jeudi 22 novembre 2012

L'UMP a deux papas...

"L'UMP a deux papas" peut-on lire un peu partout dans la blogosphère. Un peu comme l'IBP en définitive. Et depuis que Mayotte, Wallis et Futuna et la Nouvelle Calédonie sont de la partie, je me dis que tout est possible et qu'entre Jean-François Copé et François Fillon le torchon risque de brûler assez longtemps. Comme entre l'abbé L. et l'abbé P.

Pourquoi ? Le problème, en l'absence de décision légale déterminante (ou plutôt alors que deux règlements se contredisent) c'est d'aller... au delà du règlement, au delà de la loi écrite, jusqu'à l'esprit de la loi. Il faut remonter d'une légalité difficile à établir à une "légitimité". Mais d'où vient la légitimité ? De quelque chose qui transcende la loi. Ce n'est pas en s'envoyant à la figure des règlements que Jean-François Copé et François Fillon (je veux dire : l'abbé L et l'abbé P) parviendront à se départager. Les règlements, comme toutes les choses humaines ont leur limite.  A soutenir l'un avec force, on rencontre l'autre qui le contredit. Il faut donc, en deçà des règlements, une autorité qui établisse le droit...

C'est le droit divin du pape qui pourra décider des droits humains contradictoires de l'abbé P et de l'abbé L. Plus modestement, c'est la Commission Ecclesia Dei (ou la Signature apostolique en cas de refus d'un des deux partis), qui établira, au nom de l'esprit de la loi, le droit qu'échoue à établir la loi écrite et les règlements contradictoires (faites moi la grâce de ne pas faire cette démonstration du caractère contradictoire des règlements électoraux du chapitre de l'IBP : je la tiens à la disposition du quidam qui me la demandera sérieusement). En cassant les deux élections, Rome a bien montré que la loi écrite était impuissante. Mais qui aujourd'hui dira la légitimité transcendant les légalités contradictoires ? Qui s'y risquera ? On ne se bouscule manifestement pas au portillon.

Je ne suis pas prophète, mais la même impasse risque de surgir à l'UMP, où chacun des candidats a pour lui des règlements ; ces règlements, appliqués, font parvenir à des conclusions contradictoires entre elles. La solution ? Nicolas reviens, ils sont devenus fous !

Au-delà de ce problème formel, l'égalité de voix dans laquelle se trouve les deux champions empêche un exercice serein de l'autorité. Comme disait Maurras, "le pouvoir le prend qui veut, le tient qui peut". François et Jean-François sont d'autant plus à couteaux tiré que le sort de la bataille semble dépendre de la longueur du couteau et de l'ardeur que met celui qui l'exhibe à s'en servir. Du sang (virtuel) en perspective ! Et, à moins d'un arbitrage supérieur une décision difficile. Mais qui est supérieur à François et Jean-François dans la cour de récré peinte en bleu de l'UMP ? De ce point de vue (étroit), l'IBP semble avoir un avantage sur l'UMP...

Comme quoi, en tout cas, deux papas... ça ne marche pas !

Deux papas se feront toujours concurrence, parfois avec violence, pour la bonne raison qu'ils sont les mêmes. C'est la non-différence qui provoque le conflit. En revanche, la concurrence du papa et de la maman est amoureuse - concours d'amour : parce qu'ils ne sont pas du même sexe, papa et maman n'ont pas le mauvais goût d'entrer en rivalité l'un avec l'autre... (sauf à céder bêtement à l'unisex ambiant).

mercredi 21 novembre 2012

Nous n'avons encore rien vu - ni rien entendu.

