lundi 28 décembre 2009

Magie d'une rencontre...

Tout à l'heure, avec deux camarades qui se reconnaîtront, je croise un cycliste qui me hèle. Nous avons un commencement de discussion... sur la traduction du Notre Père et la formule "Ne nous soumets pas à la tentation"... Et je lui donne mon adresse Mail, en lui laissant entendre qu'hélas, comme on dit dans les opéras, le devoir m'appelle...

Je reçois à l'instant ce texte, où ce jeune homme se présente et explicite non seulement la difficulté de la traduction, mais le doute que cette traduction fait planer sur l'Institution qui la cautionne.

Je ne me livre pas au bidonnage d'un journaliste médiocre, je vous fais simplement partager mon émotion... Voici ce texte.
Bonjour,

Je vous ai croisé à vélo quand vous rentriez dans votre voiture en ce début d'après midi.

Pour me présenter en deux mots: j'habite Paris 15ème, je suis métissé et issu de l'union d'un père malien musulman et d'une mère française athée. Je me définis plutôt chrétien influencé par les films de capes et d'épée vue à la télévision africaine lorsque j'étais enfant. Je suis croyant mais ne pratique pas.

J'ai partagé avec vous mon interrogation sur la justesse de sens dans la prière du "Notre Père ..." qui, lorsqu'elle est récitée, présente un passage prononcé communément de la façon suivante " ne nous soumet pas à la tentation" or les personnes ne devraient-ils pas plutôt dire "ne nous laisse pas succomber", puisque lorsque l'on succombe cela relève de notre libre arbitre de potentiel pêcheur et l'aide demandée à Dieu de nous aider à résister à nos démons prend tout son sens, alors que lorsque l'on est soumis il n'y a plus de libre arbitre et cela supposerait une emprise par Dieu sur les hommes et les femmes qui lui vouent leur prétendu foi avec en prime la volonté de Dieu de vous imposer la tentation en permanence?

Or je trouve cela dérangeant par rapport à l'exercice de Foi qu'est la prière. C'est à se demander Qui prie t'on exactement?

En effet, je vois bien Dieu exiger des hommes et des femmes qu'ils fassent un don de soi jusqu'au sacrifice de soi en référence à l'Amour de soi et des autres, mais de là à ce que celui-ci vous soumette littéralement à la tentation, je trouve cela choquant.

Je suis étonné que des milliers de personnes qui prononcent cette prière à l'église en France n'aient pas conscience de cela alors que leur prière prend un tout autre sens à cause de ce détail.

Je me dis, avec humour, que l'expression américaine qui dit que le diable se cache dans les détails, brille dans toute sa splendeur et que ce dernier arrive à faire un beau pied de nez à Dieu sous son propre toit dans les églises qui servent de lieu de prière. Comme dirait mon neveu de 5 ans "c'est pas rigolo!" mais ça me fait tout de même sourire...

Je voulais vous remercier de m'avoir confirmé que ma remarque était pertinente à vos yeux, car je vous avoue que cela faisait un moment que je m'interrogeais sur ce détail.

Bon courage dans votre profession car il y a franchement du boulot ... et j'ajouterai même au sein de l'église qui arrive à laisser leurs fidèles dans l'erreur par on ne sait quel tour de magie.

Sincères Salutations.

A. E. B.
Cher AEB, qui vous définissez vous-même comme un chrétien de cape et d'épée, c'est notre rencontre qui est magique.

Sur le sujet que vous abordez, je n'aurais pas su mieux dire. Je publie votre lettre, dont je précise que l'original n'est pas anonyme, à l'attention des hommes d'Eglise qui lisent ce Blog, pour qu'ils comprennent que le problème soulevé par vous et par moi, à propos du Notre Père, n'est pas un problème qui doit recevoir des solutions partisanes, mais que c'est un problème de vérité pour les fidèles (notre confluence inattendue en témoigne) et de crédibilité pour l'institution qui couvre des traductions erratiques.

Je vous dis à très bientôt, cher AEB, pour que nous évoquions le rapport que vous énoncez entre les romans de cape et d'épée et le christianisme. Sachez que sainte Thérèse d'Avila, une des plus grandes mystiques que l'Église revendique, avait lu elle aussi des romans de cape et d'épées dans sa jeunesse et qu'elle leur attribue dans sa Vie écrite par elle-même une influence sur ses choix d'adulte.

