mercredi 16 décembre 2009

23 janvier 2010: Ordinations à Saint-Eloi

Le samedi 23 janvier 2010, en l'église saint Éloi de Bordeaux, sous la haute autorité du Cardinal Jean-Pierre Ricard, Archevêque de Bordeaux et de Bazas, son excellence Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, Escar, Oloron, confèrera les ordres du sous-diaconat et du diaconat à quelques membres de l'Institut du Bon-Pasteur. La cérémonie commencera à 10h00 précises.

Pour se joindre au déjeuner qui suivra, contacter la paroisse saint Éloi de Bordeaux (05 56 79 38 47) ou son presbytère (09 54 36 40 76). Vous êtes tous chaleureusement invités à cette grande fête d'Église qui permettra à chacun de connaître le jeune et dynamique évêque de Bayonne. Cliquez ici pour télécharger le bulletin officiel d'inscription.

mardi 15 décembre 2009

[conf'] mardi 15 Décembre 2009 à 20 heures - « Le christianisme, moteur du développement humain » - par le Docteur Louis NGHIEM

Conférence au Centre Saint Paul (IBP à Paris) - Mardi 15 Décembre 2009 à 20 heures - « Le christianisme, moteur du développement humain » - par le Docteur Louis NGHIEM - Participation aux frais: 5 euros, 2 euros pour les étudiants - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

2 février 2010: Prise de soutane à Courtalain

Le mardi deux février 2010, en la fête de la Présentation au Temple,  M. l'abbé Philippe Laguérie, supérieur général de l'Institut du Bon-Pasteur, remettra la soutane et donnera la tonsure aux quatorze séminaristes de première année, ainsi qu'à un frère du même Institut. La cérémonie se tiendra en l'église paroissiale de Courtalain (28290), et commencera à 10h précises. Vous êtes chaleureusement invités à venir nombreux prier pour ces futurs lévites. Pour s'inscrire au repas qui suivra, contacter le séminaire Saint-Vincent au 02 37 98 82 58.
"A fin qu'en toutes choses Dieu soit honoré, en Notre Seigneur Jésus-Christ".
SOURCE

Identité

Il est clair, quand on y réfléchit une minute, que la question de l'identité est la question qui marque notre époque, la question dont il n'était pas (ou pratiquement pas) question dans les années Quatre-vingt, la question qui spécifiquement nous concerne, au début de ce millénaire post-christique. Le Président Sarkozy a donc raison d'en faire l'objet d'un débat national, mais il me semble que les termes de ce débat sont habituellement mal posés.

On veut nous faire croire que l'identité de la France, c'est la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité. Fort bien. Mais alors, si c'est le cas, qui peut raisonnablement s'opposer à cette devise réalisée ? "Liberté, égalité, fraternité", c'est au nom de ces trois mots qu'il y eut à la fin du XVIIIème siècle une préfecture à Hambourg et que les volontaires et autres victimes du tout nouveau Service militaire ont expliqué aux peuples de l'Europe que l'avenir, c'était la liberté ou la mort. La France a emm. toute l'Europe avec sa révolution, justement parce que le nationalisme révolutionnaire (ô l'amour sacré de la patri-i-e) était en même temps un internationalisme.

Et ce que nous vivons aujourd'hui me semble bien être du même ordre. La France, que l'on appelle souvent en Europe "la grande nation" et qu'Hannah Arendt n'hésite pas à appeler quelque part "la nation par excellence", a depuis longtemps une velléité impériale. La défaite de François Ier à Pavie vient de là, tout comme les Guerre d'Italie, destinées à faire triompher un axe Rome Paris (plutôt que Rome... Cologne). Aujourd'hui, Paris continue à éprouver cette velléité d'empire, en se pensant comme... les États Unis d'Europe, avec une population ouverte à la diversité comme... les États Unis d'Amérique.

Il est clair que le fameux pacte républicain, si nationaliste soit-il en première apparence, n'est pas une réponse suffisante à la question de l'identité française, à moins de considérer que la France (telle la grenouille) veut s'étendre aux dimensions morales du monde... Le Pacte républicain est par essence un pacte international, ou comme le dit Kant lui-même cosmopolitique.

Nous cédons à cette tentation réductionniste ("l'identité française n'est rien d'autre que l'identité républicaine") parce que nous confondons deux choses : l'identité de la France et l'identité des Français. Ce sont pourtant deux choses qui ont toujours été bien différentes. La France a toujours été beaucoup plus grande que les Français (d'où la petitesse du régime louis-philippard, Louis Philippe se voulant roi des Français). De Gaulle n'avait pas tort à tout prendre de mettre l'idée de la France au dessus des Français qu'ils comparait, on le sait, à de jeunes ruminants immatures. De Gaulle - est-ce un hasard ? - ne s'est jamais laissé convaincre par l'orléanisme du Comte de Paris. Il mettait la France au dessus de ses convictions personnellement monarchistes.

