinal Castrillon Hoyos, le jour qui pèse le plus lourd dans votre existence de prêtre.

Qu'est-ce que l'Institut du Bon Pasteur ? Un clone de la FSSPX ? Un jumeau tardillon de la FSSP ? Un rival de l'Institut du Christ Roi ? Rien de tout cela ! Autre chose ! Des chevau-légers, uniquement déterminés par leur tâche pastorale. des prêtres animés par la confiance dans leur sacerdoce. Dans l'Eglise. dans le Christ. A votre image. Pas des fonctionnaires de Dieu, qui distribuent les sacrements à heure fixe ! Des battants imaginatifs et prêts à tout. Vous avez, me glisse-t-on à l'oreille, une expression pour dire cela : des grenadiers voltigeurs.

La différence de l'IBP, c'est vous, c'est nous, ce sont les fidèles de Saint Eloi, qui ont pesé lourd dans la balance au moment de la création de l'Institut. Vous voulez aujourd'hui vous consacrer tout entier à votre tâche de supérieur général, en venant à Paris. Nos prières vous accompagnent. Et nos voeux pour la prochaine décennie de votre jeunesse sacerdotale.

mercredi 24 juin 2009

Une poussée de fièvre plutôt rassurante

Mgr Marc Aillet a dit sa réprobation de la Gay Pride organisée à Biarritz:
«Les revendications tapageuses de groupes pour la plupart étrangers à la ville de Biarritz ne représentent pas, et de loin, la conviction profonde qui anime les personnes homosexuelles. Il suffit de lire tel ou tel témoignage pour comprendre à quel point celles-ci sont en souffrance. Outre le fait que la jeunesse, particulièrement les enfants, n’a pas besoin de voir affichées des revendications aussi agressives, une telle licence sexuelle exposée sur la voie publique ne peut avoir que des effets négatifs sur la moralité sociale et le bon sens de la majorité de nos concitoyens.»
Il l’a écrit à Didier Borotra («Je tenais à vous communiquer en toute simplicité ces quelques réflexions») qui est maire de Biarritz. Lequel n’a pas apprécié la prise de position de l’évêque («j’ai eu honte à la lecture de votre lettre») et le lui fait savoir :
«En tant qu’homme politique, je ne me mêle jamais des affaires de l’Eglise et je vous conseille d’en faire autant.»
… et aussi :
«De toute évidence, vous ignorez les lois de la République»
On peut argumenter que les lois de la République, justement, autorisent le citoyen Marc Aillet à exprimer son avis, même négatif, même concernant un élu local. Mais je ne crois pas que ce soit cela qui est en cause.

Ce qui est en cause ce n’est pas qu’un évêque ou un prêtre prenne position. Personne n’a jamais reproché aux évêques de France de s’exprimer sur les sujets les plus divers - ils ne s'en privent d'ailleurs pas: «le développement de l’Union européenne a été un facteur de paix et de prospérité», «les événements qui se déroulent depuis plusieurs semaines à Gaza sont effroyables» ou encore «dans la France d’aujourd’hui, serait-il moins risqué de frapper sa femme que son chien?». Personne n'a jamais reproché non plus à l'abbé Pierre de s'intéresser à des questions sociales.

Ce qui est insupportable à la France de 2009 c’est que Mgr Marc Aillet aille contre le courant. Qu’il s’exprime comme tout le monde (paix=bien, violence=mal) et c’est bien volontiers qu’on lui passera le micro. Qu'il aille dans le sens général, et on rendra hommage à son courage. Mais que sur d’autres sujets il ne chante pas en chœur, et c’est la levée de bouclier sur l'air de «de quoi se même-t-il?!». Hargne, quolibets et trépignements. Ces poussées de fièvres (Benoît XVI et les capotes, Mgr Aillet et la Gay Pride) seront d’autant plus fréquentes que la société se déchristianisera, et que l’Eglise fera entendre son message.

Il n’y a pas à s’en inquiéter. C’est même plutôt rassurant. Le Saint Père l’a redit, «Jésus a été en fait ‘un signe de contradiction’ (Lc 2, 34), et il continue à l’être, même de nos jours».

mardi 23 juin 2009

La sainteté "light" et le désir de Dieu

Il y a des anglicismes qui n'ont pas d'équivalents en français, celui-là par exemple, que l'on peut facilement rapprocher d'un autre : soft, par exemple dans l'expression si bien trouvée soft idéologie qui caractérise notre aujourd'hui. Les idéologies ont perdu leur mordant, c'est incontestable. Elles n'ont rien perdu de leur prégnance. Nous restons englués dans une vision du monde où le positionnement idéologique (devenu virtuel pourtant et quasi vide de signification) a plus d'importance sociale que la pensée personnelle. On peut penser que c'est moins grave, l'idéologie, parce que c'est soft : plus d'Auschwitz, plus de Goulags. Mais toujours moins de force vitale. Toujours moins de pensée. Toujours moins de responsabilités personnelles. Toujours plus de confort. Toujours plus de consensus. toujours plus conformité collective et de conformisme.

Ce conformisme, saint Paul nous l'interdit : Nolite conformari huic saeculo, ne vous conformez pas à ce siècle. Quand il y a unanimité quelque part sur un pb moral ou spirituel, c'est mauvais signe ! Ne vous conformez pas, ne rentrez pas dans la logique de l'imitation, qui, comme l'explique René Girard est celle de l'envie. Ou alors - toujours saint Paul - "Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ".

La seule imitation qui n'est pas mortifère est celle du Christ. Pourquoi ? Bérulle, le grand cardinal de la dévotion française l'explique à l'envi, cette imitation-là n'est pas de notre fait, elle se réalise en nous par lui. Il le dit et le répète : "Jésus est le vrai peintre de soi-même". Son éclat se reproduit sur nos âmes comme sur des miroirs, sans que nous y prenions garde. C'est lui qui s'imite en nous. Ou alors c'est artificiel. Ou alors nous essayons de l'imiter sans beaucoup de succès.

Est-ce à dire que nous sommes purement passifs et que les quiétistes ont raison ? Non ! Pour que le Christ s'imite en nous, encore faut-il que nous l'admirions, que nous nous tournions vers lui, que nous désirions comprendre son image. Un miroir ne reflète rien s'il est mal orienté. Si nous ne nous orientons pas de toute notre liberté vers le Christ, le Christ ne peut pas s'imiter en nous.

Nous, c'est vrai, nous aimerions imiter ce que nous comprenons de lui. Pour l'un ce sera son humilité. Pour l'autre, sa puissance sur les foules. Pour un troisième sa proximité merveilleuse avec le Père. Si nous n'aimons pas assez le Christ, si notre amour n'est pas assez actif, s'il n'est pas vraiment inconditionnel, alors nous choisissons tel ou tel aspect du Christ, tel ou tel enseignement du christianisme.

Celui qui est vraiment actif, non seulement il choisit tout, mais il est prêt à tout, à n'importe quel moment de sa vie, sans souci de cursus ou de ses préférences personnelles. Cette "indifférence", caractérisée génialement par saint Ignace dans ses Exercices, n'a rien à voir avec la passivité du fatalisme. Cette indifférence est le propre de celui qui, littéralement est prêt à tout. La sainteté c'est cela : être prêt à tout pour Dieu et avec Dieu.

Dans toute sainteté, il y a une forme de radicalisme. Pas de demi mesure. Pas de demi foi. La sainteté disait sainte Thérèse d'Avila, c'est quelque chose de viril : "Soyez viriles mes filles". La sainteté ne procède pas seulement du choix de Dieu, mais du désir qui nous oriente vers lui. Sans ce désir, rien ne se passe.

C'est ce qui me choque dans certains portraits de saints ou de saintes, qui ont illustré les années 60, autrement dit les fameuses Glorieuses dont parle Fourastier. Je viens de lire Pauvre et saint curé d'Ars de Mgr Pézeril : c'est un peu cela. Le géant devient surtout un gentil. Oui : gentil curé d'Ars. Rémi Soulier l'avait remarqué en son temps. On gomme les aspérités du personnages ou alors on les fait servir à une démythification du bonhomme, dépressif, cyclothymique, comme nous tous ! Idem pour sainte Thérèse de l'Enfant Jésus racontée par Jean François Six : une jeune fille trop imaginative et qui le paiera cher... Le bouquet, c'est le relooking du Père de Foucault : ce mauvais garçon, qui fonda un bordel militaire et passa sa vie à faire pénitence, on en fait une sorte de feignasse, donneur de leçons retiré de tout, spécialiste de l'inculturation et de l'enfouissement, dont on tâche d'oublier le martyre. La Congrégation des petits frères et des petites sœurs paiera cher une telle erreur de lecture.

Il n'y a pas de sainteté light. La sainteté est une conversion du désir. Jamais son abolition. C'est la raison pour laquelle, même si les saints peuvent avoir leur déséquilibre, la sainteté qui commence par ce désir éperdu de Dieu et de l'image du Christ en nous, suppose, en tant que désir réalisé, une intégration psychologique et un équilibre, qui se réalise sans doute à des hauteurs dont on n'a pas l'habitude, mais qui ne peut pas se réaliser dans l'abandon, le mal de vivre ou une ataraxie quelconque, qu'elle soit subie ou suscitée.

Le désir de Dieu, désir de vérité et donc désir vrai ou vrai désir, nous met debout et nous fait vivre, avec "une puissance" comme dirait saint Paul, une intensité que nous ne réalisons pas tant que nous restons étrangers à l'aventure. Pas de déséquilibrés parmi les saints. La sainteté est un équilibre, parce qu'elle est un désir qui trouve son objet et s'y complaît.

