"Tout ce qui est excessif est insignifiant" laissait tomber avec mépris (ce mépris dont il faut paraît il être économe à cause du grand nombre des nécessiteux) le prince de Bénévent, le Duc de Dino, autrement nommé Charles Maurice de Talleyrand Périgord. Le Saint Esprit et l'ennéagramme... C'est excessif comme rapprochement. Et donc...
Session ennéagramme aujourd'hui au Centre Saint Paul, lumineuse et très suivie. Quelques uns d'entre vous, venus uniquement grâce au Blog, je les salue. Notre travail d'aujourd'hui a été animé, avec son aisance habituelle, sa simplicité toujours accessible et ce sourire qui vient de l'âme, par notre formateur préféré.
Je n'avais pas voix au chapitre, me contentant d'écouter. Sur la fin, pourtant, une question me fut directement adressée : quel rapport entre l'ennéagramme et le Saint Esprit ? Quel rapport entre l'ennéagramme et la vie spirituelle ? D'autres sur ce Blog, sans doute par ignorance, ont posé la même question voici quelques semaines, mais sur un mode agressif. Cette fois, Madame de M., ayant assisté à la formation, sachant de quoi elle parlait, a posé la question sans l'once d'une aggressivité. Par curiosité chrétienne simplement. Qu'elle en soit remerciée.
C'est tellement plus simple quand on ne soupçonne pas l'autre d'être le diable ! Si je n'avais pas peur de tomber sous le coup de mon propre raisonnement, je dirai que le propre du diable c'est de diaboliser...
Et puis, tant que j'y suis : c'est tellement beau (et trop rare) la curiosité chrétienne, cette volonté de savoir, ce désir de comprendre par la foi et dans la foi, sans jamais considérer, comme tant de chrétiens congénitalement paresseux, que la foi dispense de la recherche et de la connaissance.
Mais ne nous égarons pas ! Revenons à cette question, qui me fait établir un rapport (excessif diront certains) entre l'ennéagramme et le Saint Esprit.
J'ai réfléchi toute la semaine à ce que l'on pourrait appeler "une anthropologie de la Pentecôte". L'homme, corps et âme, étant, par lui-même un être fini, quelle est la place du Saint Esprit dans le bazar.
L'ennéagramme peut-il nous éclairer ? Justement, cette méthode au nom barbare nous apprend à nous repérer dans ce bazar intérieur dans lequel nous vivons, à ne pas écraser la porcelaine, à ne pas casser ce qui est fragile en nous, à estimer ce qui est fort, bref à faire l'inventaire du magasin. Ou, si vous préférez, à regarder sous le capot, sans se contenter de frimer avec des effets de moteur ou des crissements de pneus (comme ceux qui croient qu'il n'est pas nécessaire de se connaître soi-même et qui friment sans jamais oser se regarder dans un miroir).
A quoi sert la connaissance de soi ? Cela représente un grand progrès pour chacun de savoir un peu ce qu'il a reçu en dotation. Nous pouvons ainsi mieux comprendre non seulement la nature, la loi naturelle, les lois morales qui nous guident, mais notre nature individuelle, âme et corps, qui existe aussi comme le souligne saint Thomas dans le De ente et essentia, contre les platoniciens. Chacun d'entre nous, nous possédons une nature individuelle, qu'il est inutile de violenter, qu'il faut respecter, mais qui ne doit pas nous asservir à ses caprices ni à ses manières d'être. La meilleure manière d'en être esclave, c'est de refuser de la connaître.
Cela étant dit, force est de reconnaître que l'ennéagramme ne nous dit rien (mais alors RIEN) du Saint Esprit en nous. Le rapprochement, initié au début de ce post, est décidément trop exorbitant pour être honnête.
Certains diabolisateurs, au vu de ce constat, froidement asséné, vont jubiler : "Si l'ennéagramme ne dit rien de l'Esprit saint, c'est donc qu'il pousse à ne pas y croire. On vous disait bien etc.".
La réalité me semble un peu plus complexe. Réfléchissons une seconde : une nature (même une nature individuelle) ne suffit pas à définir un homme. Le naturalisme du XVIIIème siècle (pour des raisons religieuses ou antireligieuses en fin de compte) a voulu nous faire croire le contraire. L'homme, dans l'esprit des Lumières, est adéquatement défini par sa nature individuelle. Résultat : il faut supprimer tout ceux qui, à cause de leur mauvaise nature, s'opposent au bien en marche dans l'histoire, les ennemis du peuple et tous ceux dans les veines desquels coule un sang impur. Ils sont irrécupérables. N'oublions pas que, comme le répète Reynald Secher, qui n'a jamais été valablement contredit à ce jour, c'est la Révolution française qui a inventé la dépopulation, seule apte à permettre une véritable régénération de la nature de l'homme... On emploie aujourd'hui le terme de génocide.
Un chrétien, lui refusera toujours de réduire l'homme aux déterminismes issus de sa nature. A travers les natures individuelles, il saisit des sujets en acte, c'est-à-dire des personnes, faisant exister d'une manière ou d'une autre (mais toujours librement) les déterminismes, les blocages, les limites mais aussi les qualités, les dons inhérents à leur nature. L'homme ne se réduit pas à une nature. Comme Cajétan, le premier l'a laissé entendre, il est une existence, une liberté, un sujet une personne. C'est en tant que tel qu'il est jugé, faillible mais toujours perfectible, jamais parfait mais jamais non plus, jusqu'à son dernier souffle, déterminé au mal.
C'est dans cet ordre de l'existence et de la liberté qu'intervient l'Esprit saint. Et, comme y insiste à plusieurs reprises la cérémonie magnifique du baptême des adultes, si ce n'est pas l'Esprit saint qui fait agir l'homme pour le bien et pour l'amour, c'est un autre esprit : Exi immunde Spiritus et da locum Spiritui sancto Paraclito.
Différence entre les Esprits ? L'Esprit saint est le défenseur (c'est la signification de Paraclet), le conservateur des richesses de l'être. Plus encore... Avec toute la prudence requise, il est le banquier qui nous permet de vivre à crédit, au dessus de nos moyens naturels, fiers et droits comme des fils et des filles de Dieu, sans jamais faire faillite, parce que cette banque là... banque de la grâce et de la miséricorde, elle n'est pas comme Lehmann Brothers et toutes les banques humaines... Elle ne risque pas la banqueroute.
L'Esprit immonde est le destructeur, le manipulateur, parce qu'il est Menteur depuis le commencement. Sa logique à lui, ce n'est pas l'amour vivant dans tous les vrais désirs de l'homme, c'est le désir phagocitant l'amour et se substituant à lui, le désir qui fait croire à l'infini et produit en série des caniches, prêts à disparaître dans le néant...
Qui dira que ce dilemme n'existe pas ?
Ce dilemme est celui de notre existence, de notre destinée. L'ennéagramme concerne notre essence individuelle. Son rôle ? Nous permettre, dans le vertige qui nous saisit lorsque nous réfléchissons aux deux termes du dilemme, de garder, avec la tête froide, ce que j'ai appelé à l'instant la prudence. Inutile la prudence ? C'est sainte Catherine de Sienne, cette divine imprudente dont la fougue ramena le pape à Rome contre tous les pronostics et toutes les raisons des experts de l'époque, qui dit que la charité sans la prudence se détruit elle-même.
Alors l'Ennéagramme et le Saint Esprit ? C'est comme la prudence et la charité : ça va ensemble, même si ça n'a rien à voir.