samedi 20 novembre 2010

Et la Fraternité Saint-Pie X ?

Article repris de Monde et Vie n°834 - novembre 2010

On ne peut pas s’empêcher de penser que le respect affiché par Rome du «charisme propre» – profondément traditionnel – des Légionnaires du Christ - un Institut pourtant tellement compromis par ailleurs - est un gage de la fiabilité du Vatican dans les négociations, d’un tout autre ordre certes, qui se déroulent en ce moment avec la Fraternité Saint-Pie X. Par rapport aux procédés autoritaires utilisés naguère (en 2000) par le cardinal Castrillon Hoyos, pour régler les problèmes internes et surmonter les divisions de la Fraternité Saint-Pierre, en nommant lui-même un supérieur « à sa main », la présente prudence de Rome avec les Légionnaires est tout à fait remarquable. Mgr Velasio de Paolis défend la légitimité des supérieurs actuels, pourtant bien compromis et souhaite que, si changement il y a à la tête de la Congrégation, cela se produise après consultation des membres dans un chapitre général. Est-ce en ayant égard à cette (nouvelle) fiabilité du Vatican de Benoît XVI, que Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, a assez solennellement pris rendez-vous avec l’avenir ? Alors que le débat doctrinal engagé l’an dernier touche à sa fin, le successeur de Mgr Lefebvre a souligné qu’aucune porte n’était fermée pour autant: « Nous sommes à un point charnière, a-t-il déclaré le 16 octobre au périodique Nouvelles de chrétienté, pour la reconstruction à venir, et bien que cela n’apparaisse pas encore nettement, je crois que tout est possible ». Que conclure? Qu’au jeu des petites phrases, celle-là n’est certainement pas la moins significative!

Claire Thomas

vendredi 19 novembre 2010

Je mens si je dis la vérité pour moi...

Sans doute me trouvez vous trop rare sur metablog. C'est que je tente désespérément d'en finir avec mon livre sur La foi de Pascal et la nôtre. Et j'ai, en chemin, de grandes tentations. Avez-vous jamais ouvert les trois tomes en Pléiade du Port Royal de Sainte-Beuve. C'est simplement sublime. J'avais eu l'occasion d'en commencer la lecture au Gabon il y a vingt ans parce que le premier tome traînait, on ne sait pourquoi, dans la bibliothèque (de même qu'il y avait un exemplaire fort défraichi de Mes idées politiques (Maurras) dédicacé à un vieux missionnaire au Gabon par son frère resté en Métropole et du même auteur un exemplaire de son Mistral. Curieuses lectures des héros de l'apostolat que sont les missionnaires de l'ancien temps ! J'avais décidé de lire tout Sainte-Beuve et m'étais arrêté à la moitié du premier volume. J'ai repris cette lecture récemment avec... ravissement. Quel esprit ! Et quelle précision en même temps!

Voici, extrait du livre V, à la fin du troisième tome (P. 930), une magnifique formule de Pierre Nicole (que l'on ne cite plus guère, mais qui a tout de même sa rue à Paris, sur la paroisse Saint Jacques du Haut Pas sur le territoire de laquelle il vécut, quand il n'était pas en exil). Il nous entretient de quelque chose pour quoi il a combattu toute sa vie : la vérité. C'est extrait de l'un de ses Petits Traités de morale, dont le titre est à lui seul tout un programme : Qu'il y a beaucoup à craindre dans les contestations pour ceux mêmes qui ont raison.

Voici : "On peut blesser la vérité en diverses manières et il n'est pas juste que ceux qui la blessent d'une manière parlent durement de ceux qui la blessent en une autre. On blesse la vérité en la combattant, en lui résistant, en ne lui cédant pas, en inspirant aux autres la fausseté, cela est vrai. Mais on ne la blesse pas moins en s'en glorifiant et en l'employant à nos intérêts et à notre vanité".

Grande idée augustinienne et pascalienne : "la vérité qui ne se tourne pas à la charité est une idole". La vérité au service de l'ego, c'est une contradiction dans les termes. il est au moins aussi grave de se servir de la vérité du Christ pour affirmer ou affermir son ego vacillant que de lutter contre elle dit Nicole. On comprend qu'au tournant des années 1670, il ait souhaité en finir avec les polémiques, auxquelles toute sa vie son grand ami Antoine Arnauld resta assidu. Mais comme il est difficile de servir la vérité sans s'en servir.

mercredi 17 novembre 2010

Vu(e) de la salle des profs...

Je travaille dans un milieu (l’Education Nationale en zone défavorisée) qui compte peu de chrétiens, qui aime penser que toutes les religions se valent, que chacune a ses intégristes (la grenouille de bénitier équivalant à Ben Laden), et que le problème n’est pas tant une religion à proprement parler que les personnes qui s’en réclament. A y regarder de plus près, les reproches diffèrent selon que l’on tape sur les chrétiens ou sur les musulmans. Les chrétiens seraient éloignés du message de Jésus, tandis que les musulmans devraient évoluer, et s’adapter à «nos» valeurs. C’est ce ‘nos’ qui m’intéresse. Il indique une articulation ‘nous’/’eux’, que l’on ne trouve pas dans l’opposition au christianisme.

Deuxième remarque: ce qui est reproché aux musulmans, c’est de rester trop près du message de Mahomet. Ce qui est reproché aux chrétiens c’est d’être trop loin de celui de Jésus. En quelque sorte, et tout à fait inconsciemment: un bel hommage au christianisme, et une condamnation radicale de l’islam.

Troisième remarque: les autres religions sont passées sous silence, le bouddhisme bénéficiant de l'image cool du Dalai Lama, et l'hindouisme de son côté exotique. L'animisme africain n'est pas perçu comme une religion: trop éloigné du modèle de pensée des enseignants.

Quatrième remarque: je parle des personnels de l'Éducation Nationale, moins subtils que ses programmes. Notez aussi que je décris à grosse maille, c’est évidemment plus complexe. Cette petite brève est un ressenti, pas une thèse.

mardi 16 novembre 2010

[conf'] "Le dogme chrétien de l’origine du monde" par Tatiana Dupin

Mardi 16 novembre 2010 à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris) - "Le dogme chrétien de l’origine du monde - Comprendre l’invisible par l’image" par Tatiana Dupin - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé) - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

lundi 15 novembre 2010

Photos de la conférence du 12 octobre, par l'abbé Barthe

L'abbé Claude Barthe était le 12 octobre au Centre Saint Paul, à l'occasion de la sortie de son étude sur "La Messe à l'Endroit". Et voici les photos de la conférence:

Photos par laflaquiere.com (C)

dimanche 14 novembre 2010

Les cours d'hébreu au CSP...

Cela faisait longtemps que je souhaitais un cours d'hébreu au Centre Saint Paul. Et puis cette année, le frère Thierry qui a des antennes me propose un nom. Je prends contact avec Jean Marie Elie, un personnage formidable, qui littéralement vit du Christ... et qui n'oublie pas qu'il n'y a de véritable vie spirituelle que dans la mesure où l'intellect fournit la matière de notre transformation quotidienne. Le Curé d'Ars, qui a tellement bûché ses auteurs et qui était devenu spécialiste des Pères de l'Eglise en savait quelque chose. Si l'on ne forme pas la tête, on ne restaure pas le coeur, car toute vraie croissance (comme l'exprime la parabole du Grain de sénevé) vient de l'intérieur. Le coeur a ses raisons que la raison ignore dit Pascal... Mais les raisons du coeurs sont souvent plus raisonnables et en tout cas plus constructives que les raisons de la raison. Gare à celui qui les méprise. Gare à celui qui les oublie, qui veut se faire "un coeur nouveau" sans chercher les "raisons nouvelles" qu'il apporte. Dans ce monde matérialisé, il nous faut retrouver les raisons de la méditation, les raisons de l'oraison. Petit détail du vocabulaire latin : Oratio signifie à la fois "discours" et "prière" dans le latin chrétien. On emploie uniquement Prex chez les païens et jamais Oratio. C'est que la prière chrétienne n'est pas seulement une "supplication" (prex), elle est cela mais elle est plus que cela : raison transcendante, parole reçue, parole donnée, germination, transformation intérieure.

En quoi cela a-t-il rapport au Cours d'hébreu ?

Je pense que la foi chrétienne, pour affermir en chacun de nous cette oratio dont la liturgie et le Culte public de l'Eglise donnent l'exemple, nous offre plusieurs langages, tous différents, mais en quelque sorte canonisés par l'histoire.

Il y a le langage liturgique, qu'il faut apprendre, mais qui est comme la langue maternelle de l'Eglise maîtresse des sacrements. Il y a le langage spirituel, on peut même dire qu'il existe plusieurs langages spirituels différents et qui ont chacun leur cohérence : n'essayez pas de comprendre le néantisme de la Montée au Carmel de saint Jean de la Croix, en dehors de la tradition carme, vous en feriez un soufi... Il y a le langage de la théologie spéculative, issu des grands conciles christologiques et marqué par des siècles de thomisme plus ou moins strict... Il y a le langage de la théologie biblique. Attention ! Ce n'est pas le langage des exégètes sur lequel on autrait tartiné quelques abstractions théologiques, non ! Le langage de la théologie biblique est celui des apôtres, saint Paul, saint Jean, saint Pierre. C'est ce langage de la théologie biblique qui doit nous aider à lire l'Ancien Testament comme les apôtres l'ont lu, sous l'impulsion du Saint Esprit. Si ensuite, on veut s'amuser à faire un peu d'exégèse structurale, pourquoi pas ? Mais sans être dupe du résultat, sans prendre le medium pour le message. J'ai été impressionné de la puissance que prend la parole des apôtres - Paul en particulier - lorsque on la restitue à son contexte hébraïque. Loin de s'éloigner de la théologie latine, on la rejoint par d'autres voies...

Il y a un autre langage, qui ne mène au Christ que par accident : le langage philosophique. Combien de rationalistes de la foi, qui réduisent la parole de Dieu à la philosophie.

Le drame que vit l'Eglise vient de la trop grande richesse des langages sur lesquelles elle s'est construite. J'en oubliai un, d'ailleurs, dont nous parlerons mardi prochain, le langage iconographique, qui lui aussi a ses constantes à travers l'histoire, comme nous le montrera Tatiana Dupin.

Pourquoi drame ? Parce que certains, déconcertés par tant de richesses, s'en détournent immédiatement au profit de purs ressentis. D'autres ne veulent plus voir la convergence des langues, qui est un grand argument en faveur de l'Evangile : hébreu, grec, latin, tout converge. Mais attention à ne pas tout mélanger pour autant. L'un des risques majeurs aujourd'hui chez les Pasteurs en herbe, c'est le mélange des genres, dans une teinture superficielle qui confond l'état d'âme et la réalité spirituelle.

La première manière de respecter l'Esprit saint, de ne pas éteindre son feu, c'est de respecter les différentes langues dans lesquelles il s'exprime, en travaillant chaque vecteur de signification dans le registre qu'il offre à notre méditation. Exemple ? Ne pas lire les Pères avec la grille du thomisme, mais pour eux mêmes. Ne pas confondre liturgie et catéchisme, iconographie et théologie etc. Sans un minimum de travail au sein d'un mode d'expression donné, il n'est pas possible d'accéder aux raisons du coeur, dans leur pureté native... Celui qui mélange les différentes raisons du coeurs, les différents vecteurs de la méditation me fait penser à ce jeune homme inexpérimenté (j'en ai croisé un récemment) qui parle à sa copine (en l'occurrence à sa femme) de la même façon qu'il s'exprime avec son meilleur pote. Les raisons du coeur exige des délicatesses auxquelles la Raison - parce qu'elle fonctionne comme les ordinateurs : en base 2 - ne nous a pas forcément habitué.

Ce qui m'a frappé chez Jean Marie Elie ? Il connaît parfaitement un vecteur d'expression de la parole, en l'occurrence la langue hébraïque. Il ne fait jamais de théologie spéculative, mais rejoint par et dans la langue hébraïque la théologie la plus spéculative ou la foi chrétienne la plus exigeante. Miraculeuse co-incidence des efforts méditatifs, qui ne peut manifester sa fécondité que dans une grande rigueur d'application au travail, sans jamais confondre les genres, sans utiliser les raccourcis que d'autres disciplines à travers lesquelles s'exprime aussi la Parole pourraient nous fournir.

Les raisons du coeur ? On veut oublier le travail, l'application, la rigueur qu'elles exigent...