mardi 11 janvier 2011

Grégorien, polyph, popu... En avoir le coeur net !

"Il y a un certain modèle d'agrément et de beauté, qui consiste en un certain rapport entre notre nature, faible ou forte, telle qu'elle est, et la chose qui nous plaît". C'est encore une fois Pascal que je convoque, oh ! pour une broutille : répondre aux détracteurs, confondus en une lmême détestation du Minuit chrétien et de la marche des Rois et en une même admiration pour le grégorien en général et l'Offertoire Reges Tharsis en particulier. Je cite Pascal à l'attention de tous ceux qui auraient tendance à essentialiser la beauté - voire (je vais dire des gros mots philosophiques) à en faire un transcendantal. Mais non, dit Pascal : la beauté... "c'est ce qui plaît". "La chose qui nous plaît". Il y a dans la beauté quelque chose de sensible : id quod visum placet dit saint Thomas. Ce qui plaît à voir. Et Pascal va un peu plus loin en invoquant "notre nature". Pas la nature humaine en général : ça c'est une invention du siècle des Lumières. Non : "notre nature faible ou forte", "notre nature telle qu'elle est". Il s'agit bien de la "nature" individuelle de chacun, au sens thomiste du terme. La beauté n'est pas un "en soi" transcendantal, mais un rapport entre ce que je suis à tel ou tel moment et la chose qui me plaît.

Subjectivisme ! direz-vous sans doute. Mais non ! J'établirais volontier un rapport analogique entre les différentes écoles de spiritualité et les différents types de beauté. La Lettre aux amis de la Croix du Père de Montfort va me convenir à tel moment où je suis prêt non seulement à entendre mais à me laisser toucher par le radicalisme de ce bouillant prédicateur de la Sagesse. Le Cantique des créatures de saint françois d'Assise me conviendra à d'autres moment. Le tout est de ne pas insister pour faire passer la Lettre circulaire de Grignon au moment où c'est le Cantique des créatures qui m'aurait été nécessaire. Il ne s'agit pas d'opposer deux saints l'un à l'autre : saint François a reçu les stigmates, il EST le crucifié plus qu'aucun autre saint, mais il nous fait sentir quelque chose dans son Cantique que l'on ne ressent pas dans la Lettre circulaire de saint Louis-Marie Grignon de Montfort.

Eh bien ! La beauté, c'est pareil, y compris dans le domaine liturgique. On n'a pas besoin du même genre de beauté à l'Offertoire (qui est "le sacrifice de l'homme" comme l'explique admirablement Mgr Guérard des Lauriers) et à la communion. Je ne parle pas de l'élévation, où me semble-t-il, seul le silence (soutenu par l'orgue) est assez grand pour exprimer le Mystère.. Décidément, même en ce qui concerne cette oeuvre d'art qu'est la Liturgie, Pascal a raison : la beauté est une relation, entre ma nature, forte ou faible, et la chose qui me plaît - et qui, me plaisant, m'attire vers Dieu.

Mais j'entend d'ici tel ou tel anonyme me dire que, la liturgie ce n'est pas une question de plaisir. Il y a ce qui est liturgique - le grégorien - et ce qui ne l'est pas - tout le reste.

Je crois effectivement que l'Introït, l'alleluia et la communion ont naturellement leur place en toutes messes chantées puisque ces pièces du répertoire romain font partie de la liturgie elle-même. Oui, cette place leur est due. Mais ce n'est pas pour cela que l'on doit se sentir dispensé de BIEN chanter le grégorien. Le chant grégorien n'est ni un sacrement ni même un sacramental. Ce sont des oeuvres musicales destinées à soutenir la prière et qui, certes, doivent être exécutées, mais pas massacrées pour autant.

J'ai connu dans ma carrière sacerdotale déjà longue certains passionnés de grégorien, qui avaient une relation particulière avec leur chant préféré (cela dit pour parler comme Pascal), au point qu'ils ne faisaient aucune différence entre une pièce grégorienne chantée et une pièce grégorienne massacrée. A leur sujet, j'emploierais volontiers l'expression du très regretté chanoine Roussel, curé de Port marly : "les grégorianistes pieusards, parés des plumes du paon". Attention, je n'ai pas dit que tous les grégorianistes vérifiaient cette appellation. J'ai d'ailleurs un très bon motif de ne pas le croire : je connais assez bien moi même l'ensemble du répertoire grégorien et j'essaie de faire en sorte de ne pas mériter ces qualificatifs. Donc, chers amis, au choix : ne vous sentez pas visés. Ou encore, et ça ce n'est pas du Pascal mais du Molière (on reste tout de même dans les valeurs sûres) : "Qui se sent morveux se mouche".

