dimanche 18 janvier 2009

L'ennéagramme : pour ou contre ?

Nous organisons samedi prochain 24 janvier au Centre Saint Paul une session d'initiation à la méthode dite de l'ennéagramme.

L'ennéagramme désigne une caractérisation de neuf types psychiques, selon trois centres que nous possédons tous, le centre instinctif (type 1, 8, 9) ; le centre émotionnel (type 2, 3, 4) et le centre mental (type 5, 6, 7).

Premier point important : ces neuf types psychiques ne sont ni bons ni mauvais. Ils sont. Ils permettent de décrypter des comportement habituels, selon un système de défense, élaboré souvent durant l'adolescence. Ils permettent avant tout, conformément au commandement du Christ dans l'Evangile, d'éviter les jugements de valeur sur les personnes, en montrant toujours leurs points forts avec leurs points faibles, ce que l'on appelle la passion et la vertu du type.

Rien d'ésotérique en tout cela : il s'agit d'une caractérisation rationnelle. Rien de déterministe non plus : la détermination de ces différents types psychiques permet à l'individu de mieux utiliser sa liberté et ne l'en prive en aucun cas.

Reste une objection souvent non-dite : est-il bien nécessaire de se connaître soi-même ? Avec deux argumentations : l'une, chrétienne, qui d'instinct refuse tout ce qui n'est pas surnaturel ; l'autre, humaine trop humaine, qui considère que la connaissance de soi est une perte de temps. De quoi nous empêcher de jouir de la vie tranquillement. Les deux argumentations peuvent se croiser.
Elles peuvent aussi se mixer avec une peur vague de ce que signifie toujours la connaissance de soi : une petite descente aux enfers de nos incapacités ou de nos failles. N'est-il pas prudent d'oublier tout cela ?

En tant que prêtre et confesseur, je suis frappé du nombre de gens qui refusent de se connaître eux-mêmes, qui s'analysent mal, qui confondent l'image qu'ils aimeraient que l'on ait d'eux avec leur véritable personnalité, qui cèdent à l'entraînement du conformisme et de la mode dans l'organisation de leur existence, au lieu de chercher loyalement qui ils sont et où ils veulent aborder, à quel rivage, pour quelle traversée.

Cette ignorance est souvent une méconnaissance obscurément volontaire. On se bouche le nez, on se ferme les yeux pour ne rien sentir ou ne rien voir de ce que l'on est vraiment. Et surtout, on refuse d'ordonner sa vie dans un véritable projet, en préférant rester disponible à tous les courants, ouvert à toutes les expériences, au risque de se fracasser le mental plus souvent qu'à son tour. Les bêtises, dans une vie, ça existe. Ca vient de cette volonté obscure de s'ignorer soi même. cela peut finir en drame.

Je crois que ce qui caractérise le chrétien, c'est la conscience de vivre sous le regard aimant du Christ, son frère ou sa soeur. Le Christ selon le mot énigmatique de saint Paul est la plénitude de toutes les occasions favorables de notre existence (Eph. 1, 8). Mais pour saisir une occasion favorable, encore faut-il savoir en quoi elle est favorable. ne pas confondre la bonne fortune et le "Kairos". La bonne fortune, c'est ce qui s'offre à toi et que tu prends sans demander. Sans te poser la moindre question.

Rien à voir avec le moment favorable, qui suppose un discernement et un tri. La connaissance de soi est nécessaire pour ce discernement qui exige de faire preuve d'intelligence non seulement dans les matières scolaires mais dans la conduite de la vie.

Oui, comment peut-on faire preuve d'intelligence dans la conduite de sa vie, comment peut-on discerner le kairos christique dans l'épaisseur de l'événement bon ou mauvais qui nous tombe dessus si l'on ne se connaît pas soi-même ? Comment peut-on être performant pour le Patron céleste si l'on ne sait pas évaluer ses ressources.

