dimanche 3 janvier 2010

Croyez moi, ça ne vaut pas le coup.

Regardez le traitement qu’en font les medias, en premier lieu desquels la télé et le ciné: on nous présente les malfrats comme des experts. Le type se penche sous le tableau de bord, et hop! même en hiver la bagnole démarre au quart de tour. Le cambrioleur trouve exactement ce qu’il cherche, il ouvre emballe et emporte proprement. Le braqueur fait immanquablement le casse du siècle. En réalité,… la vie en cavale coûte cher, après quelques mois de piaules miteuses, il doit recommencer. Il arrive tôt ou tard à la case prison. Votre cambrioleur n’y connaît rien. De vos bijoux (leur valeur sentimentale était bien plus grande encore) il ne retire que des cacahouètes. Et le méchant qui a forcé la porte de ma voiture dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier est reparti avec le sac (vide) qui me sert à faire mes courses. Montant du butin : 80 centimes. Montant des réparations: 200 fois ça si je m’en tire bien.

Quel rapport avec le MetaBlog? Je me fais la réflexion que c’est général, que toutes les mauvaises actions apportent un résultat tellement moindre, tellement décevant. Tellement… minable. La gloutonnerie, par exemple. Vous passez votre soirée à boire et à manger, la nuit est moins brillante, et le lendemain vaseux. Vous aurez beau mettre en cause la semoule de manioc, devant votre petite famille vous vous sentirez peu glorieux. L’avarice: vous vivez au plus juste, par rapport à vos moyens, vous thésaurisez. Votre capital grandit (encore que: petit poisson deviendra juste un peu moins petit), mais vous, vous rapetissez. La fornication (je ne parle que par ouï-dire): les plaisirs qu’on en retire sont de brève durée, et suivis d’une somme d’emm… incroyable.

Je sais bien que la morale («tu ne tueras point… tu ne voleras point… tu ne casseras point la bagnole du webmestre») ne saurait être un raisonnement comptable («… parce que ça ne vaut pas le coup»). Certes. Mais puisque le mal fascine, il est bon de se rappeler que son rendement est faible.

mercredi 30 décembre 2009

Bernard Lecomte: "...incapables de distinguer un synode d’un conclave..."

Bernard Lecomte a écrit "Pourquoi le pape a mauvaise presse". Interrogé par famillechretienne.fr il explique le phénomène. Il y a eu certes "trois affaires successives, Williamson, Recife et le préservatif" qui ont rendu image de Benoît XVI "tout à fait négative", il y a eu aussi des "erreurs de communication du Vatican", pas très adapté aux médias.

Mais le problème est plus profond: "les médias vont au plus court, au binaire (pour/contre, oui/non, etc.), au zapping" tandis que l'Eglise "se trouve dans un autre monde". Illustration avec deux évènements à peu près concomitants: "le pape s’est foulé le poignet dans sa baignoire : tous les journaux, toutes les télés, toutes les radios ont relaté cet incident. En revanche, aucune radio, aucune télé, aucun journal n’a évoqué Caritas in veritate". Plus profondément encore: "Les médias ne sont que le reflet de notre société hyperindividualiste, hédoniste et relativiste", ils ne peuvent qu'être gênés (éventuellement: malveillants) face au message évangélique de l'Eglise.

Voici qui est bien dit, mais qui n'est pas nouveau. Plus intéressante est la suite des propos: "En Italie, en Pologne, en Espagne, au Portugal, il existe toujours des journalistes d’information religieuse. En France, c’est fini." A titre d'exemple, les "médias généralistes" n'ont plus de correspondants au Vatican ("Le Figaro a fermé ce poste l’année dernière") où "ne reste plus qu’une journaliste de l’AFP".

Ce sont alors des journalistes lambda qui traitent de ces sujets. Issus d'une société (médias, enseignement) marquée "par le laïcisme et par une inculture religieuse profonde", les journalistes français sont, selon Bernard Lecomte "incapables de distinguer un luthérien d’un anglican" ou "un synode d’un conclave".