La piété des moines, toute intérieure et offerte, sait discerner dans l'élan des neumes un mouvement surnaturel qui transporte le coeur dans des dimensions que l'on ne soupçonne pas. J'ai vécu cela au séminaire : on aurait donné un beau tableau pour telle ingéniosité mélismatique, proprement ravissante. Mais (et c'est là que l'on retrouve l'idée de relation ou de relativité), la piété des laïcs a besoin d'autres aliments, plus immédiatement sensibles. Semetipsum a bien répondu à l'anonyme qui estimait que la marche des rois est une "soupe infecte du XIXème siècle" : il s'agit en fait d'un air du Moyen âge. Et cela n'a pas empêché Bizet de trouver l'air à son goût : la vraie musique n'a pas d'âge. Il y a vraie musique quand il y a relation toujours possible entre notre nature forte ou faible et la chose qui plaît à notre oreille et qui charme notre coeur.

En la matière, je répèterai volontiers Saint-Cyran : "Il suffit d'avoir le coeur net". Sans préjugés ni complaisance. La beauté ne se démontre pas. Il suffit de l'aimer...

21 commentaires:

  1. n'empêche que nous avons vécu dans une liturgie moche, une doctrine misérable, une "éthique" ambigüe (voire plurigue??? sans doute la surabondance de la sainte Analogie) ...que nos banlieues sont d'une "esthétique" déplorable, les abords des villes de l'ordre du détritus essentialisé, nos "politiques" minables, nos "artistes" desséchés, nos "penseurs" faiblards,etc ...
    Que faire correspondre, quoi mettre en relation avec notre soif de BEauté ???
    Lever les yeux aux ciel, pour la splendeur toujours variée des aubes? Les merveilleux nuages? ou les porter à la mer, la mer toujours recommencée... même si on n'a que des flaques de boue en analogues? Admirer le corps nu d 'une femme( si on trouve encore une femme qui n'ait pas souillé son corps par sa "propriété privée absolue" de la chose ?
    Bref, j'essaierai de comprendre les subtils propos du penseur quand j'aurai trouvé une chose sur laquelle penser...

    A.S. Aspirant aux Splendeurs

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  2. Cher Monsieur l'Abbé,
    Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que le chant grégorien n'est pas un sacramental. Le chant grégorien a toujours été considéré comme un véritable sacramental dans son union à la liturgie de l'Eglise. Une raison de plus, au demeurant, de bien l'exécuter, comme on doit bien faire un signe de Croix.
    Denis Sureau

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  3. mon père, ce n'est pas de grégorien ou de polyphonie qu'il s'agit et pour lesquels il faut en avoir le coeur net, mais bien de " l'IBP ou pas l'IBP", autre chose, mais quoi ?
    Je sais que vous allez me censurer en disant qu'il s'agit d'affaires privées. Néanmoins, je tiens à ce que vous sachiez ce que ressentent des fidèles, jusque-là entraînés par votre foi intelligente, mais qui restent abasourdis devant la chape de silence et de non-dits concernant ce qui se passe à l'IBP. A propos de la chorale, vous parlez du "départ de l'abbé Laguérie" comme s'il se fût agi d'un simple changement d'adresse, d'une réorganisation prévue. Puisque cela a été mis sur la place publique, il conviendrait d'aller jusqu'au bout et d'expliquer s'il s'agit d'un débat intérieur qui va se dénouer ou alors d'une séparation totale, d'une scission au sein de l'IBP - dont il semble être toujours le supérieur. Je n'aurai pas de réponse, mais il m'a semblé important de vous faire connaître le désarroi de certains de vos fidèles.
    respectueusement à vous
    isabelle

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  4. Un ancien fidèle de l'abbé Laguérie11 janvier 2011 à 12:21