Laurent Alexandre est médecin. Dans un texte assez bref paru dans Le Monde il nous dit deux choses: que les progrès de la science permettront un jour aux couples de dépasser la nature – et que les conventions sociales suivront. Lisez vous-même:
«La technique des cellules souche iPS - dont l'inventeur japonais Shinya Yamanaka est lauréat du prix Nobel de médecine 2012 - permet de fabriquer des spermatozoïdes et des ovules à partir de fibroblastes, des cellules que l'on trouve sous la peau.»
Concrètement :
«Il est déjà possible de fabriquer un souriceau à partir de deux pères. Le passage de ces techniques à l'espèce humaine est juste une question de temps.»
Et puis :
«Un même individu pourra produire à la fois des ovules et des spermatozoïdes.»
Et finalement :
«Les couples d'hommes pourront en outre bénéficier de l'utérus artificiel.»
Il faudra sans doute attendre encore un peu, mais c’est dans les tuyaux.
 
Voilà pour la science. Et maintenant, les conventions sociales :
«L'expérience montre que la vitesse de glissement du "défendu" au "toléré" puis au "permis", voire à l'"obligatoire", dépend essentiellement du rythme des découvertes scientifiques, quelles que soient les questions éthiques soulevées.»
Bref, on passe vite du proscrit au prescrit - et réciproquement. Ca change à la vitesse de l'évolution scientifique, c'est à dire de plus en plus vite. Bigre! Notre époque aime à penser qu'elle se situe en aval de bouleversements considérables, qu'elle s'est affranchie de la morale qui avait cours jusqu'alors, et caetera. En gros nous aurions fait un demi-tour complet depuis ce que le fou (le 'toller Mensch') de Nietzsche appelle la mort de Dieu. En réalité, nous n'avons encore rien vu, rien entendu, et le fou nous le dit bien:
«Cet événement monstrueux s'est ébranlé, il est en route, il n'est pas encore arrivé aux oreilles des hommes...»

dimanche 18 novembre 2012

Ayez la foi de Dieu

Hier samedi, fête de saint Grégoire le Thaumaturge, étonnant faiseur de miracle qui fait penser à Padre Pio.L'Evangile de saint Marc dans le texte latin fait dire à Jésus : 'Ayez la foi de Dieu" (Mc 11). Traduction habituelle des lectionnaires : "Ayez foi en Dieu". Le Christ se serait donné loa peine de nous dire une banalité pareille ! Pas la peine de s'incarner pour si peu ! Texte latin : Habete fidem Dei. Grec : echete pistin Theou. Français : Ayez la foi de Dieu, la foi qui appartient à Dieu.

Nous sommes obsédés par notre foi EN Dieu, par sa faiblesse souvent vacillante et nous oublions "la foi DE Dieu", nous oublions que notre foi est une vertu théologale, qu'elle a Dieu pour "auteur" comme dit l'épître aux Hébreux (12, 2) et saint Paul ajoute : Dieu comme "consommateur", comme réalisateur. Fides Dei ! On comprend mieux. La foi, notre foi est divine, divine par son origine, divine par son objet, divine par son actualisation, par sa réalisation ultime. Cela devrait pouvoir nous unir : notre foi ne nous appartient pas. Nous sommes vétilleux sur la moindre expression de cette foi ? Nous critiquons le voisin quand il ne l'exprime pas exactement comme nous ? Ne nous sentons donc pas propriétaire de cette foi qui vient de Dieu. Ne nous érigeons pas trop vite en modèle normatif de la foi : Dieu seul est le modèle de la science nouvelle que cette foi nous donne. Et l'Eglise a la charge de nous le rappeler.

Nous avons trop souvent peur que notre foi nous échappe, qu'elle se dissolve dans le matérialisme ambiant... Il faudrait que nous ayons peur que notre foi nous dépasse. Il faudrait que nous nous disions de temps en temps que nous n'en sommes pas dignes.

Nous avons trop souvent peur que notre foi soit trop petite, nous ne connaissons pas sa grandeur divine. Nous n'aurions pourtant qu'à nous laisser faire. La foi est le grain de sénevé qui devient un grand arbre impossible à cacher et qui a pour vocation d'abriter tous les oiseaux du ciel, oui : tous les paumés que nous sommes peuvent y faire leur nid, c'est l'Evangile que nous lisons aujourd'hui.

