samedi 9 mars 2019

Un entretien paru dans Présent

Je republie ici, avec l'accord bienveillant du Quotidien Présent, l'entretien qu'il a publié lundi dernier (4 mars 2019), sur l'actualité récente de l'Eglise et les principes de la morale catholique .

Anne Le Pape : Le film d’Ozon, Grâce à Dieu, sortant alors que le procès du père Preynat n’est pas terminé, la sortie du livre Sodoma de Martel : des éléments de nature différente (nous y reviendrons), mais ne doit-on pas noter cette convergence ?
Guillaume de Tanoüarn : Si vous voulez parler d’un complot contre l’Eglise, je ne crois pas qu’il n’y en ait qu’un. Frédéric Martel a tenu à faire paraître son livre, Sodoma (comprenez : Sodome à Rome) au moment où s’ouvrait à Rome le sommet contre les abus sexuels sur mineurs, avec les présidents des conférences épiscopales françaises. Quant à François Ozon, il avait pour son film Grâce à Dieu une fenêtre de tir avant le rendu des jugements concernant le cardinal Barbarin (pour non-dénonciation) et surtout le Père Preynat (pour agressions sexuelles en série). La convergence entre les deux agendas, celui du film et celui du livre, me paraît, elle absolument fortuite. Mais elle marque un trop plein. Je pense que les désordres sexuels ont fleuri depuis que ce que j’ai appelé jadis la religion de Vatican II prêche l’Evangile selon Polnareff : Nous irons tous au paradis. La question du pardon divin est fondamentale et magnifique. Mais on détruit la doctrine de la miséricorde et on tombe dans le laxisme quand on rend le pardon divin automatique.
Anne Le Pape : « De nature différente », a-t-on dit : le film dénonçant les abus sexuels, l’autre l’hypocrisie de l’Eglise qui devrait ne plus condamner l’homosexualité. Le but est-il le même, fragiliser l’Eglise (malgré les dénégations répétées des auteurs) ?
Guillaume de Tanoüarn : Je pense qu’il y a dans le film comme dans le livre, et je dirais dans le film plus encore que dans le livre, une sorte de militantisme athée, qui en limite la portée. En Ozon et en Martel, il nous faut voir d’abord des artistes engagés, qui veulent à tout prix crédibiliser cet agnosticisme, qui constitue aujourd’hui, dans le vaste domaine de la mondialisation, en Chine, aux Etats unis et en Europe, comme une anti-religion d’Etat. Mais je n’ai jamais cru à l’art pour l’art. Le fait d’être des artistes engagés n’interdit pas que l’on puisse, avec cet engagement même, faire un bon film ou un bon livre. Ainsi Sodoma est l’un des rares essais de ce calibre (630 pages) qui se lise aisément. Cela peut ne pas nous plaire mais il y a une écriture. Quand Martel nous raconte sa visite manquée au cardinal Burke, et son expédition dans ses toilettes, on ne peut s’empêcher de sourire, même si Martel n’a pas l’ombre d’un vrai grief à faire valoir contre le pauvre cardinal, auquel il reproche simplement d’être un conservateur et de trop aimer l’apparat dans lequel, comme cardinal, il vit.
Anne Le Pape: Que pensez-vous de l’analyse d’Hubert de Torcy sur le film d’Ozon ?
Guillaume de Tanoüarn: Hubert de Torcy reproche à Ozon de n’avoir pas saisi dans toutes ses dimensions le drame de conscience du cardinal. C’est vrai qu’il n’en juge qu’à travers les apparences, en reconstruisant son personnage (l’acteur François Marthuret fait un travail formidable en le rendant crédible sous les oripeaux du hiérarque cauteleux, qui ne serait vraiment soucieux que du fonctionnement de l’institution. Hubert de Torcy a raison de dire que nous sommes là à mille lieues du personnage réel. Mais s’il n’y avait pas la dimension militante de ce film, par exemple la volonté du cinéaste de peser sur le procès, on pourrait dire qu’une telle reconstitution relève des libertés du créateur artistique. Lorsque Sartre écrit Le diable et le bon Dieu, il commet une grande pièce, même si l’on n’est pas d’accord avec ses conclusions. Je dirais la même chose, chacun dans son ordre, pour nos deux artistes.
Anne Le Pape: La dénonciation de l’homosexualité de certains hommes d’Eglise n’est pas nouvelle. En quoi ce livre franchit-il un seuil ?
Guillaume de Tanoüarn : Parce que, même s’il n’est pas objectif, il signe la première véritable enquête sur le sujet et que son enquête se lit souvent comme un roman, même si hélas elle n’en est pas un.
Anne Le Pape :  Jean-Marie Guénois, s’il reconnaît dans Le Figaro le sérieux du travail de Martel, souligne qu’il majore ses conclusions et oublie la doctrine de l’Eglise. Est-ce votre avis ?
