lundi 29 juin 2009
L'abbé Laguérie : 30 ans de sacerdoce
Voici le canevas du sermon que j'ai prononcé en l'église Saint Eloi, hier à cette occasion.
Cher M. l'abbé,
"A tout prendre écriviez-vous en juin 1985, dans la première décennie de votre sacerdoce, il n'y a que deux sortes d'homme : ceux qui scrutent les oeuvres de Dieu pour savoir s'ils daigneront lui faire confiance, et ceux qui font d'abord confiance à Dieu pour qu'Il daigne leur donner l'intelligence".
Cher M. l'abbé, le très jeune curé parisien que vous étiez alors, comme tous les prêtres sentinelle avancée, sentinelle isolée, aux prises avec le terrible mystère du mal, aux prises avec la puissance du mal dans les coeurs comme dans la société, avait fait de son confessional une guérite où accomplir chaque jour le merveilleux travail de passeur d'âme, un passeur très compatissant à la misère, non un peseur d'âme scrupuleux, exact et décourageant, un passeur rassurant qui travaille pour la vie, qui est fait pour sauver et non pour détruire à l'exemple de son Maître le Christ,un passeur qui se pose peu de questions sur lui-même, malgré les bleus à l'âme qu'il contracte dans son ministère, parce qu'il a décidé, une fois pour toutes, de faire confiance.
Son arme, c'est la confiance ! Un trait, cher M. l'abbé, que retrouve dans votre physionomie quiconque accepte de l'y chercher. Un trait qui caractérise votre vie de découvreur. Jeune curé, ne refusant jamais une confession, vous avez été un découvreur d'âmes. Combien de fidèles vous doivent, ici, dans cette église, d'avoir retrouvé la confiance en eux-mêmes - ou la confiance en Dieu, mais c'est la même chose car Dieu est si proche de nous ! - d'avoir compris quel était leur potentiel. Et combien de jeunes prêtres, ayant servi sous vos ordres,, vous doivent leur confiance crâne dans la puissance de leur sacerdoce.
A Saint Nicolas du Chardonnet, il y avait la guérite du confessional. Combien de temps y passions nous chaque dimanche. Il ne se passait pas de dimanche sans qu'il nous soit donné d'assister à un retour à Dieu après 30 ou 40 ans d'oubli de Dieu. Rien de tel pour former des coeurs de prêtres. Mais il y avait aussi l'autel, le Mont Thabor où nous montions pour tutoyer Dieu en latin, toujours seuls face à lui, même lorsque, derrière, les fidèles se comptaient par milliers. La puissance de notre sacerdoce, vous en renouveliez l'expérience pendant quatorze ans chaque jour, elle est liée intrinsèquement à la puissance non pareille de ce rite vraiment extraordinaire que Benoît XVI aime appeler le rite classique. C'est le saint Sacrifice de la messe qui donnait à votre parole en chaire, malgré votre jeunesse, ce je ne sais quoi d'autorité et de force qui fit bientôt partie de votre personnage.
Il me faut évoquer aussi les repas entre prêtres, ces moments où nous touchions du doigt la fraternité sacerdotale. Rien à voir avec une vie de communauté compassée parce qu'obligatoire. Souvent vous mettiez sur le tapis un sujet et vous laissiez vicaires, recteur ou directeur en discuter à perte de vue. Et puis bien sûr, vous proposiez votre arbitrage à la fin de repas, qui parfois empiètaient sur l'après midi. La théologie devenait ainsi un merveilleux "gai savoir" !
Mais la vie ne s'arrête jamais. En 1998, vous voici à Bordeaux, avec un défi en tête : recommencer ici Saint Nicolas du Chardonnet. Pour cela, il fallait une église. Il y en aura deux. D'abord Sainte-Colombe, à Saintes, un hangar pour peintres en bâtiment, dont vous faites redécouvrir à tous la splendeur XVIème siècle, ensevelie sous les alluvions et les outrages du temps.Ensuite, à Bordeaux, Saint Eloi, défiguré par 20 ans d'abandon et de squatt, Saint Eloi qui à travers vos mains de tailleur de pierres - car vous vous êtes fait tailleur de pierres pour la circonstance, un talent à ajouter à tant d'autres, à tous ces dons que le bon Dieu vous a fait à profusion - a retrouvé sa dignité séculaire au coeur de la ville.
