jeudi 31 janvier 2013

Benoît XVI et le sacrement de mariage

Voici un article tiré du dernier numéro du Point, que je publie sans commentaire, car l'auteur n'en fait guère :
« C'est une question épineuse que pose Benoît XVI aux membres du Tribunal de la Rote, l'une des plus anciennes institutions judiciaires romaines, qu'il a reçus samedi [26 janvier]. Le pape leur a demandé d'entamer une réflexion sur la solidité juridique du mariage catholique lorsque l'un des époux "ne perçoit aucune trace de foi". Considéré comme un véritable sacrement, le Vatican porte une attention toute particulière au mariage et à ce qu'il représente, "surtout dans le contexte actuel", a précisé le pape dans son discours.Le chef de l'Église catholique romaine a toutefois souligné qu'il n'y avait pas "d'automatisme absolu entre foi et invalidité". Mais il s'est également empressé de préciser que, si le couple ne possédait aucun désir de "grâce ou de salut", la valeur sacramentelle du mariage pouvait être remise en doute. Pour le Saint-Siège, ce lien indissoluble entre un homme et une femme requiert des "conditions minimales nécessaires". Benoît XVI estime qu'une carence de foi de la part d'un époux pourrait attenter aux valeurs prescrites par le mariage. À savoir fécondité, fidélité et indissolubilité. "La foi est importante dans la réalisation de l'authentique bien conjugal", a déclaré le pape, répétant que la finalité est le fait de vouloir le bien de l'autre. Il a illustré ses propos en parlant d'un grand nombre de couples qui se sont consacrés au mariage dans une perspective chrétienne et qui ont réussi à "triompher des situations les plus difficiles".Cette discussion sur la conformité d'une telle union matrimoniale fait renaître l'antique problématique du mariage effectué à l'église "par tradition" ou "pour faire plaisir" à la famille. Le pape considère que, dans un tel cas, il manque au sacrement "une dimension fondamentale". Enfin, Benoît XVI fait le lien entre la perception contemporaine du mariage et son véritable sens. "Dans les mentalités, explique-t-il aux membres du tribunal de l'Église, le mariage chrétien est difficile à comprendre." La conception individualiste qu'offre l'idéologie moderne ne correspond pas au mode de vie que propose le mariage. Et au pape d'affirmer qu'un manque de foi peut entraîner "un déséquilibre profond des relations humaines".

La Rote, composée de 21 juges nommés par le pape, est compétente en matière de nullité de mariage. Elle est, depuis septembre 2011, qualifiée dans les dispenses de validité de mariage non consommé. Bien des fois le sujet délicat du lien entre foi et alliance matrimoniale a été abordé par certains archevêques - notamment celui de Munich. Mais une implication personnelle du Saint-Siège permettra sans doute une réflexion plus poussée de l'institution du mariage.

Source : lepoint.fr
Cela me fait penser à Benoît XVI, lors d’une de ses rencontres avec le clergé du Val d'Aoste en 2005 :
« La situation est particulièrement douloureuse pour les personnes qui se sont mariées à l'Eglise ; mais qui ne sont pas vraiment croyantes et qui l'ont fait par tradition, puis ayant contracté un nouveau mariage non valide, se convertissent, trouvent la foi et se sentent exclues du Sacrement. Cela est réellement une grande souffrance, et lorsque j'étais Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j'ai invité plusieurs Conférences épiscopales et spécialistes à étudier ce problème : un sacrement célébré sans foi. Je n'ose pas m'avancer en affirmant que l'on puisse trouver ici réellement un motif d'invalidité parce qu'il manquait une dimension fondamentale au mariage. Je le pensais personnellement, mais à la suite des discussions que nous avons eues, j'ai compris que le problème est très difficile et doit être encore approfondi. Mais étant donné la situation de souffrance de ces personnes, il doit vraiment être approfondi ». Lundi 25 juillet 2005, Eglise paroissiale d'Introd (Val d'Aoste)

Source : vatican.va
Je serais intéressé par vos réactions à ces deux percées étonnantes de notre grand pape.

