lundi 25 janvier 2010

Avec les orthodoxes sous le signe de Dostoievski

Dimanche dernier, comme pour conclure la Semaine de l'unité, j'ai été invité à l'église de Saint Séraphim de Sarov, Rue Lecourbe, pour parler de Dostoievski. Accueil très chaleureux du Père Cernokrak, responsable de cette communauté et doyen de l'Institut Saint Serge, foyer historique de l'intelligence orthodoxe à Paris. Occasion de parler de ma vieille admiration pour Dostoievski. En parler à des gens dont c'est le patrimoine spirituel... En parler à plusieurs spécialistes présents, alors qu'on n'est soi-même qu'un amateur. Notre Frère Thierry a insisté, jouant avec succès les intermédiaires ; notre ami Henri Peter, dostoievskien de toujours, a bien voulu venir pour jouer un peu le rôle de jocker catholique de ma science défaillante. Mais je ne croyais pas trop à la fortune de cette entreprise.

Eh bien ! J'avais tort. Quelle chaleur ! Quelle amitié spirituelle spontanée entre ces fidèles de la divine liturgie de Jean Chrysostome et le passionné de la forme traditionnelle du rite romain que je suis. Faut-il faire l'unité ? Je crois plutôt qu'il faut respecter nos différences, qui sont nos richesses aux uns et aux autres. Richesse des formulations doctrinales, richesse des spiritualités, richesse des liturgies différentes, en cherchant le fond commun en profondeur, au lieu de s'essayer à construire des dispositifs humains trop humains...

Quant à l'unité, parce qu'elle est de Dieu, elle existe déjà. Il suffirait de la rendre un peu plus visible peut-être, si la Providence le permet. Il suffirait en tout cas dans l'immédiat de ne pas faire bêtement de nos différences des oppositions, en reconnaissant la Tradition profonde qui unit les traditions d'Orient et d'Occident.

Quant à Dostoievski, j'ai organisé ma conférence comme une défense de son christianisme viscéral contre les imputations d'Alain Besançon, qui l'accuse d'être l'un des artisans russes de la falsification du bien dans le livre, paru en 1985, qui porte ce titre. Pour faire bonne mesure, Besançon dans une Conférence de 2003 à l'Académie des Sciences morales reprend un texte de Claudel, d'ordinaire mieux inspiré, qui accuse Dostoievski de soumettre ses personnages à un polymorphisme psychologique qui leur fait perdre toute cohérence, en les mettant aux limites de la folie (schizophrénie dédoublement etc.).

Face à cette critique que je qualifierai de "classiciste", j'ai essayé de dire deux choses.

1- Certes comme dit Berdiaev dans un essai célèbre sur l'esprit de D. cet auteur est le plus grand philosophe russe, mais sa philosophie ne se déroule jamais de manière abstraite, elle est une expérience, l'expérience que Dostoievski fait avec chacun de ses personnages en le confrontant toujours à l'essentiel, en essayant de savoir quel est son Absolu personnel. Dostoievski philosophe in vivo, pendant que tant d'autre se contentent d'assembler des concepts. Ses personnages sont des forces avant d'être des formes (type du personnage fabriqué : le Julien Sorel de Stendhal). Et ces forces jouissent d'une sorte d'autonomie face à leur créateur. La mort du Prince Muychkine n'est pas voulue par D., le personnage la portait en lui elle s'est imposé tardivement à l'écrivain. Dans les nouvelles (v.g. Le songe d'un homme ridicule : 30 pages. Chers amis liseurs, lisez cela), cette force nous saute à la figure et l'écrivain semble nous laisser à nous lecteurs le soin d'interpréter l'explosion qu'il a produite. Mais cette force n'est pas l'énergie brute des Romantiques, dont il faudrait faire une oeuvre. Chez Dostoievski, elle est toujours gouvernée par une idée (ou un idéal), je dirais un logos. Et le roman est l'espace dans lequel chaque personnage trouve son logos. Non pas sa nature, mais sa vocation personnelle, qui lui fraye un chemin de vie parmi les événements terribles qui cachent et révèlent en même temps la sagesse de Dieu à l'oeuvre dans nos vies.