Il faut bien le dire, ces réussites qui incontestablement sont les vôtres, cette faculté de rebondir et de transformer à vos mesures le théâtre des opérations, cela inquiète vos supérieurs. Devrais-je le dire ? Votre supériorité par rapport à l'événement, vos supérieurs auraient tendance à la prendre comme une menace. Sainte Colombe à Saintes ? Inutile, vous dit-on et même nuisible parce que cela perturbe l'apostolat en place. Saint-Eloi à Bordeaux ? Incroyable et vaguement inquiétant pour l'avenir.
C'est à ce moment, M. l'abbé, que l'on voit saillir encore ce trait essentiel de votre personnalité sacerdotale : la confiance. Vous l'avez donnée aux autres, aux fidèles et aux prêtres. Mais elle est aussi votre carburant personnel. Vous avancez à la confiance. et la confiance que vous aviez mise avec tant d'entièreté en Mgr Marcel Lefebvre, qui fut pour vous non seulement l'évêque rovidentiel maisl'homme unique - un père et un tuteur dans votre sacerdoce - cette confiance disparut peu à peu. La confiance était un peu votre musique intérieure, votre rythme d'actions à l'extérieur. Et vous avez peu à peu découvert, vous qui êtes aussi musicien, que l'on voulait vous faire jouer une musique incompréhensible. l'autorité qui fait confiance devient l'autorité qui soupçonne. L'autorité qui construit devient l'autorité qui détruit. Corruptio optimi pessima, j'abandonne ce jgement peut-être un peu sévère à ceux qui comprennent le latin.
Alors intervient le divorce, non pas parce que vous auriez changé, non pas parce que vous vous seriez lassé. Ce n'est pas un divorce avec la cause, c'est un divorce avec les hommes qui entendent incarner la cause. Vous vous tournez alors tout naturellement vers Rome, pour retrouver la confiance que vous avez voulu faire à Dieu dès le début et que vous avez toujours placée concrètement dans l'autorité religieuse à laquelle vous vous donniez.
Commence alors l'aventure la plus extraordinaire de votre existence. Incrédulité des journalistes. Stupeur de vos meilleurs ennemis. A peine quittée la FSSPX, voilà que vous créez avec quelques amis prêtres, l'Institut du Bon Pasteur dont vous rédigez les statuts. Vous recevez de Rome le pouvoir de faire des enfants, je veux dire de treansmettre votre sacerdoce, en appelant aux ordres ceux que vous aurez choisi. 8 septembre 2006, fête de la Nativité de Marie, jour où vous signez, avec le cardinal Castrillon Hoyos, le jour qui pèse le plus lourd dans votre existence de prêtre.
Qu'est-ce que l'Institut du Bon Pasteur ? Un clone de la FSSPX ? Un jumeau tardillon de la FSSP ? Un rival de l'Institut du Christ Roi ? Rien de tout cela ! Autre chose ! Des chevau-légers, uniquement déterminés par leur tâche pastorale. des prêtres animés par la confiance dans leur sacerdoce. Dans l'Eglise. dans le Christ. A votre image. Pas des fonctionnaires de Dieu, qui distribuent les sacrements à heure fixe ! Des battants imaginatifs et prêts à tout. Vous avez, me glisse-t-on à l'oreille, une expression pour dire cela : des grenadiers voltigeurs.
La différence de l'IBP, c'est vous, c'est nous, ce sont les fidèles de Saint Eloi, qui ont pesé lourd dans la balance au moment de la création de l'Institut. Vous voulez aujourd'hui vous consacrer tout entier à votre tâche de supérieur général, en venant à Paris. Nos prières vous accompagnent. Et nos voeux pour la prochaine décennie de votre jeunesse sacerdotale.
Cher M. l'abbé,
"A tout prendre écriviez-vous en juin 1985, dans la première décennie de votre sacerdoce, il n'y a que deux sortes d'homme : ceux qui scrutent les oeuvres de Dieu pour savoir s'ils daigneront lui faire confiance, et ceux qui font d'abord confiance à Dieu pour qu'Il daigne leur donner l'intelligence".