Guillaume de Tanoüarn : Si Frédéric Martel majore ses conclusions, c’est pour deux raisons bien identifiables dès le début : il est manifestement payé (au propre ou au figuré) pour charger tous les conservateurs qui passent à la portée de son gaydar (le radar gay, censé identifier les personnes homosexuelles). Mais (deuxième raison), il arrive que le gaydar s’emballe et laisse la place à des enthousiasmes immaîtrisés de vieille folle, pas encore blasée, cela en particulier lorsqu’il parle liturgie. J’ai regardé sur you tube ce qu’il appelle lui-même « la messe félinienne » au cours de laquelle le pape Ratzinger a ordonné évêque son secrétaire Geinswain. Il s’agit d’une messe de Paul VI un peu solennelle, au cours de laquelle on remarque l’extrême qualité des chœurs, plutôt que le nombre (tout à fait raisonnable en fait) des dentelles. Devant un tel spectacle, pas possible de lui faire entendre raison : le gaydar de Martel s’emballe. Pas possible de lui faire entendre raison : Martel aime ça et il en parle… comme un gay… avec chaleur.  C’est amusant le gaydar, mais le problème concrètement est dans la distinction qu’opère Martel entre homophiles et homosexuels. Les homophiles seraient des homosexuels non pratiquants, mais qui auraient gardé une tendance. Il faut dire que Martel en voit partout, jusqu’à mettre en cause plusieurs papes récents. On arrive là à la limite de sa tentative. Il y a des choses qui se disent (verba volant), mais qui ne s’écrivent pas, tout simplement parce que ce sont de pures conjectures, qui, en l’absence de preuves, ne cerneront jamais qu’un aspect – souvent bien ténu - de la réalité.
Anne Le Pape : Martel a rencontré des informateurs complaisants. N’est-ce pas un trait de la modernité, on se répand, on se raconte ?
Guillaume de Tanoüarn : Il me semble au contraire que c’est une des grandes qualités de son livre : on y est. Il faut parfois effleurer beaucoup de sujets avant de réussir à brancher un cardinal sur l’homosexualité…
Anne Le Pape : Que pensez-vous du rôle de Maritain selon Martel ?
Guillaume de Tanoüarn : Martel parle du Code Maritain. C’est un signe de reconnaissance que s’envoyaient des homophiles (voir question précédente), décidés à vivre dans la chasteté parfaite cette tendance mal sonnante. Quand on lit dans le journal de Julien Green le récit de sa première rencontre avec Maritain (« Il me regarda de ses grands yeux bleus profond… » etc.), on se dit que manifestement, entre eux, le message est passé. Frédéric Martel émet une hypothèse : la pureté sans faille des homosexuels catholiques (selon lesquels la moindre pulsion est « hors nature ») a servi de modèle à la morale catholique post-conciliaire, celle que développent Paul VI, puis Jean-Paul II.
Anne Le Pape : Le but de Martel, selon Roberto de Mattei, est « d’abattre la Bastille de la morale catholique ». Le pensez-vous ?
Guillaume de Tanoüarn : Quelle Bastille ? Celle qu’a érigée Paul VI, en mettant la contraception et l’avortement sur le même plan dans Humanae vitae, qu’il publie – cela ne s’invente pas – en mai 68 ? Peut-être. La vraie morale, on ne la détruit pas comme ça : elle est dans les cœurs. Que trouve-t-on dans nos cœurs ? Jusqu’à Vatican II tous les prêtres et tous les fidèles catholiques croyaient au péché originel. A partir de Dignitatis humanae (1965), qui enseigne que toute conscience va d’elle-même à la vérité absolue, on ne peut plus y croire, que comme à un concept purement rhétorique. Le fait est, du coup, que la morale postconciliaire, telle qu’elle ressort des textes, est une morale rigoriste, une morale sans le péché originel, qui repose, elle, entièrement sur le droit naturel, c’est-à-dire sur l’idée d’homme telle qu’elle sort de la pensée divine… On oublie que le droit naturel renvoie à une vérité contraire, celle de la nature déchue et du péché originel. C’est comme l’enseignement sexuel de Jean-Paul II : peut-il exister une sexualité parfaite et normative entre homme et femme ? La sexualité peut-elle – bien comprise – servir de fondement ? Je ne le crois pas : depuis le péché originel, il n’y a pas de sexualité bien comprise. La sexualité n’est donc pas un fondement. Juste un moteur. Pour que le moteur nous emmène dans la bonne direction, il importe que nous ne quittions jamais le volant, c’est-à-dire que nous vivions, ou au moins que nous voulions vivre dans la grâce de Dieu.

