dimanche 28 février 2010

Les boulangères de Dieu

Isabelle de Gaulmyn y consacre un article dans La Croix: Les hosties sont traditionnellement fabriquées par des religieuses contemplatives, lequelles sont en France «soumises, depuis quelques années, à rude concurrence». Il y avait jadis un centre de production par diocèse. Aujourd’hui «35 monastères se partagent la production», c’est apparemment trop, et le marché s’est encore effondré d’un tiers en deux ans.

En cause, «la désaffection des Français pour la pratique religieuse» mais aussi et surtout la concurrence étrangère, en particulier la Pologne où «les hosties sont fabriquées par des laïcs, à des prix de revient plus faibles».

Sœur Marcelline (Carmel de Saint-Germain-en-Laye) est «responsable du groupement des monastères vendant et fabriquant des hosties» qui estime n’approvisionner que «sans doute à peine plus de la moitié du marché», sur la base de ce qu’Isabelle de Gaulmyn appelle «un calcul très approximatif».

De fait, pour obtenir ce chiffre, le groupement raisonne sur une «fréquentation dominicale» au niveau de «8% de la population» - soit 5 millions de communions par semaine, quand la production monacale française est de 2,7 millions. Qu’il nous soit permis de craindre que ‘5 millions’ de Communions chaque semaine en France relève surtout de l’optimisme.

Quoiqu’il en soit, les Sœurs s’inquiètent («nous n’avons pas encore touché le fond») de la chute de leurs ventes, qui souvent «sont vitales pour la survie de la communauté». L’alerte a été chaude fin 2009, les sanctuaires de Lourdes envisageaient de se fournir «à une entreprise proposant des prix bien inférieurs aux tarifs habituels», ils ont finalement décidé de conserver leur monastère fournisseur, «en obtenant cependant un prix légèrement plus bas».

Sœur Marcelline explique qu’il ne s’agit pas de «gagner à tout prix de l’argent» mais simplement de «pouvoir continuer de vivre». La Conférence Episcopale a été alertée. Les moniales aimeraient maintenant «convaincre l’ensemble des catholiques».

samedi 27 février 2010

Avons-nous le même Dieu que les juifs ?

Chers amis, notre webmestre, si efficace, me fait des remarques (extrêmement délicates, bien sûr) à propos de mes silences. Je les mérite.

J'aurais voulu aborder avec vous la conférence de mardi dernier sur le rapport entre juifs et chrétiens. Il y a tellement de choses à dire que je ne prétendrais pas vous offrir un résumé exhaustif. Non, juste vous citer une conversation avec une paroissienne, choqué que je puisse vous entretenir si souvent, en ce moment de ce que saint Paul appelle "le mystère d'Israël". Oh! Ce n'était pas une engueulade, rassurez-vous! C'était une question : "M. l'abbé, vous allez dire que nous avons le même Dieu que les Juifs... Enfin de toutes façons, je ne pourrais pas venir à cette conférence, ne m'en veuillez pas". J'imagine le carnet de bal de la jeune femme passionnée qui se tient en face de moi, et je ne relève pas. Je réponds seulement: - Il me semble que le Dieu de l'Ancien Testament est le même que celui du nouveau Testament. Et nous nous séparons, elle, pas convaincue, pensant sans doute que le Dieu Trinité n'est pas le Dieu du monothéisme juif, et moi me demandant ce que j'allais pouvoir trouver pour répondre encore plus directement (et non pas seulement par ma propre autorité) à la question : "Avons-nous le même Dieu que les juifs?"

En préparant la conférence durant l'après midi, je gardais en mémoire cette (toute petite) algarade. Je cherchais... ce que j'allais pouvoir trouver pour être convainquant...

Sachant que Tertullien, le premier théologien latin, adversaire de Marcion et des Marcionites gnostiques, était à ce titre un anti-antisémite, je feuillette la traduction de Genoude en quête de quelque chose... Le Saint Esprit m'a si souvent aidé dans ce genre d'exercice... Et je tombe, dans l'Apologétique (ce livre magnifique), sur le paragraphe 21. Magnifique ! Si profondément théologique. Nous sommes en 190 après Jésus Christ. Le Concile de Nicée qui proclame la divinité du Christ a lieu en 325. Voici ce qu'écrit Tertullien :

"Assurément, loin de rougir de Jésus Christ, nous nous glorifions d'être poursuivis et condamnés pour (Son) nom. Cependant nous n'avons point d'autre Dieu que le Dieu des juifs. Il est nécessaire de nous expliquer sommairement sur le Christ comme Dieu".

Tout est dit en trois lignes : que nous avons le même Dieu que les Juifs mais que ce Dieu, c'est Jésus Christ, car il n'y a qu'un seul Dieu. La doctrine chrétienne est parfaitement établie. Et elle signifie deux choses : oui, les prophéties du Premier Testament permettent de reconnaître en Jésus le Messie ("selon les Écritures"). Non la foi chrétienne n'est pas la foi juive et il est malhonnête et pour les juifs et pour les chrétiens de réduire l'une à l'autre car les Juifs refusent de reconnaître Jésus comme le Messie (ou Christ) et le Christ comme Dieu.

Précisons simplement pour comprendre cette théologie primitive et si juste que les personnes divines (le Père le Fils et le Saint Esprit) ne sont pas trois sujets divins mais un seul. Comme disent les Pères à propos de l'apparition à Abraham devant le chêne de Mambré (Genèse 18) : "Tres vidit, unum adoravit". Il en vit trois, il en adora un seul. Le Dieu qui dit "Je" dans le Buisson ardent (Exode 3, 14) ne s'est pas encore révélé comme trinitaire mais, en Lui, c'est bien la Trinité qui dit Je.

Pourquoi les juifs ne se sont-ils pas convertis si c'est le même Dieu qui dit "Je" en Yahvé et en Jésus Christ ? Je vous recommande de consulter les formules de Pascal cité dans le post signé JBIR (merci de cette belle contribution)... Il fallait que les témoins du Christ fussent impartiaux, il fallait que la victoire du Christ dans le monde ne soit pas une victoire communautariste, ne soit pas seulement la victoire d'un peuple, mais la victoire d'une vérité qui dépasse toutes les communautés et en même temps qui puisse, non les nier, mais les inclure (voir Jean Paul II : Mémoire et identité : c'est la thèse du livre).

Abbé Philippe Laguérie "Dieu permet-Il les choses?"

Repris du site de l'abbé Philippe Laguérie
Cette question me travaille et je crois qu’elle est généralement mal présentée. Ou plutôt que sa réponse est vraiment au niveau concierge de quartier. A chaque fois qu’il arrive un bien, (ou du moins ce que nous croyons tel) le doute n’est pas possible : c’est Dieu qui s’est emmêlé. Soit. Et quand il arrive un mal (ou du moins…) nous nous contentons de dire : « Dieu l’a permis ». C’est pieux, c’est gentil, c’est propre. Humain.

D’autant qu’avec nos subjectivités sans borne, le moi joue le rôle de catalyseur et multiplie l’ampleur de ces affirmations. Mon bien est toujours voulu de Dieu, forcément, et mon mal ne peut être que permis par Lui. Sinon, quelle méchanceté aurait Dieu à mon égard, qui voudrait mon mal et mon malheur. Absit !

Puisqu’on est dans la subjectivité, restons-y. Je pense que tout homme un tant soit peu honnête avec lui-même, doit pouvoir se dire, quand quelque pépin lui survient, qu’il en a fait suffisamment pour expliquer ce revers (en vérité, bien davantage, n’est-ce pas ?). Tandis qu’il serait passablement présomptueux d’affirmer, en cas de survenance heureuse, que c’est justice (divine bien-sûr) de son action et de ses efforts, de son mérite. Première constatation : ça ne colle pas. Car à vouloir traiter toutes choses selon la justice, celle de Dieu, qui seule me préoccupe ici, serait à géométrie variable.

Ma question n’a rien à voir avec la justice humaine. Si un homme blesse gravement un autre en justice, c’est toujours un grave mal moral de son côté, auquel Dieu répugne évidemment. Il pèche et ce mal tombe sous la justice divine comme sous la justice humaine (parfois). Mais du côté du receveur, innocent on suppose, ça n’explique rien. Au contraire, ce geste semble étranger au contrôle divin et on va dire …que Dieu permet. Autrement dit, on conclue que Dieu permet quand on ne comprend rien. Comme explication, c’est un peu court. D’ailleurs le Psaume 124 (V. 3) fait justice à Dieu de cette impuissance que vous lui prêtez : « Car le Seigneur ne laissera pas le sceptre des pécheurs sur le sort des justes, de peur que les justes n’aillent étendre leurs mains vers l’iniquité ». Voyez, ça aussi, Dieu le gère parfaitement, comme toutes choses.

Mon professeur de Théologie au registre du « de malo » (un certain abbé…Williamson) affirmait sans ambages que la phrase d’Isaïe : « Y a-t-il quelque mal qui arrive dans la cité sans que Je n’en sois l’Auteur » (c’est Dieu qui parle) ne visait que le mal physique et non le mal moral. Entendu en ce sens que Dieu ne fait pécher personne, ça saute aux yeux. Mais attention, chez les hommes : l’injustice est transitive, elle commence dans une agression physique mais véhicule un mal moral. Elle peut détruire, faire chuter, induire la ruine. C’est un scandale au sens technique.

Vous pouvez vociférer que, ça, Dieu ne l’a pas voulu et qu’Il n’y est pour rien (ce qui est exact, si on parle de la chute morale du prochain), ça n’en existe pas moins. Et les ruines induites de cette injustice première et sans lesquelles elles n’auraient pas eu lieu, c’est toute l’histoire des hommes et des anges. Les uns entrainent les autres au mal par grappes, par pans entiers. Je sais bien que le scandale reçu est toujours fautif : peu importe, il est.

De là à prétendre qu’il y aurait quelque chose échappe à Dieu, un truc qu’Il n’aurait pas contrôlé, une glissade, un dérapage, il n’y a qu’un pas que la théologie nous interdit de franchir. Tout simplement parce que Dieu est Tout-Puissant, cause, absolument parlant, de tout être, d’un bout à l’autre de la Sainte Ecriture. Entre autres, autant que de besoin : « In voluntate tua, Domine, universa sunt posita et non est qui possit resistere voluntati tuae » (Esther 13, 9). Toutes choses sont établies, Seigneur, selon votre volonté et il ne se trouve personne qui puisse résister à cette volonté. Vous êtes le Maître de toutes choses.

