mardi 9 février 2010

[conf'] mardi 9 février: Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique - "Qu’est-ce que la civilisation chrétienne?"

Mardi 9 février à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique - "Qu’est-ce que la civilisation chrétienne?" - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié
... et voici la liste des prochaines conférences du mardi, sous réserve de modification. Chaque conférence est annoncée sur le Metablog quelques jours à l'avance.

Mardi 16 février - Christophe Réveillard, directeur de la revue Conflits actuels
Démocratie : pour une radioscopie du tabou

Mardi 23 février - Abbé G. de Tanoüarn, directeur du Centre Saint Paul
Chrétiens et juifs, un dialogue impossible?

Mardi 2 mars - Débat Abbé G. de Tanoüarn-Alain de Benoist
Qu’est-ce qu’une aristocratie?

Mardi 9 mars - Jeanne Smits, directeur du journal Présent
Elisabeth Nuyt, pour une pédagogie du logos

Mardi 16 mars - Gérard Jubert, conservateur aux Archives nationales
Saint Jean-Charles Cornay et l’évangélisation du Tonkin

Mardi 23 mars - Philippe d’Hugues, ancien administrateur de la Cinémathèque française
Eric Rohmer, entre Pascal et Marivaux

Mardi 30 mars - Sylvie Chabert d’Hyères, exégète
Le récit lucanien de la Passion du Christ

dimanche 7 février 2010

[IBP Roma] Servir et non pas se servir

[Article repris du site de l'IBP - Roma - 30 janvier 2010]

C’est l’écrivain juif André Suarès, qui dans une de ces mémorables envolées dont il avait le secret, s’était écrié, non sans clairvoyance : « Le service est le méridien de l’Occident ». Alors qu’à Rome les séminaristes vaquent à leurs révisions et subissent les examens de rigueur en ce milieu d’année, alors que l’abbé René Sébastien Fournié, absorbé par son double cursus en droit et en théologie, m’a demandé de le remplacer pour cet éditorial, je crois que parler du service, c’est donner le sens de ce travail, auquel les uns et les autres sont assujettis en ce moment, travail qui n’est pas un travail stérile, comme si pour chaque séminariste, il s’agissait seulement de se servir, de prendre le meilleur pour lui, de se perdre dans l’érudition ou dans le calcul de carrière, en oubliant que très bientôt l’Eglise l’enverra dans le monde… En réalité, ce travail universitaire d’aujourd’hui, il doit servir à l’Eglise.

Etudier pour construire le Royaume de Dieu

Comme disait saint Bernard dans le De consideratione – je le cite en latin parce que la brièveté impérieuse de son style est intraduisible : alii sciunt ut sciant et est curiositas (les uns savent pour savoir et c’est de la curiosité), alii sciunt ut sciantur et est vanitas (d’autres savent pour être reconnus et c’est de la vanité), alii sciunt ut aedificent et est caritas (d’autres savent pour construire et c’est de la charité).
Construire ! Dans l’esprit de saint Bernard, il ne s’agit pas seulement d’édifier le prochain par quelques phrases bien tournées, mais de construire le Royaume de Dieu sur la terre, parce que ce Royaume signifie toujours l’avènement d’une science nouvelle dans les cœurs. Si l’on réfléchit à ce qu’est le Royaume de Dieu dans l’histoire, ainsi que nous y invite le concile Vatican II, on est obligé de constater que toujours il signifie la découverte d’une vérité sur Dieu qui implique un certain nombre de vérités auxquelles l’homme doit se plier. Saint Paul avait compris cela puisque c’est très souvent le plan de ses épîtres : la doctrine d’abord, la contemplation du mystère du Christ, Dieu et homme, la méditation sur le mystère de l’Eglise corps mystique du Christ et ensuite – ce que nous appelons dans notre jargon la parénèse : qu’est-ce que ces vérités spirituelles changent dans la vie des hommes ? Quelle anthropologie on peut tirer de cette théologie christique ?
Ces séminaristes qui travaillent, au point de ne plus trouver le temps d’alimenter ce site, ils ne perdent pas leur temps en contemplant les mystères divins tels qu’ils nous sont livrés dans l’Ecriture, ils ne cèdent ni à la curiosité ni à la vanité, selon la vigoureuse mise en garde de saint Bernard, ils ne se dispersent pas (curiosité) et ils ne perdent pas leur temps à se regarder le nombril (vanité), ils cherchent à maîtriser ce savoir de la vérité sans lequel il n’y a pas de révolution chrétienne, sans lequel le christianisme, simple affaire de bons sentiments, devient une sorte de farce que l’on joue parfois pour se donner bonne conscience.
Ils cherchent à servir l’Eglise, et donc – toujours saint Bernard – à la construire, à la reconstruire.

