lundi 27 octobre 2014

Le Synode de tous les dangers : la clé sous la porte ?

« Nous ne nous soumettrons pas à la politique séculariste. Nous ne nous effondrons pas. Nous n’avons nullement l’intention de suivre ces éléments radicaux présents dans toutes les Eglises chrétiennes, y compris certaines Eglises catholiques dans un ou deux pays, ni de mettre la clef sous la porte » Cardinal George Pell
Voici un extrait du dossier paru dans Monde et Vie la semaine dernière à l'occasion de la clôture du Synode. Pour avoir les textes complets immédiatement à parution, il suffit de s'abonner - 62 euros pour un an - à envoyer au 14bis rue Edmond-Valentin, 75 007 Paris. 

Il semble que l'Eglise institutionnel risque de connaître quelques turbulences... Nous suivrons avec attention la crise interne ouverte par ce synode sans précédent. Il est vrai que la langue de buis n'est pas notre fort, mais qui peut s'en plaindre ?

 Le pape François, qui aura 78 ans à la fin de l’année et fait déjà courir lui-même le bruit de sa démission à 80 ans, a voulu aller vite. Très vite. Son objectif ? Mettre l’Eglise à l’heure de ce que les Américains appellent le « care ». « L’Eglise est un hôpital de campagne » avait-il déclaré au moment de son élection. Dans cette perspective, le premier devoir de l’Eglise n'est pas de dire la Parole de Dieu, mais de prendre soin de ses fidèles, de les accompagner et d’être comme une grande « soeur en humanité pour tous les hommes ». C’est dans cette vaste perspective qu’il fallait, sans supprimer la Loi de Dieu (à laquelle les hommes ne peuvent pas toucher) assurer les familles en décomposition ou en recomposition de la sympathie, de la proximité et de l’amour efficace de l’Eglise. Il fallait affirmer que les personnes homosexuelles constituent « un grand don pour l’Eglise » et que les lois de l’Eglise sur l’indissolubilité du mariage étaient susceptible d’un assouplissement, au point que l’on pourrait désormais considérer certains couples de divorcés remariés cicilement comme des couples ayant accès à la communion.
Bugs et re-bugs dans l’organisation
Point commun de ces deux nouvelles approches sur les divorcés remariés et sur les homosexuels : la notion de péché semble oubliée, l’indissolubilité du mariage est mise en cause sans que cela paraisse gêner quiconque dans le camp des réformateurs, ni le cardinal Kasper auteur d’une première réflexion sur le sujet, dans laquelle le mot « péché » n’est pas prononcé, ni le théologien Bruno Forte qui paya de sa personne dans l’élaboration du document Post disceptationem à mi-synode.

Le projet du synode est de grande envergure. Pour montrer qu’il en attend un changement décisif, le pape a annoncé qu’il aurait lieu deux ans de suite sur le même sujet, sentant très vite que quinze jours de discussions ne suffiraient pas. C’est évidemment lui qui a été la cheville ouvrière de ce synode, c’est lui qui en a conçu le fonctionnement, qui a choisi les acteurs, qui a encouragé son porte-parole le cardinal Kasper en soulignant que ce progressiste avéré faisait de la théologie « à genoux » ; c’est lui qui a tenté de faire taire l’opposition lorsque elle a voulu s’exprimer avant le Synode, explique Sandro Magister sans donner les noms ; c’est lui qui a inventé ce document de mi-Synode (post disceptationem), qui ne correspondait pas aux discussions, en couvrant le théologien progressiste Bruno Forte face au cardinal hongrois Erdö, secrétaire officiellement nommé qui avoua aux journalistes qui l’interrogeaient n’être même pas au courant du contenu de ce « premier rapport » (en particulier du texte qu’il contenait sur les homosexuels). C’est le pape encore qui, au dernier moment, voyant que le Rapport final risquait d’être controversé, a nommé, en dehors du fonctionnement normal de l’institution synodale, une commission de six théologiens et cardinaux tous progressistes et souvent liés à sa personne, qu’il a chargés de rédiger le Rapport final.
Le pape veut-il passer en force ?
Samedi 18 octobre, pour la fin du Synode, il y eut d’abord un message (nuntius) qui se tient soigneusement loin de toutes polémiques, se contentant de féliciter les familles unies. Néanmoins, Jean-Marie Guénois, responsable de l’information religieuse au Figaro, a tweeté de Rome les scores du vote pour le Rapport final. Pour trois paragraphes, un sur les homosexuels (n°55) et deux sur les divorcés remariés (n°52 et 53), la commission créée spécialement par le pape, qui avait déclaré pourtant qu’elle avait tenu compte des oppositions qui se sont faites jour durant le Synode, a vu sa rédaction rejetée. Une majorité des deux tiers était nécessaire pour que le texte soit voté, elle n’est pas atteinte[1] mais le temps manque pour voter un texte de substitution, les Excellences et les Eminences devant rentrer chez elles. Apparemment on avait même pas imaginé qu’un vote puisse être négatif. Le pape a donc décidé de publier quand même les paragraphes retoqués (qui ont obtenu la majorité simple). 

