dimanche 20 décembre 2009

Quand Nicolas Sarkozy dit ‘religions’ il faut entendre ‘islam’

Isabelle de Gaulmyn revient dans La Croix sur les propos de Nicolas Sarkozy dans Le Monde, qu’elle compare à ceux qu’il tenait à Rome en 2007. Comparaison qui «ne manque pas de sel», il est vrai que l’auditoire «n’est plus le même». Le président Sarkozy, «devant un parterre de prélats», s’émerveillait «de la présence sociale de l’Eglise». Deux ans plus tard, le voici qui défend «une autre conception de la laïcité: celle qui voudrait que l’on pratique en France sa religion avec une ‘humble discrétion’».

C’est qu’entre-temps le sujet s’est modifié, débat sur l'immigration aidant. C’est alors qu’on observe une curieuse alliance entre d’une part «les tenants d’une laïcité pure et dure», et d’autre part un milieu qu’Isabelle de Gaulmyn ne qualifie pas mais qui entend nier aux musulmans «le droit de s’exprimer en Europe». Exemple concret en Suisse où «les tenants de l’extrême droite dure ont trouvé un soutien dans une frange laïque» pour bloquer la construction de minarets - les uns par rejet de l’islam, les autres par rejet de la religion.

Il y a confusion entre «deux plans» nous dit Isabelle de Gaulmyn, quand Nicolas Sarkozy prône une religion «humble et discrète». On glisse de «la laïcité de l’Etat» à  «celle de la société» qu'elle estime impossible. C’est une résurgence d’une «certaine tradition française laïciste» qui voudrait «réduire le phénomène religieux à quelque chose de purement privé, à son unique dimension de conviction».

Comment expliquer la différence entre Sarko2007 et Sarko2009 ? Moi qui ne suis ni journaliste ni apprenti théologien, je propose la clé de lecture suivante: quand Nicolas Sarkozy dit ‘religions’, il faut entendre ‘islam’. C’est d’ailleurs bien ainsi que commence sa tribune dans le Monde, («Par référendum, le peuple suisse vient de se prononcer…»), c’est ainsi qu’il la poursuit («Je m'adresse à mes compatriotes musulmans...»), et ça ne peut qu'être à eux qu’il s’adresse quand il demande à «chacun» de «pratiquer son culte avec l'humble discrétion» qu’il juge souhaitable. A chacun? les bouddhistes de France, il est vrai, font moins parler d'eux.

Le fait est qu'il y a en France une part de la population qui est musulmane et qui s’installe, et une part de la population autochtone qui vit mal cette installation. Étant à la tête du pays, Nicolas Sarkozy doit tenir compte des uns comme des autres. Il s’en sort par des circonvolutions et une prudence verbale maximale, au prix d'un style terriblement lourd («Je suis convaincu que l'on ne peut que susciter des malentendus douloureux, un sentiment d'injustice, blesser les âmes en apportant une réponse aussi tranchée à un problème qui doit pouvoir être résolu au cas par cas dans le respect des convictions et des croyances de chacun.») L’inconvénient, effectivement, c’est qu’on croirait entendre une mitre molle des années 80 - Mais à y bien réfléchir, Nicolas Sarkozy pouvait-il parler autrement?

vendredi 18 décembre 2009

Noël au Centre Saint Paul

Juste quelques annonces exceptionnelles pour Noël.

L'Agenda Benoît XVI, si bêtement décrié par "Résistance Catholique" (voir Tradinews), se trouve en vente au Centre Saint Paul. Pour seulement 20 euros moins quelques dizaines de centimes, vous avez : un bel agenda à poser sur votre bureau ; un magnifique album des plus belles photos de Benoît XVI ; les principaux textes de son pontificat (encycliques et Motu Proprio), une formule chaque semaine au décochez moi ça, signée B. XVI et enfin 56 personnalités ecclésiastiques et laïques représentant toutes tendances confondues, les différentes chapelles de la grande Église. Nous n'en avions pas assez dimanche dernier. Cette semaine nous devrions être en mesure de vous satisfaire. Vous avez besoin d'une idée cadeau, simple et jolie ? Vous avez trouvé...

