jeudi 4 mars 2010

Abbé Philippe Laguérie, ibp: "Le péché et l’impiété font l’iniquité"

Repris du site de l'abbé Philippe Laguérie

J’annonce tout de suite la couleur : il ne s’agit ni d’une méthode d’oraison, ni d’une leçon de morale, ni d’un manuel de dévotion, pas même quelques conseils pratiques pour prier mieux. Ca existe ailleurs et sous meilleur plume.

Mais du clivage fondamental qui différencie deux hommes, deux attitudes et finalement deux traitements aussi disparates par Dieu. Ceux d’ailleurs qui prient beaucoup n’ont rien à apprendre ici. Je m’adresse aux pécheurs. Ca vaut le coup de s’arrêter un instant.

Que la justice de Dieu soit mystérieuse, je ne vous l’apprends pas. Dieu est lent, patient, longanime, débonnaire et même « dissimulateur » de nos péchés, selon Sagesse (2, 25). Tous les pécheurs que nous sommes l’ont éprouvé avec délices, comme en témoigne David, qui avait une assez bonne expérience du péché (Ps 102, 3) : « Miserator et misericors Dominus, longanimis et multum misericors ». Intraduisible ! Il fait miséricorde, il est miséricordieux, le Seigneur, Il est longanime et très miséricordieux. Il ne se met pas en colère pour toujours et ne menace point pour l’éternité. Il ne nous traite pas selon nos péchés et ne nous rend pas selon nos iniquités…

Et pourtant quand Dieu se fâche sa colère est aussi terrible, subite, imprévisible que sa bonté n’avait été douce. Aussi bien dans l’Ancien Testament (on s’en serait douté) que dans le Nouveau. La bande de jeunes freluquets qui se gausse du prophète Elisée, parce qu’il s’essouffle un peu dans la montée et qu’il est chauve, est maudite par le prophète et aussitôt dévorée par deux ours sortis, tout exprès, de la forêt, au nombre de quarante deux ! (2 Rois 2, 24). Quand Ananie et Saphire mentent sans scrupule à Saint-Pierre en prétendant, comme ils s’en faisaient gloire devant l’Eglise, avoir donné tous leurs biens, ils sont, séance tenante et l’un derrière l’autre, emportés en terre (Act. 5, 1-11).

Jésus nous a interdit d’augurer du sort éternel de quiconque sur ces indices terrestres. « Et les dix sur lesquels s’est effondrée la tour de Siloé, croyez-vous qu’ils fussent plus mauvais que les autres ? » Au paralytique, qui attend depuis trente-huit ans le mouvement de l’eau de la piscine aux cinq portiques et que Jésus guérit d’un mot, Il précise « va et ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore ». Mais à l’aveugle-né, au sujet duquel les apôtres questionnent : « est-ce lui ou ses parents qui ont péché ? », Jésus rétorque simplement : « Ni lui ni ses parents, mais pour que les œuvres de Dieu soient manifestées ».

Il n’en reste pas moins à circonscrire les sévérités si brusques, à première vue, d’un Dieu qui, par ailleurs, ruissèle de bonté jusqu’à s’aveugler devant les péchés. Pourquoi cette dualité de traitement si déconcertante ? Une réponse générique, vraie mais parfaitement inadéquate, consisterait à dire que Dieu conjugue, dans l’unité de son être, justice et miséricorde, sagesse et liberté. Mais la manifestation arbitraire de ces attributs, sortis tour à tour de l’unique essence divine pour régler des situations identiques, relèverait du caprice divin, parfaitement inadmissible, voire scandaleux. Une telle doctrine verse aussitôt dans le blasphème.

Il y a donc forcément, d’un pécheur à l’autre, un fondement qui explique la juste différence du traitement divin, si l’on part des principes de la Foi selon laquelle Dieu est parfaitement et infiniment juste tout autant que miséricordieux.