2- C'est l'expérience de la puissance du mal autour de soi mais aussi en soi qui fait aimer le bien auquel on aspire non comme à une abstraction philosophique mais comme une manifestation de la puissance de Dieu dans le concret de chaque existence. Loin de confondre le bien et le mal, Dostoievski en a une approche beaucoup plus théologique que philosophique.

samedi 23 janvier 2010

Le numéro 2 de Respublica christiana : les catholiques et la Shoah

Voici, en exclusivité pour ce Blog, un papier de présentation du n°2 de notre revue sur Les catholiques et la Shoah... Je crois que le sujet - la Shoah - valait d'être abordé du point de vue des catholiques. Nous ouvrirons bientôt sur ce site un Blog spécial Respublica christiana, où vous pourrez vous exprimer à loisir. Le silence des catholiques devant un tel événement est simplement impossible.

Les catholiques et la Shoah

Certains s’étonneront sans doute que des catholiques osent aborder le problème de la Shoah. Je crois que le long silence des catholiques sur ce sujet – silence rompu solennellement par Jean Paul II – est beaucoup plus difficile à expliquer que cette prise de parole. Ce silence a créé une sorte de quiproquo avec la Communauté juive, qui est très dommageable pour l’avenir. Où est le temps où la fameuse pièce de Rolf Hochhuth Le Vicaire, critiquant le prétendu silence de Pie XII pendant la IIème Guerre, fut interdite en Israël, par respect pour l’action de l’Eglise à ce moment-là ?

Et comment se fait-il que cette pièce ait eu un tel succès (jusqu’à son adaptation toute récente au cinéma par Costa Gavras sous le titre Amen) ? Quand on sait que la deuxième pièce de Rolf Hochhuth s’en prenait à Churchill avec la plus grande légèreté… Et quand on se souvient que Rolf Hochhuth est l’ami intime de David Irving, le célèbre négationniste anglais… on est surpris du succès de la légende qu’il a mise en circulation. Voici, juste à titre de documentation, la curieuse défense d’Irving par celui qui, en mars 1964, avait osé attaquer la mémoire de Pie XII, en l’accusant de silence complaisant sur le génocide. Cette fois, nous sommes en mars 2005. Au cours d’un entretien donné à l'hebdomadaire l'allemand Junge Freiheit, Hochhuth déclare qu’Irving était un historien très sérieux et juge que les accusations de négationnisme portées contre lui sont « idiotes []». Confronté aux déclarations d'Ivring, selon lesquelles « il y avait moins de personnes mortes pendant l'Holocauste que sur le siège arrière de la voiture d'Edward Kennedy » et qu’« il n'y avait aucune chambre à gaz à Auschwitz », le génial scribouillard a considéré que tout cela était de l'humour noir, probablement en réponse à une provocation []. Le président du Conseil central juif d'Allemagne, Paul Spiegel, a estimé pour sa part qu'avec de telles déclarations, Hochhuth se plaçait lui-même dans les rangs des négationnistes. Après des semaines de scandale, l’auteur de la pièce Le Vicaire a finalement fait ses excuses du bout des lèvres… En attendant – ironie de l’histoire – c’est lui qui a fabriqué la légende d’une Eglise antisémite et complaisante face au génocide juif.