Je rappelle que les messes au Centre Saint Paul ont lieu le dimanche à 9H00, 10H00, 11H00, 12H30 et 19H00. Ce sont aussi les horaires du jour de Noël, 25 décembre. Les Vêpres auront lieu, dimanche prochain à 17H30, suivi d'une conférence que je donnerai sur les deux dernières Béatitudes : "heureux ceux qui sont persécutés pour la justice... Heureux serez-vous...". Le jour de Noël, il n'y a pas de conférence spirituelle et les Vêpres sont à 18H00.

Par ailleurs, le 24 décembre à 18H00, nous chanterons ensemble les Matines de Noël : O Magnum mysterium, quel grand Mystère. A 23H00, aura lieu une veillée de chants populaire avec un chapêlet médité. A 24H00, le Minuit chrétien et la Messe de Minuit. Après la messe de Minuit, un réveillon aux huîtres et au foie gras pour ceux qui le souhaitent, dans notre cave voûtée.

Dernier détail : la conférence spirituelle préparatoire à Noël aura lieu le mardi 22 décembre à 20H00. Son thème ? - "Pour moi vivre c'est le Christ" ou comment il faut prendre cette formule de saint Paul au pied de la lettre et sans métaphore.

L'IBP Roma dans votre boite à mails

Nos amis de l'IBP Roma publient régulièrement des textes que vous pouvez recevoir directement par mail. Plus besoin de guetter la mise à jour - quand les textes sont publiés, vous en êtes informés le soir même. Comment? Mais c'est tout simple! Vous cliquez sur le formulaire d'inscription, vous entrez votre mail, vous recevez ensuite une demande de confirmation. Un dernier 'clic' sur le lien qu'il contient, et c'est fait. - A titre d'exemple, voici le contenu de la dernière mise à jour:

Le premier Recteur d’Ecône à l’IBP-Roma - Monseigneur Jacques Masson nous a rejoint une seconde fois ce soir. Sa conférence, passionnante, nous replonge dans les prophètes annonçant la naissance et la divinité du Christ. Un feu d’artifice de connaissances et d’intuitions illuminant l’harmonie – saisissante – entre Ancien et Nouveau Testament. Monseigneur Masson, après ses études à Saint-Sulpice, avait rejoint Mgr Lefebvre dès la fondation de la Fraternité Saint Pie... Lire la suite

« Descendit de Cælis » - Si nous avons l’habitude de chanter ou de réciter ces paroles « Descendit de Cælis et incarnatus est », elles prennent un reflet tout particulier en cette période de Noël. Aussi, peut-on s’interroger plus attentivement sur le sens de ces affirmations de notre foi. Que veut dire « descendre du Ciel » ? Après la divinité éternelle du Christ, le Symbole de Nicée-Constantinople confesse son incarnation en commençant par ces... Lire la suite

Foi de Benoît XVI : « Les montagnes tremblent… » -
Le « J’accuse » du Pape : historique, libérateur Coup de tonnerre à la chapelle Pauline ce 1er décembre. L’on fête pourtant les 40 ans de la Commission Théologique Internationale… Le pape semble n’en avoir cure. Son sermon, prononcé devant un parterre de théologiens, est stupéfiant : « Ces deux derniers siècles il y a eu de grands théologiens qui ont enseigné beaucoup de choses. Ils ont pénétré les détails de... Lire la suite

Dieu ne connaît pas les choses parce qu’elles existent -
Si nous voulons réfléchir sur l’intelligence divine, il nous faut partir de ce que nous connaissons le mieux, de ce qu'il y a de plus évident, afin de remonter par le raisonnement à ce qui nous est le plus caché. Partons donc d’abord de l’intelligence telle que nous la connaissons dans la nature créée. Nous le voyons bien par l’expérience quotidienne, plus une intelligence est brillante, plus elle a de facilité à considérer... Lire la suite

Ecce ancilla theologiae -
Le précédent article nous a amené à distinguer la philosophie de la théologie. Il ne s’agit pas d’exclure tout rapport entre ces deux matières. Si nous pouvons dire que la philosophie  à été élue « reine des sciences », il ne faut l’entendre que dans l’ordre  naturel. Car au-delà de celui-ci, un autre le dépasse, lui est supérieur et le subordonne parfaitement : c’est l’ordre surnaturel. Si le titre... Lire la suite