A dire vrai, la presse confessionnelle elle-même n'est pas entièrement exempte de surprises.

mardi 29 décembre 2009

Le Père Benoît Lobet au CCCSP

Pas de relâche pour les Conférences du mardi au Centre Saint Paul. Il faut dire que nous profitions du passage à Paris du Père Benoît Lobet, professeur à Louvain et auteur tout récemment d'un très beau petit livre sur Nicodème, intitulé Un homme, la nuit.

Il me semble que quand j'écris "L'Eglise n'appartient à personne", c'est ce genre de rencontre qui peut en être l'illustration. Je me suis senti spirituellement très proche de ce prêtre avec lequel, du point de vue de la cartographie partisane, je n'aurais sans doute pas grand chose en commun.

Parenthèse: cela ne signifie pas pour autant que "l'Eglise appartienne à tout le monde" comme le suggère l'un des bloggeurs dans le débat précédent. Non. je crois simplement que nous ne pouvons pas, nous autres pauvres hommes, entretenir une relation de propriété (si collectiviste soit-elle) avec la sainte Eglise, qui n'appartient qu'au Christ dont elle est le corps. Malheureusement, trop souvent (déformation issue du consumérisme dominant) nous nous considérons comme les propriétaires de nos engagements. Un véritable engagement se manifeste par rapport à quelque chose que nous ne pourrons jamais nous approprier parce qu'il est trop au dessus de nous. Même la famille que je fonde avec mon conjoint n'est pas à moi, elle est plus grande que moi, plus importante que moi... Elle n'est pas pour moi, c'est moi qui suis pour elle. L'Eglise, c'est pareil : elle n'est pas pour nous, c'est nous qui sommes pour elle.

Pour en revenir à la conférence magistrale que nous avons entendue ce soir, je suis frappé de l'aisance avec laquelle le Père Lobet utilise des références littéraires dans son livre : il conclut sur Julien Green, citant lui-même Victor Hugo : "Chaque homme dans sa nuit s'en va vers sa lumière". Une fois de plus, il faut reconnaître que les poètes (il cite Rilke, Marie Noël etc.) et les romanciers (Bernanos, Mauriac, tant d'autres) sont sans doute ceux qui sont allé le plus loin dans le paradoxe de l'être humain, "cet être pour la mort" qui pourtant se doute de quelque chose d'autre...

Vérité? Oui, il y a une vérité de la littérature. En dehors de cette vérité, la littérature n'a pas de sens.

Est-ce à dire que la vie chrétienne se réduit elle-même à cette expérience intérieure qui est celle du romancier ou du poète ? Le Père Lobet ne le pense pas. Il met en avant l'objectivité, la réalité de la deuxième naissance, si fortement annoncé à Nicodème par le Christ (Jean 3) et cite Tertullien : "On ne naît pas chrétien, on le devient". Je reviendrai très bientôt sur ce deuxième aspect de sa conférence, si caractéristique de la théologie catholique comme telle, ce que le Père Gitton appelait au début du mois "l'ontologie du mystère" (voir le résumé que j'ai donné ici même de son intervention).

L'Eglise n'appartient à personne

En lisant les voeux de l'abbé de Cacqueray, qui consistent en une liste de revendications que la FSSPX, à travers sa personne autorisée, tend à faire sienne, je me disais que l'Eglise catholique (c'est-à-dire universelle) n'a jamais coïncidé avec un parti, qui puisse prétendre : "Nous sommes l'Eglise".

Certes on peut penser que dans les années Soixante dix les progressistes ont pris le pouvoir dans certains pays emblématiques dont la France, portant atteinte de manière irréversible à la mémoire de l'Eglise. Mais ce n'est pas pour cela que les traditionalistes vont pouvoir sous l'égide d'un pape prétendument traditionaliste, faire le contraire et dire à leur tour : "Non, c'est nous qui sommes l'Eglise".

L'Eglise est par définition au-delà des partis. Regardons l'histoire : ni les jansénistes ni les jésuites n'ont gagné dans la bataille qui les a opposés. Même si les jésuites ont cru un moment que la victoire leur appartenait, ils ont payé très cher leur cabale, l'ordre a été interdit et reconstitué uniquement après la Révolution française, sur d'autres bases.