Il y a une parabole dans l'Evangile qui dit très bien cela : quand tu veux construire une tour, assieds toi d'abord et fais les comptes, de peur que tu entreprennes des travaux somptuaires, que tu ne sois pas capable de les achever et que le voisinage se moque de toi en disant : voilà l'homme qui a commencé à construire une tour et qui n'a pas été capable de l'achever...

Cette session est ouverte à tous. On peut s'inscrire au Centre Saint Paul à Paris. Prix défiant toutes concurrence : 15 euros la journée, repas compris, samedi 24 janvier de 10H00 à 17H00. Téléphone : 01 40 26 41 78
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10 commentaires:

  1. Faute de pouvoir participer, j'applaudis à la démarche ! Il est vraiment essentiel de se connaître soi-même, ne serait-ce que pour s'engager consciemment dans une carrière professionnelle (comment aspirer à être manager, si de caractère on est plutôt un solitaire égocentrique totallement désintéressé des autres etc ?) ou dans la vie de couple (un minimum d'harmonie des caractères souhaitable). Un jeu de ce type ne peut évidemment tout cerner, mais déjà est en mesure d'ouvrir les yeux (et, pour certains, l'esprit) à une démarche de connaissance de soi qu'ils n'auraient pas engagée par ailleurs. Un bon début. Réfléchir sérieusement sur soi selon des critères bien définis eg "règles du jeu" aide à sortir de ses propres fantasmagories par rapport à sa personne pour oser se voir à travers une grille plus objective que notre propre prisme ou un prisme biaisé des parents idolâtres. C'est une bonne initiative tout à fait chrétienne, aussi dans l'optique de l'aide à l'examen de conscience. Bonne chance aux courageux !

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  2. Monsieur l'Abbé, le texte du CONSEIL PONTIFICAL DE LA CULTURE, "JÉSUS-CHRIST LE PORTEUR D'EAU VIVE"
    http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/interelg/documents/rc_pc_interelg_doc_20030203_new-age_fr.html
    alerte sur les origines troubles de cette méthode :

    "Du grec ennéa = neuf et gramme = signe ; ce mot désigne un diagramme formé d’un cercle dont la circonférence est marquée de neuf points qui, reliés entre eux, forment à l’intérieur du cercle un triangle et un hexagramme. Employé à l’origine en divination, il est aujourd’hui connu comme symbole d’un système permettant de classer les personnalités en neuf types de caractères standards. Il est devenu à la mode après la publication du livre d’Helen Palmer The Enneagram, qui reconnaissait sa dette à l’égard du penseur ésotérique et guérisseur russe G.I. Gurdjieff, du psychologue chilien Claudio Naranjo et de l’auteur Oscar Ichazo, fondateur d’Arica. L’origine de l’ennéagramme reste entourée de mystère, mais certains disent qu’il proviendrait du mysticisme soufi."

    et plus loin

    "Un exemple nous est donné par l'ennéagramme – un instrument pour l'analyse du charactère selon neuf catégories – qui, lorsqu'on l'utilise comme instrument de croissance spirituelle, introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne."

    Voilà enfin ce qu'en dit le Père Verlinde (http://www.final-age.net/forums/viewtopic.php?t=909&postdays=0&postorder=asc&start=7) :

    "Le danger de l’ennéagramme me semble être du côté d’une dépendance de la méthode, qui dans une certaine approche, peut devenir enfermante ; car l’utilisation plus poussée de la méthode permet de prévoir également selon quelle trajectoire vous allez évoluer en fonction du scénario mis en place au départ. Il me semble que c’est surtout ce point, et secondairement les liens possibles avec le monde ésotérique, qui ont valu à l’ennégramme d’être décrié par le document pontifical."

    La vertue de prudence ne doit-elle pas s'exercer, dans ce cas précis ?