Je ne suis pas non plus, de l’autre côté, de ceux qui cherchent à baptiser les juifs malgré eux, à en faire des chrétiens qui s’ignorent. Rafaël Drai, dans une célèbre Lettre ouverte au cardinal Lustiger, a parlé à ce sujet d’un « nouveau révisionnisme ». Dieu nous en garde ! Mais il faut bien reconnaître la solidarité particulière qui, au cours de la IIème Guerre mondiale, a uni les chrétiens aux juifs. Combien d’entre eux ont été sauvés par de faux certificats de baptême, donnés en toute connaissance de cause ? Combien ont été cachés par des prêtres, accueillis par des familles, acceptant l’éventualité de terribles représailles, pour protéger leurs frères juifs ?… Comment oublier cette mémoire-là ? comment bafouer le souvenir de ceux qui ont risqué leur vie pour sauver des juifs ?

Qu’est-ce que les catholiques apportent en particulier sur la question de la Shoah ? Un éclairage sur le problème du mal, dont les tentatives génocidaires qui ont jalonné le XXème siècle (jusqu’au génocide tutsi en 1994) constituent une figure terrifiante et dont les six millions de juifs exterminés pendant la IIème guerre mondiale représentent l’image la plus présente dans notre culture.

Pour répondre à cette question, je voudrais laisser la parole à Eugène Green. Dans le roman qu’il vient de faire paraître chez Gallimard, La bataille de Roncevaux, il évoque Imre Kertesz, qui passe comme une ombre terrible dans la conversation de deux amis basques Ur et Gotson:

« Je regarde le livre qui est sur sa table de travail, avec un marque page. C'est une traduction française d'Etre sans destin d'Imre Kertesz- Qu'est ce que c'est que tu lis demandais-je à Ur. Je n'ai jamais entendu parler de cet auteur.- C'est un Hongrois, et le livre est le récit de sa déportation dans les camps.Il est revenu auprès de moi, avec une bouteille d'armagnac et des verres- As tu jamais lu Primo Levi ? - Oui, Si c'est un homme - Kertesz est encore plus insoutenable - Mais tu le lis - Il y a toute une étagère de ma bibliothèque avec rien que des livres sur les exterminations nazies. - Comment peux-tu supporter de lire tout cela ? - Je ressens le besoin de me confronter au mal, dans ses plus profonds abîmes, pour croire en Dieu ».

Je souhaiterais simplement prolonger cette réflexion paradoxale de Green avec une phrase du Christ, lue le Premier dimanche de l’Avent dans la forme extraordinaire du rite romain : « Les étoiles tomberont du ciel, les Puissances des cieux seront ébranlées. Lorsque vous verrez arriver tout cela, levez vous, redressez la tête, car elle approche votre délivrance ».

A Auschwitz, les étoiles de notre monde moral sont tombées du ciel, mais, "levez-vous, redressez la tête", cet événement doit constituer un signe de notre délivrance, au sens biblique de ce terme.

Vous pouvez commander le n°2 de Respublica, 144 pp. 15 euros, port offert à Centre Saint Paul, 12 rue Saint Joseph 75 002 Paris

jeudi 21 janvier 2010

Nora, Fatima et tous les autres

Hier, nous avons eu une conférence un peu exceptionnelle au Centre Saint Paul sur les femmes converties de l'islam. Deux jeunes femmes, Nora et Fatima ont très sobrement porté leur témoignage, expliqué comment elles se sont convertis et surtout montré comment elles entendaient faire partager leur expérience. Avec passion.

Ces deux femmes sont évangéliques et non catholiques. Un moment, sans agressivité mais de manière appuyée, elles ont souligné toutes les deux que l'Eglise catholique avait tendance parfois à décourager certaines démarches vers le baptême. Jean Luc de Carbuccia, le patron bien connu des éditions de Paris qui édite le livre de Fatima (Fatima Oujibou, Converties de l'islam, aux éditions de Paris, 18 euros, que vous ne regretterez pas) et qui travaille beaucoup dans son île d'origine, la Corse, pour y convertir les musulmans, a souligné qu'il avait rencontré le cas d'un prêtre traditionaliste, disant à une femme qui souhaitait se convertir : "Va d'abord demander ce qu'il en pense à ton mari"...