Je crois tenir cette explication dans la distinction omniprésente dans la Sainte Ecriture entre péché et iniquité. Le premier appelle la miséricorde, la seconde attire les représailles.

a) le péché. (latin « peccatum » , grec « amartia »). Il s’agit de se tromper, de faillir, d’être défectueux. Le substantif consiste dans une faute, une erreur, une méprise. L’acteur est un infirme, un malade. On voit par ces précisions du Gaffiot et du Bailly que le péché procède de la faiblesse, même s’il revêt quelque gravité, jusqu’à celle du crime. Sa gravité est dans le désordre commis, certes, mais ne s’en prend pas à l’ordre lui-même. Partant, il ne s’en prend pas à l’auteur de l’ordre. b) L’iniquité. (latin « iniquitas », grec « anomia »). Il s’agit là d’une transgression de la loi, d’une violation. L’auteur sort des normes, ne se contentant pas de les transgresser, il les récuse. C’est un impie, un anarchiste, un criminel. Et cela le constitue en malveillant, en ennemi. On voit donc qu’il s’en prend à l’auteur de l’ordre qu’il conteste et récuse.

Un cas particulier nous fera comprendre cette importante distinction, scrupuleusement observée par Saint-Jérôme dans sa traduction du grec. L’idolâtrie ne saurait être un simple péché, une faiblesse, un désordre. De sa nature, elle véhicule une raillerie, une moquerie, un mépris du Dieu unique qui a fait le ciel et la terre. Abominable aux yeux de Yahvé, parce qu’elle L’insulte et Le ridiculise, elle n’est pas un péché mais une iniquité. Le péché est un désordre « sous » Dieu et ne s’en prend nullement à Lui. L’iniquité, qui, matériellement considérée, peut être moins grave, est spécifiquement désastreuse comme subversive du principe de l’ordre. Il y a entre elles-deux cette différence radicale : le péché s’accommode (même mal) de la piété ; l’iniquité est impie. A l’un est réservé la patience, la longanimité et la miséricorde divine qui supposent, mais dictent aussi, le regret. A l’autre est réservée l’absolue et mystérieuse liberté de Dieu…

Un exemple : le Psaume 50. Le pieux roi David compose le plus célèbre des psaumes lorsqu’il vient de faire assassiner un de ses meilleurs officiers (Urie) en lui faisant porter la lettre de mort, destinée à Joab, son général en chef, qui doit le placer au plus fort de l’assaut, sans espoir aucun de s’en tirer. Pourquoi ça ? Parce qu’il vient de mettre enceinte la jolie femme d’Urie, Bethsabée, et que le vaillant officier, qu’il a rappelé du front pour camoufler sa propre fornication, préfère dormir sur les marches glaciales du palais royal plutôt que dans les bras de la belle. Encore que David, le pieux David, ne prend conscience de son crime que bien plus tard, sous les objurgations du prophète Nathan… Bigre. A vrai dire, il y a deux fautes en une. La faiblesse lamentable de voler l’unique brebis d’Urie, lui qui dispose de tout Israël, et le procédé machiavélique de supprimer le mari gênant en utilisant pour ce le pouvoir royal qu’il tient de Dieu. La première est un péché, la seconde une iniquité.

David distinguera soigneusement, tout au long du psaume 50, ces deux fautes. Il demande que son iniquité soit détruite par l’abondance des miséricordes divines, tandis qu’il veut être purifié de son péché. Son iniquité est sans cesse devant ses yeux, (le pieux David a attenté contre son Dieu) mais son péché est simplement contre lui. « Tibi Soli peccavi et malum coram Te feci ». Il a commis l’iniquité, en s’en prenant à Dieu duquel il tient son pouvoir, son « Esprit Principal ». Son péché, Dieu n’en est que le spectateur. Dieu doit seulement en détourner ses regards. Mais Dieu seul peut détruire son iniquité.

Toujours dans la bible le mot « iniquité » véhicule, en plus du péché qui est son genre commun (et avec lequel il peut donc coïncider) cette spécificité qui ruine l’ordre et s’en prend à Dieu. Ainsi sont « iniquité » dans l’Ancien testament :

Le péché de Caïn, la corruption des hommes avant le déluge, le crime des frères de Joseph.