Nova et vetera
: Des réponses nouvelles à trouver dans la Tradition

La Tradition catholique n’est pas un ensemble de réflexes conditionnés que l’on pourrait cultiver dans un ordre purement extérieur, comme celui que subit le chien de Pavlov – ordre qu’il suffirait de répéter à l’identique pour que se reproduisent sans cesse les mêmes effets. Mais qu’est-ce que la Tradition alors ? Notre trésor ? Oui, elle est le trésor du scribe dont parle l’Evangile (Matth. 13, 52). Ce trésor, notez-le, contient à la fois les « vetera », les vieilles choses, les recettes éprouvées, les formules liturgiques, les dogmes théologiques qui donnent une forme à notre croyance, une colonne vertébrale à notre vie intérieure. Mais ce trésor, qui nous aide à construire ou à reconstruire, contient aussi « nova », les choses nouvelles, le dynamisme et l’élan qui jamais ne contredisent un attachement vrai. Dans le trésor de la tradition, on trouve aussi les réponses nouvelles aux questions nouvelles qui se posent aujourd’hui et ne se posaient pas hier. Voilà le travail du scribe instruit dans le Royaume des cieux, voilà le labeur et le discernement du séminariste. En s’y livrant de toute son âme, pleinement présent à l’instant dans lequel il se trouve, totalement dans le moment de sa vie qu’il traverse, il contribue silencieusement à construire l’Eglise, c’est-à-dire à la servir.

Ne pas passer à côté des âmes à cause d’un savoir théologique trop superficiel

Le Père Labourdette, savant thomiste du Couvent de Toulouse disait paraît-il : « A 70 ans, je prêche ma première année de noviciat ». Dans leur travail d’aujourd’hui, nos séminaristes préparent leur prédication de demain. Un savoir théologique trop superficiel ? C’est l’assurance de passer à côté de beaucoup d’âmes, qui ont besoin d’être édifiées, au sens le plus littéral de ce terme, d’être reconstruites par la Parole de Dieu, mais qui n’accepteront ce savoir qui édifie que s’il s’agit d’un vrai savoir.

Pas question, dans cette perspective, de céder à la tentation du psittacisme, la fameuse maladie du perroquet, qui répète toutes sortes de choses sans les comprendre. Moi qui vient de temps en temps donner des cours à la Casa de la Via Giorgio Bolognetti, je suis impressionné par l’exigence des séminaristes vis-à-vis de l’enseignement qu’ils reçoivent, par leur manière sérieuse de poser des questions et même de pousser (respectueusement) le professeur dans ses retranchements. Je sens que ces questions ne proviennent ni de la curiosité ni de la vanité et que quand elles se posent vraiment, c’est au nom des âmes dont on leur confiera la charge qu’elles se posent à eux.

Abbé Guillaume de Tanoüarn
Assistant de l’Institut du Bon Pasteur

jeudi 4 février 2010

Une visite à l'abbé Berche ce soir

L'abbé Berche continue à avancer dans son lent retour vers le monde des vivants. Il respire de mieux en mieux. Ses opérations de réparation pour son bras et sa cheville ont bien réussi. Il ouvre les yeux de longs moments et communique avec vous en les faisant cligner. Il bouge un peu la main. Oh ce sera dur, mais je le connais, il a une volonté de fer et je sais qu'il peut surmonter bien des obstacles. Sa maman lui lit une Vie de Jésus et s'occupe merveilleusement de lui, de son confort, ne serait-ce que de la manière dont il tient sa tête. Merci de vos prières. Quelques uns de vos messages lui ont déjà été lus. Continuons lui notre soutien de toutes les manières à notre portée.

Courtalain - prises de soutane du 2 février 2010

[texte et photos repris du site du séminaire de Courtalain]

Chers amis de l'Institut du Bon Pasteur et du séminaire saint Vincent de Paul, voici quelques photos de la cérémonie du 2 février, au cours de laquelle 12 nouveaux séminaristes et un frère ont reçu la soutane et la tonsure, dès mains de M. l'abbé Philippe Laguérie, modérateur général de l'Institut du Bon Pasteur. La cérémonie a eu lieu en l'église paroissiale de Courtalain, en la fête de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, en présence de nombreux prêtres et fidèles venus prier et encourager ces jeunes lévites. En cette année du sacerdoce, cette moisson abondante est une bénédiction : que nos prières fidèles accompagnent ces séminaristes tout au long de leur formation!
Le recteur, Abbé Roch Perrel

mercredi 3 février 2010

Saint Eloi - Ordinations du 23 janvier 2010

[Texte et photos repris du site de l'Institut du Bon Pasteur]

Le samedi 23 janvier 2010, en l'église saint-Eloi de Bordeaux, paroisse personnelle et maison-mère de l'Institut du Bon-Pasteur, son Excellence Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, procédait à l'ordination d'un diacre et de trois sous-diacres de l'Institut. Une première pour l'Institut du Bon-Pasteur, en ce sens que le consécrateur est un évêque résidentiel français. Deo Gratias. Et premier d'une longue liste, sans doute.

Très belle cérémonie, présidée avec dignité et parfaite maîtrise de la forme extraordinaire, par l'un des plus jeunes évêques français, lui-même consacré au printemps dernier par son Éminence le Cardinal Ricard. Le jeune et sympathique évêque de Bayonne (52 ans) a conquis en quelques heures les cœurs et les esprits des nombreux assistants. Dans un magistral sermon de douze minutes (eh oui, c'est possible) Mgr Aillet a su admirablement donner les raisons surnaturelles du sous-diaconat, par la fécondité exceptionnelle du célibat consacré, et du diaconat, par le don total du service exclusif et irréversible du Christ et de l'Église. Oui, un petit chef-d'œuvre aussi court que dense, dans une liturgie aussi riche que familiale.