Si ce désir vous prend ou vous a pris le cœur, ne croyez pas que vous le satisferez de manière light, en restant dans le monde. Il ne vous laissera pas en paix, vous prendra et vous reprendra, tant que vous n'aurez pas trouvé moyen de tout (lui) donner.

samedi 20 juin 2009

[Ktotv / "Portrait de Prêtre"] Abbé René-Sébastien Fournié

Dans sa série de portraits de prêtres, Ktotv a posé quelques questions à l'abbé René-Sébastien Fournié, qui dirige à Rome un convict de séminariste de l'IBP.
Durée: 5:00 minutes
Publication: 19 juin 2009

Pour voir la vidéo, cliquer sur l'image.

Aujourd'hui l'image du prêtre

En vacances au Portugal, mon papa se fait alpaguer par un groupe de religieuses en quête d'une bénédiction. Forcément: avec son imper bleu marine, ses chaussures tristounettes et son veston trop sage... les sœurs, de leur oeil exercé, l'avaient pris pour un prêtre.

Le grand public est moins subtil. Il ne voit guère d'autres prêtres que ceux que lui montre la société du spectacle, pour lui vendre un camembert de tradition ou le divertir. Il faut alors que ces prêtres soient immédiatement identifiables: soutane et col romain. Paradoxe: pour que son cerveau imprime 'prêtre', le spectateur a besoin d'une image sans lien avec celle de 99% d'entre eux.

Une bonne illustration valant mieux qu'un mauvais laïus, je vous en mets deux. La première vend des pâtes. (La société Panzani, ai-je lu, proposait de financer la visite de Jean Paul II à Lyon - ils demandaient qu'en échange Don Patillo descende en parachute sur le stade Gerland, au moment où Sa Sainteté arriverait en voiture. Lard ou cochon? Heureusement, proposition non retenue.)

La seconde est un instantané du plus grand show de France: le JT de TF1. Il s'agissait d'illustrer quelques propos sur les prêtres (80% des Français pensent que ces hommes dont ils ignorent tout devraient se marier. Étonnant attachement à cette noble institution: statistiquement la moitié des sondés ne se marieront pourtant jamais - la moitié de l'autre moitié divorcera.) Quelle meilleure image du prêtre que la messe, et quelle meilleure image de la messe que le rite tridentin? Bref, les gens du JT ont choisi une photo de l'abbé de Tanoüarn célébrant au Centre Saint Paul.

jeudi 18 juin 2009

Demain l'année du prêtre

C'est le 19 juin que le Saint Père lance l'année du prêtre. Une initiative qui aurait pu rester parfaitement vide ou formelle si vous voulez, sans l'image du Curé d'Ars qui s'y trouve associée, puisque Benoît XVI déclarera cette année patron de tous les prêtres du monde ce petit prêtre aux traits anguleux, alors que l'on célèbre en 2009 le 150ème anniversaire de son décès.

Associer le curé d'Ars et l'année du prêtre, déclarer le curé d'Ars patron de tous les prêtres, c'est un trait de génie.

Je voudrais vous raconter un souvenir personnel. J'étais en 4ème au milieu des années 70. Nous avions en catéchèse (sic) un fort bon prêtre l'abbé Ruffier. Il se promenait parfois en soutane au collège (à l'époque je n'en avais jamais vu que de loin), en nous disant à nous les gosses, avec une expression indéfinissable qui devait être de la tristesse : il faut user les vieux vêtements ! Sa catéchèse était... très in, pourtant. Je me souviens d'un forum pour ou contre la peine de mort, à propos de Patrick henry assassin d'un petit garçon pour lequel il avait obtenu une rançon. Le débat pour ou contre la peine de mort avait bien duré un mois. Une autre fois, il avait décidé de nous commenter un texte du cardinal Marty qui venait de paraître et qui s'intitulait : "le prêtre à la recherche de son identité". Et l'on avait tellement l'impression - j'en ai gardé un sentiment poignant - que c'était lui le prêtre à la recherche de son identité, que cette recherche lui pesait tellement qu'il l'imposait à des gosses complètement dépassés par la question et que... oui... il était un peu perdu.

Sans doute ne savait-il plus très bien quoi croire. Je me souviens aussi de son Commentaire sur les récits de la Nativité : "Oh ! Les anges, c'est le cinéma de saint Matthieu".

Ca marque un enfant attentif ces choses là. En le voyant (il m'invitait prendre le thé, avec une maladresse extraordinairement touchante), je me suis juré que si j'étais prêtre, je ne serai jamais à la recherche de mon identité...

Eh bien ! L'image du Curé d'Ars... C'est bien cela. Benoît XVI ne souhaite pas promulguer une année de recherche sur l'identité sacerdotale. Il a trouvé un antidote à la recherche stérile : le Curé d'Ars. Isabelle de Gaulmyn est choquée dans la Croix que ce soit un prêtre antéconciliaire et elle s'essaie à conciliariser Jean Marie vianney ("un pauvre prêtre avec ses faiblesse etc. C'était déjà le refrain de l'abbé Daniel Pézeril dans Pauvre et saint Curé d'Ars) : encore une qui n'a rien compris à l'herméneutique de continuité ! Il ne s'agit pas de réinterpréter le passé ou de réécrire l'histoire de l'Eglise dans une sorte de révisionnisme plus ou moins conscient, mais d'accepter cette histoire et de la vivre au présent.

Comme dit Claire Thomas dans le dernier Monde et vie, la Contre réforme du 21ème siècle a déjà commencé. La question du sacerdoce est cruciale, comme l'avait bien vu un certain Mgr Lefebvre. Benoît XVI l'a résolu... Grâce au Curé d'Ars, désormais le prêtre modèle porte soutane. Et même le rabas dit gallican !

samedi 13 juin 2009

Les visages de l'amitié

Très belle question d'un anonyme dans le précédent post qui titrait sur l'amitié française. L'expression suscite la critique de mon interlocuteur. Pourquoi ? Il y a les amitiés libanaises, les amitiés viet-namiennes. Pourquoi pas les amitiés françaises ?

L'argument mis en avant par l'anonyme est que l'amitié doit être universelle.

Première réponse : l'amitié, quelle qu'elle soit, suppose une forme de choix. On peut décider d'aimer tout le monde, mais on ne peut pas être l'ami de tous. Même le Père de Foucault n'y a pas prétendu, alors qu'il s'est approché très près de cette amitié universelle en se voulant lui-même "le frère universel". Frère ? non pas par sa propre décision, mais en tant que membre du corps mystique auquel tous les hommes sont appelés. Le Père de Foucault peut dire qu'il est le frère de tous en Jésus Christ, qui formellement est le seul "frère universel". Mais il ne peut pas dire sans mentir qu'il est "l'ami universel", car toute amitié suppose un choix. On la veut. On la poursuit. On la réalise l'amitié. Oui : on la fait. Celui qui n'a pas d'ami ? A-t-il essayé - vraiment - de s'en FAIRE?

Peut-être mon critique, en employant cet adjectif "universel" veut-il dire non pas qu'on doit être actuellement l'ami de tout le monde (cela est impossible et contraire à l'amitié), mais qu'on doit POUVOIR DEVENIR l'ami de toute personne, même la plus éloignée apparemment. Cette considération est belle, mais il faut pouvoir distinguer.

J'invoquerai ici Aristote aux livres VIII et IX de l'Ethique à Nicomaque, qui forme l'un des plus beau ensemble qui existe sur l'amitié. Aristote souligne que l'amitié doit aller de pair avec une forme de communauté : grec koinônia. Dans le latin de saint Thomas, cela donne : communicatio. Pas d'amitié sans communauté.

Mais il existe différents types de communauté, la communauté naturelle et la communauté personnelle. On peut dire, pour tailler le pb à la serpe, qu'au Livre VIII, Aristote traite essentiellement de l'amitié en rapport avec les communautés naturelles et les groupes sociaux : amitié entre l'homme et la femme dans le mariage, amitié entre le maître et l'esclave, amitié entre les citoyens, amitié entre les hoplites, entre les marins etc. Aristote ne pense pas qu'une appartenance commune soit un obstacle à l'amitié, au contraire. Et de fait l'amitié politique (dont saint Thomas parle lui aussi à la question 100 de la IaIIae) est un bel idéal de vie politique. Dans cette perspective, l'amitié française, l'amitié qui existe au sein de la plus vieille nation du monde et qui unit des gens dans un même amour de leur héritage culturel et politique, n'a rien de choquant.

Je dirais même que ce qui est choquant aujourd'hui c'est que l'on ne cherche plus à réaliser cette solidarité sociale, cette amitié politique qui est à la source de la véritable justice sociale... C'est que nous passons lentement de ce qu'Alain Peyrefitte appelait les sociétés de confiance à des sociétés de défiance au sein desquelles la seule chose qui compte c'est l'individu.

Cela dit, il serait absurde de réduire toute amitié à une solidarité civique quelle qu'elle soit. Aristote au Livre IX de l'Ethique à Nicomaque envisage la Koinônia non plus comme la matrice de l'amitié, mais au contraire comme son résultat. L'amitié cherche l'union. L'amitié cherche la ressemblance des pensées, des goûts et des occupations. Elle réalise sinon une fusion, en tout cas une ressemblance entre les amis. Cette amitié, en droit, peut naître indépendamment de toute communauté, par le choix libre par la préférence exprimée de deux individus, "parce que c'était lui, parce que c'était moi" disait je crois Montaigne de La Boëtie et de leur amitié qui a frappé les contemporains.

Inutile de préciser que l'amitié qui crée la communauté est rare. Le plus souvent, l'amitié est engendrée par la communauté (d'où l'utilité de la notion d'amitié française). On peut penser que pour beaucoup d'entre nous, c'est le schéma psychologique du Livre VIII et non le schéma psychologique du Livre IX de l'Ethique à Nicomaque qui s'applique.