Il est clair que nous sommes dans une situation absolument inédite, une sorte de Révolution par le haut. Cela va prendre du temps, mais François semble bien décidé à passer en force. C’est en tout cas ce que l’on peut retirer de la remarque du Père Lombardi, son grand communicateur : « Ces trois paragraphes (52, 53 et 55) n’ont pas eu la majorité qualifiée des deux tiers mais ils ont eu la majorité simple. On ne peut donc pas les considérer comme l'expression d'un consensus du synode mais la discussion va continuer. Il y a encore beaucoup de chemins à parcourir. Le fait que le pape ait voulu que soient publiés, et le texte, et les résultats des votes paragraphe par paragraphe - ce qui est une première - démontre qu'il veut que tous comprennent exactement où en est la discussion et sur quels points il va falloir continuer le travail du synode ». 
Continuer le travail ? En tout cas, la route est tracée, elle l’est de la main du Maître pape, il s’agira de ne pas s’en écarter.
Mène-t-elle quelque part ? Pas sûr.
La dialectique d’un chef en difficulté
Dans le discours de clôture du pape François d’ailleurs, on entend un autre ton, celui du chef qui reprend sa place au centre après avoir été batifoler à gauche.
Le pape a très (trop ?) habilement conclu le Synode en renvoyant dos à dos progressistes et conservateurs. Quelle différence avec son lointain prédécesseur Benoît XV, qui ne voulait entendre parler ni d'"intégristes" ni de "modernistes" mais de catholiques tout court !

François discerne cinq tentations qui ont assailli l’Assemblée synodale. Nous en retiendrons deux, les plus caractéristiques : D’abord « la tentation du raidissement hostile, c’est-à-dire de vouloir s’enfermer dans la lettre, à l’intérieur de la loi, dans la certitude de ce que nous connaissons et non de ce que nous devons encore apprendre et atteindre. Du temps de Jésus, c’est la tentation des zélotes, des scrupuleux, des empressés et aujourd'hui de ceux qu’on appelle des "traditionalistes" ou aussi des "intellectualistes"". 
Deuxième tentation : « La tentation d’un angélisme destructeur, qui au nom d’une miséricorde traîtresse met un pansement sur les blessures sans d’abord les soigner, qui traite les symptômes et non les causes et les racines. C’est la tentation des timorés, et aussi de ceux qu’on nomme les progressistes et les libéraux. » 
Le problème est que l’on met facilement des noms sur les « traditionalistes » qu’il décrit : le cardinal Burke, la cardinal Muller et quelques autres, qui ont réagi très fort durant le Synode. On voit moins qui sont les « timorés libéraux », se reconnaissant dans une « miséricorde traîtresse », sauf à considérer que ce sont, avec le cardinal Kasper et le Père Bruno Forte, ceux justement sur lesquels le pape a voulu s’appuyer lors de ce synode.
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[1] D’après Jean-Marie Guénois, du Figaro, dont voici les chiffres : « Paragraphe sur homosexualité : 118 pour ; 62 contre ; 2 paragraphes sur les divorcés remariés :104 et 112 pour ; 74 et 64 contre ». La majorité des deux tiers était à 123.

dimanche 19 octobre 2014

[Claire Thomas / Monde et Vie] Mgr Pontier, le 1er octobre: quelle morgue !