"Ayez la foi de Dieu". Instructif est le contexte de cette parole apparemment si simple du Christ et finalement si profonde, si nous voulons bien nous donner la peine de la lire. Nous sommes le dimanche des Rameaux. Jésus vit ses dernières heures de triomphe humain. Il sait que bientôt tout sera consommé. Il maudit un figuier parce qu'il ne porte pas de fruits. "Et pourtant, commente l'Evangéliste, ce n'était pas la saison des figues". Le lendemain, les apôtres s'étonnent de voir le figuier désséché, selon la malédiction que le Christ lui avait infligé. Et la réponse du Christ est celle-ci : "Ayez la foi de Dieu".

Bien entendu le Christ n'a rien contre ce figuier. A la manière des prophètes, il s'agit d'une leçon de choses qui est une parabole. Nous sommes tous des saisonniers de Dieu. Nous avons naturellement des hauts et des bas. Dans le Royaume de Dieu, il n'y a pas de saison. Il faut être des permanents, il faut comme dit saint Paul quelque part "racheter le temps" qui use tout ce qu'il touche, il faut faire mentir l'entropie et devenir de vrais progressistes. En continu ! Sans nous lasser... Sans nous laisser impressionner quand l'ordre des saisons nous est contraire, quand le sens de l'histoire (car il existe) rame contre nous, quand le souffle du temps semble nous mépriser.

Il y a une très belle parabole dans saint Marc, que l'on connaît peu et que je me permets de recopier ici. Elle nous indique ce qu'il faut faire quand ce n'est pas la saison... apparemment : "Jésus disait : le Royaume des cieux est semblable à un homme qui jette la semence en terre : qu'il dorme ou qu'il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin le blé plein l'épi, et dès que le blé est mûr on  met la faucille car c'est le temps de la moisson" (Mc 4, 26-29).

Notre foi appartient à Dieu, il la fait germer quand il veut. L'important ? Comme le paysan : savoir faire son bouleau quand il le faut. Que notre inertie ne soit pas un obstacle à l'aide de Dieu.

jeudi 15 novembre 2012

La fin du Soixantisme

Nous avons montré ici comment la question du mariage homosexuel a une importance fondamentale même si nous ne sommes que dans l'ordre symbolique et même si le nombre des gays et lesbiennes qui choisiront le mariage est sans doute très faible, proportionnellement à leur effectif... Peu importe ! Il s'agit de transformer avec des mots l'institution du mariage pour en faire une simple option dans un dispositif à plusieurs entrés qui inclura bien sûr aussi la polygamie (pardon : le polyamour, qu'on appelle aussi trouple dans les magazines branchés, quand il regroupe trois personnes). Une institution vaut par son caractère inévitable et transcendant l'individu. Si l'institution est une option, elle meurt. Disons que nous allons entrer dans un temps où, comme j'ai déjà pu l'observer à Libreville il y a vingt ans, le mariage (avec le verbe "mariager") est une exception remarquable et non une institution. A l'époque, j'appelais cela "l'africanisation mentale"... Même le mariage à la coutume était déjà en régression là bas, en tout cas dans les villes. Ne parlons pas de la polygamie, possible mais onéreuse. Que restait-t-il ? Le tourisme sexuel et un individualisme matriarcal (les femmes, continuant à désirer des enfants, régnaient par le ventre). Il me semblait que ces Africains étaient simplement en avance sur nous. Ils rendaient crédible trente ans à l'avance le scénario que nous sommes en train de vivre en Europe - trop souvent, il faut le préciser, les enfants en moins. Aujourd'hui, chez nous, on peut ajouter que l'Etat s'engage dans ce processus de déstructuration sociale et il y met tout son poids médiatique, fiscal et... institutionnel justement.

