vendredi 23 août 2013

Le Coeur immaculée de Marie et notre IBP

Je ne voulais pas laisser passer la fête du Coeur Immaculé de Marie, dont M. l'abbé Héry avait voulu faire une fête patronale de notre Institut. Combien cette fête est éloquente aujourd'hui, combien il est important de parler du coeur et de l'intelligence qui en découle. Nos contemporains sont asphyxiés entre le rationnel (ce bon vieux calcul de nos intérêts qui fondamentalement nous dirige) et le compassionnel (cette tendance à verser des larmes de crocodile sur tel ou tel événement en s'empêchant toujours, ainsi de voir l'ensemble d'une question). Le grand oublié, c'est le coeur, d'où vient toute science de la vie, toute foi et toute beauté.

Marie avait du coeur plus que personne au monde. Marie avait la foi mieux que quiconque. Marie comblée de grâce semble même émouvoir l'ange. Le Seigneur est avec elle lui dit Gabriel avant qu'il ne s'incarne en elle. "Elle a conçu Jésus dans son coeur avant de le concevoir dans son corps", raison pour laquelle, comme dit Luther dans son Commentaire du Magnificat, elle est sans doute la première chrétienne : chrétienne avant le Christ et pour qu'il y ait le Christ. En elle, on peut dire d'une certaine façon que l'Esprit saint s'est incarné. C'est le sens que donnait le Père Kolbe à ces deux mots mystérieux : conception immaculée.

Saint Paul nous dit que le Christ est le nouvel Adam (I Co 15). Il fallait au nouvel Adam une nouvelle Eve, sinon où serait la parité ? Dieu se serait contraint, se serait limité au sexe mâle ? Impossible. De la même façon que l'homme psychique est créé "mâle et femelle" (Gen. 1, 29), de la même façon l'homme spirituel est donné au monde dans les deux sexes, qui, en quelque sorte se partagent l'image de Dieu dans l'être humain. C'est pourquoi, comme saint Bernard, on doit répéter "De Maria numquam satis". D'une certaine façon, on ne dira jamais assez de la Vierge Marie, cette femme qui a soumis les éléments du monde dans la vision de l'Apocalypse : elle est vêtue du soleil, elle a la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. Il n'a pas fallu attendre longtemps pour que, selon sa prévision, "toutes les générations la disent bienheureuse". Dans l'Apocalypse c'était chose faite de façon oh combien autorisée.

jeudi 22 août 2013

[verbatim] "Tous les rapports sociaux traditionnels et figés, avec leur cortège de croyances et d’idées admises et vénérables, se dissolvent" [posté par RF]

[par RF] Sans commentaire inutile, je livre à votre lecture ce bref extrait sur la désacralisation de notre monde
"[...] La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages. La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent. [...]"
... et cet autre extrait, sur la mondialisation: industrielle et culturelle...
"[...] Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des productions de l'esprit Les oeuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle. [...]"
Voila ce qu'écrivait Karl Marx ("Le Manifeste du Parti Communiste") il y a 5 ou 6 générations, et que ne lisent sans doute plus ni ceux qui se réclament encore de lui, ni ceux d'en face.

vendredi 16 août 2013

dé/zoom [par RF]

[par RF] Lorsque nous avons le nez collé sur nos problèmes, nous sommes tentés de leur trouver des causes immédiates – et proches. Nous aimons alors penser que tout tient à un seul homme: si on ne se gare plus à Paris c’est un coup de Delanoë et de ses Verts; si l’enseignement va mal en France c’est à cause de Haby et de son collège unique; si le catholicisme recule chez nous c’est du fait de Bugnini et de sa messe. 

Mais si nous dézoomons, nous voyons que les mêmes problèmes se posent simultanément dans des sociétés voisines. Sous une forme ou sous une autre, ce sont toutes les mégalopoles anciennes qui chassent l’auto de leur centre. Ce sont tous les pays qui s’interrogent sur la pertinence de leur modèle éducatif. Et le recul du catholicisme? la Suisse ou l’Allemagne offrent à l'observateur l’avantage d’être des sociétés religieusement mixtes mais sociologiquement homogènes. Baptême, mariage, funérailles: les courbes parallèles indiquent la même désaffection chez catholiques et protestants. 

Aïe. La ‘nouvelle messe’ ne serait donc pas la clé du recul du catholicisme? Je sens venir l’agacement, la gronderie et les coups. Votre modeste webmestre ne serait-il donc pas tradi? Si. Mais de quel traditionalisme? Je crois qu’il en existe trois types: 

Le premier pense que la nouvelle messe tient du complot. Un ennemi intérieur («suivez mon regard…») a voulu frapper l’Eglise à mort, en substituant un ersatz au plus saint de nos mystères. Au sein de cette théorie, on discute pour savoir si l’ersatz remplit cependant sa fonction, et quelle dose de poison il transporte. 