Le méchant, l’injuste, le pécheur, (avec leur grabuge inhérent) pas plus que les autres, ce qui serait un comble, n’échappe à l’universel contrôle et efficience divins. C’est peut-être terrible à dire, mais la théologie vous y contraint absolument, sauf à nier le premier des attributs de Dieu (je ne dis pas le plus essentiel : ils le sont tous) : la toute puissance de Dieu. « Yahweh a tout fait selon son but, et le méchant lui-même pour le jour du malheur » (Prov. 16, 4)

Réfléchissez deux minutes. Ce que vous permettez, vous, est la signature même de votre impuissance. Sans quoi vous seriez le complice du mal que vous n’empêchez pas. Dieu Tout-Puissant n’a pas ce refuge de l’impuissance ; Il pourrait évidemment supprimer tout mal et nous faire le monde de Leibnitz alors qu’on tient plutôt celui d’Huxley ! Sauf à nier sa bonté essentielle, sale besogne que nous laissons aux athées, cette très curieuse espèce de gens qui ressortent Dieu du néant quand ils se prennent à vouloir le calomnier.

Aucune impuissance en Dieu, aucune. Il programme le mal dans un plan général qui le fait servir au bien et l’on peut dire, qu’excepté la faute, qui Lui est directement contraire comme le néant l’est à l’être, il est cause de tous les malheurs qui surviennent comme du reste.

Ce point est particulièrement difficile à intégrer dans nos vies et recèle une part insondable de mystère, c’est entendu. Mais il doit l’être absolument. Tout d’abord pour conserver une notion exacte de Dieu et non pas le réduire au rang de spectateur niais d’un très mauvais polar (américain par exemple). Ensuite pour ne pas se scandaliser du mal qui nous environne et accepter la Providence dans toute son ampleur. Il est très consolant de savoir que nos malheurs n’échappent en rien au contrôle divin et qu’ils nous profitent donc. C’est bien le contraire qui serait désespérant. Un Dieu qui n’aurait aucune responsabilité ni efficience sur les maux qui nous frappent pourrait s’en laver les mains, comme on dit. C’est tout le contraire. Dieu connaît par le menu les responsabilités des uns et des autres et rendra à chacun selon ses œuvres. Tout le reste, il l’organise et le fabrique selon sa sagesse, sa Providence qui mène toutes choses à sa fin « suaviter et fortiter ».

Oui, la justice de Dieu est très spéciale, qui ne fait qu’un avec sa bonté infinie qui organise toute chose, mal compris, selon les dessins éternels de sa sagesse toute puissante. C’est ainsi que toutes choses tournent au bien de ceux qui l’aiment. Non, Dieu ne « permet » rien : Il gère tout. Et qui pourrait donc s’en plaindre, sinon les impies ?

vendredi 26 février 2010

Nous mangeons tous halal, nous mangeons tous casher

J’ai quelques scrupules (pas trop) à manger halal. Je préfèrerais acheter mon poulet au boucher du marché, comme les bobos du quartier, mais à 14€ le kilo… alors je vais dans une boucherie halal, 7€ la bête, grillée à souhait et succulente.

Mais voilà que Le Figaro m’apprend, chers lecteurs, que vous aussi, vous mangez halal! Sur 10 ou 11 millions d’animaux abattus en France, un tiers l’est de manière rituelle. Il s’agit parfois de viande casher, mais le plus souvent halal. Or les musulmans, nous dit Le Figaro «préfèrent les abats et les pièces à bouillir», pour des raisons «culturelles et économiques». Autrement dit: avec un pouvoir d’achat plutôt faible, ils consomment les bas morceaux de la bête, les morceaux nobles partent «dans le circuit classique» - sans mention de leur origine halal.

Première conséquence donc: sauf à être végétarien ou à ne manger que du porc, nous mangeons plus ou moins tous casher ou halal, sans le savoir. Deuxième conséquence: «pour obtenir la quantité des morceaux halal désirée, bien plus de bêtes sont tuées que celles qui sont consommées par des musulmans». Sont donc abattus rituellement, en France, «12 % des bovins et 49 % des ovins», soit bien plus que les «7 % de la population française» éventuellement concernés par ces interdits religieux.

Figurez-vous que l’affaire fait débat dans les instances européennes. Au nom du bien-être animal, une directive européenne «impose l'étourdissement avant l'abattage» (c'est contraire aux règles juives et musulmanes) mais accorde «une dérogation aux cultes». Le Figaro nous apprend que c’est la France qui  a «plaidé avec succès pour préserver l'abattage rituel».

Deuxièmement, «des députés européens insistent pour que les produits soient étiquetés». Il s'agit d'informer le consommateur quand sa viande est halal ou casher, certains consommateurs craignant «de financer à leur insu les cultes». Il semble que ça ne soit pas le cas: les sacrificateurs musulmans «acquittent une cotisation pour leur carte professionnelle» mais «ne reversent aucun pourcentage» aux mosquées qui les agréent. Et pour la viande casher, «la taxe religieuse» est perçue sur le seul consommateur «qui achète labellisé».

Alors, étiquetage ou pas? Les responsables juifs et musulmans «redoutent que l'étiquetage spécifique ‘ne stigmatise’ les communautés concernées». Je fais le pari qu'ils seront entendus.

jeudi 25 février 2010

Abbé Philippe Laguérie: "J’ai vu l’abbé Schaeffer"

Repris du site de l'abbé Philippe Laguérie

Ce matin, de passage à ma banque, le Crédit Agricole en face de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, je traverse la rue et fais une courte visite en mon ancienne paroisse. Pour saluer le Bon-Dieu, comme de juste, mais aussi dans le secret espoir que le prêtre de garde ait l’amabilité de m’indiquer où se trouve l’abbé Schaeffer. J’avais une heure devant moi, avant ma messe de 12h30 au Centre Saint-Paul, ce qui n’est pas habituel.

Et là, bonne surprise ! C’est l’abbé Schaeffer lui-même qui monte la garde, m’aperçoit, me sourit, sort de sa guérite (mes excuses à cette brave guadeloupéenne qui prenait ses conseils et au jeune-homme qui attendait sa confession) et me fait l’abrazo espagnol. Quelle joie.

Je tombe de haut ou plutôt je remonte de loin. A lire les nouvelles de cet excellent confrère sur le net, je me l’imaginais à l’hôpital, comme l’abbé Berche (dont il me demande des nouvelles), toujours entre deux soins lourds, alité, chauve et pas vraiment le sourire...

En réalité, c’est sa force d’âme et son esprit surnaturel qui font la différence. Il est au plus mal et ça ne se voit pas. Il est encore plus souriant et débonnaire que jamais, c’est dire ! "Je me laisse pousser les cheveux, vous ne les avez jamais vus si longs". Lui qui se plaignait gentiment de ses rhumatismes, de ses troubles digestifs ou autres babioles (comme dit l’abbé Lorans : "passée la cinquantaine, on doit vérifier chaque matin que quelque misère inconnue n’ait point") il resplendit littérallement d’abandon à la Providence et de bonté communicative. Chapeau, M. l’abbé !

Non pas que la bonté de l’abbé me prenne au dépourvu. Il y a longtemps que j’en goutais les fruits à Saint-Nicolas et par après. Un homme bon se bonifie encore et un mauvais empire toujours. Comme dit l’ Apocalypse : "que l’injuste fasse encore le mal, que l’impur se souille encore ; que le juste pratique encore la justice et que le saint se sanctifie encore" ( 22, 11).

Mais un tel degré de sérénité est particulièrement réconfortant. (Quod isti, quod istae, cur non ego ?). " J’ai eu un grave accident de voiture il y a deux ans ; j’aurais pu paraître devant Dieu à l’improviste. Tandis que maintenant j’ai le temps de faire face, de me préparer". Je songe à la phrase de l’Ecriture, toujours vérifiée : "L’arbre tombe du côté où il penche". La bonté appelle la bonté, "Abyssus abyssus invocat". Au lieu de se plaindre, l’abbé travaille, confesse, reçoit paternellement, le sourire aux lèvres, le coeur en paix.

Merci de ce bon moment, cher Bruno. Prier pour vous est bien difficile, en vérité. On se dit que le Bon Dieu prend déjà si bien soin de vous qu’on a quelque gène à ramener son grain de sel par derrière. Nous le faisons quand même, rassurez-vous. Mais on souhaiterait plutôt que vous le fassiez pour nous, pour participer à votre grâce et nous assurer les mêmes secours quand ce sera notre tour. A bientôt, puisque nous devons dîner ensemble, si Dieu veut.

[brève] Sacré Max!

Je vous avais parlé de Max Guazzini, patron du Stade Français et traditionaliste. Parmi les trois maillots de la saison 2009/2010, voici celui que l’actuelle campagne de pub met en avant. Maillot dû (semble-t-il) à la volonté expresse de Max Guazzini, et qui s’éloigne du code vestimentaire habituel dans le monde du rugby. D’après le site du Stade Français, ce maillot «met à l’honneur le visage de Blanche de Castille, personnage historique lié au Stade Français Paris». Pour ceux qui ne percutent pas, il est précisé par la suite que «les fondateurs du Stade Français Paris étaient étudiants au lycée St Louis»… fils de ladite Blanche de Castille. Quant aux lys royaux, ils évoqueraient «la ville de Paris».

J’ose une explication moins capilotractée de l’ensemble: c’est un maillot marial. Mais comme nous sommes en 2010, que nous sommes à Paris, et que nous sommes dans la com’… chi va piano, va sano e va lontano.

mercredi 24 février 2010

Vatican II : la première conférence au Centre Saint Paul

Je souhaite mettre à la disposition de tous cette première conférence de Carême sur le concile, parce qu'elle constitue pour moi comme la clé de la lecture que je fais Vatican II, et aussi... parce que lire la première conférence peut encourager certains à assister aux autres... Il ne s'agit pas ici de répéter ce qui a déjà été dit mille fois, ou ce que j'ai écrit dans Vatican II et l'Evangile (à votre disposition sur ce site) mais de faire un bilan aussi complet que possible de ce que la perspective toute récente de Benoît XVI a pu ajouter au Concile...

La nouveauté comme programme

Chers amis,

«Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire caractérisé par des changements profonds et rapides, qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe». Voici comment le concile Vatican II, et plus précisément la Constitution Gaudium et spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps (4, 2) présente notre époque : un nouvel âge. Un peu plus loin, les Pères se font plus insistants et plus précis dans ce diagnostic de nouveauté : « La transformation des mentalités et des structures conduit souvent à une remise en question des biens qui ont été reçus (du passé). (…) Les conditions nouvelles affectent la vie religieuse elle-même. D’une part, l’essor de l’esprit critique la purifie. D’autre part, des multitudes sans cesse plus denses s’éloignent de la pratique de la religion » (7, 3).