Troisième Carrefour apostolique : Proche-Orient : demain la guerre des monothéismes?

Troisième Carrefour apostolique : Proche-Orient : demain la guerre des monothéismes?
La Syrie, anatomie d'un scandale - Les conditions d'un dialogue des monothéismes
Samedi 2 février 2013 de 14h à 18h30 au Forum de Grenelle, Paris XVè
Il s'agira notamment d'une rencontre exceptionnelle avec Mère Agnès-Mariam de la Croix. Religieuse palestinienne, refondatrice du Couvent Saint Jacques Intercis dans la région d’Homs en Syrie, malgré les menaces dont elle est l’objet, cette femme d’exception tient un discours clair sur la situation des chrétiens en Syrie. Elle porte, comme chrétienne et témoin du Christ, un poignant témoignage de vérité. À l’heure où l’on nous répète sur tous les tons les vertus du dialogue des monothéismes, voici un champ ouvert par l’actualité… Un champ sanglant pour le peuple syrien. 

Programme de cette journée :
  • 14H00 : Ouverture des portes
  • 14H20 : Introduction : La Syrie, un théâtre pour la guerre des monothéismes ? Abbé Guillaume de Tanoüarn
  • 14H30 : Simples regards sur la crise en Syrie, John Laughland (géopoliticien) et Henri Malfilatre (journaliste à Monde et Vie)
  • 15H15 : Mon témoignage face à la Barbarie qui vient, Mère Agnès-Mariam de la Croix
  • 16H15 : Pause
  • 17H00 : Conditions pour un vrai dialogue des monothéismes :
    • Le malentendu islamo-chrétien et ses causes, Père Edouard-Marie Gallez
    • Le judaïsme dans l’histoire et la Providence de Dieu, Jean-Marie Elie
    • Comment être universels, c’est-à-dire catholiques, Abbé Guillaume de Tanoüarn
  • 18H30 : Conclusion : La vocation de l’homme en Jésus-Christ, Mère Agnès-Mariam de la Croix
Une buvette, des dédicaces de livres et des stands divers seront également proposés. Lieu : Forum de Grenelle, 5 rue de la Croix Nivert, 75015 Paris  (Métro Cambronne, Bus 80 et 49) - Entrée : 10 €, 5 € pour les étudiants et les chômeurs. Renseignements sur le site internet cccsp.fr ou au 07 62 07 26 41

lundi 28 janvier 2013

[Abbé de Tanoüarn] Septuagésime

Ce terme barbare signifie : 70. Nous sommes à soixante dix jours de la fête de Pâques. Et déjà, dans l’ordonnance des cérémonies, le décor change. La couleur de ce dimanche est le violet. A la messe, le chant de jubilation qu’est le Gloria (le chant des anges dans la nuit de Noël) est supprimé. Dans un livre récent publié aux éditions du CNRS, Philippe Martin parle du théâtre divin. La liturgie, c’est un peu cela ! Lorsqu’on change la couleur du décor, on dit quelque chose sur ce qui se passe dans le coeur de
l’Eglise.

Les trois dimanches qui viennent et que l’on appelle les dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime (tous trois supprimés on ne sait pourquoi dans la liturgie rénovée) sont très riches en textes. L’évangile lu aujourd’hui est la parabole des ouvriers de la Onzième heure. Son thème ? Imaginez des journaliers qui se font embaucher pour les vendanges. Un juste salaire est conclu entre le patron et ses ouvriers : un denier par jour, 12 heures de travail. Et pourtant le patron continue à embaucher, à la troisième, à la sixième, à la neuvième et même à la onzième heure du jour. Quand vient le soir, le responsable, selon l’ordre du maître, fait mettre tout le monde en rang, en commençant par les derniers arrivés. Ils reçoivent un denier, le prix convenu pour une journée de travail. Ceux qui ont commencé dès le matin et qui ont « supporté le poids du jour et de la chaleur » s’attendent à être payé davantage. Et pourtant, ils reçoivent eux aussi un denier.
 