    Cher Monsieur l'abbé,
    Il ne faut pas me tenir rigueur de la réaction épidermique que j'ai eu par rapport à la Marche des Rois qui a été chantée chez vous (mais pas seulement ...) au moment de l'offertoire dimanche dernier. En effet, ce chant me fait littéralement hérisser les poils chaque fois que je l'entends ! Je ne suis pas un amoureux inconditionnel de tout ce que Moyen-âge a produit, et Bizet ne fait pas partie de mes auteurs préférés. Des goûts et des couleurs ... c'est comme ça ... Ceci dit, il ne faut pas que l'arbre cache la forêt. Sur l'essentiel, je pense que nous sommes d'accord. Une paroisse tradi doit s'attacher en priorité, pour la liturgie, à former des chantres capables de chanter TOUT le propre : introït, graduel, alleluia, offertoire et communion. Et de le chanter bien ... Parce que c'est vrai que quelquefois, l'exécution du chant grégorien se confond malheureusement avec son massacre ! Il n'est pas question pour des chantres paroissiaux de rivaliser en virtuosité avec des moines qui font ça tous les jours, plusieurs fois par jour. Mais avec de la bonne volonté et des répétitions, il est généralement possible d'obtenir un résultat honorable. Bien entendu si cela s'avère impossible, il est préférable de s'abstenir plutôt que d'entendre quelques chantres émettre des mugissements parce que le chant du propre grégorien n'est pas à leur portée. Loin de moi donc l'idée de jeter à la poubelle tout le chant polyphonique de la liturgie. Bien au contraire. Chanter par exemple du Palestrina est tout à fait louable, en tout cas plus que de chanter certaines oeuvres du 19ème siècle (désolé si le 19ème siècle n'est pas ma tasse de thé, dans aucun domaine ...). Et du chant polyphonique judicieusement choisi peut heureusement compléter le chant du propre grégorien, mais en aucun cas le supplanter. Sauf bien sûr dans les cas de force majeure ...
    Je vous souhaite une bonne et sainte année, ainsi qu'à tous vos fidèles. J'espère, lors de mes prochains déplacements à Paris, pouvoir venir vous saluer au Centre Saint Paul. Peut-être aurons-nous le temps pour approfondir le sujet ? Je n'aurai pas besoin de me présenter, puisque nous nous connaissons déjà ...

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  5. Est-ce qu'il n'y aurait pas un peu de Dieu dans la beauté?
    C'est mal dit mais est-ce qu'il n'y aurait pas une vérité du Beau pourqu'ainsi il y ait cette concordance manifeste entre ce qui plaît à notre oreille et charme notre coeur et... notre nature?
    Autrement dit cette loi naturelle au fond de nous ou peut-être la présence-même de Dieu au fond de nous qui "reconnaît" cette beauté que notre esprit appréhende autour de nous dans l'expression artistique (multiforme) et bien sûr dans la création tout entière.
    Cette joie fine et sensible ressentie, cela ne ressemble-t-il pas un peu aux cris ineffables poussés en nous par l'Esprit?
    Donc, le Beau existerait quand même comme un en-soi transcendental et peu importe si la nature est faible ou forte. Dieu en nous est le "Beau" car il nous correspond. Un peu comme un puzzle est enfin rassemblé et qu'on peut avec joie contempler le tableau final?
    Le Beau comme l'autre nom de la Vérité qui est déjà le nom du Christ (concordance parfaite des deux natures).
    Le Beau=rien d'autre que l'Harmonie qui résonne et rayonne de cette concordance parfaite.
    La vraie musique n'a pas d'âge. Il y a du Vrai dans Bizet et de la joie en nous.

