vendredi 19 décembre 2014

Ce que serait le Troisième secret...

Je vous ai parlé du lien que le cardinal Ratzinger faisait lui-même entre le troisième secret de Fatima et le secret d'Akita au Japon qu'était venu lui porter Mgr Ito de la part de la voyante. La dernière apparition de la Vierge a eu lieu un 13 octobre 1973, le jour anniversaire du 13 octobre 1917 où eu lieu la terrible danse du soleil à Fatima. 

Voici ce que dit la Vierge à la voyante en 1973 : « L’action du diable s’infiltrera même dans l’Église, de sorte qu’on verra des cardinaux s’opposer à des cardinaux et des évêques se dresser contre d’autres évêques. Les prêtres qui me vénèrent seront méprisés et combattus par leurs confrères. Les églises et les autels seront saccagés. L’Église sera pleine de ceux qui acceptent les compromis. Le démon poussera beaucoup de prêtres et de consacrés à quitter le service du Seigneur. Il s’acharnera spécialement contre les âmes consacrées à Dieu. La perspective de la perte de nombreuses âmes me rend triste. Déjà la coupe déborde; si les péchés croissent en nombre et en gravité, bientôt il n’y aura plus de pardon pour ceux-ci. » Vous pouvez vous reporter au très beau et très audacieux post d'Yves Daoudal sur son site... 

Si le message d'Akita représente, "dans ses mots mêmes" comme a dit le cardinal Ratzinger à Mgr Ito, des ressemblances frappantes avec le Troisième secret de Fatima, on comprend bien les raisons qui ont poussé le cardinal à ne pas diffuser plus que la vision du troisième secret et à "oublier" le commentaire qui a dû en être fait par la Vierge elle-même, comme cela s'était passé pour les deux autres secrets. Et on entrevoit la raison pour laquelle le secret devait être diffusé "avant 1960", alors que le grand chambardement remonte à cette période, qui est celle qui prépare et qui accomplit dans l'Eglise la Révolution culturelle de Mai 68.

A noter : le film de Pierre Barnérias reste discret sur la teneur de ces secrets, que ce soit celui de Fatima ou celui d'Akita. Cela rend l'enquête du journaliste d'autant plus crédible qu'il ne s'aventure jamais sur un terrain théologique ou justiciable de la théologie.

samedi 13 décembre 2014

Le Troisième secret au Cinéma [par l'abbé de Tanoüarn]

Lorsque j'ai appris cela, j'ai cru que c'était un gag. Mais voilà que Marc, mon vieil ami, genre cathophile agnostique, me téléphone : "As-tu entendu, vu, que penses-tu de M ou le troisième secret de Fatima ?". Cette fois pas de doute : il y a un cinéaste, Pierre Barnérias, qui a osé faire ce film sur le troisième secret. Ce n'est plus radio-bigote. Ca existe en vrai. Marc est volontaire pour aller le voir une deuxième fois, parce que, me dit-il, "je t'avoue que je n'ai pas tout compris". Rendez-vous est donc pris Rue Saint-André des arts. Deux heures. On voit à peine passer le temps au cours de ce documentaire qui nous emmène aux quatre coins de la Planète, dans une enquête un peu échevelée sur... le surnaturel chrétien, et plus précisément sur le miracle catholique. Tout y passe : les images "interdites" de la messe au cours de laquelle, Mgr Decourtray officiant, l'hostie était restée dix centimètres au dessus de la nappe d'autel pendant un quart d'heure ; les icônes qui suintent de l'huile, non seulement en Syrie mais en banlieue parisienne ; la foudre qui tombe sur le Vatican au moment de la démission de Benoît XVI. Barnerias raconte. Il accumule. A vous de juger, semble-t-il nous dire. Je me tourne vers Marc, optimiste : "D'accord à 80 % - A 60 % tu veux dire". Je ne chipoterais pas : on n'est pas à 20 % près. Je dirais même : s'il n'y avait que 10 % de dur, 10 % d'irréfutable... Cela suffirait ! Je m'abstiens pour l'instant d'expliquer cela à mon voisin : le film n'est pas fini. Ca continue, un peu genre "Des racines et des ailes" me précisera Marc. C'est vrai, c'est du gros cinéma. Mais il y a des trucs... Impossibles!