Et si on repensait le séminaire ?… -
Le séminaire, tel qu’il existe en France, est-il encore adapté à la réalité des candidats ? La formation dispensée convient-elle à la mission pastorale ? La formation humaine et intellectuelle est-elle suffisante pour le travail de pasteur ?... Un constat de départ peu glorieux Les séminaristes suivent une formation théorique de sept années avant d’arriver au sacerdoce. Pour la plupart maintenant, ils arrivent au séminaire,... Lire la suite

Des gladiateurs à Rome jusqu’au V° siècle -
Le Colisée demeure certainement l'un des plus impressionnants monuments du monde antique. Situé à l’est du forum romain, l'amphithéâtre flavien, appelé plus tard « le Colisée »,  était initialement destiné à abriter des combats de gladiateurs. Histoire du Colisée Ce n’est qu’en 29 que Rome se dote d’un amphithéâtre en dur. Cette construction intervient bien plus tard que dans les villes de province, probablement par... Lire la suite

Ouverture aux anglicans : Benoît XVI invente l’œcuménisme de raison -
Dans une tribune publiée par Le Monde du 28 octobre 2009, le théologien suisse Hans Küng a violemment attaqué l’ouverture de Benoît XVI envers les anglicans favorables à Rome. L’argument principal de Küng est d’ordre pratique : « On parle d'un demi-million d'anglicans et de vingt à trente évêques. Quid des 76 millions restants ? ». En clair, l’accueil de quelques bataillons de conservateurs compromettrait le rapprochement... Lire la suite

Chèque-contraception, ou comment la désobéissance fut introduite par l’obéissance ! -
Salutaire réflexion sur la pornographie sanitaire ambiante La décision de la Présidente de la région Poitou-Charentes traduit une inquiétante orientation de la part des pouvoirs publics. L’institution d’un chèque-contraception n’est pas autre chose que la marque d’une société à la dérive qui ne sait plus s’ancrer à des principes. Refusant toute idée de loi transcendante ou même de loi naturelle, elle ressent la... Lire la suite

D’autres idées de verrines festives -
La toute première recette que nous vous avions fait partager il y a un an et demi, était un duo de verrines. Plusieurs d’entre vous, que ce soit de vive voix ou par mail, nous ont demandé à de nombreux reprises de publier d’autres idées de verrines. En ces temps de la Natalité, l’occasion nous a paru parfaite pour répondre à ces attentes puisque les jeux de couleurs des verrines ainsi que leur goût savoureux égayent... Lire la suite

Empêché de danser ?

Mais non, Henri, je jubile au contraire et ce n'est pas vous qui m'empêchez de danser mais entre autres, ma... rotondité exagérée et ma souplesse qui ressemble un peu à celle d'un pachyderme.

Ce que vous dites de l'imitation de Jésus Christ me paraît très juste et trop peu souvent exposé. Vous utilisez Dostoïevski et vous donnez un sens magnifique à l'Idiot, le seul grand roman de D. que j'avais du mal à comprendre et au sujet duquel j'étais tenté (juste une seconde) de donner raison aux analyses classicistes et injustes d'Alain Besançon sur le "tolstoievskisme", congénitalement russe et (selon lui) pas chrétien [C'est le chapitre 2 de son ouvrage sur La falsification du bien].

Je ne veux pas, pour autant, heurter Antoine, qui a raison d'invoquer les stigmates de saint François d'Assises et de parler, à propos de ce grand saint d'identification au Christ. Mais quelle identification ? Et quelle imitation ? Le Christ, "moi divin dans une nature humaine" comme dit Cajétan, totalement divin et totalement humain (au point que Cajétan, métaphysicien de la dualité, peut parler quelque part de sa personne humaine tout en l'appelant Ego divin : il est l'un et l'autre, sa personne divine est humaine, il est l'analogue parfait de la divinité et de l'humanité), le Christ donc n'est pas si facile à imiter que cela. Exemple ? Dans sa subjectivité divine (infinie), il possède les vertus contraires, la douceur de l'Agneau de Dieu et la vigueur qui est dans celui qui chasse les marchands du Temple (Jean 2) et répond du tac au tac à la haine des pharisiens (Jean 8). Dostoïevski n'a pas réussi à le représenter dans le Prince Muichkine, qui n'est que douceur (de façon agaçante) et, comme l'explique Henri, il a dû tirer les leçons théologiques de son échec romanesque : le Christ est irreprésentable. On ne peut jamais voir qu'un aspect de sa personne si prodigieusement une et si merveilleusement ouverte aux sentiments contraires.

