Je republie ici la critique d'un habitué de ce blog, G2S, mon quasi-homonyme belge. Il n'a pas l'intention de s'en laisser conter. Pour lui mon apologie des veilleurs et autres supporters du Printemps semble ramener à la surface les heures sombres des années folles.
"A vous lire, je rajeunis. Je retrouve les tracts maoïstes, trotskystes ou staliniens de nos belles années 68. "CRS / SS", "Le peuple vaincra"'... Et j'entends les échos des années 30, celles des ligues... Entre la conviction la plus engagée et la délégitimation radicale de l'adversaire, ne voyez vous pas la limite à ne pas franchir? Comment pouvez-vous construire ce manichéisme (je vous cite): " du côté des partisans de la Manif pour tous la vérité est l'arme absolue, avec l'évidence du mariage naturel : un homme, une femme et des enfants... du côté des adversaires, on peut dire que mécaniquement, il reste la diffamation et la calomnie". En réduisant ainsi "mécaniquement" vos adversaires à la simple immoralité, vous semez la violence".
Ce qui est extraordinaire chez les 67 interpelés de dimanche soir, chez ceux de tous les autres soirs, c'est qu'ils ne crient pas. Ils ne délégitiment personne en utilisant les noms d'oiseaux du bestiaire de la correctness (SS, nazis, ligueurs et j'en passe). Ils ne reprennent en choeur aucun vieux cri. Ils ne cèdent à aucune nostalgie. Ces Veilleurs font du neuf, comme je l'ai écrit, ils manifestent une force qui ne doit rien à la violence, celle de l'Evangile. C'est ce qui les rend invulnérables, inaccessibles aux infiltrations policières, parce qu'un infiltré a quand même sa dignité et que lui, il ne chantera pas longtemps : "L'espérance est un trésor".
Mais G2S va plus loin que de stigmatiser telle dérive (fatale en semblables occurrences il faut le dire). Il récuse ce qu'il nomme mon "manichéisme". Dire que " du côté des partisans de la Manif pour tous la vérité est l'arme
absolue, avec l'évidence du mariage naturel : un homme, une femme et des
enfants... du côté des adversaires, on peut dire que mécaniquement, il reste la
diffamation et la calomnie"... cela constituerait "une violence".
Je sais depuis Roland Barthes que "le langage est fachiste"... Mais je ne pensais pas, cher G2S, que vous partagiez cet avis.
La question du mariage homosexuel n'est pas un objet de raisonnement. On ne peut pas PROUVER RATIONNELLEMENT qu'il faut un père et une mère pour faire des enfants. Du reste, dans le meilleur des mondes qu'on nous prépare, on pourra certainement faire autrement. Mais le problème n'est pas là. La nécessité absolue de la famille pour l'avenir de l'humanité n'est pas affaire de démonstration. On peut même démontrer comme Platon naguère dans sa République, que la famille, institution sociale, est une vieillerie qu'il faut remplacer parce qu'elle favorise tous les particularismes émotionnels et affectifs. On peut, comme à Sparte, pratiquer l'élevage collectif des enfants avant leur septième année et leur éducation collective après. Mais la famille, malgré ces mises en cause rationnelles demeure une évidence. Elle relève de ce que Gianbattista Vico appelait le certum, la certitude indémontrable, bien plus forte que les vérités (verum dit Vico) démontrées.
Mais qu'est-ce que le contraire d'une évidence ? Un mensonge. La violence consiste justement à ne plus être capable d'appeler mensonge le contraire de l'évidence. Il faut apprendre à se laisser faire par la douce contrainte de l'évidence. L'attitude inverse relève de l'imagination. Comme dit le bon La Fontaine : "Chacun tourne en réalité / Autant qu'il peut ses propres songes / L'homme est de glace aux vérités / Il est de feu pour les mensonges" (Le statuaire et la statue de Jupiter). N'a-t-on pas le droit de dire à Platon que sa République est un songe ou à Judith Butler que sa théorie du Gender relève d'une imagination en feu.

