mardi 12 mars 2013

L'abbé de Tanoüarn dans l'émission "Le Grand Débat" sur la radio Africa#1

Francis Laloupo recevait deux invités pour parler de la renonciation de Benoit XVI:
  • Jocelyne Goma, Vice-présidente du Forum politique chrétien
  • l'abbé Guillaume de Tanoüarn, Prêtre catholique, et auteur du présent blog 
44 minutes d'échanges à écouter ici:

Prier pour et avec le Conclave

Le Conclave, on le sait, s'ouvre aujourd'hui, mardi. Pour les Parisiens, vous pouvez venir au Centre Saint Paul prier pour le prochain pape quel qu'il soit. La situation de l'Eglise est grave nous a fait savoir Benoît XVI en démissionnant. Tellement grave que l'idéologie passe au second plan Cette élection n'est pas celle d'un progressiste ou d'un traditionaliste, mais celle de l'homme donné, de l'homme efficace par le don qu'il aura fait de lui-même pour conduire la barque de Pierre à travers les récifs. Tout le monde comprend bien que "faire des réformes" ne suffit pas et qu'en une telle occurrence, les réformes constitueraient surtout un aveu d'impuissance. Le problème n'est pas de réformer mais de reformer l'Eglise nous expliquait récemment le Père Viot au Centre Saint Paul, de retrouver l'élan initial, l'appel de Dieu sur lequel l'Eglise (qahal en hébreu) a été fondée. Pour réentendre cet appel, tous ensemble avec le prochain pape, il n'y a qu'une seule solution : la prière.

Nous prierons, quels que soient les résultats du conclave, que ce soit d'une prière de demande ou d'une prière d'action de grâce, mardi de 21 H 30 à 24 H et mercredi de 8 H 30 à 18 H. Venez ! Il vous suffit de pousser la porte et de vous mettre à genoux dans le silence. Nous ne prierons pas pour nous-mêmes, pour que notre volonté se fasse, mais, devant Dieu, pour qu'il accomplisse dans son Eglise et par son Eglise sa Justice qui n'est pas la nôtre.

En même temps que cette prière s'élève vers le Ciel, nous prêchons les exercices spirituels de Saint-Ignace, d'où le côté un peu baroque de nos horaires. (Baroque ? Ignacien ? C'est tout un !). Beaucoup ont répondu à notre appel pour ces Exercices dans la ville, chaque soir de cette semaine entre 18 H 15 et 21 H 30. J'avoue que, prêchant aux autres, je me prêche aussi à moi-même, admirant la sobre parole ignacienne, revenant avec lui au principe et fondement : l'homme a été créé pour faire de sa vie une louange ; l'homme a été créé pour ne rendre honneur qu'à Dieu et à ce qui étend son règne, à l'exclusion de toute idolâtrie (l'idole du Moi, l'idole du sexe, l'idole de l'argent) ; l'homme a été créé pour servir, c'est-à-dire pour aimer : "Soyez au service les uns des autres" dit saint Paul aux Ephésiens.

Quand on comprend cela, quelle liberté ! On est "indifférent" dit saint Ignace. On use des bien de ce monde comme n'en usant pas avait expliqué saint Paul aux Corinthiens (I Co 7). On exerce sa responsabilité d'homme ou de femme sans que rien ni personne ne puisse vous en empêcher. Faire une telle retraite aujourd'hui ? C'est encore prier pour et avec le Conclave, c'est entrer dans la résistance chrétienne, la seule qui n'ait jamais désarmé... C'est se porter volontaire pour les troupes d'élite du pape, comme l'avait perçu si vivement Ignace de Loyola, le capitaine de Pampelune devenu, sans l'avoir voulu, Officier général au Royaume de Dieu.

dimanche 10 mars 2013

[Quatrième dimanche de Carême] Réjouis-toi !

Ce dimanche de mi-Carême se célèbre non pas dans la couleur violette qui est la couleur habituelle du Carême et de la pénitence, mais dans la couleur rose. L’introït (chant d’entrée latin) donne le ton : « Réjouis-toi Jérusalem ! » La pénitence n’est pas une fin en soi. Elle est juste destinée à nous donner une certaine idée de la profondeur du réel dans lequel nous nous trouvons : connaissance de nous-mêmes, qui nous libère et connaissance de notre destinée éternelle, qui nous exalte.