Cher M. l'abbé, le très jeune curé parisien que vous étiez alors, comme tous les prêtres sentinelle avancée, sentinelle isolée, aux prises avec le terrible mystère du mal, aux prises avec la puissance du mal dans les coeurs comme dans la société, avait fait de son confessional une guérite où accomplir chaque jour le merveilleux travail de passeur d'âme, un passeur très compatissant à la misère, non un peseur d'âme scrupuleux, exact et décourageant, un passeur rassurant qui travaille pour la vie, qui est fait pour sauver et non pour détruire à l'exemple de son Maître le Christ,un passeur qui se pose peu de questions sur lui-même, malgré les bleus à l'âme qu'il contracte dans son ministère, parce qu'il a décidé, une fois pour toutes, de faire confiance.
Son arme, c'est la confiance ! Un trait, cher M. l'abbé, que retrouve dans votre physionomie quiconque accepte de l'y chercher. Un trait qui caractérise votre vie de découvreur. Jeune curé, ne refusant jamais une confession, vous avez été un découvreur d'âmes. Combien de fidèles vous doivent, ici, dans cette église, d'avoir retrouvé la confiance en eux-mêmes - ou la confiance en Dieu, mais c'est la même chose car Dieu est si proche de nous ! - d'avoir compris quel était leur potentiel. Et combien de jeunes prêtres, ayant servi sous vos ordres,, vous doivent leur confiance crâne dans la puissance de leur sacerdoce.
A Saint Nicolas du Chardonnet, il y avait la guérite du confessional. Combien de temps y passions nous chaque dimanche. Il ne se passait pas de dimanche sans qu'il nous soit donné d'assister à un retour à Dieu après 30 ou 40 ans d'oubli de Dieu. Rien de tel pour former des coeurs de prêtres. Mais il y avait aussi l'autel, le Mont Thabor où nous montions pour tutoyer Dieu en latin, toujours seuls face à lui, même lorsque, derrière, les fidèles se comptaient par milliers. La puissance de notre sacerdoce, vous en renouveliez l'expérience pendant quatorze ans chaque jour, elle est liée intrinsèquement à la puissance non pareille de ce rite vraiment extraordinaire que Benoît XVI aime appeler le rite classique. C'est le saint Sacrifice de la messe qui donnait à votre parole en chaire, malgré votre jeunesse, ce je ne sais quoi d'autorité et de force qui fit bientôt partie de votre personnage.
Il me faut évoquer aussi les repas entre prêtres, ces moments où nous touchions du doigt la fraternité sacerdotale. Rien à voir avec une vie de communauté compassée parce qu'obligatoire. Souvent vous mettiez sur le tapis un sujet et vous laissiez vicaires, recteur ou directeur en discuter à perte de vue. Et puis bien sûr, vous proposiez votre arbitrage à la fin de repas, qui parfois empiètaient sur l'après midi. La théologie devenait ainsi un merveilleux "gai savoir" !
Mais la vie ne s'arrête jamais. En 1998, vous voici à Bordeaux, avec un défi en tête : recommencer ici Saint Nicolas du Chardonnet. Pour cela, il fallait une église. Il y en aura deux. D'abord Sainte-Colombe, à Saintes, un hangar pour peintres en bâtiment, dont vous faites redécouvrir à tous la splendeur XVIème siècle, ensevelie sous les alluvions et les outrages du temps.Ensuite, à Bordeaux, Saint Eloi, défiguré par 20 ans d'abandon et de squatt, Saint Eloi qui à travers vos mains de tailleur de pierres - car vous vous êtes fait tailleur de pierres pour la circonstance, un talent à ajouter à tant d'autres, à tous ces dons que le bon Dieu vous a fait à profusion - a retrouvé sa dignité séculaire au coeur de la ville.
Il faut bien le dire, ces réussites qui incontestablement sont les vôtres, cette faculté de rebondir et de transformer à vos mesures le théâtre des opérations, cela inquiète vos supérieurs. Devrais-je le dire ? Votre supériorité par rapport à l'événement, vos supérieurs auraient tendance à la prendre comme une menace. Sainte Colombe à Saintes ? Inutile, vous dit-on et même nuisible parce que cela perturbe l'apostolat en place. Saint-Eloi à Bordeaux ? Incroyable et vaguement inquiétant pour l'avenir.