Cette miraculée de Lourdes, d'abord, handicapée et réparée, qui ne croyait pas à son propre miracle et qui nous explique cela le plus naturellement du monde : "J'ai bien senti qu'il y avait quelque chose, mais je n'ai rien dit. J'ai eu trop peur qu'on se f... de moi. Divorcée, remariée, pourquoi moi ?" Ce miracle n'a d'ailleurs pas été reconnu par la Commission ad hoc, mais la miraculée est impressionnante. Jean-Pierre Mocky aurait dû avoir l'honnêteté de rencontrer des gens comme cela avant de faire son film idiot.

Dans l'architecture foisonnante du film, cette femme n'est d'ailleurs qu'un exemple, une illustration devrais-je dire. Le journaliste qu'est Barnerias enquête sur le miracle de l'huile à L'Haÿ-les-roses. Ca, si j'ose dire, je connais déjà. J'ai vu, nous avons visionné il y a quelques années au Centre Saint Paul la cassette de mon ami Nicolas. Un tel miracle était arrivé dans sa famille près d'Alep. On sait ce que ce pays est devenu depuis. La Vierge demande à ces gens de ne pas avoir peur. Barnérias, huissiers à la clé, authentifie le caractère inexplicable de ce fait.

C'est alors que notre cinéaste sans peur et sans reproche s'intéresse à Fatima. Il nous raconte la danse du soleil, devant 60.000 personnes, croyantes et incroyantes, qui ont laissé des témoignages. En fait, c'est le troisième secret qui l'intéresse : officiellement d'après le cardinal Ratzinger, à l'époque préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ce secret consiste en la vision par les petits voyants d'un homme en blanc tué à coups de fusil. La vision est aujourd'hui publiée. Elle concerne l'attentat d'Ali Agça contre le pape Jean-Paul II en 1980, souligne le cardinal. Bref, la prophétie a eu lieu : circulez rien à voir. Barnerias ne se satisfait pas de cette explication. Il remarque d'ailleurs que lors de sa dernière visite à Fatima (visite à l'occasion de laquelle le secret avait été dévoilé), alors que le cardinal Ratzinger avait donné cette explication sensée rassurante, Jean-Paul II, lui, sur la grande esplanade du Sanctuaire, avait fait un sermon apocalyptique... Comme s'il voulait se faire l'écho, par là, du véritable message de Notre Dame.

Qu'en est-il ?

L'enquête devient intense. Barnérias part à Kito au Japon où le visage d'une statue de la Vierge a été marquée de taches de sang. Le Japon, nous l'avions vu au début du film, c'est le pays de Notre Dame de la bombe, cette statue mystérieusement épargnée par l'apocalypse de Nagazaki, en 1945, alors qu'elle se trouvait presque à l'épicentre du rayonnement monstrueux de la charge nucléaire. Au Japon, à Akita, la Vierge se confie à une religieuse sourde, que nous voyons au cours de ce film (pas une allumée, c'est sûr)... Et elle pleure des larmes de sang. Mais cela ne suffit pas à Barnérias. C'est à Rhode qu'il aura ce que j'appellerais sa clé de l'énigme. Une convertie, Vassula Ryden, a eu l'occasion de voir Mgr Ito, évêque de cette ville d'Akita, qui est justement le lieu des apparitions japonaises. Mgr Ito sortait de chez le cardinal Ratzinger. Il lui avait confié le secret de Notre Dame d'Akita. Le Préfet l'avait gardé pendant une nuit. Il lui avait rendu le lendemain sans commentaire : "Eminence, vous voulez envoyer un enquêteur sur place pour que l'Eglise se prononce sur les apparitions - Je n'ai pas besoin d'enquêteur. Ce secret correspond parfois mot à mot au secret de Fatima". Il s'agit donc bien d'événements terribles qui vont toucher l'humanité et d'une crise de la foi qui est sans précédent.