vendredi 8 mars 2019

«Je suis troublé avec vous tous»: un évêque parle

Le diocèse de Rouen publie ce message de Mgr Lebrun:         
Je suis troublé avec vous tous
Message de l’archevêque aux fidèles 
Le cardinal Philippe Barbarin vient d’être condamné pour « non-dénonciation de mauvais traitements envers un mineur ». Je ne commente pas cette décision de justice. Elle s’ajoute à d’autres révélations et condamnations de prêtres, d’évêques, de religieux ou religieuses qui ont abusé d’enfants ou de personnes fragiles, crimes terribles. En raison même des processus psychologiques, on peut penser que les victimes n’ont pas toutes parlé. À cela se sont ajoutés des comportements de la hiérarchie et des proches des victimes qui ont étouffé des paroles. 
Il y a de quoi être troublé. Je le suis avec vous tous. Nous apprenons de Jésus qu’il n’y a pas d’impasse pour les pécheurs. Nous découvrons des péchés graves, aggravés parce qu’ils ont été cachés. Le chemin passe par l’acceptation de notre péché. Je n’imaginais pas à quel point il y a de la pourriture au sein de notre Église catholique. Est-ce par aveuglement ou par orgueil ? Est-ce par protection plus ou moins consciente de l’Église ou des personnes ? Je ne sais pas répondre. Je m’examine moi-même, et chacun a sans doute sa réponse. En tous les cas, nous avons maintenant à accueillir la lumière qui éclaire ces ténèbres. 
Notre espérance n’en est pas moins grande. Par avance, Jésus a interrogé l’Église qui critique si facilement la société : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? » (Mt 7,3). Chacun peut accueillir cette question, surtout au temps du carême. Accueillir humblement la question est déjà chemin de salut. 
Combien de temps encore cette purification va-t-elle durer ? Je n’ai pas de réponse. Je demande seulement au Seigneur de ne pas nous tenter au-delà de nos forces, comme il l’a promis. Je le supplie aussi de regarder tout le bien que nos communautés avec leurs prêtres, leurs religieux et religieuses, leur évêque font en vivant l’Évangile.  
Oui, Jésus continue de dire à son Église comme à Pierre : « Arrière Satan, tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu » (Mt 16, 23) et de l’interroger « Pierre, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 15) pour lui redonner sa confiance. Oui Jésus continue de nous « faire de vifs reproches » (Mc 8, 32) en nous disant aussi : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Puisse le carême être vraiment un temps favorable. Avec beaucoup d’amitié et en communion. 
À Rouen, le 8 mars 2019.
Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen

jeudi 7 mars 2019

Un complot contre l'Eglise ?

C’est un complot contre l’Eglise. Voilà ce que pensent beaucoup de catholiques inquiets devant cet alignement maléfique des Planètes où l'Eglise semble perdre complètement sa crédibilité, au point d'inquiéter fortement les laïcs qui se sont engagés pour elle malgré toutes les difficultés que l'époque oppose à un tel engagement.
     
Il y a tant de scandales qui ont explosé ces derniers temps que l'on est bien obligé de leur donner raison. Mais ce ne peut être une conspiration humaine. Quel rapport existe-t-il, en effet, entre le film Grâce à Dieu de François Ozon, sur la non-dénonciation des crimes de pédophilie, le livre Sodoma de Frédéric Martel sur le système homosexuel au Vatican (système: le mot est de Martel qui a enquêté quatre ans dans les cénacles ecclésiastiques du monde entier), et enfin ce documentaire sur les abus sexuels concernant des religieuses dans des couvents catholiques, programmé sur la chaîne Arte pour Mardi Gras ? Dans une telle conjonction, les exploits don-juanesques de Mgr Ventura, nonce à Paris, semblent presque dérisoires. 