Il me semble que dans le débat sur l'identité française, au lieu de se laisser arrêter par la diversité des Français de souche ou de papiers, il faut se poser la question de la France. Fernand Braudel, le Lorrain, ou à sa manière Pierre Nora dans ses Lieux de Mémoire se sont posés la question de l'identité française. Non pas de l'identité des Français, mais de ce qu'a été ou de ce qu'est la France. La France ? Ou plutôt aujourd'hui la francité comme le soulignait Pierre Nora. Qu'est-ce que la francité ? Quel est ce patrimoine commun à tous les Français ? Depuis notre empire colonial, nous savons bien que ce ne peut être la race. Au grand scandale d'Antoine, qui pourtant est un rurbain, j'ai parlé ici des pierres, des paysages et de la langue. Ajoutons-y le christianisme comme culture et, avec tout cela, nous aurons une identité.

Si nous étions capables d'exorciser une bonne fois l'idée d'empire français ou plutôt d'internationalisme français qui, depuis le XVIème siècle au moins court dans notre histoire, si nous étions capables, face à la mondialisation, comme l'indiquait Maurras dans Kiel et Tanger, comme le pensait De Gaulle, de promouvoir une vision résolument nationiste (diversifiée) du monde, si nous nous faisions les champions de cette diversité des nations (opposée au Melting pot nationalitariste à l'américaine), nous serions la nation analogique par excellence, sans annexionnisme et sans melting pot, la nation dont on peut vraiment dire : "Tout homme a deux patrie la sienne et la France".

On parle de vocation des nations ? N'est-ce pas la vocation de la France de porter un grand projet ?

Il me semble que dans le grand débat sur l'identité française, nous devrions faire observer, à tout le moins que ce que nous cherchons à définir, ce n'est pas l'identité française (impossible à décrire en vérité), mais plutôt l'identité de la France. Et alors, il arriverait sans doute aux politiques ce qui arrive à nos évêques lorsqu'ils cherchent à définir l'identité catholique et qu'ils sont bien obligés de souligner que l'identité catholique est la même avant et après Vatican II (quels que soient entre temps les états d'âme des catholiques).

Qu'on le veuille ou non, cette question de l'identité, vraiment posée, conduit toujours à se demander : qu'est-ce qui reste identique et fait notre identité, au-delà de nos états d'âme.

Parler d'identité française, comme on le fait couramment aujourd'hui, c'est faire comme si c'était les Français qui faisaient l'identité de la France. Historiquement, concrètement, cela a toujours été l'inverse : c'est la France qui fait l'identité française des Français. Ce qui ne nous empêche pas, rassurez-vous d'avoir chacun notre identité bien personnelle, mais ce qui ajoute à cette identité des références, une langue et une pensée - une culture - qui nous dépasse et qui nous enrichit. Là dessus, je le répète, Freysinger est très bon dans son discours de Savièse le 1er août 2007, en consultation libre sur ce Blog.

Il parle bien sûr lui de l'identité suisse, mais qu'importe : la question de l'identité est par excellence la question de l'analogie,elle est analogue en Suisse et en France.

Mais pourquoi parler d'analogie à propos de l'identité politique ? La question de l'analogie est la question qu'Aristote a mise au coeur de la politique comme l'image même de la justice générale (cf. Ethique à Nicomaque L. V) et qu'il résolvait ainsi dans sa Métaphysique au livre Lambda : est analogue ce qui est identique tout en étant autre. - Comment cela est-il possible ? direz-vous. - L'analogue (ici c'est l'identité) est le même, mais il est "autre dans les choses autres" selon la formule d'Aristote (Métaphysique Lambda chap. 5). C'est à cette image de la diversité dans l'identité que, personnellement, je suis attaché. L'identité est la même pour tous, mais elle est autre dans des gens autres. Ce qui nous importe dans le débat sur l'identité nationale, ce n'est pas ce en quoi elle diffère (l'identité des Français ou ce que l'on nomme en ce moment l'identité française) mais ce en quoi elle est la même (l'identité de la France est la même - ou doit être la même - pour tous les Français).