Le repas chez nos amis Hau-Palé, magnifiquement orchestré par M. l'abbé Vella, digne successeur de l'abbé Laguérie, nous a encore appris mille et une chose. Pas facile d'être évêque de nos jours ! Il y faut un équilibre, un optimisme et une détermination qui relèvent de héroïsme. Mais nul doute ne subsiste chez les auditeurs et les spectateurs de cet élu du Saint-Père pour le siège de Bayonne: il a la trempe et la classe requises. Et puis cette gentillesse, cette chaleur, cette simplicité, auxquelles, il est vrai, le personnage de l'évêque lambda ne coïncidaient plus tout à fait...

mardi 2 février 2010

[mise à jour] Abbé Alexandre Berche - des prières s'il vous plaît

Le 10 janvier, l'abbé Alexandre Berche a eu un accident de voiture en se rendant à Tournan-en-Brie pour y dire la messe. Vous lirez ci-dessous les nouvelles que peuvent vous donner ses confrères.

Une visite à l'abbé Berche ce soir - par l'abbé Guillaume de Tanoüarn - 4 février 2010

L'abbé Berche continue à avancer dans son lent retour vers le monde des vivants. Il respire de mieux en mieux. Ses opérations de réparation pour son bras et sa cheville ont bien réussi. Il ouvre les yeux de longs moment et communique avec vous en les faisant cligner. Il bouge un peu la main. Oh ce sera dur, mais je le connais, il a une volonté de fer et je sais qu'il peut surmonter bien des obstacles. Sa maman lui lit une Vie de Jésus et s'occupe merveilleusement de lui, de son confort, ne serait-ce que de la manière dont il tient sa tête. Merci de vos prières. Quelques uns de vos messages lui ont déjà été lus. Continuons lui notre soutien de toutes les manières à notre portée.


Notre Alexandre (abbé Berche)  - par l'Abbé Philippe Laguérie - 3 février 2010
Notre Alexandre ouvre les yeux depuis hier soir et manifestement nous reçoit ! Quelle joie, mes amis! Je sors à l'instant ( 3 février à 10h00) de sa chambre, où j'ai passé un bon quart d'heure à l'entretenir, renouer, prier avec lui. Ca marche! Il n'y a pas de doute, ses yeux ont retrouvé une expression, vous regarde...droit dans les yeux et clignent à chaque membre intelligible de nos phrases. Ils sont même très beaux, d'un vert que je n'avais pas considéré auparavant, pleins d'affection et de douceur et semblent vouloir vous dire tout ce que les lèvres ne peuvent encore exprimer. Après ces trois semaines d'absence, de vide même, de souffrances aussi, vous imaginez facilement ma joie. Manque encore le sourire, qui pourtant semble poindre, et bien-sûr la parole. Mais on a vraiment l'impression que ce n'est qu'une question de force physique, tandis que son âme est là, à fleur de peau...

Je n'ai aucune autorité pour crier victoire, m'y refuse et ne voudrais en aucun cas me substituer au verdict des médecins et des infirmières. Qu'ils soient d'ailleurs vivement remerciés, ici, de leur exceptionnelle compétence et dévouement. Mais avouez que, même si l'on sait en théorie la toute-puissance de la prière, il est toujours bien agréable de la vérifier. Que Dieu soit loué !

Ne nous relâchons pas. Un essai vient d'être marqué, il faut le transformer.


"Alexandre a ouvert les yeux depuis hier..." - Aurore - 2 février 2010
De bonnes nouvelles à vous annoncer : Alexandre a ouvert les yeux depuis hier (le 1er février) au bout de 21 jours de coma. Je suis allée le voir aujourd'hui, il gardé les yeux ouvert pendant 1 heure, tout le temps de ma visite. Il a un "vrai regard" même s'il ne me regardait pas encore dans les yeux, un peu comme un autiste qui écoute ce qu'on lui dit mais sans encore établir de contact. Ce n'est que son 2ème jour de réveil, donc il a encore du chemin à faire, mais parmi les bonnes nouvelles, il est en "ventilation spontanée" et non plus assistée, et il n'a plus de persfusion, à part pour son alimentation. Il est donc sur la bonne voie, et soyez sûrs que nous lui disons ma mère et moi, à chaque visite, combien vous l'aimez et que vos prières l'accompagnent chaque jour vers son rétablissement. Ses yeux sont toujours aussi bleus et j'ai hâte de revoir son sourire lorsqu'il me regardera et me reconnaîtra.

Aurore, sa "p'tite soeur"(comme Alex le dit tout le temps)


L'abbé Berche cet après-midi... - par l'abbé Guillaume de Tanoüarn - vendredi 29 janvier 2010
je l'ai trouvé très présent dans son sommeil, beaucoup plus "lui" que précédemment. Je dis dans son sommeil car, par précaution, il a été resédaté pour trois semaines (environ), au terme desquelles on procèdera enfin à l'examen cérébral... Comme son coma va durer encore quelque temps, j'ai tenu à remettre à sa maman de votre part les mots que vous avez écrits en les envoyant sur la boîte courriel d'Anne Cécile (annececilefoubert@yahoo.fr), ainsi que des photos où son fils la bénit lors de sa première messe. Elle en a été touchée et heureuse. Je voudrais vous remercier du caractère très personnel de beaucoup de vos messages. Vous pouvez continuer à envoyer des messages !