Vatican II reposait sur l'idée que le plus plausible était le scénario contraire : pour les Pères conciliaires qui vivaient une période faste de l'histoire de l'Eglise, on pouvait s'en remettre à une laïcité apaisée (à une laïcité que l'on appellera plus tard laïcité ouverte) pour gérer les structures sociales issues de 2000 ans de chrétienté. L'Eglise, elle n'avait plus à faire la police, à exercer quelque coercition morale que ce soit... puisque l'Etat s'en chargeait très bien. Dans un livre récent, Eglise conciliaire et années soixante (L'Harmattan éd., 25 euros), le sociologue belge Louis Rade propose d'appeler cette grande illusion qui n'est pas qu'au cinéma, le Soixantisme. Dont acte : parlons pour faire vite du Soixantisme, que le Concile a codifié et dont l'Eglise, autoproclamée conciliaire à l'époque, a fait l'atmosphère de son développement et très vite de son déclin. Il me semble que cette affaire du mariage homosexuel met fin au Soixantisme de manière officielle; Il y a eu l'avortement : on pouvait encore faire semblant de ne pas voir. Cette fois, on s'en prend - par le biais du langage - à l'institution elle-même. Le cardinal Vingt-Trois a bien compris et il s'est employé à faire comprendre à ses frères évêques que l'on ne pourrait plus faire semblant de rien, indéfiniment. L'Eglise devait prendre position dans ce qui apparaît dès maintenant comme ce que Christiane Taubira appelle elle-même "un problème de civilisation".

Face à ce problème de civilisation, le temps est à l'apostolat des laïcs. Qui mieux que des laïcs engagés dans la vie sociale peuvent aider à prendre conscience de ces problèmes politiques, de ces problèmes sociétaux, qui, à cause de la radicalité avec laquelle ils sont posés, deviennent des problèmes spirituels.

Vatican II a beaucoup parlé de l'apostolat des laïcs. Hélas, en France, l'Eglise issue du concile Vatican II n'a plus les structures qui correspondraient à cette ambition de mettre en avant les laïcs. Avant le Concile, il y avait l'Action catholique. Souvenez vous ! Jean-Paul II en 1980 a pu encore réunir 100 000 militants de la JOC devant la Basilique Saint-Denis. C'était le chant du cygne. Une telle mobilisation, avec ou sans pape, est impensable aujourd'hui. Dans une société de plus en plus égalitaire et qui, selon la prophétie de Jean Fourastié, est devenue une société de services, l'apostolat catégoriel n'a plus beaucoup de sens. Et rien ne l'a remplacé. Le strabisme gauchisant de nos élites chrétiennes a interdit que l'on puisse dépasser ce modèle. Résultat : aujourd'hui l'Eglise est plus cléricale que jamais. Et elle a beaucoup de mal à se mobiliser. Mgr Aillet en a-t-il pris conscience, lui qui dimanche dernier disait aux traditionalistes à Saint-François Xavier : "Vos évêques vous soutiennent" dans votre engagement pour "la charité politique". Peut-on parler d'un vrai soutien des évêques tant qu'il n'y a pas une véritable organisation des laïcs catholiques, alliée à une vraie formation aux problèmes de l'heure présente, la laïcité, la royauté sociale du Christ, bref : le devenir de 2000 ans de christianisme face à la grande déculturation commencée ?

Sur toutes ces questions, il faut bien reconnaître que tant sur le fond que sur la forme du combat qui apparaît comme urgent, les traditionalistes ont de l'avance. Civitas est une organisation laïque, dans l'esprit du vrai concile Vatican II, qui n'a pas d'équivalent "en face". Et ce n'est pas la "manifestation pour tous" décrété in extremis le 17 novembre, qui fera de l'ombre à la manifestation du 18, parce que le 17, à la manif pour tous, il n'y a pas d'organisation. On ne voit qu'un consortium d'associations et de personnalités, appelées à la hâte et fixant à la hâte leur manif la veille de l'autre, pour faire pièce à l'organisation Civitas. Même retard sur le fond : d'un côté les cathos "pour tous" défilent sous le signe d'un conservatisme raisonnable ; de l'autre les laïcs débordant très largement la FSSPX qui auront répondu à l'appel de Civitas, viendront défendre la civilisation, comme le prévoyait déjà les papes saint Pie X et Pie XII.