Il y a vraiment quelque chose de pourri au Royaume de Danemark aurait dit Shakespeare. Mais Dieu règle les événements bons ou mauvais pour le plus grand bien de ceux qui l'aiment. Il est dans la même barque que nous. Dans une telle répétition différentiée des symptômes, c’est le Seigneur qui se manifeste, avant et après, dans l'épreuve et dans la consolation. Il va apaiser la tempête comme d'habitude, mais il faut d'abord que nous soyons capables de lui dire : "Seigneur sauvez-nous, nous périssons" ainsi que l'ont fait les apôtres. Comment le lui dirons-nous  en cette occurrence ?

Il y a quelques années autour du grand jubilé de l'an 2000, la repentance était très à la mode dans l'Eglise. On faisait repentance pour l'inquisition médiévale, pour les Borgia, Alexandre VI et son oncle Calixte III, papes de la Renaissance, toutes choses à la vérité fort anciennes. Ce rituel sociologico-politique n'a convaincu personne. L'Eglise du grand Jubilé a donné l'impression de filtrer le moucheron des anciens temps et de laisser passer le chameau des temps nouveaux. Il me semble qu'il faut être plus classiquement chrétien et envisager un vrai repentir de l'Institution, comme avait commencé de le faire Benoît XVI dans sa Lettre aux catholiques irlandais.

Ce repentir ne doit absolument pas être le fait de tous les catholiques comme l'indique indistinctement tel prêtre dans sa Lettre de Carême : la mauvaise conscience est aussi dangereuse que la bonne. Ce qui compte c'est la conscience tout court ! De façon évangélique, ce repentir doit concerner ceux qui ont péché, en tant qu'ils ont péché. Il me semble que c'est à quoi nous conduit ce complot divin auquel nous sommes en train d'assister. 

Le pape François a eu raison de pointer, dans ces abus sexuels, des abus de position dominante. Dans toutes ces histoires, le cléricalisme n’est jamais loin. Les clercs qui auraient abusé de leur fonction ne serait-ce que pour couvrir des crimes sexuels, doivent s'en repentir clairement et à haute voix, sans jouer "grâce à Dieu la prescription".

L'Eglise ne se sortira pas des scandales par une nouvelle crise de mauvaise conscience. Il faut qu'au moins symboliquement certains hommes d'Eglise soient capables de prendre sur eux la foudre. Noblement. Courageusement. A cause de ce qu'ils ont fait ou de ce qu'ils n'ont pas fait.

"Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve" dit le Poète, faisant écho à saint Paul : "Là où le péché a abondé, il faut que la grâce surabonde". A scruter les terribles signes des temps qui nous tombent dessus, on peut dire que nous allons sans aucun doute vers un temps de grâce. Il importe avant tout, comme disciple du Christ, non pas de faire disparaître les dossiers, mais au contraire, selon la mission que l'Eglise de France a confié à Jean-Marc Sauvé, de faire la vérité. Le concile Vatican II avait été convoqué il y a plus d'un demi-siècle pour une opération vérité, parce que l'on sentait déjà des dysfonctionnements. Les Pères ont cru s'en tirer avec des généralités théologiques. Nous sommes devant la vraie crise de l'Eglise. Mais le Seigneur nous demande davantage, oui, dans un prolongement inédit de Vatican II, davantage que des mesurettes ou des réformettes liturgiques dont tout le monde se f... : une vraie réforme, une autocritique du cléricalisme, une mise en question des personnes constituées en dignité, qui ont transformé les erreurs humaines toujours présentes dans tout corps constitué en tolérance organisée, dramatiquement efficace contre toutes les victimes de prédateurs sexuels.

Mais avant tout, il faut que nous sachions voir le complot divin à travers les mauvaises nouvelles. Ne nous y trompons pas : c'est à cause de lui que rien ne sera plus jamais comme avant dans l'Eglise.

vendredi 22 décembre 2017

Un Noël pas banal

Que l'on ne se dise pas : encore un de passé, que l'on soit capable de retrouver chacun l'enfant aux yeux écarquillés qu'il ou elle a été, en sachant recevoir les cadeaux de nos proches, en apprenant à les faire, avec une intention et une attention particulière envers chacun. Certains vous diront : les cadeaux, ce n'est pas chrétien... Ah bon ! Et apprendre à donner, ce n'est pas chrétien ? Apprendre à recevoir avec gratitude comme le dixième lépreux guéri, le seul qui soit venu remercier Jésus de sa guérison et dont l'évangéliste note sobrement : "C'était un Samaritain". Un Samaritain devenu chrétien par le cadeau de la santé...