Nous avons beau être en pleine semaine de l'Unité, on peut quand même se dire que ce n'est pas forcément toujours aux autres de faire le boulot, et se demander : mais pourquoi l'Eglise catholique est-elle en retard sur ce terrain aussi, alors que dans chaque village en Kabylie, il y a aujourd'hui une communauté chrétienne.

On peut mettre en cause des structures pesantes, des idéologies post-conciliaires suicidaires. On peut, comme jadis Léon Bloy tonner contre la tiédeur des clercs ("Tu n'es ni froid ni chaud, je te vomis de ma bouche" dit l'Apocalypse).

Il me semble qu'il y a aussi un point important, c'est le manque de simplicité du message que l'on porte aux gens. Beaucoup de prêtres très bien intentionnés souffrent de ce manque de simplicité. Non pas du manque de simplicité de leur discours, non ! Ils se mettent à la portée de leurs fidèles sans problème, cela fait partie du métier du prêtre. Mais c'est le message en lui-même qui a perdu sa simplicité. On a l'impression parfois qu'il y a des chapitres qui se suivent, comme dans les catéchismes pour adultes d'aujourd'hui, chapitres bien construits et présentant les éléments de la foi de manière parfaitement correcte. Mais on se dit : il manque quelque chose à ce discours trop clair. Il manque le ressort. Il manque l'intention. il manque la hiérarchie entre le but à atteindre (qui est le salut, que je sache) et les moyens pour l'atteindre.

Et parce que le message est présenté comme compliqué, il perd ipso facto tout caractère d'urgence. Il n'y a plus l'urgence du salut "à faire avec crainte et tremblement" comme disait saint Paul, ni même "l'urgence de la charité" dont il parle également. Et s'il n'y a pas urgence... les vertus théologales ne peuvent pas prendre dans les coeurs. Tant que l'on peut dire "demain", dans l'ordre spirituel cela signifie en pratique "jamais".

Comment résumer le message divin que nous porte le Christ ? Comment porter le kérygme ? Question à laquelle j'ai souvent réfléchi.

Nora et Fatima, lorsqu'elles s'adressent à leurs frères et à leurs soeurs nés dans l'islam, expliquent qu'il y a quatre lois. La première ? "Jésus t'aime", tu es aimé de Dieu, tu as de la valeur, ta décision dans l'ordre spirituel n'est pas indifférente. La seconde : tu es un pécheur. Ta vie n'est pas à la hauteur, tu as du mal à te regarder en face tel que tu es. La troisième : tu peux remettre les compteurs à zéros. Tu peux te débarrasser de ce qui te pèse. Tu peux recevoir le pardon de Dieu. La quatrième : Dieu intervient dans ta vie, tu dois le reconnaître, et l'ayant reconnu, le servir.

Ces quatre lois évangéliques m'ont fait penser aux retraites de Saint Ignace selon la bonne vieille méthode du Père Vallet : simples et efficaces. Merci au Père Marziac, prédicateur infatigable. L'amour de Dieu, le péché, la grâce et le discernement de la vie chrétienne. J'ai pensé aussi à une conversation que j'ai eue, à Notre Dame de Bonne Nouvelle, la paroisse voisine du Centre Saint Paul (la paroisse sur le territoire de laquelle nous nous trouvons). Beaucoup sur cette paroisse suivent la méthode du Chemin néocatéchuménal. Et cette méthode (avec me semble-t-il quelques excentricités notamment liturgiques) retrouve ces "lois" qui sont... le christianisme tout simplement.

On peut trouver que cette méthode n'est pas assez doctrinale, pas assez théologique. Il ne faut pas oublier que la vérité chrétienne est avant tout pratique : "Celui qui fait la vérité vient à la lumière" dit le Christ au chapitre 3 de saint Jean. Dans cette sentence, le mot important est le verbe "faire".