Ces laïcs ne seront d'ailleurs pas forcément des chrétiens, et voilà une véritable ouverture. l'idéologie démocratiste nous plonge dans une antiphysique tellement criante que tous les hommes de bonne volonté sont concernés quand il faut faire face. Saint Pie X pape le pressentait déjà, à propos du laïcisme. Il écrivait en 1907  "Que tous, tant qu'ils sont, et les catholiques et ceux qui ont à coeur le simple amour du juste et de l'honnête se joignent à nous pour le bien commun et la prospérité de leur patrie" (Festivitas, OC 1, p. 410). Et déjà en 1905, dans Vehementer, il encourageait à ce bien si difficile mais si nécessaire : l'unité de tous les catholiques : "Abdiquez donc tous les germes de désunion, s'il en existe parmi vous. Et faites le nécessaire pour que, dans la pensée comme dans l'action, votre union soit aussi ferme qu'elle doit l'être parmi des hommes qui combattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celle au triomphe de quoi chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions" (OC 341).

J'ajoute que je ne joue pas une manifestation contre l'autre. Malheureusement certains ecclésiastiques tendent à monopoliser à leur profit la manif Civitas, attaques personnelles à la clé. Leur attitude me semble aussi condamnable que celle qui a consisté à organiser une deuxième manif la veille du grand défilé annoncé. Je m'en étais expliqué avec l'abbé Grosjean dans L'homme nouveau (que je remercie d'avoir largement ouvert ses colonnes à notre débat). Il est essentiel que les catholiques, pour une fois, abdiquent quelque chose de leurs opinions particulières, comme le demandait déjà saint Pie X en son temps, et qu'ils s'unissent devant l'évidence d'une radicalisation matérialiste et athée du laïcisme dominant.

[Monde&Vie] Mauvais temps sur Tradiland

SOURCE - Abbé G de Tanoüarn - Monde & Vie n°866 - 20 octobre 2012

Les temps changent pour le Mouvement traditionaliste. Alors qu’il a longtemps bénéficié du monopole de la contestation catholique face au grand chambardement ecclésial des années soixante-dix, il est aujourd’hui rejoint par toutes sortes de mouvements et d’individualités prêtes à contester les réformes issues du Concile. Le pape lui-même semble de la partie. Résultat : une crise d’identité qui est avant tout une crise de l’autorité en son sein.
Les prodromes d’une telle crise sont apparus dès 2004-2005, à la fin du pontificat de Jean Paul II. Souvenez-vous: l’abbé Laguérie envoyé au Mexique par son supérieur Mgr Bernard Fellay, parce qu’il avait osé remettre en cause la gestion humaine des séminaires dans la Fraternité Saint Pie-X. Il fait appel. Il n’y a évidemment aucune instance pour recevoir son appel puisque la Fraternité Saint-Pie-X est juridiquement coupée de Rome. A  l’époque, malgré le raffut internautique et médiatique, le dernier mot resta, en apparence, à l’autorité légitime.  Mais il y eut une véritable mise en cause de sa crédibilité.
Rome garde un silence prudent
L’Institut du Bon Pasteur naquit de cette polémique, avec la bénédiction, à Rome, du cardinal Castrillon Hoyos. Mal né? Six ans après son érection officielle, le 8 septembre 2006, son chapitre général n’arrive pas à nommer clairement un successeur à l’abbé Laguérie. Deux noms apparaissent: le sien et celui de l’abbé Roch Perrel, jusque-là directeur du Séminaire de Courtalain. Ils sont à égalité de suffrages. L’abbé Laguérie est élu, parce qu’il est le plus ancien. Une nouvelle élection a lieu immédiatement, qui désigne l’abbé Perrel, alors que des partisans de l’abbé Laguérie ont quitté le chapitre. Situation absurde. Rome garde un silence prudent, après avoir rescindé les deux élections. Un nouveau chapitre est annoncé pour une date indéterminée.  Les deux positions semblent pour l’instant totalement irréconciliables. 
 