Si le nationalisme est cette amitié, selon une tradition qui, après saint Thomas remonte à Louis de Bonald, en quoi est-il condamnable. Le nationalisme condamnable n'est pas celui qui développe l'amitié au sein d'une communauté nationale, mais celui qui juge d'un homme en fonction de son appartenance ou de sa non appartenance à un corps national donné. Oui ce nationalitarisme là est condamnable. Mais pas l'autre.

Quant à l'actualité de cette amitié française, nous voyons bien que cet amour des Français entre eux, au nom d'un même amour de la France, est le seul antidote aux régressions communautaristes, qui finiront toujours, volens nolens, en guerre des communautés.

vendredi 12 juin 2009

Chez les militants de l'amitié française

Conférence hier au Centre Charlier sur Jonas. Un rendez-vous d'amitié, oui d'amitié française. Mon hôte, Bernard Antony, accent mais aussi chaleur méridionale, insiste beaucoup sur le manque de virilité d'un certain catholicisme, comme en écho à l'idée que je développe dans Jonas : "Il faut sauver le désir".

D'où vient la crise de la conscience chrétienne ? D'où vient la féminisation du christianisme ? Je propose de considérer que, soupçonnant tout désir, même les meilleurs, Fénelon invente le "pur amour", un concept plein de bonnes intentions, mais qui autorise la première dissociation (dissociation contre nature !) entre amour de Dieu et désir de Dieu. Cet amour sans désir est largement à l'origine, me semble-t-il, du moralisme catholique et de ce que Bernard nomme le manque de virilité des chrétiens.

Au lieu de la morale négative qui nous enferme dans une sorte d'étrange nihilisme du bien ("Tu ne feras pas..."), il faut promouvoir la morale évangélique des talents : désir du bien, désir des belles œuvres, ce qui reste dans l'universel vacuité : Heureux les morts qui sont morts dans le Seigneur car leurs œuvres les suivent (Apocalypse).

Qu'est-ce qu'oppose le christianisme à ce que Freud nomme la pulsion de mort dominant et couronnant l'Eros ? - Les œuvres. Le chrétien devient ce qu'il fait : "Celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées" (Jean 3). Miracle du Bien et de la métamorphose (de la conversion) qu'il opère en chacun de nous. Et symétriquement, j'y reviendrai, impossibilité de toute banalisation du mal, parce que l'on devient le mal qu'on fait.

jeudi 11 juin 2009

Peut-on banaliser le mal ?

Je pose la question en m'inspirant de la distinction que fait opportunément l'anonyme qui intervient en commentaire du post sur Auschwitz et la culture.

Dans le langage courant, une voiture banalisée c'est une voiture de police que rien ne distingue des autres voitures, une voiture de marque française, de couleur blanche etc. La plus ordinaire.

Eh bien ! La banalisation du mal est souverainement dangereuse. Il s'agit de faire comme si le mal n'était pas le mal, comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde etc. Cette banalisation du mal est sans doute la suprême ruse du diable, qui, quand il ne sait plus quoi inventer se banalise et, comme dirait Baudelaire, fait croire qu'il n'existe pas. Elle est tellement dangereuse que l'on peut se demander (c'est ce que j'avais fait en quelques lignes) si elle est possible sans un fond de mauvaise foi.

Expliquer Auschwitz et la terreur bolchevique par la banalité du mal, c'est au fond renoncer au scandale du mal, c'est accepter que le mal puisse se banaliser. Je crois que les analyses de Sartre sur la mauvaise foi (cette faculté qu'a l'homme de se mentir à lui-même) seraient de circonstance. Il me semble que parler de la banalité du mal, c'est accepter qu'on le maquille... comme on maquille une voiture volée ou comme se maquille une fille qui a trop servi pour jouer encore les produits d'appel.

Le Christ dans l'Évangile vient nous révéler non pas la banalité mais la gravité du mal. C'est dans la mesure où nous comprenons cette gravité que nous aspirons à la rédemption. Au contraire, si nous consentons à la banalité du mal (version Arendt au Procès Eichmann ou version Polnareff "On ira tous au paradis, on ira"), nous nous ôtons toute chance de considérer que le salut est proche de nous ou que, comme dit saint Paul "là où le péché a abondé, la grâce surabonde".

Aussi étonnant que cela puisse paraître aux Pharisiens, c'est le péché qui descelle les verrous de l'âme et l'ouvre à la grâce. Le péché, si vous l'extrayez à la hâte d'un catalogue, peut être parfaitement banal. Mais si vous avez le courage de reconnaître votre péché comme un acte personnel, qui dénote telle faiblesse ou telle faille, si vous avez le courage, ce péché, de le regarder un instant, non seulement il n'est pas banal mais toujours atroce, mais il devient salutaire parce que la conscience de notre faiblesse nous pousse dans les Bras de Dieu.

Ne cédons jamais à la mauvaise foi qui nous fait banaliser le mal lorsqu'il vient de nous et parce qu'il vient de nous.

Ne cédons pas non plus au péché d'orgueil en nous permettant de juger des péchés des autres sur les apparences, comme si le mal n'était pas toujours au-delà des apparences, dans les intentions. N'oublions pas qu'en dehors de nous et plus exactement que nous même pour nous mêmes, le seul juge est Jésus Christ, à qui "le jugement a été remis" (Jean 5). La banalisation des jugements téméraires, de la diabolisation et des foules lyncheuses est le piège ultime.

mardi 9 juin 2009

Auschwitz et la culture

Je viens de terminer un magnifique recueil de conférences, signé Imre Kertèsz et publié chez Actes sud, qui s'intitule, sans qu'il soit besoin de plus ample commentaire L'Holocauste comme culture. Et je me dis, sans faux jeu de mots, qu'il y a dans ce livre de quoi rendre le problème de la culture un peu plus brûlant, un peu plus crucial qu'on ne le ressent ordinairement.

La thèse de Kertèsz est simple : Auschwitz n'est pas seulement une exception monstrueuse, mais un aboutissement de la crise de la culture et de la crise de la conscience européenne. Différence entre le nazisme et le communisme (contre les thèses d'Ernst Nolte sur la Guerre civile européenne) ? Le communisme promulgue la barbarie comme moyen pour établir le paradis sur la terre. Son histoire est "le passé d'une illusion" selon la formule de François Furet. Quant au nazisme, il ne se cache pas de vouloir pour elle même une barbarie discriminatoire, dans laquelle l'idée même de nature humaine est déclarée périmée. La culture occidentale se trouve ainsi niée dans son fondement profond. Ainsi s'explique la fameuse formule attribuée à Goering, vraisemblablement prononcée par von Schirach, objet de tant de citations plus ou moins controuvées : "Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver".

La question qu'il importe de se poser et qui rend le problème d'Auschwitz encore pendant, non forclos jusqu'aujourd'hui, c'est : pourquoi, dans l'un des pays les plus cultivés d'Europe une telle négation des fondements élémentaires d'une culture humaine ?

Annah Arendt a soutenu, on le sait, l'idée (foncièrement anti chrétienne me semble-t-il) d'une banalité du mal. S'il y a eu Auschwitz, explique-t-elle en substance dans Le Procès Eichmann à Jérusalem, c'est parce que ce monstre politique qu'est l'Etat moderne a médiatisé le mal, l'a dilué dans l'obéissance et l'a rendu... épouvantablement banal.

Je dis que cette idée de la banalité du mal est anti chrétienne parce que jamais un chrétien n'acceptera de voir diluée sa responsabilité personnelle dans aucun brouet politique ou métaphysique. Dans le Royaume des cieux, chaque homme est une personne et chaque personne est responsable... On peut abdiquer sa responsabilité. C'est un peu comme si l'on abdiquait sa vie... C'est une forme de suicide moral.

Ce que nous montre Auschwitz ? C'est que la culture n'est jamais facultative pour aucune personne. Le personnage de Jonathan Littell, l'Obersturmführer Aue, qui prétend au plus grand raffinement humain tout en vivant personnellement, au bord des fosses communes la barbarie nazie est un personnage impossible. Un personnage à la limite, une sorte de Borderline psychologique, ce que l'on appelait autrefois un P4 grave.

La question est de savoir si la culture occidentale n'a pas entretenu jusqu'en son sein cette schizophrénie entre raffinement et barbarie, la virtuosité que donne la culture servant avant tout, dans cette hypothèse, à se détacher de toutes les formes de la responsabilité. La barbarie, si notre hypothèse se vérifie, ne naît pas malgré la culture, mais grâce à la virtuosité qu'elle confère et au nihilisme qu'elle engendre et dont elle se nourrit.

"Je pense que la culture sans le culte tourne au déchet" disait le romancier allemand Hermann Hesse. Il me semble qu'Auschwitz est le déchet monstrueux d'une des cultures les plus raffinées du monde, qui, ayant oublié le culte, a utilisé son raffinement et sa virtuosité, comme Max Aue, à promouvoir l'agnosticisme, c'est-à-dire l'indifférence (au bien et au mal) et donc la schizophrénie...

samedi 6 juin 2009

Le Saint Esprit et l'ennéagramme

"Tout ce qui est excessif est insignifiant" laissait tomber avec mépris (ce mépris dont il faut paraît il être économe à cause du grand nombre des nécessiteux) le prince de Bénévent, le Duc de Dino, autrement nommé Charles Maurice de Talleyrand Périgord. Le Saint Esprit et l'ennéagramme... C'est excessif comme rapprochement. Et donc...

Session ennéagramme aujourd'hui au Centre Saint Paul, lumineuse et très suivie. Quelques uns d'entre vous, venus uniquement grâce au Blog, je les salue. Notre travail d'aujourd'hui a été animé, avec son aisance habituelle, sa simplicité toujours accessible et ce sourire qui vient de l'âme, par notre formateur préféré.