Dieu ne fait pas porter le péché des pères sur les enfants mais les fils portent l’iniquité de leurs parents jusqu’à la troisième et quatrième génération (Gen. 34, 7) tout comme la bénédiction. Le péché des fils d’Héli (Prêtres, ils trafiquent les sacrifices) est une iniquité. Idem pour toute faute sacrificielle en général (Lev 10, 17). Le mari volage commet une faute, la femme, une iniquité ! (Nb 5, 31). Le même livre distingue formellement le péché (par erreur) de l’iniquité qui retranche du peuple. (Nb 15, 28-30). Jonathas, innocent, se demande quelle iniquité il a du commettre pour essuyer une telle vindicte et disgrâce de la part de son père, le roi Saül. Les ennemis d’Israël, en tant que tels, commettent l’iniquité en s’opposant au peuple du vrai Dieu. Judith (5, 21) distingue fort judicieusement le péché, en lequel on se cache plutôt, de l’iniquité qui s’accomplit en présence de Yahvé. David commet l’iniquité (le « grand péché ») en se lançant follement dans le recensement de son peuple : « J’ai agi en insensé ». Ceux qui empêchent les ouvriers de rebâtir le Temple commettent l’iniquité et Néhémie demande à Dieu que ce péché-là ne s’efface pas de devant la face de Yahvé (4, 5). Si Job pèche, Dieu l’observe, mais Il ne pardonne pas son iniquité (10,14). « Etre abominable et pervers celui qui boit l’iniquité comme l’eau » (15, 16). « Tu seras rétabli si tu reviens au Tout-Puissant, si tu éloignes l’iniquité de ta tente » (22, 23). « Loin du Tout-Puissant, l’iniquité » (34, 10). On sait que Dieu aime les pécheurs mais : « les insensés ne subsistent pas devant tes yeux, tu hais tous ceux qui commettent l’iniquité » (Ps 5, 5). On notera que le terme insensé est souvent associé à et synonyme d’inique. « Sa bouche est pleine de malédictions, de tromperies, de fraudes ; il y a sous sa langue de la malice et de l’iniquité » (10, 7). « Ceux qui commettent l’iniquité on-t-ils perdu le sens ? Ils dévorent mon peuple, le prenne pour nourriture ; ils n’invoquent point Dieu » (53, 4). « Le témoin pervers se moque de la justice et la bouche des méchants dévore l’iniquité » (Prov. 22, 8). Idolâtrie toujours, chez Jérémie : « Reconnais seulement ton iniquité, reconnais que tu as été infidèle à l’Eternel, ton Dieu, que tu as dirigé ça et là tes pas vers des dieux étrangers » (3 ,13). C’est avec Ezéchiel que cesse de peser l’iniquité du père sur le fils et que chacun porte seulement son propre fardeau ; par conséquent, si le juste qui se livre à l’iniquité, il sera traité comme l’insensé et vice versa. (18, 20-24). L’iniquité a un terme rapide, chez ce même prophète, en particulier celle des faux prophètes qui, par définition se moquent de Dieu. L’iniquité est bien souvent celle des pasteurs qui refusent la vérité au peuple et engendrent son impiété.

Dans le Nouveau testament, on retrouve, modifiées, les données de l’Ancien.

Se retirent de devant la face du souverain juge pour le feu éternel, non les pécheurs, mais les « artisans d’iniquité » (Math 7, 3), en particulier pour écarter du Royaume de Dieu tous les fauteurs de scandale. (13, 41). Toujours cette transitivité du péché qui ruine l’ordre et s’en prend à Dieu. Logique, c’est l’iniquité, et non le péché, qui refroidira la charité du grand nombre, vers la fin des temps. (24, 12). Les pharisiens, parce qu’ils simulent la piété et s’efforcent d’en paraître devant les hommes sont « remplis d’hypocrisie et d’iniquité ». Bel exemple d’iniquité néotestamentaire est Simon le magicien (Act. 8, 23) qui offrait de l’argent à saint Pierre pour en recevoir l’épiscopat, le pouvoir de conférer l’Esprit-Saint.