C'est à ce moment, M. l'abbé, que l'on voit saillir encore ce trait essentiel de votre personnalité sacerdotale : la confiance. Vous l'avez donnée aux autres, aux fidèles et aux prêtres. Mais elle est aussi votre carburant personnel. Vous avancez à la confiance. et la confiance que vous aviez mise avec tant d'entièreté en Mgr Marcel Lefebvre, qui fut pour vous non seulement l'évêque rovidentiel maisl'homme unique - un père et un tuteur dans votre sacerdoce - cette confiance disparut peu à peu. La confiance était un peu votre musique intérieure, votre rythme d'actions à l'extérieur. Et vous avez peu à peu découvert, vous qui êtes aussi musicien, que l'on voulait vous faire jouer une musique incompréhensible. l'autorité qui fait confiance devient l'autorité qui soupçonne. L'autorité qui construit devient l'autorité qui détruit. Corruptio optimi pessima, j'abandonne ce jgement peut-être un peu sévère à ceux qui comprennent le latin.
Alors intervient le divorce, non pas parce que vous auriez changé, non pas parce que vous vous seriez lassé. Ce n'est pas un divorce avec la cause, c'est un divorce avec les hommes qui entendent incarner la cause. Vous vous tournez alors tout naturellement vers Rome, pour retrouver la confiance que vous avez voulu faire à Dieu dès le début et que vous avez toujours placée concrètement dans l'autorité religieuse à laquelle vous vous donniez.
Commence alors l'aventure la plus extraordinaire de votre existence. Incrédulité des journalistes. Stupeur de vos meilleurs ennemis. A peine quittée la FSSPX, voilà que vous créez avec quelques amis prêtres, l'Institut du Bon Pasteur dont vous rédigez les statuts. Vous recevez de Rome le pouvoir de faire des enfants, je veux dire de treansmettre votre sacerdoce, en appelant aux ordres ceux que vous aurez choisi. 8 septembre 2006, fête de la Nativité de Marie, jour où vous signez, avec le cardinal Castrillon Hoyos, le jour qui pèse le plus lourd dans votre existence de prêtre.
Qu'est-ce que l'Institut du Bon Pasteur ? Un clone de la FSSPX ? Un jumeau tardillon de la FSSP ? Un rival de l'Institut du Christ Roi ? Rien de tout cela ! Autre chose ! Des chevau-légers, uniquement déterminés par leur tâche pastorale. des prêtres animés par la confiance dans leur sacerdoce. Dans l'Eglise. dans le Christ. A votre image. Pas des fonctionnaires de Dieu, qui distribuent les sacrements à heure fixe ! Des battants imaginatifs et prêts à tout. Vous avez, me glisse-t-on à l'oreille, une expression pour dire cela : des grenadiers voltigeurs.
La différence de l'IBP, c'est vous, c'est nous, ce sont les fidèles de Saint Eloi, qui ont pesé lourd dans la balance au moment de la création de l'Institut. Vous voulez aujourd'hui vous consacrer tout entier à votre tâche de supérieur général, en venant à Paris. Nos prières vous accompagnent. Et nos voeux pour la prochaine décennie de votre jeunesse sacerdotale.
mercredi 24 juin 2009
Une poussée de fièvre plutôt rassurante
Mgr Marc Aillet a dit sa réprobation de la Gay Pride organisée à Biarritz:
Ce qui est en cause ce n’est pas qu’un évêque ou un prêtre prenne position. Personne n’a jamais reproché aux évêques de France de s’exprimer
sur les sujets les plus divers - ils ne s'en privent d'ailleurs pas: «le développement de l’Union européenne a été un facteur de paix et de prospérité», «les événements qui se déroulent depuis plusieurs semaines à Gaza sont effroyables» ou encore «dans la France d’aujourd’hui, serait-il moins risqué de frapper sa femme que son chien?». Personne n'a jamais reproché non plus à l'abbé Pierre de s'intéresser à des questions sociales.