Chers amis liseurs, juste une remarque pour finir : sans ma soutane, dont la masse noire se voit de loin, une telle rencontre était impossible.

Abbé Guillaume de Tanoüarn : «Balayer la légende noire tardive pour revenir au véritable dossier Pie XII»

[Entretien publié dans Minute du 23 décembre 2009]

La signature par Benoit XVI, samedi 19 décembre, du décret attestant des vertus héroïques de Pie XII et de Jean-Paul II, prélude à leur béatification, a déclenché une tempête. Pie XII, qui fut pape de mars 1939 à sa mort en 1958, ne serait pas digne d’être béatifié en raison de son « silence » face au national-socialisme. Pour l’abbé Guillaume de Tanoüarn, directeur du Centre Saint-Paul et membre de l’Institut du Bon Pasteur, les accusations portées contre Pie XII, et par voie de conséquence contre Benoît XVI, ne sont pas fondées.

Minute : Tout d’abord, que signifie reconnaître « l’héroïcité des vertus » de quelqu’un ?

Abbé Guillaume de Tanoüarn : L’héroïcité des vertus est le premier stade d’une procédure juridique visant à déclarer une personne digne du culte que, spontanément, le peuple chrétien lui rend déjà. Il s’agit de s’assurer de ses vertus personnelles, avant d’en faire un modèle pour les autres.

Cela dit, la vertu d’un pape est évidemment une vertu politique ; la direction de l’Eglise est son devoir d’Etat personnel. Il existe un pape canonisé qui n’a pas bien rempli sa mission pontificale, en cédant trop facilement au népotisme, saint Célestin V, pape en 1294. Mais il s’est rendu compte par lui-même de ses erreurs et il a abdiqué six mois après son élection. On peut dire que cette humilité et cette connaissance de lui-même ont beaucoup fait pour sa canonisation !

Si Benoît XVI reconnaît les « vertus héroïques » de Pie XII, c’est donc qu’il n’aurait pas été aussi lâche qu’on le dit face au national-socialisme et au génocide des juifs d’Europe ?

Si Benoît XVI reconnaît les vertus héroïques de Pie XII, c’est que lui, l’universitaire, a pris une parfaite connaissance du dossier, qu’il a fait ouvrir les archives du Vatican par un chercheur laïc en qui il a placé sa confiance, Andrea Tornielli, qui en a tiré un gros livre sur Pie XII, traduit d’ailleurs en français immédiatement (1).

Notons aussi comment, à l’occasion de son dernier voyage en Terre sainte, Benoît XVI a organisé un colloque, qui s’est déroulé avec les membres israéliens du Mémorial de Yad Vashem.

Conclusion de ce colloque bilatéral ? Certains membres autorisés de la délégation juive ont reconnu qu’il faudrait changer le contenu péjoratif de la notice concernant Pie XII, notice qui, sous une photo du pape en pied, avertissait les visiteurs du musée de son prétendu silence pendant la guerre.

Le directeur de Yad Vashem a souligné alors, comme l’a très bien expliqué à l’époque la revue « Monde et Vie », le fait qu’au Vatican même, le pape Pie XII avait sauvé beaucoup de juifs. Il leur a souvent donné asile, jusque dans les 44 hectares de son petit Etat, et cela dès le mois d’octobre 1943. En même temps, un article de l’« Osservatore romano » invitait tous les chrétiens à faire leur possible pour protéger les juifs.

Le comportement du pape avait d’ailleurs ému si profondément le grand rabbin de Rome Israël Zoller qu’il s’était converti au catholicisme après la guerre en demandant de prendre le prénom de baptême de Pie XII : Eugenio. Dans ses mémoires, publiés deux ans avant sa mort en 1954, l’ex-rabbin écrivit : « La rayonnante charité du pape, penché sur toutes les misères engendrées par la guerre, sa bonté pour mes coreligionnaires traqués, furent pour moi l’ouragan qui balaya mes scrupules à me faire catholique. »

Sans vous offenser, il n’y a pas de raison pour que les juifs soient moins bien informés que vous. Or les représentants de la communauté juive et les dirigeants israéliens sont vent debout contre cette béatification. Ils doivent bien avoir quelques raisons…

Les représentants de la communauté juive mondiale, soixante ans après les faits, estiment que l’Eglise catholique, en la personne de son chef, aurait dû avoir ce que l’on appelle aujourd’hui « une attitude prophétique » et pas une « attitude prudentielle ». Le tempérament de Pie XII, diplomate de formation, ne le prédisposait guère à ce genre de démonstration. On peut le regretter, alors que soixante ans nous séparent de la monstruosité de Hitler. Mais on ne peut pas lui reprocher un manque d’efficacité.