Comment comprendre cette parabole ?
 
On peut voir dans les premiers arrivés à la Vigne le peuple juif et dans les derniers les « païens » devenus chrétiens… avec l’inévitable jalousie qui naît entre les deux groupes. On peut aussi considérer que dans la vie, il y a des ouvriers de toutes les heures, de la première à la dernière, et que tous seront rétribués de la même façon. L’essentiel dans le Royaume de Dieu n’est pas la quantité (humaine, trop humaine), le stakhanovisme… Non l’essentiel c’est le coeur avec lequel on saisit la grâce lorsqu’elle est donnée. Dans cette arithmétique là un instant d’amour parfait vaut toute une vie…
 
Cette vérité est dérangeante. C’est elle qui fonde le pari de Pascal. L’idée de Pascal est simple : mieux vaut ne serait-ce qu’un instant de qualité plutôt qu’une quantité d’instants vides de sens. Eric Rohmer a admirablement compris et orchestré ce thème au cinéma, en particulier dans Ma nuit chez Maud.
 
On peut aussi comprendre que Dieu, en nous offrant son Ciel, ne récompense pas nos mérites, mais nous donne infiniment plus que tout ce que nous avons pu mériter par nous-mêmes. Comment une action dans le temps pourra être récompensé par l’éternité ? En réalité, l’éternité qui nous est promise est un don gratuit de Dieu à chacun d’entre nous. Nous sommes tous des « fils aimés de Dieu », comme dit saint Paul : fils aimés, fils prodigues et non pas seulement employés ou journaliers. Ce qui règle nos rapports avec Dieu, ce n’est pas la justice, c’est la miséricorde. Et c’est pourquoi Dieu donne la même chose à tous ceux qui ont vraiment travaillé dans sa Vigne, quel que soient leur temps de travail.
 
Deux choses sont requises de nous et deux seulement : que nous répondions à l’invitation qui nous est faite d’aller travailler à la vigne, quelle que soit l’heure à laquelle elle nous parvient. Le péché, c’est de rester oisifs : « Pourquoi êtes vous là à ne rien faire ? ». La grâce de Dieu ne peut être reçue que par notre liberté. Et notre liberté est en nous la faculté d’entreprendre. Elle est l’élan pour agir. La grâce de Dieu ne récompense pas notre travail, elle permet que nous nous mettions à l’oeuvre. Cajétan va jusqu’à écrire de manière parfaitement thomiste que notre mérite, fruit de notre liberté, est, de notre point de vue, ce qu’est la grâce du point de la Toute puissance de Dieu : une seule et même réalité. Deuxième chose : nous ne pouvons pas être jaloux d’autrui si nous appartenons au Royaume de Dieu. C’est par jalousie que ceux qui ont commencé à travailler les premiers demandent plus, c’est parce qu’ils constatent que d’autres sont payés autant qu’eux pour un travail bien moindre. Ne nous offusquons jamais de la Bonté de Dieu, parce que tous et chacun nous en éprouvons les fruits. Lorsque nous supportons « le poids du jour et de la chaleur », sentons nous portés par cette bonté, souvenons nous de cette formule de saint Paul : « Qu’as tu que tu n’aies reçu ? « . Si nous avons tout reçu de Dieu, ne nous conduisons pas comme si nous revendiquions auprès de lui quelque chose comme notre droit. Sachons toujours nous réjouir de l’absolue gratuité de Dieu… et de son salut.
 
Abbé Guillaume de Tanoüarn

mercredi 23 janvier 2013

Dans les plis de la Vierge de l'Adoption [par RF]

[MàJ mai 2014: Le Metablog a maintenant une autre bannière]
[par RF] Le MetaBlog avait besoin d'une bannière? Nous empruntons un détail de son manteau à la Vierge de l'Adoption (Ingres, 1858) et nous voila placés dans les plis du vêtement de notre mère du Ciel.
 