Que penser de ce diagnostic de changement profond ? Il évoque le travail de Jean Fourastié sur ce que le sociologue appelait les 30 glorieuses, ces années qui vont de 1945 à 1975, durant lesquelles l’humanité a changé davantage peut-être en 30 ans, par la diffusion systématique des techniques, qu’elle n’a évolué en 2000 ans. Il était légitime de présenter aux hommes ce prodigieux bouleversement et de signaler que, en vrac, la voiture, le réfrigérateur, la radio, la télévision, le chauffage domestique et mille autres innovations ont profondément transformé l’existence humaine L’allongement de la durée de vie moyenne est aussi un facteur capital qui permet à l’homme d’envisager son destin d’une autre manière. La vie religieuse elle-même est affectée par ce nouveau conditionnement de l’existence. Tellement affectée, pensent les Père conciliaires, qu’elle doit s’adapter.

Le décret Ad Gentes (22) pose bien cet impératif d’adaptation : « Il est nécessaire que dans chaque grand territoire socioculturel, comme on dit, une réflexion théologique soit encouragée, par laquelle, à la lumière de la Tradition de l’Eglise universelle, les faits et les paroles révélés par Dieu, consignés dans les Saintes Lettres, expliqués par les Pères de l’Eglise et le magistère seront soumis à un nouvel examen. Ainsi on saisira plus nettement par quelle voie la foi, compte tenu de la philosophie et de la sagesse des peuples, peut chercher l’intelligence et de quelle manière les coutumes, le sens de la vie, l’ordre social peuvent s’accorder avec les mœurs que fait connaître la révélation chrétienne. Ainsi apparaissent les voies d’une plus profonde adaptation dans toute l’étendue de la vie chrétienne ». Soulignons que cette dite « adaptation » était déjà l’un des leitmotive de la constitution Sacrosanctum concilium sur la liturgie, dans laquelle on découvrait en même temps un nouveau concept celui d’ « expérience » liturgique. « Adaptation » et « expérience », quels mots d’ordre ! Ils sont nécessairement précédés de ce que le texte même du Concile nomme « un nouvel examen », une relecture du donné de la foi, ou, comme on dit aujourd’hui, une réappropriation de la substance de la foi, qui sera, va sans dire, différente dans chaque « secteur socioculturel ». « Nouvel examen », « adaptation », « expérience », c’est à travers cette réception nouvelle de la révélation que pourra être « ordonné comme il le faut toute la vie chrétienne », ainsi que le signale toujours le même paragraphe de Ad gentes.

Il ne faut pas s’étonner que ce paragraphe 22 d’Ad gentes, que nous lisons ici au pied de la lettre et « à la rigueur », soit l’un des textes les plus souvent cités par les partisans d’une herméneutique de rupture. On peut évidemment en donner une interprétation plus bénigne, mais il contient aussi, si on le presse en ce sens, les ferments d’une véritable révolution herméneutique, qui, à travers le « nouvel examen » préconisé, peut subvertir le cœur même de la foi chrétienne.

Quel fondement donner à ce « nouvel examen » ? Ce doit être la foi, et la foi seule qui se ressaisit d’elle-même, qui se reprend et qui, en quelque sorte, se réveille ; telle serait la lecture droite de ce programme épistémologique juste esquissé. Mais ce qui est supposé dans tout examen, c’est la conscience humaine qui examine. Et ce qui est visé, nous venons de le dire, c’est l’adaptation au temps nouveaux et l’expérience de dispositifs nouveaux (au moins en liturgie) correspondant à ces temps nouveaux.

On voit que les changements technologiques et culturels qui affectent la vie quotidienne de chaque homme et de chaque femme dans le monde, via cet impératif de l’adaptation et du renouveau de la vie chrétienne elle-même parviennent à toucher au cœur même du trésor de l’Eglise. La vie humaine a changé. La vie chrétienne doit changer, telle est l’inférence très simple qui peut s’élaborer à partir de ces textes.

Et c’est en opérant audacieusement et indûment la lecture la plus radicale de telles esquisses que l’Après-concile a pu ressembler à un champ de ruine. Il fallait tout changer à « l’ordre » chrétien au nom du changement social et culturel d’abord diagnostiqué.

Plusieurs théologiens ont formellement soutenu cela immédiatement après le Concile, de différentes manières. Gilles Routhier, s’appuyant sur sa parfaite connaissance de l’évolution de la théologie après le Concile, écrit dans son dernier ouvrage Vatican II, herméneutique et réception (éd. Fides, Quebec 2006) : « j’opterai pour considérer l’après-concile comme une période d’apprentissage encore inachevée au cours de laquelle une nouvelle figure du catholicisme tente de s’instaurer » (p. 16). Ce changement religieux profond, ce bouleversement, il n’est pas seul à le diagnostiquer. Citons quelques grands noms. Pour le jésuite Robert Rouquette, titulaire de la rubrique « Actualités religieuses » dans la revue Etudes, Vatican II sonne « la fin de la contre-réforme catholique » (janvier 1963, p. 104). Pour le Père Chenu, dominicain, qui n’hésite pas à remonter beaucoup plus haut dans le temps, le Concile, c’est « la fin de l’ère constantinienne dans l’Eglise ». Rappelons que Constantin le grand convoqua le concile de Nicée en 325 et donna libre cours à l’extension de l’Eglise dans l’empire romain. Dans Témoignage chrétien, dès le 12 octobre 1962, le même Père Chenu estime que Vatican II ouvre une époque nouvelle dans laquelle le monde devient « la consistance non seulement efficace mais vrai » de l’Eglise (texte repris dans L’Evangile dans le temps, Paris 1965 p. 636). Le Père Rahner reprendra en 1980, beaucoup plus tard donc, dans le volume 14 de ses Ecrits théologiques, cette intuition du Père Chenu, sur ce que devrait être l’Eglise-monde. Selon lui, qui détient la palme de la radicalité historique, le seul événement qui paraisse comparable à Vatican II au cours de 2000 ans d’histoire de l’Eglise, c’est le passage du judéo-christianisme à un christianisme ouvert sur les païens.

Certains s’exaltent devant ses nouvelles perspectives, si enthousiasmantes. D’autres réfléchissent déjà aux dégâts que fera un tel renouvellement. Pour le Père Yves Marie Joseph Congar, dans les Informations Catholiques Internationales, « Vatican II, c’est la révolution d’octobre dans l’Eglise ». Dans cette analogie historique assez violente, il n’a pas peur pourtant, de se ranger, lui, du côté des Bolcheviks. Le Père Gy, qui a beaucoup travaillé à la réforme liturgique note, de son côté, en 1964 : « Une révolution, ça fait des morts ».

Que penser de ce déluge d’optimisme et de ce cynisme révolutionnaire, qui trouve sa justification dans l’optimisme initial?

Eh bien ! Il faut se dire que cette « phase d’effervescence » conciliaire est définitivement close et qu’avec le recul du temps elle apparaît comme horriblement datée. Tous ces théologiens dont nous évoquons le lyrisme sont morts sans avoir vu naître l’Eglise nouvelle, l’Eglise-monde qu’ils appelaient de leurs vœux. Leurs lectures de l’événement conciliaire en garde un côté décalé, inadapté à notre époque, qui est en quête de balises sûres plutôt qu’en attente de mutations révolutionnaires.

Mais ce que l’on devra garder de leurs aspirations radicales, c’est justement l’idée de « lecture ». Ils ont lu les textes de Vatican II sur le renouvellement de la vie chrétienne en les prenant dans le sens le plus fort et en faisant l’impasse, dans cette très longue réflexion que constitue le Concile tel que nous le connaissons aujourd’hui, sur tous les passages où il apparaissait clairement que l’Eglise ne souhaitait pas changer de discours et qu’elle n’avait jamais envisagé de changer de nature.

A quoi s’oppose ce concept nouveau de lecture du Concile ? Prenons un grand roman, comme Les Possédés de Dostoïevski. Imaginons un cénacle d’une dizaine de lecteurs attentifs, que l’on ferait parler, après que chacun ait mené à bien sa lecture : l’interprétation que l’on obtiendra ne pourra pas être univoque. Chacun aura saisi de façon préférentielle, tel ou tel aspect du livre lu. Chacun aura sa propre herméneutique des Possédés.

Eh bien ! C’est en ce sens, je crois, qu’il faut comprendre l’exhortation de Gilles Routhier, toujours lui, nous expliquant qu’il faut « sortir d’une logique mécanique de l’application » du Concile (op. cit. p. 50). Son souci ? Appliquer les textes du Concile de manière trop littérale, sans la mise en perspective de la lecture, sans l’appropriation que signifie la réception, cela signifierait rester «en arrière» et ne pas coller à l’évolution du monde, bref renoncer à construire «l’Eglise-monde», l’Eglise pour laquelle le monde apparaît, selon la formule du Père Chenu, comme «la consistance non seulement efficace mais vrai».

Comment s’effectue l’interprétation ? Pour Gilles Routhier, le chemin de l’interprétation passe toujours par les Eglises locales. Selon lui, ce sont elles qui reçoivent, chacune de la manière la plus authentique, la plus profondément originale, le concile Vatican II, en en faisant un chemin de nouvelle christianisation. On trouve ainsi sous sa plume une définition théologique de la « réception », qui paraît sans ambiguïtés : « J’entends par réception ce processus par lequel une Eglise locale diocésaine (ou un groupe d’Eglises locales) assimile un bien qu’elle n’a pas produit elle-même [par exemple un texte conciliaire] et qu’elle accueille jusqu’à en faire son bien propre » (op. cit. p. 88). Dans cette perspective, le Concile offre aux Eglises locales non pas seulement un mode d’emploi qu’il suffirait d’appliquer à la lettre, mais plutôt « des pistes », sur lesquelles elles puissent s’avancer selon leurs besoins propres et leurs aspirations.