L’Eglise a été la seule institution à avoir pris position dès le discours de Noël 1942 contre les persécutions raciales. Pie XII lui-même y dénonce « des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, pour le seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été vouées à la mort ou à une progressive extinction ». Aucun chef d’Etat au monde n’a repris ces paroles du pape.

Cette attitude toujours diplomatique de Pie XII, qu’on la soutienne ou qu’on la critique, a permis de sauver des dizaines de milliers de juifs en Italie, et dans le monde sans doute bien davantage. C’est la raison pour laquelle Golda Meïr, alors ministre des Affaires étrangères de l’Etat hébreu, s’est écriée à la mort de Pie XII : « Quand le terrible martyre de notre peuple arriva, pendant la décennie de la terreur nazi, la voix du pape s’éleva pour les victimes […] Nous pleurons un grand serviteur de la paix. »

Et quand Alain Duhamel glisse qu’à ce rythme, le prochain sur la liste des béatifiés, ce sera Maurice Papon, qu’est-ce que vous répondez ?

La comparaison avec Maurice Papon est tellement dérisoire qu’elle ne mérite même pas une réponse. Venant d’un politologue déjà très contesté dans son propre domaine supposé de compétence, cela trahit surtout une réaction passionnelle, à mille lieues de l’objectivité scientifique élémentaire.

Et le « Figaro », qui titre que c’est « le pape [qui] rouvre la polémique » ?

La polémique sur Pie XII ne vient pas du pape. Historiquement, elle naît en mars 1964 avec la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire. Cette pièce de théâtre est adaptée au cinéma par Costa Gavras en 2003. Et patatras… En 2005, on découvre que Rolf Hochhuth est l’ami intime de David Irving, le célèbre négationniste anglais, dont il ne dédaigne pas de prendre la défense, au grand scandale de Paul Spiegel, président à l’époque du Conseil central juif d’Allemagne. Le théâtreux qui a fabriqué la légende d’une Eglise antisémite et complaisante face au génocide juif n’hésite pas aujourd’hui à changer totalement de casquette. On est fondé à se demander s’il a jamais cru lui-même à la fable qu’il a élaborée. Signe intéressant : Israël avait été le seul Etat au monde, en 1964, à interdire la pièce de Rolf Hochhuth, « par respect pour la mémoire de Pie XII ».

Quelles vont être les conséquences de cette béatification sur les relations entre le Vatican et Israël, entre les catholiques et les juifs ? On a l’impression que les blessures ne seront jamais fermées…

Il me semble justement que la meilleure façon de faire en sorte que les blessures se referment, c’est de balayer la légende noire tardive, inventée par un théâtreux pour le moins suspect, pour revenir au véritable dossier Pie XII, que personne n’a jamais lu, parmi ceux qui se contentent de blâmer Benoît XVI.

Peut-on dire qu’en liant les béatifications de Jean Paul II et de Pie XII, Benoît XVI a voulu jouer un coup politique, la première permettant de faire passer la seconde ? Et que c’est raté ?

Benoît XVI est avant tout un intellectuel. Je crois que ce qu’il a voulu montrer en déclarant vénérables et Pie XII et Jean Paul II, c’est qu’il n’y avait aucune coupure légitime entre l’Eglise d’avant le concile (symbolisée par Pie XII, dernier pape antéconciliaire) et l’Eglise d’après le concile, dont Jean Paul II a voulu montrer au monde un visage rayonnant. On reconnaît là, concrètement, le thème de l’herméneutique de continuité cher à Benoît XVI et qui s’oppose à la rupture instaurée dans les années 1970 par l’aile progressiste de l’Eglise…

La béatification de Jean Paul II fait-elle l’unanimité ou suscite-t-elle aussi des critiques ?

La béatification de Jean Paul II suscite des critiques de la part des traditionalistes rattachés à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) créée par Mgr Lefebvre. Sur certain forum, l’un d’eux n’a pas hésité à dire que cela risquait de reporter d’autant les accords entre Rome et Ecône. Tout ce qui est excessif est insignifiant et pour l’instant aucune voix autorisée ne s’est exprimée sur ce point venant officiellement de la FSSPX.