Sans l'analogie (c'est-à-dire la fonction différentielle qui permet de calculer l'identité), on peut dire que le débat sur l'identité est menacé soit de disparaître dans l'insignifiance, soit de se transformer en une apologie du nationalitarisme et de la communauté nationale comme horizon de la vie humaine, qui ne serait vraiment plus de saison. Ne pensons pas qu'il faille exclure ce nationalitarisme. Quand on en est à dire aux gens comment ils doivent ou ne doivent pas s'habiller, niqab ou pas niqab par exemple, ce risque ne doit pas être sous estimé. La règlementation sera d'autant plus tatillonne que la loi commune aura eu tendance à disparaître. C'est la loi commune que nous cherchons à (re)préciser pour l'instant. En espérant qu'il ne soit pas trop tard.

dimanche 13 décembre 2009

70 fois son poids en CO2

Faire sonner les cloches 350 fois, le 13 décembre 2009: telle est l'action à laquelle appelle le "Conseil Œcuménique des Églises" qui regroupe 349 Églises. On nous explique que: "le chiffre 350 fait référence à 350 parties par millions (ppm), taux maximum de CO2 acceptable dans notre atmosphère, de l'avis de nombreux scientifiques, experts du climat et gouvernements nationaux progressistes", le 13 décembre étant lui le point d'orgue du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique.

L'Eglise Catholique n'est pas membre du "Conseil Œcuménique des Églises", mais plusieurs diocèses de France participent à l'action et sonnent 350 fois leurs cloches à 15 heures. Et c'est là que je suis pris d'un irrépressible agacement. Non pas que l'environnement m'indiffère, au contraire - du coup j'ai appris à faire la différence entre les environnementalistes de conviction et ceux qui surfent sur la vague verte tant qu'elle est à la mode. Pas une banque, pas un supermarché, pas un concessionnaire auto ces derniers temps qui ne vous promette la main sur le cœur, que le produit est vert, durable, citoyen. Achetez - sinon la planète meurt. Et les évêques qui se joignent à l'action "Bell Ringing", sont-ils convaincus? J'aimerais le croire

Mais hélas, ce sont les mêmes envoient 150.000 jeunes en Australie, en 2008, pour les JMJ. L'aspect financier n'est pas ici le sujet,  mais bien  le CO2. Parce que voyez-vous, pour aller en Australie on prend l'avion, et un avion marche au kérosène.

Air France annonce une consommation effective de 4.2 litres par passager et pour 100 kilomètres, sur ses longs courriers. L'Australie est située à 17.000 kilomètres de Paris, si on évite trop d'escales. Soit 1.428 litres de kérosène par pèlerin (je compte le retour), approximativement 1150 kg (densité du kérosène aux alentours de 0.8).

Le kérosène est une chaîne d'atomes de carbone et d'hydrogène - la formule varie entre C10H22 à C14H30, en gros un atome de carbone (masse atomique=12) pour deux atomes d'hydrogène (masse atomique=1). Or que se passe-t-il quand le kérosène brûle? Les atomes de carbone se séparent des atomes d'hydrogène pour se coller (mon prof de chimie aurait désapprouvé le terme) à des atomes d'oxygène. Ca donne du CO2, composé comme son nom l'indique d'un atome de carbone et de deux atomes d'oxygène (masse atomique=16). C'est ainsi que '14' de kérosène ('12' de carbone + '2' d'hydrogène) deviennent '44' de CO2 ('12' de carbone toujours, plus 2x16='32' d'oxygène). Autrement dit, brûler 1 tonne de kérosène produit 3.14 tonnes de CO2.

Monseigneur, Mon Père, vous qui vous inquiétez du réchauffement climatique et du nombre de 'ppm' de CO2 dans les cieux, il n'y a pas deux ans vous promouviez les JMJ en Australie. Le calcul est vite fait, on dépasse les 3.5 tonnes de CO2 par pèlerin français - quand vous envoyez une petite jeune fille de 50 kg à Sydney, ça fait 70 fois son poids en CO2 dans l'atmosphère.

Pensez-y. Et si vous en tenez compte, vous ferez avancer le schmilblick bien plus sûrement qu'en participant à des happenings qui sentent les années 80, ses "We are the World", ses bougies à allumer, et autres kilo de riz pour la Somalie. Chiche?

vendredi 11 décembre 2009

Y a du pain sur la planche !

Merci de vos magnifiques contributions au débat sur la civilisation qu'a provoqué l'initiative populaire de Oskar Freysinger et sa victoire par 57,5% des suffrages. Mais du coup, pour bibi, c'est du boulot.

Je voudrais d'abord répondre au premier des anonymes à s'être exprimé et scandalisé sur le sujet. Voici le début de son intervention qui en résume la portée : "Je ne sais pas si c'est cela "être chantre de la civilisation chrétienne" que d'interdire les symboles d'une autre civilisation ...? Question sérieuse, ni ironique , ni critique, juste une réflexion que je me fais à la lecture de ce texte".

