jeudi 11 juillet 2013

Liberté égalité fraternité

"J'apprécie d'ordinaire les propos de l'abbé de Tanoüarn, mais si agir en homme libre, considérer autrui comme son égal, entretenir avec lui des rapports fraternels ne sont pas des valeurs chrétiennes, j'avoue m'y perdre un peu. je ne vois pas non plus l'intérêt de leur substituer des "valeurs" (fécondité, respect, responsabilité) qui n'ont rien de spécifiquement chrétien (à l'exception peut-être de la première). Les vertus théologales et cardinales forment un socle théorique et pratique plus solide..."

Ainsi s'exprime Jean-Jacques sur Facebook. La remarque est intéressante et le sujet capital. La liberté, l'égalité et la fraternité sont trois "beaux mots" comme dit aussi ce matin François Huguenin et ce n'est pas en tant que tels que je les attaque, c'est plutôt dans leur trajectoire historique. 

La liberté républicaine après la destruction des corporations par la loi Le Chapelier a promu "le renard libre dans le poulailler libre". On sait dans quel état humain se trouvaient les fabriques sous la Restauration d'après le rapport Villermé. Pitoyable désastre dû à la Révolution bourgeoise ! Personnellement je ne m'encombrerais pas de cette liberté libérale.

L'égalité républicaine a engendré les iniquités du socialisme international au nom de cette formule de Proudhon (souvent mieux inspiré) : "La propriété c'est le vol". Ce "communisme" là ne m'intéresse pas. Lorsque FH écrit en préface de ses 60 propositions pour la France : "L'égalité est l'âme de la France" c'est de cette égalité-là de cet idéal politique qu'il parle.

La Fraternité, j'en ai parlé un peu plus longuement, elle est la Fraternité des gens du même parti, une fraternité qui ne se définit pas à partir d'une paternité naturelle ou surnaturelle.

Il est vrai qu'agir en homme libre, considérer autrui comme son égal et entretenir avec lui des rapports fraternels, cela peut définir un comportement chrétien. Si je propose la responsabilité, le respect et la fécondité, c'est parceque ces trois mots réinterprètent la devise révolkutionnaire en lui donnant un sens chrétien : un homme est libre dans la mesure où il est responsable. Le respect c'est l'égalité ou l'équanimité avec laquelle on traite autrui ("Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais as que l'on te fasse" dit l'Evangile dans la célèbre règle d'or). Enfin la fécondité me semble le signe par excellence de la charité, autre nom de la fraternité. Qu'est-ce qu'un amour qui n'est pas fécond ? - Une imagination d'amour.

Ces trois mots ne sont pas un autre socle que es vertus théologales : la foi est l'exercice spirituel de sa responsabilité. L'espérance est un acte surnaturel de respect envers soi-même. La charité est l'interprétation totale de la fraternité chrétienne. Responsabilité, respect et fécondité sont donc trois applications sociales des divines vertus de foi d'espérance et de charité.
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9 commentaires:

  1. du très bon abbé de t qui force mon équanime respect et auquel j'opposerai cette unique réserve: si la fécondité vérifie la charité, l'homme ignore sa fécondité, et cette ignorance est ménagée, afin que l'homme ne puisse pas vérifier sa charité. L'homme qui se croit charitable tombe dans la condescendance pharisaïque, parodie de la vertu théologale et transcendante de charité fraternelle, qui cherche: "qui est mon prochain?". L'homme n'est pas juge de sa charité, c'est pourquoi il ne peut évaluer sa fécondité. Or l'eglise a précisément tendance à vouloir mesurer la fécondité, notamment dans le mariage, et c'est sans doute ce quirend inaudibles ses positions sur cette "institution". Un peu comme, de trop vouloir se déclarer parfaite avant le terme de son triomphe, l'eglise militante ne réussit ici-bas qu'à passer pour arrogante. On observe la même arrogance du mariage chrétien, proclamé pour des parfaits et des saints, qui finit par oublier que tout son prix est dans les tribulations de l'amour. Le mariage chrétien doit sauver l'homme adultère comme l'eglise doit sauver les pécheurs qui en constituent les membres.