Ce papier de ma consoeur et néanmoins amie Claire Thomas devait paraître dans le prochain numéro de Monde et Vie. Il n'y paraîtra pas par manque de place... Synode oblige... J'ai pensé que Metablog pouvait l'accueillir avec fruits. 
Le papier de Claire Thomas ne cultive aucune polémique gratuite, mais autant que je le comprends tout au moins, il déplore le fossé que les évêques semblent creuser aux-mêmes entre eux et leur peuple... 
Tant que j'en suis au Synode, je vous signale que je ferai demain lundi 20 octobre 2014 à 20H15 une Conférence sur le Synode au Centre Saint Paul, 12 rue Saint Joseph 75.002 Paris 
GT
Dans un entretien donné à La Croix le 1er Octobre dernier, Mgr Pontier – une fois n’est pas coutume – a parlé sans détour de la légitimité des marcheurs de la Manif pour tous à contester la loi républicaine. Il était interrogé plus précisément sur la grande Manifestation qui aura lieu quatre jours plus tard, le 5 octobre, avec le succès que l’on sait. Soutient-il ? Ne soutient-il pas ? Voici sa réponse in extenso :
« La Manif pour tous n’étant pas un mouvement d’Église, il n’est pas de mon rôle de commenter leur choix politique de manifester dans les rues. La manifestation est l’une des formes de la liberté d’expression dans nos démocraties. Mais cela ne peut pas devenir le seul moyen. Nous, évêques, sommes davantage engagés dans un processus de réflexion, plutôt que dans un combat contre une loi future [en l’occurrence la loi sur la Gestation pour Autrui]. On ne se situe pas sur le plan politique mais sur le plan anthropologique, même si une loi a des conséquences anthropologiques ».
Soulignons d’abord la notion de « mouvement d’Eglise ». Le mouvement d’Eglise, c’est celui qui jouit de l’approbation explicite des évêques et qui peut porter le label de « catholique ». Ce label, la Manif pour tous ne l’a jamais demandé, parce que, par définition ce mouvement prépare un avenir pour tous ; il se bat dans l’intérêt de tous, pour le bien commun. Il n’exprime pas l’opinion d’un groupe ou d’une tribu, fût-elle catholique. Sa contestation porte sur ce que l’on fait subir par le moyen de lois à l’humanité de l’homme. L’enjeu est énorme. Comment les évêques peuvent-ils dire que cela ne les concerne pas parce que le mouvement n’a pas leur label ? Le motif est bien ténu.

Il faut sans doute chercher ailleurs la raison profonde de la timidité de l’évêque : dans la suite de son texte par exemple, dans laquelle il appert que, lui, évêque et patron des évêques, il ne veut pas agir mais réfléchir : « Nous sommes d’avantage engagés dans un processus de réflexion que dans un combat contre une loi ». Quand on pense aux grands Pontifes qui ont fait la France au Vème siècle en faisant face aux Barbares : eux n'ont pas eu peur de l'action… Cette prétention exclusive à l’intellectualité a quelque chose… d’absurde ! Mais puisqu’on est parti, il n’y a que le premier pas qui coûte : allons aux grands mots pour y trouver les grands remèdes : « On ne se situe pas sur le plan politique, continue Mgr Pontier, mais sur le plan anthropologique ». Anthropologique ! C’est parce que l’enjeu est anthropologique qu’il est indifférent de manifester ou de ne pas manifester, et que l’on peut se contenter de discuter ?

Dans ce dernier trait, il y a un double mépris : mépris envers les manifestants pour tous, qui sont présentés comme incapables de s’élever à cette hauteur de l’anthropologie, c’est-à-dire du discours sur l’homme. Qu’en pense François-Xavier Bellamy, manifestant pour tous et auteur d’un des best sellers de la Rentrée, un essai sur les Déshérités (chez Plon) - qui est une réflexion anthropologique, comme les évêques n'en ont pas encore produite ? Bonjour tristesse !