Prenons une vertu comme la chasteté : la chasteté du Christ provient de son lien vital constant avec le Père. Comment la bagatelle pourrait-elle l'intéresser, il voit le Père ? Mais en même temps, vis à vis des femmes, quelle exquise délicatesse. Jamais le Christ ne méprise la sensibilité d'une femme. Voyez avec l'hémoroïsse, qui touche par derrière la frange de son manteau et qu'il rassure, qu'il guérit, alors qu'elle est légalement impure à cause de son flux de sang. Et puis bien sûr, voyez comme il se laisse laver les pieds par Marie Madeleine, cette femme de laquelle, dit l'Évangéliste, il a chassé sept démons et à laquelle il apparaîtra, en exclusivité si j'ose dire, le jour de sa Résurrection ("Ne me touche pas" lui dit-il alors). Il est sensible aux manifestations de cet amour : "Il lui sera beaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé". Lequel d'entre nous peut prétendre imiter cette chasteté du Christ : elle est proprement inimitable ! Nous ne jouissons pas de la vision de Dieu sur la terre, le problème se pose donc différemment pour nous.

Comment imiter le Christ s'il est inimitable ?

Le cardinal de Bérulle a cette formule magnifique : "Le Christ est le vrai peintre de soy-même". C'est lui qui s'imite en nous et c'est pour cela qu'un romancier ne peut pas imaginer un personnage qui soit totalement crédible comme imitateur du Christ (voilà "l'échec" de Dostoievski avec le Prince Muichkine et voilà aussi l'échec de tous les personnages du Christ au cinéma : Mon Dieu ce que Jim Caviezel à l'air bête par instant dans la passion du Christ : un butor).

Le Christ est le vrai peintre de lui-même, parce que, dit Cajétan, par la foi, l'espérance et la charité, il nous reçoit dans sa personnalité infinie, et en quelque sorte, selon notre naturel à chacun, selon notre tempérament, il active en nous un élan surnaturel, différent. Le Christ, souligne Cajétan, est l'hypostase (le sujet) de son corps mystique. C'est son énergie qui l'anime surnaturellement et, de même que son humanité particulière est la cause instrumentale de son agir divino-humain, de même nous pouvons à notre tour devenir les instruments du Christ, même si notre personnalité propre limite fatalement notre contribution à la vie du corps mystique.

"La plus belle fille du monde, dit-on, ne peut donner que ce qu'elle a". Il en va de même dans la vie surnaturelle. Dans la vie, c'est comme à Lourdes, Dieu ne crée pas le bras que nous n'avons pas. Le Christ se sert de nous selon ce que nous sommes, nous ne pouvons lui donner que ce que nous avons. Notre imitation du Christ est un élan surnaturel de foi, d'espérance et de charité dans les limites étroites de notre nature individuelle, mais resubjectée pour l'éternité, recentrée pour toujours dans sa Personne adorable.

Faire des projets ? Imaginer une ébauche de nous en Christ ? Impossible. Autant dessiner le mouton du Petit Prince.

Mais alors que faire ?