Ce que la vox populi, chez les traditionalistes, reproche à Jean Paul II ? Un très malencontreux baiser du Coran, dont la photo a largement circulé dans les pays musulmans, et l’organisation d’un sommet interreligieux à Assises en 1986. Mais personne ne conteste que Karol Wojtyla a pris la barre d’une Eglise malade et tentée par les théories de l’enfouissement, alors à la mode, et qu’il lui a donné une présence et une visibilité absolument inédite au XXe siècle.

Je me suis trouvé par hasard à Rome au moment des obsèques de Jean Paul II et je ne pourrai jamais oublier les kilomètres (oui : les kilomètres) de queue d’une foule silencieuse. Je me disais alors : aucun chef d’Etat au monde n’a eu semblables obsèques et je regardais les affiches placardées partout par la municipalité communiste : « Rome salue et pleure son pape ! » Je crois que bien au-delà de Rome on a pu voir s’élever ce salut et ces larmes. Cette unanimité populaire a quelque chose de surnaturel, dont le pape a tenu compte. Il était sans doute le plus proche collaborateur de Jean Paul II dans la deuxième décennie de son pontificat. Il a dû tenir tout particulièrement à organiser sa béatification.

Le pontificat de Benoît XVI, avez-vous expliqué à plusieurs reprises, est marqué par la volonté de réunir tous les chrétiens. Pensez-vous qu’il peut encore y parvenir ?

Je crois que Benoît XVI a osé défier une légende noire médiatique, il l’a fait pour défendre la réputation de la papauté injustement salie, il me semble que l’on pourra encore lui faire crédit de cette opération vérité. Vous me direz : il prend un risque. Connaissant la rigueur de Benoît XVI, je suis sûr que sur le fond sa position sur PieXII est sans aucun risque. Disons qu’il va forcer chacun à passer des slogans faciles comme « le pape de Hitler » à la vérité historique qu’aucun spécialiste ne conteste aujourd’hui.

Propos recueillis par Jean-Marie Molitor

1. Pie XII, par Andrea Tornielli, éd. Sarment/Jubilé, 2009, 808 pp.

mercredi 23 décembre 2009

Courtalain - "...une formation théologique traditionnelle, complète et cohérente..."

L'abbé Roch Perrel est recteur du séminaire Saint-Vincent-de-Paul, à Courtalain, où l'Institut du Bon Pasteur forme ses futurs prêtres. Voici l'éditorial de sa récente Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du Séminaire (Noël 2009) - Lien vers le site du séminaire

Chers amis et bienfaiteurs,

Une étape décisive


Pour sa quatrième année d'existence, le séminaire Saint-Vincent-de-Paul est entré dans une étape décisive, puisque nous inaugurons cette année le cycle de théologie. Nous offrons donc maintenant à tous nos séminaristes une formation théologique traditionnelle, complète et cohérente, à Courtalain.

Le séminaire propose ainsi aux futurs prêtres de l’Institut du Bon Pasteur un cadre idéal pour être formés selon les exigences de notre spécificité doctrinale, liturgique et spirituelle, tout au long des six années que dure leur progression vers le sacerdoce. C’est là un travail de fond, un ouvrage de longue haleine, qui se déroule dans le silence et la retraite : ces conditions sont nécessaires au sérieux des études, au développement d’une spiritualité équilibrée et au détachement du monde que réclame la vie sacerdotale.

Si les séminaristes sont ainsi « mis à part », le temps de leur formation, tout est néanmoins organisé pour que le séminaire reste pour eux un lieu d’échanges, de rencontres et d’enrichissement : le prêtre doit connaître, avec lucidité et réalisme, le monde dans lequel il est appelé à prêcher Jésus-Christ.

C’est en ce sens que nous faisons tout pour que le séminaire de Courtalain soit à la fois un lieu d’accueil et un foyer de rayonnement spirituel et intellectuel

Un foyer de rayonnement spirituel et intellectuel


D’une part en effet tous les professeurs qui résident à Courtalain poursuivent, parallèlement à leur enseignement, une formation supérieure (licence canonique ou doctorat) au sein de facultés catholiques, à Rome, Paris ou Toulouse.

M. l’abbé Emmanuel de Ducla a d’ailleurs brillement obtenu, le 30 novembre dernier, sa licence canonique en théologie auprès de l’Institut catholique de Toulouse, en soutenant son mémoire sur La connaissance de Dieu selon s. Hilaire de Poitiers. Qu’il reçoive ici toutes nos félicitations !

