samedi 16 janvier 2010

Pie XII vénérable - Les significations d’un geste inattendu

Texte paru dans Monde&Vie du 9 janvier 2010

Est-ce l’effet répétitif des gros titres, sans le moindre texte, avec toujours les mêmes photos ? Est-ce le message que l’on retrouve, identique, au mot près, ici et là ? La campagne anti-Pie XII s’essouffle. On peut penser que c’est pour cela qu’après officiellement deux ans de tergiversations, Benoît XVI, prenant à contre-pied tous les experts, reconnaît l’héroïcité des vertus d’Eugenio Pacelli, pape de 1939 à 1958.

Dans cette affaire, il ne faut pas se tromper, l’actuel souverain pontife n’est pas la blanche colombe victime des médias, c’est Benoît XVI qui attaque la bien-pensance. De façon délibérée. Réfléchie. En choisissant l’heure et la manière.

On ne peut pas dire, pourtant, que Josef Ratzinger nourrisse une admiration personnelle pour le pape qui a fait planer un soupçon durable sur les représentants de l’Ecole théologique dont il est lui-même issu. Nul doute qu’à titre personnel, il préfère les développements du Drame de l’humanisme athée du Père Henri de Lubac (paru en 1944) aux condamnations très enveloppées que contient l’encyclique Humani generis, synthèse antimoderne, publiée par Pie XII en 1950. Quels sont les mobiles de Benoît XVI ? Pourquoi s’engage-t-il ainsi envers «le Pasteur angélique» ? Il me semble que l’on peut donner trois raisons importantes à son attitude.

La première et la plus importante pour cet intellectuel exigeant, c’est tout simplement la vérité. Lorsque le 8 mai 2007, la Congrégation pour la cause des saints, unanime, concluant un dossier ouvert par Paul VI en 1967, recommande la béatification de Pie XII, c’est un tollé. Les esprits ne sont pas préparés à un tel coup de théâtre. Benoît XVI réagit en intellectuel qu’il est. Il confie à une personnalité dont il est sûr, Andrea Tornielli, la mission de faire toute la lumière sur Pie XII pendant la Deuxième Guerre mondiale en ouvrant les archives que le défunt Père Blet avait déjà largement exploitées. Le livre d’Andrea Tornielli est paru au début de l’année et il a été immédiatement traduit de l’italien en français par les éditions Tempora. Deuxième réaction : le pape souhaite organiser un colloque universitaire, réunissant juifs et chrétiens à Yad Vashem, le sanctuaire de la mémoire juive de la Shoah, pour évaluer le rôle de Pie XII pendant la guerre. Ce colloque a lieu en marge du voyage du pape en Israël les 8 et 9 mars 2009. A l’époque, presque seul dans la presse catholique, Monde et Vie avait rendu compte de ce Colloque, en précisant qu’Avner Shalev, président du Comité de direction du Mémorial, avait alors parlé de changer la légende de la photo de Pie XII exposée à Yad Vashem. Notons au passage que le même Avner Shalev avait déjà promis ce changement en 2007 et qu’il n’a toujours pas eu lieu à ce jour.

Entre temps, le 19 juin 2009, c’est une déclaration maladroite de Peter Gumpel, le postulateur officiel de la cause de Pie XII qui a rassuré le monde médiatique, en expliquant à l’Agence de presse Ansa que le pape ne souhaitait pas «se mettre mal» avec la Communauté juive en béatifiant Pie XII. Gumpel a été officiellement rappelé à l’ordre par le Père Lombardi, responsable de la Salle de presse et jésuite comme lui, qui a rappelé qu’«il appartenait au pape seul de prendre une telle décision». Mais ce rappel à l’ordre a été mal évalué à l’époque et chacun était resté sur l’idée que Benoît XVI ne ferait rien.

Ceux qui connaissent un peu le pape savent pourtant qu’il fonctionne, en pur mental, à rebours de tout calcul des risques à court terme. La vérité sur Pie XII se manifeste de plus en plus. Des voix autorisées dans la communauté juive le reconnaissent, Avner Shalev mais aussi l’Américain David Dallin dont le livre a fait grand bruit, toujours dans le sens de la défense de Pie XII. Que reste-t-il à l’attaque ? Du côté des historiens, il y a bien un pamphlétaire, le Britannique John Cornwell, qui dans un pamphlet dont la traduction française est parue en 1999 chez Albin Michel, déclarait : «Eugenio Pacelli est le pape idéal pour la solution finale des nazis». Mais dix ans après la publication en fanfare de son livre Le pape de Hitler, il finit par se trouver très seul.