Noël c'est aussi une liturgie, la liturgie de la crèche dans laquelle on dépose l'Enfant Dieu. Il faut être attentif aux cantiques de Noël, ces cantiques dont on a fait des rengaines mais dont les paroles, simples et émouvantes ouvriraient le coeur le plus fermé : Minuit chrétien, les anges dans nos campagnes, le Divin enfant, ce n'est pas du folklore, c'est une appel de Dieu pour que nos coeurs de pierre se transforme en coeurs de chair.

Pensons à nous unir les  uns aux autres dans la joie de Noël. Le repas de famille est un beau rite qu'il ne faut pas laisser gâcher par des rancunes ou un passif qui ne passe pas. Pour ceux qui, sur Paris, n'ont pas de famille, , je signale qu'au Centre Saint Paul, après la veillée à 23H, après la messe de Noël à Minuit, il y a un réveillon simple aux huîtres et au champagne auquel tout le monde peut se joindre. L'entrée est évidemment libre !

Je ne dis pas Saint Noël car je ne suis pas sûr d'en être capable moi même, mais oui : joyeux Noël à tous ceux qui veulent se souvenir de l'enfant qu'ils ont été ! A tous ceux qui ont soif de vie.


jeudi 16 novembre 2017

Nouvelle traduction du Notre Père

Les années passent, la Réforme liturgique a presque 50 ans, mais le malaise persiste à son sujet. Le moins que l’on puisse dire est que son instauration obligatoire n’a pas permis à l’Eglise romaine d’échapper à la plus grave crise de son histoire. Faut-il revenir sur cette réforme ? Dès 1970, un an après son instauration, le pape Paul VI, cédant à la pression des traditionalistes, avait modifié l’Institutio generalis, qui, dans l’article 7 de sa première version, expliquait que la présence eucharistique était celle à laquelle le Christ faisait allusion lorsqu’il déclarait : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux ». On avait également ajouté la mention du « sacrifice eucharistique » qui ne se trouvait pas dans la première version. En 2002 Jean-Paul II proposa une nouvelle présentation générale du Missel romain, dans laquelle on insistait sur l’exactitude dans l’observation des règles liturgiques et sur le sens du sacré.

Pour ceux qui ne veulent toujours pas revenir sur cette réforme mais qui reconnaissent que dans l’esprit quelque chose n’allait pas, au moment où elle a été instaurée, reste la question des traductions du latin dans les langues vernaculaires, et pour nous en l’occurrence, reste les problèmes que pose la traduction française. Mgr Aubertin, évêque de Tours, avait promis que la nouvelle traduction serait prête pour le premier dimanche de Carême de l’année… 2017. Pour l’instant, on ne nous parle plus de cette entreprise titanesque. Mais on nous promet (c’est un vote de la Conférence épiscopale dans son assemblée de printemps qui nous le garantit) une nouvelle traduction du Notre Père pour le 3 décembre 2017. Au premier dimanche de l’Avent, on ne dira plus « Ne nous soumets pas à la tentation » mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Vous me traiterez peut-être de traditionaliste grincheux, mais, tout comme Mgr Aubertin d’ailleurs, qui s’est exprimé sur la question, je ne crois pas à l’exactitude de cette nouvelle traduction. Cette fois il s’agit de métaphysique. Ce qui est en cause, encore et toujours, c’est le problème du mal. « Dieu est fidèle, dit saint Paul, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces » (Rom. 8). Dieu permet que nous soyons tentés. La tentation est le révélateur de l’amour. La tentation est la matrice de nos libertés réelles. Simplement Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. C’est ainsi que nous prions Dieu, non pas pour que nous n’entrions pas en tentation : nous ne sommes pas dans le monde des bisounours métaphysiques. Le salut est une lutte ! Il faut engager cette lutte sous peine de ne jamais savoir à quoi elle nous mène, sous peine de ne pas connaître ce salut « qui transformera nos corps de misère en corps de gloire ».