Comme disait Saint-Cyran, il suffit d'"aller où Dieu mène", mais il importe dans cette aventure imprévisible de notre re-subjectivation dans le Christ (de notre conversion), de ne jamais oublier, ainsi qu'il l'ajoutait lui-même, de "ne rien faire lâchement". Saint-Cyran (en réalité dans la vie : Jean Duvergier de Heaurane) avait osé enfreindre les édits de Richelieu et écrire un traité pour défendre... le duel. Il savait ce qu'il disait lorsqu'il parlait de lâcheté (il sera d'ailleurs incarcéré à Vincennes par l'Homme rouge). On parle toujours des autres passions, on oublie la plus terrible et la plus courante : la peur. Le Christ lui même a connu la peur jusqu'à suer de la sueur de sang avant sa passion, au Jardin des Oliviers, mais son courage est proportionnel à cette peur...

jeudi 17 décembre 2009

Oh ! Juste une idée cadeau...

Bientôt c'est Noël, mais surtout bientôt (le 31 décembre) c'est la fin de l'année fiscale. Je ne vous demande jamais d'argent sur ce Blog, qui vit dans le culte merveilleux de la gratuité, comme le plus souvent sur Internet. Mais si, vos calculs faits, vous vous rendez compte que vous allez donner ici ou là, souvenez vous que, si vous donnez au Centre Saint Paul, cela vous donne droit à un reçu fiscal, qui vous permet de déduire de vos impôts 66 % du montant de votre don (vous ne donnez donc réellement "que" 34 % de la somme que vous indiquerez sur votre chèque).

Juste un détail : vous pouvez ici faire des offrandes (ou des achats) par l'intermédiaire du système paypal. Mais si vous voulez bien nous faire ce petit cadeau de fin d'année, il faut qu'il soit envoyé par la poste au Centre Saint Paul,12 rue Saint Joseph, 75 002 Paris, en libellant votre chèque à l'ordre de Association Cultuelle de l'Institut du Bon Pasteur.

Merci en tout cas, merci d'abord de votre aide pour ceux qui le peuvent (à Paris les loyers sont chers et notre trésorerie sur un fil) et merci, en tout état de cause pour l'attention avec laquelle, toujours plus nombreux chaque jour, vous lisez ce Blog et les "tradinews" qui vont avec. Merci de la qualité de vos remarques, de la passion que vous mettez dans les débats qui s'amorcent ici. Votre passion est contagieuse ! Sachez que chaque fois que vous intervenez, chaque fois que, d'accord, pas d'accord, vous vous exprimez sur ce Blog, vous faites aussi un cadeau à ceux qui l'animent et à ceux qui le lisent.

Merci aux deux derniers posts d'Henri particulièrement riches et que je ne laisserais pas sans réponse. A... un peu plus tard donc, si vous voulez bien et tous mes voeux à vous tous pour des fêtes joyeuses, de cette joie vraie qui, comme la vraie musique, est un cri qui vient de l'intérieur.

mercredi 16 décembre 2009

Mgr Dagens porte-t-il cette fois le Rapport de l’autocritique des évêques?

[Ce texte est paru dans Monde&Vie n°820 du 12 décembre 2009]

Nos évêques à Lourdes ont fait silence – officiellement – sur le problème des traditionalistes dans l’Eglise. Un silence qui contraste avec la manière ouverte dont Benoît XVI, à Lourdes déjà, l’année précédente, avait rappelé que « personne n’est de trop dans l’Eglise » en insistant sur l’accueil des traditionalistes. Si l’on cherche bien, on peut néanmoins déceler dans le rapport Dagens sur l’identité catholique, une volonté, chez Nos Seigneurs, de s’adresser à tous les catholiques et de prendre en compte – enfin – la problématique de l’identité – et des carences de l’identité – des catholiques dans la société française actuelle.

Oh! La réaction épiscopale est encore timide. On sent une pudeur de rosière dans ce communiqué, publié avant même l’Assemblée épiscopale : « Il nous appartiendra, lors de nos échanges à Lourdes, de décider de quelle manière ce document de travail mérite d’être édité et diffusé, en vue de susciter le même discernement spirituel que nous aurons tenté de réaliser entre nous »…
Un mois après la clôture des travaux, rien n’était fait pour la diffusion de ce document qui semble faire mal à certains. C’est Golias qui, une fois de plus, rompt l’omerta, dans un article de Christian Terras, daté du 4 décembre dernier. « L’ayant lu, déclare le directeur de Golias, nous ne pouvions que le partager avec vous. Question de visibilité d’un message dont toute l’Eglise est responsable! » Pour une fois que Golias fait du bon travail, ne boudons pas notre plaisir! Sans doute y aura-t-il des passages importants que l’on ne nous aura pas donnés à lire. Ce texte de 44 pages, qui se veut « une sorte de relecture de l’histoire de l’Eglise depuis trois ou quatre décennies », ne nous livre pas tous ses secrets sous la plume de Christian Terras. Mais, relations dans l’épiscopat obligent, il nous en donne suffisamment pour nous mettre en appétit et pour hâter la publication du texte intégral.

