lundi 25 mars 2013

Premier bilan de nos campagnes

Merci d'abord à tous les lecteurs de ce Blog qui se sont rendus aux Premières assises de la Résistance chrétienne, merci à cette foule réactive, empathique, motivée... chrétienne ! Mes excuses aux quelques personnes que nous avons dû refuser, consignes de sécurité oblige. Merci aux intervenants (parmi lesquels au dernier moment Béatrice Bourge). Leurs interventions, noblement chrétiennes et non partisanes, nous les reprendront j'espère, dans un petit livre à paraître au mois de juin : Résistance chrétienne.

Quel était le but de ces Assises ? Essayer de penser ce qui allait se passer le lendemain Avenue de la Grande Armée et aussi sur les Champs-Elysées. J'entends l'un d'entre vous me dire : - Dans le feu de l'action, on ne pense pas, monsieur, on crie... Et je répondrais, Brel ou pas Brel : - Encore faut-il tenter de comprendre pourquoi on crie.

Gabrielle Cluzel a évoqué la détermination de cette "France bien élevée", qui a un moteur diésel : un peu long à chauffer, mais increvable. Cette France - cette "âme de la France" comme disait hier à chaud Mgr Aillet sur Radio Notre Dame - elle est increvable, parce que motivée, puisant ses motivations au plus profond de sa tradition et de sa fidélité au "droit naturel et chrétien". Mais elle est foncièrement légitimiste aussi, foncièrement loyaliste. Qu'un gouvernement ait réussi à se mettre à dos la France des JMJ (c'est de cela qu'il s'agit et pas d'une mythique Extrême droite), c'est un voyant qui s'allume rouge sur le tableau de bord politique de notre pays. Quand on y réfléchit, il faut remonter à 1905-1906, à la loi sur les Inventaires pour retrouver un moment où les catholiques aient prêché la résistance à l'autorité. Il y a là un signe d'un changement profond dans les relations non seulement entre l'Eglise et l'Etat (ça c'est pas grave, entre institutions on s'arrange toujours, il y a toujours des compromis historiques possibles) ; la vraie déchirure est entre l'Etat, entre les élites appointées par l'Etat et l'âme objectivement chrétienne de la France, cette âme bien plus prégnante en ce Pays que ne l'imaginent les "spécialistes scientifiques", distraits par les chiffres alarmants de la courbe des pratiquants. La France, c'est une âme ou ce n'est rien. La France est le seul pays où l'on prend feu et flamme sur des symboles. Il y a eu l'Affaire Dreyfus. Il y aura la question du mariage homosexuel, comme une écharde dans la chair de M. Hollande, qui devra se souvenir durant tout son quinquennat de ce slogan imaginé par de jeunes manifestants en verve : Hollande sers les fesses, on arrive.

Le sitting Avenue de la Grande armée était bien mieux organisé que les projections sur grand écran qui ont eu lieu au Champ de Mars le 13 janvier. Moins de "musique" facile. Moins de prises de parole facile (j'ai dit : "moins"). Moins de bisounourseries. Quelques discours flamboyants (celui d'Henri Guaino, celui d'Hervé Mariton). Quelques témoignages magnifiques (la jeune Coréenne adoptée). Un million quatre cent milles personnes réceptives. Sans haine, mais avec le feu au coeur. De quoi être ou redevenir fiers d'être Français. Une telle foule, une telle qualité de foule, c'est unique au monde. Quant à la "prise" temporaire des Champs Elysées qui a suivi, c'est la réponse du berger à la bergère, c'est la marque d'une fierté chrétienne outragée par un personnel politique haineux et dont M. Mariton, désignant nommément Manuel Valls, a pointé "la morgue".

Béatrice Bourge avait bien raison, samedi soir, de nous rappeler que le mariage homosexuel n'est que le premier acte d'un "plan diabolique" (dixit le pape François) pour déshumaniser la France (et le monde). Elle parlait plus précisément d'un "effet domino". Le fait est qu'il faut tout faire pour... gagner du temps. Le plan de nos élites, c'est de faire passer la loi en juin pour passer en septembre à la GPA et à la libre utilisation des cellules de l'embryon humain... La résistance chrétienne ne fait que commencer. Nous sommes "le peuple de la vie" disait Jean-Paul II. Soyons fiers de rendre ce témoignage, face à ce que l'Epître aux Hébreux appelle "l'Empire de la mort".

dimanche 24 mars 2013

Esprit (de saint François) d’Assise

[par RF] Le pape François a déclaré vouloir dialoguer avec l'islam. Avec les autres religions aussi, mais enfin, il dit penser «surtout au dialogue avec l'islam». Pourquoi? J’ose quatre  explications.