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  6. Monsieur l'Abbé,
    Il est possible que le débat de fond soit entre les adeptes de la philosophie qui met l'accent sur la Filia et celui qui voit les choses plutôt du côté de l'Eros et l'Agape. Il est vrai que les compagnons d'Aristote voient l'art plus comme utile que comme langage divin. Mais de l'utile on va vite vers le facile et du facile vers le médiocre. Pourrait-on dire alors que les adeptes du facile exprime par la une spiritualité médiocre? Je ne suis pas loin de le penser. Les chrétiens d'Orient n'imagine pas les Icônes comme "utiles", pas plus que la musique. La musique n'est pas utile dans la liturgie est partie intégrante de l'ars celebrandi. De tous temps l'Église a du résoudre ce problème difficile de la musique dans la célébration. Le répertoire mis en forme par Saint Grégoire est très certainement un sommet dans cette recherche. Pour autant était inclus dans ce que l'on comme le grégorien son développement ultérieur qui a donné naissance au langage musical occidental dont le monde entier est aujourd'hui tributaire. Seuls quelques rites chrétiens en Orient ont gardé dans leur pureté le langage des temps apostoliques. Figer le langage musical est-il bon pour autant? Par ailleurs toute idée de rupture est totalement contraire à la Tradition sous toutes ses formes expressives. Les "archéos " sont souvent plus progressistes qu'ils ne veulent bien le penser, il enferme le grégorien dans un musée alors même que l'interprétation n'a cessé d'évoluer. Enfermant le grégorien dans un musée ou tout est parfait, mais de quelle perfection puisqu'il sent la mort, ils ne font pas autre chose que les démolisseurs en chef de la liturgie romaine l'ont fait en voulant établir un nouveau répertoire qui n'a pas de racines. Les redécouvertes sont heureuses pour en faire des moments intenses d'attachement à la Tradition. Mais nulle interprétation n'a le monopole de la vérité interprétative. Du grégorien à Messiaen ou Duruflé il n'y a pas de rupture. Il n'est aucun chef d'œuvre de la musique qui ne soit peu ou prou comptable du grégorien. C'est pourquoi la réponse juste face aux révolutions n'est pas la conservation pieuse mais la Tradition vivante. Dans quels lieux des artistes profondément catholiques peuvent-ils exprimer cette Tradition vivante? Dans quels lieux des compositeurs peuvent-ils donner le meilleur d'eux-mêmes au service de cette Tradition? Voilà la vraie question... En France , plus qu'ailleurs encore....
    UPD
    Rémi Gousseau
    Maître de Chapelle (Petit-fils de l'ancien Maître de chapelle de Saint Nicolas-du-Chardonet de 1898 à 1938 et qui, à regret, n'a jamais pu honorer son Grand-Père en ces lieux!)

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  7. Monsieur l'Abbé,
    Il est possible que le débat de fond soit entre les adeptes de la philosophie qui met l'accent sur la Filia et celui qui voit les choses plutôt du côté de l'Eros et l'Agape. Il est vrai que les compagnons d'Aristote voient l'art plus comme utile que comme langage divin. Mais de l'utile on va vite vers le facile et du facile vers le médiocre. Pourrait-on dire alors que les adeptes du facile exprime par la une spiritualité médiocre? Je ne suis pas loin de le penser. Les chrétiens d'Orient n'imagine pas les Icônes comme "utiles", pas plus que la musique. La musique n'est pas utile dans la liturgie est partie intégrante de l'ars celebrandi. De tous temps l'Église a du résoudre ce problème difficile de la musique dans la célébration. Le répertoire mis en forme par Saint Grégoire est très certainement un sommet dans cette recherche. Pour autant était inclus dans ce que l'on comme le grégorien son développement ultérieur qui a donné naissance au langage musical occidental dont le monde entier est aujourd'hui tributaire. Seuls quelques rites chrétiens en Orient ont gardé dans leur pureté le langage des temps apostoliques. Figer le langage musical est-il bon pour autant? Par ailleurs toute idée de rupture est totalement contraire à la Tradition sous toutes ses formes expressives. Les "archéos " sont souvent plus progressistes qu'ils ne veulent bien le penser, il enferme le grégorien dans un musée alors même que l'interprétation n'a cessé d'évoluer. Enfermant le grégorien dans un musée ou tout est parfait, mais de quelle perfection puisqu'il sent la mort, ils ne font pas autre chose que les démolisseurs en chef de la liturgie romaine l'ont fait en voulant établir un nouveau répertoire qui n'a pas de racines. Les redécouvertes sont heureuses pour en faire des moments intenses d'attachement à la Tradition. Mais nulle interprétation n'a le monopole de la vérité interprétative. Du grégorien à Messiaen ou Duruflé il n'y a pas de rupture. Il n'est aucun chef d'œuvre de la musique qui ne soit peu ou prou comptable du grégorien. C'est pourquoi la réponse juste face aux révolutions n'est pas la conservation pieuse mais la Tradition vivante. Dans quels lieux des artistes profondément catholiques peuvent-ils exprimer cette Tradition vivante? Dans quels lieux des compositeurs peuvent-ils donner le meilleur d'eux-mêmes au service de cette Tradition? Voilà la vraie question... En France , plus qu'ailleurs encore....
    UPD
    Rémi Gousseau
    Maître de Chapelle (Petit-fils de l'ancien Maître de chapelle de Saint Nicolas-du-Chardonet de 1898 à 1938 et qui, à regret, n'a jamais pu honorer son Grand-Père en ces lieux!)