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  3. Chère Metanoia, au nom évocateur,
    Merci de vos découvertes opportunes.. Attention à la manière dont on pratique une méthode, qui est bonne en soi, parce qu'elle est fondamentalement rationnelle (fondée sur la distinction entre trois centres psychiques que nous avons tous), mais qui peut être utilisée comme on consulte les signes du zodiaque.
    Le Père Verlinde, ancien spirite, a un peu tendance à voir partout des "influences" qui remontent à son anciennne passion. Notez que le Père Pascal Ide, actuellement consulteur pour la section française du Dicastère pour l'éducation catholique, n'a pas les mêmes préventions que son collègue sur l'Ennéagramme lui-même, puisqu'il a écrit un gros livre sur le sujet.
    Je précise que le spécialiste qui viendra nous parler est un homme de grande culture, peu suspect de dérapages ésotérico-mythologique et un catholique de premier rang.
    Comme toute méthode, l'ennéagramme peut avoir un mauvais usage dans deux cas : si l'on oublie qu'il s'agit d'un moyen de se connaître soi même et pas d'une catégorisation exhaustive de l'être humain. Et puis aussi, comme le souligne du reste le document romain que vous citez, si l'on confond vie spirituelle et psychologie. Je vais revenir sur ce sujet capital dans un nouveau post.
    Mais, par pitié, n'ayez pas peur de vous connaître vous-même telle que le Bon Dieu vous a faite et vous a aimée, pour ne pas vous rêver autre que vous n'êtes.

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  4. Monsieur l'Abbé, je note que vous rejoignez les préventions du Pere Verlinde, dans une utilisation de cette méthode à la manière d'un horoscope. Dans l'extrait que je citais, son argument était tout a fait rationnel, loin d'une tendance a la diabolisation, que vous lui prêtez, a mon avis a tort.
    Vous m'invitez a ne pas avoir peur de me connaître, mais je suis bien d'accord avec vous. Mais vous formulez cela comme si l'enneagram était le seul moyen de se connaître. Il y en a bien d'autres. La question pour moi est : est ce un moyen opportun ? Bien sur que toute méthode a ses risques d'utilisation abusives. Mais celle ci n'est elle pas plus risquée que d'autres ? Une méthode qui prétend prévoir l'évolution psychologique du caractère selon un shema pré établi, ne risque t'elle pas, plus qu'une autre, d'enfermer le sujet dans un sentiment de controle et de fatalisme, bien éloigne de la confiance en la providence ?
    Quant au Pere Ide, sachez que la publication de son livre a également été très critiquée, yeux compris au sein de sa propre commaute.

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  5. Avec votre permission, je m'inscris en faux contre le fait que l'ennéagramme serait une "méthode pour prévoir l'évolution psychologique du caractère selon un schéma préétabli". Ce n'est pas le but de l'ennéagramme. Avec cette "méthode", on apprend à connaître son "fonctionnement" propre, les côtés positifs comme les négatifs, on apprend à connaître ses faiblesses, comment aller chercher des ressources positives dans les autres recoins de sa personnalité. C'est à partir de cela que l'on peut évoluer... si on le veut. Personne n'impose rien. En ce qui me concerne, 12 ans d'ennéagramme m'ont apporté une certaine sérénité et appris le pardon.
    Je signale pour les lecteurs un ouvrage qui ne manque pas d'intérêt, celui de Richard Rohr, Les neuf visages de l'âme.
    A samedi !

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  6. Merci à Metanoia et à anonyme de ce débat passionnant et documenté sur l'Ennéagramme. Je me permets d'y ajouter mon grain de sel.
    Méthode pour connaître à l'avance l'évolution psychologique ? Non. L'Ennéagramme ne prédit rien. il trace des chemins, qui s'ouvrent si l'on réussit, en ayant pris conscience, à dépasser la compulsion de son type. Bref il fournit ce que j'appellerais volontiers des hypothèses de travail sur soi. Jamais une seule. Avec l'Ennéagramme, nous sommes toujours dans une pluralité de possibilités, dans un jeu complexe des types les uns sur les autres etc. Rien à voir avec des prédictions...
    Cela étant dit, je n'ai pas votre connaissance. Il faudra poser la question à notre formateur.
    Ce qui me frappe en tant qu'apprenti théologien, c'est la réticence de certains chrétiens à envisager une véritable dualité entre le naturel (la psychologie) et le surnaturel (la grâce). Déjà au début du XXème siècle, les modernistes voulaient trouver Dieu dans les inquiétudes, dans les expériences, dans les soubresauts de l'âme humaine. Ils n'ont rien trouvé du tout, qu'un humanisme mystique plus ou moins frelaté et fortement teinté d'agnosticisme (voir l'évolution de Loisy et même de von Hügel). Ne confondons donc pas la psyché et ce que saint Paul appelle le pneuma, l'esprit qui nous libère des étroitesses de notre personnalité, pourvu qu'on ait un peu essayé de se connaître et de les découvrir ces étroitesses.