C’est dans ce contexte « localiste » qu’il faut situer la réflexion du cardinal Ratzinger devenu le pape Benoît XVI. L’un de ses premiers actes, à la tête de la Congrégation du Saint Office, c’est de revenir sur la notion de l’Eglise locale, dont le numéro 23 de Lumen gentium dit qu’elle est « par elle-même [ex sese] l’Eglise catholique ». Pas question pour le cardinal Ratzinger, que chaque Eglise locale puisse recevoir Vatican II de façon différente, en inventant une lecture propre « dans chacun de ses grands territoires socio-culturels », dirais-je pour m’exprimer comme le décret Ad gentes le faisait tout à l’heure. L’Eglise locale n’est pas l’agent d’une sorte de révolution spontanée commençant partout sur le terrain, comme l’avaient imaginé les théologiens sur lesquels s’appuie Gilles Routhier. Elle n’est qu’une Eglise particulière, qui doit être visitée par l’autorité romaine, interprète authentique du Concile. Impossible de respecter l’identité catholique, c’est-à-dire universelle de l’Eglise du Christ, si l’on conçoit l’Eglise locale comme « universelle par elle-même ». En revanche, il est vrai que l’Eglise particulière est universelle par elle-même lorsqu’elle se reconnaît comme particulière, lorsqu’elle appelle en son sein la parole de l’Eglise romaine, seule matrice réelle de l’universel chrétien. Tel est le propos d’un document qui suscita l’ire de l’épiscopat français, Communionis notio, publié en 1991, pour indiquer la véritable lecture de Lumen gentum sur la question des Eglises particulières. Faisant fond sur la distinction proposée jadis par le Père de Lubac, le cardinal Ratzinger sauve le texte du Concile, mais, en même temps, il venge l’Eglise romaine en en faisant concrètement le seul principe de l’universel pour les Eglises «particulières».

Le Catéchisme de l’Eglise catholique, énorme travail de lecture du Concile à la lumière de la tradition, viendra en 1993 prolonger cette reprise en main des Eglises locales, dont, on s’en souvient, l’Eglise des Pays Bas avait été la première, selon la formule du pape Paul VI à introduire « un ferment schismatique » dans l’Eglise. Désormais, à Rome même, on se réfère plus aisément au Catéchisme de l’Eglise Catholique qu’au Concile lui-même, par exemple lorsque certains anglicans de la Traditionnal anglican Community sont revenus à la Catholica, c’est sous les auspices de ce Catéchisme catholique qu’ils l’ont fait, en reconnaissant publiquement sa doctrine comme la doctrine chrétienne sans erreur. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique constitue ainsi une lecture autorisée du Concile Vatican II, qui peut et doit être adopté par chacune des Eglises particulières.

Ce dont on ne s’est pas rendu compte tout de suite, c’est que, tout en refusant de voir les Eglises locales jouer un rôle essentiel dans la lecture, la discussion et l’interprétation du concile Vatican II, le futur Benoît XVI néanmoins avait accepté – et repris à l’aile la plus avancée des théologiens post-conciliaires, l’idée d’une nécessaire herméneutique du texte du Concile. C’était reconnaître implicitement, comme Gilles Routhier et beaucoup d’autres, que l’idée d’une application « mécanique » du Concile devenait une idée contre productive, donnant de Vatican II une image figée et définitivement arrêtée, alors que ce Concile historique, dont nous parlions en commençant, doit s’interpréter selon les catégories de l’histoire en marche. Si comme nous l’avons vu tout à l’heure, le texte de Vatican II est étroitement tributaire d’un moment particulièrement intense de l’histoire de l’humanité - cette période de 30 ans environ que Jean Fourastié a heureusement appelé les Trente glorieuses - cela signifie avant tout que c’est un texte pénétré de part en part par l’histoire, un texte qui vieillit au rythme de l’histoire, un texte qu’il importe de ressaisir à chaque instant dans le temps.

Mais que faut-il en ressaisir ? direz-vous. Je crois que ce n’est pas la première question qu’il faut poser. Nous sommes dans une perspective herméneutique, rappelons-le. Nous sommes dans l’idée que Rome offre et offrira petit à petit une réception de ce Concile et nous avons le droit, nous catholiques du rang, de nous demander : mais selon quels critères ? Non pas d’abord : que faut-il ressaisir du Concile ? Mais plutôt : comment le ressaisir aujourd’hui ? La réponse a été donné par Benoît XVI dans la première année de son pontificat. Il faut cultiver une herméneutique de continuité et bannir cette herméneutique de rupture qui, sous le couvert d’un « esprit du Concile » a voulu fixer définitivement l’opposition entre une fraction de l’Eglise catholique et les 2000 ans de son histoire. Le pape reprenait là une expression qui avait appartenu successivement à Jean Paul II et à Mgr Marcel Lefebvre: «il importe de lire le Concile à la lumière de la Tradition».

Vatican II n’est pas le Concile qui ferait entendre les trois coups d’une nouvelle pièce dans l’histoire de l’humanité. Il ne renvoie pas à une ère nouvelle qui aurait dû trouver en elle même ses propres principes interprétatifs, comme a pu le faire, sur le plan politique, la Révolution française par exemple. A l’évidence en effet, la Révolution française ne doit pas être considérée comme « un bloc », selon la formule que le martela jadis Georges Clemenceau. Elle doit être reçue aujourd’hui comme un événement, certes composite, mais qui porte cette spécificité de devoir toujours trouver en lui-même son interprétation – comme si rien ne s’était passé avant lui, comme si rien ne devait arriver après lui, comme s’il était un nouveau commencement, et en même temps le symbole abouti de l’histoire humaine.

C’est le cardinal Suenens jadis qui suggérait le rapprochement entre Vatican II et la Révolution française. Vatican II est un événement important, il ne s’agit aucunement de minimiser ce que le général De Gaulle lui-même appelait l’événement le plus important de l’histoire du XXème siècle ». Mais il est impossible de le traiter comme une sorte de « Révolution française dans l’Eglise », de le faire sortir de l’histoire de l’Eglise ou de l’envisager comme un nouveau commencement de cette histoire, remontant même avec le Père Rahner à l’opposition primitive entre judéo-christianisme et catholicisme.

Lorsque Benoît XVI, le même jour, déclare vénérable Pie XII, le dernier pape anté-conciliaire et Jean-Paul II, le plus brillant des papes de l’Après concile, c’est avant tout pour réconcilier l’ancien et le nouveau dans l’histoire de l’Eglise. C’est cela qu’il veut nous enseigner : le concile n’est qu’un jalon dans l’histoire, avec un « avant » et un « après ». Ceux qui prétendraient trouver dans les texte l’occasion d’une rupture entre l’ancien et le nouveau doivent corriger leur interprétation des textes.

Maintenant que nous avons répondu à la question : comment se ressaisir de Vatican II, il reste à savoir ce qu’il faut en ressaisir.

Dans son Discours à la Curie, déjà cité, Benoît XVI mentionne trois grands débats, ouverts par le Concile, affrontant – pour la première fois frontalement – les rapports entre foi et science, les rapport entre l’Eglise et les Etats modernes et les rapports entre l’Eglise et les religions. Dans ces trois domaines le Concile a innové, mais il n’a fait qu’«ouvrir des pistes» comme dit le pape Ratzinger. Prendre « le Concile comme une boussole sûre », selon une formule de Jean Paul II devenue célèbre, tirée de son Homélie du 29 juin 2004, ce n’est pas s’en tenir littéralement à la manière dont ces pistes ont été ouvertes, c’est reconnaître qu’il fallait les ouvrir et que, pour la plupart d’entre elles, il reste à les explorer, dans un travail exigeant et précis. La réception de Vatican II n’est pas encore accomplie. Elle s’opère sous la houlette du magistère de l’Eglise, par le travail des théologiens.

Vatican II, pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, nous permet, à nous catholiques, d’affronter à visage découvert les questions que nous jette au visage depuis des décennies la Modernité idéologique. L’occasion est unique. Elle est providentielle. Elle fait partie de notre sanctification quotidienne, chacun à la place où nous sommes et selon la vocation que nous avons reçue.

Sur cette question de la Modernité, nous possédons, dans le magistère de l’Eglise, la fameuse formule de Pie IX, qui est la proposition 80ème du Syllabus, ce grand résumé des erreurs du temps, publié en 1864. Nous lisons : « L’Eglise peut et doit se réconcilier avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ». Les « antimodernes » ont fait leurs choux gras de cette formule, dont on ne peut pas ne pas remarquer pourtant qu’elle apparaît immédiatement elle-même comme une formule historicisée et datée.

Prenons les termes l’un après l’autre. Le progrès ? Qui y croit encore aujourd’hui? Ce n’est pas pour rien que dans le microcosme germano-pratin, Pierre André Taguieff a montré que le progressisme de naguère était devenu aujourd’hui ce qu’il nomme de manière expressive le « bougisme », une apologie du mouvement pour le mouvement (« le mouv ») qui n’a rien à voir avec l’eschatologie civique, qui se cachait à la fin du XIXème siècle sous le nom de « Progrès ». Certes il y a encore de notables innovations technologiques, mais personne n’en attend plus un monde meilleur, personne n’imagine que c’est le Progrès qui sauvera l’humanité, comme cela se disait couramment à l’époque de Pie IX.

Le libéralisme ? L’Eglise est toujours brouillé avec le libéralisme philosophique, qui ose placer la liberté humaine avant la vérité et qui déclare donc prétendre que la seule vérité c’est la liberté, en sacrifiant toute vérité donnée à l’impulsion première de l’animal humain. Jean-Paul II est revenu sur cette opposition de principe entre l’Eglise et le libéralisme dans l’encyclique Veritatis splendor (1993). Mais dans l’ordre socio-politique les théories du libéralisme se multiplient. Qu’y a-t-il de commun entre le libéralisme de l’Ecole de Vienne, de Ludwig von Mises et de Friedrich von Hayek, exaltant l’initiative personnelle et la responsabilité individuelle et le libéralisme de la prospérité, théorisé aujourd’hui Outre Atlantique par John Rawls et ses nombreux épigones, et qui n’est qu’une manière de vendre au monde entier le modèle social-démocrate de l’Etat justicier?

La civilisation moderne ? j’ai montré naguère, en m’appuyant sur les travaux d’Emile Benvéniste, que le terme de «civilisation», qui, au XIXème siècle faisait partie du vocabulaire de l’anticléricalisme militant, avait été repris dans les années 30 par les défenseurs de la Tradition chrétienne de l’Europe. Le terme de «civilisation» utilisé par Pie IX a vieilli. On ne peut pas dire que l’on refuse « la civilisation moderne » dans son intégralité, et ce, même si, comme le fit Pie IX, on continue , en tant que catholiques, à refuser une « civilisation » qui se construirait sans Dieu et sans le christianisme. Cette expression a été particulièrement mal comprise, parce que l’on a oublié l’histoire du terme de «civilisation».

