mardi 29 mars 2022

Est monté aux Cieux

 Après quarante jours que le Ressuscité a passé avec ses apôtres, il est enlevé du milieu d'eux, ne laissant rien à la terre de son corps glorieux. "Notre mode de vie est céleste" dit saint Paul : nostra autem conversatio in caelis est (Phil. 3, 20). Raison pour laquelle, quand saint Luc, en introduction au texte où il raconte comment Jésus fut enlevé au Ciel, nous explique (selon une formule énigmatique), que le Christ "a mangé en union avec ses apôtres" (verbe grec sunallazomai) pendant quarante jours (40 jours de préparation, comme les 40 jours qu'avait passé le Christ dans le désert,  où les 40 ans passés par le peuple élu autour du Mont Sinaï), on peut se demander : pourquoi cette précision ? Que signifie pour la petite communauté apostolique "manger en union avec" ? Cela signifie apprendre le nouveau mode de présence du Christ après son Ascension, ce mode eucharistique, qui est ce qui nous reste du Sauveur sur la terre.

Qu'ont fait les apôtres durant ces quarante jours ? Pour répondre à notre curiosité, nous avons ce texte : ils ont mangé en union avec lui. Le Christ a célébré avec eux le mystère qu'il leur avait dit, la veille de sa mort, de célébrer, en se souvenant de ce qu'il avait fait. N'est-ce pas déjà ce mystère de la sainte messe qu'il avait célébré avec les disciples d'Emmaüs, au lendemain de sa résurrection ? Les deux disciples l'ont reconnu à la fraction du pain nous dit saint Luc. On  sait comment Rembrandt a immortalisé cet instant de lumière dans plusieurs de ses toiles. Combien de fois ses apôtres le reconnurent-ils ainsi à la fraction du pain, dans une foi pure qui rejoint immédiatement les paroles qu'il avait prononcées : "Ceci est mon corps livré  ; ceci est mon sang versé". C'est Jésus lui-même qui a acclimatés ses apôtres au mode de présence fait de foi et d'amour qu'ils vivront au cours de leur messe, après son ascension définitive dans le Ciel : une présence absente. 

Il faut en effet à la fois dépasser les apparences du pain et du vin, pour s'identifier à ce qu'elles signifient, il faut savoir que le Christ ne sera jamais plus présent, de sa présence naturelle, avant la fin du monde. Durant les quarante jours après l'Ascension, se fixe le mode sacramentelle de cette présence : dans l'entre-deux d'une Présence sans autres apparences, que le pain et le vin, celles que le Christ a fixées lui-même en ce mémorable soir du Jeudi saint, celles à laquelle il a habitué ses disciples depuis la merveilleuse rencontre d'Emmaüs. Cette deuxième messe du Sauveur a agi sur eux, c'est comme s'ils en connaissaient de longue date l'atmosphère, ce contre jour dans lequel on se meut jusqu'à voir la Lumière.

A l'Ascension s'établit la nouvelle relation - sacramentelle - entre le ciel et la terre. Le Christ s'est retiré. Plus jamais il ne fréquentera la terre avant qu'il ne revienne au dernier jour, à la fin des temps. "On vous dit : le Christ est ici, le Christ est là, n'y allez pas, ne le croyez pas" (Matth. 24, 23).  "Il y aura beaucoup de faux prophètes et des prodiges capables d'égarer s'il est possible les élus eux-mêmes"(Matth. 24, 5). Seul le signe du Fils de l'Homme, lui, sera vu, avant la fin du monde, comme une traînée de poudre de l'Orient à l'Occident" (Matth. 24, 30) comme quelque chose d'indubitable et de perçu par tous. Toutes les autres manifestations sensibles du Christ, les manifestations particulières, ici et là, sont sujettes à caution, nous a averti l'Evangile : raison pour laquelle, si argumentée soient-elles, elles ne font pas partie de la foi de l'Eglise, elles ne sont pas "de foi".