# D’abord c’est là que la confrontation fait mal. En gros, là où l’islam et la chrétienté se rencontrent, ça clashe ou ça a clashé. Et donc, c’est là qu’il faut travailler. On a beau dire, mais en 2013 il y a moins de problème avec les shintos et les bahais.

# Ensuite parce que l’islam est la plus grande religion –  après le christianisme. D’où peut-être la priorité qui lui est donnée. Pour le jaïnisme on verra après.

# Ensuite encore parce que l’islam offre une certaine ouverture au dialogue. Les musulmans ont presqu’unanimement l’envie de partager leur foi avec les autres humains. Ce n’est pas le cas des juifs ou des animistes d’Amazonie, qui peuvent exposer leur foi mais n’entendent pas que vous y adhériez.

# Enfin surtout parce que François a choisit son nom en honneur du moine d’Assise, dont on connait l’amour de la nature, la pauvreté, etc. On a un peu moins présent à l’esprit qu’il se rendit, en pleine croisade, auprès du sultan el-Kamil, neveu de Saladin, et qu'il lui a parlé 'cash'. J’emprunte à un site libanais le récit de cette rencontre :
«El-Kamil était un chef de guerre, un homme politique et un fin diplomate. Quand tous les dignitaires, conseillers ou théologiens eurent pris place de chaque côté du prince, on amena François et Illuminé. Les bures rapiécées et décolorées des deux frères contrastaient avec le luxe oriental de cette salle d'audience. S'adressant alors aux deux inconnus, le sultan leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir. Avec une belle assurance François lui répondit qu'il avait été envoyé d'au-delà des mers, non par un homme, mais par le Dieu très haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l'évangile. Il se mit tout simplement à prêcher au sultan Dieu-Trinité et Jésus, sauveur du monde. Ce n'était pas un théologien qui défendait une thèse, ni un prédicateur qui exhortait une foule. C'était un poète, un troubadour en proie à la plus sublime inspiration. Avec des mots simples de tous les jours, il disait l'amour éternel de Dieu, il recréait l'univers avec sa lumière, ses couleurs, sa vie et son mystère.»

Demain, la résistance chrétienne

Jusqu’où un chrétien peut aller dans la Résistance à l’Injustice, à la transgression publique?

L’apôtre Pierre est formel : le chrétien doit être « soumis à toute autorité à cause du Seigneur » (I Pierre, 2, 13), quel que soit le parti, la religion, la couleur, les nuances ou l’absence de nuances dont fait preuve cette autorité. Voilà qui devrait nous mettre très loin de la résistance. « Tout pouvoir vient de Dieu, si bien que celui qui se rebelle contre l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu » renchérit saint Paul dans l’Epître aux Romains (Rom. 13, 1).

Mais l’un et l’autre, Pierre comme Paul, restent soumis à cet impératif, formulé dans les Actes des apôtres par Pierre justement : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes ».(Ac. 4, 19 et 5, 29). Le christianisme n’est pas un communautarisme. Il n’est pas une Loi, comme saint Paul nous l’a appris, interprétant l’Evangile du Christ. Les chrétiens doivent donc être soumis à l’autorité légitime, quelle que soit sa profession religieuse ou sa neutralité religieuse.

Mais en même temps, parfois, le chrétien peut et il doit désobéir, lorsque ce que recommandent les hommes est formellement en opposition avec ce que Dieu commande. La loi est la même pour tous et, que les hmmes le reconnaissent ou qu’ils ne le reconnaissent pas, elle vient de Dieu, qui « fait briller son soleil sur les méchants comme sur les bons ». Lorsque l’autorité politique promulgue cette loi éternelle, cette loi naturelle, en en faisant une loi humaine, le chrétien a le devoir d’obéir au Législateur quel qu’il soit, car « l’autorité est un instrument de Dieu pour te conduire au Bien » comme l’explique saint Paul (Rom. 13, 5). On comprend pourquoi il écrit à Timothée : « Je demande en tout premier lieu que l’on fasse des supplications, prières, intercessions, actions de grâce pour tous les hommes, pour les rois et les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et tranquille, en toute piété et religieuse dignité » (I Tim. 2, 1-2). Dans une perspective chrétienne, l’autorité politique, tout comme la loi humaine, n’est pas une fin, mais un moyen au service de la dignité des personnes, qui doivent pouvoir mener une vie de piété. Le grand juriste qu’était Tertullien revient de façon technique sur cette question : « Il ne suffit pas que la loi se rende à elle-même le témoignage intérieur de son équité. Il faut qu’elle la fasse connaître à ceux dont elle exige l’obéissance. Elle devient suspecte quand elle repousse l’examen. Elle est tyrannique, quand elle commande une soumission aveugle » (Apol. 4). Les chrétiens ont toujours souffert de l’absolutisme des lois humaines. Le même Tertullien souligne que, d’après la loi impériale, le chrétien n’a Demain, la résistance chrétienne même pas le droit d’exister. Peut-on admettre sans examen la loi qui vous interdit d’être ? Les chrétiens, à côté de la manière dont ils apparaissent soumis à l’autorité, ont une longue tradition d’examen des lois.