Benoît XVI, de son côté, attire notre attention sur le fait que la Modernité a évolué. Que l’on parle aujourd’hui de post-modernité ou de modernité tardive, elle ne se définit plus comme à l’époque de Pie IX. Je dirai même que sa définition a évolué depuis le Concile Vatican II. Exemple de cette évolution ? A l’époque ces drames que sont Hiroshima et Auschwitz n’avaient pas trouvé une véritable formulation dans la pensée humaine, ils ont mis très longtemps à intégrer la culture occidentale. On les occultait. Emmanuel Mounier, par exemple, héraut du progressisme dans tous ses états, parlait dédaigneusement au sujet d’Hiroshima et d’Auschwitz de « la petite peur du XXème siècle », en signifiant (c’était en 1949) que ces horreurs étaient définitivement exorcisées et qu’elles ne devaient pas être prises en considération. De la même façon, Vatican II, reflet de son temps, s’en est tenu à un optimisme sur l’homme et sur la fraternité universelle, qui est insoutenable aujourd’hui et qui, dans le meilleur des cas, est simplement ringard. Définir l’Eglise comme le signe et le moyen de l’unité du genre humain et de l’instauration de cette fraternité universelle (LG 1, GS 3, §2 etc.), c’est lui donner une dimension utopique, qu’a pu soutenir un instant le pape Paul VI, fidèle à la lettre du Concile (cf. Pour une société humaine, Lettre apostolique du 14 mars 1971 n°37), mais à laquelle personne ne croit plus aujourd’hui. La « petite peur du XXème siècle » est devenue une grande peur. Et pourtant, fidèle à l’optimisme foncier que lui avait imposé le pape Jean XXIII dès le discours d’ouverture, dans la ligne qui a été (entre autres) celle d’Emmanuel Mounier, le Concile fait l’impasse sur ces événements et continue, en plein XXème siècle, de considérer le progrès, comme le signe de l’avènement d’un homme nouveau, celui de la Fraternité universelle.

Dieu merci, personne aujourd’hui ne revendiquerait ce genre de discours, sans la distance que pose toute « lecture » entre le lecteur et ce qu’il lit ! Auschwitz nous a appris la puissance du mal… Auschwitz nous a réappris ce que proférait naguère le prophète Jérémie (15, 5) : « Malheur à l’homme qui se confie dans l’homme ». L’optimisme sur lequel le monde a vécu depuis Jean Jacques Rousseau et depuis le XIXème siècle, est définitivement passé. Il est devenu insoutenable. La modernité, en lutte avec elle-même, a évolué et il faut tenir compte de cette évolution.

Dans son encyclique Spe salvi, au n°22, Benoît XVI analyse l’attitude du chrétien face à la modernité, non pas une attitude de rejet intégral, comme si nous avions la possibilité de nous extraire nous mêmes de cette modernité et de la rejeter « en bloc », mais néanmoins, une attitude de critique.

Encore faut-il ajouter, toujours avec Benoît XVI, que cette critique de la modernité, pour les chrétiens d’aujourd’hui, se présente nécessairement quelque part comme « une auto-critique », car, volens nolens, de la modernité le chrétien fait partie et en la critiquant, c’est lui-même ou une part de lui-même qu’il atteint. Il ne faut donc pas s’en tenir à l’idée d’une hostilité absolue entre l’Eglise et la modernité, comme s’il était possible que l’Eglise sorte de l’histoire, et se tienne en face du monde pour le juger, alors que c’est elle qui depuis le début, au cœur de l’histoire, la mène, cette histoire et agit, comme le levain dans la pâte, comme le sel de la terre, pour sauver tout ce qui peut l’être.

Vatican II est un concile historique par les questions qu’il pose, le premier avec une telle insistance et dans une telle envergure, à la modernité. Mais la modernité se critiquant sans cesse elle même et se débattant dans ses contradictions, on peut dire que tout en promouvant ce que le Père Guérard des Lauriers appela jadis « le statut inductif de la théologie », d’une vérité chrétienne qui petit à petit informe l’histoire humaine, le concile Vatican II n’a simplement pas pu mener un tel travail à bout.

L’anthropologie chrétienne, à laquelle le Concile appelle avec raison (cf. GS n°11 §2 et n°12 §2) n’est encore qu’esquissée dans les textes du Concile, qui ne sont pas exempts d’un optimisme définitivement condamné (cf. n°12 §1 et 3), survalorisant l’humanisme moderne, présenté comme confluant avec le christianisme. Un vaste travail reste à fournir. Ceux qui se sont prétendus les représentants d’un esprit du Concile déjà fait n’ont pas compris l’historicité de ce Concile qui en fait avant tout aujourd’hui ce qu’un dignitaire romain appelait récemment devant moi « un grand chantier ».

A cet égard, la véritable question que pose Vatican II est celle-ci : accepte-t-on de se mettre au travail pour répondre loyalement aux questions, vitales pour l’Eglise, soulevées par le texte des constitutions, des décrets et des déclarations conciliaires ? Ceux qui ne voient pas le « chantier » ouvert devant les yeux de chaque chrétien, quelle que soient leur position par rapport au Concile, ne sont pas fidèles à ce Concile essentiellement historique qu’a été Vatican II. Ceux qui imaginent Vatican II comme un objet d’adhésion ou comme un objet de culte sont, par rapport au Concile dans une erreur symétrique par rapport à ceux qui en feraient uniquement un objet de répulsion qu’il faudrait éliminer de l’histoire de l’Eglise. Leur erreur n’a pas les mêmes effets, mais elle procède de la même attitude de fainéantise.

Le message de l’Eglise ne saurait être enfermé dans une bulle imaginaire, accessible aux seuls initiés ou aux seuls militants, avec double ou triple sas de décontamination, avant d’y pénétrer. La vérité chrétienne est une science nouvelle que le dogme nous permet d’objectiver de façon définitive.

Mais cette science, sur Dieu et sur l’homme, a vocation à pénétrer le monde, non pas à rallier le monde mais à gagner le monde en un lent travail de maturation.

Et ce ralliement, non pas de l’Eglise au monde mais du monde à l’Eglise, qui constitue comme l’enjeu ultime et l’unité de l’histoire humaine, Vatican II nous avertit qu’il n’est possible que si le message de l’Eglise est audible pour le monde.

Le projet conciliaire est toujours d’actualité : l’Eglise doit accepter, rassemblant toutes ses forces sans ostracisme, de sortir d’elle-même pour développer partout la seule révolution qui vaille, la révolution chrétienne, avec le salut personnel qu’elle promet à chacun et cette dignité dont elle revêt la personne qui se met elle-même en état d’être sauvée, par la conversion intérieure qu’implique sa prise de responsabilité surnaturelle.

Abbé G. de Tanoüarn

mardi 23 février 2010

[conf'] mardi 23 février - Abbé G. de Tanoüarn, directeur du Centre Saint Paul - Chrétiens et juifs, un dialogue impossible?

Mardi 23 février à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Abbé G. de Tanoüarn, directeur du Centre Saint Paul - Chrétiens et juifs, un dialogue impossible? - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

L'occasion fait le larron...

Dimanche dernier, à 18 H au Centre Saint Paul, j'ai commencé une série de six conférences de Carême sur Vatican II. Je n'aurais pas osé toucher moi même à ce grave sujet, mais le fait qu'à Notre Dame de Paris, Vatican II est aussi le sujet choisi par le cardinal Vingt-Trois pour l'édification des Parisiens m'a semblé providentiel. Il est important de ne pas agiter Vatican II comme un drapeau, mais d'en faire un véritable objet d'études, ce qui requiert une connaissance du contexte historique et des différentes interprétations qui ont fleuri immédiatement après le Concile.

C'est la première fois depuis la création de l'Institut du Bon Pasteur que se développe un projet d'envergure concernant la "critique constructive" du Concile Vatican II. Il y a eu des conférences isolées sur le Concile (j'en ai personnellement donné plusieurs), il y a eu aussi des débats ou des invités développant un point de vue qui n'était pas forcément le nôtre avec beaucoup de courtoisie (je pense, ces derniers mardi au Père Gitton, qui nous a fait l'amitié de venir exposer sa vision des choses et je pense au Père Benoît Lobet, professeur à Louvain la neuve, qui nous a fait, la semaine de Noël, un commentaire sur la parole de Dieu d'après Vatican II).

Mais pour un texte de 2000 pages, qui touche à presque tous les sujets de la théologie et de l'anthropologie chrétienne, une conférence ou un débat, si bien posé soit-il, c'est une goutte d'eau dans la mer. Cette fois, je propose un programme complet, avec dès dimanche prochain, conformément à l'ordre choisi par la Cathédrale Notre-Dame,une réflexion sur Dei Verbum et l'accès à la Parole de Dieu. Je signale qu'être chrétien, selon la Parabole bien connue, c'est justement "recevoir la parole dans un cœur bon et excellent" pour qu'elle produise "cent pour un".

Comment pouvons nous accéder concrètement à la Parole de Dieu ? Est-ce réservé aux spécialistes ? Faut-il se contenter des petites brochures de vulgarisation, facilement accessible dans le commerce ? Le temps du Carême qui met tant de textes sous nos yeux dans une liturgie quotidienne extrêmement riche, est le temps où nous devons nous poser ce genre de questions.

Je rappelle que, durant le Carême, il y a trois manières d'être opérationnel : faire pénitence (essentiellement sur l'alimentation), faire des bonnes œuvres et intensifier sa vie spirituelle.

N'oublions pas les bonnes œuvres, l'attention aux autres. Qu'est-ce que les bonnes œuvres ? Il ne s'agit pas seulement de donner aux œuvres (encore que... je ne peux pas refuser ce genre de don) mais il s'agit de prendre du temps pour les autres, de régler tel ou tel problème pendant avec telle ou telle personne, de se réconcilier s'il le faut ou d'essayer de se réconcilier avec ceux dont nous sommes séparés par un malentendu ou une offense... La morale n'est pas seulement une série d'interdits purement négatifs. Elle comporte aussi et surtout toutes les bonnes actions et ce que j'appellerai une vraie passion pour le bien possible.

Revenons à la vie spirituelle. Vous habitez trop loin d'un lieu de messe commode ? Vous n'avez pas le temps d'aller un peu à la messe en semaine ? Vous pouvez toujours prendre votre missel et lire l'épître et l'Evangile qui changent chaque jour dans la forme extraordinaire de la liturgie romaine. Laissez votre missel sur votre table de chevet et méditez la parole de Dieu. Pas besoin de tout lire ! On n'est pas dans la performance, mais dans ce que Milan Kundera, qui ne pensait pas à cela, appelle joliment : la lenteur. Attention et intensité vont de pair et ils se rencontrent dans la lenteur pour former la prière du coeur.

Mais peut-on accéder directement à l'Écriture ? Que dit Vatican II ? Quelle est la pratique traditionnelle de l'Église ? Nous aborderons dimanche prochain la question du rapport entre Écriture sainte et Tradition et je tâcherai de proposer une interprétation cajétanienne de ce pont aux ânes de la théologie fondamentale.