Je n'avais pas voix au chapitre, me contentant d'écouter. Sur la fin, pourtant, une question me fut directement adressée : quel rapport entre l'ennéagramme et le Saint Esprit ? Quel rapport entre l'ennéagramme et la vie spirituelle ? D'autres sur ce Blog, sans doute par ignorance, ont posé la même question voici quelques semaines, mais sur un mode agressif. Cette fois, Madame de M., ayant assisté à la formation, sachant de quoi elle parlait, a posé la question sans l'once d'une aggressivité. Par curiosité chrétienne simplement. Qu'elle en soit remerciée.

C'est tellement plus simple quand on ne soupçonne pas l'autre d'être le diable ! Si je n'avais pas peur de tomber sous le coup de mon propre raisonnement, je dirai que le propre du diable c'est de diaboliser...

Et puis, tant que j'y suis : c'est tellement beau (et trop rare) la curiosité chrétienne, cette volonté de savoir, ce désir de comprendre par la foi et dans la foi, sans jamais considérer, comme tant de chrétiens congénitalement paresseux, que la foi dispense de la recherche et de la connaissance.

Mais ne nous égarons pas ! Revenons à cette question, qui me fait établir un rapport (excessif diront certains) entre l'ennéagramme et le Saint Esprit.

J'ai réfléchi toute la semaine à ce que l'on pourrait appeler "une anthropologie de la Pentecôte". L'homme, corps et âme, étant, par lui-même un être fini, quelle est la place du Saint Esprit dans le bazar.

L'ennéagramme peut-il nous éclairer ? Justement, cette méthode au nom barbare nous apprend à nous repérer dans ce bazar intérieur dans lequel nous vivons, à ne pas écraser la porcelaine, à ne pas casser ce qui est fragile en nous, à estimer ce qui est fort, bref à faire l'inventaire du magasin. Ou, si vous préférez, à regarder sous le capot, sans se contenter de frimer avec des effets de moteur ou des crissements de pneus (comme ceux qui croient qu'il n'est pas nécessaire de se connaître soi-même et qui friment sans jamais oser se regarder dans un miroir).

A quoi sert la connaissance de soi ? Cela représente un grand progrès pour chacun de savoir un peu ce qu'il a reçu en dotation. Nous pouvons ainsi mieux comprendre non seulement la nature, la loi naturelle, les lois morales qui nous guident, mais notre nature individuelle, âme et corps, qui existe aussi comme le souligne saint Thomas dans le De ente et essentia, contre les platoniciens. Chacun d'entre nous, nous possédons une nature individuelle, qu'il est inutile de violenter, qu'il faut respecter, mais qui ne doit pas nous asservir à ses caprices ni à ses manières d'être. La meilleure manière d'en être esclave, c'est de refuser de la connaître.

Cela étant dit, force est de reconnaître que l'ennéagramme ne nous dit rien (mais alors RIEN) du Saint Esprit en nous. Le rapprochement, initié au début de ce post, est décidément trop exorbitant pour être honnête.

Certains diabolisateurs, au vu de ce constat, froidement asséné, vont jubiler : "Si l'ennéagramme ne dit rien de l'Esprit saint, c'est donc qu'il pousse à ne pas y croire. On vous disait bien etc.".

La réalité me semble un peu plus complexe. Réfléchissons une seconde : une nature (même une nature individuelle) ne suffit pas à définir un homme. Le naturalisme du XVIIIème siècle (pour des raisons religieuses ou antireligieuses en fin de compte) a voulu nous faire croire le contraire. L'homme, dans l'esprit des Lumières, est adéquatement défini par sa nature individuelle. Résultat : il faut supprimer tout ceux qui, à cause de leur mauvaise nature, s'opposent au bien en marche dans l'histoire, les ennemis du peuple et tous ceux dans les veines desquels coule un sang impur. Ils sont irrécupérables. N'oublions pas que, comme le répète Reynald Secher, qui n'a jamais été valablement contredit à ce jour, c'est la Révolution française qui a inventé la dépopulation, seule apte à permettre une véritable régénération de la nature de l'homme... On emploie aujourd'hui le terme de génocide.

Un chrétien, lui refusera toujours de réduire l'homme aux déterminismes issus de sa nature. A travers les natures individuelles, il saisit des sujets en acte, c'est-à-dire des personnes, faisant exister d'une manière ou d'une autre (mais toujours librement) les déterminismes, les blocages, les limites mais aussi les qualités, les dons inhérents à leur nature. L'homme ne se réduit pas à une nature. Comme Cajétan, le premier l'a laissé entendre, il est une existence, une liberté, un sujet une personne. C'est en tant que tel qu'il est jugé, faillible mais toujours perfectible, jamais parfait mais jamais non plus, jusqu'à son dernier souffle, déterminé au mal.

C'est dans cet ordre de l'existence et de la liberté qu'intervient l'Esprit saint. Et, comme y insiste à plusieurs reprises la cérémonie magnifique du baptême des adultes, si ce n'est pas l'Esprit saint qui fait agir l'homme pour le bien et pour l'amour, c'est un autre esprit : Exi immunde Spiritus et da locum Spiritui sancto Paraclito.

Différence entre les Esprits ? L'Esprit saint est le défenseur (c'est la signification de Paraclet), le conservateur des richesses de l'être. Plus encore... Avec toute la prudence requise, il est le banquier qui nous permet de vivre à crédit, au dessus de nos moyens naturels, fiers et droits comme des fils et des filles de Dieu, sans jamais faire faillite, parce que cette banque là... banque de la grâce et de la miséricorde, elle n'est pas comme Lehmann Brothers et toutes les banques humaines... Elle ne risque pas la banqueroute.

L'Esprit immonde est le destructeur, le manipulateur, parce qu'il est Menteur depuis le commencement. Sa logique à lui, ce n'est pas l'amour vivant dans tous les vrais désirs de l'homme, c'est le désir phagocitant l'amour et se substituant à lui, le désir qui fait croire à l'infini et produit en série des caniches, prêts à disparaître dans le néant...

Qui dira que ce dilemme n'existe pas ?

Ce dilemme est celui de notre existence, de notre destinée. L'ennéagramme concerne notre essence individuelle. Son rôle ? Nous permettre, dans le vertige qui nous saisit lorsque nous réfléchissons aux deux termes du dilemme, de garder, avec la tête froide, ce que j'ai appelé à l'instant la prudence. Inutile la prudence ? C'est sainte Catherine de Sienne, cette divine imprudente dont la fougue ramena le pape à Rome contre tous les pronostics et toutes les raisons des experts de l'époque, qui dit que la charité sans la prudence se détruit elle-même.

Alors l'Ennéagramme et le Saint Esprit ? C'est comme la prudence et la charité : ça va ensemble, même si ça n'a rien à voir.

mercredi 3 juin 2009

Dialogue sur la joie

- LUI : Parler de la joie, c'est une gageure. Ou un passe temps d'adolescent. On peut se demander si, lorsqu'on parle de la joie, ce n'est pas surtout parce qu'on ne la connaît pas. On en parle ou on en parlerait pour la faire advenir, pour la capter dans l'incantation du langage. La joie, on l'a ou on ne l'a pas. Alors... à quoi bon... y réfléchir ?

- MOI : A quoi bon ? Croyez-vous vraiment ? Ce langage signifierait que nous n'avons rien à découvrir de nous-mêmes, que nous sommes entièrement dans l'instant qui nous porte, que nous n'avons aucune épaisseur. Ce langage instantanéiste du j'y suis, j'y suis pas, du je m'éclate ou je m'emm... signifierait que l'idée même de vie intérieure (ce dialogue permanent de soi avec soi qui nous constitue nous-mêmes) serait périmée... Notre vie intérieure serait-elle devenue inaccessible ? Ne serait-ce plus qu'un mot que l'on prononcerait uniquement pour se donner bonne conscience ?

- LUI : Eh bien oui ! A quoi bon la vie intérieure ? La conscience qui revient sur elle-même est toujours malheureuse. Essayer de comprendre, c'est toujours se préparer à souffrir. Vraiment très peu pour moi. je vis beaucoup mieux sans me poser de questions.

- MOI : Beaucoup mieux ? Nous sommes effectivement dans la société de l'euphorie obligatoire. L'essentiel est d'afficher en toute circonstance le sourire "Cheese" qui va bien (qui n'attire pas l'attention), quitte à consommer pour cela quelques pilules, remboursées par la Sécurité sociale. Nous vivons dans une sorte de fuite en avant vers le bonheur, qui, il faut bien le reconnaître, malgré les apparences publicitaires et les paradis artificiels, constitue comme le contraire de la joie. Ce bonheur (qui n'est qu'un banal bien être) se consomme, tout en surface. la joie, elle, vient toujours de la vie intérieure. La joie vient de loin ! C'est pour cela du reste que, contrairement au bonheur, que l'on peut apprendre dans les Manuels du Savoir vivre républicain, la joie ne s'apprend pas dans les livres... Pour réaliser le bonheur républicain, il suffit de descendre, avec son sourire bien accroché, à la fête des voisins. "Tous ensemble, tous ensemble... Fra-ter-ni-té". le bonheur se décrète, au niveau personnel et même au niveau social ou politique. La joie ? C'est plus compliqué.

- LUI : Vous le voyez, j'avais raison de dire que parler de la joie ne sert à rien. Vous reconnaissez vous-même que la joie ne s'apprend pas dans les livres et que ce n'est pas en en parlant qu'on en découvre le mode d'emploi...