Je crois qu’il y a un autre mépris, plus caché, le mépris pour l’anthropologie justement. Lorsque l’on rencontre une problématique qui va jusqu’à mettre en cause l’anthropologie, on ne la prend pas à la légère, on n’exclut pas délibérément toute forme d’action, ou alors c’est que l’on s’enferme dans les prestiges faisandés d’une parole qui n’ordonne jamais l’action. Parole épiscopale ?

Reste, du point de vue pastoral (eh oui ! du point de vue de l’art du berger) une extraordinaire gaffe de l’évêque s’arrogeant le souci exclusif de « l’anthropologie » face à ses fidèles qui peuvent bien marcher... mais qu’il n’encouragera pas.
Claire Thomas

jeudi 16 octobre 2014

Saint Augustin fait recette

Beaucoup de monde ce soir au François Coppée pour la première séance "Saint Augustin". Le premier étage est trop petit. Nous envahissons le rez-de chaussée. J'ai admiré cette foule de gens attentifs sur des sujets pas très faciles. J'ai admiré cette volonté de savoir, ce désir de comprendre ce qui a pu mouvoir cet esprit si délié à se donner entièrement au Christ. J'ai conclu sur un extrait du Livre 8 des Confessions que j'aime beaucoup : "Les méditations, dit Augustin, les réflexions que je faisais sur toi, mon Dieu, ressemblaient aux efforts de ceux qui veulent s'éveiller et qui pourtant ne peuvent faire surface et sombrent à nouveau dans les profondeurs du sommeil" - en latin ne peuvent faire surface se dit : superati soporis altitudinis : vaincus par la profondeur du sommeil. Spirituellement nous sommes souvent vaincus par la profondeur de notre "sommeil dogmatique" (Kant dixit), par la force de nos habitudes, par le diktat de notre confort. Entrer dans la vie spirituelle, c'est comme accéder à l'action véritable, nous réveiller de notre sommeil (selon une image qui est aussi dans saint Paul) - vivre.

Facile ? voyez un peu plus loin dans le livre VIII : "L'esprit commande au corps, on lui obéit aussitôt. L'esprit se commande à lui-même : on lui résiste. Il commande - dis-je - de vouloir, lui qui ne commanderait pas s'il ne voulait pas : et il ne fait pas ce qu'il commande" Saint Augustin est l'homme qui a inventé la volonté comme concept philosophique, après que saint Paul l'ait évoqué comme réalité théologique. A quelles conditions pouvons-nous devenir des êtres volontaires ? Nous ne le pouvons pas sans la foi. En revanche, avec la foi (comme le remarque Descartes), on peut vouloir à l'infini, alors que l'intelligence humaine, elle, n'accèdera jamais à l'infini.

Ce n'est pas l'intelligence conceptuelle dont les représentations sont tellement limitées, c'est l'acte de la volonté, que l'on peut appeler la tendance intellectuelle, qui nous permet d'accéder à l'Absolu. Pour saint Augustin, le seul problème c'est de parvenir à aimer. "Notre coeur est inquiet jusqu'à ce qu'il trouve en Toi sa quiétude". "Mon amour est le poids qui m'entraîne".

lundi 13 octobre 2014

La vie spirituelle est d'abord un pouvoir

"Le peuple, voyant ce miracle, fut rempli de crainte et il  rendit gloire à Dieu de ce qu'il avait donné une telle puissance aux hommes" (Matth. 9, 8 dans la traduction fin XVIIème que m'a si gentiment offerte Eric qui se reconnaîtra). C'était la conclusion de l'Evangile de dimanche (XVIIIème dimanche après la Pentecôte), narrant la guérison du paralytique de Capharnaüm. Elle m'a toujours titillé. Mais ce soir, achevant mon sermon dominical, j'ai eu l'impression, le signe de croix achevé, que j'en avais enfin trouvé le sujet. J'avais parlé dix minutes pour chercher à exprimer quelque chose que j'essayais de formuler pendant la messe qui suivit.