Ce qui est insupportable à la France de 2009 c’est que Mgr Marc Aillet aille contre le courant. Qu’il s’exprime comme tout le monde (paix=bien, violence=mal) et c’est bien volontiers qu’on lui passera le micro. Qu'il aille dans le sens général, et on rendra hommage à son courage. Mais que sur d’autres sujets il ne chante pas en chœur, et c’est la levée de bouclier sur l'air de «de quoi se même-t-il?!». Hargne, quolibets et trépignements. Ces poussées de fièvres (Benoît XVI et les capotes, Mgr Aillet et la Gay Pride) seront d’autant plus fréquentes que la société se déchristianisera, et que l’Eglise fera entendre son message.
Il n’y a pas à s’en inquiéter. C’est même plutôt rassurant. Le Saint Père l’a redit, «Jésus a été en fait ‘un signe de contradiction’ (Lc 2, 34), et il continue à l’être, même de nos jours».
«Les revendications tapageuses de groupes pour la plupart étrangers à la ville de Biarritz ne représentent pas, et de loin, la conviction profonde qui anime les personnes homosexuelles. Il suffit de lire tel ou tel témoignage pour comprendre à quel point celles-ci sont en souffrance. Outre le fait que la jeunesse, particulièrement les enfants, n’a pas besoin de voir affichées des revendications aussi agressives, une telle licence sexuelle exposée sur la voie publique ne peut avoir que des effets négatifs sur la moralité sociale et le bon sens de la majorité de nos concitoyens.»Il l’a écrit à Didier Borotra («Je tenais à vous communiquer en toute simplicité ces quelques réflexions») qui est maire de Biarritz. Lequel n’a pas apprécié la prise de position de l’évêque («j’ai eu honte à la lecture de votre lettre») et le lui fait savoir :
«En tant qu’homme politique, je ne me mêle jamais des affaires de l’Eglise et je vous conseille d’en faire autant.»… et aussi :
«De toute évidence, vous ignorez les lois de la République»On peut argumenter que les lois de la République, justement, autorisent le citoyen Marc Aillet à exprimer son avis, même négatif, même concernant un élu local. Mais je ne crois pas que ce soit cela qui est en cause.
Ce qui est en cause ce n’est pas qu’un évêque ou un prêtre prenne position. Personne n’a jamais reproché aux évêques de France de s’exprimer
sur les sujets les plus divers - ils ne s'en privent d'ailleurs pas: «le développement de l’Union européenne a été un facteur de paix et de prospérité», «les événements qui se déroulent depuis plusieurs semaines à Gaza sont effroyables» ou encore «dans la France d’aujourd’hui, serait-il moins risqué de frapper sa femme que son chien?». Personne n'a jamais reproché non plus à l'abbé Pierre de s'intéresser à des questions sociales.Ce qui est insupportable à la France de 2009 c’est que Mgr Marc Aillet aille contre le courant. Qu’il s’exprime comme tout le monde (paix=bien, violence=mal) et c’est bien volontiers qu’on lui passera le micro. Qu'il aille dans le sens général, et on rendra hommage à son courage. Mais que sur d’autres sujets il ne chante pas en chœur, et c’est la levée de bouclier sur l'air de «de quoi se même-t-il?!». Hargne, quolibets et trépignements. Ces poussées de fièvres (Benoît XVI et les capotes, Mgr Aillet et la Gay Pride) seront d’autant plus fréquentes que la société se déchristianisera, et que l’Eglise fera entendre son message.
Il n’y a pas à s’en inquiéter. C’est même plutôt rassurant. Le Saint Père l’a redit, «Jésus a été en fait ‘un signe de contradiction’ (Lc 2, 34), et il continue à l’être, même de nos jours».
mardi 23 juin 2009
La sainteté "light" et le désir de Dieu
Il y a des anglicismes qui n'ont pas d'équivalents en français, celui-là par exemple, que l'on peut facilement rapprocher d'un autre : soft, par exemple dans l'expression si bien trouvée soft idéologie qui caractérise notre aujourd'hui. Les idéologies ont perdu leur mordant, c'est incontestable. Elles n'ont rien perdu de leur prégnance. Nous restons englués dans une vision du monde où le positionnement idéologique (devenu virtuel pourtant et quasi vide de signification) a plus d'importance sociale que la pensée personnelle. On peut penser que c'est moins grave, l'idéologie, parce que c'est soft : plus d'Auschwitz, plus de Goulags. Mais toujours moins de force vitale. Toujours moins de pensée. Toujours moins de responsabilités personnelles. Toujours plus de confort. Toujours plus de consensus. toujours plus conformité collective et de conformisme.
