mercredi 28 janvier 2009

Un pape selon l'Evangile

Tout à l'heure, lors d'un bref débat sur la Radio Suisse romande avec le Père Baud, théologien suisse, j'ai été frappé par l'incompréhension de ces experts et autres huiles supposées savoir face à la figure et à l'action du pape benoît XVI. Le Père Beau explique aux auditeurs que Benoît XVI agissait comme un professeur de théologie et pas comme un pasteur.

Je crois quant à moi que n'importe quel professeur de théologie sur la Planète aurait trouvé trois milles raisons de ne pas lever les excommunications frappant les quatre successeurs de Mgr Lefebvre. Le pape n'agit pas en tant que professeur de théologie, mais en vertu d'une nouvelle vision de l'Eglise, de sa mission et des moyens dont elle dispose aujourd'hui. Au lieu de prétendre résoudre de vrais problèmes avec un arsenal répressif, comportant toute une panoplie de peines canoniques, il envisage, en l'espèce un nouveau mode d'action. Quand tant d'autres déclarent la guerre, lui, avec la même résolution obstinée, il déclare la paix. La paix est une arme évangélique. Il est décidé à s'en servir jusqu'au bout. Cette décision ne provient pas chez lui de l'analyste ou du théologien. Elle provient de l'homme de foi et du Pasteur universel, selon le beau titre que se donnent les papes depuis Paul VI.

Je suis tenté d'appliquer à ce geste un terme que l'on a beaucoup utilisé et qui est un peu usé, mais qu'il faut prendre dans tout son lustre et dans toute sa force : Benoît XVI a posé un acte prophétique, au nom non pas d'une restauration ou d'un restaurationisme nostalgique et impuissant, mais au nom d'une conception nouvelle de son rôle pastoral. Dans l'Eglise d'après Vatican II, déchirée par les dissensions internes, le rôle du pape, plus que jamais, comme l'avait pressenti déjà Jean Paul II, est de faire l'unité. j'allais dire : à tout prix. Le pape ne négocie pas l'unité catholique avec les traditionalistes. Il la leur offre. Le Père ne négocie pas son pardon avec son fils prodigue, il tue le veau gras. Et aujourd'hui comme hier, il y a beaucoup de fils aînés pour trouver cela injuste, comme s'ils ne savaient pas que le Père leur dira ce qu'il dit déjà au fils aîné de la Parabole : Tout ce qui est à moi est à toi...

Est-ce que ce geste évangélique fait du pape un conservateur ? Je ne le pense pas. Je crois, au contraire, que l'on n'avait jamais vu cela de la part d'un pape et qu'il y a vraiment là un nouveau mode d'exercice de la Primauté pontificale, que l'on pourrait bien voir fonctionner avec les orthodoxes, maintenant que l'on sait que c'est le philo-romain Cyrille de Smolensk qui est élu en remplacement d'Alexis II à Moscou. La réconciliation des catholiques entre eux, sous la houlette si bienveillante et si efficace du Pasteur suprême pourrait être comme un préalable à la réconciliation des chrétiens dans la profondeur d'une Tradition indivise et diverse.
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4 commentaires:

  1. Oui, le Pape nous montre un aspect essentiel de la vie de l'Eglise qui est l'Amour de Dieu "zelus Domini comedit me"... Et nous pouvons faire ce que nous voulons, les œuvres, les prêches, etc... "si je n'ai pas la charité..."
    Je tombe sur une citation du Cardinal Journet qui vient à pic :
    "La doctrine la plus orthodoxe, si elle est répétée sans être replongée dans la flamme d’où elle est née, si elle n’est pas traversée par quelque vertu secrète de l’Évangile, trahira ; elle pourra devenir poison, et comment dès lors ne pas trembler de causer le scandale là où l’on pensait porter la lumière ? »
    Oui, si la vérité n'est pas apportée, présentée, avec l'amour que le Christ nous a donné, alors elle peut être cause de scandale...
    Je crois que ce Pape nous montre le véritable équilibre entre autorité, doctrine et mystique... Si tout est vécu dans l'amour de Dieu (et du prochain) et pour l'amour de Dieu, alors cela prend une autre dimension !
    Et cette phrase de Journet peut être interprétée à 2 nouveaux : replonger la doctrine dans la flamme de l'Evangile, c'est la retremper à sa source et c'est donc aussi la relier à l'Autorité et à la juridiction pontificale qui est la source de tout magistère dans l'Eglise...
    Que d'erreurs sont commises pour avoir oublié ces règles de bases de la foi catholique...

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  2. "interprétée à 2 niveaux" bien sûr... désolé !

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  3. Sauf que le fils prodigue reconnaît ses péchés et s'humilie devant son père et demande à être traité, non comme le fils de la maison, mais comme l'employé, l'ouvrier de son père.

    Dans le cas de la FSSPX rien de tel. Donc dans le cas présent, l'attitude des fils aînés a peut-être plus de justifications que celle du fils aîné de l'Evangile.

    Marc.

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  4. Là il y a eu quand même du progrès, voyez les dernières excuses et demande du pardon de Mgr Fellay au Pape et aux hommes de bonne volonté. C'est nouveau, c'est encourageant. Du progrès par rapport à la reconnaissance du Magistère aussi, seulement quelques "réserves" sur le Concile Vatican II, quel chemin parcouru, il y a de l'espoir, surtout que le St Père demande la reconnaissance entière du Concile maintenant cf audience générale du 28/01/09. Mgr Fellay y viendra car 1/ il est intelligent et il sait au fond de lui-même que malgré les abus dans la liturgie (principalement en France), d'ailleurs point encouragés par le Concile, les enseignements sont bons et, quand reçus correctement, s'inscrivent bien dans le prolongement de la Tradition de l'Eglise; 2/ la Pourpre, la pourpre...
    Williamson s'est également excusé, remis en place par sa hiérarche qui lui proscrit de s'exprimer sur des sujets hors de son sacerdoce.
    Tous ces gens là vont bien finir par rentrer dans le giron de la Mère Eglise, il y a plus à craindre de certains fidèles tradis ultra qui tiennent absolument à "faire la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou non" et se croient dépositaires de la Foi au-delà des Papes. Enfin, croyons en la puissance de l'Esprit Saint...

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