Mère Agnès-Mariam, un témoin face à la barbarie

Reçue récemment sur Europe1 par Jean-Pierre Elkabach, la Mère Agnès Mariam se vit taxée de « controversée » par le célèbre interviewer. Son crime ? Dire la vérité sans concession. Avec la fougue et l’indépendance d’esprit qui lui appartiennent, Mère Agnès évoque ici sans tabou les malheurs du peuple syrien par delà toutes les confessions… Je donne ci-dessous l'entretien paru dans l'avant dernier numéro (décembre) de Monde et Vie, avec une présentation biographique de Mère Agnès. -- Le 2 février prochain, au Forum de Grenelle (5 rue de la Croix Nivert 75 015), nous recevons Mère Agnès-Mariam au cours d'un colloque consacré à La guerre des monothéisme aujourd'hui. Les renseignements sont donnés sur cccsp.fr.

Ma Mère, vous êtes installée au cœur du désert de Syrie, mais votre voix retentit par tous les moyens modernes en dehors de votre monastère Saint-Jacques le Mutilé. Tant et si bien qu’on vous reproche dans cette Syrie à feu et à sang, de « faire de la politique »…
Ma position n’est pas une position politique, c’est une position éthique devant une situation d’agression flagrante contre la population civile,. Alors que les médias « Mainstream » ne mettent en lumière qu’une seule partie du tableau, je trouve qu’il est bon de compléter ce tableau, par une vision qui aide l’opinion publique à se faire l’idée la plus équilibrée des tenants et des aboutissants du conflit syrien. Certes je ne veux pas effacer d’un coup de chiffon tout ce que les médias sont en train de dire. Mais il est clair qu’il y a un discours dominant qui est tendancieux. On défend unilatéralement une thèse que l’on aimerait favoriser par tous les moyens, mais on le fait malgré l’évidence de beaucoup d’événements…
Quelle est cette thèse ?
La thèse que l’on veut défendre est que le régime est l’unique responsable de la mort d’innocents et des destructions massives que l’on constate en ce moment. Face à cette thèse « officielle », la réalité est que ce sont les méthodes employées par des bandes armées affiliées à l’opposition qui sont contraires autant sinon plus à la protection des civils. Ce sont eux qui détruisent les infrastructures de l’Etat et les sites patrimoniaux de façon gratuite. Ce sont eux qui déséquilibrent la société civile, dans laquelle, quelles que soient les confessions religieuses, il y a, aujourd’hui encore un large consensus pour la paix. Durant longtemps, la grande presse a voulu ignorer l’existence grandissante de groupes extrémistes, qui utilisaient la guerre sectaire pour  réaliser une redistribution géographique à base confessionnelle, en incitant à la guerre civile. Ces groupes, d’abord ignorés, puis carrément occultés, ont été identifiés par divers reporters comme étant des groupes affiliés à Al Qaïda ou des mercenaires comprenant une proportion significative en provenance des pays les plus divers, y compris l’Angleterre, la France, l’Irlande, l’Australie et même la Suède. S’agit-il d’un recyclage de terroristes, soudain adoubés en défenseur de la liberté et de la démocratie ? Se poser la question, c’est y répondre…
Vous êtes donc, vous, du côté du Régime de Bachar el Assad, contre ces terroristes ?
Le régime de Bachar est un régime totalitaire socialiste à la manière stalinienne. Ce n’est pas par amour pour le Régime mais pour le peuple syrien et pour l’Eglise qui se déconsidèrerait si elle s’abstenait de dire la vérité des faits, occultée par des considérations politiques. Je crois que la société syrienne ne doit pas être étudiée à travers un schéma binaire, avec les pro-régimes et les anti-régime. L’immense majorité du peuple syrien n’est pas politisée. Il y a une immense majorité silencieuse, qui refuse d’être instrumentalisée, déstabilisée et de perdre l’Etat (qu’il ne faut pas confondre avec le Régime). La situation actuelle ne résiste pas à une analyse, même élémentaire. Madame Clinton a eu l’instinct de se rattraper, en soulignant publiquement que la Révolution légitime du peuple syrien a été détournée au profit de mouvements extrémistes et sectaires. Même Laurent Fabius, votre ministre des affaires étrangères, a évoqué « une guerre hétéroclite et désordonnée ».
Mais êtes-vous en accord avec la hiérarchie catholique, lorsque vous soutenez ces thèses non-conformistes ?