Le second traditionalisme pense que la nouvelle messe a honnêtement voulu répondre au déclin déjà amorcé à l’époque. Qu’en modernisant la forme on pensait rendre plus éclatant ce qu’elle réalise. Mais qu’on s’est trompé de remède, et que la réforme loin d’enrayer le déclin l’a précipité. 

Le troisième traditionalisme est pragmatique. Il constate que la chrétienté n’existe plus en Europe de l’Ouest, que le tissu religieux s’y est aminci au point de ne plus laisser que des îlots, plus ou moins présents selon les milieux et les régions mais cependant tous fragiles; que certains de ces îlots vivent de la forme liturgique extraordinaire ; et qu’au regard de la rareté et de la fragilité de ce qui reste de chrétienté il convient au minimum de ne mettre de bâtons dans les roues de personne.

Dans cette optique («ne mettre de bâtons dans les roues de personne») la décision romaine d’interdire leur liturgie privilégiée aux Franciscains de l’Immaculée est proprement... étonnante. Mais ce serait là l’objet d’un autre post.

jeudi 15 août 2013

L'abbé Bruno Schaeffer : il avait la noblesse de Dieu

Je suis allé mardi dernier aux funérailles de l'abbé Bruno Schaeffer au monastère de Bellaigue, en Combrailles. Nous n'avions - peut-être - pas tout à fait les mêmes positions ecclésiales, mais c'était un homme de Dieu, un homme qui révélait quelque chose de la bonté de Dieu juste dans sa manière d'être, sans phrase, avec une attention mais aussi une discrétion dont on aurait voulu parfois interrompre le cours. Rien du gourou ! Au Parloir chrétien rue du Vieux Colombier, à Saint-Nicolas du Chardonnet, puis dans la grande salle de la Rue Gallande, ce cadeau somptueux qu'il fit à la Fraternité Saint Pie X, il recevait des jeunes, faisant lui même parfois un bout de tambouille, avec une étonnante proximité envers tous, sans distinction de chapelle, montrant un sens du bien commun de l'Eglise dont les prêtres de toutes les tendances pourraient bien s'inspirer. Certains au Vatican même lui ont parfois en douce cherché des noises. Je me souviens, alors que je travaillais au Saulchoir que le Père Gy est venu en bras de chemise me demander d'un ton inquisiteur (le ton qui convint à son ordre au Moyen âge) "ce que je pensais de Bruno Schaeffer". C'est en me remémorant ce pénible épisode de nos toutes récentes guerres de religion que j'écris ces lignes. Pour rendre justice à un prêtre de Jésus Christ, à un homme qui fut père - abba ! - bien plus souvent que le rythme biologique le lui aurait permis si il avait choisi une carrière dans le siècle.

Disons-le tout net, l'abbé Schaeffer cultiva la thèse sédévacantiste, telle que l'exposa Mgr Guérard des Lauriers, dominicain. Pour lui la papauté était quelque chose de si grand - un droit divin ! - que les papes, depuis Jean XXIII, avaient perdu l'exercice de ce Munus. Le Père Guérard fit sensation au tout début des années 80, en distinguant la papauté "materialiter et la papauté "formaliter". Selon cet intellectuel de haute volée,  les papes, après Pie XII, parce qu'il n'avaient pas eu l'intention de recevoir la plénitude de pouvoir qui caractérise la papauté, restaient en-deça du pontificat. Ils étaient pape matériellement, non formellement. Le théologien précautionneux, au moment même où tel l'éléphant, il écrasait allègrement une porcelaine multiséculaire, éprouva le besoin de finasser en précisant que sa thèse, selon laquelle le pape n'était pape que matériellement et non formellement, revêtait une "certitude probable" qui permettait à un chrétien d'agir en conséquence avec une assurance suffisante. C'est ainsi qu'inquiet pour l'avenir de l'Eglise, le Père Guérard des Lauriers se fit lui-même sacrer évêque par un Viêt namien controversé, frère de l'ancien président Diem, archevêque de Saïgon en son temps, qui fit au Concile plusieurs interventions sur le dialogue avec les bouddhistes, Mgr Ngo Dinh Tuc, celui-là même d'ailleurs qui ordonna prêtre Bruno Schaeffer.

