mardi 24 février 2009

[IBP-Roma] "Benoît XVI a regardé le reportage de KTO..."

Nous vous avions parlé du reportage de KTO sur l’IBP-Roma. Le 18 février l'abbé René-Sébastien Fournié a écrit sur son site:

Le reportage de KTO sur l’IBP-Roma rencontre un succès grandissant et inattendu. Ce sont plusieurs milliers de visionnages, des mails et des appels de félicitations de tous les pays. Les journalistes de la chaîne nous ont confiés que c’était la vidéo la plus regardée avec celle portant sur la mort de Sœur Emmanuelle, et qu’eux-mêmes recevaient de nombreux commentaires élogieux.

Et depuis quelques jours… il nous était demandé de transmettre une copie du reportage au Vatican afin qu'il soit visionné par le Pape en personne. Aussi, grâce à la diligence de KTO, le CD est arrivé par porteur à notre maison, puis repartit aussitôt pour le Vatican afin qu'il soit confié à Mgr Renato Boccardo, le Secrétaire Général du Vatican, qui le remit à Mgr Georg Gänswein, le Secrétaire personnel du Pape. C’est ainsi que depuis quelques heures, nous avons appris que Benoît XVI avait eu le reportage de KTO sur notre communauté de l’IBP-Roma… Nous vous tiendrons très prochainement au courant de la suite de cet épisode…

lundi 23 février 2009

Premières réactions du pape

Trois extraits importants du salon beige me renvoient à la Une du dernier numéro de Monde et Vie : "Colères cardinalices, haro sur le pape". Monde et Vie décrit l'offensive des cardinaux allemands que l'on sait de longue date hostiles au pape. L'archevêque de Vienne a joué le rôle de supplétif. Pour toutes ces Éminences, la gravité de "l'affaire Williamson" autorisait des attaques à découvert. Mais l'opposition cardinalice à Benoît XVI n'est-elle pas sortie trop vite de ses retranchements ? L'avenir le dira. La réaction extrêmement sereine, avant tout spirituelle et chrétienne, du Pontife, qui dès son discours d'intronisation avait prévenu qu'il attendait "les loups" lui donne aujourd'hui toute la supériorité du dogme (je parle du dogme de la Primauté) et de la foi (je parle de la foi en l'unité de l'Eglise qui l'anime) sur les supputations politiques hâtives de certains hommes rouges qui s'imaginent un peu vite en rivaux potentiels de l'homme en blanc, alors qu'ils doivent être avant tout ses soutiens, parce qu'ils constituent sa garde rapprochée.

Certains diront sans doute que je parle de manière trop crue de ces réalités feutrées... Eh bien lisez ces deux textes de Benoît XVI. Il se retranche derrière l'Epître aux Galates et derrière le dogme catholique de la Primauté de Pierre. Cela donne à ses commentaires des allures de mise au point, qui n'échapperont pas au lecteur attentif.

Premier texte, c'était vendredi, au terme d'un discours sur la liberté prononcé au Grand Séminaire Romain. Le Pape a déclaré sans élever la voix :

"Et pour finir, après ces belles choses, il y a encore une fois dans la Lettre, une allusion à la situation un peu triste de la communauté des Galates, lorsque Paul dit : «Si vous vous mordez et vous dévorez mutuellement, prenez garde au moins à ne pas vous détruire entièrement les uns avec les autres… «Marchez selon l'Esprit». Il me semble que dans cette communauté - qui n'était plus sur le chemin de la communion avec le Christ, mais sur celui de la loi extérieure de la «chair» - émergent naturellement aussi des polémiques et Paul dit : «Vous devenez comme des bêtes fauves, l'un mord l'autre». Il fait allusion ainsi aux polémiques qui naissent là où la foi dégénère en intellectualisme et où l'humilité est remplacée par l'arrogance d'être meilleur de l'autre.