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  8. Le problème posé est double : il y a d'une part le répertoire et d'autre part l'interprétation.

    En ce qui concerne le répertoire je ne suis pas sur que le Marche des Rois soit bien indiquée au cours de l'action liturgique. Les paroles sont niaises et la mélodie ne me semble pas convenir à l'offertoire ni d'ailleurs à aucun moment de la Messe, qui rappelons-le pour ceux qui l'auraient oublié, est un sacrifice et non un repas entre "potes". Par contre, je ne verrais que des avantages à ce que ce morceau soit interprété lors d'une célébration non liturgique ou mieux encore lors de la veillée précédant la Messe de Minuit. N'oublions pas non plus nos ainés qui seraient contents d'entendre Minuit Chrétiens d'Adolphe Adam ; cet air leur rappellera leur jeunesse et fera peut-être revenir à leur mémoire des souvenirs oubliés : c'est l'effet "petite Madeleine". Rappelons que c'est en entendant la maîtrise chanter le Magnificat un jour de Noêl à NOtre-Dame de Paris que Paul Claudel a retrouvé la foi en se souvenant des sensations de son enfance.

    Maintenant abordons le point sensible : l'interprétation. En France, en général, les chorales paroissiales ne sont pas très bonnes, le plus souvent par manque tant de travail que d'un encadrement compétent. Les répétitions sont peu nombreuses et animées par des personnes, certes de bonne volonté, mais manquant de connaissances musicales et n'ayant pas le niveau pour s'imposer à un groupe et être à même de diriger une phalange de chanteurs même modeste. Le problème est identique pour les chants polyphoniques et le chant grégorien qui exige de grandes connaissances musicales et la maîtrise, au moins rudimentaire, de la langue latine, ne serait-ce que pour placer convenablement l'accent tonique (c'est mon dada).

    Alors que faire ? participer à la messe basse en français ou en latin "accompagnée" si nécessaire (François Mauriac avait horreur des messes avec orgue) à l'orgue lors des périodes de recueillement : après le sermon, à l'offertoire, à la communion.

    On dit qu'il faut prier sur de la beauté. Je regrette, mais un morceau saboté n'est pas beau et ne donne pas envie de prier ; au contraire cela met dans des dispositions incompatibles avec le prière.

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  9. @ l'anonyme de 20H01

    Que faire? Mais allez donc aidez la chorale mal dirigée et mal fréquentée et mieux encore allez diriger la chorale : vous verrez comme c'est facile...

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  10. La "vérité du beau", quelle magnifique expression! Comme j'aime à reprendre à mon compte que notre sensibilité à la beauté varie selon le genre de demeures spirituelles que nous habitons. Quand donc comprendrons-nous que le véritable oecuménisme n'est pas tant interconfessionnel qu'il ne doit faire trouver un terrain d'entente à des frères qui sont séparés par les demeures spirituelles auxquelles leur sensibilité les fait appartenir? Ils habitent tous dans la Maison du Père, mais dans des pièces différentes, entre lesquelles a été posée une cloison qu'ils croient étanche. En fait, il ne s'agit que d'une porte coulissante, mais à force de la croire condamnée, ils n'ont jamais imaginé de la faire coulisser.

    Rémy gousseau, maître de chapelle dont certaines messes ont été crées sur "france culture", nous fait l'honneur d'écrire qu'il n'est aucun chef d'oeuvre musical qui ne soit peu ou prou tributaire du grégorien. Cela va jusqu'à ces chants monastiques d'après la Réforme de Paul vi, dont la plupart des hymnes ont été composées par Patrice de la Tour du Pin, l'auteur du "mystère de la joie", et qui a composé des hymnes magnifiques, tandis que leur accompagnement mélodique puise aux meilleures sources du grégorien, mais du grégorien qui a su s'adapter aux inflexions des différents courants musicaux qui se sont faits jour à travers l'histoire et dont notre oreille musicale est devenue tributaire à son tour.