Jérusalem ? De quelle Jérusalem s’agit-il ? C’est à répondre à cette question qu’est consacrée la lecture de l’épître de saint Paul aux Galates. Dans une interprétation imagée de l’Ancien Testament, Paul nous explique qu’il y a deux Jérusalem, de même qu’Abraham a eu deux femmes. Pourquoi deux femmes ? parce qu’il y a Agar l’esclave et Sarah la femme libre. Avec une audace folle, saint Paul conçoit que le véritable lien entre Dieu et les hommes n’est pas la Loi (la Torah) en vigueur dans la Jérusalem terrestre. Cette Loi pointilleuse est un esclavage. Tous les communautarismes d’aujourd’hui, religieux ou pas, sont des formes d’esclavage. Quant à nous, poursuit saint Paul, « nous sommes libres de la liberté par laquelle le Christ nous a libérés ». Nous ne sommes plus esclaves ni de la loi ni d’aucune forme de communautarisme religieux. En ce sens, poursuit saint Paul, juifs ou pas, nous ne sommes plus de la Jérusalem terrestre, qui est esclave de la loi, « avec ses enfants ». Nous appartenons déjà à « la Jérusalem d’en-haut », car nous avons notre « part à l’héritage des saints dans la Lumière ». En ce sens, nous sommes (ou au moins nous essayons d’être) les fils de la femme libre.

Qu’est-ce que la liberté chrétienne ? Non pas la liberté absolue de faire n’importe quoi, celle qu’avait entrevue Rabelais en imaginant l’abbaye de Thélème, dont la devise était simplement : « Fais ce que voudras ». Non. La liberté chrétienne, c’est celle qui permet à chaque personne de réaliser qu’elle est une personne, c’est-à-dire qu’elle est responsable de son destin. Non pas « fais ce que tu veux » mais « fais tout ce que tu peux ». En même temps que tu es libre, et pour les mêmes raisons, tu deviens responsable de ton destin.

Telle est la Révolution chrétienne, une Révolution personnaliste, qui permet à chacun de prendre conscience et de sa liberté et de sa responsabilité. Le chrétien maîtrise son destin. Il lui donne un but. Comme le remarque Curzio Malaparte dans Le bal au Kremlin, du point de vue chrétien, il n’y a pas de souffrance inutile, pas de vie inutile. Parce que « la liberté par laquelle le Christ nous a libérée » n’est pas seulement une liberté d’indifférence (celle qui nous permettrait de faire n’importe quoi) mais une liberté créatrice, celle qui nous transforme et nous sauve, celle qui donne le sens qui manquait, celle qui donne la vie et l’éternité qui manquait. Le Verbe de Dieu fait homme [le Christ] a donné à tous ceux qui l’ont reçu la Puissance de devenir enfant de Dieu. Cette Puissance n’est pas en nous, mais nous la recevons par la foi et elle nous permet de nous transformer.

Comment ? Le récit évangélique de la multiplication des pains, qui nous est proposé ce dimanche, nous aide à le comprendre.

Ce geste de la multiplication des pains, qui renvoie à la manne – cette nourriture par laquelle Dieu a nourri son peuple au désert – apparaît comme un geste qui dans les écrits du Premier siècle avant Jésus Christ, désignerait le Messie à venir. Comme Yahvé autrefois, le Christ nourrit son peuple dans le désert.

« Il y avait là un jeune homme qui avait cinq pains d’orge et deux poissons. C’est à partir de ces cinq pains d’orge que le peuple put manger et l’on récupéra douze corbeilles après le repas. Il y a donc une « mise » humaine. Nécessaire. Et la puissance de Dieu multiplie cette première mise. Eh bien ! Il en est un peu de même pour nous. Nous offrons à Dieu « ce que nous pouvons » en ce Carême et Dieu bénit nos efforts en leur donnant une puissance qu’ils n’ont pas en eux-mêmes. On peut dire qu’Il complète tous les sacrifices que nous lui offrons, en leur donnant un sens nouveau dans la Croix du Christ.