Nous voyons bien qu'aujourd'hui aussi il y a des choses semblables où, au lieu de s'insérer dans la communion avec le Christ, dans le Corps du Christ qui est l'Église, chacun veut être supérieur à l'autre et avec une arrogance intellectuelle, veut faire croire qu'il serait meilleur. Et ainsi naissent les polémiques qui sont destructrices, ainsi naît une caricature de l'Église, qui devrait être une seule âme seule et un seul cœur.

Dans cet avertissement de Saint Paul, nous devons aujourd'hui encore trouver un motif d'examen de conscience : ne pas penser être supérieur à l'autre, mais nous trouver dans l'humilité du Christ, nous trouver dans l'humilité de la Vierge, entrer dans l'obéissance de la foi. C'est réellement ainsi que le grand espace de la vérité et de la liberté dans l'amour s'ouvre aussi à nous."Cette information opportune sur le Salon Beige est signée Michel Janva.

Deuxième texte, tout aussi clair. Aujourd'hui, en la fête de la Chaire de saint Pierre, Benoît XVI a demandé la prière des fidèles pour son ministère de Successeur de Pierre :

"Ce dimanche coïncide aussi avec la fête de la Chaire de saint Pierre, une fête liturgique importante qui met en lumière le ministère du Successeur du Prince des Apôtres. La Chaire de Pierre symbolise l'autorité de l'évêque de Rome, appelé à accomplir un service particulier vis à vis de tout le Peuple de Dieu. Chers frères et sœurs, cette fête m'offre l'occasion de vous demander de m'accompagner de vos prières, afin que je puisse accomplir fidèlement la haute tâche que la Providence divine m'a confiée en tant que Successeur de l'apôtre Pierre. Immédiatement après le martyre des saints Pierre et Paul, l'Eglise de Rome s'est en effet vue reconnaître le rôle primatial dans toute la communauté catholique, rôle attesté déjà au IIe s. par saint Ignace d'Antioche.

Ce ministère singulier et spécifique de l'évêque de Rome a été rappelé par le concile Vatican II : "De là vient aussi l'existence légitime, dans la communion ecclésiastique, des Eglises particulières qui jouissent de traditions propres, sans préjudice du primat de la Chaire de Pierre qui préside à toute l'assemblée de la charité, qui protège les légitimes diversités et, en même temps, veille à ce que les différences ne nuisent point à l'unité, mais la servent"(Lumen gentium, 13)".Ce deuxième post est encore signé Michel Janva, qui nous donne également une information importante sur les positions du Père Lombardi, soutenant désormais clairement la ligne du pape, alors que, toujours à en croire notre ami Romain Bénédicte dans le dernier numéro de Monde et Vie, décidément riche en révélations, celui qui, à la tête de la Salle de presse du Vatican devait être l'homme lige du gouvernement pontificale s'était permis d'attaquer nommément le cardinal Castrillon Hoyos et son rôle dans la levée des excommunications.

"On ne doit attribuer au «Saint-Siège» que les publications officielles publiées par la salle de presse du Saint-Siège. Le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, déplore que des propos soient abusivement attribués au «Saint-Siège», ou au «Vatican», alors qu'ils ne sont que des propos de personnes appartenant à la Curie.

"Assez souvent, les moyens d'information attribuent au ‘Vatican', entendant par là le ‘Saint-Siège', des commentaires et des points de vue qui ne peuvent pas lui être automatiquement attribués. En effet, lorsque le Saint-Siège entend s'exprimer de façon autorisée, il utilise les moyens qui lui sont propres et des modes adaptés (communiqués, notes, déclarations). Tout autre prise de position n'a pas la même valeur. Récemment encore, on a constaté des attributions inopportunes. Le Saint-Siège, dans ses organes représentatifs, manifeste du respect envers les autorités civiles, qui, dans leur autonomie légitime ont le droit et le devoir de pourvoir au bien commun".

Le P. Lombardi fait probablement allusion à des titres comme ceux employés vendredi 20 février pour un article de l'agence italienne Ansa à propos du dernier décret du gouvernement sur la sécurité : «Vatican : Non aux rondes, pas d'état de droit », confondant l'avis d'un prélat de la Curie, avec le Saint-Siège, qui n'a fait à ce sujet aucune déclaration officielle, souligne Janva.