    Les grégorianistes qui ont défendu l'idée, reprise d'ailleurs par le concile Vatican II, que le grégorien était le propre de la liturgie latine et qu'aucun autre genre de pièces ne saurait lui être suppléé, ont maximisé leur position. Ils ont fait fi, non seulement de la polyphonie, mais de la mièvrerie des cantiques du XIXème siècle, grand siècle de piété s'il en fût. Que signifie cette aspiration au monopole de la monodie? Précisément l'aspiration à ce qu'il n'y ait qu'une seule manière d'exprimer la vérité. La monodie grégorienne s'est peu à peu imposée en se passant du soutien de l'organum médiéval. Du moins notre oreille a-t-elle toujours senti qu'un accord, fût-il réduit à sa plus simple expression, était sous-entendu par la dérive sinueuse des inflexions neumatiques. De ce fait, on s'est efforcé d'accompagner le plainchant, ce que les puristes prendront pour une hérésie liturgique, qu'ils tolèrent pourtant pour la plupart. Un accord discret soutient donc la monodie, comme il est souhaitable, selon Monsieur l'abbé, que le silence qui convient à l'offertoire soit soutenu par l'orgue. Tiens donc! Il ne saurait y avoir de silence si complet qu'il ne faille le soutenir par le soubassement, par le sous-entendu harmonique de ce prélangage musical qui soutient toute intériorité!

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  11. la Marche des Rois pas adaptée à la liturgie ??!!! Vaut mieux entendre ça que d'être sourd ! Elle a été chantée dans les paroisse depuis des lustres !

    Je pense que le prochain débat sera sur les franges des étoles... Comme d'habitude, notre milieu est plein de gens aimables habiles au filtrage du moucheron...

    En revanche, ce que vous citez du Père Guérard me semble important : où peut-on lire ce qu'il aurait écrit sur le "sacrifice de l'homme" ? Au passage, l'Eglise a décidé de ne pas reconnaître son sacre et donc de ne pas lui attribuer la titulature qui en découlerait...

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  12. Un ancien fidèle de l'abbé Laguérie12 janvier 2011 à 09:52

    Cher Antoine, au risque de me répéter : ce qui est liturgique de chanter à l'offertoire de l'Epiphanie, c'est "Reges Tharsis". Et c'est tout. Pas la Marche des rois, ni rien d'autre. Ce qui n'interdit pas de la chanter pour la sortie. Le fait que dans les paroisses, on ait pris l'habitude de chanter n'importe quoi n'importe quand ne légitime pas les mauvaises habitudes. Une place pour chaque chose, et chaque chose à sa place. Sinon arrêtons de nous gausser des messes "Vatican II" telles qu'elles se pratiquent.

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  13. Lisez donc l'excellent recueil de Joseph Samson "Musique et chants sacrés" aux éditions du Cerf sur le sujet. Je ne partage son avis sur tout, mais, c'est tout à fait remarquable.
    Rémi Gousseau

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  14. A Antoine,

    Je persiste et signe. Ce n'est pas parce qu'une oeuvre a été chantée depuis des lustres dans les paroissses qu'ele est adaptée à la liturgie.

    Cette farandole (car il ne s'agit de rien d'autre qu'une farandole populaire) n'est pa faite pour être interprétée au cours du sacrifice eucharistique et surement pas durant l'Offertoire qui est l'offrande des dons au Seigneur. Relisez les paroles de l'offertoire de St Pie 5 ou de Paul 6 (Fruit de la Terre et du travail des Hommes) et vous verrez qu'il n'y a pas place pour de telles rengaines que l'on entend a satiété dans les grandes surfaces lors de la période de Noël (apparemment ça fait vendre).

    D'ailleurs dans la liturgie il n'y a pas de pettis détails tout est important y compris les franges de étoles* : rappelez vous que le Seigneur a dit que celui qui est fidèle dans les petites choses est aussi fidèle dans les grandes (Lc. 16, 10).