La loi républicaine supporte-t-elle l’examen ? En soi non. Une fois votée, elle s’affirme au dessus de toute critique. Alors que l’observation de la loi devrait être le moyen d’une vie digne, l’obéissance à la loi républicaine est représentée comme une fin en elle-même. Comme le stipule l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’homme de 1793, « la loi ne peut ordonner que ce qui est juste et utile à la société ». Si l’on reprend les catégories de Tertullien, , repoussant tout examen, cette loi républicaine est suspecte et exigeant une soumission aveugle, elle est tyrannique.

Suspecte, et, pour lors, plus que suspecte. Voici ce qu’en dit Mgr Rey, l’évêque de Toulon, bien connu : “Tout est mis en oeuvre avec la complicité des médias et des lobbies, pour faire émerger une humanité nouvelle qui déconstruit la famille dite « traditionnelle » (Bulletin diocésain octobre 2012). Une humanité nouvelle qui a perdu le sens de la vie comme don, comme cadeau, comme miracle quotidien. Une humanité qui refuse de considérer que la vie est indisponible et qui impose la gratuité pour tous les avortements. Signe monstrueux : cette loi sera promulguée le 31 mars prochain. Et ce 31 mars, c’est le dimanche de Pâques, la fête de la vie, la fête du Ressuscité, vainqueur de la mort. Rendre l’avortement gratuit pour toutes le jour de la fête de Pâques, si ce n’est pas le signe de ralliement de ce que Jean-Paul II appelait « une immense conspiration contre la vie » (Evangelium vitae n°13, 17 et 18), alors, je ne sais pas ce que c’est. Même les personnes qui par extraordinaire seraient favorables à cette loi pour des raisons dites humanitaires ne peuvent pas ne pas voir que ce symbole, retenu par les artisans de cette loi inique, est un symbole théologique. Je veux dire : théologique à l’envers. Utiliser la fête de la Résurrection pour rendre gratuites les atteintes volontaires à la vie déjà conçue, c’est satanique. Le pape François a employé ce terme dans sa récente Lettre au Carmélites de Buenos Aires : « un plan satanique contre la vie ». Combien Jean- Paul II avait raison de dire de l’Eglise, au delà des limites étroitement confessionnelles ou dogmatiques : « C’est le peuple de la vie et pour la vie ». L’Eglise de Dieu c’est le peuple de tous ceux pour lesquels la vie est sacrée. Ceux qui croient en la vie, à un moment ou à un autre, croient en l’amour qui donne sens à la vie, et ils croient au Dieu d’amour qui EST et qui DONNE la vie.

Abbé Guillaume de Tanoüarn - paru dans 'SAINT PAUL PAR LETTRE'  N°35

vendredi 22 mars 2013

Résistance chrétienne : un invité surprise

Vous avez dû recevoir de différentes manières le programme de nos Assises de la Résistance chrétienne. Je voudrais dire que Mère Agnès Mariam de la Croix, autour de laquelle nous avions organisé un après midi le 2 février dernier, se trouve exceptionnellement en France. Elle a réussi à se libérer demain soir pour être parmi nous. Pour ceux qui l'ont manqué ou pour ceux qui veulent la réentendre, c'est une raison de plus, une raison parmi quinze (autant que d'intervenants) de participer à ces Assises exceptionnelles.

J'en rappelle le programme :
Samedi 23 mars de 19h30 à 22h30
Forum de Grenelle, Paris XVème
Face à une société fière de se dire post-chrétienne, nous voulons affirmer la valeur imprescriptible de la civilisation chrétienne, civilisation de l’amour fondée sur une foi intrépide, sur le sens du service, de la responsabilité personnelle et de l’entreprise, sur la famille comme institution et pas comme option… Aujourd’hui les problèmes politiques sont tellement radicaux qu’ils deviennent des problèmes spirituels. Nous touchons à la vérité elle-même, foi athée contre foi chrétienne.

