vendredi 11 septembre 2020

Délivrez-nous de tous les maux...

Après la récitation du Notre Père, sa dernière demande - Délivrez-nous du mal - est amplifiée. Nous demandons d'être délivré du mal présent (celui que, trop souvent, nous ne savons pas nommer), du mal à venir, celui dont l'irruption possible nous paralyse. Mais nous réclamons aussi d'être protégés contre les maux passés, contre le remords qui, peut-être, nous hante. Le mal, sous toutes ses formes est le seul obstacle entre Dieu et nous, obstacle physique, obstacle réel si nous nous adonnons au mal, obstacle intellectuel lorsque nous cherchons à comprendre comment et pourquoi Dieu permet le mal. 

Le mal est un obstacle que nous ne vaincrons pas seuls. Le mal est un mystère que nous n'éluciderons pas seuls. D'où une nouvelle 'short list" de saints : la bienheureuse et glorieuse vierge Marie mère de Dieu, dont la gloire, matérialisée dans sa maternité divine, est justement de n'avoir jamais succombé à la tentation, saint Joseph son époux, attaché à elle par le lien terrestre le plus intime, le moins menteur, les saints apôtres Pierre, Paul , image double de l'Eglise, arche du salut dans l'atmosphère diluvial du mal triomphant sur la terre, et André le frère de Pierre. Pourquoi André en un tel moment ? Parce que pour résister au mal, il faut être accompagné ; la Vierge Marie, on peut dire que le Seigneur lui-même est avec elle, Pierre et Paul représente ce collectif, l'Eglise, à laquelle nous nous rattachons tous, dans la mesure où elle n'est pas elle-même atteinte par le mal (je parle non de la personne de l'Eglise mais de son personnel). Il y a le lien du mariage qui protège du mal (l'exemple est le mariage fait d'amour pur entre Marie et Joseph). Enfin il y a le lien familial en général, les frères et les sœurs. Ces familles ne constituent pas forcément autant de paradis sur terre, mais bon an mal an, elles transmettent des richesses culturelles et spirituelles : elles constituent un lien qui résiste à la désagrégation générale instillée partout par la culture de mort. Sans ces différents liens, liens avec Dieu, liens entre l'homme et la femme, lien dans l'Eglise et lien dans les familles, l'humanité disparaît, l'homme est de moins en moins homme et se souvient qu'il sort de l'animalité - animalité qui représente le cas de la guerre de tous contre tous, comme l'avait bien vu Hobbes.

Face au mal, que procure le bien ? La paix, qui est le signe par excellence de la cité de Dieu : "Da propitius pacem in diebus nostris". Donne la paix à notre temps traduit le nouveau missel. Il me semble que la prière  dans son original latin est plus modeste : elle ne prie pas pour l'impossible paix du monde, car le péché sera toujours là pour machiner la guerre sous une forme ou sous une autre. Ici la liturgie nous fait prier pour nous-mêmes, pour la paix dans les jours de notre vie : "Sois nous propice en donnant la paix à nos jours". C'est la grande force de ceux qui ont authentiquement tenté de faire le bien, qui ont été des hommes et des femmes de bien : ils reçoivent la paix en échange, celle de leur conscience bien sûr, mais aussi celle qui resplendit dans leur existence. 

La prière continue montrant que nous sommes dans la bonne interprétation, qu'il ne s'agit pas de la paix de notre temps, cet hypothétique cet impossible armistice historique, mais qu'il s'agit de l'oasis de nos existences christifiées : "pour que par l'oeuvre de ta miséricorde nous soyons soutenus, toujours libérés du péchés, établis tranquillement loin de toutes perturbations". Et l'on ajoute toujours la clausule : Au Père par le Fils dans l'Esprit : "Par notre Seigneur Jésus-Christ ton Fils, qui avec toi vit et règne dans l'unité du Saint Esprit pour les siècles des siècles".

Le prêtre dit tout cela en préparant la communion. La communion sacramentelle n'est pas le moment du scrupule où l'on se demande si l'on est digne ou indigne de participer au corps du Christ et de renouveler l'alliance en son sang. La communion n'est pas une récompense, elle est un remède. Tout dépend de l'état intime dans lequel nous nous trouvons ; avons nous besoin de ce remède ? Sommes nous prêts à l'utiliser contre nos péchés ? Alors soyons dans la paix, comme nous le demande la liturgie elle-même, une paix armée, une paix arrachée à la laideur du péché, la paix qui survient sur celui qui a compris que le Christ est son allié.

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