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    1. Cher Julien,
      Notre-Seigneur n'a pas dit: Qui est son prochain? mais De qui est-il le prochain? Le prochain, c'est Notre-Seigneur, le prochain, c'est celui qui soigne et héberge anonymement, c'est un Samaritain. Notre-Seigneur a effectivement été traité pire qu'un Samaritain, comme un bandit de grand chemin meurtrier alors qu'il venait sauver son peuple, le peuple d'Israël, nous. Etre chrétien, c'est se couler dans son Modèle, L'imiter (Imitation de Jésus-Christ), Le laisser agir en nous. Si l'on n'aime pas pour l'amour de Dieu, on n'aime pas vraiment.
      L'Eglise est divine, dans son magistère comme dans ses sacrements. Elle ne "mesure" pas, la charité n'a pas de limite. La grâce peut tout faire, et elle fait tout, si nous n'y mettons pas obstacle. Les chrétiens doivent vivre en saints (sans s'y croire!), comme les appelait saint Paul. Si vous ne voulez pas être un saint", disait le saint Curé d'Ars, "vous serez damné". L'homme n'est d'aucun secours s'il est tout seul, il ne peut se sauver sans le Christ, sans la grâce, sans l'Eglise, sans le Saint-Esprit.
      Quant à la devise de la F.M., c'est une tromperie. Notre-Seigneur nous a dit: La Vérité vous libérera. Et aussi: Je suis la Vérité. La F.M. se moque de la vérité. Idem pour les deux autres.











































































































































































































































































































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  2. Je comprends quando vous écrivez sur la responsabilité et le respect. Mais la fécondité? Vous écrivez. "Qu´est-ce qu´un amour qui n`est pas fécond?" Si vous parlez métaphoriquement, OK: l´ amour d´une mére, l´amour du prochain, etc,etc. Mais dans l´amour d´une homme et d´une femme, l´amour peut être fécond, au sens de la profondeur.Mais la fécondité au sens de "fertilité" cela ne semble pas tout à fait nécessaire. Un couple sans enfants peut vivre heureux.
    Mais peut-être vous n´avez pas pensé à la fécondité dans ce sens de "fertilité." Ou les couples plus âgés seraient tous malhereux.À l ´époque de l´ancien testament, ne pas avoir d´enfants était quelque chose de honteux.Aujourd´hui il est normal voir des couples sans enfants, parce qu´ils ne peuvent pas ou parce qu´ils ne veulent pas. Car si quelqu´un se marie à l´âge de 70 ans, il est difficile (ou plutôt, impossible) d`avoir des enfants... Nous n´avons plus d`"Abraham" aujourd´hui... (Nous vivons au siècle 21, et la terre regorge de gens)...Si vous parlez de "fécondité" comme une métaphore, très bien!!
    (Pardonnez, mais je ne pouvais pas m´empêcher de penser à vous, en célébrant un mariage de personnes très âgéés et en leur disant: "que vous soyez bénis avec beaucoup d´enfants", et cela m´a fait rire.)rsr
    Ne vous ennuyez pas: dans le sens de la métaphore, le texte est parfait.

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  3. On peut s'interroger sur le destin de la France depuis un certain septembre 1792.
    Combien de régimes? Combien de Constitutions? Quand les américains en sont toujours à celle de 1776 ,et pour faire bonne mesure aux belges à celle de 1830!
    Empires, Républiques, Monarchies dont une constitutionelle.
    Républiques ? Cinq ou six on ne sait pas.
    République , un mot ânnoné en forme de gargarisme depuis plus de deux cents ans
    Et quel résultat.
    La première, guerre à l'Europe.
    Le seconde ,apparente stabilité parceque courte.
    la troisième: persécution religieuse, deux guerres mondiales initiées qui laisseront la France moribonde.
    La quatrième ,foire d'empoignades politiques et désastres coloniaux.
    La cinquième, trahison algérienne.
    Elle inverse aussi les valeurs.
    mais toujours proclame :liberté égalité fraternité...
    Heureusement que feu Louis XVI avait demandé que son sang ne retombe pas sur la France !
    LA HAUT , il en a peut-être été décidé autrement.

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  4. Cher guy Robin,

    désolé de vous imposer cette "exégèse" un peu laborieuse, mais dans la Parabole du bon samaritain, j'ai toujours été frappé par le déplacement par Jésus de la question qui Lui posée par le docteur de la loi. Celui-ci Lui demande:

    "qui est mon prochain?", et, à la fin de la parabole, Jésus retourne la question:
    "qui a été le prochain de cet homme?"