- MOI : La joie ne s'apprend pas dans les livres, elle s'apprend à travers un effort persévérant pour une véritable connaissance de soi. Je viens de prononcer le mot clé : "véritable". La joie ne fait jamais l'économie de la vérité et la vérité dont elle naît, c'est d'abord cette vérité personnelle que l'on nomme connaissance de soi.

- LUI : C'est curieux, je pensais qu'en tant que prêtre, vous alliez dire, comme vous l'avez déjà écrit ici ou là : "la joie c'est le regard sur Dieu".

- MOI : J'aime beaucoup cette formule de Dom Augustin Guillerand, qui continue : "Et la tristesse, c'est le regard sur soi"...

- LUI : Décidément vous nagez dans la contradiction. Vous venez de dire qu'il n'y a pas de joie sans connaissance de soi et maintenant vous excluez tout regard sur soi. il faut savoir ce que vous dites... Vous êtes dans une évolution permanente !

- MOI : Mes amis me le reprochent parfois. Je pense surtout que le réel est compliqué et qu'il faut, comme dit Pascal, "tenir les deux bouts de la chaîne". Comment les faire tenir, ces deux bouts, en une seule phrase ? Disons que la joie ne va jamais sans la connaissance de soi et de sa propre vérité intérieure (allez, disons le : de ses défauts) ; mais cette connaissance de soi ne polarise pas notre regard sur l'image que nous nous faisons de nous-même. Au contraire, en appaisant notre inquiétude, elle nous débarrasse de ce souci de soi dans lequel s'enferment parfois même les meilleurs, et elle nous rend ainsi disponible à la grâce.
Je ne crois pas que l'on trouve Dieu en descendant en soi-même, mais je pense que, sans la connaissance de soi, même les joies apparemment les plus spirituelles pourraient bien relever de l'illusion.

- LUI : Vous voulez dire que le regard sur soi ne saisit jamais qu'une image et un terrible jeu de miroir. Dont acte. Mais alors, je repose ma question autrement, qu'est-ce que la connaissance de soi ?

- MOI : Le Christ dans l'Evangile répond directement à cette question, lorsqu'il dit (c'était dans la messe d'hier, mardi ce me semble) : "Celui qui fait la vérité vient à la lumière". la première condition pour se connaître soi même, c'est de ne pas affectionner l'obscurité, de ne pas craindre la lumière, où "nos oeuvres sont manifestées". Se connaître soi-même, ce n'est pas descendre en soi (on risque le jeu de miroir que vous évoquiez fort bien à l'instant). Se connaître soi même, c'est accepter de porter toutes ses oeuvres à la lumière... En termes plus modernes : c'est jouer cartes sur table. Il n'y a pas de joie pour ceux qui se complaisent dans le secret (ou dans le complot). "Ce que vous avez entendu à l'oreille dit l'Evangile, criez le sur les toits".
Voilà une condition nécessaire de la joie : s'affranchir du secret. La joie procède non d'une improbable spéléologie intérieure, mais de ce désir inextinguible de vérité, qui, nous dit saint Thomas dans la Contra gentes, doit nous mener jusqu'à Dieu.

LUI : Si je vous comprends bien, lorsque vous parliez tout à l'heure de vie intérieure, lorsque vous évoquiez l'épaisseur et le retrait, vous cherchiez simplement à donner du temps à votre approche de la lumière. la joie ne serait-elle pas dans l'acceptation d'un délai ? La joie ne serait-elle pas tout entière dans cette vertu du délai qu'on appelle l'espérance ? Ce que nous avons à découvrir de nous mêmes n'est pas à l'intérieur, comme vous tentiez de le dire, mais en avant...

Dans ce dialogue MOI et LUI sont évidemment un seul et même imbécile.

lundi 1 juin 2009

Demain : Jonas

Le professeur Jean Louis Harrouel devait venir nous parler, au Centre Saint Paul, de l'art contemporain et de la mystification qu'il comporte. Sa conférence est reportée au 23 juin. En lieu et place, je vais jouer les bouche-trou et vous parler de Jonas et son désir, en convoquant, pour ce faire, les spécialistes profanes, Freud, Lacan et Girard et en montrant comment l'Evangile seul offre au désir de l'homme un objet qui ne se périme pas... Du pain sur la planche ! Avec vous ? En tout cas, toutes vos questions, contradictions, remarques, reprises etc. seront les bienvenues. -- Coordonnées du Centre St Paul

dimanche 31 mai 2009

le pélé dans tous les sens

Longtemps j'ai fait le pèlerinage à pied. Ça prend trois jours. Cette année je l'ai fait à vélo. Parti à 7H30 de Notre-Dame de Paris je suis arrivé vers 12H30 à Notre-Dame de Chartres, je mets ci-dessous l'itinéraire pour les amateurs du genre, puis retour vers Paris, par la vallée de l'Eure, Rambouillet et direction Saint-Rémy-les-Chevreuse où je prends le RER tout de même, histoire d'être à temps au Centre Saint Paul pour la messe du soir. Bien sûr j'ai l'impression d'avoir un peu triché, qu'est-ce que c'est que ce pélé où je me lève de mon lit pour m'y recoucher le soir même, à peine un repas dans la nature, un peu mal au dos, même pas mal aux guiboles. Tout de même, si vous êtes cycliste, c'est à faire à l'occasion. La-dessus, je vois un ou deux sourcils qui se lèvent: leur parlerait-on rando, à la place de pélé? Que nenni, que nenni, mais pour parler pélé il faudrait parler prière, et on a sa pudeur.


Agrandir le plan

jeudi 28 mai 2009

[Abbé Henri Forestier] L'Institut du Bon Pasteur est-il charismatique ?

(Lettre aux Amis et bienfaiteurs du séminaire Saint-Vincent-de-Paul – Printemps 2009)

Saint Paul au chapitre 12 de la première épître aux Corinthiens, nous parle des «kharismata», les fameux «charismes», pour désigner ces dons particuliers que Dieu donne en vue de l'édification de l'Eglise. Tels furent les dons de faire des miracles donnés à certains saints, de tel type est aussi la grâce du sacerdoce, tel est encore l'esprit fondateur d'un Institut authentiquement reconnu par l'Eglise.
Ainsi il est arrivé que des évêques nous interrogent sur notre « charisme propre » : Que pensez vous apporter à notre diocèse?
Bien des fidèles aussi, plus simplement, se demandent quel type de prêtre nous voulons former: Comment seront les prêtres de l'IBP à venir?

La réponse se trouve évidement dans nos statuts, et .leur récente publication sur l’internet (cf. le blog de M. l'abbé Laguérie) nous libère d'un devoir de discrétion qui nous incombait jusque là.

Nous allons donc parler de ces statuts, et même les commenter pour. vous, non pas pour assouvir une curiosité déplacée, mais plutôt pour répandre, au nom de l'Eglise, la grâce fondatrice de l'Institut du Bon Pasteur, sa richesse, son charisme.

Deux phrases me retiendront particulièrement:

1°) (L'Institut est) soucieux de préserver la tradition de l'Eglise dans sa permanente actualité (Statuts II, 1).

Tout le monde sait que l'Eglise vit une crise, et une' crise profonde dont nous n'avons sans doute pas encore mesuré toutes les conséquences.
Voir cette crise est une chose mais qui travaille à en sortir? Qui a un projet pour l'Eglise, pour qu'elle revive?
Modestement, à notre place nous répondons: La tradition de l'Eglise est la lumière à laquelle il importe d'envisager l'avenir.
Voilà pourquoi nous voulons la liturgie traditionnelle intégrale et exclusive, voilà pourquoi au séminaire de Courtalain nous voulons former nos séminaristes avec saint Thomas d'Aquin, voilà pourquoi nous attachons une grande importance à l'étude des enseignements des Papes.
Mais cette tradition ne saurait être une simple étude et complaisance stérile dans le passé, elle doit être une lumière pour aujourd'hui!

Ainsi nos séminaristes étudient les problématiques d'aujourd'hui, ceux qui le peuvent seront invités à poursuivre leurs études pour pouvoir apporter davantage, déjà deux de nos professeurs et un diacre, poursuivent leur doctorat en philosophie, théologie et histoire.
Préserver la tradition de l'Eglise dans sa permanente actualité semble bien être la meilleure manière d'agere ut pars, comme aurait dit Cajetan: Agir comme une partie de l'Eglise, lucide et courageuse!

2°) - Le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis est le modèle parfait de cette vie essentiellement apostolique: esprit de service et d'oubli de soi qui est comme le secret de Jésus-Christ. Chaque membre est conscient d'être le «serviteur inutile », de même que l'Institut ne se considère pas comme une fin en soi, mais un moyen au service de l'Eglise, (Statuts 1,3.)

A première vue, l'idéal apostolique que décrit l'image du Bon Pasteur, est l'idéal de tout prêtre, comment y voir un charisme spécial?
Cependant sainte Catherine de Sienne dans ses oraisons voyait dans cet esprit de dévouement une grâce spéciale, qui n'est donc pas faite à tous. Elle écrit:
Je supplie donc, puisque tu inspires dans les esprits de tes serviteurs les désirs anxieux et ardents pour la réforme de ton épouse, et les fais crier en continuelle oraison, que tu exauces leur cri. (Oraison 7).

Dans notre formation, nous veillons à orienter les séminaristes vers l'apostolat futur, vers la soif des âmes. Nos professeurs ou intervenants extérieurs sont, le plus souvent, riches d'une grande expérience pastorale, des conférences ponctuelles exposent des sujets d'actualité, le contact avec les fidèles après la messe du dimanche, rappellent au séminariste le dévouement futur.
Cette grâce nous la demandons dans la prière, pour chacun de nous, pour nos séminaristes, pour qu'ils soient les pasteurs attentifs de demain, les bons et fidèles serviteurs que décrit notre Maître dans l'Evangile.