En attendant, je mettrai très vite en ligne au moins la première conférence, parce qu'elle se présente comme une sorte de discours de la méthode, puisé dans les interventions du pape Benoît XVI, pour une critique constructive du Concile. Ce Concile foncièrement historique a déjà une historicité qu'il s'agit de dépasser le plus vite possible, pour aller à l'essentiel : le dialogue nécessaire entre une modernité qui se remet elle-même en question, depuis Auschwitz et Hiroshima, et une Église qui se ressaisit vaille que vaille des certitudes surnaturelles qui la construisent chaque jour.

lundi 22 février 2010

La burqa aujourd’hui, la soutane demain

Il y a 20 ans l’ennemi des laïcards c’était le cureton. L’islam bénéficiait alors de certaines sympathies dues à sa position de challenger du christianisme. Mais voilà: chute de la pratique et chute des vocations, les bouffeurs de curés ont compris que s’ils ne voulaient pas mourir de faim, il leur fallait trouver d’autres plats. Depuis quelques temps c’est le musulman qui les régale. Je cite en vrac:

Femmes en voile plus ou moins intégral que l’on menace de pondre une loi, 750€ d’amende la première fois qu’on les choppe - combien le lendemain en cas de récidive? Action en justice contre une candidate aux régionales: elle porte son foulard sur la tête. Critère surprenant d’un sinistre qui trouve bien d’avoir un maghrébin dans son parti puisqu’«il est français: il mange du cochon». Tout y passe - jusqu’au courageux Zemmour qui reproche à Rachida Dati de ne pas avoir donné à sa fille un prénom français (elle l’a appelée Solal). Dernier truc en date: haro sur Quick, ce fleuron de l’art de vivre français, qui sert de la viande halal dans 4 établissements: le maire socialiste de Roubaix porte plainte pour ‘discrimination’.

Tant qu’il s’agissait de pauvres bougres vivant dans un foyer sonacotra, ça passait. Tant qu’il s’agissait de kebabs plus ou moins ‘ethniques’ ça passait. Tant que ça se situait dans des banlieues éloignées... Mais voilà que «ça» se rapproche. Que des musulmanes (avec ou sans fichu) sont juristes, infirmières ou comptables. Que les familles musulmanes achètent leur viande au supermarché (celui où tu vas toi aussi faire tes courses). Que la beurgoisie s’installe en Centre-Ville. Que Samira n’est plus (forcément) le prénom de l’élève ou de la femme de ménage, mais de l’enseignante ou de la responsable d'agence. Bref: que les maghrébins prennent leur place dans la société.

Tu me diras: et alors? qu’on fasse la peau aux maghrébins, qu’est-ce que cela a à voir avec ‘toi’? je te réponds sur trois plans. Politique d’abord. Souvent tu es comme moi, attaché à la communauté nationale, il ne t’aura pas échappé que nous ne sommes plus tous gaulois en France. Que sont notamment arrivés des maghrébins musulmans. Ils s’intègrent (si, si!) peu à peu, avec un peu de casse, mais tout de même, et c’est tant mieux. En leur mettant (virtuellement s’entend) des baffes, va-t-on les faire partir? Non. On va les radicaliser, on va perdre 10 ou 20 ans dans le processus de leur intégration à la nation.

Deuxièmement, humain. Louis de Funès, gendarme de St Tropez, courait après les nudistes. Une grosse génération après, nous enverrions nos pandores après les femmes trop vêtues? Un peu d’humanité et si ce n’est pour elles, que ce soit pour nous: ne nous inflige pas ce ridicule.

Religieux enfin. Vois sur le site de l’Assemblé Nationale la proposition de résolution «réaffirmant la prééminence des valeurs républicaines», par «messieurs Éric Raoult et André Gérin». (De toi à moi, rien que ça...) En son point n°7 elle stipule que «la liberté de conscience ne peut s’exercer que dans le respect du principe de laïcité». Ce n’est pas le culte qu’il s’agit d’encadrer, mais la conscience. Ce n’est pas ce que tu fais, c’est ce que tu penses, même tout bas et en secret. Pourquoi pas au fond, puisque le point n°1 explique de quoi il en retourne: «les valeurs républicaines…s’opposent à toutes les formes d’intégrisme». Ne te trompe pas, lecteur traditionaliste! Si tu laisses passer maintenant, tu n'arrêteras rien plus tard. La burqa aujourd’hui, la soutane demain, après-demain le fichu mais aussi ta médaille.

[conf'] Dimanche 28 février : Vatican II et les sources de la foi - Où trouver la Parole de Dieu ?

Conférences de Carême au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris) sur le thème général: Vatican II : quelle boussole? Herméneutique de rupture et herméneutique de continuité - Conférence à 18H00, messe à 19H00

Dimanche 28 février : Vatican II et les sources de la foi - Où trouver la Parole de Dieu ?

dimanche 21 février 2010

[brève] Max Guazzini

Max Guazzini: né dans une famille juive d'origine italienne, ancien chanteur, ancien conseiller  de Bertrand Delanoë (dans les années 80), ancien patron de la radio NRJ, grand ami de Dalida, avocat, et actuellement président du Stade Français. Interrogé par Le Progrès (qu'on n'arrête pas) il déclare: "Je suis catholique pratiquant. Je vais à la messe, en latin. Traditionaliste ne veut pas dire intégriste. La religion n'a aucun rôle à jouer dans la société. On a la chance de vivre dans un pays laïc, c'est fondamental."

Eh beh!

[conf'] Dimanche 21 février : Vatican II ou la nouveauté comme programme - Le monde d'aujourd'hui et celui des années 60

Conférences de Carême au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris) sur le thème général: Vatican II : quelle boussole? Herméneutique de rupture et herméneutique de continuité - Conférence à 18H00, messe à 19H00

Dimanche 21 février : Vatican II ou la nouveauté comme programme - Le monde d'aujourd'hui et celui des années 60

vendredi 19 février 2010

Ce soir, j'ai vu Agnès...

Retour de Rome, après un voyage un peu éprouvant (dans l'avion nous avons été secoués comme des pruniers), j'avais promis à Agnès Zborowska-Cance de venir l'écouter à la Sorbonne. Un programme somptueux... Un timbre et un jeu de "soprano dramatique" (c'est ainsi qu'elle se catégorise). On est aux confins de la musique et du théâtre, dans un autre monde. Dostoievski disait que la beauté sauvera le monde: quand on entend Berlioz, Saint Saëns ou Chopin (dans un polonais admirablement prononcé), on est bien obligé d'y croire. Je vois Agnès après le concert, qui avait lieu dans l'amphi Richelieu de la vieille Sorbonne, elle n'était plus tout à fait avec nous... Et nous ? Dans un ailleurs qui est forcément celui du salut, car Dieu ne se répète pas...

L'artiste avait été rappelée, le public, conquis par cette voix chaude et pleine de gravité, par cette puissance dramatique d'une musique au-delà de la musique, ne lui avait pas fait grâce. Elle s'est concertée trente seconde avec son pianiste, le si précis et si sensible Georges Beriachvili... Et voici l'air de Carmen. "l'amour est enfant de Bohême, il n'a jamais jamais connu de loi". Agnès est espiègle et grave tout à la fois, un cocktail très réussi, un dosage admirable de justesse et pour tout dire... de naturel... "Si tu ne m'aimes pas je t'aime": le ton passe parfaitement la rampe, l'assistance est sidérée par l'aisance d'Agnès. Et puis brusquement, la gravité prend le dessus et se termine sur une menace qui est palpable : "Et si je t'aime prends garde à toi".

Merveilleuse appropriation de paroles dont on aurait presque oublié le sens, aujourd'hui, à l'heure du speed dating, des sites de rencontre et des amours faciles. J'aime ce rappel tragique de la gravité de l'amour. On a tout fait pour oublier que l'amour était tragique et que les amoureuses, à un moment ou à un autre, s'appellent toutes Phèdre ou Andromaque (je ne parle pas des hommes qui aujourd'hui dans le meilleur des cas n'y comprennent plus rien). A force de vouloir démythifier l'amour, à force de souhaiter le rendre accessible, à force de le voir partout, à force de répéter avec un mépris tout célinien que c'est l'infini, oui, mais à la portée des caniches... on l'a détruit.

Mais il suffit d'une vraie interprétation de l'air célèbre de Bizet (notre webmestre nous mettra peut être en appendice à ce post la Callas - à défaut d'Agnès) pour que l'amour rappelle à notre bon (ou à notre mauvais) souvenir son étrange pouvoir. Platon disait qu'il est le fils de Poros et de Pénia, d'abondance et de pauvreté. Bizet dit dans le même sens qu'il est enfant de Bohême et hors la loi : un voyou malicieux et terrible...

Tout l'Évangile n'est pas de trop pour arracher l'amour à son lieu naturel : la tragédie.

Merci Agnès! Pour un chrétien, voir l'amour tel qu'il est humainement (un infini qui écrase les caniches), c'est une grâce. Grâce... à vous ce soir, nous qui étions présents, public hétéroclite, nous avons eu un moment de grâce (de vérité, d'immédiateté)... Et, ironie de ce soir, nous l'avons vécu à la Sorbonne, ce moment. Nous étions dans le Royaume des érudits, ces gens qui savent le tout... de rien, qui connaissent toutes les éditions du Zadig de Voltaire au XVIIIème siècle ou qui savent la généalogie des manuscrits de la Cité de Dieu d'Augustin, mais qui n'atteignent jamais au lyrisme que produit le vrai savoir, lyrisme qui fut aussi celui d'Agnès ce soir.

Oh ! Je ne dis pas que l'esprit du lieu n'était pas propice au génie de Bizet et à l'éloquence de son interprète. Dans l'amphithéâtre Richelieu, pour entendre Chopin, Berlioz ou Richard Strauss, nous avions une belle composition de lieu, œuvre somptueuse de Puvis de Chavanne et, en dessous, une formule lapidaire, qui proclame en latin à l'attention de ceux qui ne sont pas trop distraits : Pacem summa tenent.

Ce sont les murs de la Sorbonne qui ont raison, même lorsque ils semblent démentir la tyrannie des érudits, ces insectes du savoir: les choses élevées (summa) maintiennent la paix ! C'est tout le paradoxe de cette "soprano dramatique": elle a mis tout le monde en paix ce soir.



jeudi 18 février 2010

Le Carême, un sacré sujet !

Je suis invité vendredi sur Radio Courtoisie à enregistrer une émission sur... le Carême. proposition de Didier Rochard. J'en ai été d'abord surpris : 1 H 30 sur la Pénitence, cela peut paraître une drôle d'idée. Et puis je me suis dit que c'était un... sacré sujet et que cet animateur avait sacrément raison. Les très nombreux messages dont se trouve gratifié le Père Augustin parlant du Mercredi des cendres sur le site François Desouche me paraissent également autant d'indices de l'intérêt paradoxal que suscite aujourd'hui le Carême.