Le risque aujourd’hui pour la communauté juive est au contraire de paraître cultiver, avec une sorte de délectation morose, une ingratitude envers le pape qui a activement et efficacement protégé tant de juifs, en les sauvant de la mort. C’est ce que perçoit bien une personnalité comme Serge Klarsfeld, lorsqu’il déclare qu’une telle «reconnaissance des vertus héroïques» du pape est «une affaire interne à l’Eglise catholique». Il faut se souvenir par exemple, que le Grand rabbin de Rome Israel Zoller, qui s’est converti au catholicisme, déclarait dans ses Mémoires publiées en 1954 : «La rayonnante charité du pape, penché sur toutes les misères engendrées par la guerre, sa bonté pour mes coreligionnaires traqués, furent pour moi l’ouragan qui balaya mes scrupules à me faire catholique ».

Je ne peux pas m’empêcher de penser que le deuxième mobile du pape Benoît XVI, vénérabilisant Pie XII, est un motif de politique ecclésiastique bien entendue. On est bien obligé de constater qu’il existe un décalage entre l’avis des scientifiques, qui n’hésitent pas aujourd’hui, quelle que soit leur origine, à reconnaître l’efficacité de l’action de Pie XII pendant la Deuxième Guerre mondiale et le psittacisme de la classe médiatique, qui s’en tient à la légende noire. Même le journal La Croix, le 21 décembre dernier a encore titré sur «Pie XII, pape controversé». L’adjectif est très commode, comme le remarquait le webmestre du «metablog» de l’abbé de Tanoüarn. Il évite de se prononcer sur le fond. On se contente de constater la controverse… et l’on s’éloigne avec horreur. Le webmestre note que «controversé» est l’adjectif fétiche des dernières polémiques. L’Alsace, Le Point, Le Monde, L’Express, Le Parisien, tous ils ont employé ce même terme de «controversé». «On connaît les «self fulfilling prophecies», écrit-il, ces prophéties auto-réalisantes : il suffit qu’un certain nombre de gens pensent que le sucre va manquer pour qu’ils se précipitent en acheter, créant ainsi la pénurie qui donnera raison à leur crainte. Eh bien le terme « controversé » tient du «self fulfilling reproach», c’est un reproche auto-réalisant ». Dans cette perspective, il était impossible au pape de garder le silence sur le silence de Pie XII. Il aurait collaboré à la légende noire en cours de construction et en auto-production s’il n’avait rien dit. Il aurait été le pape du silence sur le silence de Pie XII. Avec cette vénérabilisation au contraire, personne ne pourra soutenir que Benoît XVI n’a rien fait et n’a rien dit pour défendre l’institution pontificale injustement attaquée. Et on peut penser que cet acte officiel représente même un coup d’arrêt dans le développement de la légende noire car personne ne peut plus ignorer la position officielle et étayée du Souverain Pontife, qui ne pratique pas la repentance (c’est le moins que l’on puisse dire) sur ce sujet.

Une affaire interne à l'Eglise catholique

Dans le numéro que Marianne vient de consacrer à cet événement, le recul des intellectuels est significatif. Jean Louis Schlegel, intellectuel patenté puisqu’il est membre du Comité de rédaction de la revue Esprit, explique dans son article que «la question morale de l’attitude de Pie XII ne peut être tranchée par l’histoire» (comprenez : l’histoire ne va pas dans le sens dans lequel je voudrais pouvoir trancher).

Il ajoute, au nom de ce que Max Weber appelait l’éthique de conviction : «Mais Pie XII a bien failli devant la seule décision juste possible : s’opposer, résister au prix de son sang et de sa vie. Le pape aurait dû être héroïque, mais il ne l’a pas été». Là on se trouve, soixante ans après, non pas dans l’histoire mais dans la fiction : le pape aurait dû… le pape aurait pu. Qu’est-ce qu’il aurait pu ou dû faire ? «résister au prix de son sang et de sa vie». Pas moins. Jean-Louis Schlegel ne se demande pas jusqu’où la folie de Hitler aurait repoussé les bornes des limites. Il ne se demande pas si le martyre du pape aurait été favorable au sort des populations juives et chrétiennes. Il se contente de dire : le pape aurait dû mourir martyr de la Shoah. Avec de tels arguments, il faut bien reconnaître que Pie XII n’a rien à craindre de la postérité. Mais cela n’empêche pas le journal de publier, en une, une photo de Pie XII dans l’ombre de Hitler. Le décalage est clair entre la rédaction, qui accuse toujours Pie XII, à travers cette photo, d’être le pape de Hitler et l’intellectuel de service, qui n’ose plus soutenir explicitement la thèse de Cornwell (Pie XII, pape de Hitler) et qui reproche simplement au pape… de n’être pas mort martyr !