Ces études permettent aux professeurs de dispenser aux séminaristes un enseignement de haut niveau, à la fois traditionnel et actuel, orienté vers la résolution des problématiques modernes et la réponse aux questions d’aujourd’hui. C’est la condition nécessaire pour former, comme nous l’entendons, des prêtres à l’esprit ouvert, qui ne se laisseront pas déstabiliser face aux arguments de nos contemporains.

De plus, tous les prêtres exercent aussi un apostolat extérieur, au moins occasionnel : la messe dans l’église paroissiale de Courtalain, la messe dominicale à Manou (qui nous a été confiée depuis un an maintenant par Mgr Pansard), les divers remplacements de confrères à travers la France, ou bien encore la participation à divers congrès nationaux ou internationaux : ce sont là de belles occasions de diffuser auprès du plus grand nombre les richesses de la liturgie et de l’enseignement traditionnel de la foi, selon le charisme propre du Bon Pasteur.

Les séminaristes sont d’ailleurs, dans cette optique, initiés progressivement aux exigences de l’apostolat, auprès de prêtres expérimentés, durant leurs périodes de vacances.

Un lieu d’échanges et de ressourcement sacerdotal


Nous voulons faire du séminaire, d’autre part, un lieu d’accueil et de rencontres, non seulement pour les visiteurs désireux de trouver dans la vie régulière du séminaire une ressource spirituelle et un soutien fraternel, mais aussi dans le but de fournir aux séminaristes un enrichissement personnel, fondé sur la diversité des expériences et sur les témoignages de leurs aînés.

Déjà, nous recevons régulièrement les prêtres et les professeurs laïcs qui viennent assurer leurs cours par sessions ; nous sommes aussi très heureux d’accueillir les confrères d’autres communautés, qui veulent profiter de l'atmosphère reposante du séminaire, ou qui viennent tout simplement pour une visite de courtoisie, le temps d'un repas ou d'une après-midi ; enfin, nous avons mis en œuvre cette année un cycle de conférences, où chaque mois un professionnel ou spécialiste d’une question particulière est invité à exposer devant les séminaristes un sujet d’actualité, qui n’entre pas directement dans le programme classique des cours : actualité religieuse, médecine, économie, musique, géopolitique, problèmes pastoraux… ces conférences sont chaque fois suivies d'échanges libres et fructueux avec l'intervenant, qui permettent à nos séminaristes de ne pas se limiter à une connaissance « livresque » trop simpliste des réalités modernes.

Après les fondations, l’édification


Nous poursuivons donc, comme vous le constatez, l’édification d’une maison de formation qui relève un à un les défis doctrinaux et matériels de tous genres, dans la continuité de nos prédécesseurs.

Après les temps héroïques de la fondation, nous consolidons maintenant une entreprise qui est appelée à durer et à se développer : si les directeurs ont changé, tous ont veillé à conserver l’esprit de simplicité et de responsabilité qui était à l'origine de cette maison, et qui en fait son charme propre.

Il a fallu à mes prédécesseurs et aux amis des premiers jours beaucoup de foi pour croire à la réussite de la fondation d'un séminaire traditionnel en France, en ces temps difficiles. Les fondations sont maintenant établies, et la stabilité assurée ; il reste désormais à construire, fidèlement, pour former les générations des prêtres de demain.

C'est ce pari que nous devons relever aujourd’hui, grâce à votre soutien, pour qu'avec la grâce de Dieu l'Institut du Bon Pasteur puisse offrir à l'Église les prêtres dont elle a tant besoin.

Le recteur,
M. l’abbé Roch Perrel

mardi 22 décembre 2009

[conf'] Mardi 22 Décembre 2009 à 20 heures - « Pour moi, vivre, c’est le Christ. Le Christ, seule mesure de l’être » par l’Abbé Guillaume DE TANOÜARN

Conférence au Centre Saint Paul (IBP à Paris) - Mardi 22 Décembre 2009 à 20 heures - « Pour moi, vivre, c’est le Christ. Le Christ, seule mesure de l’être » par l’Abbé Guillaume DE TANOÜARN - Participation aux frais: 5 euros, 2 euros pour les étudiants - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