Ici en Occident, on essaie de faire croire que je ne le suis pas. Mais c’est faux. Sa Béatitude Grégoire III Laham, patriarche des melkites grecs catholiques a récemment proposé 24 observations sur la crise en Syrie qui vont tout à fait dans ce sens. C’est lui qui a déclaré : « En Syrie, il n’y a plus de Révolution, il n’y a plus de manifestations. Il y a seulement du banditisme et le monde entier refuse de le reconnaître ». Il parle aussi de « complot international contre la Syrie ». Tout cela d’ailleurs recoupe l’appel urgent des évêques de Hassaké en Mésopotamie syrienne, dans lequel les prélats des Eglises locales, tous rites confondus, font état de véritables agressions contre la population civile de la part des rebelles – ces mêmes rebelles dont la presse mainstream justifie le port d’armes par leur soi-disant protection des civils. C’est vraiment la raison du plus fort qui est la meilleure ! Quant aux sociétés occidentales, elles en sont arrivé à la justification idéologique de la violence : vice inquiétant.
Y a-t-il un espoir pour la Syrie aujourd’hui d’après vous ?
Ce qui est complètement occulté aujourd’hui, c’est la présence d’une majorité silencieuse qui n’est pas polarisée, qui aime son pays, qui en connaît les bienfaits et les travers. Diverses initiatives ont vu le jour pour ressouder l’unité civile et arrêter l’effet dévastateur qu’a produit l’ouverture de la boîte de Pandore de la Révolution arabe. Le Forum des familles s’est tenu il y a quinze mois. Les délégués et activistes (sic) appartenant aux diverses composantes du riche tissu social syrien, si diversifié d’un point de vue ethnique, religieux et culturel. Ce Forum a fait émerger l’initiative de réconciliation nationale, avec à sa tête le chef d’une des plus prestigieuses tribus arabes, les Naïms (représentant ici en Syrie trois millions de personnes). L’autorité naturelle du Cheikh Saaleh El Naïm a permis que se créent un peu partout dans le Pays des groupes de réconciliation nationale (en arabe : Musalaha) qui s’illustrent par des réalisations ad hoc in situ, pour prévenir la guerre civile, arrêter la violence, payer les rançons et s’occuper du quotidien de la vie sociale syrienne, en se servant du vaste réseau d’accointances qui existe entre les différents chefs tribaux, comptant parmi les leaders les plus influents des diverses confessions, sunnites, alaouites, chiites, chrétiens, druzes, ismaélites, yézidis et sabéens transfuges de l’Irak. Face à une telle organisation, je le demande, que vient faire la France pour décider qui va représenter loe peuple syrien ? J’appelle cela un détournement. Le conflit syrien est en train de dévoiler le vrai visage de la Démocratie occidentale.
Pourquoi ce mouvement « Musalaha », ce mouvement pour la réconciliation des Syriens est-il si peu connu ?
Aujourd’hui, la Communauté internationale cherche à prendre de vitesse la majorité du peuple syrien qui n’a pas pris les armes. Alors que le mouvement Musalaha s’évertue à maintenir la paix civile, en pacifiant les populations, en les aidant matériellement, tout en arborant les deux drapeaux, celui de la Révolution et celui du régime, on cherche surtout des raisons pour intervenir, en armant les rebelles. On nous dit qu’il y a une guerre civile en Syrie. On compte quelque 500 000 morts depuis le début des hostilités. Mais ce n’est pas une guerre civile, ce n’est pas une guerre entre les composantes civiles du Pays, mais la répression par l’armée du régime de l’insurrection d’une partie du Pays aidée de volontaires internationaux. C’est une Guerre entre l’Armée Libre de Syrie (miliciens ou mercenaires) et l’armée régulière. Dans cette guerre , les civils de toutes confessions sont pris en otages ; c’est ainsi que dans les quartiers résidentiels infiltrés, les gens sont séquestrés et rançonnés. Il faut dire que ce conflit a été préparé depuis des années ! N’a-t-on pas retrouvé les souterrains qui ont permis à l’ALS de prendre pied dans ces quartiers sans coup férir ?
Et le Régime…
Le Régime est mort depuis le début de l’année 2012 puisqu’il a renoncé officiellement au principe du Parti unique. Certes c’est un régime très dur avec ses opposants, mais jusque là, le Pays n’avait pas de dette et surtout il était autosuffisant jusqu’à cette guerre, avec d’abondantes réserves, systématiquement détruites aujourd’hui par les mercenaires djihadistes. L’Etat assurait en outre les écoles, la gratuité des soins, la gratuité des médicaments avec une véritable industrie pharmaceutique nationale. Pour nous, la véritable question n’est pas que restera-t-il du régime de Bachar, mais que restera-t-il de l’Etat syrien, qui, jusqu’ici, assurait la paix civile avec de vrais moyens économiques ?
Propos recueillis par l’abbé G. de Tanoüarn