Ce charisme n'est il pas magnifique ?

Mais me direz vous, tout cela est beau, vos statuts aussi, mais ne sont-ils que lettre morte, pieuse pensée, ou réalité vécue et espoir pour demain?
Autant que peut juger l'humaine faiblesse, je pense et espère que ce désir (qui est un début de réalisation), et cette prière, existent au cœur de nos séminaristes.
Jugez par vous-même: l'un d'eux commentait récemment ainsi la douzième station du chemin de la Croix (La mort de Jésus) :
Mon Dieu ce rachat de la dernière heure, je l'invoque pour mes contemporains, beaucoup d'entre eux vous sont indifférents plus par ignorance et conformisme que par conviction. Envoyez leur des prêtres zélés, des travailleurs infatigables pour leur annoncer votre existence, votre amour envers eux et les joies qu'on éprouve à vous aimer et vous servir. Enthousiasmé par un tel projet, embauchez-moi ô Jésus, au nombre de vos travailleurs ...

Abbé Henri Forestier
recteur du séminaire Saint-Vincent-de-Paul

Esprit libre ou électron libre

«Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté» écrit saint Paul. Les chrétiens ont beaucoup cultivé la vertu d’obéissance. Ils en ont même fait un des trois vœux religieux, indiquant la volonté de perfection. Mais ont-ils assez médité l’enseignement de l’Apôtre des nations sur la liberté ?

Prenons l’obéissance, justement, l’obéissance comme vertu. Elle n’existe pas sans la liberté d’obéir. La vertu d’obéissance suppose en effet ce don mystérieux de la liberté, qui seule lui donne une forme vraiment humaine.

Saint Paul va plus loin encore, dans la célèbre formule que nous citions à l’instant : pour lui, là où manque la liberté, le Seigneur est absent. La liberté n’est pas seulement le signe infaillible qui permet de reconnaître et de qualifier comme tel un acte vraiment humain. C’est aussi la manifestation première de l’Esprit du Seigneur.

Quel est le rapport entre l’Esprit et la liberté ? Les Grecs ne pouvaient ni le comprendre ni même l’imaginer. Peur eux l’Esprit, Noûs, c’est une vision claire de tout ce qui est nécessaire dans le Kosmos. Le Noûs des Grecs nous renvoie à un rapport d’identité que l’on ne peut pas faire évoluer et qui ne varie jamais. Rien à voir donc avec la liberté. Tout est tiré de la nécessité. L’Esprit c’est ce qui ne peut pas être conçu autrement. L’Esprit, c’est ce qui ne peut pas advenir autrement qu’il est conçu. Rien de libre là-dedans !

Mais ce n’est pas de cet esprit-là (le noûs) dont parle saint Paul. L’Esprit dont il parle, c’est celui que l’on découvre dans la Bible, le souffle de Dieu : pneuma. Comment le définir ? C’est un élan. Le Christ déjà le définissait cet esprit comme essentiellement libre : « L’esprit souffle où il veut et tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va » (Jo, 3). Là où est l’élan qui vient de Dieu, là se découvre pour l’homme la liberté véritable, non pas celle qui nous inviterait simplement à « devenir ce que nous sommes », mais celle qui nous pousse à nous surpasser, à nous transformer, à nous convertir.

Il est d’usage de se débarrasser de cette liberté chrétienne d’un revers de main, en traitant dédaigneusement d’électrons libres ceux qui tentent de vivre dans l’élan intellectuel et volontaire, cognitif et affectif que l’Esprit saint met en celui qui l’accueille. Quel erreur de désignation ! L’électron « libre », c’est celui qui, à proportion de sa « liberté », se désolidarise du noyau de tel atome et se trouve disponible pour toute combinaison atomique ou électrique.

L’esprit libre au contraire, n’est pas un esprit « en disponibilité », prêt à toutes les combinaisons, comme l’électron du même nom. S’il est libre, c’est parce qu’autant qu’il est en lui, il se solidarise avec le jaillissement de l’esprit divin, et, manifestant d’une manière ou d’une autre sa personnalité comme individuelle, imite activement le Dieu qui s’est défini lui-même comme une Personne : Je suis !

Abbé G. de Tanoüarn

[abbé Laguérie] Spécificité de L' I.B.P.

Une chose m’étonne toujours et encore : pendant deux ans, un certain nombre de personnes ont réclamé à cor et à cri la publication de nos statuts, laissant à penser que notre délai cachait je ne sais quel alinéa inavouable. Puis, quand nous les avons publiés sur le site officiel et avec une publicité convenable... ils n’ont fait l’objet d’aucun commentaire de la part de cette clique si bien intentionnée. Je remercie ces gens : leur bruit d’avant comme leur silence d’après témoigne assez de leur absolue mauvaise foi de toujours.

Car au-delà des querelles de personnes qui sont toujours aussi stériles que nuisibles, on voudra bien considérer que l’Institut du Bon-Pasteur se définit par ses statuts, avalisés par le décret d’érection et l’Autorité du Saint-Siège. Et par rien d’autre. Il n’est question, par après, que de fidélité ou non à ces statuts, dont l’examen ne relève ni d’un prêtre, fût-il du Bon-Pasteur, encore moins d’un laïc (!) mais des seuls supérieurs majeurs du-dit Institut. Vous pouvez donc "causer" autant que vous voulez sur l’Institut, vous ne l’engagez pas. Il n’est jugé que par ses statuts... que vous ne citez jamais parce que vous les ignorez. Quant aux digestions et autres transits intestinaux de tel ou tel, je m’en moque simplement, éperdument, définitivement. Si d’aucuns estiment en conscience devoir retourner à la FSSPX parce qu’ils avaient simplement imaginé un simple "remake" breveté, libre à eux. Le brevet ne fait pas tout, même s’il est fondamental au sens étymologique de radical.

Qu’il y ait une immense base commune, un genre nécessaire de toutes les sociétés cléricales : mais c’est une évidence! L’exercice du sacerdoce de Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’elles s’efforcent toutes (on le suppose) de promouvoir dans les meilleurs conditions, comporte un socle impéré qui n’est rien d’autre que l’institution du Seigneur et sa mise en œuvre dans l’Eglise. Mais qu’il y ait aussi une spécificité légitime et souhaitable n’est pas moins évident. Genre prochain sans doute mais différence spécifique obligée.

Les traits communs des statuts respectifs de la FSSPX et de l’I.B.P. sont donc très nombreux, jusqu’à des citations intégrales de Mgr Lefebvre (ex : "la bonne mère du ciel..." ). Et c’est inéluctable, heureux. Qu’il y ait aussi de très notables différences, également.

L’esprit sacerdotal, entièrement centré sur le mystère du Christ-Jésus et le renouvellement de son sacrifice rédempteur se retrouve ici comme là. A la lettre, l’esprit "essentiellement missionnaire" (autre terme repris!) aussi. A ceci près que le chapitre de 1994 de la FSSPX en a donné une herméneutique si particulière qu’il en a changé totalement l’esprit sans oser en toucher la lettre : cette expression désignant alors la vie commune et fondant son efficacité sur la seule prière (comme Sainte Thérèse, par exemple, patronne déclarée des missionnaires). C’était le droit le plus stricte de la FSSPX en son organe suprême : le chapitre général légiférant légalement. Mais il fallait tout de même avertir les membres qu’ils aient individuellement à confirmer leur engagement sur cette base contractuelle substantiellement différente. Ce qui, pour n’avoir pas été fait, a produit les ruptures et les renvois qu’on sait. D’autant qu’en bonne logique, l’efficacité des dits missionnaires résident alors intégralement dans leur prière, ils devenaient des religieux. On le leur fit bien savoir, comme dit La Fontaine, en s’octroyant brusquement sur eux un pouvoir dominatif parfaitement invalide : ils eussent dû, pour cela, prononcer des vœux. Quant à ceux qui persévérèrent dans les termes des engagements qu’ils avaient signés, on les débarqua. Qu’ils soient dedans, qu’ils soient dehors, "on mit les plaideurs d’accord en les croquant l’un et l’autre"! (idem sup)

Je ne suis plus concerné par tout cela et je souhaite le meilleur à "notre" bonne vieille FSSPX, à laquelle je dois tant. Mais quand j’entends que l’I.B.P. serait la même chose, autorisée, je crois rêver. Ce sont les nostalgiques qui rêvent, pas nous. Pour se conformer, ad mentem, aux statuts de la FSSPX, il faudrait déjà savoir lesquels : avant ou après 1994 ?

Sur les points précédents, l’I.B.P. serait bien plus proche de l’original.

Mais beaucoup d’autres en font une réalité foncièrement différente de l’actuelle Fraternité ; que ça plaise ou non, c’est comme ça.

Que ce soit théologiquement. Exemples. Avec le Canon Romain, nous incluons la Résurrection et l’Ascension du Seigneur dans les "Saints Mystères" : on l’a vu nié explicitement par Mgr Tissier et très mal vécu un peu partout. Et ça vous change radicalement la vie (spirituelle) d’un homme. Nous travaillons à une interprétation du texte du concile Vatican II qui permette d’en préciser le seul sens acceptable au regard de la Tradition Catholique, plutôt que de répéter sans cesse que la liberté religieuse, l’œcuménisme et la collégialité sont des fléaux. Ils le sont, en effet, tels que vécus encore au quotidien. Mais répéter cela pendant encore quelques décennies nous parait totalement stérile quand, parallèlement, on ne s’efforce pas de sortir des ornières. Policièrement parlant il faut oser poser la question : à qui profite la crise ?