On peut penser aussi que la ligne pontificale est très clairement déterminée dans le tohu bohu provoqué par l'affaire Williamson et qu'il n'est pas question d'usurper l'autorité de la Curie pour attaquer la volonté du pape.

Certains ont reproché à Benoît XVI "son individualisme" dans cette affaire. il me semble qu'il agit plutôt en Monarque, persuadé que l'immense majorité du peuple chrétien soutient et soutiendra ses initiatives pour la paix de l'Eglise et pour l'unité des chrétiens.

On s'est résigné un peu vite à reconnaître en Benoît XVI un pontife de transition. Tout se passe au contraire comme si, mettant de côté son âge et se confiant dans "la Providence divine" qu'il invoque explicitement dans le deuxième texte que je cite plus haut, le pape allemand nourrissait un grand dessein, un dessein qui bouscule les routines de certains fonctionnaires de Dieu mais qui fera de son passage sur la Chaire de Pierre un moment clé pour le siècle à venir.

Une lumière non seulement pour les chrétiens enfin réconciliés avec leur Eglise, mais aussi, je crois, pour tous les hommes de bonne volonté que sa piété et sa science théologique aura touchés au plus profond.

dimanche 22 février 2009

"Bienvenue du radio J..."

Guy Rozanowicz et Edwar Amiach recevaient le 15 février 2009 sur Radio J (94.8 à Paris) "un invité tout à fait passionnant": l’abbé Guillaume de Tanoüarn. Le sujet étant bien sûr l'affaire Williamson. Il y a deux écueils dans ce type d'échange. Le premier c'est de tomber sur un journaliste qui a un compte personnel à régler avec le catholicisme de son enfance. Tel n'est évidemment pas le cas sur Radio J. Le second écueil est de rester sans relief. Shoah, négationnisme? On condamne et on s'en tient là. En bon prédicateur qu'il est, l'abbé a su aller plus loin. Peuple déicide? "L'enseignement chrétien est très clairement de dire à chaque homme qu'il est pécheur, et à chaque homme que ses péchés ont crucifié le Christ" répond-il. "Émission magnifique, qui mériterait beaucoup plus de temps" soupire le journaliste. Chiche? -- Ecouter l'émission

jeudi 19 février 2009

Faut-il canoniser Louis XVI?

« Faut-il canoniser Louis XVI?» - tel est le thème de l'après-midi du 21 mars 2009 au Centre Saint Paul, (conférence, table ronde, et cocktail - à 19H00 messe de requiem). Cliquez ici pour le programme et les infos.

D'habitude les choses s'enchaînent ainsi: l'évènement, une recension sur le web, vos réactions, chers lecteurs. Eh bien la partie 'commentaires' est d'ore et déjà ouverte à vos contributions, dont il sera fait part aux intervenants.

Et pour amorcer, voici ce qu'écrivent les organisateurs de cette après-midi:
Si elle paraît provocante, la question s’appuie pourtant sur plusieurs faits : et en premier lieu sur la déclaration de Sa Sainteté Pie VI, lors d’un Consistoire secret, le 17 juin 1793 : « Qui pourra jamais douter que ce Monarque ait été principalement immolé en haine de la Foi et par esprit de fureur contre les dogmes catholiques » et «Nous célébrerons (une messe) avec vous pour le repos de l’âme du Roi Louis XVI, quoique les prières funèbres puissent paraître superflues quand il s’agit d’un chrétien qu’on croit avoir mérité la palme du martyre, puisque Saint Augustin dit que l’Église ne prie pas pour les martyrs, mais qu’elle se recommande plutôt à leurs prières… »

Mais, pour autant le Pape n’a pas immédiatement introduit sa cause. Il est vrai que nous ne sommes pas dans notre ère de surmédiatisation où l’on sait dans les minutes qui suivent quel écrivain ou chanteur a fait une chute de vélo au Bangladesh, ou une rupture d’anévrisme à la Mamounia : on a vu sur la place Saint-Pierre, lors des obsèques de Jean-Paul II, des banderoles revendicatives : « Santo subito ! »

La cause du roi Louis XVI a été introduite à Rome une dizaine de fois depuis la duchesse de Berry jusqu’aux Girault de Coursac. Elle n’a pas abouti pour l’heure.