Alors, après vous avoir abandonné trop longtemps, amis du metablog, je me suis décidé à vous parler de ce sacré sujet : le Carême.

Si tous les jours se ressemblaient, si rien ne venaient les distinguer, la vie serait lugubre. Il y a des jours de vacances où le "far niente" est de rigueur, il y a les jours de fêtes, dies festus, les jours fastes où le coeur s'illumine, il y a les jours de grisaille où l'ordinaire est de rigueur, et puis il y a les jours de Pénitence, dans le calendrier de l'Eglise l'Avent et le Carême, sans compter les Vigiles et les Quatre temps (les Quatre temps de printemps la semaine prochaine)... où nous devons apprendre à nous restreindre pour mieux nous maîtriser nous-mêmes.

Pour essayer de me faire comprendre, je propose une analogie de proportionnalité : le carême est à la vie personnelle de chacun ce que la décroissance est, comme impératif régulateur, dans les sociétés occidentales. Drôle d'idée, pourtant, la décroissance : cesser de croître, accepter de diminuer la production et la consommation... je ne suis pas sûr de la validité de cette idée au niveau d'une société tout entière. Comment peut-on forcer une société à décroître ? La contrainte qui s'ensuivrait me semble insupportable. Pas étonnant que dans une perspective authentiquement chrétienne, le carême ne soit pas non plus une pratique sociale, mais toujours une exigence personnelle. On fait carnaval tous ensemble et carême chacun chez soi. Les restrictions du carême, on se les impose à soi même, c'est dans la mesure où elles expriment une vraie générosité personnelle (et non ne coutume collective) qu'elles valent la peine que l'on se donne à les supporter. "Quand tu jeûnes parfume toi la tête" dit l'Évangile, ton jeûne ne regarde que toi et "ton Père céleste qui est dans le secret".

Il me semble que la première utilité du Carême est de reconduire chacun à lui même, pour lui permettre de redécouvrir Dieu, loin des réflexes mimétiques, avec cette idée qui revient : "ta foi (comme réalité psychique et spirituelle) vaut ce que vaut ton carême. Ton Carême t'apprend ce que tu es capable de donner, il te montre à quelle aune juger ton sacrifice intérieur...

Le Carême ? Avant même d'être un moyen d'avancer, c'est un symptôme ou un thermomètre. Une mesure - plutôt que des mesures, je veux dire plutôt que des résolutions. Faire le carême, c'est accepter de se laisser jauger - oh ! soi par soi - comme personne, comme liberté. Dans cet exercice, on apprend très vite à ne pas se surévaluer...

mardi 16 février 2010

[conf'] mardi 16 février 2010 - Christophe Réveillard, directeur de la revue Conflits actuels - Démocratie : pour une radioscopie du tabou

Mardi 16 février à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Christophe Réveillard, directeur de la revue Conflits actuels - Démocratie : pour une radioscopie du tabou - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

samedi 13 février 2010

En France, 50% seulement des messes tridentines sont autorisées.

Agoramag publie un intéressant relevé sur la forme extraordinaire du rite latin: pays par pays, combien de messes, dont combien chaque dimanche, combien dites par des prêtres de la FSSPX ou apparentés, et combien sont autorisées par l’évêque du lieu.

J’ai retenu les pays comptant chaque dimanche plus de 20 messes, pour que les pourcentages aient un sens. Sur la première marche du podium (Campos oblige), les évêques brésiliens autorisent 87,5% des messes dites chaque dimanche (42 sur 48). A côté, les évêques italiens: 84,9% d’autorisation (73 sur 86). Presque aussitôt, les Etats-Unis, très généreux: 80,5% d’autorisation (289 sur 359). Sur la seconde marche du podium, le Royaume-Uni: 69,8% d’autorisation (37 sur 53). Tout de suite après, les chiffres descendent.

Australie: 60,7% (17 messes autorisées sur 28), Canada presque pareil (23 sur 39), et Pologne: 57,7% (15 sur 26). L’Allemagne n’est qu’à 55,7% (49 sur 88), et la France est dans le bas du classement de la générosité épiscopale, avec 50% seulement d’autorisation. Seule la Suisse fait pire : 21 messes autorisées sur 45. Autrement dit, aux États-Unis, pour une messe « FSSPX », on compte quatre fois plus de messes autorisées. Si les évêques français se montraient aussi généreux, ils autoriseraient 644 messes. Ils n’en autorisent que… 156.

mercredi 10 février 2010

A l'hôpital

Retour de Rome, je me suis rendu au Kremlin Bicêtre pour voir l'abbé Berche. J'arrive. Il a les traits tirés, le visage blanc et il dort. Il n'ouvre pas les yeux à mon entrée dans sa chambre comme il le fait d'habitude. Je m'approche, tente de lui parler, mais n'insiste pas.
Et puis... je l'entends respirer. Je regarde le respirateur artificiel : "en veille". Et je comprends. Il respire seul maintenant et manifestement cela le fatigue un peu.
En sortant de sa chambre je tombe sur "son" infirmière, une jeune femme avenante et passionnée par ce qu'elle fait, qui m'accorde de son temps pour me parler d'Alexandre. "C'est effectivement la première fois que je débranche le respirateur, me dit-elle, manifestement heureuse et fier de son malade. Cela date de ce matin. Il est un peu fatigué, mais ça va". Je lui demande ce qu'il en est du bilan cérébral. Elle me dit que, en ce moment, on n'a pas de vrais contacts avec Alexandre et que cela serait prématuré de faire cet examen.
Sur ces entrefaites une amie d'Alexandre entre dans la chambre et va droit à son lit. A-t-il reconnu sa voix ? il ouvre les yeux, enfin, malgré sa fatigue. Elle lui demande un sourire. Je vois l'infirmière qui regarde la scène intensément, quelques pas en arrière. Et Alexandre d'esquisser le sourire demandé, non pas du bout des lèvres, mais plutôt du coin des lèvres. J'avoue que je me demandais ce qu'il en était. Mais l'infirmière confirme la joie de l'amie d'Alexandre. "Oui, il a souri, c'est indéniable". Et elle ajoute : "J'ai déjà eu ces instants de présence, mais la semaine dernière et je n'avais pas eu de sourire". Elle s'approche d'Alexandre : "Maintenant que je sais que tu fais des sourires, Alexandre, je n'ai pas fini de t'en demander".
Chers amis, la convalescence d'Alexandre va prendre du temps, mais il faut prier. C'est tout ce que nous pouvons faire ? Mais c'est beaucoup, c'est manifester notre solidarité avec Alexandre dans la communion des saints et lui être utile autant que nous le pouvons.

mardi 9 février 2010

[conf'] mardi 9 février: Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique - "Qu’est-ce que la civilisation chrétienne?"

Mardi 9 février à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique - "Qu’est-ce que la civilisation chrétienne?" - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié
... et voici la liste des prochaines conférences du mardi, sous réserve de modification. Chaque conférence est annoncée sur le Metablog quelques jours à l'avance.

Mardi 16 février - Christophe Réveillard, directeur de la revue Conflits actuels
Démocratie : pour une radioscopie du tabou

Mardi 23 février - Abbé G. de Tanoüarn, directeur du Centre Saint Paul
Chrétiens et juifs, un dialogue impossible?

Mardi 2 mars - Débat Abbé G. de Tanoüarn-Alain de Benoist
Qu’est-ce qu’une aristocratie?

Mardi 9 mars - Jeanne Smits, directeur du journal Présent
Elisabeth Nuyts, pour une pédagogie du logos

Mardi 16 mars - Gérard Jubert, conservateur aux Archives nationales
Saint Jean-Charles Cornay et l’évangélisation du Tonkin

Mardi 23 mars - Philippe d’Hugues, ancien administrateur de la Cinémathèque française
Eric Rohmer, entre Pascal et Marivaux

Mardi 30 mars - Sylvie Chabert d’Hyères, exégète
Le récit lucanien de la Passion du Christ

dimanche 7 février 2010

[IBP Roma] Servir et non pas se servir

[Article repris du site de l'IBP - Roma - 30 janvier 2010]

C’est l’écrivain juif André Suarès, qui dans une de ces mémorables envolées dont il avait le secret, s’était écrié, non sans clairvoyance : « Le service est le méridien de l’Occident ». Alors qu’à Rome les séminaristes vaquent à leurs révisions et subissent les examens de rigueur en ce milieu d’année, alors que l’abbé René Sébastien Fournié, absorbé par son double cursus en droit et en théologie, m’a demandé de le remplacer pour cet éditorial, je crois que parler du service, c’est donner le sens de ce travail, auquel les uns et les autres sont assujettis en ce moment, travail qui n’est pas un travail stérile, comme si pour chaque séminariste, il s’agissait seulement de se servir, de prendre le meilleur pour lui, de se perdre dans l’érudition ou dans le calcul de carrière, en oubliant que très bientôt l’Eglise l’enverra dans le monde… En réalité, ce travail universitaire d’aujourd’hui, il doit servir à l’Eglise.

Etudier pour construire le Royaume de Dieu

Comme disait saint Bernard dans le De consideratione – je le cite en latin parce que la brièveté impérieuse de son style est intraduisible : alii sciunt ut sciant et est curiositas (les uns savent pour savoir et c’est de la curiosité), alii sciunt ut sciantur et est vanitas (d’autres savent pour être reconnus et c’est de la vanité), alii sciunt ut aedificent et est caritas (d’autres savent pour construire et c’est de la charité).
Construire ! Dans l’esprit de saint Bernard, il ne s’agit pas seulement d’édifier le prochain par quelques phrases bien tournées, mais de construire le Royaume de Dieu sur la terre, parce que ce Royaume signifie toujours l’avènement d’une science nouvelle dans les cœurs. Si l’on réfléchit à ce qu’est le Royaume de Dieu dans l’histoire, ainsi que nous y invite le concile Vatican II, on est obligé de constater que toujours il signifie la découverte d’une vérité sur Dieu qui implique un certain nombre de vérités auxquelles l’homme doit se plier. Saint Paul avait compris cela puisque c’est très souvent le plan de ses épîtres : la doctrine d’abord, la contemplation du mystère du Christ, Dieu et homme, la méditation sur le mystère de l’Eglise corps mystique du Christ et ensuite – ce que nous appelons dans notre jargon la parénèse : qu’est-ce que ces vérités spirituelles changent dans la vie des hommes ? Quelle anthropologie on peut tirer de cette théologie christique ?
Ces séminaristes qui travaillent, au point de ne plus trouver le temps d’alimenter ce site, ils ne perdent pas leur temps en contemplant les mystères divins tels qu’ils nous sont livrés dans l’Ecriture, ils ne cèdent ni à la curiosité ni à la vanité, selon la vigoureuse mise en garde de saint Bernard, ils ne se dispersent pas (curiosité) et ils ne perdent pas leur temps à se regarder le nombril (vanité), ils cherchent à maîtriser ce savoir de la vérité sans lequel il n’y a pas de révolution chrétienne, sans lequel le christianisme, simple affaire de bons sentiments, devient une sorte de farce que l’on joue parfois pour se donner bonne conscience.
Ils cherchent à servir l’Eglise, et donc – toujours saint Bernard – à la construire, à la reconstruire.