Ce conformisme, saint Paul nous l'interdit : Nolite conformari huic saeculo, ne vous conformez pas à ce siècle. Quand il y a unanimité quelque part sur un pb moral ou spirituel, c'est mauvais signe ! Ne vous conformez pas, ne rentrez pas dans la logique de l'imitation, qui, comme l'explique René Girard est celle de l'envie. Ou alors - toujours saint Paul - "Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ".
La seule imitation qui n'est pas mortifère est celle du Christ. Pourquoi ? Bérulle, le grand cardinal de la dévotion française l'explique à l'envi, cette imitation-là n'est pas de notre fait, elle se réalise en nous par lui. Il le dit et le répète : "Jésus est le vrai peintre de soi-même". Son éclat se reproduit sur nos âmes comme sur des miroirs, sans que nous y prenions garde. C'est lui qui s'imite en nous. Ou alors c'est artificiel. Ou alors nous essayons de l'imiter sans beaucoup de succès.
Est-ce à dire que nous sommes purement passifs et que les quiétistes ont raison ? Non ! Pour que le Christ s'imite en nous, encore faut-il que nous l'admirions, que nous nous tournions vers lui, que nous désirions comprendre son image. Un miroir ne reflète rien s'il est mal orienté. Si nous ne nous orientons pas de toute notre liberté vers le Christ, le Christ ne peut pas s'imiter en nous.
Nous, c'est vrai, nous aimerions imiter ce que nous comprenons de lui. Pour l'un ce sera son humilité. Pour l'autre, sa puissance sur les foules. Pour un troisième sa proximité merveilleuse avec le Père. Si nous n'aimons pas assez le Christ, si notre amour n'est pas assez actif, s'il n'est pas vraiment inconditionnel, alors nous choisissons tel ou tel aspect du Christ, tel ou tel enseignement du christianisme.
Celui qui est vraiment actif, non seulement il choisit tout, mais il est prêt à tout, à n'importe quel moment de sa vie, sans souci de cursus ou de ses préférences personnelles. Cette "indifférence", caractérisée génialement par saint Ignace dans ses Exercices, n'a rien à voir avec la passivité du fatalisme. Cette indifférence est le propre de celui qui, littéralement est prêt à tout. La sainteté c'est cela : être prêt à tout pour Dieu et avec Dieu.
Dans toute sainteté, il y a une forme de radicalisme. Pas de demi mesure. Pas de demi foi. La sainteté disait sainte Thérèse d'Avila, c'est quelque chose de viril : "Soyez viriles mes filles". La sainteté ne procède pas seulement du choix de Dieu, mais du désir qui nous oriente vers lui. Sans ce désir, rien ne se passe.
C'est ce qui me choque dans certains portraits de saints ou de saintes, qui ont illustré les années 60, autrement dit les fameuses Glorieuses dont parle Fourastier. Je viens de lire Pauvre et saint curé d'Ars de Mgr Pézeril : c'est un peu cela. Le géant devient surtout un gentil. Oui : gentil curé d'Ars. Rémi Soulier l'avait remarqué en son temps. On gomme les aspérités du personnages ou alors on les fait servir à une démythification du bonhomme, dépressif, cyclothymique, comme nous tous ! Idem pour sainte Thérèse de l'Enfant Jésus racontée par Jean François Six : une jeune fille trop imaginative et qui le paiera cher... Le bouquet, c'est le relooking du Père de Foucault : ce mauvais garçon, qui fonda un bordel militaire et passa sa vie à faire pénitence, on en fait une sorte de feignasse, donneur de leçons retiré de tout, spécialiste de l'inculturation et de l'enfouissement, dont on tâche d'oublier le martyre. La Congrégation des petits frères et des petites sœurs paiera cher une telle erreur de lecture.
Il n'y a pas de sainteté light. La sainteté est une conversion du désir. Jamais son abolition. C'est la raison pour laquelle, même si les saints peuvent avoir leur déséquilibre, la sainteté qui commence par ce désir éperdu de Dieu et de l'image du Christ en nous, suppose, en tant que désir réalisé, une intégration psychologique et un équilibre, qui se réalise sans doute à des hauteurs dont on n'a pas l'habitude, mais qui ne peut pas se réaliser dans l'abandon, le mal de vivre ou une ataraxie quelconque, qu'elle soit subie ou suscitée.