Pie XII, pape controversé

Rassurez-vous, je ne vais pas vous causer de l’attitude du Saint-Père face aux persécutions antijuives de la IIe Guerre Mondiale! il y a déjà 3.000 journalistes, et 6.000 éditorialistes amateurs qui s’en occupent sur leurs blogs – dans un sens ou dans l’autre. Je ne vais pas non plus m’interroger (quelle outrecuidance!) sur les vertus personnelles de Pie XII. Parce qu’il ne faut pas l’oublier: ce sont les vertus de Pie XII qui ont été jugées (et jugées héroïques), pas son pontificat.  Je ne vais pas non plus comparer Pie XII et Jean Paul II, d’autres le font mieux que moi, encore que… personne n’interroge l’attitude de Jean Paul II durant le génocide rwandais. Un million de morts en 100 jours, dans le pays le plus catholique d’Afrique, ça intéresse qui?

Non. Ce dont je veux vous parler c’est de l’adjectif «controversé» que j’ai lu un peu trop ces derniers jours pour ne pas m’ énerver. «…Un pape controversé…» (Le Point), «…les controverses sur son attitude…» (L’Alsace) ; «Pie XII, controversé pour…» (Le Parisien) ; «le pape controversé» (L’Express) ; «…ce pape controversé pour son silence…» (Le Monde). Pareil dans La Croix, Le Nouvel Obs, Le Figaro et les autres.

Les auteurs de ces articles auraient pu écrire que Pie XII a fait ceci ou n’a pas dit cela, mais c’était se confronter à la réalité. Ils auraient pu écrire plus simplement «Pape que nous n’aimons pas…», ce à quoi les lecteurs auraient répondu «C’est votre opinion – que vaut-elle?» Question qui contient sa réponse – laquelle est cruelle. Ils auraient pu dire «Pie XII est accusé…» mais il aurait fallu dire par qui, et de quoi - donner du substantiel. Avec ‘controversé’ ils tiennent le mot magique – je m’explique:

On connaît les «self fulfilling prophecies», ces prophéties auto-réalisantes: il suffit qu’un certain nombre de gens pensent que le sucre va manquer pour qu’ils se précipitent en acheter, créant ainsi la pénurie qui donnera raison à leur crainte. Eh bien le terme ‘controversé’ tient du «self fulfilling reproach», c’est un reproche auto-réalisant. La preuve que Pie XII est controversé? Allez sur Google Actualités, des centaines d’occurrences dans la presse francophone – c’est bien la preuve qu’il y a controverse.

Quand j’entends le mot ‘controversé’ je sors ma hache, celle qui me sert à fendre le bois dont on fait les langues. Car c’est bien de langue de bois qu’il s’agit, celle qui entend enfermer l’interlocuteur dans un choix réduit de pensers.

Un exemple concret de cette xyloglossie : Prenez deux phrases («Le webmestre est idiot» et «Cela pose un problème au Blog»), phrases tout à fait contestables («Non il n’est pas idiot» et «Mais le Blog n’a pas de problème!»). Vous les fusionnez, vous obtenez «L’idiotie du webmestre pose un problème au Blog». Pire, vous atténuez la responsabilité du sympathique idiot, et votre phrase devient «L’idiotie du webmestre n’est que l’un des problèmes du Blog». Discuter sur cette base? Impossible. C’est alors qu’il faut sortir la hache.

lundi 21 décembre 2009

Saint Thomas, patron de ceux qui doutent

Nous sommes absorbés par la lumière de Noël, en espérant ne pas la confondre avec la lueur des lampions, qui, à Paris en tout cas, de la Place Vendôme aux Champs Elysées, illuminent la Ville.

Et nous pourrions passer par pertes et profits la fête de saint Thomas (21 décembre), patron de ceux qui marchent dans l'obscurité, qui avancent à tâtons, patron de tous les douteurs.

L'Evangile de dimanche convient pourtant très bien à la fête d'aujourd'hui, lundi. Il y est question des grands travaux que suppose entrepris notre vie intérieure. "Que toutes les vallées soient comblées, toutes les collines abaissées". La prédication de Jean Baptiste ("voix de celui qui crie dans le désert") n'est pas celle du Christ. Elle a un côté grandiloquent. On aime ou on n'aime pas. J'ai longtemps trouvé ce laïus plutôt ampoulé, et je ne comprenais pas que l'Eglise nous le ressorte... juste avant Noël, ce "basic-Baptiste", alors que dans la forme extraordinaire (je ne connais pas l'ordinaire), cela fait trois semaines que l'on s'attarde sur son personnage.