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  7. Merci mon Père d'avoir si clairement synthétisé ce que j'ai confusément exprimé, à savoir que "l'Ennéagramme ne prédit rien. il trace des chemins, qui s'ouvrent si l'on réussit, en ayant pris conscience, à dépasser la compulsion de son type. Il fournit ce que j'appellerais des hypothèses de travail sur soi [...]. Avec l'Ennéagramme, nous sommes toujours dans une pluralité de possibilités, dans un jeu complexe des types les uns sur les autres, etc. Rien à voir avec des prédictions..."
    En effet, vous avez raison de souligner la pluralité des possibilités puisque, lorsque du travail avec l'ennéagramme, l'individu découvre que sa base est en fait composite, que deux personnes de même "base" peuvent avoir des ressentis différents et donc être totalement différentes. Elémentaire mon cher Watson !
    J'ajouterai que ce travail que j'ai effectué en profondeur par le biais de cet "outil" m'a permis de retrouver une foi pleine et entière, et munie de la capacité à écouter et pardonner. Voilà pour les émotions !

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  8. Pour les initiés,eg ceux de l'après-samedi, un example de cette pluralité des possibilités (ayant pratiqué l'exercice de l' énneagramme lors d'un séminaire) : je me voyais plutôt en 2, on m'a trouvé en 7 (je m'y retrouve finalement mieux que dans le 2,la méthode vise assez juste); certes 7, mais qui tend vers 2mu (le "mu" grec), donc déjà une ouverture. Puis, déterminé comme 7 (ou autre), rien n'empêche d'évoluer vers d'autres chemins de personnalité qui pourraient sembler plus ambitieux, charitables, ouverts, fermés, réfléchis, calmes,expensifs, retenus, ...tout ce qu'on veut. Connaissant sa base, rien n'empêche d'évoluer vers un idéal ou ce que la foi nous présente comme tel, en essayant de nous y rapprocher tenant compte de nos propres tendances dévoilées dans la méthode. Avec l'aide de Dieu rien n'est impossible...et la connaissance ouvre le chemin.

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  9. Je vois plus l'ennéagramme comme un outil qui me permet de découvrir mes motivations réelles derrière mon comportement.

    Les mettre en évidence permet d'être plus attentif à la manière dont je "fonctionne" . C'est le "connais toi toi-même" de Socrate.

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  10. Bonjour,

    L'Enneagramme est un outil merveilleux qui nous fait prendre conscience de ce que nous sommes vraiment avec toutes les limitations que nous avons en tant qu'etre humain mais aussi cette chose de merveilleux que nous avons en nous tous. Il nous permet aussi de mieux comprendre son prochain et de mieux l'accepter dans sa difference! L'acceptation de soi-meme en totalite et sans reserves est primordiale si l'on veut aborder la vie et l'interaction avec les autres de maniere plus sereine, plus calme, nous n'avons plus peur...
    Il peut servir a tous les niveaux et meme nous aider a atteindre des niveaux de conscience plus elevees et nous rapprocher de la source, qui serait dans les cas des croyants: Dieu! Je ne vois aucune incompatibilite dans l'utilisation de cette outil, il pourrait meme s'averer tres utile dans le renforcement de notre foi! Francois

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