Les médias : entre information et propagande
 
« La position timorée des médias sur la Guerre en Syrie me rappelle un incident significatif. Une de nos fondatrices subit jadis un malaise cardiaque et fut transportée à l’hôpital où l’électrocardiogramme n’enregistra aucune anomalie. Les médecins nous rassurèrent mais, à peine arrivée au monastère, elle eut une attaque fatale et succomba sous nos yeux. Rappelé d’urgence, le médecin qui venait de la congédier brandissait l’électrocardiogramme pour assurer que la religieuse n’avait rien. Malgré l’information fournie par son appareil de contrôle, notre sœur est décédée. Je crains que le même scénario ne se répète aujourd’hui dans le domaine des événements sociopolitiques. Qu’à force d’être soumis à un système de désinformation, on ne se laisse berner jusqu’à un point de non retour. La faute de la désinformation retombe, dit-on, sur le régime syrien qui empêche le libre accès des médias. C’est vrai. Mais faudrait-il pour cela punir la population et ne plus l’entendre en bloquant son témoignage et en refusant de le diffuser ? (…) Les versions des télévisions syriennes pro-régime s’accordent plus avec la réalité. Nous avons essayé de nous documenter en temps réel en téléphonant à des proches sur les lieux mêmes des incidents décrits : la situation ressemblait plus à ce qu’en disait la télévision syrienne qu’à celle propagée par Al Jazzirah, BBC ou France 24, Al Hurra ou Al Arabia à travers des montages et autres compilations audio-visuelles mensongères et de mauvaise qualité »
 
Mère Agnès-Mariam

samedi 19 janvier 2013

Referendum sur le mariage homo : c'est une mauvaise idée

L'UMP en rêve, histoire de se relancer politiquement. L'alliance Vita souligne que la mesure serait populaire et bien venue. Il me semble à moi que ce referendum sur l'institution du mariage et son extension ou non aux couples homosexuels, puis - pourquoi pas s'il y a de l'affect ? - à tous duo ou trio... serait une catastrophe : l'ultime attentat contre l'institution du mariage dont je croyais que nous la défendions. Mettre une institution aux voix, c'est la détruire immanquablement. Je ne parle pas là de religion, mais de la vie des hommes et de la manière dont cette vie est organisée par la médiation efficace d'institutions qui la surplombent. On ne va pas mettre l'Ecole aux voix. On ne va pas mettre la France aux voix (ou alors, ce jour-là, il n'y aurait plus de France). Pas d'avantage ne peut-on imaginer mettre le mariage aux voix, quel que soit le résultat de la consultation.