Je tire deux propositions de cet effort d'attention : d'abord le pouvoir ou la puissance du Christ sont potentiellement celui ou celle de tous les hommes. Le Christ est essentiellement celui qui se communique, qui se donne, jusqu'à extinction ou en tout cas jusqu'à la mort. Il nous suffit de le vouloir pour le recevoir.Nous ne recevons pas cette puissance en vertu d'une prédisposition naturelle qui serait la nôtre. Elle n'est donnée ni aux plus sages ni aux plus vertueux. C'est la Miséricorde de Dieu qui nous revêt de son Fils. En nous il n'y a ni puissance active ni puissance passive à recevoir la Miséricorde de Dieu. Juste une puissance obédientielle, une simple non-contradiction... Et le mystère de notre volonté graciée et donc libérée par le Christ. Nous sommes des volontaires du Royaume, au moins aussi inexpérimentés et aussi naïfs que les fameux volontaires de l'an II.

Ensuite et nonobstant, la vie spirituelle authentique est nécessairement une affaire de pouvoir ou de puissance : pouvoir sur soi-même ; puissance indicible sur le coeur de Dieu. C'est ce pouvoir, c'est cette puissance, contredisant le pouvoir de la violence et la puissance du vice, qui est donnée aux hommes dans le Christ. Non pas le pouvoir sur les autres (si facile à exercer du moment que le rapport des forces est en notre faveur). Mais le pouvoir sur soi, pouvoir sacrificiel, pouvoir oblatif, pouvoir dont nous sommes tous et le sujet et l'objet. La grâce nous donne la liberté dans la mesure où elle nous donne de jouir de ce pouvoir ou de cette puissance.

Il ne s'agit pas de prendre le Christ juste pour un sage et d'envisager le christianisme comme une sagesse. Saint Paul, dès le Chemin de Damas, a compris cela, il l'explique de manière saisissante aux Corinthiens : "La parole de la Croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, c'est-à-dire pour nous elle est la vertu et la puissance de Dieu". Les habitants de Capharnaüm, "sa ville" dit l'Evangéliste en parlant du Christ, ne sont pas dupes. Ils ont perçu ce langage de la puissance : après le miracle, "il rendent grâce à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes".

Quel pouvoir ? Saint Jean l'explicite dès son Prologue : "A tous ceux qui l'ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu, lui qui n'est pas né du sang ni de la volonté de la chair ni de la volonté d'un homme mais de Dieu". Le Pouvoir qui nous est donné est celui du surnaturel. Pourquoi parler de pouvoir ? Il s'agit de dépasser l'homme qui est en nous et de découvrir un dynamisme (une puissance) supérieure - le monde de l'Esprit dans lequel notre baptême nous fait officiellement entrer. Les pouvoirs ministériels confiés à l'individu par l'Eglise dans le sacrement de l'Ordre sont essentiellement  celui de pardonner les péchés ou celui de "confectionner" le corps du Christ, selon la vieille formule théologique qui renvoie non pas à l'artificialité de la 'confection' mais à l'absolu d'une perfection (conficere perficere), qui n'est pas de la terre et qui pourtant a été donnée aux hommes.

lundi 6 octobre 2014

"Que l'Eglise ne s'occupe pas de mariage de couples et de lits" ?

Noces de Cana, fresque de l'abbaye de
Keur Moussa au Sénégal
Adrien recommence à faire des siennes! Il nous sort sans honte le magnifique poncif qui sert de titre à ce post. A pas peur Adrien ! Plus c'est gros plus ça passe. L'Eglise s'est toujours occupé des amours humaines. Voyez le chapitre 7 de la Première épître aux Corinthiens, entièrement consacré aux conseils que saint Paul donne aux unes et aux autres. Et il 'est pas commode, le saint Paul ! En revanche, il n'est pas aussi misogyne qu'un vain peuple pense : les obligations sont les mêmes pour les hommes et pour les femmes. Et surtout il est tout près du Christ qui refuse clairement et la répudiation et le divorce lorsque il dit : "Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni" (Matth. 19).