M. l'abbé Alexandre Berche est dans un état stationnaire par l'abbé Philippe Laguérie - 29 janvier 2010

M. l'abbé Berche est dans un état stationnaire. Nous sommes régulièrement informés de toute évolution, même légère, de son état de santé, par son père, le professeur Berche. Nos visites répétées ne nous apprennent pas grand chose, hélas: nous prions auprès de lui, pour lui et, qui sait, avec lui ? Si nous ne donnons pas plus de précisions, c'est que la situation est totalement incertaine, critique. Le meilleur comme le pire est toujours à espérer comme à craindre.

En revanche, le zèle de tant de personnes pour "notre" Alexandre est vraiment réconfortant. Cette chaine ininterrompue de charité et de prières, en particulier des intervenants du Forum, monte vers le ciel comme un parfum d'agréable odeur...

Il nous faut sans doute attendre quelques semaines pour y voir plus clair. Mais, n'en doutez pas, toute modification significative de son état vous serait immédiatement signalée.

Un grand merci à tous pour tant de sollicitude.


Des nouvelles de l'abbé Berche - par l'abbé Guillaume de Tanoüarn - 25 janvier 2010
Notre Alexandre a surmonté l'infection et la petite embolie pulmonaire qu'il avait contractées semble-t-il à cause du respirateur artificiel. Il est très suivi. Le projet actuel est de le désédater progressivement pour que l'on puisse enfin faire un bilan de son état cérébral.

Il faut donc redoubler de prières chers amis. Il sera bientôt en état d'entendre vos messages. La messe de demain mardi à 19H00 au Centre Saint Paul sera spécialement consacrée à prier pour lui. Je crois que s'il sort de là notre Alexandre sera non seulement le bon prêtre qu'il est déjà pour ceux qui l'ont approché et qui connaissent sa charité, mais il sera un prêtre exceptionnel, revenu de l'abîme pour nous guider avec plus de force vers la Lumière.


"Notre Alexandre" - par l'abbé de Tanoüarn - 21janvier 2010

Je sais que beaucoup fréquentent ce Blog en ce moment pour avoir des nouvelles de notre abbé Berche, je remercie le pompier qui a fait partie des sauveteurs de son témoignage, surtout je remercie sa soeur de son message et lui dis que je serai heureux de la rencontrer comme j'ai été heureux l'autre soir de parler longtemps avec sa mère, qui nous fait comprendre sans paroles que quelque chose d'aussi fort qu'une vocation sacerdotale n'est jamais de l'ordre de la génération spontanée ! (suite)


Je ne veux pas... - par Abbé Guillaume de Tanoüarn - 14 janvier 2010

Je ne veux pas tomber dans une forme d'exhibitionnisme, mais ce soir tous ceux qui prient pour l'abbé Berche (on a prié au Centre Saint Paul et à Rome comme à l'Angelus) peuvent se réjouir. Je sors de l'hôpital. Il commence, lui, à sortir du coma et surtout il bouge. Lorsque il m'a entendu lui parler, lui dire que nous l'aimions et que nous l'attendions, on avait l'impression de quelqu'un qui veut se réveiller, qui bouge de tout son corps sans y parvenir. Micheline qui était avec moi peut témoigner que je ne me fais pas un film ! L'abbé Laguérie me dit qu'il est arrivé quelque chose de semblable lorsque sa maman est venue.


M. l'abbé Alexandre Berche - par l'Abbé Philippe Laguérie - 11 janvier 2010

M. l'abbé Alexandre Berche a donc subi avec succès l'opération de ses trois fractures osseuses. Le plus réjouissant est évidemment, qu'avec raison, les médecins l'aient jugé assez solide pour une telle intervention.

Sur le fond, le diagnostic prendra très longtemps. En plus du coma dû au choc de l'accident, les médecins l'ont mis pour dix jours (...) en sédation (coma artificiel) pour un repos total du cerveau. Quand ils décideront de lever ce dernier, il faudra encore attendre la fin du premier pour vérifier que les lésions sont résorbées. Pour l'heure, le cerveau est bien irrigué, la circulation satisfaisante. Sauf incident nouveau, que Dieu veuille écarter, nous n'aurons donc pas de nouvelles à vous donner avant ces échéances.

Il est par ailleurs totalement inutile (et nuisible) d'aller chercher des renseignements pas soi-même. Le père d'Alexandre est un de nos prestigieux professeurs français de médecine et se charge de la communication avec l'I.B.P.

Que cette pénible épreuve de latence soit donc mise à profit par tous nos amis pour supplier la Providence de nous restituer notre Alexandre comme nous l'aimons: avec le désarmant sourire de son enfance indéfinie...


Nouvelles de l'abbé Berche - par l'Abbé Philippe Laguérie - 10 janvier 2010

Maison Centrale:18h30. M. l'abbé Berche, accidenté ce matin, est en ce moment sur la table d'opération pour ses deux fractures à la cheville et au bras. C'est un signe encourageant: les médecins l'ont jugé apte à subir ces deux interventions malgré sa capacité respiratoire très faible. En effet, le choc cérébral qui l'a plongé dans un grave coma ainsi que l'hématome pulmonaire avaient fait chuter la tension.