Je crois qu’à travers ce recul emblématique de Jean-Louis Schlegel, on doit reconnaître l’efficacité de la politique de Benoît XVI, qui entend bien sortir officiellement la papauté de son silence sur le pseudo-silence de Pie XII. Loin d’obérer les relations entre juifs et chrétiens, une telle décision contribuera certainement à les rendre plus saines. On peut contester la politique de Pie XII et préférer un mode prophétique au mode diplomatique qui était celui d’Eugenio Pacelli par toute sa formation à l’école des nonces. Mais on ne peut pas nier l’efficacité de cette politique sur le terrain. Il faut souligner que c’est souvent sur un ordre personnel du pape (comme on vient d’en retrouver la trace écrite chez les Sœurs du Couvent des Quatre couronnés à Rome) que les communautés religieuses de la Ville ont ouvert leurs portes aux juifs persécutés dès la fin de 1943. Autant de gestes concrets et salvateurs, qui n’auraient pas pu avoir lieu si le pape était mort martyr ainsi que le souhaite Schlegel 60 ans après, et si l’Eglise avait dû subir la mainmise de Hitler sur ses infrastructures.

Joël Prieur

La dernière raison de Benoît XVI

En présentant, couplées, la vénérabilisation de Pie XII et celle de Jean Paul II, Benoît XVI ne cherche pas à faire passer l’une par l’autre, ainsi qu’on l’a souvent dit. Il aurait pu retirer un très grand bénéfice de popularité personnelle en déclarant uniquement les vertus héroïques de Jean Paul II et il renonce en quelque sorte à ce bénéfice pour Pie XII. Pourquoi ajoute-t-il Pie XII à Jean Paul II ? Parce que Pie XII est le dernier pape d’avant le Concile et Jean Paul II le pape le plus brillant de l’Après-concile. La pression populaire étant telle, Santo Subito ! on se souvient de ce cri qui n’avait pas forcément plu au collaborateur n°1 du «saint» en question, Benoît XVI ne voulait laisser à personne le soin de béatifier Jean Paul II, mais il ne tenait pas du tout à faire en sorte que cette béatification soit interprétée comme un satisfecit donné au Concile Vatican II dans sa dimension de rupture avec le passé. Depuis le 22 décembre 2005, date d’un célèbre discours à la Curie, le pape actuel fait tous ses efforts pour retisser les fils qui unissent le passé et le présent de l’Eglise. Quelle meilleure manière de montrer que l’on ne peut pas plus séparer l’avant et l’après-concile que de béatifier ensemble le symbole de l’Avant-concile Pie XII et le symbole de l’Après-concile Jean Paul II. Pour Henri Tincq, dans Marianne, c’est clair : «Cette campagne s’inscrit dans un ensemble d’initiatives qui visent à réduire l’influence du concile Vatican II». Il faut avoir été journaliste religieux au Monde depuis trente ans pour manifester une telle acuité. Attacher ensemble Pie XII et Jean Paul II, ce n’est pas seulement permettre à Pie XII de «passer la rampe», comme on le répète trop vite ici et là, c’est surtout donner une image de Jean Paul II, qui ressemblerait plus à Pie XII qu’au pape “Peace and Love” que les médias ont voulu encenser post mortem (ce qui ne les empêchait pas d’ailleurs de cracher sur lui et sur sa maladie de Parkinson lorsqu’il était encore de ce monde).

J.P.