Pourquoi le Christ s'est-il mêlé de donner son avis sur le divorce ? Et pourquoi l'Eglise doit-elle reprendre son enseignement ?

Je vous immédiatement deux raisons : la première c'est que l'amour divin ne peut pas rester étranger à l'amour humain. Le Christ nous prêcherait l'amour sans s'occuper de nos amours ? Mais de quoi aurait-il l'air ? D'un puceau qui ne connaît rien à la vie et s'enferme dans sa tour d'ivoire ? Mais personne ne connaît la vie, mieux que le Christ : "Il n'avait pas besoin qu'on lui rende témoignage de l'homme car il savait, lui, ce qu'il y a dans l'homme" (Jean 2). Il faut être le Père Jean Miguel Garrigue pour imaginer que Dieu est sans idée du mal, une sorte d'innocent à perpétuité, toujours trompé par des pécheurs décidément plus intelligents que lui... parce qu'ils en connaissent un rayon qui lui échappe.

L'amour humain est quelque chose de foncièrement ambigu ou ambivalent, Dieu le sait. Platon disait que l'amour n'est pas un dieu mais un demi-dieu, le fils de Poros et de Pénia, d'abondance et de pauvreté. Il le voyait non pas comme les Latins imaginaient Cupidon, son arc et ses flèches, mais plutôt comme une sorte de clochard, qui vient déranger tout le monde, qui est exigeant à contre temps, laxiste quand il ne faut pas l'être, bref, quelqu'un de pas sortable. Et Platon a raison : depuis le péché originel, l'amour n'est pas fréquentable. Il y a de tout dans ce personnage. L'amour peut être le sommet de l'égoïsme, de la cruauté, de la possession, de la manipulation etc.

Nous disons, nous chrétien non seulement que l'amour est un dieu, mais que l'Amour est Dieu. C'est "l'Amour qui meut le soleil et les autres étoiles" comme chante Dante. Mais pour pouvoir prétendre cela, il faut que nous ait été révélé un amour extra-ordinaire, un amour purifié, où ne se trouve nulle jalousie et nul amour propre, un amour qui donne et qui pardonne, un amour qui s'oublie et qui se communique lui-même, un amour qui accepte de mourir pour l'autre car "il n'y a pas de plus grand amour".

Le développement de la première raison a amené la seconde : l'amour est quelque chose dont l'homme a l'intuition, mais qui est plus grand que lui. Il ne sait pas et il ne peut pas aimer seul. Le Christ est venu nous révéler la vraie nature de l'amour et sa grâce nous en donne la capacité. C'est pour cela qu'existe le sacrement de mariage : les époux ne sont pas seuls, s'ils s'aiment c'est dans et par le Christ.

C'est la raison pour laquelle on peut dire avec Denis de Rougemont dans L'amour et l'Occident que c'est le christianisme qui a inventé l'amour humain. Dans d'autres cultures l'amour relève du Kamasoutra, des Mille et une nuits, ou chez les Poètes latins exclusivement de la bagatelle. Cette immense histoire d'amour que tente de raconter la littérature occidentale, ce récit qui utilise le sexuel pour dévoiler l'âme, il provient du christianisme, qui a divinisé l'amour... qui en a fait la pierre de touche de la réussite et le plus grand signe du Bien (un signe quasi sacramentel, réalisant ce qu'il signifie). Si l'Eglise ne s'était pas occupé du mariage (quitte à rentrer parfois c'est vrai dans des détails désagréables), il n'y aurait pas la culture occidentale, il n'y aurait pas de véritable supériorité de l'Occident, il n'y aurait pas l'actuelle occidentalisation (christianisation) du monde.

samedi 4 octobre 2014

La solennité du Rosaire et la Manif pour tous

Nous célébrons aujourd’hui la solennité de Notre Dame du Rosaire. Et, justement ce jour, on nous propose une nouvelle Manifestation pour tous… L’occurrence est intéressante.