La cause semble jugée. Le cardinal Ratzinger a cru devoir finasser à propos du secret, mais il ne croit pas lui-même à la version qu'il a rendue publique. Cette réserve permettait sans doute de ne pas effrayer les populations et de ne pas démoraliser ce qui reste de l'Eglise.

Dans son film, Barnerias ne fait pas d'explication de texte. Il montre. Et il nous laisse conclure.

Personnellement, j'avais publié dans Pacte une analyse du troisième secret tel qu'il avait été révélé par le cardinal Ratzinger. Pour moi, il est authentique. La vision est authentique. Mais "on" a enlevé le commentaire de cette vision, pour pouvoir, en toute tranquillité identifier l'homme en blanc du texte que nous possédons avec le pape Jean-Paul II en invoquant l'attentat de 1980. Oui, cette vision est probablement authentique, elle est rédigée de la main de Soeur lucie. Mais elle est incomplète. Que signifie cet homme en blanc qui défaille? Est-ce en sa vie qu'il est menacé ou dans sa fonction : il nous aurait fallu le texte. Dans les trois secrets, à chaque fois, il y a d'abord une vision, puis un commentaire. Le commentaire du dernier secret manque. Il est très probable que ce commentaire commençait par ces mots du dernier mémoire, qui ont comme échappé à Soeur Lucie : "Au Portugal se conservera le dogme de la foi". Mais ailleurs? Le dogme de la foi... Qui peut comprendre, comprenne.

jeudi 11 décembre 2014

Il est encore temps [par l'abbé de Tanoüarn]

Je voudrais vous parler de Marie Heurtin, le film de Jean-Pierre Améris avec Isabelle Carré et Ariana Rivoire. C'est l'histoire d'une aveugle sourde et muette - sorte d'enfant sauvage au début du film - qui prend conscience de son humanité et apprend à communiquer - sans peur - avec le monde grâce au dévouement sans limite et à l'ingéniosité d'une religieuse. Peut-on se projeter ? - Non direz-vous : je ne suis pas infirme. - Si : devant Dieu nous sommes tous des aveugles sourds et muets.

Il a fallu trois étapes à cette jeune Marie-Ariana (qui dans la vie est vraiment sourde de naissance) : d'abord la connaissance, que peut-on faire sans ? Elle a compris, par geste dans sa main, ce qu'était un couteau, puis une fourchette etc. C'est le dévouement et la persévérance de Soeur Marguerite (et la sagesse d'une très belle Mère sup) qui ont eu raison de l'état d'incommunicabilité où elle était plongée.

Deuxième stade : l'amour. Cette jeune fille s'éprend de la religieuse qui l'a sauvée, c'est un amour total et sans ambiguïté. Mais elle aurait pu penser que c'était elle la handicapée, qu'elle avait tous les droits et que le dévouement était à sens unique : toujours vers elle. Lorsque Soeur Marguerite tombe malade, elle sent que, toute infirme qu'elle soit et si maladroite, elle doit aider son amie : une scène à pleurer de beauté, qui nous montre que seul l'amour mutuel est l'amour.

Troisième stade : l'espérance. La jeune Marie apprend à comprendre ce qu'est la mort. Mort d'une religieuse plus âgée d'abord. Mort de son amie Marguerite ensuite. Le film se termine par une prière de l'infirme sur la tombe de Marguerite, dans le soleil. Elle a tout compris. Elle est entrée dans l'espérance comme on entre dans la danse. Je pense à ce texte magnifique de Gabriel Marcel, Homo viator : l'homme est constitué par son espérance.

L'infirme que l'on nous a présentée comme aux frontières de l'humanité, est devenue pleinement humaine: elle aime et donc elle espère - et d'abord elle espère pour celle qu'elle aime.