On peut supposer tout de même que nos contemporains, je pense surtout aux "hommes blancs", pourris de raffinement et de civilisation et perdus par deux siècles et demi d'antichristianisme systématique, ont besoin de plus que cette praxis. C'est vrai ! Je crois pouvoir dire qu'à Paris par exemple une prédication trop simple, trop basique, est facilement snobée. Je n'ai pas connu cette difficulté en Afrique, où l'apostolat rencontre si facilement ce que l'Africain Tertullien appelait "le témoignage de l'âme naturellement chrétienne". Mais plus le niveau culturel général est élevé, plus, aujourd'hui en tout cas, dans la culture antichrétienne d'aujourd'hui, ce témoignage naturel semble assourdi.

Je crois que pour toucher l'homme occidental, il faut lui montrer que la prétention du christianisme non pas seulement à faire l'histoire mais à être l'histoire de l'humanité, cette prétention n'a pas fini de résonner aux oreilles de tous les hommes de bonne volonté. L'homme religieux est en crise ? Qu'importe ! Reste la vérité nue. reste l'histoire. c'est sur ce terrain qu'a lieu la grande confrontation du christianisme avec l'islam. Lorsque l'islam se prétend "le sceau de la prophétie", - c'est je crois le moteur caché d'un Tarek Ramadan - il revendique d'être l'histoire. Il prétend représenter la synthèse de toutes les religions antérieures et il continuera (pense Tarek ou dit Karim que j'ai rencontré avant hier dans un café) à déployer, au fil des interprétations, ce pouvoir de synthèse.

Et le christianisme ? se réduit-il à l'expérience personnelle du péché, de la grâce et de l'amour de Dieu ? Non.

Vatican II a bien vu la nécessité pour le christianisme de retrouver l'histoire. Mais la plupart sur le moment ont interprété ce retour à l'histoire comme un ralliement, le ralliement à l'histoire telle qu'elle se fait en dehors de nous... On a confondu le ralliement, l'idéologie du ralliement avec la théologie du Royaume de Dieu qui est le coeur non négociable de l'Évangile. Qu'est-ce que le Royaume de Dieu aujourd'hui pour des chrétiens ? Une ambition et pas une repentance. Le Royaume de Dieu aujourd'hui (la royauté sociale du Christ aujourd'hui), c'est cette ambition (folle et nécessaire : voyez encore Tertullien : "On nous croit peu de chose et nous sommes partout") qu'ont les chrétiens de faire l'histoire. Pas de la suivre. De la faire.

J'ai été très ému par la dédicace que mon ami viêt-namien, Louis, que j'ai baptisé il y a maintenant quelques années, a jugé bon d'inscrire à mon intention en m'offrant son dernier livre : 'A l'abbé GT qui m'a rendu l'optimisme et qui m'a convaincu que le christianisme sera finalement victorieux'. Pétri de culture occidentale, scientifique, Louis n'est sans doute pas un "homme religieux". Il a retrouvé la foi, qui l'avait comme effleuré dans son enfance, parce qu'il a vu lucidement que l'espérance humaine est du côté du Christ et que dans l'histoire, la victoire du Christ (le Royaume de Dieu) est possible. Je crois qu'il faut que Louis nous communique son ambition, son optimisme (voir son livre : Minh Dung Louis Nghiem, Les démons de l'archaïsme et le développement humain, éd. Via romana 2009). A cet égard, on ne peut pas ne pas souligner l'importance de René Girard, qui a bâti toute son oeuvre autour de cette conviction centrale : c'est le christianisme qui fait l'histoire. Combien de personnes aujourd'hui, qui osent se dire chrétiens parce qu'ils ont lu ou parce qu'ils lisent René Girard ! Lui, il nous rend l'optimisme et nous convainc que le christianisme sera finalement victorieux.