Les évêques, par la voix d’un des plus éminents d’entre eux, Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême et membre de l’Académie française, ont souhaité affronter trois questions auxquelles ils se brûlent souvent les doigts : « l’indifférence religieuse, la visibilité de l’Eglise et l’évangélisation ».

La question de l’indifférence religieuse me paraît capitale. C’est cette indifférence qui a été constamment sous évaluée pendant et après le Concile – ce qui explique pour une large part l’échec des réformes conciliaires. Dans les années 60, on était parti de l’idée que si l’Eglise ne perçait pas davantage dans la société, c’était essentiellement à cause de ses fautes, pour lesquelles elle devait faire repentance – le concept de la repentance de l’Eglise se trouve à plusieurs reprises dans Gaudium et spes, un document conciliaire qui remonte à 1965. On voulait voir dans chaque homme un désir naturel de la vérité chrétienne, une sorte d’instinct chrétien contrarié par le scandale des clercs et l’inadaptation de leur discours. Aujourd’hui enfin on reconnaît que le problème principal n’est pas là et qu’il se trouve dans l’indifférence religieuse massive de nos contemporains. Il était temps!

Pour ébranler cette indifférence religieuse, il faut plus de visibilité de l’Eglise, dans sa prédication, qui doit être résolument non conformiste (n’est-ce pas saint Paul qui disait : Ne vous conformez pas à ce siècle! ») et plus de visibilité dans sa liturgie (qui doit retrouver les formes liturgiques que l’on a bien imprudemment envoyées aux orties dans les années soixante-dix). Nous devons « réhabiliter en nous-mêmes une attitude fondamentale : au lieu de chercher et de dénoncer des obstacles extérieurs, il est urgent d’oser manifester la nouveauté chrétienne, l’identité chrétienne de l’intérieur même de ce qui nous est donné par Dieu ».

Mgr Dagens, dans plusieurs entretiens donnés ici et là, parle des « exigences durables de notre foi ». Ce mot « durable » vaut à lui seul tout un poème. Il y avait le développement durable. Il y a maintenant les exigences durables de la foi. Pourquoi ne pas parler de Tradition? C’est bien cela, que je sache, l’exigence durable? Cette exigence, dit encore Mgr Dagens est « une exigence de vérité » sur laquelle chacun doit s’examiner et demeurer vigilant. Certes! Le mot vérité ici n’est pas de trop. Mais cette vérité n’est pas purement intérieure ou purement spirituelle, sinon il n’y a pas moyen de la transmettre. Cette vérité est celle des « formes durables » à travers lesquelles se transmet ordinairement la foi chrétienne. C’est cela aussi que signifie « la réalité essentiellement sacramentelle » de l’Eglise, sur laquelle insiste paraît-il le Rapport Dagens. Qu’est-ce qu’un sacrement? La visibilisation d’une grâce invisible à travers une forme cultuelle. Comment l’Eglise sacrement pourrait-elle oublier les formes qui l’ont fait vivre pendant des siècles?

Il y a dans ce texte de Mgr Dagens comme un commencement d’autocritique, qui me paraît particulièrement émouvant et qui explique peut-être le retard de la publication : « nous ne pouvons apporter toutes les réponses avant d’avoir écouté les questions. Nous ne pouvons pas seulement écouter les questions pour lesquelles nous avons des réponses ». Écouter les questions! Un tel mot d’ordre peut mener une Institution à des États généraux. Les « synodes diocésains », organisés dans la plupart des diocèses, ont souvent ressemblé à des embryons d’Etats généraux, avec Cahiers de doléance. Mais ils étaient sans doute trop corsetés, surveillés, les participants trop triés sur le volet, leur discours trop souvent relus avant d’être prononcés pour que « les vraies questions » puissent émerger. Et puis, les États généraux, en France, on le sait, ça se termine mal. Les questions dont parle Mgr Dagens, c’est la presse catholique qui doit en faire l’inventaire, c’est Internet qui doit les faire circuler (une question justement : avez-vous été surfer sur le site de Monde et Vie?)