Le désir de Dieu, désir de vérité et donc désir vrai ou vrai désir, nous met debout et nous fait vivre, avec "une puissance" comme dirait saint Paul, une intensité que nous ne réalisons pas tant que nous restons étrangers à l'aventure. Pas de déséquilibrés parmi les saints. La sainteté est un équilibre, parce qu'elle est un désir qui trouve son objet et s'y complaît.
Si ce désir vous prend ou vous a pris le cœur, ne croyez pas que vous le satisferez de manière light, en restant dans le monde. Il ne vous laissera pas en paix, vous prendra et vous reprendra, tant que vous n'aurez pas trouvé moyen de tout (lui) donner.
Ce conformisme, saint Paul nous l'interdit : Nolite conformari huic saeculo, ne vous conformez pas à ce siècle. Quand il y a unanimité quelque part sur un pb moral ou spirituel, c'est mauvais signe ! Ne vous conformez pas, ne rentrez pas dans la logique de l'imitation, qui, comme l'explique René Girard est celle de l'envie. Ou alors - toujours saint Paul - "Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ".
La seule imitation qui n'est pas mortifère est celle du Christ. Pourquoi ? Bérulle, le grand cardinal de la dévotion française l'explique à l'envi, cette imitation-là n'est pas de notre fait, elle se réalise en nous par lui. Il le dit et le répète : "Jésus est le vrai peintre de soi-même". Son éclat se reproduit sur nos âmes comme sur des miroirs, sans que nous y prenions garde. C'est lui qui s'imite en nous. Ou alors c'est artificiel. Ou alors nous essayons de l'imiter sans beaucoup de succès.
Est-ce à dire que nous sommes purement passifs et que les quiétistes ont raison ? Non ! Pour que le Christ s'imite en nous, encore faut-il que nous l'admirions, que nous nous tournions vers lui, que nous désirions comprendre son image. Un miroir ne reflète rien s'il est mal orienté. Si nous ne nous orientons pas de toute notre liberté vers le Christ, le Christ ne peut pas s'imiter en nous.
Nous, c'est vrai, nous aimerions imiter ce que nous comprenons de lui. Pour l'un ce sera son humilité. Pour l'autre, sa puissance sur les foules. Pour un troisième sa proximité merveilleuse avec le Père. Si nous n'aimons pas assez le Christ, si notre amour n'est pas assez actif, s'il n'est pas vraiment inconditionnel, alors nous choisissons tel ou tel aspect du Christ, tel ou tel enseignement du christianisme.
Celui qui est vraiment actif, non seulement il choisit tout, mais il est prêt à tout, à n'importe quel moment de sa vie, sans souci de cursus ou de ses préférences personnelles. Cette "indifférence", caractérisée génialement par saint Ignace dans ses Exercices, n'a rien à voir avec la passivité du fatalisme. Cette indifférence est le propre de celui qui, littéralement est prêt à tout. La sainteté c'est cela : être prêt à tout pour Dieu et avec Dieu.
Dans toute sainteté, il y a une forme de radicalisme. Pas de demi mesure. Pas de demi foi. La sainteté disait sainte Thérèse d'Avila, c'est quelque chose de viril : "Soyez viriles mes filles". La sainteté ne procède pas seulement du choix de Dieu, mais du désir qui nous oriente vers lui. Sans ce désir, rien ne se passe.
C'est ce qui me choque dans certains portraits de saints ou de saintes, qui ont illustré les années 60, autrement dit les fameuses Glorieuses dont parle Fourastier. Je viens de lire Pauvre et saint curé d'Ars de Mgr Pézeril : c'est un peu cela. Le géant devient surtout un gentil. Oui : gentil curé d'Ars. Rémi Soulier l'avait remarqué en son temps. On gomme les aspérités du personnages ou alors on les fait servir à une démythification du bonhomme, dépressif, cyclothymique, comme nous tous ! Idem pour sainte Thérèse de l'Enfant Jésus racontée par Jean François Six : une jeune fille trop imaginative et qui le paiera cher... Le bouquet, c'est le relooking du Père de Foucault : ce mauvais garçon, qui fonda un bordel militaire et passa sa vie à faire pénitence, on en fait une sorte de feignasse, donneur de leçons retiré de tout, spécialiste de l'inculturation et de l'enfouissement, dont on tâche d'oublier le martyre. La Congrégation des petits frères et des petites sœurs paiera cher une telle erreur de lecture.