En 1571, le pape saint Pie V ordonnait à tous les chrétiens de prier pour la victoire sur mer de Don Juan d’Autriche, le fils naturel de Charles Quint. Il fut averti de la victoire à l’heure même où elle eut lieu, par une vision, et demanda qu’on fasse sonner les cloches de Rome, avant que le messager envoyé par le Généralissime de la flotte, ait eu le temps de parvenir de Lépante (au large du Golfe de Patras en Grèce) jusqu’à Rome. Lépante a été la bataille navale la plus importante depuis Actium qui opposa Le jeune Octave (pas encore Auguste) à Antoine. Jusque là les Turcs étaient invaincus. On les croyait invincibles. La victoire chrétienne fut pourtant écrasante. Elle donne un coup d’arrêt à l’expansion turque, au moins par voie maritime. Il faudra attendre la victoire de Vienne en 1688 pour que l’islam ne se manifeste plus comme une religion conquérante qui avance au fil de l’épée. Les terroristes d’aujourd’hui retrouvent hélas cette tradition..

Aujourd’hui, la Manifestation pour tous représente, avec ses qualités et ses défauts, la première mobilisation réelle des chrétiens sur un enjeu de société depuis 1984 (et les manifestations pour l’enseignement libre). Au-delà de la question du mariage des homosexuels, c’est à toutes les attaques contre la famille (en particulier tout dernièrement aux économies budgétaires qui frappent les familles) que les manifestants tentent de faire pièce. L’enjeu avait laissé échapper Christiane Taubira l’an dernier est un enjeu de civilisation. L’homme accepte-t-il de considérer comme donné un ordre naturel qui le dépasse, au sein duquel la différence des sexes constitue un invariant pour l’éducation du petit d’homme ? Ou bien veut-il recréer un homme nouveau, non plus par décrets politiques comme au XXème siècle, mais par la main mise de la technique sur les sources de la vie ? Si la Technique l’emporte, alors on fabriquera de l’humain. La formation culturelle du petit d’homme, entre son papa et sa maman, cette maturation qui passe par la découverte de l’univers sexué, que deviendra-t-elle ?

Nous n’en sommes pas là ! direz-vous peut-être. Le transhumanisme en est beaucoup plus loin : on rêve de prolonger la vie humaine jusqu’à 200 ou 300 ans grâce à une banque de pièces détachées et d’organes artificiels fabriqués par l’homme. Et on ne dit pas trop fort que l’on pourra un jour contrôler totalement les naissances, voire les faire advenir dans des utérus artificiels, dont les prototypes existent déjà.

Mais surtout on oublie la famille, cette petite église comme disait Jean Chrysostome, au sein de laquelle mûrit cet être essentiellement culturel qu’est le petit d’homme. Dans un premier temps on s’emploie à la rendre facultative (par la GPA) et les mères porteuses. Dans un second temps on la supprimera. N’oublions pas que les Spartiates au IVème siècle avant Jésus-Christ, avaient déjà expérimenté l’élevage collectif des enfants (les garçons étaient enlevés à leur mère dès l’âge de sept ans) et que Platon en prend acte dans son utopie politique (la République) en supprimant toute forme de lien matrimonial, au profit d’un amour totalement libre, filles et garçons étant élevés par l'Etat pour les mêmes tâches ("Ce que fait un cheval, une jument ne le fait-elle pas aussi ?"). 

N’est-ce pas cela – la destruction de la famille – qui est au bout du chemin technocratique ?

L'Eglise ne s'y résignera jamais. Dans sa Lettre aux familles, datée du 2 février 2002, saint Jean-Paul II avait annoncé : « La famille est la route de l’Eglise ». C’était beaucoup plus précis que ce qu’il avait dit vingt ans plus tôt dans sa première encyclique : « L’homme est la route de l’Eglise ». Entre temps, il a compris et voulu faire comprendre, qu’il n’y avait pas d’homme digne de ce nom sans familles. L’Evangile de la vie jaillit d’abord dans chaque famille chrétienne. Ce n'est pas pour rien que c'est d'abord au sein des famille, au cours de la prière du soir, que les enfants apprennent à réciter le Rosaire.