On peut se demander : comment aurais-je la foi ? Telle qu'elle est posée la question est sans solution, car la foi est un don de Dieu. Plus concrètement, on peut se demander : comment le christianisme est la matrice de notre histoire ? Répondre à cette question, c'est réunir toutes les conditions objectives pour recevoir, quand Dieu voudra, le don de la foi.

Dans les Actes des apôtres au chapitre 6, le diacre Philippe demande à l'eunuque de la Reine Candace : "Crois tu que Jésus est le Fils de Dieu ?" Sur sa réponse positive, ils descendent tous les deux dans le Jourdain et Philippe baptise l'eunuque.

Je crois que cette petite histoire, au-delà de toutes les méthodes d'"apostolat, nous indique quel est le kérygme, quel est ce résumé efficace et urgent que nous cherchions tout à l'heure et quelle est, par conséquent, la matrice de l'histoire humaine.

La matrice de l'histoire humaine, c'est Jésus Christ Fils de Dieu, "le premier né d'une multitude de frères" comme dit saint Paul. La matrice de l'histoire humaine, c'est la divino-humanité de notre Sauveur. Dieu s'est fait homme afin que l'homme devienne Dieu répète les Pères de l'Eglise. Voilà le résumé de tout. voilà l'urgence ! Nous étions des animaux plus ou moins raisonnables. Nous devenons fils et filles de Dieu. Comme dit saint jean dans son Prologue de manière encore plus forte : "Il nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu". En grec : exousia. Les philosophes grecs se sont préoccupés de l'ousia (la substance) ; les théologiens chrétiens présentent à l'homme une capacité de métamorphose : exousia. Une liberté inconcevable ! Une liberté que nous recevons toute du Christ. Une liberté qui, depuis qu'elle a été donnée, fait l'histoire humaine.

Le drame, comme dirait Henri de Lubac ? Au lieu d'être fidèles à cette liberté, les hommes se la sont appropriée. L'espérance ? Cette liberté, qui est l'autre nom de la modernité, il suffit de la rendre au Christ pour que soit conjurés les périls qu'elles déchaîne sur nos têtes. Je crois que c'est cela la victoire du Christ aujourd'hui.

L'islam ambitionne d'être le sceau de la Prophétie grâce à la virtuosité de ses juristes, toujours capables de proposer une universelle reductio ad Mahometum. Le christianisme nourrit la même ambition, parce qu'il est convaincu que "seul le Christ sait ce qu'il y a dans l'homme". L'empire islamique est celui de la loi, au dessus de la nature et de la grâce. L'empire chrétien est celui de la nature divinisée par la grâce. L'un s'établit dans le Livre. L'autre se réalise dans l'homme lui-même, car c'est l'homme qu'il s'agit de comprendre et de transformer et que seul Dieu peut accomplir ce miracle, en donnant, à chacun selon sa demande, l'exousia, la liberté de devenir enfants de Dieu.

Notre Alexandre...

Je sais que beaucoup fréquentent ce Blog en ce moment pour avoir des nouvelles de notre abbé Berche, je remercie le pompier qui a fait partie des sauveteurs de son témoignage, surtout je remercie sa soeur de son message et lui dis que je serai heureux de la rencontrer comme j'ai été heureux l'autre soir de parler longtemps avec sa mère, qui nous fait comprendre sans paroles que quelque chose d'aussi fort qu'une vocation sacerdotale n'est jamais de l'ordre de la génération spontanée!
 
Certes les nouvelles d'Alexandre ne sont pas dramatiques, mais, quelle que soient la qualité des soins et la disponibilité du personnel soignant (tout à fait étonnante et admirable : j'ai pu vérifier cela à n'importe quelle heure du jour... ou de la nuit), il y a quand même, eh oui, (faute, semble-t-il, au respirateur artificiel que nécessite son hématome au poumon)... une maladie nosocomiale, il y a de la fièvre (jusqu'à 39, 5) et un nouveau front sur lequel se battre... Il est manifestement très bien suivi, et je n'ai d'ailleurs pas pu le voir hier, à cause des soins qui lui sont administrés. Il a été resédaté pour qu'il puisse, lui aussi, ne se battre que sur un front à la fois et lutter avant tout contre l'infection. La fièvre a baissé (37 aujourd'hui me dit l'abbé Laguérie). Il faut continuer à prier, "prier sans cesse et ne jamais se lasser". Nous avons été avertis dès le début que le coma risquait d'être long (le père d'Alexandre m'avait tout de suite parlé d'un mois).
 