    Le procédé du seigneur me paraît trop rabbinique pour ne pas avoir une signification, mais quelles que soient les lumières qui me sont venues de temps à autre sur le sens de ce renversement, celui-ci m'a toujours échappé.

    bien à vous et heureux de vous relire.

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    1. Je ne connais rien des procédés rabbiniques, et il n'y a pas de renversement dans le texte évangélique: le docteur demande Qui est mon prochain, et Notre-Seigneur lui fait dire (c'est de la maïeutique socratique!) C'est celui qui exerce la charité. Nous devons donc aimer ceux qui nous font du bien. Et comme il est évident qu'à travers ce Samaritain c'est Notre-Seigneur Lui-même qui se présente comme notre prochain venu panser nos plaies et nous recueillir dans son auberge qu'est l'Eglise, il demande que nous L'aimions, Lui, et que nous aimions les autres en Lui (ou que nous L'aimions dans les autres, ce qui est pareil).
      C'est une fausse pastorale qui renverse le point de vue et nous fait appeler prochain celui vers lequel nous nous penchons avec pitié et commisération, donc avec condescendance, ce qui flatte notre orgueil et nous fait sortir de l'ordre de la charité. Je comprends cette parabole comme si Notre-Seigneur nous disait: "Laissez-moi agir en vous, Moi le seul Sauveur". Ce qui nous évite de nous attribuer ce qui n'appartient qu'à Lui. Sans tomber dans le quiétisme. C'est un peu le sens de la réponse du correspondant suivant, de 21h46, sauf l'angélisme concernant les savants (Ils ne sont pas meilleurs que les autres, cf Pasteur, Einstein, etc).
      J'espère que cela vous donnera un nouvel éclairage dans votre réflexion.

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  5. Le procédé du Seigneur n'est pas seulement rabbinique (on répond à une question par une question) mais également maïeutique. Le Seigneur veut faire "acoucher" son interlocuteur de la réponse qui doit venir de lui-même, de sa propre découverte. La réponse nous paraît évidente à nous hommes (et femmes) du 21ème siècle qui connaissons cette parabole par coeur. Mais faisons un effort pour nous replacer en l'an 30 et la réponse paraîtra beaucoup moins évidente. Socrate ne pratiquait pas autrement. En lisant l'Evangile nous devons faire pareil et réfléchir pour répondre de façons intelligente aux questions du Seigneur, c'est à dire comme l'interlocuteur de Jésus et non pas comme l'espèce de chef syndicaliste à la manque, égalitariste forcené avant la lettre.

    NB Comment réagissons nous lorsqu'un de nos Collègues de travail à une promotion ? Nous réjouisssons nous pour lui et sa famille ou maugréons-nous en notre for intérieur: " C'est injuste cette promo, je la méritais cent fois plus que lui après tous les efforts que j'ai fournis sans compter mes heures de présence ; il a été promu par piston ou parce qu'il est de tel parti politique ou de telle obédience ou de telle origine ". C'est facile de trouver une raison pour dénigrer. J'avoue que cela peut être difficile d'aller trouver le collègue et de lui dire : "Bravo je te félicite pour ta promo, tu la méritais vraiment", et de l'inviter au bistro du coin pour arroser cet évènement. J'ai remarqué que les grands savants, qui sont des hommes et des femmes bien plus simples qu'on ne croit, félicitent toujours avec effusion leur collèques qui sont distingués par le Prix Nobel ou une médaille Field.

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  6. Mille excuses, mais je me suis un peu emmêlé les pinceaux entre le Bon Samaritain et l'Ouvrier de la 11ème heure. J'avoue que ces deux admirables paraboles vont tellement dans le même sens que je les ai mélangées : le Seigneur nous donne pour modèles le chef d'entreprise agricole et le commerçant étranger.

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  7. Juste une question anecdotique, tout simplement.
    L'abbé de Tanouarn cite l'Evangile : ("Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse" dit l'Evangile dans la célèbre règle d'or).
    Quelles sont les références de cette phrase dans l'Evangile ?

    Dans Matthieu, VII,12 :" Ainsi donc tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faîtes-le aussi pour eux..."
    Il me semble que c'est tout un autre programme bien plus enthousiasmant encore...

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