C'est donc le moment de redoubler de prières pour ce valeureux prêtre, déjà tant éprouvé par le passé. J'ai pu lui donner les sacrements vers 15h00 cet après-midi. Mais la violence du choc ne nous permet pas, pour l'heure, le moindre pronostic. Que le Bon-Pasteur lui vienne en aide et le rende au ministère sacerdotal qu'il accomplissait jusque-là avec cette âme d'enfant qui le caractérise.

"Ut ope misericordiae tuae ad pristina reparetur officia" "atque Ecclesiae tuae sanctae, cum omni desiderata prosperitate, restituas"!


M. l'abbé Berche : des prières s'il vous plaît - par l'abbé de Tanoüarn - 10 janvier 2010

En allant célébrer la messe à Tournan en Brie ce matin, l'abbé Berche a eu un accident de voiture, à cause du verglas. Son état est très grave. Il est dans le coma. Nous demandons des prières à son intention.

Ce soir, à la messe et après la messe de 19 H devant le Saint Sacrement, au Centre Saint Paul, nous prierons avec tous ceux qui le souhaitent et qui le peuvent, avec tous ceux qui aiment son zèle et sa proximité avec tous, à son intention.

[conf'] Kostas Mavrakis: "Le marxisme a-t-il un avenir ? Alain Badiou et quelques autres"

Mardi 2 février à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Kostas Mavrakis: "Le marxisme a-t-il un avenir ? Alain Badiou et quelques autres" - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

Grec d'origine, vivant en France depuis plusieurs décennies, Kostas Mavrakis a naguère écrit un livre sur Mao et le maoïsme - d'un point de vue tout à fait favorable au Grand Timonnier - qui a été traduit en plusieurs langues. Philosophe, il a été très proche du marxiste Alain Badiou, auquel il vient de consacrer un livre critique (voir son article dans Valeurs actuelles de cette semaine). Par ailleurs, en tant que peintre lui-même, il s'est beaucoup intéressé à la philosophie de l'art.

Gérard Leclerc et Vatican II

Dans France catholique, Gérard Leclerc a réagi comme nous à l'annonce de l'archevêché de Paris sur le Carême de Notre Dame consacré à Vatican II. On ne perd jamais son temps à lire Gérard Leclerc. Voici ce qu'il explique concernant Vatican II :

"Il est vrai aussi que les changements radicaux accomplis nécessitent des révisions importantes. Des problèmes radicalement nouveaux sont apparus, les clivages idéologiques se sont reformulés. Il est indispensable d’en tenir compte.

Par ailleurs, l’enseignement des principaux textes du Concile doit être repris pour être approfondi, et parfois même découvert. Ce qu’on tient trop souvent pour acquis ne l’est guère ou pas du tout. Parfois l’ecclésiologie, si importante pour le Concile, a été ramenée à des slogans, loin de la profondeur de certaines constitutions comme Lumen gentium. Ce n’est pas pour rien que Benoît XVI a beaucoup insisté sur la liturgie, réformée conformément aux principes définis à la première session. Mais c’est l’ensemble du peuple chrétien qui doit se pénétrer du sens de l’eucharistie, sommet de la vie sacramentelle. Les conférences de Carême de Notre-Dame vont donc constituer un moment fort de réappropriation de Vatican II, loin des querelles d’hier et dans les perspectives de la mission de l’Église dans ce siècle commençant".
 
Ce disant, je crois pouvoir affirmer que Gérard Leclerc définit très bien l'approche que nous proposons au Centre Saint Paul, approche parallèle à celle de la cathédrale, sous le titre : "Vatican II, quelle boussole ?"
Alors que tant de gens, qui n'ont pas lu le Concile, en font un objet d'invocation plutôt qu'un sujet d'études, il est temps de se pencher sur les textes de ce Concile pastoral, de montrer les nouveaux champs de questionnement qu'il ouvre à la théologie et à l'anthropologie chrétienne et de retrouver le sens d'une affirmation tranquille de la foi aujourd'hui, alors même qu'en cinquante ans (depuis l'annonce du Concile) le monde a plus changé qu'en 2000 ans.

Ce changement civilisationnel est-il un drame de la conscience chrétienne ? Non pas, si nous considérons que c'est toujours, d'une manière ou d'une autre, le christianisme qui fait l'histoire. Mais, par rapport au texte conciliaire, il faut bien reconnaître qu'une prodigieuse liberté nous est donnée par l'histoire en marche, dans la continuité de l'enseignement bimillénaire de l'Église, qui, seul, ne se démode pas.

dimanche 31 janvier 2010

Dans la messe de Paul VI, Nicolas Senèze voit celle de Jean XXIII

[Un séminariste diocésain, lecteur critique du Metablog, nous écrit au sujet de l'article que l'encyclopédie Wikipedia consacre à la messe. Voici  le courrier de notre lecteur séminariste (nous saluons son fair-play),  suivi juste après par un retour sur les raisons de cet échange.]