Aux Romains, saint Paul semble assimiler l’impureté et l’iniquité. Mais c’est toujours dans le cadre idolâtrique et l’optique qu’on y « livre son corps » en esclavage d’une fausse divinité au lieu de livrer sa pureté en l’esclavage de Dieu. (6, 13 et 19). Même précision aux Corinthiens où justice et iniquité s’opposent en ce qu’elles mettent respectivement sous le joug de Dieu ou de Bélial, de la lumière ou des ténèbres (6, 14).

Le mystère d’iniquité de la deuxième aux Théssaloniciens est bien celui de l’Antéchrist, cet homme de péché, ce fils de perdition qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte et prétend s’asseoir au sanctuaire de Dieu pour s’y présenter comme s’il était Dieu ! (2, 7 et 10). Avouez qu’on est loin du péché mais bien en pleine iniquité !

Enfin cette doctrine est explicitement celle de saint Jean : « Toute iniquité est un péché, et il y a tel péché qui ne mène pas à la mort ». (1 Jn 5, 7).

Conclusion.

Péché et iniquité sont tous deux graves. Aucun lecteur ne me fera l’affront d’assimiler péché véniel à "péché" et péché mortel à "iniquité". C’est simplement absurde. Mais ils sont pourtant de nature radicalement contraire. Il y a entre eux un gouffre, celui de la piété qui sauve. On pèche en cachette de Dieu, en l’oubliant. On voudrait bien ne Lui faire aucun mal, Lui rester fidèle, qu’Il n’en sût rien. Le pécheur prie, supplie et déplore sa faute. S’il pouvait n’être point pécheur ! Aussi, un geste de sa part et Dieu va lui pardonner. Dieu aime pardonner c’est même son propre, d’après la liturgie. Jésus aime les pécheurs, les attend, les soutient, les réconforte, non point dans leur péchés, mais en eux-mêmes, pour eux-mêmes. Le salut est à portée de main et leur espérance toute vivante et bientôt efficace. Et que celui qui n’a jamais péché leur jette la première pierre.

Mais les impies, ceux qui commettent l’iniquité, se dressent contre Dieu. Leur péché se double d’impiété. Ils ne fuient pas de devant la face du Seigneur, ils s’en prennent à Lui comme au principe de l’ordre qu’ils bafouent par plaisir. Leur principal plaisir devient vite celui-là, précisément : transgresser. Dieu n’est plus qu’un empêcheur de tourner rond, un mauvais, un méchant, l’ennemi. C’est Lui qui a tort, qui cause le mal. C’est Lui qu’il faut écarter, détruire, anéantir. Péché et iniquité marchent en sens inverse. Le premier se rapproche de Dieu comme de son remède, de son sauveur. La seconde fuit, renâcle et murmure contre Dieu et se porterait mieux à ce qu’Il n’existât point. L’iniquité ne dure pas, comme la maladie qui récuse tout remède : elle va à la mort. Non pas qu’elle soit déjà le péché contre le Saint-Esprit, mais elle y mène logiquement et c’est encore une miséricorde divine que son intervention. L’iniquité provoque Dieu, crie vers le ciel et court les plus grand risques de s’y faire entendre…

La différence ? Ce mélange de respect et d’affection envers Dieu, en quoi consiste la piété, « utile à tout » dit l’Apôtre. Tout sauf un luxe et vrai clivage des hommes.

mercredi 3 mars 2010

Une aristocratie évangélique ?

Ce fut un débat sans concession mais à fleurets mouchetés qui nous opposa, Alain de Benoist et moi au Centre Saint Paul hier soir. Alors que je le raccompagnais, il me dit : "Je n'ai pas voulu être désagréable, mais franchement il n'y a pas d'aristocrate ni d'aristocratie dans l'Évangile"...

Sur le coup je n'ai pu lui dire qu'une chose: aristocratie est un mot grec qui renvoie effectivement à un phénomène grec. On peut ajouter que cette aristocratie combattante des frères Macchabées, luttant pour préserver l'identité juive en plein hellénisme triomphant, intervient justement alors que Jérusalem, où l'on a construit un gymnase dans lequel les "sportifs" sont nus (horresco referens), semble totalement hellénisé.