Dieu permet que nous soyons tentés, mais « Dieu ne tente personne » dit l’apôtre saint Jacques (Jacques 1, 14), parce qu’il n’y a pas en Lui une once de mal. Chacun est tenté ou « amorcé » (c’est le mot de saint Jacques) par sa propre convoitise. Mais en même temps, il faut bien reconnaître que Dieu permet la tentation, même s’il n’en est pas la cause. Autant donc la formule « Ne nous soumets pas à la tentation » est fausse, parce qu’elle laisse penser que Dieu nous obligerait à subir la tentation. Nous devons lui opposer le mot de saint Jacques : Dieu ne tente personne. Autant il est métaphysiquement impossible de ne pas admettre que Dieu, ayant créé le monde esclave de la vanité (Rom. 8, 21), n’ait métaphysiquement pris le risque que sa créature soit exposée à la tentation.
   
Nous prions Dieu (c’est la version latine) pour qu’il ne nous laisse pas pénétrer (inducere) dans la tentation, pour qu’il ne nous abandonne pas alors que nous consommons la tentation, pour qu’il ne nous laisse pas succomber à la tentation. Cette dernière version (qui est aussi la plus ancienne en français) est une traduction légèrement périphrastique : pénétrer dans la tentation signifie en bon français y succomber, mais, c’est vrai, l’idée de « succomber » n’est pas indiquée explicitement dans le verbe « entrer dans » ou « pénétrer » qui est utilisé tant en latin que dans l’original grec. Succomber ? Le mot serait-il trop théâtral ? Pas sûr, vu ce qui est en jeu : le péché ou la grâce, la mort ou la vie. "Ne nous laisse pas succomber à la tentation", cela demeure, en tout cas, la traduction la plus exacte. Personnellement en tout cas, je déteste cette idée que l’on puisse demander à Dieu qu’il ne nous fasse même pas entrer… oui qu’il revoie tout son dispositif, pour ne pas nous faire « entrer » en tentation. Comme si nous étions parfaits, avant même d’avoir essayé de l’être !

Mais il n'y a pas que la métaphysique du mal, il y a la religion, notre relation, notre rapport avec Dieu. J’ai une dernière objection contre la nouvelle traduction du Notre Père (déjà actée d’ailleurs dans la nouvelle Bible liturgique de 2013). Qui de nous est au-dessus de la tentation ? Qui de nous peut se targuer de n’être jamais entré en tentation ? Même le Christ a été tenté au Désert ! C’est le genre de prière, prise à la lettre, que Dieu n’exaucera jamais. Comment lui demander quelque chose qui va contre l’économie de sa Création ? Et pourquoi s’étonner si nous ne sommes pas exaucés ? Quand on multiplie ce genre de demandes absurdes par le nombre de fidèles et par le nombre de fois qu’ils vont réciter cette prière, cela donne légèrement le vertige…. Il y aurait eu « entrer dans la tentation », cela pourrait signifier : "Ne nous laisse pas moisir dans la tentation". on aurait pu se dire que la prière est simplement ambigüe : cela arrive souvent. Mais « entrer en tentation » ne laisse aucune chance à l’équivoque et nous fait retomber du mauvais côté, dans une métaphysique « sans mal », une métaphysique qui n’existe pas. Il me semble qu’il fallait le dire.

Cet article est paru dans le n°938 du magazine Monde et vie, voici presque un an. Il redevient d'une actualité brûlante...

jeudi 2 novembre 2017

Saint Luc, la bonne nouvelle de la miséricorde

Le 10 novembre prochain, après vous avoir entretenu de saint Matthieu et laissant provisoirement de côté saint Marc, le plus facile et donc le plus difficile des quatre, j'aborderai saint Luc. Lui ce n'est pas seulement celui qui écrit le plus beau grec, c'est "notre cher médecin" comme l'appelle saint Paul, celui qui nous enseigne la miséricorde du Seigneur, celui qui s'émeut devant l'angoisse du Christ à Gethsémani, celui qui nous apprend que crucifié à côté du Seigneur, il n'y avait pas seulement deux brigands, que l'un d'entre eux est entré le premier au Paradis, que Jésus avait converti la "femme qui avait en elle sept démons", qu'il a exalté de façon tellement paradoxale le fils prodigue et qu'il a donné en exemple ce Samaritain que tout le monde aujourd'hui nomme "bon".
  
Saint Luc nous montre comment la Miséricorde est la seule forme de justice qui soit digne de Dieu !
Café le François Coppée
1 boulevard du Montparnasse
75006 PARIS M° Duroc
vendredi 10 novembre 20H00
Entrée libre