Partie n°1 - "Les exemples sont multiples et montrent à l'envi que Wikipedia décrit la forme ordinaire..."

«[...] Il n'y a pas lieu d'opposer les éditions successives du missel romain! Il faut les comprendre comme s'inscrivant dans la continuité liturgique, et non dans je ne sais quelle logique de rupture. Wikipedia illustre bien cette harmonie, en replaçant chaque élément de la messe dans son évolution organique. Parler comme Nicolas Senèze d'«ancien rite» est une commodité de langage malheureuse, il n'y a qu'un rite latin avec une forme extraordinaire et surtout une forme ordinaire. [...] Quoiqu'il en soit, c'est bien cette forme ordinaire qui forme l'ossature de l'article, avec des explications de l'origine des cérémonies, ce qui renvoie sans surprise vers les éditions précédentes du missel et les autres rites rites catholiques (que ce soient le missel romain tridentin, le missel romain de 1962, le missel ambrosien entre autres). Voici des exemples tellement simples qu'ils n'échapperont à aucun catholique pratiquant. Je relève dans l'article de Wikipedia des phrases qui ne peuvent s'appliquer au rite de 1962: 
On commence par dire dès la première phrase : "La messe est une cérémonie liturgique au cours de laquelle le ou les prêtres officiants célèbrent..."

Ensuite: "La dernière Présentation générale du Missel romain, publiée en 2002, rappelle l'importance de cet aspect sacrificiel tout en invitant à mettre en valeur d'autres aspects moins développés jusqu'alors : Ce faisant, une plus grande attention est ainsi prêtée à des aspects de la célébration qui avaient été négligés parfois au cours des siècles."

"La forme extraordinaire du rite romain, forme du rite romain avant la réforme de 1969, commence par les prières au bas de l'Autel. Ces prières datent du Xe siècle. Elles se disaient auparavant à la sacristie. Saint Pie V les a rendues obligatoires et uniformes pour toute l'Église latine au XVIe siècle, et les a incorporées à la Messe. Elles ont été remplacées par la préparation pénitentielle de la messe de Paul VI."

"La préparation pénitentielle actuelle dérive des prières au bas de l'autel, initialement réservées au prêtre et à ses ministres..." (Suit la description des formules au choix proposées seulement depuis le nouveau missel.)

"Le concile de Vatican II a complètement refondu les textes du lectionnaire de la messe." (Ce qui est inexact, le concile n'a pas touché à la messe.)

"À présent, tous les jours de l'année ont leur messe propre, et le cycle des lectures dominicales s'étend sur trois années (A, B et C)."

"Jusqu'au IVe siècle, le psaume associé au graduel était chanté en entier. La réforme liturgique de Vatican II a conduit à rétablir cet usage, les antiennes associées au psaume étant simplifiées en conséquence."

"Seconde lecture (épitre)" (en effet le texte de wikipedia mentionne deux lectures avant l'Evangile).

"L'édition 2002 du missel romain la place (la séquence) avant l'alléluia."

"La réforme liturgique d'après Vatican II a voulu rendre sa spécificité à l'offertoire en formulant de façon plus synthétique les prières silencieuses du prêtre, en supprimant la prière Suscipe sancta Trinitas considérée comme un doublet de la première partie du Canon romain (prière eucharistique I) mais sans équivalent dans les autres prières eucharistiques, en instaurant un dialogue avec l'assemblée, sans équivalent dans les liturgies antérieures, en vue d'une participation plus active de l'assemblée."

"La prière sur les offrandes était encore dite à voix basse dans le rite de Saint Pie V. Elle est dite à voix haute depuis la réforme liturgique de Paul VI."

"Le missel de Paul VI, tout en conservant les préfaces traditionnelles, en a considérablement étendu le nombre."

"Avec les œuvres baroques, souvent très longues, le chœur ne chantait que la première partie du Sanctus jusqu'à la consécration, puis chantait la phrase qui commence par Benedíctus après la consécration. Cet usage n'a plus lieu d'être depuis que la messe de Paul VI a établi que le canon devait être entendu par tous et donc récité à voix haute."

"Contrairement à la tradition occidentale romaine qui ne connaissait que le canon romain[réf. nécessaire], la réforme liturgique de Paul VI a introduit trois autres prières eucharistiques."

"La réforme liturgique de 1969 a rétabli la faculté de le dire (le canon) à haute voix, sans en faire une obligation." (Je ne connaissais pas ce caractère facultatif ce qui est en opposition avec la phrase plus haut).

"L'incise paulienne (« ceci est mon corps livré pour vous », d'après 1Co 11, 24) a été introduite par la réforme de Paul VI, comme rappel du caractère sacrificiel de la Passion, et de la messe qui en est le mémorial."

"Primitivement insérée (incise mysterium fidei) au milieu la consécration du vin, elle a été déplacée à la fin de la consécration par la réforme de Paul VI, et complétée par l'acclamation."

"Elle est suivie (l'oraison pour la paix) de la doxologie, une courte prière à la gloire de Dieu (« car c'est à Toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles »). En usage dans de nombreuses liturgies, cette prière n'est pas de tradition romaine, on suppose qu'elle est un vestige de l'époque apostolique. C'est à tort qu'elle est récitée par certains après le Pater entraînant l'omission de la prière pour la paix. Selon la présentation générale du Missel Romain de 2002[4] : Le prêtre prononce l'invitation à la prière, tous les fidèles disent celle-ci avec le prêtre, et le prêtre seul ajoute l'embolisme que le peuple conclut par la doxologie."