    * pour les Juifs les châles de prières (tallith) sont obligatoirement frangés. C'es en souvenir de cette prescription que les étoles de nos prêtres (qui sont les loitains descendants des tallith) doivent être frangée. Porter une étole san frange c'est faire fi du lien qui rattache nos prêtres au sacerdoce de l'Ancien ttestament.

    Voir sur :
    http://sionisme.xooit.com/t7240-TALLITH-TEFILINE-MEZOUZA.htm

    dont ceci est extrait :

    LE TALLITH est un châle de prière de forme rectangulaire orné de chaque coté de petites franges au nombre total de 613, symbolisant ainsi le nombre des commandements Divins ordonnés dans la Torah. Aux 4 coins du châle de prière sont 4 grandes franges (en hébreu TSITSITH tyuyu constituées chacune de 8 fils et 5 nœuds. Les lettres de l'alphabet hébraïques ont chacune une valeur numérique. Si on additionne la valeur numérique de chaque lettre du mot hébreu TSITSITH on obtient le nombre 600 et on y ajoute les valeurs des 8 fils et 5 nœuds = 13 on s'aperçoit que le total correspond aux 613 commandements de la Torah.

    Pour comprendre le sens de tant de détails il faut se rappeler ce que disait le texte Biblique en Nombres 15:37 à 41 ..." L'Eternel dit à Moïse : parle aux enfants d'Israël et dis-leur qu'ils se fassent de génération en génération une frange au bord de leur vêtement et qu'ils mettent un cordon bleu sur ce frange du bord de leur vêtement. Quand vous aurez cette frange, vous la REGARDEREZ et vous vous SOUVIENDREZ de TOUS LES COMMANDEMENTS DE L'ETERNEL pour les mettre en pratique, et vous ne suivrez pas les désirs de vos cœurs et de vos yeux pour vous laisser entraîner à l'infidélité. Vous vous SOUVIENDREZ AINSI DE MES COMMANDEMENTS vous les mettrez en pratique et vous serez saints pour votre Dieu, je suis l'Etemel votre Dieu qui vous ai fait sortir du pays d'Egypte pour être votre Dieu. Je suis l'Etemel votre Dieu"; et encore en Deutéronome 22:12 ..." Tu mettras des franges aux quatre coins du vêtement dont tu te couvriras".

    C'est donc dans un sens d'obéissance aux ordres Divins que les Juifs portent ce tallith chaque Shabbat ou dans certaines occasions et fêtes religieuses.

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  15. Cher abbé,
    Voilà un sujet qui a le mérite de susciter les passions !
    Je crois que la beauté sauvera le monde et que certaines liturgies y participeront davantage que d’autres !
    Toutefois, est-ce que, comme pour toutes choses de ce bas monde, avoir une vision manichéenne, n'est pas aller vite en besogne ? Je crois, oui, qu'il y a de la beauté et de la laideur ici-bas, mais cette beauté peut, par certains côtés, selon la sensibilité humaine qui se trouve en face d'elle ( variable selon les personnes mais aussi les humeurs...) être plus ou moins marquée. La personne est forgée selon sa culture, ses goûts et elle ne ressent pas, heureusement, les œuvres de la même façon.
    Mon père, vous connaissez nécessairement les superbes propos de Dom Gérard du Barroux sur la liturgie. écrits spirituels.
    Si je crois ce que j’ai dit en tout premier, Je crois également que le chant grégorien et peut-être toute liturgie même malhabile, s'associant aux chants des anges au Ciel, sont d’une beauté dont la nature échappe à nos sens imparfaits !
    Clément d'Aubier (pseudo de rêverie)