Il faut revenir à l'enseignement de Jean-Paul II : il est très clair sur ce chapitre. Une démocratie est forcément limitée. On peut mettre aux voix la désignation des gouvernants, personne ne le conteste. Mais une démocratie devient totalitaire (c'est le terme employé par le pape dès 1991 dans Centesimus annus, puis en 1993 dans Veritatis splendor, enfin en 1995 dans Evangelium vitae) si elle ne reconnaît pas les limites de son pouvoir, si elle n'est plus capable de s'effacer non seulement devant la loi naturelle, non seulement devant les exigences du respect de la vie, mais devant les institutions qui médiatisent la vie des hommes. Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique, a publié récemment une étude très intéressante à ce sujet dans un volume d'universités d'été tout récemment paru. Titre : La démocratie peut-elle devenir totalitaire ? Cette éventualité n'est pas seulement une abstraction que l'on agiterait comme un épouvantail. Le totalitarisme mou, le totalitarisme soft est le fait de toute démocratie sans autre règle que le règne de l'individu. Le caprice populaire est alors la règle ultime du bien et du mal.

On a imaginé le referendum d'initiative populaire comme un recours utilisé par un gouvernement s'il est en panne de légitimité. Dans cette perspective, il est bon d'avoir recours au referendum, car il est normal que le peuple participe à son propre gouvernement d'une façon ou d'une autre. S'il n'y participe pas du tout, ce gouvernement devient inefficace.

Mais dans une démocratie totalitaire, le referendum d'initiative populaire peut devenir une manière de consulter le peuple à tous propos, sur tout et n'importe quoi, pour manifester l'étendue de son pouvoir. Cela me semble dangereux. Tout n'est pas matière à referendum ! La gauche a raison, sur le fond, de le rappeler et il faudra le lui rappeler si elle abuse elle-même du procédé un jour.

Evidemment, telle n'est pas la perspective de ceux qui, en ce moment réclament le referendum à propos du mariage homosexuel.

L'idée de nos amis qui réclament cette mesure, c'est de rendre la parole au peuple, alors que, sur ce sujet, par le biais de la représentation républicaine, on se prépare à la lui confisquer. Dans ces conditions, dit-on, un referendum est de nature à mettre le peuple devant ses responsabilités. Disons : de mettre chacun, dans le secret de l'isoloir, devant ce que représente tel ou tel caprice populaire, en donnant au peuple la possibilité de dire non à une loi qu'on veut lui imposer.

Mais c'est accorder au suffrage universel une capacité d'initiative par rapport à ce qu'on veut lui faire penser et lui faire dire qu'il manifeste de plus en plus rarement. Dans l'atmosphère de désinformation qui règne aujourd'hui, je crois qu'un referendum, c'est comme un concile : à fuir.

Le Quatrième pouvoir, le pouvoir de l'information, n'a habituellement aucun compte à rendre à personne. Il peut à loisir désinformer pour imposer l'idée de la classe dominante (dont il entend faire partie) ou du lobby le plus offrant. Personne n'est en mesure de lui demander le moindre compte sur le traitement de l'information. Les politiques eux-mêmes en souffrent et en souffriront et c'est la raison pour laquelle ils ont exigé que chaque parti politique, pour les élections les plus importante, jouisse d'un temps d'antenne proportionné à son importance dans le scrutin. Mais sur l'affaire du mariage homosexuel, comment peut-on imposer des quotas à l'information ou des temps d'antenne ? Comment peut-on croire que les Français auront en main les vrais motifs et les vrais enjeux au moment de choisir ?