"La réforme liturgique de Vatican II en a rétabli l'usage (du baiser de paix) pour tous."

"L'invocation de la paix (à l'Agnus Dei), qui subsistait de ce rite, a été replacée en début du rite de la paix par la réforme liturgique de Paul VI (qui a regroupé l'ensemble, et rétabli l'échange d'un signe de paix)."

"L'usage de se frapper la poitrine à chaque invocation remonte au XVe siècle. Il n'est plus mentionné par la réforme liturgique de Paul VI."

"Avant la réforme liturgique, la communion décrite dans le Missel se limitait à celle du prêtre." etc.

"...le dialogue de la postcommunion a été supprimé par la réforme liturgique de 1969."

"Elle (l'oraison super populum) avait disparu lors de l'établissement du missel de saint Pie V, puis réinstauré par le rituel de Paul VI en certaines occasions."

"Elle (la bénédiction finale) a été placée avant le renvoi par la réforme liturgique de Vatican II."
Les exemples sont multiples et montrent à l'envi que Wikipedia décrit la forme ordinaire. Voir la messe de Jean XXIII dans celle de Paul VI, comme Nicolas Senèze le fait, est au fond un bel hommage à la continuité liturgique. [...]»

Partie n°2 - Mais pourquoi un tel courrier?

L’affaire se déroule par étapes: le 25 janvier Nicolas Senèze écrit dans La Croix que «Wikipédia consacre presque entièrement son article 'Messe' à la liturgie dite 'traditionnelle'». Le 27 janvier, PTK dit sur le Forum Catholique qu’il y a erreur, que Wikipedia «déroule simplement la Sainte Messe et précise lorsqu'il y lieu les différences entre les deux formes du rite romain». S'ensuit un échange sur le MetaBlog, entre Aymeric qui estime que la confusion de Nicolas Senèze illustre la baisse de culture religieuse des journalistes... et Nicolas Senèze, qui persiste et signe. Enfin (et cela devrait rendre la polémique inutile) un séminariste diocésain nous adresse le 31 janvier son analyse de l'article de Wikipedia - nous vous la donnons plus haut, en première partie.

... et ci-dessous: le point de vue des uns et des autres.

25 janvier - "Internet au service de la liturgie" - Nicolas Senèze, La Croix
«En matière de liturgie, il faut constater la très large place de la forme extraordinaire du rite romain sur Internet. Même l’encyclopédie participative en ligne Wikipédia consacre presque entièrement son article « Messe » à la liturgie dite «traditionnelle», plutôt qu’à sa forme rénovée après Vatican II en vigueur dans la plupart des paroisses. [...]»

27 janvier - "Nicolas Senèze se trompe" - ptk, Le Forum Catholique
«L'article de Wikipedia n'est pas consacré à la Messe traditionnelle. Il déroule simplement la Sainte Messe et précise lorsqu'il y lieu les différences entre les deux formes du rite romain. Mais bien évidemment, si Nicolas Senèze ne connait que la "forme rénovée après Vatican II en vigueur dans la plupart des paroisses" françaises, on peut comprendre qu'il n'y reconnaisse rien. Le franc et grotesque désordre qui y a été substitué aux rites catholiques ne laisse en effet pas subsister grand chose de cette admirable ordonnance du Saint Sacrifice que même la regrettable réforme des années soixante n'avait pu totalement occulter.»

27 janvier - "On a parfois des surprises..." - Aymeric, Metablog
«[...] De fait, ce que le texte de Wikipédia dit de la messe s’applique aussi bien au missel de Paul VI. Nicolas Sénèze lit cette description, et peut-être habitué à ce que PTK nomme «le franc et grotesque désordre», il ne comprend seulement pas que c’est y compris de la messe de Paul VI qu’il s’agit. C’est… énorme! [...]»

28 janvier - "un article ... consacré presque entièrement à décrire la Messe dans l’ancien rite" - Nicolas Senèze, Metablog
[...] C’est justement le contraire ! [L'article de Wikipedia] décrit le déroulé de la Messe selon le Missel de Jean XXIII précisant, quand cela est nécessaire les différences avec le Missel de Paul VI (qui encore une fois est le plus utilisé dans le monde. [...] Je pense avoir assisté à suffisamment de messes dans cette forme (j’ai même écrit un livre sur le sujet) pour savoir de quoi je parle. [...]»

