samedi 18 juillet 2020

Trois oblations, un sacrifice

"Jetez sur cette offrande un regard favorable et apaisé". N'est-il pas suffisant d'offrir la victime pure, sainte et sans tache pour être agréé ? La victime divine n'ouvre-t-elle pas par elle-même la porte du sanctuaire divin ? Pourquoi demander à nouveau au Père de recevoir ce sacrifice ? Si l'on ne souhaite pas accuser nos ancêtres de psittacisme, je crois qu'il faut comprendre autrement les choses et distinguer la part divine et la part humaine de cette offrande. Celle qui doit être agréée par Dieu et à propos de laquelle on demande sans relâche "un regard favorable et apaisé", c'est l'offrande humaine, non plus l'offrande du pain et du vin, comme à l'offertoire, mais l'offrande de la destinée humaine. Pour rendre supportable cette destinée, par ailleurs promise à la mort et comme dit saint Paul à la corruption, à la destruction du tombeau, il nous faut unir nos pauvres vies à celle, glorieuse et immarcescible, du Seigneur Jésus. 

C'est cette union purement gracieuse au Christ que nous demandons maintenant. Le Père de Condren (à moins que ce ne soit le Père Quesnel) explique très bien dans L'idée du sacerdoce et du sacrifice du Christ qu'il y a trois oblations dans le sacrifice de la messe: "Comme il se fait trois oblations dans le sacrifice de la messe, la première, celle du pain et du vin, la seconde celle du corps et du sang du Christ, la troisième celle de son corps mystique et de ses membres qui sont l'Eglise et ses enfants. Le prêtre peut regarder ce qu'il a alors sous ses yeux [pendant l'offertoire dont il est question dans ce passage], ou simplement comme la matière qui doit être changé au corps et au sang de l'Agneau de Dieu, ou par avance comme déjà changé en cette sainte victime, ou enfin comme représentant ceux qui l'ont offert, et en eux toute l'Eglise" (op. cit. p. 265). Si nous supplions Dieu de recevoir ce sacrifice, alors que la consécration a déjà eu lieu, c'est parce que nous supplions, c'est le troisième mode du sacrifice, que soient reçu auprès de Dieu ceux qui lui ont offert ce sacrifice. 

L'eucharistie est un sacrement qui accomplit le baptême en réalisant l'ultime oblation, la troisième, celle dans laquelle c'est notre humanité avec sa pourriture qui est offerte pour que nous devenions fils et filles de Dieu. Saint Paul dit aux Romains : "Nous avons été baptisés dans la mort et dans la résurrection de Jésus". Mais c'est dans l'eucharistie, lorsque le fidèle communie à son Seigneur que s'accomplit le sacrifice dans sa portée définitive de métamorphose : au delà du sacrifice du Christ sur la croix, c'est la communion de tous ceux qui le veulent aux fins divinement voulues de ce grand sacrifice de la croix, qui accomplit la volonté de salut de Dieu dans sa Plénitude.. "Celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle" (Jean 6). Il ne s'agit plus seulement, comme à l'Offertoire d'apporter ce que j'ai appelé plus haut, avec le Père Guérard des Lauriers, le sacrifice de l'homme dans toute son imperfection. Il s'agit d'accéder au plérôme en échangeant, par la communion, notre vie mortelle contre une vie immortelle. Il s'agit de vivre chacun ce que nous pouvons vivre du sacrifice du Christ, pour "ajouter ce qui manque à sa passion", notre propre participation, non pas cette participation inchoative de l'offertoire, mais une participation terminative au Mystère de Dieu, participation qui est elle-même la clé du Mystère.

Si donc, pour répondre à la question que nous avons posée en commençant cette méditation, nous implorons Dieu de regarder ce sacrifice parfait avec un regard favorable, ce n'est pas parce que nous imaginerions que Dieu pourrait repousser le sacrifice de son fils, mais c"est parce que, après la consécration, ce qui est désormais en question, ce à propos de quoi nous supplions encore la clémence du Seigneur, c'est l'accomplissement ultime du sacrifice du Christ à chaque messe. Nous sommes en face du même et unique sacrifice de la croix, mais qui trouve sa dimension ultime, son état parfait, son accomplissement dans cette troisième oblation, qui provoque notre métamorphose. Nous allons le voir cet accomplissement terrestre rejoint le sacrifice éternel de la Trinité, en quoi tout est accompli.


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