Le peu de chose que nous pouvons faire devient efficace dans le Christ [dans la foi au Christ] en nous transformant peu à peu en Dieu, c’est-à-dire en nous donnant le salut, qui nous arrache à la mort inévitable. Étrange et merveilleuse alchimie chrétienne !

Abbé Guillaume de Tanoüarn

lundi 4 mars 2013

Mon pape de rêve, mon rêve de pape...

Yves Daoudal, dans un commentaire, reproche à mon rêve de pape d'être un rêve impossible. C'est le cas de tous les rêves d'être impossibles. Et cela n'empêche pas, parfois, le rêve de se réaliser de manière inattendue. Il est vrai que le cardinal Raï est avant tout Patriarche d'Antioche. Mais aujourd'hui, par le caprice des Français colonisateurs, Antioche est en Turquie et il y reste très peu de chrétiens. Ce siège prestigieux, qu'occupa jadis Pierre avant de partir à Rome, est comme virtuel. Le Patriarche des Maronites réside couramment à Beyrouth, d'où ma confusion. Je remercie Yves Daoudal d'y avoir mis fin en rappelant le premier titre officiel de Bechara Boutros al Rahi.

L'un d'entre vous me dit qu'il a une "indigestion de pape" et qu'en ce moment on en parle trop. Je dirais surtout que l'ambiance ne semble pas très bonne au Vatican. Evoquons parmi d'autres "les vieux", le cardinal Re et le cardinal Sodano qui, d'après tel Insider, tentent une candidature curiale non-italienne car ils détestent le seul Italien sérieusement papabile ; ne nommons pas certains Français qui appellent publiquement de leurs voeux un pape qui serait "issu de la diversité" (pour le simple fait qu'il soit issu de la diversité) ; oublions carrément l'Ecossais qui, après avoir tergiversé huit jours, se retire sous la honte à cause d'actes sexuels inappropriés qu'il reconnait finalement avoir commis, passons rapidement sur ceux dont les dents rayent le plancher et qui n'arrivent pas à ne pas le montrer, il y a encore ceux qui parlent, fomentent, se groupent et se disloquent sur un nom. Il y a même eu un quidam déguisé en cardinal. Il y a enfin le rapport pourpre que détiennent trois cardinaux au dessus de tout soupçons, parmi lesquels Herranz, membre de l'Opus Dei. Ce rapport sur les fuites et sur l'homosexualité au Vatican devait être lu au Conclave. Le Père Lombardi est intervenu pour signifier que son contenu est strictement réservé au prochain pape. Il reste comme une épée de Damoclès sur le Collège, qui semble avoir attrapé toutes les maladies de la démocratie en un conclave.

Mais si je reviens à la communication d'Yves Daoudal, absolument opportune en elle-même, je dirais que je ne suis pas tout à fait d'accord avec sa manière de mettre de côté les Patriarches orientaux dans cette élection.

Si le Pape n'était que le Patriarche d'Occident, primus inter patriarchas, comme l'aurait peut-être souhaité le Père Congar, qui est si flou dans son recueil d'études Eglise et papauté, alors le Patriarche d'Antioche n'aurait pas été nommés cardinal, avec droit de participer à la présente élection en conclave.Il a reçu le chapeau pourtant et ce n'est pas vieux : novembre 2012. Il est donc électeur et par conséquent éligible. Je ne dis pas qu'il sera élu... Je dis que c'est un rêve géopolitique pour sauver ce qui reste des chrétiens d'Orient et pour donner à la fonction pontificale l'auréole du Témoignage pour la paix. Mais c'est juste dans la série I've a dream. Dans la réalité le futur pape risque de ressembler d'avantage à un fonctionnaire ecclésiastique qu'à un héros. Oh ! Fonctionnaire, de toute façon, il ne le restera pas longtemps. Nos prières et notre attente en feront... un saint ou rien ! La situation présente de l'Eglise et du monde ne tolère pas la médiocrité.

samedi 2 mars 2013

[Un Autre Regard] Renonciation de Benoît XVI – Abbé de Tanoüarn

"Droit de regard, l’émission qui éclaire l’actualité. Le pape a provoqué la surprise dans le monde entier en renonçant à sa charge : pourquoi un tel choix? Comment l’interpréter? Faut-il craindre pour l’Eglise? Rencontre avec l’Abbé Guillaume de Tanoüarn."