Cette thèse sur le pape était lourde et fine en même temps (ce que, hélas, l'abbé de Cacqueray, qui officiait pour les funérailles n'a manifestement pas compris du tout : je parle de la finesse autant que de la lourdeur). A la même époque, le Père Barbara développa une thèse sédévacantiste radicale, sans distinguer le "materialiter" et le "formaliter", qui est celle à laquelle implicitement on se réfère (Cacqueray compris) quand on parle, sans bien les connaître, de tels sujets. Il y a des différences foncières entre les deux hommes. Le Père Barbara était un curé pied-noir au verbe haut qui aimait les simplifications qu'une éloquence ordinaire fait subir à la pensée, qui se souciait de la pratique subtile des distinctions scolastiques comme d'une guigne et qui écrivit une Catéchèse catholique du mariage, dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle est fort systématique, soumettant à la Ratio theologica le moindre ébat conjugal... avec l'inconfort que chacun imagine dans ce mélange. Il raisonnait en base 2. Pas Guérard des Lauriers. Et pas l'abbé Schaeffer. La demi-heure de l'abbé de Cacqueray sur la question a été insupportable pour la famille et pour les familiers de l'abbé, qui me l'ont dit. On avait l'impression, en assistant aux obsèques, d'enterrer un Savonarole, ce qui était aux antipodes du caractère et de la perspective de l'abbé Schaeffer, fort dans la foi, comme nous le prescrit saint Pierre, mais se méfiant de tous les prophétismes, jamais raide et qui ne faisait d'ailleurs pas état, quand on ne lui en parlait pas, de cette hypothèse théologique et de la certitude probable qu'elle comportait.

Petite parenthèse : Jean Madiran s'était beaucoup moqué à l'époque de la "certitude probable", dont il disait, si mes souvenirs sont exacts, dans un texte d'Itinéraires, dont la verdeur polémique était digne des Provinciales de Pascal, que c'était un cercle carré. On pense à la deuxième Provinciale : "Qu'est-ce que cette grâce suffisante qui ne suffit pas". Pascal et Madiran sont resté maître du terrain rhétorique. Mais ils avaient tort l'un et l'autre sur le formel de leur attaque, Pascal quant à lui eut le bon goût de le reconnaître peu ou prou dans on dix-huitième petit papier : la grâce suffisante a besoin de la grâce efficace sinon elle ne suffit pas. Quant à la certitude que nous avons du bien que nous accomplissons, ce n'est jamais une certitude apodictique ou démonstrative, c'est toujours une certitude morale. Combien, avec la certitude de faire le bien, accomplissent le mal ! Dieu seul connaît le bien et le mal que nous faisons. Notre conscience, bien éclairée, n'en a qu'un aperçu parfois trompeur (cf. Somme théologique IaIIae Q19 a5), ce qui n'empêche pas que nous devions la suivre (a6) et que nous ne péchons pas le faisant. Tout cela est compliqué : il faudra bien que le Vatican se prononce sur tous ces sujets !

Dans la deuxième partie de son homélie, l'abbé de Cacqueray a très bien parlé de la bonté de l'abbé Schaeffer. Mais il a effectué dans la deuxième partie de sa deuxième partie, un rapprochement proprement stupéfiant. Il a repris l'épître aux Hébreux pour nous expliquer que "la racine" de la sainteté de l'abbé Schaeffer est qu'il était "sans père, sans mère, sans généalogie", comme Melchisédech, le premier de tous les prêtres de l'ordre nouveau. Le Prédicateur a employé le mot "généalogie". Sans doute a-t-il parlé pour lui-même qui, quoi qu'issu d'une noble famille, n'en veut pas faire état. Mais l'abbé Schaeffer, historien et historien du droit, personnage enraciné, arpentant les terroirs français de son pas de chasseur, fut un généalogiste dans l'âme. Il accordait beaucoup d'importance au fait d'avoir une lignée, dont on ne peut et ne doit pas déchoir. Ce n'était pas pour lui une question de titre ou de vantardise, bien évidemment. C'était simplement une question d'honneur, un point terrestre où l'honneur venait s'accrocher. Il mettait en pratique la phrase du Père de Broglie : "La noblesse n'est pas la classe qui dirige mais la classe vers laquelle on se dirige". Ajoutons que sa fidélité à l'ordre de saint Benoît, à l'intérieur duquel il a voulu mourir, a été pour lui une autre manière de cultiver la généalogie. Ce bénédictin actif dans la ligne du Père Emmanuel du Mesnil Saint Loup comptait ces moines de tous les temps comme autant d'ancêtres dans la foi, en communion avec chacun d'entre nous dans le sublime "mystère de la piété" qu'évoque saint Paul. L'esprit monastique de l'abbé Schaeffer, qui aimait tant commenter la Règle de son Bienheureux Père, était, dans tous les sens du terme, un esprit de piété, avec la certitude théologale que, cohéritiers du Christ, nous autres chrétiens,, affrontant chacun les turbulences de l'Histoire dans le moment qu'il nous a été donné de vivre, nous étions tous fils et filles du même Respect viscéral qui avait fait naître en nous cette piété.