Quelques retours sur mon Cajétan

Mon gros bouquin sur le plus grand des disciples de Thomas d'Aquin [Cajétan ou le personnalisme intégral, éd. du Cerf, sept. 2009, 59 euros] n'a pas suscité, pour l'instant, une masse de commentaires. Je m'honore néanmoins d'une recension dans Etudes, la célèbre "revue de culture contemporaine" animée par les Pères jésuites, qui se réjouit de cette "forte synthèse". Je suis par ailleurs la victime d'une charge dans Disputationes catholicae dont je vous reparlerai, où l'auteur pseudonyme, qui doit être (si je ne m'abuse) un de mes anciens étudiants (on n'est jamais trahi que par les siens) voit en moi (il n'ose pas dire en Cajétan) un gnostique panthéiste, et ce, alors que la démarche de Cajétan - et la mienne plus modestement - se situent métaphysiquement à l'exact opposé de toutes formes d'univocité et donc aux antipodes de tout panenthéisme.

Mais brisons là.

Vient de m'arriver un très beau texte, publié dans la revue Eléments et signé AB. En cet AB, les initiés reconnaissent tout de suite Alain de Benoist. Je me permets de reproduire ici sa présentation, car cet agnostique proclamé a exactement saisi les soubassements métaphysiques de la théologie de Cajétan. Il les résume en quelques formules bien frappées, sous le titre Scolastique baroque :
Scolastique baroque

"Surtout connu pour être violemment opposé à Luther en tant que légat du pape, le cardinal Thomas de Vio (1469-1534), dit Cajetanus ou Cajétan (l'homme de Gaète) fut aussi un théologien de premier plan, assez oublié il faut bien le dire, dont Guillaume de Tanoüarn a entrepris de retracer la doctrine avec autant de savoir que d'intelligence. Dominicain, aristotélicien, brillant représentant de la Via thomistica, Cajétan s'était proposé de renouveler la scolastique, en développant une métaphysique de l'analogie (De nominum analogia 1498) que l'auteur interprète comme un "personnalisme intégral". L'analogie dont il est ici question n'est pas l'analogie d'attribution, qui se rapporte à un principe unique, mais l'analogie de proportionnalité, c'est-à-dire le lien immanent qu'entretiennent des substances qu'apparie, sans entretenir de relation réelle, un même rapport à l'Etre. Cette diversité analogique que Cajétan nommait alietas, et qui est, chez lui, un moyen de connaissance en même temps que la clé de son pluralisme métaphysique, retiendra l'attention de Heidegger qui, à l'époque de Sein und Zeit, critiquera à partir d'elle l'ontologie de Descartes. Répondant à la fois au réalisme et au nominalisme, Cajétan affirmait que la pensée n'a plus rien à craindre des formes de multiplicités radicales, car la différence n'implique pas la dissémination : il existe toujours une structure du divers. Il était donc l'ennemi déclaré de l'univocité, c'est-à-dire du conformisme (ce qui explique peut-être qu'il fut condamné aussi bien par Maurice Blondel que par Etienne Gilson ou Henri de Lubac). Soucieux de concilier foi chrétienne et esprit de la Renaissance, il n'hésitait pas à s'appuyer sur l'humanisme d'Erasme pour mieux répondre au protestantisme naissant. C'était en fin de compte un théologien baroque, ce qui n'a pas manqué de séduire Guillaume de Tanoüarn. Il n'est en tout cas pas nécessaire d'approuver les fondements de la Scolastique pour apprécier ce travail, dont l'auteur se révèle d'emblée un philosophe à l'exacte hauteur de son sujet"
Merci à Alain de Benoist de cette finesse de compréhension... Cher Alain, permettez moi de vous taquiner juste sur un point : au sens historique du terme, la Scolastique baroque, massivement espagnole, n'est pas vraiment marrante. Melchior Cano (1509-1560) fait la théorie du traditionalisme catholique, en prenant à témoin assez théâtralement, tous les ancêtres, alors que Cajétan se bat lui au nom de la "raison rendue" (reddita ratio)... Est-il baroque ? Il y a dans l'Age baroque un parti pris d'irrationalité au coeur du monde (voir les disputes sur la prédestination), alors que Cajétan veut pousser la raison aux limites de ses possibilités.

Mais, vous avez raison, l'analogie, dans son fonctionnement comme moyen de connaissance, a quelque chose de... prodigieux, qui en fait un instrument merveilleusement baroque. Non pas au sens étroitement historique ou culturel de ce terme. Mais du point de vue du geste et de la figure que ce geste donne à voir : le cajétanisme est une théorie de la métamorphose chrétienne (que l'on appelle aussi le salut). Quoi de plus baroque en vérité que la métamorphose?

mardi 12 janvier 2010

Le Concile ? Parlons-en...