Nova et vetera
: Des réponses nouvelles à trouver dans la Tradition

La Tradition catholique n’est pas un ensemble de réflexes conditionnés que l’on pourrait cultiver dans un ordre purement extérieur, comme celui que subit le chien de Pavlov – ordre qu’il suffirait de répéter à l’identique pour que se reproduisent sans cesse les mêmes effets. Mais qu’est-ce que la Tradition alors ? Notre trésor ? Oui, elle est le trésor du scribe dont parle l’Evangile (Matth. 13, 52). Ce trésor, notez-le, contient à la fois les « vetera », les vieilles choses, les recettes éprouvées, les formules liturgiques, les dogmes théologiques qui donnent une forme à notre croyance, une colonne vertébrale à notre vie intérieure. Mais ce trésor, qui nous aide à construire ou à reconstruire, contient aussi « nova », les choses nouvelles, le dynamisme et l’élan qui jamais ne contredisent un attachement vrai. Dans le trésor de la tradition, on trouve aussi les réponses nouvelles aux questions nouvelles qui se posent aujourd’hui et ne se posaient pas hier. Voilà le travail du scribe instruit dans le Royaume des cieux, voilà le labeur et le discernement du séminariste. En s’y livrant de toute son âme, pleinement présent à l’instant dans lequel il se trouve, totalement dans le moment de sa vie qu’il traverse, il contribue silencieusement à construire l’Eglise, c’est-à-dire à la servir.

Ne pas passer à côté des âmes à cause d’un savoir théologique trop superficiel

Le Père Labourdette, savant thomiste du Couvent de Toulouse disait paraît-il : « A 70 ans, je prêche ma première année de noviciat ». Dans leur travail d’aujourd’hui, nos séminaristes préparent leur prédication de demain. Un savoir théologique trop superficiel ? C’est l’assurance de passer à côté de beaucoup d’âmes, qui ont besoin d’être édifiées, au sens le plus littéral de ce terme, d’être reconstruites par la Parole de Dieu, mais qui n’accepteront ce savoir qui édifie que s’il s’agit d’un vrai savoir.

Pas question, dans cette perspective, de céder à la tentation du psittacisme, la fameuse maladie du perroquet, qui répète toutes sortes de choses sans les comprendre. Moi qui vient de temps en temps donner des cours à la Casa de la Via Giorgio Bolognetti, je suis impressionné par l’exigence des séminaristes vis-à-vis de l’enseignement qu’ils reçoivent, par leur manière sérieuse de poser des questions et même de pousser (respectueusement) le professeur dans ses retranchements. Je sens que ces questions ne proviennent ni de la curiosité ni de la vanité et que quand elles se posent vraiment, c’est au nom des âmes dont on leur confiera la charge qu’elles se posent à eux.

Abbé Guillaume de Tanoüarn
Assistant de l’Institut du Bon Pasteur

jeudi 4 février 2010

Une visite à l'abbé Berche ce soir

L'abbé Berche continue à avancer dans son lent retour vers le monde des vivants. Il respire de mieux en mieux. Ses opérations de réparation pour son bras et sa cheville ont bien réussi. Il ouvre les yeux de longs moments et communique avec vous en les faisant cligner. Il bouge un peu la main. Oh ce sera dur, mais je le connais, il a une volonté de fer et je sais qu'il peut surmonter bien des obstacles. Sa maman lui lit une Vie de Jésus et s'occupe merveilleusement de lui, de son confort, ne serait-ce que de la manière dont il tient sa tête. Merci de vos prières. Quelques uns de vos messages lui ont déjà été lus. Continuons lui notre soutien de toutes les manières à notre portée.

Courtalain - prises de soutane du 2 février 2010

[texte et photos repris du site du séminaire de Courtalain]

Chers amis de l'Institut du Bon Pasteur et du séminaire saint Vincent de Paul, voici quelques photos de la cérémonie du 2 février, au cours de laquelle 12 nouveaux séminaristes et un frère ont reçu la soutane et la tonsure, dès mains de M. l'abbé Philippe Laguérie, modérateur général de l'Institut du Bon Pasteur. La cérémonie a eu lieu en l'église paroissiale de Courtalain, en la fête de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, en présence de nombreux prêtres et fidèles venus prier et encourager ces jeunes lévites. En cette année du sacerdoce, cette moisson abondante est une bénédiction : que nos prières fidèles accompagnent ces séminaristes tout au long de leur formation!
Le recteur, Abbé Roch Perrel

mercredi 3 février 2010

Saint Eloi - Ordinations du 23 janvier 2010

[Texte et photos repris du site de l'Institut du Bon Pasteur]

Le samedi 23 janvier 2010, en l'église saint-Eloi de Bordeaux, paroisse personnelle et maison-mère de l'Institut du Bon-Pasteur, son Excellence Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, procédait à l'ordination d'un diacre et de trois sous-diacres de l'Institut. Une première pour l'Institut du Bon-Pasteur, en ce sens que le consécrateur est un évêque résidentiel français. Deo Gratias. Et premier d'une longue liste, sans doute.

Très belle cérémonie, présidée avec dignité et parfaite maîtrise de la forme extraordinaire, par l'un des plus jeunes évêques français, lui-même consacré au printemps dernier par son Éminence le Cardinal Ricard. Le jeune et sympathique évêque de Bayonne (52 ans) a conquis en quelques heures les cœurs et les esprits des nombreux assistants. Dans un magistral sermon de douze minutes (eh oui, c'est possible) Mgr Aillet a su admirablement donner les raisons surnaturelles du sous-diaconat, par la fécondité exceptionnelle du célibat consacré, et du diaconat, par le don total du service exclusif et irréversible du Christ et de l'Église. Oui, un petit chef-d'œuvre aussi court que dense, dans une liturgie aussi riche que familiale.

Le repas chez nos amis Hau-Palé, magnifiquement orchestré par M. l'abbé Vella, digne successeur de l'abbé Laguérie, nous a encore appris mille et une chose. Pas facile d'être évêque de nos jours ! Il y faut un équilibre, un optimisme et une détermination qui relèvent de héroïsme. Mais nul doute ne subsiste chez les auditeurs et les spectateurs de cet élu du Saint-Père pour le siège de Bayonne: il a la trempe et la classe requises. Et puis cette gentillesse, cette chaleur, cette simplicité, auxquelles, il est vrai, le personnage de l'évêque lambda ne coïncidaient plus tout à fait...

mardi 2 février 2010

[conf'] Kostas Mavrakis: "Le marxisme a-t-il un avenir? Alain Badiou et quelques autres"

Mardi 2 février à 20H00 au Centre Saint Paul (12 rue Saint Joseph - 75002 Paris), conférence de Kostas Mavrakis: "Le marxisme a-t-il un avenir ? Alain Badiou et quelques autres" - PAF 5€, tarif réduit à 2€ (étudiants, chômeurs, membres du clergé). - La conférence est suivie d'un verre de l'amitié.

Grec d'origine, vivant en France depuis plusieurs décennies, Kostas Mavrakis a naguère écrit un livre sur Mao et le maoïsme - d'un point de vue tout à fait favorable au Grand Timonnier - qui a été traduit en plusieurs langues. Philosophe, il a été très proche du marxiste Alain Badiou, auquel il vient de consacrer un livre critique (voir son article dans Valeurs actuelles de cette semaine). Par ailleurs, en tant que peintre lui-même, il s'est beaucoup intéressé à la philosophie de l'art.

Gérard Leclerc et Vatican II

Dans France catholique, Gérard Leclerc a réagi comme nous à l'annonce de l'archevêché de Paris sur le Carême de Notre Dame consacré à Vatican II. On ne perd jamais son temps à lire Gérard Leclerc. Voici ce qu'il explique concernant Vatican II :

"Il est vrai aussi que les changements radicaux accomplis nécessitent des révisions importantes. Des problèmes radicalement nouveaux sont apparus, les clivages idéologiques se sont reformulés. Il est indispensable d’en tenir compte.

Par ailleurs, l’enseignement des principaux textes du Concile doit être repris pour être approfondi, et parfois même découvert. Ce qu’on tient trop souvent pour acquis ne l’est guère ou pas du tout. Parfois l’ecclésiologie, si importante pour le Concile, a été ramenée à des slogans, loin de la profondeur de certaines constitutions comme Lumen gentium. Ce n’est pas pour rien que Benoît XVI a beaucoup insisté sur la liturgie, réformée conformément aux principes définis à la première session. Mais c’est l’ensemble du peuple chrétien qui doit se pénétrer du sens de l’eucharistie, sommet de la vie sacramentelle. Les conférences de Carême de Notre-Dame vont donc constituer un moment fort de réappropriation de Vatican II, loin des querelles d’hier et dans les perspectives de la mission de l’Église dans ce siècle commençant".
 
Ce disant, je crois pouvoir affirmer que Gérard Leclerc définit très bien l'approche que nous proposons au Centre Saint Paul, approche parallèle à celle de la cathédrale, sous le titre : "Vatican II, quelle boussole ?"
Alors que tant de gens, qui n'ont pas lu le Concile, en font un objet d'invocation plutôt qu'un sujet d'études, il est temps de se pencher sur les textes de ce Concile pastoral, de montrer les nouveaux champs de questionnement qu'il ouvre à la théologie et à l'anthropologie chrétienne et de retrouver le sens d'une affirmation tranquille de la foi aujourd'hui, alors même qu'en cinquante ans (depuis l'annonce du Concile) le monde a plus changé qu'en 2000 ans.

Ce changement civilisationnel est-il un drame de la conscience chrétienne ? Non pas, si nous considérons que c'est toujours, d'une manière ou d'une autre, le christianisme qui fait l'histoire. Mais, par rapport au texte conciliaire, il faut bien reconnaître qu'une prodigieuse liberté nous est donnée par l'histoire en marche, dans la continuité de l'enseignement bimillénaire de l'Église, qui, seul, ne se démode pas.