Première partie

Seconde partie

vendredi 1 mars 2013

Un conclave très ouvert

On sait que le conclave est la seule assemblée décisionnaire du monde dont les membres soient enfermés jusqu'à ce que décision s'ensuive. Mais cela n'empêche pas le conclave actuel d'être très ouvert. Oh ! Ce n'est pas à cause de ces modernes passe-murailles que sont les portables (ordinateurs ou téléphones). Les électeurs n'ont pas droit à ces instruments. Mais en réalité, le conclave est très ouvert on ne sait pas trop qui peut l'emporter. Autrefois on disait : "Tel qui rentre pape au conclave en ressort cardinal". Et il est vrai que la majorité des 2/3 est difficile à obtenir et qu'il existe de très efficaces minorités de blocage, qui empêchent certains favoris d'aller au bout de leur jeu électoral. Aujourd'hui, pour le présent conclave, on ne peut pas dire qu'un pape en puissance ressortira cardinal car il n'y a pas de pape en puissance. Personne n'imagine que les jeux sont faits. Du reste, la bagarre se poursuit entre les cardinaux italiens et les autres, pour savoir s'il faut commencer tout de suite (idée de la curie) ou si un long préconclave est souhaitable (au cours duquel des étrangers pourraient aussi faire campagne).

Il semble que pour tout le monde, Benoît XVI, au cours de son septennat, ait réglé la question proprement théologique que posait le concile Vatican II à l'Eglise. Non ce Concile n'était pas exceptionnel. Oui il faut faire le tri entre le Concile virtuel (avec les médias) et le Concile réel (dans des textes que personne n'a lu, qui sont objectivement d'intérêt et d'autorité divers). L'esprit soixante-huitard n'a pas fait école dans l'Eglise de Ratzinger autant que dans l'Etat de Nicolas Sarkozy, et c'est heureux. L'Eglise demeurera en lutte contre la mondialisation consumériste, le relativisme qu'elle implique et les changements de paramètre humain qu'elle pourrait comporter. Il n'est pas sûr en revanche que le successeur du pape Ratzinger éprouve le même intérêt que lui pour la liturgie. Cela dit la dimension doctrinal du Motu proprio de 2007 ne sera sûrement pas remise en cause. De là à ce que la liturgie traditionnelle soit vraiment en vente libre, ce ne sera vraisemblablement pas un combat prioritaire pour le prochain pape, comme cela l'était pour Benoît XVI. Tous les cardinaux ou presque sont doctrinalement des ratzinguériens. Mais tous n'ont pas les priorités de Ratzinger. La FSSPX, qui a fait tant de manières pour prendre la main tendue, ne sera sans doute pas reçue de si tôt par le Successeur, peu soucieux de recevoir les avanies médiatiques dont Benoît fut gratifié. Quant à la Fraternité Saint Pie X, elle est plus à l'aise à la marge, comme instance critique que chantant avec le choeur.

Cela dit, on n'imagine pas un pape remettant en cause la discipline de l'Eglise, en acceptant le sacerdoce des femmes, seule solution économiquement viable pour le mariage des prêtres (Pourquoi tant de pastoresses ? Parce qu'elle peuvent se reposer sur leur mari qui travaille vraiment et fait bouillir la marmite pour toute la famille). Le Sacré collège est suffisamment conservateur pour s'épargner une telle source de soucis supplémentaires.

Mais la question qui est sur toutes les lèvres est celle du rapport au monde. On va vers un monde plus difficile, vers un monde où la Technique règnera toujours davantage sur les moeurs, au point de rappeler les intuitions d'Aldous Huxley dans le Meilleur des mondes. Quel doit être le discours de l'Eglise ?