Je veux répondre.

D'abord sur l'expression "chantre de la civilisation chrétienne" que j'ai employée : elle a un petit côté solennel qui ne convient pas au personnage qu'il vaut mieux imaginer, vu son look décontracté et ses origines tyroliennes, côté paternel, piquer un yodel en tralalaïtou majeur que de jouer le chantre compassé face à l'harmonium. Imaginons Freysinger en yodler de la civilisation chrétienne ça suffira.

Interdire les symboles d'une autre civilisation ? Présentée comme cela, cette action n'a aucun intérêt et vous avez raison de vous en offusquer.

Je crois que le personnage cherchait plutôt, à travers cette votation, à poser une question, comme je l'ai écrit. Une question portant non sur les musulmans, auxquels la pleine liberté de culte est garantie, mais sur l'islam, qui est un système politique, avec la charia en clé de voûte, autant qu'il représente un ensemble de croyances. Nous avons eu mardi au Centre Saint Paul une magnifique conférence d'Annie Laurent, spécialiste de l'islam. Je vous recommande son livre : Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître? chez Salvator. Et le collectif qu'elle a publié voilà quelques années et qui s'intitulait Vivre avec l'islam? Annie Laurent est tout sauf une passionaria, ni Oriana Fallaci ni Anne-Marie Delcambre. C'est une Provençale expansive, avec une pointe d'accent qui sent la lavande. Elle nous a merveilleusement montré les chrétiens entre Israël et l'islam. Non pas l'islamisme, non pas l'intégrisme, mais l'islam qui dans tous les pays où il domine entraîne une instabilité politique tragique et une violence sociale inquiétante.

Pourquoi nos bien pensants se réfugient-ils tous derrière la fausse distinction entre les bons musulmans et les méchants intégristes ? Lorsque Sarkozy veut interdire le niqab, c'est la même chose. Il stigmatise les intégristes. Ce faisant, il s'en prend aux personnes (des musulmans, qui ont le droit de vivre leur religion) au lieu de s'en prendre au problème (l'islam qui est une loi communautaire et non une foi personnelle). Ce qui est intéressant chez Freysinger c'est qu'il ne s'en prend pas aux mosquées, pas aux personnes, mais aux symboles d'une religion incompatible avec la nôtre comme le montre le long calvaire des chrétiens partout où l'islam est dominant, aussi bien au Timor oriental qu'en Egypte ou au Kosovo (où bien des églises serbes ont été méthodiquement dynamitées). Freysinger ne dynamite pas les mosquées. Il pose une question sur un symbole qui est celui de la terre d'islam : dar al islam. Il pose cette question quand il est encore temps de la poser et ce sont ceux qui ne veulent pas qu'elle soit posée qui succombent à la peur.

Quant à la notion de civilisation, je crois que la civilisation est une. Je pense qu'elle a connu une apogée dans la synthèse alexandrine de l'hellénisme qui s'est transmise à Rome. Mais toutes les incarnations de la civilisation ne peuvent que se retrouver, comme le christianisme a aspiré les découvertes païennes antiques, comme l'islam a utilisé, pour construire de splendides mosquées, la science des chrétiens qu'il a colonisés... La beauté n'a pas de patrie parce qu'elle n'a pas de frontière. Parler "d'une autre civilisation" me semble donc (excusez moi) un abus de langage. J'ai visité l'Alhambra de Grenade avec l'impression poignante de me trouver devant l'une des merveilles du monde. Avec le même sentiment qui m'étreint lorsque je visite Versailles...

On n'interdit pas la civilisation, vous avez raison. Mais on peut et on doit poser les questions qui fâchent tant qu'il en est encore temps. Non pas pour s'en prendre à des personnes (fussent-elles intégristes, je ne les diaboliserais pas et les laisserai s'habiller comme elles l'entendent), mais pour réfléchir sur des symboles, qui représentent de véritables antagonismes : à Rome le Minaret de la Grande Mosquée est plus haut de quelques centimètres que la Coupole que Michel Ange a construite naguère au Vatican : ce n'est pas un hasard, c'est la revendication de la terre d'islam.

Tant que l'on imaginera que toutes les religions sont les mêmes, tant qu'on refusera de penser chacune dans ses différences et dans sa logique propre, on fera preuve d'aveuglement - qu'il faudra bien payer un jour ou pire: faire payer à vos enfants et à vos petits enfants. La véritable ouverture à l'autre passe par la connaissance de l'autre. C'est ce que ce débat nous apprend.