Les questions que nous poserons à nos intervenants seront : Le roi a-t-il été un mauvais roi ? et si oui, est-ce parce qu’il était, suivant la tradition française, un roi très-chrétien, et Louis XVI a-t-il transformé cette règle de conduite en « roi TROP chrétien » ? or peut-on être trop chrétien ?

Documents: On trouve sur ce site le discours du Pape Pie VI prononcé au Consistoire secret du 11 juin 1793.

mercredi 18 février 2009

Deux vidéos, deux émissions remarquables.

Un petit mot pour vous signaler deux vidéos, deux émissions remarquables, la seconde surtout, qui changent agréablement des centaines d'articles, réactions, communiqués etc dont nous avons été surabreuvés depuis un petit mois.

La première, c’était sur KTO du 5 février: «Benoît XVI et la Tradition: Parlons-en». Un parlons-en qui ne se réduit pas à parlons d'eux, ni même à parlons avec eux, mais qui est bien une parole plurielle. On progresse. Avec sur le plateau Mgr Bernard Podvin (Conférence des Evêques de France), l'abbé Vincent Ribeton (FSSP), Dom Philippe Piron (abbaye Sainte-Anne de Kergonan), le Père Jean-Robert Armogathe (revue Communio), Jean-Pierre Denis (La Vie), Christophe Geffroy (La Nef), avec une interview de l'abbé Lorans (FSSPX), avec un reportage sur la maison romaine de l'IBP (nous vous en parlions il y a quelques jours) et avec un autre sur l'application du Motu Proprio. C'est visible sur le site de KTO.

La seconde: le 10 février sur la chaîne Histoire. «Benoît XVI, l'unité à tout prix?». Grand débat (et pas seulement par sa durée: 55 minutes) animé par Michel Field et Eric Zemmour. Les invités ? Luc Perrin (historien), Jean-Pierre Denis (La Vie), Frédéric Mounier (La Croix), Laurent Dandrieu (Valeurs Actuelles). Sur son blog Laurent Dandrieu nous dit sa surprise (« l’hostilité ambiante vis-à-vis de la Fraternité Saint-Pie X y était bien moindre que ce à quoi je m’attendais ») Il y voit un effet secondaire de l’affaire Williamson : les propos de l’évêque ont obligé la FSSPX à des clarifications. Lesquelles devraient, nous dit Dandrieu «contribuer à dissiper, à terme, les amalgames qui les ont longtemps empêchés d’être audibles». Vrai, mais pas suffisant. Pour faire cette émission, il a aussi fallu la qualité des participants (en premier lieu: des animateurs). C'est à voir, absolument, sur le site de la chaîne Histoire.

Réponses pour l'Ouvrier du pain

Cher webmestre à plein temps, qui vous dites intégriste de (certains) dimanches, l'Ouvrier du pain (ainsi se désigne-t-il) me posait, voici quelques jours déjà, une question abyssale sur le Forum catholique, une question qui met en question... le dimanche.

Au nom de considérations très justes sur la nécessité où nous sommes de travailler toujours plus (il y a en France deux catégories de personnes : celles qui ne travaillent pas et celles qui travaillent toujours plus), ce jeune Rastignac qui ne doute de rien (je lui dis cela avec beaucoup d'affection) insiste pour que nous abandonnions les liturgies interminables du dimanche matin et que nous nous mettions à lire la Bible. Après avoir rationalisé le travail pour le rendre toujours plus productif, il pense rationaliser le culte pour le rendre plus efficace. Voici sa question in extenso :
Bonjour, monsieur l’abbé de Tanoüarn,

Ma question va vous paraître surprenante ainsi qu’à l’ensemble du Forum mais surfant depuis un an sur cette toile j’ai découvert en le Forum Catholique, « un lieu de débat entre catholique ». Que personne ne se choque tout reste du débat.