Mais je crois surtout que le Christ lui même, comme parlaient naguère mes cours d'ecclésiologie, "a fondé une Église hiérarchique et monarchique". Il y a douze apôtres et soixante douze disciples envoyés en mission. Ils forment en quelque sorte l'aristocratie des croyants... L'Église, avec ses évêques (episcopoi) commandant aux presbytes et aux veuves, apparaît très tôt comme un gouvernement qu'à l'échelle élaborée par Platon et Aristote, on appellerait "aristocratique".

Évidemment, c'est toujours ennuyeux d'utiliser des concepts laïcs pour mesurer la réalité ecclésiale. A tout prendre, plutôt que de parler d'aristocratie, comme si c'était les meilleurs qui avaient le pouvoir dans l'Église (ce que personne n'a jamais revendiqué), je préfère dire que l'Église, parce qu'elle est le Royaume de Dieu annoncé par le Christ (n'en déplaise à M. Loisy), est une monarchie de monarchies ou comme dit saint Pierre reprenant l'Exode : "un peuple de rois".

Pour parler de l'Église comme d'une aristocratie, il faut admettre l'idée de Bonald selon laquelle l'aristocratie ne possède jamais le pouvoir mais remplit une fonction : les aristocrates sont au service de tous, soit à travers le "ministère" de la guerre soit à travers ce que l'on a appelé "la robe" et les robins, c'est-à-dire l'administration du Royaume. Cette idée de service, chez le chrétien Bonald, n'est pas innocente. Elle renvoie à la charité, bien sûr. "Voici que je suis au milieu de vous comme celui qui sers" dit le Christ avant de laver les pieds de ses apôtres.

C'est en ce sens-là que cette monarchie de monarchies qu'est l'Église - ce royaume de prêtres ("Il a fait de nous un Royaume et des prêtres" Apoc. 1) - peut être considérée comme une aristocratie - je dirais : une noblesse. La noblesse, c'est de servir!

N'est-on pas en train de divaguer un peu, par rapport à la question initialement posée par Alain de Benoist : où y a-t-il une aristocratie dans l'Évangile? J'ai essayé d'expliquer tout cela pour montrer quel est l'impact d'une phrase éminemment aristocratique : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait". La perfection, le Christ nous en a montré le chemin : celui du service.

Mais il faut préciser une chose, c'est que l'aristocratie évangélique des parfaits est ouverte à tous. elle n'englobe pas tout le monde, loin de là : "Vous aimez si durement vos amis, Seigneur, dit sainte Thérèse d'Avila, que cela ne m'étonne pas que vous en ayez si peu". Mais elle est potentiellement le fait de tous. Chacun, ayant reçu la grâce, peut "aspirer aux dons supérieurs" (I Cor. 12) comme dit saint Paul. Cela ne signifie pas que nous soyons tous égaux dans le Royaume de Dieu, mais que nous avons tous notre chance. Le voleur de grands chemins crucifié à côté de Jésus s'entend dire : "Ce soir tu seras avec moi dans le Paradis". Simplement parce qu'il a eu cette prière : "Seigneur, souviens toi de moi, quand tu seras dans ton Royaume".

C'est dans la mesure où, face au Christ, dans son Royaume, nous avons tous notre chance que nous pouvons dire que le christianisme est "un personnalisme intégral". Chaque personne peut accéder, si elle le veut, à cette aristocratie chrétienne du service.

mardi 2 mars 2010

[conf'] mardi 2 mars: Débat l'abbé G. de Tanoüarn-Alain de Benoist - Qu’est-ce qu’une aristocratie?

Mardi 2 mars à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Débat l'abbé G. de Tanoüarn-Alain de Benoist - Qu’est-ce qu’une aristocratie? - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

lundi 1 mars 2010

Une vraie discussion autour de Vatican II

C'était sur Radio Courtoisie tout à l'heure, à l'émission de Philippe Maxence, rédacteur en chef de L'homme nouveau, un moment vraiment agréable et en même temps une confrontation sur un sujet qui n'a pas fini de faire couler de l'encre : Vatican II... Il y avait trois noirs, ce jour-là, deux robes, la mienne et celle de l'abbé Grégoire Celier, de la Fraternité Saint Pie X, et puis Daniel Hamiche,comme d'habitude tout en noir même si bien sûr il n'est pas en soutane. Philippe Maxence, comme d'habitude, en arbitre des élégance, passait la parole à l'un et à l'autre, assurant l'impartialité du débat, avec cette autorité toute naturelle qui n'appartient qu'à lui. C'est lui qui met le sujet sur le Concile, sur les négociations de la FSSPX avec Rome et sur la série de conférences sur Vatican II qui a lieu à Notre Dame de Paris et aussi au Centre Saint Paul.

