samedi 14 février 2009

L'intégriste du dimanche

Il y a les peintres du dimanche, il y a les promeneurs du dimanche, et moi je suis l'intégriste du dimanche. Oh, pas de tous les dimanches, rassurez-vous, seulement des quelques dimanches de l’année où je vais dans une chapelle de la Fraternité Saint Pie X plutôt qu'au Centre Saint Paul.

Longtemps j'ai cru que c'était la même messe, que les familles (familles de fidèles - familles de prêtres) pouvaient se répartir de part et d’autre, que le statut canonique du prêtre ne me regardait pas. A ce sujet j’avais écrit à Rome, Mgr Perl m’avait répondu qu’en assistant à la messe dominicale d’un prêtre de la FSSPX je remplissais mes devoirs de catholique. Il n’avait pas ajouté d’étiquette.

J'ai appris récemment qu'il y a d'une part les traditionalistes. D'autre part les intégristes. C’est ainsi que La Croix du 21 janvier pense devoir différencier entre «35.000 intégristes» et «45.000 traditionalistes» en France. (Selon quelle clé de répartition m'ont-ils partagé, et ont-ils tenu compte des une ou deux messes ordinaires auxquelles il m'arrive d'assister? mystère)

Le site du diocèse de Nanterre nous explique cette différence: «On peut appeler 'traditionalistes' les prêtres attachés à la messe en latin et au rite de St Pie V, mais qui sont unis à Rome et appeler 'intégristes' les prêtres qui font partie de la Fraternité saint Pie X et qui sont coupés de Rome.»

Nicolas Senèze est chef adjoint du service Religion à La Croix, et auteur de «La Crise intégriste» aux éditions Bayard (le titre en lui-même résume bien le problème). Il a fait récemment un petit papier sur le sujet (Intégriste, lefebvriste, traditionaliste : quel mot utiliser?) Lefebvriste n'est pas assez précis. Traditionaliste, c'est trop d'honneur. "Reste donc intégriste" nous dit Nicolas Senèze. CQFD.

Vous me direz que le distinguo est un peu facile, qu'il rappelle le sketch des Inconnus dans lequel Pascal Légitimus et Didier Bourdon s'énervent qu'on puisse confondre mauvais et bons chasseurs - les uns sont des 'viandards' les autres des 'poètes en communion avec Dame Nature'. Comment les distinguer? Le mauvais chasseur «a un fusil... bon... il voit un truc qui bouge, il tire». Le bon chasseur, au contraire, «a un fusil, il voit un truc qui bouge... bon... il tire».

Un peu facile mais combien efficace. C’est ce qu’explique Christophe Geffroy: «Comment entrer sereinement dans une nouvelle étape de réconciliation si l’on commence par employer un terme assassin qui disqualifie déjà a priori aux yeux de l’opinion ce mouvement dissident ? Vous avez envie, vous, de discuter avec des 'intégristes' et de les réintégrer dans la pleine communion ecclésiale?» C'est à lire sur le blog collectif que La Croix consacre à la levée de l’excommunication. Geffroy est l'un des posteurs agréés, j'aurais aimé que d'autres traditionalistes d'autres chapelles le soient aussi, mais on ne va pas mégoter: c'est une bonne surprise.
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5 commentaires:

  1. Ouvrez-vous, pour votre part, vos colonnes à des croyants qui ne sont pas de votre sensibilité ? Recherchez-vous leur avis ? Entre Christophe Geoffroy et Gérard Leclerc, je crois que La Croix a eu le juste souci de permettre l'expression de sensibilités diverses. Est-ce une surprise pour vous ?

    Quant à moi, il n'y a que les intégristes pour me classer parmi les progressistes.

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  2. Cher monsieur, j'imagine que vous êtes le 'koz' qui poste sur le blog collectif en question. Est-ce que nous sommes ouverts "à des croyants qui ne sont pas de votre sensibilité"? Je ne suis que le webmestre ici, mais je pense ne pas trop m'avancer en disant que si vous voulez débattre l'abbé de Tanoüarn vous accueillera avec enthousiasme. La condition étant d'avoir à coeur de faire avancer le schmilblick, et non de vouloir instrumentaliser l'autre comme faire-valoir. Je dis cela non pour vous prêter cette pensée - au contraire: pour vous rassurer sur ses intentions. Ouverture, débat, diversité de l'expression... chiche? Vous trouverez à nous contacter, juste en-dessous de 'quelques liens' dans la colonne de droite.