Et tout à l'heure, en célébrant ma deuxième messe, j'ai eu un éclair : l'épitre et l'Evangile finissent pareil. Il y a un rapport profond et inattendu entre I Cor. 4 et Luc 3 : saint Paul dit "et alors Dieu donnera à chacun la louange qui lui est due" et saint Luc conclut : "Et alors toute chair verra le salut de Dieu". Alors ? Quel est cet "alors" ? - Lorsqu'il viendra. Lorsqu'il paraîtra.

Je remonte dans les deux textes, pour voir. Saint Paul dit : "C'est le Seigneur qui éclairera le secret des ténèbres et qui illuminera le secret des coeurs". Et saint Luc : "Toute vallée sera comblée et toute colline abaissée". Et voilà que me revient comme un flash un vieux cours d'Ecriture sainte : le passif, dans l'Ancien Testament manifeste l'action de Dieu, car Dieu, on ne le nomme pas par son nom (Yahvé). La voie passive est un des moyens grammaticaux utilisés pour ne pas nommer le Seigneur.

Et à ce moment-là tout s'éclaire.
Il ne s'agit pas d'un simple vœux pieux, comme si l'on se contentait de dire, la bouche en cul de poule : "Que toute vallée soit comblée et toute colline abaissée". Mon Dieu que ces subjonctifs présents, que ces optatifs sont déplacés. C'est comme "Le Seigneur soit avec vous", c'est énervant...
Il n'y a pas d'optatif dans le Royaume de Dieu, le Seigneur est avec nous et les vallés seront comblées (au futur de l'indicatif) comme les collines abaissées. C'est sûr ! La foi nous l'enseigne. Pas d'hésitation.

La signification de ce texte, à la lumière de l'Epître devient limpide. Les objections seront balayées, les obstacles disparaîtront si nous faisons confiance au Dieu qui vient en nous. C'est lui et lui seul le responsable des grands travaux. Ce n'est quand même pas à nous de combler des vallées. Effrayé par le travail que cela suppose, le traducteur du Missel Feder préfère parler de ravins (mon Dieu qu'il est mesquin !) plutôt que de vallées. Ce sont bien des vallées. Ce travail dépasse la puissance de l'homme.

Il en est ainsi dans notre vie concrète : les obstacles existent, les objections font sentir leur poids d'inertie. Mais ni les obstacles ni les objections n'empêchent le bien d'être bien ou la vérité d'être vraie. Les obstacles et les objections nous empêchent d'agir pour le bien ou pour la vérité. Ils n'interdisent rien d'autre.

Mais il nous faut compter sur une force supérieure pour aplanir les collines et combler les vallées qui sont en nous, ces montagnes russes si caractéristiques de notre psychisme. Toute la psychologie du monde (et la psychanalyse la plus fine) n'arrivera jamais qu'à nous avertir des dangers de l'obstacle et de la force des objections. La connaissance de soi ? Elle nous permet sans doute de devenir ce que nous sommes. Mais elle ne nous donne pas la force de cette métamorphose qu'est une véritable conversion.

Nous pouvons chercher longtemps, couchés sur les divans des meilleurs analystes, à dénouer les noeuds gordiens de notre psychologie tordue, et si nous espérons parvenir à un état intérieur dans lequel le conflit n'existerait pas et dans lequel tout serait simple et facile, disons que nous nous tenons dans l'imaginaire pur et simple.

Seule la confiance dans un Dieu qui - il le dit dans saint Luc - compte chaque cheveu de notre tête, seule la confiance dans un Dieu qui comble nos précipices intérieurs et qui abaisse nos collines (ou nos montagnes russes) peut nous sauver en nous menant à cet "alors" qui est le temps de Dieu : "alors toute chair verra le salut de Dieu".

On ne va pas au bien tout seul, on ne va pas au vrai par les seules forces de sa raison (proposition 15 du Syllabus). C'est la tâche de Jean Baptiste de nous délivrer cet avertissement, c'est la vocation de saint Thomas que de nous montrer la profondeur du doute. La foi commence avec la confiance à corps perdu qui nous fait tout attendre de Dieu. Durant l'Avent nous le chargeons, lui, solennellement des obstacles qui nous immobilisent et des objections qui nous tétanisent. "C'est lui qui éclairera les secrets des ténèbres".

C'est Lui, Dieu, qui aplanira, mais à nous de nous mettre en route !