Théorie que tout cela ? Non, pas chez l'abbé Schaeffer. Chez lui, à Coulloutre, il recevait comme un Prince, mais non comme un m'as-tu vu. S'il mettait une belle nappe et de beaux couverts, c'était pour que chez lui, chacun se sente reçu comme un Prince. Sa direction spirituelle était, j'allais dire du même bois : jamais interventionniste jamais molle non plus. Il faisait sentir, sans phrase, à qui venait le voir que les chrétiens, devant Dieu, sont un peuple de princes, que ce principat nous fait partager les mêmes devoirs et que les meilleurs en ce Royaume de la grâce sont ceux qui ont la conscience la plus aiguë de ces devoirs.

mardi 13 août 2013

[no comment] Décadences [par RF]

[par RF] Ça commence comme une caméra cachée, humour belge à la François l’Embrouille, avec une petite pointe du Poelvoorde de la première période. Passées les premières images, on comprend qu’il s’agit d’autre chose, de l’illustration d’au moins quatre incohérences de notre société européenne -inutile de les nommer tant elles sautent aux yeux-, qui se heurtent, et qui rebondissent les unes contre les autres, dans un clash qui rend caduques nos habituelles grilles d'analyse. Je ne sais pas si notre siècle sera religieux, mais je crois bien qu'il sera... intéressant. Voyez-vous-même cette vidéo, croisée sur le Forum Catholique.

mardi 6 août 2013

Le pachyderme en son nouveau paradigme

[par Marie-Pierre] Je lis, deci delà, ce qui s’écrit dans ‘notre milieu’ sur l’enseignement, et je ne suis guère… convaincue. On ressasse en long les méfaits de la méthode globale, de l’enseignement du genre, sur la chute du niveau, ou sur la syndicalisation du mammouth. Je ne suis pas certaine de la réalité des maux dénoncés, par exemple dans le premier degré (3 ans/11 ans). Méthode globale? prenez les manuels de lecture de vos enfants, de vos neveux, de vos petits voisins : vous verrez ce qu’il en est. Prenez aussi les manuels de biologie («La vie d’un enfant commence neuf mois avant sa naissance..» - Tavernier/Bordas), et jugez s’il y a là une incitation au vice. On me dira que Peillon… je réponds que les instits ne lisent pas Peillon. Tout cela, je l’ai déjà écrit ici, et si j’y reviens c’est pour dire que :
  
… pendant que l’on débat de ces sujets, on ne voit pas ce qui s’annonce et qui va tout bouleverser. Je veux parler des technologies nouvelles. Pendant des siècles nous avons été dans une économie du savoir rare. Le professeur professait, l’élève s’élevait en ingurgitant – il devait ensuite régurgiter. Avec le numérique nous entrons dans un nouveau modèle, d’abondance (des supports) de savoir. Je répète : «abondance (des supports) de savoir», expression dans laquelle les parenthèses jouent le rôle principal. A terme, tout est sur la table, et tout le monde a accès à la table, et l’enseignant n’est plus là pour ‘livrer’ le savoir, mais pour guider son élève entre ces (re)sources. Reste ensuite le vrai travail : digérer la chose, en ressentir la beauté.
[Bien sûr qu’il faudra toujours des écoles, des lycées, ne serait-ce que pour la socialisation. Je vous livre une grande direction, brute de décoffrage – vous l’affinerez si vous le souhaitez. Concrètement, pour apprendre l’espagnol ou l’italien, fréquentez wikipedia dans cette langue. Les textes sont simples, et leur sujet connu. Google apporte les mots inconnus. Vous vous familiarisez avec la langue, ses tournures, et son vocabulaire. Youtube est là pour l’oral, avec des chansons sous-titrées. Trente minutes par jour, et au bout de deux mois vous aurez un niveau basique. Faites-le, ou ne le faites pas, mais sans l’excuse du manque de moyens.]
Une chose encore. Vous avez peut-être vu qu’un très orwellien «Haut Conseil à l’Intégration» lance une polémique sur le voile dans les universités. Lesquelles ont à mon sens d’autres problèmes plus réels, et devraient se pencher sur deux chiffres : la proportion de leurs étudiants qui sortiront diplômés, et celle de leurs diplômés qui trouveront à employer leurs connaissances. Tout le reste…