A la fin du film, la petite salle pleine à craquer de la Rue d'Odessa a applaudi longuement : je n'étais pas le seul à avoir les yeux rouges.

lundi 8 décembre 2014

Le signe de la femme [par l'abbé de Tanoüarn]

Les catholiques connaissent bien le texte du chapitre 3 de la Genèse, insolite tant il est catégorique : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Tu la mordras au talon, mais elle t’écrasera la tête » (Gen, 3, 15). Ce verset est connu sous le nom de « protévangile », c’est un Evangile d’avant l’Evangile ; c’est la première bonne nouvelle, immédiatement après la Chute : le Serpent n’imposera pas ses pensées serpentines, il sera écrasé. Ecrasé ? On nous parle de sa tête écrasée, sans doute pour montrer que ce sont les pensées du Serpent qui seront subjuguées par l’élan de pensées nouvelles et d’événements nouveaux obscurément aperçus au Commencement de ce Livre. Ce qui est décrit justement, naissant d’un grand collapsus (le péché originel), ce sont des pensées et des événements à venir. Ces pensées et ces événements sont comme l’horizon de l’histoire. Ils constituent la seule Révolution décisive dans le monde, la seule aussi qui dure depuis 2000 ans, la Révolution chrétienne, qui fait face au Serpent. Comme en écho au Protévangile du Livre de la Genèse, c’est, à la fin du Livre, l’Apocalypse de Jean qui nous montre cela de façon imagée : le Père, l’Agneau et l’Esprit, Trinité béatifique, font face à la Trinité négative, constituée du Serpent ou du Dragon (il en est question dans la Genèse et le revoilà dans l’Apocalypse) et des deux Bêtes de la Mer et de la Terre (cf. Apoc. 13).

Dans ce contexte de guerre à mort entre Trinité béatifique et triade maléfique, comment interpréter le signe de la Femme victorieuse du Serpent (Apoc. 12, 1 ssq.) ? Quel sens donner à « l’inimitié » posée à l’origine entre la femme et le Serpent ? Comment comprendre cette vision de Jean : « Un signe, un grand, apparut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, et la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles, et enceinte (…) Et le Dragon [« l’antique Serpent »] se tient debout en face de la Femme, celle qui est sur le point d’enfanter » (trad. Delebecque). On conçoit bien que les deux textes, au commencement et à la fin du Livre, dans la Genèse et dans l’Apocalypse, vont ensemble. Ils s’éclairent l’un par l’autre.

Il n’y a vraiment qu’une seule interprétation satisfaisante de ces deux textes pris ensemble, celle qui consiste à y voir l’annonce d’une maternité, triomphante du mal et de la mort et finissant par vaincre le Serpent. Depuis saint Irénée, le plus grand des Pères apostolique, tous les théologiens lisent ainsi le début de la Genèse, et l’appliquent à la Vierge Marie. Comment le comprendrait-on autrement ?  L’inimitié est le fait de Dieu : « Je poserai ». C’est Dieu qui établit cette contradiction primordiale entre le Mal et la Femme.

La fête de l’Immaculée conception que nous avons le bonheur de célébrer ce 8 décembre nous transporte au cœur de ce mystère de la victoire de Marie, pure conception divine, immaculée conception, créature et seulement créature, mais créature parfaite, « sainte par nature » dit Maximilien Kolbe. Marie est essentielle dans le mystère de notre salut, car elle représente à elle seule le Oui inconditionnel de la créature à son Créateur. En elle est toute la liberté de l’humanité. En elle est donc toute la perfection de l’humanité.

Contrairement à ce que l’on dit souvent, cette fête n’a rien à voir avec la virginité de Marie. Elle signifie que Marie, que l’on nomme « pleine de grâce » dans la prière du Je vous salue Marie, n’a pas été marquée par le péché originel. Alors que pour tous les humains spontanément le mal est plus facile à faire que le bien et l’égoïsme ou l’égocentrisme plus évident que l’amour du prochain, pour Marie, qui doit devenir le réceptacle du Messie, le péché n’a pas de prise sur elle. Elle est pure par nature et pas seulement par éducation ou par un effort personnel. Cette pureté du cœur vient en elle d’une familiarité particulière qu’elle a avec Dieu. Elle médite l’Ecriture, comme le montrent les nombreuses citations de son Cantique, le Magnificat, et elle est particulièrement lucide sur les exigences de la parole de Dieu. Saint Augustin explique en ce sens qu’avant d’avoir conçu Jésus dans son corps, elle l’avait conçu dans son cœur.