N'hésitez pas, chers amis de l'abbé Alexandre, à envoyer des messages. Cela encourage tout le monde ! Et ces messages, laissés sur le net, lui seront lus. Lorsqu'il a été, un moment, sorti du coma artificiel, on sentait bien qu'il nous entendait. Dès que l'infection aura disparu et qu'il aura été désédaté, Anne-Cécile, que je connais bien et qui connaît bien notre Abbé, s'est proposée pour lui faire cette lecture. Ceux qui souhaitent exprimer quelque chose de plus personnel peuvent lui envoyer directement à l'adresse suivante : annececilefoubert@yahoo.fr.

mardi 19 janvier 2010

[conf'] Mardi 19 Janvier 2010 à 20 heures - « Ces femmes converties de l’islam » par Fatima OUJIBOU avec Jean-Luc de CARBUCCIA

Conférence au Centre Saint Paul (IBP à Paris) - Mardi 19 Janvier 2010 à 20 heures - « Ces femmes converties de l’islam » par Fatima OUJIBOU avec Jean-Luc de CARBUCCIA - Participation aux frais: 5 euros, 2 euros pour les étudiants - La conférence est suivie d’un verre de l’amitié.

samedi 16 janvier 2010

Riposte laïque, Bloc identitaire, Centre Saint-Paul : un libre débat sur l’identité

Article repris de Novopresse - Écouter l'émission

Hier, le Libre Journal de l’Identité, sur Radio Courtoisie, animé par Bruno Larebière, fut le théâtre d’un débat inédit. Durant près d’une heure et demie, trois hommes – et trois organisations – qui ne s’étaient jamais rencontrés ont débattu de l’identité nationale : le philosophe français d’origine roumaine Radu Stoenescu, membre du bureau de Riposte laïque ; l’abbé Guillaume de Tanoüarn, directeur du Centre Saint-Paul, membre de l’Institut du Bon Pasteur (IBP)  et responsable de la revue Respublica Christiana ; et Jacques Cordonnier, membre du bureau exécutif du Bloc identitaire et président d’Alsace d’Abord. (1)

On pouvait se demander si un militant de la laïcité, un prêtre et un cadre identitaire pouvaient vraiment se comprendre. S’ils allaient pouvoir débattre sans que cela ne tourne au pugilat. Deux questions, une seule réponse : oui.

Ce fut parfois vif – notamment sur le sens précis de la fameuse conférence d’Ernest Renan, « Qu’est-ce qu’une nation ? », notamment aussi sur l’importance du lien charnel entre l’homme et sa terre – mais toujours courtois. Et, surprises : c’est le représentant de Riposte laïque qui cita à deux reprises Jésus ! Et c’est le prêtre qui prononça la plus belle tirade identitaire !

Un débat de haute tenue qui n’a pas épuisé le sujet de l’identité nationale, mais qui a montré qu’il est possible – et souhaitable – de se parler pour mieux se comprendre et lever de toute part les a priori que les uns et les autres peuvent avoir.

1. Fabrice Robert, président du Bloc identitaire, initialement prévu, a été contraint de se décommander. Même si son absence ne lui est pas imputable mais est due à un arrêt en rase campagne de plusieurs heures du train qui était supposé l’amener à Paris, il prie les lecteurs de Novopress et les auditeurs de Radio Courtoisie qui avaient été informés de sa participation au débat de bien vouloir l’en excuser.