Ce qui est impressionnant, c'est que Benoît XVI avec son concept d'herméneutique de continuité, contribue chaque jour un peu plus, qu'on le veuille ou non, à mettre tout le monde d'accord. C'est vraiment la gloire de l'olivier dont parlent les prophéties (pas si sottes) de Malachie à propos des papes. De gloria olivae : la gloire de l'olivier, dans la Bible, c'est que son rameau annonce la fin du Déluge (Gen. 6). Quelle fin meilleure imaginer pour l'instant à la période diluviale que nous sommes en train de vivre que l'unité des catholiques, faisant encore une fois reculer la fin ?

La paix qu'on la veuille ou non, comment c'est possible ?

C'est possible par la logique que portent les mots que l'on emploie. Il y a des mots qui sont faits pour tuer. Il y a un lexique qui est meurtrier, celui qui emploie la dialectique mortelle de l'intégrisme et du progressisme, sans s'apercevoir que le progressisme est mort en 1995, avec Mgr Gaillot à Évreux et que l'intégrisme n'est plus que résiduel. Il faut dire qu'entre catholiques, la mauvaise habitude de cette dialectique imbécile (j'emploie le mot "imbécile" au sens technique que lui donne Bernanos dans ses pamphlets) remonte, excusez du peu, au cardinal Suhard et à sa fameuse lettre essor ou déclin de l'Église, juste après la Guerre. Je n'étais pas né que cette guerre de religion se déclinait déjà avec ce lexique binaire. Force est de constater que comme la lutte des classes est périmée (malgré Dunkerque, Total et tant d'autres catastrophes humaines de l'après-crise), la dialectique des intégristes et des progressistes n'intéresse plus personne. La guerre de 70 [1970 bien sûr] est terminée.

En effet, lorsqu'on parle d'herméneutique de continuité, quel catholique peut s'opposer à ce discours ? Chacun y trouve son compte, les herméneutes de la liberté tous azimuts, qui ne veulent pas entendre parler d'un texte normatif, parce qu'il faudrait l'appliquer et les partisans de la continuité qui sont trop heureux de voir que ce qui n'était plus bien souvent qu'une nostalgie de la continuité redevient opératoire grâce à l'herméneutique. En substance, il n'y a plus de problèmes sur Vatican II. Et je me suis laissé dire que même la Commission de discussion, envoyée à Rome par Mgr Fellay, ne parlait plus de Vatican II et s'était accrochée avec les experts romains, non pas sur la lettre du Concile, censée les occuper, mais à propos du pape Jean Paul II et de son long pontificat de transition, de ses 13 encycliques, si différente de la première à la treizième, de ses innombrables discours, du Sommet d'Assise avec toutes les religions et de quelques autres de ses initiatives.

Je crois que s'il faut parler de Vatican II, s'il faut en parler de plus en plus, c'est que sur ce sujet, l'histoire avançant et censurant implacablement les échecs ou les naïvetés du passé, nous allons vers un consensus vrai. Grâce au Concile, nous sommes mis en face des vraies questions (le rapport de la foi et de la raison ; les relations de l'Église et de l'État moderne ; les religions du monde face à la vérité chrétienne). Et ces questions, le pape nous en a averti solennellement, il faut les travailler dans la continuité avec la Tradition de l'Église, au sein de laquelle le Concile prend son sens.

J'ai toujours été très frappé de constater que au début des années 60, dans les Vota de la Minorité traditionnelle pour le Concile, il n'y avait aucun projet, aucune perspective. Seulement des demandes de condamnation. En affrontant frontalement la modernité, on doit se mettre au travail. Comme le dit très bien Christophe Dickès dans L'Homme nouveau, Jean-Paul II était le pape de la représentation (planétaire). Benoît XVI apparaît de plus en plus comme le Pontife de la Confrontation avec le monde.