C’est ainsi que dans le Livre de la Genèse déjà, Marie est annoncée comme la Femme qui tient tête au Serpent diabolique. « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme » dit Dieu au Serpent. Lorsque Jésus veut rappeler à Marie sa Mission, il l’appelle justement « Femme » comme dans le Livre de la Genèse : « Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? »  au deuxième chapitre de saint Jean. Marie est depuis toujours celle qui fait échec au Mal, non seulement en elle-même, par son Immaculée conception, mais  dans le monde.

Contempler la perfection de Marie « mère de Dieu », doit nous conduire à méditer sur notre propre imperfection. En voyant tout ce qui nous manque, nous aurons un désir plus grand de réussir notre vie, en vivant dans l’ordre voulu par Dieu, dans la beauté que Dieu donne à ceux qui l’aiment comme Il l’a donnée à Marie. Il nous faut faire de notre vie un destin qui survit à la mort, et pas seulement une suite de bonnes fortunes et d’occasions à saisir sur le moment.

samedi 6 décembre 2014

Les Sept contre Babylone - une tragédie contemporaine [par l'abbé de Tanoüarn]

Voici un article paru dans le n°900 de Monde et Vie. En l'écrivant je pensais très fort à la pièce tragique d'Eschyle Les sept contre Thèbes. 407 avant Jésus-Christ : ca ne nous rajeunit pas. 
Je placerais ici en exergue une belle déclaration d'Antigone, qui, dans cette pièce, se prépare à ensevelir son frère Polynice, malgré l'interdiction du roi Créon. Voici Antigone, son courage et sa manière de laisser parler "ses entrailles" :
Et moi pourtant, je le déclare au sénat des Cadméens : si personne ne veut m'aider à l'ensevelir, je l'ensevelirai moi seule ; j'en courrai le danger. Pour donner la sépulture à un frère, je ne rougis point de désobéir aux ordres de la cité. Elles ont une voix puissante, ces entrailles où nous avons pris la vie, enfants d'une mère infortunée, d'un père malheureux. Partage volontairement, ô mon âme ! son malheur involontaire ; vivante, gardons pour le mort des sentiments fraternels. Non, des loups au ventre affamé ne se repaîtront point de ses chairs; non, n'en croyez rien! Moi-même, faible femme, je creuserai la fosse, j'élèverai le tombeau ; moi-même, dans les plis de ma robe de lin, je porterai la terre, j'en couvrirai le cadavre. Que nul ne s'oppose à mon dessein : la ruse, l'activité, seconderont au besoin mon audace.
Le 26 novembre, on a célébré le quarantième anniversaire de la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse en faisant voter une loi qui fait de l’avortement « un droit fondamental ». Un droit de l’homme et, en l’occurrence surtout, un droit de la femme, car dans les faits ce droit la rend seul juge de la vie ou de la mort du petit être qui a nidé dans son ventre. Je pense à ce futur père éploré, qui est venu me voir récemment, n’ayant pas réussi à raisonner la femme, enceinte de ses œuvres comme on dit, et qui ne souhaitait pas que « cela » vienne interrompre le cours tranquille de son existence de bourgeoise friquée, intermittente de la Fac. Oh ! Je ne suis pas un champion de la condition masculine ! Je sais bien que souvent les pressions peuvent venir de l’homme justement pour que la femme « fasse passer » le petit être qui, inconsciemment, avait fait d’elle son refuge.