L’Institut du Bon Pasteur compte entre vingt et vingt-cinq prêtres. C’est un microcosme. Son implosion peut être due simplement à la réunion – improbable sous la soutane – de quelques personnages forts en gueule et – ça c’est plus courant – préoccupés de leur carrière. Sa chance? Le contrôle que Rome exerce sur tous les Instituts qui ont été créés avec son accord. Le droit divin apostolique couvre les bouffonneries humaines trop humaines de certains ecclésiastiques. 
 
La Fraternité Saint Pie-X ne peut pas compter, elle, sur le frein romain. Certes, elle est plus ancienne et pourrait compter sur une plus grande maturité de la part de ses membres. Mais… En son sein aussi des craquements se font entendre. Les lecteurs de Monde et Vie savent que l’abbé Chazal a récemment créé une « Fraternité Saint Pie X de stricte observance » (FSSPX, so) aux Etats unis, qui pourrait être une sorte de « Fraternité bis » pour tous ceux qui contestent le « laxisme » de Mgr Fellay et sa trop grande ouverture à Rome. A ce jour, ce nouvel Institut comporte cinq membres, avec une visée délibérément internationale, puisqu’on compte en son sein trois Américains et deux Français. Mgr Fellay semble décidé à anticiper sur la tentation d’une éventuelle scission. Il lui faut régler au plus vite le « cas Williamson ». Dans le Bulletin interne Cor unum, on pouvait lire : « Le Chapitre général constate les graves manquements à la discipline commis par Mgr Williamson et les difficultés qu’il pose à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X par son attitude. Il approuve les démarches que le Supérieur général entreprendra pour mettre un terme à cette situation. » (Actes du Chapitre, Cor Unum n° 102, été 2012, p. 28). Aujourd’hui, Mgr Fellay prend les devants… Dans une Fraternité qui menace de devenir ingouvernable, chacun prétendant savoir quelle est la meilleure attitude à prendre, il entend bien donner le cap. Il vient de sommer Mgr Williamson de fermer son blog (eleison) et de garder le silence.
Un mandat fixé pour 12 ans
Le mandat du supérieur général avait été intentionnellement fixé à douze ans par Mgr Lefebvre, soucieux de la stabilité de sa fondation. Mgr Fellay en est à son deuxième mandat. Il lui reste cinq ans. Il semble bien décidé à demeurer le seul garant de l’unité de la FSSPX… 
 
Il est, pour les uns, le principal atout d’une FSSPX voulant à terme une intégration juridique dans la grande Eglise. Il apparaît pour les autres comme l’obstacle à toute radicalisation du combat traditionaliste, « contre – disent-ils – la Rome moderniste et néoprotestante ».
 
Abbé G. de Tanoüarn


Préoccupés par l’unité
Autant il est facile de s’unir contre quel que chose ou quelqu’un, selon le bon vieux principe du bouc émissaire, autant il est difficile de réaliser une union positive. Distinguons d’abord mouvement et institution. L’unité d’un mouvement est très difficile à réaliser. Il faut avoir en commun les objectifs et la manière de les atteindre dans une véritable unité d’action. Raison pour laquelle la vie des mouvements est le plus souvent brève et traversée de scissions. L’unité d’une institution est juridique, elle repose donc sur une forme de coercition (ou au moins sur un calcul intéressé, celui qui tient compte du fait de se retrouver éventuellement en dehors du droit). Il y a deux grands types de droit associatif, le droit humain, qui est variable et jamais exclusif et le droit divin, qui est immuable et unique. L’Eglise est de droit divin. Le pape est de droit divin dans l’Eglise comme un père dans sa famille. L’évêque est de droit divin dans son diocèse. Par définition, aucun homme ne peut modifier le véritable droit divin (je ne par le pas de l’idéologie bourbonnienne, qui induisait un mixte entre Eglise et Etat, ce qu’on a appelé le gallicanisme). Si l’on prend les communautés traditionalistes, soit elles relèvent du droit divin de l’Eglise universelle, qu’elles reconnaissent et qu’elles font leur, auquel elles participent pour une part en le reconnaissant et dans la mesure où elles le reconnaissent (voilà le problème de l’IBP), soit pour des raisons de crise et d’opération survie, elles ne le reconnaissent pas comme contraignant. Elles relèvent alors du droit humain et des jeux d’appareil qui fatalement l’accompagnent. C’est ce que l’on est en train d’apercevoir à la FSSPX : gare aux dégâts !