L'exemple vient de haut. Le Carême de Notre Dame, cette année, est consacré au Concile Vatican II. Je crois que c'est une belle chose. Vatican II était devenu un tabou à force d'avoir servi de totem, une référence vidée de son sens, à force d'avoir été invoquée.

Benoît XVI, dès la première année de son pontificat, précisément le 22 décembre 2005, est revenu avec toute son autorité sur le sujet, devant la Curie romaine au complet, en nous exhortant à choisir, à propos du Concile, entre une herméneutique de rupture et une herméneutique de continuité. Le cardinal Vingt-Trois entend mettre en œuvre cette lecture du Concile, dans l'esprit du pape.

Nous voudrions contribuer pour notre part, à identifier l'herméneutique de rupture et à faire triompher la continuité de la Tradition catholique dans la lecture de ce Concile, ainsi que le stipulait, dès le 8 septembre 2006, le décret d'érection de l'Institut du Bon Pasteur.

Voici, pour le Carême 2010 au Centre Saint Paul, un programme de réflexion et de méditation. Les thèmes proposés sont volontairement très proches du programme proposé par le diocèse de Paris. Si Vatican II est une boussole de la réflexion théologique aujourd'hui, ainsi que je l'indiquais déjà dans mon ouvrage Vatican II et l'Evangile (disponible en lecture sur ce site), c'est substance parce qu'il soumet à la réflexion théologique les thèmes essentiels autour desquels tournent l'à venir de l'Eglise catholique.

Nous considérons ces thèmes comme autant de boussoles nécessaires à l'orientation du théologien. La théologie, en effet, n'est pas une science purement déductive. Comme l'expliquait déjà, avec sa pénétration ordinaire le Père Guérard des Lauriers, la théologie a aussi un "statut inductif". N'est-ce pas ce que nous enseignait le Christ : "Tout scribe instruit dans le Royaume des Cieux tire de son trésor du neuf avec du vieux".

La nouveauté, nova, comme dit le Christ ? Ce sont les questions que la modernité pose à la conscience chrétienne qui ne peut pas se dérober et doit y répondre, même si les prêtres ne trouvent rien dans leurs manuels de théologie sur les sujets évoqués.

Vetera, la Tradition dans sa continuité ? Ce sont les réponses que l'Église apporte, provenant toujours, non de l'esprit du monde, mais de la parole de Dieu, et en particulier de l'Écriture sainte, "âme de la théologie" - de l'Evangile, charte de notre salut.

Voici, dans cet esprit, le programme de notre Carême, au Centre Saint Paul :

Vatican II : quelle boussole?
Herméneutique de rupture et herméneutique de continuité


Dimanche 21 février : Vatican II ou la nouveauté comme programme
Le monde d'aujourd'hui et celui des années 60

Dimanche 28 février : Vatican II et les sources de la foi
Où trouver la Parole de Dieu ?

Dimanche 7 mars : Vatican II : d'une histoire à l'autre
Légende dorée, légende noire et révolution chrétienne : quelle repentance ? quelle Eglise ?

Dimanche 14 mars : Vatican II, le culte chrétien de l'expérience humaine à l'exigence christique
Deux notions clés, un choix nécessaire d'orientation

Dimanche 21 mars : Vatican II et les religions du Livre
Les chrétiens, leurs frères aînés et leurs cousins : comment dépasser les drames familiaux ?

Dimanche 28 mars : L'œcuménisme, de Vatican II à Benoît XVI
Histoire d'une histoire, sans jugements de valeurs

Les conférences auront lieu à 18H00, 12 rue Saint Joseph 75002 Paris

[conf'] Mardi 12 Janvier 2010 à 20 heures - « Regards sur la troisième école de psychothérapie viennoise» par Francis MOUHOT, psychologue, parlera de Viktor Frankl et la logothérapie

Conférence au Centre Saint Paul (IBP à Paris) - Mardi 12 Janvier 2010 à 20 heures - « Regards sur la troisième école de psychothérapie viennoise » par Francis MOUHOT, psychologue, parlera de Viktor Frankl et la logothérapie - Participation aux frais: 5 euros, 2 euros pour les étudiants - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

samedi 9 janvier 2010

Existe-t-il une spécificité de l'IBP?

Texte paru dans «La Pastorale», le Bulletin de liaison des amis de l’Institut du Bon Pasteur.
Existe-t-il une spécificité de l'IBP? La question nous est souvent posée. Par de simples laïcs ou par des ecclésiastiques éminents. Qu'est-ce qui fait la singularité de l'Institut de Bon Pasteur dans l'Eglise, parmi toutes les Sociétés de Vie Apostoliques qu'elle compte en son sein? Quel est notre charisme propre? Notre caractère?