Que ce soit canoniquement. Nous recevons le droit de l’Eglise et le respectons comme tel. Je pourrais citer de nombreux exemples en lesquels ce sont nos adversaires qui en font fî. A commencer par l’application de Motu Proprio, mais aussi dans l’exercice de la juridiction ecclésiastique. Les ingérences indues et illicites d’une juridiction à l’autre sont monnaie courante aujourd’hui et presque un système généralisé de domination...

Que ce soit pédagogiquement, dans le cursus de la formation des séminaristes. Je ne reviendrai pas sur les motifs de mon renvoi de la FSSPX en 2004. N’empêche qu’ils recèlent un fondement (d’accord ou pas d’accord) qui ne s’est pas magiquement envolé et demeure bel et bien dans le cursus imposé ici ou là. Nos étudiants apprennent les bases réalistes de la philosophie et de la théologie, indispensables à une formation critique et à un amour du vrai qui ne se trouve que là. Mais ils sont initiés aussi aux systèmes de penser actuels, non pas seulement en une réfutation faite de l’extérieur d’un prêt à penser qui ne colle pas, mais en pénétrant ces erreurs dans leur ressort intime qui est celui d’une incommensurable vanité. A de très rares exceptions, le philosophe moderne éructe son moi instantané et n’intéresse personne que...lui. Mais il est dangereux. Il n’y a pas que Kant à réfuter, d’autant que l’ennui mortel que suinte ce philosophe le rend bien moins nuisible, tellement rébarbatif... Notre exégèse s’efforce de reprendre à bras le corps le texte sacré et d’en presser existentiellement la moelle, qui est le mystère du Christ. La prédication étant devenue un peu partout conventionnelle et pusillanime, il faut réactualiser impérativement notre lecture du texte sacré pour rendre au Saint-Esprit les marques et la liberté de sa violence historique... A plusieurs reprises, Mgr Lefebvre voulut supprimer de ses séminaires le cycle classique des traités de philosophie et de théologie au profit d’une lecture commentée de l’Ecriture et des Pères...eh oui! Les vieux, dont je suis, vous le diront. Il n’est jamais passé aux actes (trop d’oppositions) mais cette intention en dit long sur sa volonté de concentration sur l’essentiel et la hardiesse de ses vues pédagogiques...Vous comprenez qu’aujourd’hui les petits ignorants que titillent notre audace m’amusent beaucoup. Je partage avec saint Bernard et Mgr Lefebvre cette conviction que tout, sans exception, doit nous ramener au Christ, unique clef de notre destinée. Et que, de près ou de loin, aucune science n’a de consistance, qui ne nous parle de Lui. Pourvu, évidemment qu’on mesure aussi ce "de loin". J’ai su, autrefois, réduire les "baralipton" en "Bocardo" ou "Barbara", assez bien, au dire de mon professeur. Mais, passés mes dix ans de sacerdoce et la fulgurance de l’élan initial, j’ai du me débrouiller presque seul à redécouvrir, souvent à découvrir, "l’insondable richesse du Christ" dans la puissance et la cohérence des Evangiles à l’état brut, la charité et la violence des écrits apostoliques. Bruckberger (malgré son gaullisme épuisant!) m’a rendu plus de service qu’Aristote, je le dis sans aucun complexe. La routine et la répétition sont la mort de l’intelligence et de l’esprit, l’erreur assurée de l’une et le retrait de Dieu pour l’autre.

Que ce soit pastoralement encore. Il faudrait citer les deux-tiers de nos statuts et je vous invite à les lire. Ils sont empreints de toute la compréhension, la mansuétude, la miséricorde fraternelle que des frères d’armes se doivent réciproquement pour honorer la houlette de Celui qui les rassemble : le Bon (beau)-Pasteur. C’est là, et seulement là, qu’on pourra toujours légitimement nous reprocher de n’en faire pas assez et, disons-le, de manquer à nos statuts. j’y veille. La forte personnalité de mes confrères n’a jamais été pour m’inquiéter, bien au contraire ; pourvu qu’évidemment elle soit exercée là même et principalement où elle culmine: dans la bienveillance, la douceur, l’indulgence. Que chacun s’examine et que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre à l’un de mes confrères! J’ai toujours eu viscéralement et instinctivement l’horreur de l’esprit ecclésiastique et j’ai rédigé les statuts de l’Institut pour que n’y règne jamais cette méchanceté, ces magouilles cléricales, ces dénigrements par derrière, ces "ah, si vous saviez" ou ces "c’était à prévoir" que j’ai rencontrés un peu partout. Cherchez-moi ça dans l’Evangile! Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Mais au moins nos statuts nous interdisent évidemment et toute paresse et toute méchanceté, de sorte qu’un prêtre du Bon-Pasteur saurait, à Dieu ne plaise, qu’il y manque gravement à se laisser aller à ce qu’il faut bien appeler par leur nom : ces turpitudes cléricales. J’ai trop vu de ces remontrances qui "filtraient le moucheron et avalaient le chameau" pour m’y adonner. Quant aux divers précisions pratiques que comportent ces statuts, je citerai le Seigneur : "il fallait faire ceci, sans omettre cela".

Que ce soit politiquement, enfin. Dès lors que le Saint-Siège nous a fait l’honneur de nous reconnaître (et même s’il ne l’avait pas fait!) notre position ne peut-être autiste. Elle est résolument adaptée aux événements, joyeux ou douloureux, qui ponctuent la vie de l’Eglise. Elle ne se conforme pas au mal mais ne peut l’ignorer. Comme la charité "elle ne prend pas plaisir à l’injustice mais elle se réjouit de la vérité". Pas plus qu’on ne lui fera avaler l’immangeable, pas davantage nous tairons les évolutions magnifiques et inespérées de ces dernières années. Vous me direz qu’il n’y a rien là d’extraordinaire et que c’est l’expression du bon-sens. Oui, certes, mais certainement pas le mieux répandu du monde! Les idéologies sont encore bien vivaces, hélas. A gauche comme à droite. On peut toujours rêver les yeux ouverts que la crise que traverse l’Eglise est finie (allons-donc, ça se saurait) ou qu’elle ne soit pas soluble et partant qu’il n’y a rien à faire qu’à rester chez soi, bien enfermé. Nous tenons le chemin de crête entre ces deux gouffres et ceux qui veulent nous faire chuter, à droite comme à gauche, perdent leur temps. L’I.B.P. c’est tout sauf la politique de l’autruche : lucidité et hardiesse.

Vous voyez combien nous sommes différents!
--
Abbé Philippe Laguérie

mercredi 27 mai 2009

"... dans la charité du Christ..."

Avez-vous remarqué que certains termes servent, en plus de leur signification réelle, éventuellement fort belle... qu'ils servent à enfumer l'interlocuteur? Exemples:

  • "négocier": terme valorisant pour le souscripteur d'un prêt bancaire. On dit "j'ai négocié avec mon banquier un prêt à 14,87%" au lieu de "l'employé a regardé son écran, c'était 14,87% comme ailleurs, j'ai signé". -- Autre version: "j'ai négocié le virage" au lieu de "j'ai tourné le volant parce que je n'avais pas le choix".
  • "multimédia": (terme des années 90) réduction à une seul média (l'ordinateur) de toutes les activités humaines: travail, courses, drague, divertissement, militantisme, etc.
  • "télé réalité": mise en scène irréelle de personnages surréels avec comme résultat des situations très très éloignées du métro-boulot-marmot-dodo des telespectateurs.
  • "mort des idéologies": rengaine des années 1990 dans le monde médiatico-intellectuel issu de 1968. Plus facile à dire que "je n'y crois plus" ou "qu'est-ce qu'on a été cons!"
  • "investissement": moins douloureux que dépense. "J'ai investi dans un nouvel ordinateur pour aller sur le Web2.0"
  • "développement durable": expression qui suggère que le développement des activités économiques accompagne la préservation de l'environnement. L'expression s'entend moins par temps de crise - elle n'est pas durable.
  • "conseiller financier": nouveau nom des vendeurs de produits financiers. Verra-t-on un jour des 'conseillers en lessive'?

Quel rapport avec l'objet de ce blog me direz-vous, et avec le titre de ce message? j'y arrive.

  • "dans la charité du Christ et l'unité de Son Eglise": formule finale de la réponse d'un curé d'Ile de France qui indique que 'les conditions d'application' du motu proprio ne lui semblent pas réunies. Malgré le grand nombre de demandeurs, qui souhaitent une messe '1962', malgré leur implication dans la paroisse, malgré la stabilité du groupe, malgré des créneaux horaires libres, et malgré l'intérêt pour cette forme du rite d'un des prêtres de la paroisse.

Après la conférence...

Après la conférence de Sylvie Chabert d'Hyères sur la tradition manuscrite des textes sacrés (40 personnes pour un sujet difficile d'accès), je reste ébloui par les prodigieuses potentialités de la lecture de l'Évangile. Prodigieuse potentialité ? Cela signifie une merveilleuse liberté d'interprétation. Non pas l'interprétation dite spirituelle dont, si on sait où elle commence (dans le texte), on ne sait jamais où elle s'arrête (à contre texte, à contre sens aussi peut être). Mais une interprétation littérale qui n'est pas littéraliste, qui prend acte de ce que saint Thomas d'Aquin appelait déjà à la fin de la Première Question de la Première Partie de la Somme théologique la multiplicité des sens littéraux. En l'occurrence, la conférencière, spécialiste du Codex Bezae (un codex lyonnais antique, sauvé par Théodore de Bèze, qui l'a arraché des mains fanatiques de son coreligionnaire le Baron des Adrets), milite sans doute même pour une certaine pluralité scientifique de la lettre elle-même, puisqu'on trouve dans ce Codex de Bèze la version dite "occidentale" que l'on n'a ni dans le Vaticanus ni dans l'Alexandrinus.