Prenons le cas de la France à qui il arrive encore d'être le four où se cuit le pain de la chrétienté. On pourrait dire en une formule que la question du mariage homosexuel est grosse d'un divorce entre l'Eglise et l'Etat qui se trouvent désormais en un désaccord solennel sur les bases de la vie sociale. Comment concilier l'Evangile et l'utilitarisme moderne concrètement ? C'est la première question alors que la modernité se radicalise. "Nihilisme révolutionnaire sans âme et mondialisme à bout de souffle se donnent la main" comme l'écrit Henri en réaction au post sur Romain Rolland. Et l'Eglise par rapport à cela ? Peut-elle se contenter de répéter ce qu'elle a dit à Vatican II : "L'Eglise offre à la communauté humaine sa collaboration sincère pour l'instauration d'une fraternité universelle". Comme l'avait senti très tôt l'abbé Ratzinger : peut-on se dire frères quand on ne reconnaît ni matrice ni paternité ?

L'idéal conciliaire bat de l'aile. Benoît XVI écrivait dans Spe salvi que l'Eglise doit réaliser une "autocritique de la modernité". Mais comment ? Elle doit aussi découvrir les nouveaux moyens de son universalité, alors que le faux universalisme économique bat son plein et que les universalismes idéologiques anciens sont morts. Qui sera capable parmi les cardinaux de marier l'universalité et la diversité ? Je proposerais, moi, sans la moindre autorité pour ce faire, je fais un rêve, que le cardinal Raï soit fait pape. En tant qu'archevêque de Beyrouth d'une part, planté au coeur du drame de ce monde, en tant que maronite (non latin) d'autre part, en tant que français de culture enfin, il a tous les atouts, si l'on veut bien s'en rendre compte. Il serait le pape universel. On pourrait lui opposer un Africain comme Sara (mais ces Africains là sont trop latins), un Argentin comme Sandri (parce qu'il est une pointure) ou un Philippin comme Tagle (55 ans, "habité" mais trop énigmatique : il n'est cardinal que depuis deux mois). Bref tout ça est décidément très ouvert, je ne suis absolument pas sûr d'avoir cité le prochain pape. Je ne prétends pas jouer les vaticanistes, je ne veux pas non plus entretenir les bookmakers.

Revenons en aux faits.

Qu'a fait Benoît XVI ? Sa devise dans les Prophéties de Malachie nous invite à être résolument optimistes, tout en plaçant la barre haut : De gloria olivae. La gloire de l'olivier, dans la Bible, c'est d'avoir, par un rameau dans le bec d'une colombe, annoncé la fin irréversible du déluge. C'est au bout de 48 jours que la colombe revient dire en silence la gloire de l'olivier. Mais l'arche ne se posa sur le Mont Ararat que "le septième mois, le dix-septième jours du mois" et il fallut attendre le onzième mois pour qu'apparaissent les cîmes des autres montagnes. Entre la gloire de l'Olivier, entrevue par Benoît XVI et la fin du Déluge, il y a une marge. Nous ne sommes pas rendus au bout. Mais grâce à Benoît XVI nous pouvons être sûrs que la barque de Pierre, qui faisait eau de toutes part disait-il à son arrivée au Souverain pontificat, est maintenant consolidée et unifiée. Elle ne fera pas naufrage, sabotée de l'intérieur par les querelles de ses propres enfants. L'Eglise a retrouvé l'espérance avec le rameau d'olivier.

Pourtant, elle ne se réétablira pas dans le monde avant longtemps et seuls "des îlots, des oasis" (Benoît XVI dixit) de chrétienté subsisteront et survivront. Nous avons échappé à une implosion de la Barque, elle est enfin solidifiée (qui dira les risques qu'a pris Benoît XVI pour refaire en vérité l'unité de l'Eglise ?). Il va s'écouler du temps avant que ne cesse le déluge, dont les eaux montent toujours. Le rameau d'olivier est glorieux parce qu'il est le signe de la paix entrevue, mais il ne signifie pas la victoire acquise. Retiré sur sa Montagne, comme il disait dimanche dernier par allusion et à l'Evangile de la Transfiguration, le pape priera pour que les temps soient abrégés. Au nom du rameau d'olivier qu'il a représenté. Au nom, peut-être aussi, même s'il ne le dit pas, de ce Troisième secret de Fatima qu'il publia naguère officiellement et qui nous montre un pape mourant "sur la montagne".