Programme :
19H30-20H30 : Résister à quoi, comment, jusqu’où ?
L’offensive contre la civilisation est internationale, par Jeanne Smits
Pourquoi la démocratie chrétienne ne fonctionne plus nulle part, par Guillaume de Thieulloy
Jusqu’où peut aller un chrétien, par l’Abbé G. de Tanoüarn
Le réveil de la France bien élevée, par Gabrielle Cluzel
20H30 – 21h00 : Le pape au cœur de la résistance mondiale.
Laurent Dandrieu, Christophe Mahieu et Philippe Maxence
21h00 – 21h15 : Pause
21H15 –22 H30 : Les moyens de la Résistance
La presse libre : Bruno Larebière, communicant
Internet : Les prodiges de la Toile avec Michel Janva (Salon beige), Daniel Hamiche (Riposte catholique) et Eric Martin (Nouvelles de France).
Le droit : Un combat, Bernard Antony, président de l’AGRIF
La guerre est culturelle, Guillaume Bernard, politologue
Comment le combat est « politique d’abord », Catherine Rouvier, politologue
22h30 : Buffet, ventes, dédicaces.
Forum de Grenelle
5 rue de la Croix-Nivert
75015 PARIS
Métro Cambronne
Bus 80

Intégristes

A propos de cette thématique intégriste, de la phrase d’André Frossard que j'ai citée ("Un intégriste est un homme qui veut faire la volonté de Dieu que Dieu le veuille ou pas") et de la distinction qu'introduit le webmestre en soulignant que beaucoup d'intégristes ne sont pas traditionalistes, j'ai pu constater que beaucoup parmi vous réagissent. Attention ! Le terme intégrisme a une déjà longue histoire.

On a commencé à parler d'intégristes (ou plutôt de catholiques intégraux) sous saint Pie X au début du XXème siècle. Immédiatement après la guerre le cardinal Suhard archevêque de Paris reprend l'appellation dans Essor et déclin de l'Eglise, un document qui comporte dix pages sur le danger intégriste et deux sur le danger moderniste. Magnifique clairvoyance ! En outre, dans la deuxième édition de Vraie et fausse réforme dans l'Eglise, le Père Congar consacre à ce sujet un long appendice, qui dénote, de la part de ce bon historien, une tendance à l'idéologisation diabolisante, puisqu'il commence en disant : "Un intégriste est un catholique de droite...".

Aujourd'hui, le terme s'est universalisé: on parle aussi bien d'intégristes musulmans que d'intégristes laïcs. L'intégrisme renvoie moins à un contenu (religieux par exemple) qu'à une manière de tenir telle ou telle conviction, telle ou telle religion telle ou telle idéologie. C'est ainsi qu'il y a -avec notre ministre Peillon le nostalgique- des intégristes de la laïcité, des francs-maçons intégristes etc. Qu'est-ce que l'intégriste ? Un personnage doué d'un profil psychologique particulier (il y en a chez les tradis comme partout), qui a tendance à réduire le monde à ses catégories mentales. Bref un idéaliste forcené (et pas seulement un doux rêveur) qui confond son idée avec le réel.

Je signale que nous avons consacré deux numéros de Certitudes à cette question : l'un, Les intégrismes sont ils différents et l'autre sur L'intégrisme laïc. Il y a des mots qui sont des armes par destination. Il faut les déminer !

mercredi 20 mars 2013

F. Mounier: "une partie des catholiques s’étaient fort bien accommodés du goût de Benoît XVI"

[par RF] 

Frédéric Mounier voit deux défis pour François : gérer le reflux de sympathie médiatique au premier rappel doctrinal («beaucoup risquent de trouver ce pape ‘pas si cool que ça’») d’une part. Et de l’autre: prendre en compte qu'«…une partie des catholiques s’étaient fort bien accommodés du goût de Benoît XVI pour les mots, les objets et les liturgies d’autrefois… Ceux-là risquent de se sentir orphelins». -- Il est notable que, journaliste à La Croix, Frédéric Mounier se penche sans acrimonie sur ces catholiques «fort bien accommodés du goût de Benoît XVI», dont tous ne sont pas traditionalistes. Sachant que par ailleurs tous les traditionalistes ne sont pas intégristes, et aussi –comme nous le rappelle Maye en commentaire- que «les intégristes ne sont pas tous traditionalistes, tant s'en faut».