lundi 12 novembre 2012

Tolérance ? C'est dans l'Evangile

"Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés". On connaît cette formule catégorique de l'Evangile. C'est le moment de s'en souvenir, alors que l'évangile d'hier dimanche  nous remettait devant la parabole du Bon grain et de l'ivraie, avec cet ordre du Seigneur : "Laissez les pousser ensemble jusqu'à la moisson" déclare le Christ. La moisson, c'est la Fin du monde, lorsque le Christ reviendra comme Juge, pour rendre à chacun son dû : à l'ivraie le feu, au bon grain, les greniers du Maître. Le Christ nous interdit formellement d'être des jugeurs, jusqu'à la fin du monde où Lui, parce qu'il sonde seul les reins et les coeurs, pourra juger chacun sans risque de se tromper.

Il s'agit bien de la tolérance chrétienne. D'où vient-elle ? Non pas d'un penchant irrépressible à la transigeance, comme le tolérantisme actuel, mais  d'un aveux d'ignorance. A juger les autres, on risque de confondre le bon grain et l'ivraie. Il faut donc s'en abstenir, ne pas se prendre pour des justes, ne pas croire que, simples humains, nous pouvons faire ou rendre la justice, mais seulement avoir faim et avoir soif de cette justice, en acceptant de considérer que seul le Christ peut nous désaltérer.

En face de la tolérance évangélique, la tolérance telle qu'on l'invoque aujourd'hui n'est qu'une de ces nombreuses idées chrétiennes devenues folles. Elle conduit à ne plus dire le vrai et le faux, le bien et le mal et à égaliser tous les comportements. Prétendre que l'un vaudrait mieux que l'autre, ce serait justement "manquer de tolérance". Ce refus de penser les différences, cette non-pensée est un piège, qui mène droit au nihilisme. Si tout vaut tout rien ne vaut rien et seul vaut... le rien. Il y a aujourd'hui, ici et là, une véritable ivresse du Rien, un culte enthousiaste et expérimentateur.

A ce sujet, je ne peux que vous recommander l'excellente revue Monde et Vie qui, dans son dernier numéro, aborde, "ces idées chrétiennes devenues folles". Des exemples ? Le (prétendu) mariage homosexuel qui devient un droit au nom de l'égalité. Quelle égalité ? Encore une idée chrétienne au départ, mais qui est méconnaissable. Pour appliquer les idées chrétiennes de liberté d'égalité et de fraternité (et celle de laïcité aussi) il faut toujours se souvenir que le Christ affirme : "Mon Royaume n'est pas d'ici". Il y a une dualité chrétienne, entre nature et grâce, entre temporel et spirituel. Ceux qui confondent ces deux dimensions de l'être, ceux qui veulent établir le paradis sur la terre font du christianisme une idéologie...

La tolérance chrétienne n'a pas d'autre limite que le jugement dernier (la moisson) : même un criminel ne doit pas être jugé sur le fond car Dieu seul est son juge. Il est puni (dimension afflictive et exemplaire de la peine) et mis hors d'état de nuire par la société (dimension médicinale) qui a droit de se protéger (violeurs récidivistes, tueurs en série ou simples voleurs à la tire), mais il n'est pas jugé sur le fond. Seul Dieu est son juge et jusqu'au dernier moment il peut se convertir. Le Christ a volu le Bon larron sur une croix à côté de la sienne. Et il lui a dit : "Ce soir, tu seras avec moi en paradis".

Il n'était pas question pour le larron crucifié de remettre en question la peine à laquelle il était soumis. Ce malfrat d'ailleurs en reconnaît lui-même le bien fondé du point de vue des royaumes de la terre : "Nous sommes là [sur la croix], c'est justice..." Et le Christ lui-même lui montre que le Royaume des Cieux est construit sur d'autres critères. Sa justice est différente.