Je sais aussi que le temps des aiguilles à tricoter est terminé, que maintenant, entre l’aspirateur et la simple pilule du lendemain, nous avons des moyens de plus en plus perfectionnés pour interrompre une grossesse. Je sais que l’objectif des scientifiques qui travaillent à créer des utérus artificiels, c’est de débarrasser les femmes du fardeau de leur grossesse. Viendra sans doute un temps où « on » leur interdira d’être grosses.

Dans cette affaire, c’est le cas de l’écrire, nous ne luttons pas contre la chair et le sang mais contre les puissances et les dominations de ce monde de ténèbres… Contre le Progrès majusculaire, contre la Technique qui envahit tout, même le plus intime, contre les lobbies de l’individualisme triomphant, contre le sens de l’histoire, contre la loi (celle de 1974) et maintenant contre… « le droit ».

Les députés français ont tous compris l’ampleur de la bataille. Courage fuyons ! Ce 27 novembre, ils étaient sept – sept en tout et pour tout dans l’hémicycle – qui ont refusé de faire de l’avortement un droit fondamental. Il faut citer ces sept héros du cœur et de l’esprit, sept contre Babylone : Jean-Frédéric Poisson, Jacques Bompard, Yannick Moreau, Xavier Breton, Olivier Marleix, Nicolas Dhuicq et Jean-Christophe Fromantin. On peut compter les absents, remarquer que la propagande est telle que parmi ces opposants au droit à l’avortement, il n’y a pas une seule femme  et souligner que le seul membre de la Démocratie chrétienne (UDI), parmi ces sept héros, Jean-Christophe Fromantin, s’est vu prier de démissionner par certains de ses collègues qui sont pourtant « de la même sensibilité ».

- Démissionner ? dites-vous. - C’est que l’avortement devient un droit de l’homme, un droit « fondamental ». Qui le refuse sort du jeu politique par le fait même. Une loi, on peut toujours voter contre. Mais une loi républicaine représente l’unanimité des citoyens, comme l’a très bien expliqué Jean-Jacques Rousseau : une fois votée, il est interdit de s’y opposer. Et maintenant, cette loi, après 40 ans d’expérience, devient un droit : qui s’y opposera d’une façon ou d’une autre (ne serait-ce qu’en essayant de décourager une femme qui est tentée d’avorter) risque de le payer très cher, jusqu’à être frappé d’indignité civique.

Et pourtant ce droit à l’IVG semble naturellement opposé au droit naturel le plus imprescriptible, qui est le droit à la vie de tout être vivant que l’on peut qualifier d’humain. Mais qu’importe le droit à la vie dans une culture de mort !  Celui-là d’ailleurs, si évident soit-il, n’a jamais pu être voté. Il n’aura jamais cette sacralité-là.

jeudi 4 décembre 2014

«Nous ne sommes plus dans les années 1980» - Il n'y aura pas de ‘Génération François’ (suite) [par Hector]

[par Hector]
Cette contribution d’Hector vient après un premier volet écrit par RF. On ne s’étonnera pas de trouver des idées, voir des expressions similaires, les deux textes étant issus d’une discussion préalable entre les auteurs des deux textes.
La popularité du pape François, y compris auprès de publics éloignés de l’Église, est un phénomène massif et constant. Un pape qui fait l’objet de plusieurs couvertures de journaux à portée mondiale ; un pape qui suscite l’intérêt de personnalités éloignées de l’Église; etc. Certains hurleraient, d’autres s’en réjouiraient. Mais ce n’est pas la question. Et je crains que les discussions sur le pontificat bergoglien n’oublient certaines choses, à commencer par l’état précaire du catholicisme dans un pays comme la France, qui se vérifie dans tout l’occident sécularisé (de Los Angeles à Berlin ou de Stockholm à Barcelone). On raisonne encore comme si les jeunes de France et de Navarre étaient en contact permanent avec l’Église, comme si celle-ci continuait à drainer massivement les jeunes par ses aumôneries et son catéchisme… Nous ne sommes plus dans les années 1950, on en conviendra. Mais nous ne sommes plus non plus dans les années 1980: cela, on tend à l’oublier, tant chez les catholiques dits traditionnels que chez ceux qui ne le sont pas.