Une telle confrontation est une chance historique pour l'Église. Cela ne se manque pas.

Bidon, sacrilège, et vulgaire.

La société AABAS Interactive se targue de «10 années d’expérience dans la création et l’hébergement de serveur vocaux interactifs». Pour l'entrée dans le Carême, ils lancent un service téléphonique surtaxé: «Le Fil du Seigneur».

Un site (lefilduseigneur.com) vient en appui. Le public visé, c'est celui qui est «submergé par le flot de la vie moderne et son lot de désillusions», ce sont les victimes «de tentations ô combien nombreuses et séduisantes», et ce au moment où «les vocations se font de plus en plus rares voir miraculeuses». C'est alors que «les laïcs prennent le relais». Et enfin: «pourquoi ne pas mettre la technologie au service de la spiritualité»?

Concrètement, pour 12 ou 34 centimes d'euros la minute (il y a deux versions), une voix douce et grave que l'on croirait issue du Jour du Seigneur vous tient quelques propos lénifiants. Bravo! c'est bien imité... Mais complètement bidon. Et donc: sacrilège.

La Conférence des Évêques de France vient de réagir. Elle déclare «inadmissible d'entretenir la confusion sur la notion de confession». Laquelle, rappelle l'épiscopat, «requiert la présence effective d'un prêtre». Ce  qui n'est manifestement pas le cas quand on parle au téléphone à un automate («Pour vous confesser, tapez 2»), sans autre présence humaine que l'oreille de quelques autres gogos éventuels («Pour écouter les confessions, taper 3»).

Complètement bidon, complètement sacrilège, mais aussi: vulgaire, dans le sens que Jean Yanne donnait au mot. Voyez «Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil» (1972). Je cite:
Dire merde ou mon cul, c’est simplement grossier.
Maintenant voyons donc tout ce qui est vulgaire :
Prendre une voix feutrée et sur un ton larvaire
Vendre avec les slogans au bon con d’auditeur
Les signes du zodiaque ou le courrier du cœur.
Connaissant son effet sur les foules passives
Faire appel à Jésus pour vanter la lessive.
Employer les plus bas et les plus sûrs moyens
Faire des émissions sur les vieux, sur la faim
Le cancer. Enfin, jouer sur les bons sentiments
Afin de mieux fourguer les désodorisants.

Suis-je misogyne? réponse à Ludmilla

La misogynie est une maladie qui attend toujours son étiologie. Je ne prétends pas mener ici ce travail délicat. Je hasarderais donc juste une remarque ou deux... en me servant du mot de vocation qu'emploie Jean Paul II pour caractériser la différence hommes/femmes.

Je pense que la "vocation" de la femme, c'est l'extrême, c'est l'entièreté, c'est la passion etc. Cliché ? Voire. Combien de garçons qui mettent un temps fou à comprendre (en théorie et en pratique aussi) que leur femme n'est pas un copain comme les autres et qu'à un moment ou à un autre elle demandera... tout.

Dans l'Evangile, les femmes, qui y sont nombreuses, ont cette caractéristique de l'entièreté. La première de toute est évidemment Marie Madeleine, entière dans le mal (cette pécheresse dans la ville est gratifiée de sept démons par l'évangéliste Luc) comme elle sera entière dans le bien.

Etre misogyne, c'est refuser cette entièreté, caractéristique... Ou parfois regretter que chez telle, telle et encore telle, cette entièreté native se soit trouvée gachée, défigurée introuvable.

Pour résumer: il y a les misogynes qui le sont parce qu'ils ne supportent pas cette entièreté: elle leur fait peur, elle leur fait honte, elle les dégoûte, que sais-je? Et il y a les misogynes qui le sont par déception, parce qu'ils attendaient cette passion et qu'ils n'ont trouvé que du calcul. Je ne fais pas partie des premiers et, sans doute par manque d'expérience en ce domaine, je ne fais pas partie des seconds...