Il faut chercher ce caractère propre dans les circonstances de la fondation que reflète notre décret d'érection, dans la volonté des fondateurs, telle qu'elle apparaît au fil des statuts et, ce que nous ferons ici et maintenant, dans le patronage sous lequel nous nous sommes mis: celui du Bon Pasteur qui connaît ses brebis et les appelle chacune par leur nom.

Il faudra prendre garde cependant à ne pas réduire l'esprit du Bon Pasteur à une spiritualité sacerdotale à l'usage du clergé. Alors que nos sœurs, sous la houlette de M. l'abbé Forestier, entament leur deuxième année de formation, alors que les frères du Bon Pasteur viennent de naître dans le diocèse de Bourges sous la férule de l'abbé Spinoza, il apparaît que l'esprit du Bon Pasteur ne saurait être une simple spiritualité sacerdotale.

On ne peut pas, pour autant, d'un autre côté, ignorer la dimension sacerdotale du patronage sous lequel nous nous sommes placés avec enthousiasme, celui du Bon Pasteur.

Comment concilier ces deux dernières remarques? Peut-être faut-il, avec Cajétan, distinguer soigneusement l'office du prêtre (qui ne concerne que le clergé) et ce qu'il appelle la vertu sacerdotale. Cette vertu, note le Docteur thomiste, doit être cultivée par tous, prêtres et fidèles. C'est ainsi qu'il explique ce verset de l'Apocalypse: « Dieu a fait de nous un Royaume et des prêtres » (Apocalypse 1, 9). En esprit, en tant que chrétiens, membres du Christ, nous sommes tous prêtres...Nous devons cultiver la vertu sacerdotale, éminemment présente déjà dans le cœur de la Vierge Marie, qui n'est pas prêtre (au sens de l'officium), mais qui est reine des prêtres et plus prêtre que n'importe qui (au sens de la vertu sacerdotale).

Qu'est-ce donc que la vertu sacerdotale? Où nous mène-t-elle ? - A l'offrande. La vertu sacerdotale est la vertu de l'offrande. Chacun d'entre nous, si nous ne voulons pas arriver les mains vides devant notre Juge, nous sommes responsables de notre propre sacrifice spirituel. C'est cette responsabilité personnelle qui constitue cette société si particulière qu'est l'Eglise du Christ. Dans l'Eglise du Christ, il n'y a que des volontaires, des personnes qui, imprégnées de la vertu sacerdotale, se sentent responsables de ce qu'elles offrent.

Nous vivons dans une spiritualité laïque des droits de l'homme, où chacun est un petit dieu. Au rebours de cet esprit qui constitue la « modernité » spirituelle, nous souhaitons mettre de manière systématique l'offre avant la demande et l'offrande avant la revendication. Telle est la vertu sacerdotale à laquelle nous nous référons. Elle convient aussi bien à des prêtres, à des religieuses, à des frères qu'à des fidèles. Je montrerai une autre fois comment elle se décline de manière merveilleusement analogique, selon chaque état de vie ou chaque circonstance, en produisant ces vertus positives que nos statuts soulignent: l'optimisme, l'esprit d'entreprise, la joie et la confiance.

Disons simplement que cette vertu d'offrande doit aussi être prise en compte dans l'organisation présente de la paix de l'Eglise. Il ne s'agit pas seulement pour l'Eglise de répondre à des demandes de fidèles ici ou là, mais de créer une offre spirituelle de qualité, qui seule conjurera efficacement le fantôme de la désertification et la tentation de l'autodestruction de l'Eglise. Appuyés sur la Tradition, nous sommes convaincus que cette offre s'exprime pleinement dans la liturgie bimillénaire de l'Eglise latine, parce que c'est par excellence la liturgie de l'offre, la liturgie de l'offrande, la liturgie du sacrifice, comme acte spirituel sans cesse renouvelé, dans le seul sacrifice complet, dans le sacrifice qui complète tous nos sacrifices, celui qu'expose merveilleusement le Bon Pasteur lui-même, au chapitre 10 de l'Evangile de saint Jean: « Ma vie, personne ne la prend mais c'est moi qui la donne ».

Abbé Guillaume de Tanoüarn

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