On ne peut pas servir l'Eglise en s'identifiant totalement au Parti dans l'Église dont on dit qu'il a raison. Chacun des protagonistes apporte sans doute quelque chose à sa vieille mère... Mais c'est elle, cette mère Eglise, qui nous enterrera tous. Prenons garde de vouloir une Église à notre mesure. Cela signifierait simplement que nous en aurions expulsé l'Esprit saint.

L'Eglise ne nous appartient pas. C'est dans cette conviction que nous devons la servir.

60% de Français catholiques non pratiquants (IFOP)

Les sondages se basent d’habitude sur un millier de personnes. Pour savoir qui se dit catholique en France et en 2009, l’IFOP a fait fort: «131.141 personnes interrogées», en marge de 135 autres enquêtes. Les résultats: «4,5% … disent fréquenter une église chaque dimanche», alors qu’à titre de comparaison «20 % des Espagnols vont à la messe une fois par semaine» note Isabelle de Gaulmyn, journaliste à La Croix qui publie le résultat de l’enquête, avec rétrospective depuis 1952. Elle donne la parole à Denis Pelletier, historien: «Il y a eu une certaine stabilisation, voire légère remontée, après le Concile. En revanche, la courbe plonge après, à partir du milieu des années 1970, au moment où, après l’audace post-conciliaire des débuts, l’Église revenait à des positions plus classiques.»

J'ose une autre explication: que d'audaces en audaces, un certain nombre de gens ont fini par s'affranchir de l'obligation dominicale. Que sont restés, en gros, les plus conservateurs. Mais là n'est pas le sujet du sondage.

Quoiqu’il en soit, la courbe semble inéluctable: 27% de messalisants en 1952, 20% en 1966 et 1972, 14% en 1978, 6% en 1987, moins de 5% en 2009. Autrement dit : 6 fois moins, en deux générations. Et la pyramide démographique de ceux qui restent (en clair: ils sont vieux) laisse présager de lendemains qui pleurent.

Avec cela, nous sommes encore 64% en France à nous définir comme «catholiques» (75% en 1987), viennent après 28% de «sans religion» (21% en 1987), 3% de «protestants» (1% en 1987) et 5% seulement d’«autres religions» (3% en 1987).

C’est là que l’enquête devient décevante, trop «horizontale». Seuls chiffres à peu près 'religieux': que 63% des pratiquants pensent que «toutes les religions se valent», et qu'ils demandent à l’Eglise un aggiornamento sur «la contraception» (75%), sur «le remariage des divorcés» (69%), sur «l’avortement» (68%).

Hélas, sur 14 personnes se réclamant du catholicisme, 13 disent ne pas le pratiquer, en tout cas pas dans sa forme la plus classique (le culte dominical). C’est ce qu’il eut fallu gratter. Qui sont ces 60% de Français catholiques non pratiquants? L’enquête ne nous le dit pas et c'est bien dommage.

Viennent encore quelques infos: par rapport à la population globale, les pratiquants sont plus rarement ouvriers ou employés (18% contre 32%), et votent plus UMP (39% contre 25%) - ceci expliquant peut-être cela. A part ce petit noyau dur de pratiquants, qui ne sont numériquement plus significatifs, et comme le relève Isabelle de Gaulmyn: «sur les questions politiques ou de société, l’opinion des catholiques déclarés, mais non pratiquants, rejoint celle des Français en général». Elle y voit le «signe d’une imprégnation toujours profonde de la société par l’identité catholique». Et si c’était le contraire?

[conf'] Mardi 29 Décembre 2009 à 20 heures - « Nicodème ou la foi dans la nuit » par le Père Benoît LOBET

Conférence au Centre Saint Paul (IBP à Paris) - Mardi 29 Décembre 2009 à 20 heures - « Nicodème ou la foi dans la nuit » par le Père Benoît LOBET (l'auteur signera son dernier livre) - Participation aux frais: 5 euros, 2 euros pour les étudiants - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.