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  16. Cher M.l'Abbé,
    je suis parfaitement d'accord avec vous sur l'équilibre nécessaire et utile entre les différents registres: grégorien, polyphonies, cantiques traditionnels, orgue.
    J'insisterai sur deux points:
    - concernant le Grégorien: il faut en effet qu'il soit bien chanté et que, si la messe est "chantée", TOUT soit chanté ou au moins psalmodié (Introït, Graduel, Alléluia, Offertoire et Communion). En cette matière, aussi, les paroisses ne doivent pas chercher à atteindre la pureté des voix des moines; chacun son style...
    - concernant la Polyphonie ou les Cantiques, il est important, comme vous le soulignez, qu'ils soient bien choisis en fonction du moment de la Messe où ils sont exécutés, et du temps liturgique. Il faudrait aussi qu'ils correspondent à un minimum de canons esthétiques, mais, en cette matière, les goûts sont très variés (j'ai le souvenir d'églises où personne ne chante jamais sauf lorsque la Chorale entonne "le Voici l'Agneau si doux" ou "le Ciel à visité la terre"... les bigotes se réveillent alors et chantent avec des larmes dans les yeux et des trémolos dans la voix ces cantiques dont la mélodie, à mon goût, est plus que douteuse...)
    Derrière ces questions s'en cachent d'autres:
    - celle de la participation des fidèles et de leur déficience de culture musicale de nos jours;
    - la difficulté de réunir un groupe de fidèles capables (motivés et compétents) d'interpréter élégamment les pièces du répertoire grégorien et autre;
    - enfin, la difficulté d'avoir de bons maîtres de chapelle (ils sont un peu comme la femme forte de la sainte Ecriture: quis inveniet? Procul, et de ultimis finibus pretium ejus.)
    Il y avait à Saint Eugène, un excellent maître de chapelle (Jean-Philippe S.) qui avait ce talent de dénicher les bonnes pièces à interpréter pour la bonne occasion et qui savait doser les différents registres, de sorte que s'équilibraient à merveille la profondeur et le recueillement grâce au Grégorien, la participation des fidèles à travers les cantiques bien choisis, et la splendeur du culte grâce à la Polyphonie.
    Merci de cette discussion fort intéressante.

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  17. Voici une très belle version de Reges Tharsis :
    http://www.youtube.com/watch?v=Ub6GXh__7pU&feature=related

    C'est le morceau qui me semble le mieux convenir pour l'offertoire de l'Epiphanie. Reconnaissez que ce n'est pas facile à (bien) chanter. Cela nécessite des heures et des heures de travail même pour des chanteurs expérimentés.

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  18. Un ancien fidèle de l'abbé Laguérie15 janvier 2011 à 15:42

    Généralement, la facilité et la beauté ne font pas bon ménage. Question de choix ... Faut-il faire l'effort d'apprendre quelque chose qui est beau, ou tomber dans la facilité en servant une daube qu'on connaît par coeur ?

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  19. La réponse est dans votre question

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  20. Je découvre seulement aujourd'hui le papier de l'abbé sur la liturgie : grégorien, popu, polyph...il y a 2 sujets, celui de la liturgie telle qu'elle doit être appliquée et celui de la capacité de faire.
    Comme l'abbé de Tanouarn, je suis une adepte de privilégier la capacité de faire, plutôt que d'appliquer une règle qui dit que toutes les pièces grégoriennes doivent être chantées. Certes, je suis consciente que ce n'est pas ce qui "semble" être défini, mais c'est le bon sens, le sens commun de celui qui n'a pas les chanteurs pour chanter la gloire du Bon Dieu à travers les antiennes grégoriennes et permettre aux fidèles de prier. Le sens commun de celui qui sait que les fidèles ont besoin eux aussi de prier en chantant (popu) et de prier en méditant pendant l'exécution d'une polyphonie.
    L'antienne d'offertoire de l'Epiphanie est magnifique, mais difficile à chanter : la faire travailler à une chorale qui doit passer la moitié de la répète à apprendre l'antienne, c'est faire preuve de rigorisme. Les choristes amateurs rendent service comme ils le peuvent, ils ont besoin d'éprouver du plaisir (pour être in) quand ils chantent. Il est donc prudent que le chef de choeur fasse chanter une polyphonie dont le texte sera en relation étroite avec les textes de la messe chantée.
    Chef de choeur nourrie à la sève du chanoine Roussel et des dominicaines enseignantes, j'essaie de veiller à ce que le chant magnifie Notre Créateur, sanctifie les fidèles et les choristes et que ces derniers soient heureux de chanter et reviennent régulièrement répéter et chanter. Mon expérience de 30 ans de chef de choeur cette année me permet de dire que l'équilibre est important pour que tous ces éléments de sanctification soient constants

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  21. Pourquoi ne pas chanter les antiennes du graduale simplex lorsque le gradale romanum est difficile a chanter correctement ?

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