Il faut aimer la lettre de l'Évangile et faire saillir les richesses de sens qui s'y trouvent cachées. Il faut veiller, avec un soin jaloux, à la scientificité, à l'exactitude de cette lecture, non par littéralisme ou par fondamentalisme, mais parce que le sens spirituel est décidément trop flou pour nous renseigner sur ce que Dieu nous demande vraiment et sur "ces choses cachées depuis la fondation du monde" qu'il nous fait découvrir dans la lettre du texte biblique.

Il y a un paradoxe à le dire mais allons-y gaiment : j'ai toujours préféré le Père Lagrange, de l'Ecole biblique de Jérusalem, à saint Augustin et au concert patristique... comme exégète. Saint Augustin est un éloquent maître théologien, mais la signification symbolique qu'il donne au 153 poissons de la deuxième pêche miraculeuse, au terme d'une savante arithmétique, ne m'a jamais vraiment intéressé. Le Père Lagrange s'est trompé parfois, mais sa lecture exigeante du texte sacré a toujours augmenté ma foi, en me donnant le bonheur de comprendre quelque chose du texte que je n'avais pas saisi par moi même.

dimanche 24 mai 2009

La vache qui sourit

«C’est quoi cette vache?» Ce n’est pas une vache, madame, mais un bœuf qui ouvre maintenant le metablog. Après l’excursion des amis du Centre Saint Paul à Vezelay (2008) j’avais mis un panorama de la ‘colline inspirée’. Cette année c'était une incursion à Laon. Dont les tours de la cathédrale sont ornées de statues de bœufs grandeur nature, en hommage à celui qui serait miraculeusement venu remplacer un congénère épuisé par le transport des matériaux de construction. Trouvant le détail croquignole j’ai repris l'une des photos que MR (elle nous accompagnait) a mises sur son forum. Vous en avez a priori pour un an.

"Qui a peur des origines chrétiennes?" - Sylvie Chabert d'Hyeres au Centre St Paul

Sylvie Chabert d'Hyeres sera présente mardi 26 mai 2009 au Centre St Paul à 20H00 pour une discussion avec l'abbé G. de Tanoüarn sur la transmission manuscrite du Nouveau Testament.

Sylvie Chabert d'Hyeres a récemment publié L'Evangile selon Luc et les Actes des Apôtres selon le Codex Bezae Cantabrigiensis aux Éditions de l'Harmattan. Elle dédicacera son ouvrage. Un verre de l'amitié prolongera cetrte discussion.
Participation aux frais: 5€

samedi 23 mai 2009

[1965 - Québec] "Que pensez-vous de la messe en français?"

vendredi 22 mai 2009

[la-croix.com] "Axel Kahn, un surdoué à l’université"

La Croix consacre aujourd'hui un article à "Axel Kahn, un surdoué à l’université"
"Le généticien, devenu président de l’université Paris V René-Descartes, a pris une dimension intellectuelle qui excède largement le seul domaine des sciences [...]".
On lit notamment que:
"Chacun de ses engagements successifs, Axel Kahn les a ainsi vécus pleinement. Engagement religieux d’abord. Enfant, ce fils d’une catholique pratiquante et d’un philosophe humaniste, fervent croyant, fait siens les préceptes de l’Église et accomplit toutes les étapes du parcours du croyant : baptême, catéchisme, communions, promesse scoute sur le chemin de croix de Lourdes, enfant de chœur… «J’avais une foi profonde. J’étais très pratiquant. Je voulais être prêtre.» Mais un changement de liturgie va avoir raison de cette belle résolution. Axel a 15 ans quand la messe passe du latin au français. «Je me suis aperçu que je ne croyais pas un mot de ce que j’ânonnais jusqu’alors sans comprendre… J’en ai conclu que j’avais perdu la foi.»"
Bigre.

jeudi 21 mai 2009

Mise au point sur l'IBP

Messieurs les liseurs du Forum Catholique, Messieurs les censeurs d'occasion, vous qui avez tellement peur de la vérité que vous la soumettez au caprice de ce que vous jugez opportun ou inopportun, je suis au regret de vous dire qu'à l'IBP tout va très bien. Ennemond, porte parole officieux de la FSSPX nous parle, en toute liberté lui, et sans censure, sur ce Forum, de querelle intestine dans notre Institut. Rien que ça !

Le mot "intestin", employé comme adjectif, a pourtant un sens très précis : "ce qui a lieu à l'intérieur d'un corps social". Le corps social que forme l'Institut du Bon Pasteur, avec son supérieur, ses statuts et ses implantations est aujourd'hui parfaitement uni, malgré les oiseaux de mauvais augure qui depuis le début de cette aventure, en 2006, s'acharnent, ignorant le démenti constant des faits, à prétendre le contraire. Notre Institut a d'autant plus de mérite à vivre cette unité que la situation qui lui est faite dans les structures diocésaines, n'est pas facile, ce n'est un secret pour personne. Eh bien ! Les prêtres travaillent, chacun à son poste, je puis en témoigner. Les séminaristes se sanctifient, avec une force, une allégresse, qui ne peut venir que de Dieu, je puis en témoigner rentrant de Rome. L'Esprit saint s'est fait comme tangible durant la dernière retraite...

D'où viennent les dissensions puisque c'est là la vraie question que ne pose pas Ennemond. Cher Ennemond, les dissensions viennent... de chez vous et pas de chez nous.

Un très petit nombre de fidèles "amis" (une dizaine sur Paris tout au plus) ont rêvé que l'Institut du Bon Pasteur serait la Fraternité Saint Pie X bis. Pourtant rien dans ses statuts particulièrement audacieux (je pense à la question de la Formation des prêtres, je pense aussi à la spiritualité très neuve qui s'en dégage, je pense aux charismes particuliers que ses statuts portent et porteront en formant des prêtres qui n'ont pas froid aux yeux), rien dans son décret d'érection (où l'on nous demande, vis-à-vis de Vatican II cette herméneutique de continuité que le pape Benoît XVI a définie et que le site Disputationes theologicae vient de reprendre clairement sous la plume de l'abbé Héry), rien ne destine l'Institut du Bon Pasteur à être le clone d'une œuvre qui a illustré le passé récent de notre Eglise, mais qui démontre aujourd'hui, hélas un peu plus chaque jour, son incapacité à s'adapter à la situation nouvelle dans l'Eglise.

Aujourd'hui, c'est vrai, ces gens qui ont fait ce mauvais calcul sont en rage. Et, sans doute plus courageuse et moins élégante que d'autres, Armavir, paroissienne régulière de Saint Nicolas du Chardonnet, éructe tout ce qu'elle peut. Elle met en cause, pêle mêle, tout ce que les habitués de ce Blog ont pu y lire sans se choquer ou s'indigner, l'Ennéagramme, la chasteté, l'intellectualisme de la religion (qui fait que ma "terminologie" ressemblerait à celle de Hans Küng, que je n'ai jamais lu et elle non plus). Il y a un mois, quelques uns d'entre eux ont fait courir le bruit que je donnais la communion dans la main. Ben voyons ! L'"indic", mal renseignée, est d'ailleurs une autre paroissienne de Saint Nicolas du Chardonnet. Ah oui, j'oubliais, pour faire bonne mesure, on m'accuse aussi de piquer dans la caisse : quand on veut tuer son chien...

Mais le vrai problème de ces gens du dehors n'est pas dans cet inventaire à la Prévert de mes tares putatives. Depuis le début, cette petite clique milite, contre nos statuts, leur lettre et leur esprit, pour que l'IBP adopte dans sa pratique la thèse extrémiste, en vigueur à Ecône, selon laquelle la messe dite de Paul VI n'est pas une messe catholique. Ils entendent ne reconnaître aucune légitimité au Novus Ordo. Mais comme leur position n'est pas avouable, comme leur thèse est complètement décalée par rapport aux réalités ecclésiales élémentaires, ils préfèrent vous entretenir de la nocivité de l'Ennéagramme.

Conclure ! Il le faut : querelle il y a. Mais elle n'est pas intestine, les prêtres de l'IBP étant tenu à l'unité par leurs statuts. Elle oppose des laïcs, nostalgiques de la FSSPX et ceux qui, comme moi, l'ont quittée et savent pourquoi. (Je signale à toutes fins utiles que je n'ai pas été viré de la FSSPX, mais que j'en suis parti, en fondant le Centre Saint Paul, parce que l'évolution psychologique des supérieurs me semblait nous mettre tous dans l'impasse. La solidarité que j'ai manifestée à l'abbé Laguérie n'a fait qu'accélérer les choses).

Les fondateurs de l'IBP savaient parfaitement où ils allaient en créant cet Institut. Tant pis si quelques nostalgiques, ne l'ayant pas compris, répandent leur fiel et utilisent l'intrigue comme toutes les Minorités, en se servant par exemple du Forum catholique, ainsi qu'on vient de le voir dans la brillante polémique d'Armavir.

Si certains lecteurs se reconnaissent dans ces nostalgiques, qu'ils n'hésitent pas à poster leur commentaire. Mieux vaut discuter, et à ciel ouvert, qu'intriguer dans l'obscurité.

mercredi 20 mai 2009

TradSearch

La Porte Latine présente une nouveauté: le moteur de recherche des sites de la Tradition pour préciser aussitôt après qu'il s'agit des seuls sites de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Chapeau pour l'initiative, c'est sur quambonum.org. Plus modestement (ni site dédié ni script chiadé) tradsearch recherche dans les sites de la FSSPX mais aussi dans une douzaine d'autres dont celui de la FSSP, celui des Bénédictins de Bellaigue, celui de l'IBP, l'incontournable Forum catholique, etc etc. Tradsearch? C'est ici: