samedi 10 octobre 2020

Je vais prendre le pain du Ciel...

C'est par une phrase très simple, toute factuelle, prononcée en silence, que le prêtre annonce qu'il va communier : "Je vais prendre le pain du Ciel et j'invoquerai le nom du Seigneur". Pas de théâtre ! Pas de sentiments affichés. 

Le Père Lebrun aurait aimé pouvoir dire qu'elles marquent un véritable désir de Dieu, nécessaire pour communier : "Ces paroles conviennent à une âme qui sent le besoin qu'elle a de Jésus-Christ, à une âme affamée du pain céleste, qui se trouve comblée de joie à la vue de cette divine nourriture. La faim spirituelle doit précéder la nourriture céleste". Dans la note a de son ouvrage il invoque deux ou trois missels, qui traînaient dans de vieilles armoires depuis le IXème et le Xème siècle (le missel de Remiremont et deux missels de Troyes, où l'on trouve en cette place la rhétorique du désir de Dieu, comme s'il fallait s'exciter à désirer Dieu avant de communier.

J'ai un grand respect pour le Père Lebrun, que j'ai souvent utilisé dans cette longue explication de la messe. Mais cette fois je me permets de dire que je ne suis pas d'accord avec lui. Le désir de Dieu est une grâce et comme à propos de toutes les grâces, on peut dire qu'il n'y a pas de mode d'emploi pour l'éprouver. C'est un don de Dieu ou et quand il le veut. Je me souviens de cette personne, rencontrée dans le sud de la France, qui n'avait aucune culture chrétienne mais qui était inexplicablement attirée par la messe qu'il allait suivre durant ses études dans une célèbre église du Cinquième arrondissement. Il ne connaissait rien : "J'ai fait comme les autres, me levant quand ils se levaient, m'agenouillant quand ils s'agenouillaient. Et un moment j'ai vu qu'ils allaient chercher une sorte de pastille blanche, je me suis avancé, j'ai fait comme eux, je suis revenu à ma place et là je n'ai rien compris : j'ai pleuré pendant un quart d'heure". Ce monsieur, certains d'entre vous ont peut être pensé qu'il avait commis un sacrilège en s'avançant pour communier. Mais Dieu l'attendait là. Il n'avait pas respecté le mode d'emploi mais c'est cette communion qui l'a fait devenir catholique.

Comment voulez-vous que l'on obtienne de telles larmes sur commande ? On communie avec attention, avec la conscience aigue de celui que l'on reçoit, avec la volonté d'ouvrir au Christ toutes les portes de notre maison intérieure. Mais non ! On n'éprouve pas sur commande le désir de Dieu, ce désir tellement efficace qui nous terrasse pour toujours, quand nous l'avons une fois éprouvé

Qu'est-ce que l'on éprouve alors, si ce n'est pas le désir de Dieu ? Un profond et calme sentiment d'amour, une volonté d'appartenance. Il y a une belle doctrine thomasienne selon laquelle l'amour est (malgré les apparences) antérieur au désir : c'est le premier sentiment humain. On la trouve par exemple, cette doctrine, dans le Commentaire du psaume 37 : "Le premier mouvement de l'affect se dirigeant vers un objet est un mouvement d'amour, comme je l'ai déjà dit dans le Traité des passions de l'âme. Ce mouvement est inclu dans le désir comme la cause dans son effet. Si l'on désire quelque chose, c'est qu'on l'aime.. Mais l'espérance elle-même comporte un certain désir avec comme un déploiement de l'esprit qui tend vers quelque chose de difficile à atteindre. De la même façon donc que le mouvement de la connaissance accompagne le mouvement de l'amour, de la même façon le mouvement de l'amour accompagne le mouvement du désir ou de l'espérance. Comme ce qui est appréhendé meut l'amour, de même l'amour meut le désir ou l'espérance". Texte difficile ? Peut-être un peu. Mais il me semble qu'il nous indique bien comment communier : avec ce sentiment d'appartenance qui vient de l'amour mais sans croire que notre désir serait capable, par lui-même, d'éprouver l'élan infini que suscite la présence sentie de Dieu.

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