J’ai beaucoup réfléchi sur l’impact qu’à la vie sociale moderne sur notre vie de chrétien et en particulier de catholique romain. Nous somme entrés dans l’ère de l’homonuméricus ainsi le développement du télétravail ainsi que l’internationalisation du travail, des échanges et de vie professionnelle rend « le territoire » disons traditionnel exigu, insulaire et inadapté à l’épanouissement de l’individu dans la société. La vie professionnelle est de plus en plus exigeante de même pression et stress sont les décors quotidiens des travailleurs. « Travailler plus pour gagner plus » devient le crédo du XXIe siècle. Parallèlement on vit plus vieux et on est mieux soigné. Le travail pénible disparait par la robotisation et le machinisme. Le travail du dimanche devient de plus en plus souhaitable dans une France endettée en quête de relance économique.

L’homme n’a plus besoin d’un jour de repos comme aux temps médiévaux ou après « six jour de labeur » dans les champs ou dans les ateliers il était moulu. De plus les possibilités du travail en astreinte ainsi que en télétravail développent une nouvelle culture du travail dont les congés et jours fériés deviennent archaïques. Dans la culture dominante l’homme n’a ni la culture ni le temps de se consacrer à un rite qui le dépasse (Messe St Pie V).

Nous sommes dans le monde de la flexibilité. L’homme est à la recherche de ses origines et Dieu est sa quête hors cela ne passe plus par la Messe comme jadis mais par la libre lecture des textes sacrés (Bible, St Evangile). Après la levée des excommunications des évêques traditionnels celles de Calvin et Luther seraient les bienvenues.

En effet, réconcilier les catholiques avec les protestants permettrait de donner une armature à la Rome Chrétienne sans précédent en la réconciliant avec la modernité qu’elle a manqué au XVe siècle. Les protestants sont adaptés à la vie du XXIe siècle : ils se sont débarrassés depuis cinq siècles du carcan dogmatique des messes dominicales (pardonnez moi ces propos dur) et ont fondé leur Foi en NSJC sur l’essentiel : la lecture des St Evangiles pour vivre sous l’exemple du Christ.

Qu’en pensez-vous ? Cordialement, merci.

Ouvrier du pain
Merci du ton très direct de vos questions. Il me semble que, au milieu de diverses analyses, vous en posez particulièrement deux. La première : à quoi sert une liturgie le dimanche ? La seconde : Pourquoi ne pas se rapprocher des protestants ?

On sent que ces deux questions sont motivées chez vous par un profond amour de l'Eglise et par une attention à l'homme dans sa vie concrète. Il y aurait beaucoup de réponses à vous apporter. Je me contenterai de tenter de vous dire l'essentiel.

Le dimanche ? Dans les 10 commandements Dieu insiste déjà pour qu'un jour lui soit consacré, jour où l'on ne travaillerait pas. Chez les juifs, c'est le dernier jour de la semaine : le samedi. Chez les chrétiens, c'est le premier, en l'honneur de la Résurrection du Christ qui a eu lieu, comme disent les Evangiles, à l'aube du premier jour de la semaine.

Un jour de repos, cela fait travailler moins. Mais je crois que cela permet de travailler mieux, au moins si l'on sait faire du Jour du Seigneur non pas le morne dimanche d'hiver que nous passons aujourd'hui mais vraiment dies dominica, le jour du Seigneur, jour de joie. Voilà une application du slogan publicitaire qui illustre en ce moment la marque FIAT : Moins c'est mieux !

Pourquoi la liturgie ? Les prêtres aujourd'hui justifient la liturgie en insistant sur le fait qu'elle permet de "faire communauté" ou de "réunir l'assemblée chrétienne". Je crois que c'est un motif insuffisant. Ce motif seul vous donnerait raison : mieux vaut lire la Bible chacun à son rythme que de faire communauté pour le principe.