Permettez-moi une petite séquence rétro. Je ne vais pas vous parler de l’état de l’Église avant le concile, ou même de celui des dernières années pacelliennes ou même du bref intermède roncallien, mais bien de la situation des années 1980. Au cours de ces années, un nombre non négligeable d’enfants allaient au catéchisme et suivaient un parcours sacramentel complet, allant du baptême à la confirmation. Évidemment, ils allaient au catéchisme qui avait, pour ainsi dire, pignon sur rue, au point de susciter la curiosité de leurs collègues. Certes, les jeunes n’allaient pas à la messe tridentine, pas plus qu’ils ne suivaient un catéchisme sous forme de questions-réponses (le manuel Pierres vivantes existait) ; mais dans ces années 1980, le catholicisme existait encore dans l’espace public. Le catéchisme des enfants était un phénomène social. Malgré toutes les controverses relatives aux méthodes catéchétiques et au contenu enseigné aux enfants, il existait encore une jeunesse touchée par l’Église. Après la bourrasque des années 1960 et 1970, il y eut une relative accalmie. Ainsi, mes camarades d’école primaire (précisons qu’il s’agit de l’école laïque) ou de colonie de vacances allaient au catéchisme. En classe de neige (CM1), les animateurs qui nous suivaient avaient même accompagné des jeunes à la messe du dimanche. De telles situations semblent impensables aujourd’hui : outre les éventuels cris d’orfraie poussés si l’on apprenait que des agents publics aident les jeunes à accomplir leur devoir dominical, il serait tout simplement inimaginable de voir des jeunes aller à la messe… Les jeunes catholiques existaient et cela se savait dans leur entourage. C’est sur cette jeunesse qu’a pu se greffer l’action de Jean-Paul II.

Aujourd’hui, la situation est toute autre. Outre le fait que de moins en moins de parents font baptiser leurs enfants (sauf pour faire plaisir aux grands-, voire aux arrière-grands-parents), il y a moins de monde au catéchisme. De même, le parcours sacramentel se limite à la portion congrue : baptême jamais suivi de première communion, encore moins d’une confirmation ou de confession.. Ah, oui, j’oubliais : il va de soi qu’il n’y a plus de catéchisme donc plus de formation religieuse, même rudimentaire. Le gamin des années 1980 pouvait encore savoir qui était Jésus, qu’il existait un Ancien et un Nouveau testament ou qu’à la messe on écoutait les paroles de consécration : je ne suis pas sûr que son camarade d’aujourd’hui sache qu’un curé est forcément un prêtre ou ce qu’est une messe… Le décrochage parasite la perception par le grand public de ce que fait l’Eglise : par exemple du débat sur la communion aux divorcés remariés. Vu de l’extérieur, communier est un simple rite social, la marque d’adhésion à une communauté, qui ne communie jamais qu’à elle-même : un peu comme on se sert la main, en d’autres groupes ou d’autres occasions. Ce malentendu n’est pas nouveau – mais la petite minorité ignorante qu’il concernait est devenue majoritaire.

Il n’y aura pas de «génération François» non parce que le pape ne le mérite pas ou parce qu’il n’en est pas digne -ce n’est pas la question- mais tout simplement parce qu’il n’existe pas, en soi, de génération. On peut dire qu’il existe des générations marquées par l’Église préconciliaire, des générations conciliaires, marquées par les réformes s’inscrivant dans le sillage de Vatican II : je crains qu’on ne puisse parler de génération franciscaine si ce n’est pour constater son inexistence. Et c’est bien le problème d’un discours papal qui s’adresse à un public en filigrane, un peu comme il existe des comédiens sans public. Je ne sais pas en quoi consistera l’exhortation post-synodale à venir, mais je crains qu’elle ne rate son coup en s’adressant à un public de vieilles dames, dont les questions matrimoniales apparaissent avec moins d’acuité…