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  3. Je vous avouerai que je ne pensais pas à moi. J'ai des opinions, que je m'efforce d'étayer le plus possible mais je sais que je ne suis pas en mesure de débattre avec l'abbé de Tanoüarn : je dois bien reconnaître que trop d'éléments théologiques ou canoniques m'échappent.

    Je ne suis qu'un fidèle un peu informé et guère à la hauteur d'un débat avec l'abbé de Tanoüarn. Je risquerais, même à son corps défendant, d'être moi-même le faire-valoir, dans l'affaire.

    En revanche, je réitère : sans aller, effectivement, jusqu'à inviter des lefebvristes, La Croix a eu à cœur d'inviter, entre Gérard Leclerc et Christophe Geoffroy, des personnes ouvertes aux positions traditionalistes. Je ne suis pas certain d'avoir vu autant d'ouverture de la part des milieux traditionalistes.

    Quant à moi, je souris à l'idée que l'on puisse vouloir me faire passer pour un "progressiste"...

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  4. Cher monsieur, le slogan de votre blog personnel est "Koz toujours tu m'intéresses", eh bien oui effectivement tu/vous nous intéressez. Vous me dites n'être pas en mesure de débattre avec l'abbé de Tanoüarn, que vous n'avez pas les armes theologiques, ce qui est normal pour un fidèle peut-être plus informé que formé. J'ai envie de répondre: eh alors? Vous ne vous voyez pas dans une "disputatio theologica"? Votre point de vue n'en reste pas moins intéressant - vous saurez nous l'exprimer par un autre biais.

    Deuxièmement, vous me dites que La Croix a eu à cœur d'inviter "des personnes ouvertes aux positions traditionalistes" sans aller "jusqu'à inviter des lefebvristes". Je dis moi qu'inviter Gérard Leclerc et Christophe Geoffroy c'est une très bonne chose. Ca permet de parler en connaissance de cause des traditionalistes de la FSSPX. Il faudra bien aussi un jour parler avec. Avec ceux de la FSSPX et de quelques autres Instituts.

    Troisièmement vous me dites n'avoir pas vu "autant d'ouverture" de la part des traditionalistes. Parler en bloc des 'traditionalistes', c'est un peu comme de parler en bloc 'des parents' ou 'des gens'. Je ne saurais vous répondre, je les connais pas tous. Ce que je sais c'est qu'il y a deux ans le Père Michel Lelong, Gerard Leclerc ou encore Jean-Pierre Denis (patron de La Vie) avaient accepté notre invitation à participer au congrès que l'abbé organisait à la Mutualité ("La Tradition Catholique: notre bien commun"). J'y vois le signe d'une ouverture d'esprit (et de coeur?) réciproque.

    Vous me dites pour finir (vous l'aviez dit déjà presque à l'identique) que vous ne vous reconnaissez pas comme "progressiste". Rassurez-vous. Personne ici ne cherche à vous coller cette étiquette qui sent du reste un peu les seventies.

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  5. C'est le problème des nombreux d'entre nous :
    - "progressistes" chez les tradis (dont nous ne partageons pas les idées, mais aimons la messe, qui n'est d'ailleurs pas "la leur" mais celle de l'Eglise)
    - "integristes" dans les paroisses de proximités où nous sommes amenés à participer de temps en temps (sacrements des enfants etc) et où l'on nous regarde de travers quand nous ne sommes pas très proactifs dans la "joie" liturgique, préférant un recueillement moins manifeste et moins "sociable".
    Un vrai casse-tête, car difficile de ce fait de nouer des amitiés dans les deux pôles de la foi, à part avec les gens (assez nombreux malgré tout) dans la même situation que la nôtre.
    Je pense que JPII et maintenant BXVI, ces deux grands Papes ont essayé d'apporter précisémment la solution à ce cas de figure :
    se fondre dans l'Eglise qui est UNE, en corrigeant de chaque côté ce qui serait selon eux à corriger - moins de créativité liturgique chez les uns (tenons nous en déjà au Concile qui n'a pas été trop fantaisiste!), chez les autres plus d'ouverture d'esprit, de charité, moins de crispation identitaire nationaliste (qui repousse de nombreux adeptes potentiels de la messe StPV qui ne veulent pas côtoyer les milieux d'extrême-droite; c'est même un principal obstacle au développement de l'ancienne messe!). Quand ces efforts seront fait, la vie dans la communauté catholique sera plus facile pour beaucoup.

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