Il n'y a pas de sainteté light. La sainteté est une conversion du désir. Jamais son abolition. C'est la raison pour laquelle, même si les saints peuvent avoir leur déséquilibre, la sainteté qui commence par ce désir éperdu de Dieu et de l'image du Christ en nous, suppose, en tant que désir réalisé, une intégration psychologique et un équilibre, qui se réalise sans doute à des hauteurs dont on n'a pas l'habitude, mais qui ne peut pas se réaliser dans l'abandon, le mal de vivre ou une ataraxie quelconque, qu'elle soit subie ou suscitée.
Le désir de Dieu, désir de vérité et donc désir vrai ou vrai désir, nous met debout et nous fait vivre, avec "une puissance" comme dirait saint Paul, une intensité que nous ne réalisons pas tant que nous restons étrangers à l'aventure. Pas de déséquilibrés parmi les saints. La sainteté est un équilibre, parce qu'elle est un désir qui trouve son objet et s'y complaît.
Si ce désir vous prend ou vous a pris le cœur, ne croyez pas que vous le satisferez de manière light, en restant dans le monde. Il ne vous laissera pas en paix, vous prendra et vous reprendra, tant que vous n'aurez pas trouvé moyen de tout (lui) donner.
samedi 20 juin 2009
[Ktotv / "Portrait de Prêtre"] Abbé René-Sébastien Fournié
Aujourd'hui l'image du prêtre
En vacances au Portugal, mon papa se fait alpaguer par un groupe de religieuses en quête d'une bénédiction. Forcément: avec son imper bleu marine, ses chaussures tristounettes et son veston trop sage... les sœurs, de leur oeil exercé, l'avaient pris pour un prêtre.
Le grand public est moins subtil. Il ne voit guère d'autres prêtres que ceux que lui montre la société du spectacle, pour lui vendre un camembert de tradition ou le divertir. Il faut alors que ces prêtres soient immédiatement identifiables: soutane et col romain. Paradoxe: pour que son cerveau imprime 'prêtre', le spectateur a besoin d'une image sans lien avec celle de 99% d'entre eux.
Une bonne illustration valant mieux qu'un mauvais laïus, je vous en mets deux. La première vend des pâtes. (La société Panzani, ai-je lu, proposait de financer la visite de Jean Paul II à Lyon - ils demandaient qu'en échange Don Patillo descende en parachute sur le stade Gerland, au moment où Sa Sainteté arriverait en voiture. Lard ou cochon? Heureusement, proposition non retenue.)
Le grand public est moins subtil. Il ne voit guère d'autres prêtres que ceux que lui montre la société du spectacle, pour lui vendre un camembert de tradition ou le divertir. Il faut alors que ces prêtres soient immédiatement identifiables: soutane et col romain. Paradoxe: pour que son cerveau imprime 'prêtre', le spectateur a besoin d'une image sans lien avec celle de 99% d'entre eux.
Une bonne illustration valant mieux qu'un mauvais laïus, je vous en mets deux. La première vend des pâtes. (La société Panzani, ai-je lu, proposait de financer la visite de Jean Paul II à Lyon - ils demandaient qu'en échange Don Patillo descende en parachute sur le stade Gerland, au moment où Sa Sainteté arriverait en voiture. Lard ou cochon? Heureusement, proposition non retenue.)

La seconde est un instantané du plus grand show de France: le JT de TF1. Il s'agissait d'illustrer quelques propos sur les prêtres (80% des Français pensent que ces hommes dont ils ignorent tout devraient se marier. Étonnant attachement à cette noble institution: statistiquement la moitié des sondés ne se marieront pourtant jamais - la moitié de l'autre moitié divorcera.) Quelle meilleure image du prêtre que la messe, et quelle meilleure image de la messe que le rite tridentin? Bref, les gens du JT ont choisi une photo de l'abbé de Tanoüarn célébrant au Centre Saint Paul.
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