28 janvier - "La question est de savoir si... wikipedia traite essentiellement de la liturgie dite traditionnelle" - Aymeric, Metablog
«[...] avez-vous assisté à des messes selon la forme ordinaire du rite, telle que codifié dans le missel de Paul VI? Je connais un certain Denis Crouan dont c'est le dada. Denis constate (il le regrette) qu'il n'y a pour ainsi dire pas en France de messes s'en tenant strictement au missel de 1969 (sans 'enrichissements' ni 'adaptations' locales, donc). C'est bien dommage! Si ces messes existaient vous pourriez y assister. Vous verriez alors que le texte de Wikipedia, effectivement, correspond bien au déroulé de la Sainte Messe, qu'elle soit célébrée dans une forme ou dans l'autre. [...]»

samedi 30 janvier 2010

Eric Rohmer et Pascal

Je ne suis pas encore un connaisseur de l'oeuvre de Rohmer et n'ai vu que quelques uns de ses nombreux films. Mais il me semble que je suis rentré dans son oeuvre lorsque j'ai découvert dans Ma nuit chez Maud et dans Conte d'hiver cette merveilleuse référence à Pascal et au pari. Le jansénisme de Rohmer, qui fut, j'allais dire par ailleurs, catholique et royaliste comme le souligne Michel Marmin dans le dernier numéro de Monde et Vie, ce jansénisme est admirable ! Il est humain. Il est aussi profondément aristocratique. J'ajouterais : il peut être chrétien mais ne l'est pas nécessairement. C'est que, parmi les chrétiens, beaucoup sont plus jésuites (atticistes disait Eugène Green dans le même sens) que jansénistes.

C'est toute la problématique de Ma nuit chez Maud, vaste discussion philosophique dans la ruelle d'une précieuse moderne (Françoise Fabian au sommet de sa beauté). D'un côté le chrétien (Jean Louis Trintignant, mais oui !), auquel au fond son christianisme donne tous les droits - le droit d'aimer qui et quand il veut du moment que cela ne l'engage pas trop et qu'il puisse se confesser - et auquel son christianisme donne aussi et avec le droit, l'assurance d'une vie, au final bien rangée, avec mariage et affinités, enfants et vie sociale. De l'autre côté, le marxiste qui se définit comme puritain, qui sacrifie sa vie et ses amours au marxisme, c'est-à-dire (dans une version laïcisée de Pascal) à la possibilité qu'advienne l'absolu. Possibilité que Vidal (le camarade de lycée de Jean-Louis prof de philo et devenu marxiste convaincu de catho qu'il était) ne tient absolument pas pour certaine (en 1969, date du film, la foi communiste s'écaille) mais possibilité qu'il prétend néanmoins meilleure que le "réalisme" auquel l'amènerait son doute ou son incertitude si Vidal suivait la déclivité qu'ils lui indiquent. Maud partage la foi sans foi de Vidal, mais alors à l'instinct, sans l'avoir théorisée, en en vivant, simplement. Elle cherche l'absolu dans ses amours, elle l'a trouvé mais il est mort (évidemment) et elle ne pourra vivre désormais que de cette quête, ou même simplement d'aviver cette quête chez les autres. Précieuse ou nonne laïque, c'est un peu la même chose, elle dira toujours non.

Il n'y a que dans Conte d'hiver que ce "non" au banal se transforme en "oui", sans doute parce qu'il s'agit d'un conte, et que tout est possible dans un conte, même la rencontre la plus improbable de celui qui, assis devant soi dans le bus, est justement cet homme absolu pour lequel elle finit toujours par dire non aux autres hommes qui la courtisent.

Dans sa version atticiste (je reprends ce mot à Eugène Green, qui me semble tellement proche de Rohmer, au moins dans son jansénisme - voir le post que j'ai consacré à sa Religieuse portugaise), l'absolu permet d'organiser l'existence et de s'y créer, à travers des principes solides, une véritable sécurité existentielle. C'est sans doute ce calcul qui a fait naguère ouvrir aux jésuites le collège de Clermont et beaucoup d'autres à travers la France et le monde.

Dans sa version janséniste (je parle du jansénisme première manière), l'absolu permet d'affronter le risque maximum, en entretenant l'espérance. Le janséniste est l'homme du pari pascalien, celui qui est prêt à tout perdre pour tout gagner. Il parle comme Saint Cyran et répète : aller où Dieu mène et ne rien faire lâchement.

On prend les jansénistes pour des rigoristes, alors que ce sont souvent les jésuites qui enseignent la rigueur parce qu'elle est plus sécurisante. Quant aux jansénistes, avouons que ces risque-tout ne sont pas facile à caser, dans l'exacte mesure où ils veulent toujours être meilleurs. Ils ne croient pas que la vie est un dû, mais ils la reçoivent comme une sorte de miracle permanent, dans lequel, comme dirait le cardinal Lustiger dont ce fut la devise épiscopale et qui, à cause de cette devise, devait être un drôle de janséniste, "tout est possible à Dieu".

Dans l'Eglise les deux tempéraments et les deux vocations ont toujours cohabité. Ils ne deviennent haïssables ou condamnables que lorsqu'ils se mettent en tête les uns ou les autres, de constituer un parti exclusif... car l'Eglise n'est jamais un parti... Merci à Rohmer pour la bonté de son regard. Il ne nous force pas à choisir entre Jean-Louis et Maud, mais nous met en demeure d'être vrais et de ne pas nous raconter d'histoire à nous-mêmes. On le comprend mieux encore Rohmer, lorsque dans Ma nuit chez Maud, on regarde le bonus du DVD: un dialogue fantastique (au sens étymologique de ce terme) entre Brice Parrain et le Père Dominique Dubarle, Brice l'agnostique défendant Pascal et Dominique le religieux l'attaquant, avec chacun leurs raisons.