En réalité, la liturgie c'est toujours cette prière qui n'est pas la sienne, mais celle de l'Eglise et donc celle du Christ lui-même. Pourquoi y a-t-il des rites ? Pourquoi y a-t-il des règles ? Pourquoi l'Ordinaire ? Pourquoi le propre ? Parce qu'à l'origine, la liturgie n'est pas une prière personnelle, humaine, trop humaine. Comme dit très joliment ce grand protestant qu'est Karl Barth : "La grâce c'est l'obéissance". Entrer dans une liturgie, c'est... obéir pour recevoir la grâce. Mais parler ainsi, c'est indiquer la puissance de la liturgie traditionnelle, beaucoup plus précise et normée que l'autre. La connaissez-vous ?

Quant à la Bible, personne ne vous empêche de la lire. Mais cette lecture est difficile. Le drame du protestantisme, lorsqu'il s'est contenté de la Bible, c'est une forme d'intellectualisme, très sensible dans un pays comme la France.

C’était déjà le débat qui existait au début du XVIème siècle entre mon cher Cajétan et Luther. Ils aimaient la Bible autant l’un que l’autre, mais pour Luther il suffisait d’une lecture pneumatique ou charismatique de l’Ecriture . Dans chaque famille chaque père de famille sachant lire devait enseigner l’Ecriture. Pour Cajétan, en revanche, la vérité du texte biblique nécessite de connaître la culture biblique à laquelle la théologie nous introduit et les langues sacrées (il apprend l’hébreu et le grec à l’âge de 60 ans et il aura le temps de commenter presque toute l’Ancien Testament selon la veritas hebraïca, comme il disait). Remettre une Bible à un père de famille lambda, c’est ouvrir la porte à tous les subjectivismes et s’exposer à des lecture décontextualisées, trop littérale au mauvais sens du terme. Et surtout c’est s’enfoncer dans tout un tas d’analyse particulière, en perdant de vue la synthèse du catéchisme et de la théologie. La foi analytique qui en ressort risque d’être une foi parcellaire et remise à chaque subjectivité.

Cher Ouvrier du Pain, votre recherche de rentabilité ou de productivité religieuse devrait vous aider à comprendre qu’on apprend plus vite dans le catéchisme qui fait la synthèse que dans la Bible, où Dieu, en 1000 ans d’histoire, pose les jalons de la révélation de Jésus Christ.

Mais le catéchisme lui-même ne suffit pas. Les connaissances ne suffisent pas. La foi seule ne suffit pas. Ce qui doit épanouir notre réponse à l’invitation du Seigneur, c’est de vivre dans « la foi active par la charité » (Gal. 5, 6).

Où donc puiser cette foi qui nous fait aimer ? Où découvrir cet amour qui nous fait agir ? La messe est la représentation efficace (ou sacramentelle) du Mystère de la foi et de cette effusion de charité qui fait dire au Christ : Ceci est mon Corps, Ceci est mon sang versé pour vous et pour une multitude en rémission des péchés.

Au moment de l’élévation, deux sentiments nous habitent et peut-être nous submergent : l’adoration de Jésus présent et la gratitude pour le pardon de nos péchés dont il nous offre le gage en laissant à notre portée son corps et son sang.

L’adoration d’abord. Adorer ne veut pas dire « aimer beaucoup », comme l’usage courant nous fait dire : j’adore le chocolat. Adorer signifie s’anéantir devant la Plénitude divine. C’est dans l’abime de l’adoration que naissent les grandes résolutions et les grandes ambitions spirituelles.

Le pardon ensuite. Le sacrifice de la messe nous rend Dieu propice comme on disait autrefois non sans raisons. La participation à la sainte messe est comme le carton d’invitation que nous recevons pour la fête éternelle en Dieu.

Assister à la messe ne signifie pas participer à une session de formation chrétienne. Assister à la messe signifie nous mettre en route vers le Seigneur. Commencer l’œuvre de notre transformation intérieure. Entreprendre notre conversion. Bref : agir. Commencer à agir en chrétien.

Aucune lecture de la Bible, si attentive soit-elle, ne vous offre l’équivalent.
Merci encore à Ouvrier du Pain du caractère direct de ses questions. Aux prochaines !