Cette autocritique se poursuit, pour la plus grande joie de Golias, n’hésitant pas à montrer les évêques souvent en décalage avec le peuple de Dieu : « lorsque l’Eglise est implicitement identifiée à sa hiérarchie, au pape et aux évêques, la totalité de l’Eglise est alors perçue à travers les déclarations et les silences de cette hiérarchie, elle-même conçue comme séparée de l’ensemble du Corps ecclésial, voire opposée à ce Corps ». Golias prend ça pour lui, mais où sont les catholiques progressistes aujourd’hui? Quelle est leur moyenne d’âge? La vérité c’est que cette coupure entre les évêques et le corps de l’Eglise, c’est la coupure qui existe trop souvent entre un appareil sans entrailles et la demande humble et insistante de beaucoup de fidèles, trop souvent encore méprisés par leurs pasteurs. Une autre formule me paraît particulièrement touchante : « Nous avons nous-mêmes [il s’agit des évêques] beaucoup à progresser pour comprendre que la visibilité de l’Eglise est celle d’un Corps vivant dont la source est Dieu, dans le mystère du Christ, et qui passe par nous, les membres de ce Corps, dans la diversité de charisme reçu de Dieu. » Nous savions bien que les évêques n’étaient que des intermédiaires et pas les propriétaires de l’Eglise. Mais que l’un d’entre eux le dise, avec cette foi dans le Corps mystique du Christ, il faut bien reconnaître que cela paraît particulièrement roboratif pour tout le monde. Il ne s’agit pas que dix clampins ici et trente gus là s’écrient : « Nous sommes l’Eglise ». Une telle attitude relève d’un spontanéisme démocratique caractéristique de l’ultra-gauche mais qui (désolé pour Golias) n’a pas grand-chose à voir avec le Corps mystique du Christ. Ce qu’écrit Mgr Dagens dans son Rapport, cité par Golias, c’est que le Corps mystique du Christ, avec sa prière et sa foi, peut se trouver « séparé » de sa hiérarchie, à cause de sa « diversité ». « n’ayons pas peur de la diversité dans l’Eglise » disait aussi Mgr Barbarin dans un entretien au Progrès de Lyon, peu après la libéralisation de la messe traditionnelle. Il ne s’agit pas que, dans l’Eglise, les uns perdent et les autres gagnent. Il s’agit de reconnaître la diversité des vocations, même lorsque l’on s’en sent « séparé ».

Terrible débat à engager dans l’Eglise de France! « Sans doute serait-il utile et même nécessaire que les paroisses, dans la période actuelle de réorganisation qu’elles connaissent souvent, s’interrogent sur la place à accorder à des moments et des lieux de dialogues véritables »! souhaite Mgr Dagens. Mais peut-il y avoir dialogue lorsque l’on se contente de répéter ce que l’on a entendu au 20 heures? le dialogue n’est pas possible sans que l’on se ressaisisse enfin d’une culture chrétienne, passée par pertes et profits dans le grand chambardement soixante-huitard. Il n’y a pas de dialogue sans compétence, sans une véritable connaissance de la tradition chrétienne. C’est le cas de Mgr Dagens. Quiconque a lu son blog sent qu’il se passionne pour saint Paul qu’il cite sans cesse. Il retrouve ainsi ce que Benoît XVI, dans Spe salvi, a appelé « les racines de la foi chrétienne » (n° 19) et il rend possible l’autocritique des chrétiens dont parlait le Saint Père.

Mais la lenteur avec laquelle on rend public (on rend visible) son document sur… la visibilité des chrétiens montre que, malgré certaines prises de conscience, la machine est encore grippée et que, dans l’Eglise de France, les vraies questions ont bien du mal à émerger.

Joël Prieur