Je mets de côté les miracles eucharistique, car ils aident les fidèles à faire de l'eucharistie le signe de leur foi. Mais je pense en écrivant cela au culte du Sacré Coeur. Je vous avoue que j'ai été content d'apprendre que cette dévotion portant  sur "l'intérieur de Jésus" comme dit le cardinal de Bérulle (+1625) a été approfondie par saint Jean Eudes et seulement confirmée par les apparitions à sainte Marguerite Marie Alacoque en 1689. Je dirais la même chose du Christ de la divine miséricorde révélée à soeur Faustine en 1934 : le XXème siècle est celui qui a le plus théologisé la Miséricorde du Christ. 

Mais les apparitions du Christ, après son Ascension, ne sont pas prévues au programme. C'est la Vierge Marie, et non le Christ qui est le signe avant coureur, promis par le livre de l'Apocalypse, justement comme étant "la mère de celui qui a été enlevé au Ciel" (Apoc. 12, 5), comme si, à défaut de pouvoir sur la terre voir celui qui a été enlevé au ciel, c'est cette femme, c'est Marie qui se manifeste au monde, comme ministre de la miséricorde du Seigneur. Un ministre femme ? Cela fait longtemps qu'il y en a une dans le gouvernement divin ! Et elle y est bien la "première ministre", comme on le dit maladroitement aujourd'hui.

Lorsque la théologie la plus solide affirme que la mort est la conséquence du péché originel, voilà ce que cela signifie : le second Adam, celui qui n'a pas éprouvé la tâche originel, a éprouvé la mort volontairement ("Ma vie personne ne la prend mais c'est moi qui la donne") quoi qu'avec une extrême violence. Le Christ ne pouvait pas ne pas ressusciter. Il ne pouvait pas ne pas monter au Ciel. Le Ciel ? Il ne s'agit pas d'une indication géographique. Le ciel, dès la prière du Notre Père, est le mot du langage humain qui désigne maladroitement le séjour divin. "Une nuée le déroba à leurs yeux" explique saint Luc d    ns son récit de l'Ascension au chapitre 1 des Actes des apôtres, reprenant l'image de la shekina, la nuée qui au désert entourait la Tente du rendez-vous et représentait pour les hommes le lieu du Christ. Le Christ sur la terre a caché sa divinité. Il la manifeste dans son ascension, à travers laquelle il retrouve son lieu propre non pas sur la terre où il aurait dû connaître la corruption, mais dans la lumière de Dieu, où le Fils de Dieu fait homme vit, incorruptible pour les siècles des siècles. 

Et nous-mêmes; ses frères et ses soeurs, nous participons de cette efflorescence de vie, nous-mêmes nous ne sommes pas faits pour la mort. La mort d'un homme est toujours violente, elle va contre la logique profonde de nos existences qui est une logique de vie. Le Christ nous attend tous au Ciel, si nous ne refusons pas cette logique de vie qu'il a déposée en nous, comme la première grâce, comme la première foi, foi simple, foi innée, qui nous rappelle que le premier homme avait été créé en état de grâce. Foi qui nous fait dire à un moment ou à un autre de notre vie, dans une expérience silencieuse : "Nos coeurs n'étaient ils pas tout brûlants quand il déployait devant nous la joyeuse Nouvelle ? ". Cette joie, cette consolation spirituelle est le signe de l'appel divin.

 

jeudi 10 mars 2022

Est ressuscité des morts

 Comment commenter cette sublime résurrection d'entre les morts ? Le mot qui désigne cette réalité n'existe ni dans l'hébreu biblique ni dans la langue grecque. Imitant le Christ lui-même qui annonce sa résurrection, en utilisant le verbe "se relever", on a fait de ce mot très général un terme propre pour désigner la résurrection. On utilise aussi le mot "se réveiller". Il n'y a pas de mot pour dire que qui a perdu la vie la retrouve.

Il y a trace de ce terme déjà, dans une mystérieuse prophétie du livre de Job. Texte pas assez cité ! Texte capital ! On connaît l'histoire de celui que Dieu n'appelle que "mon serviteur Job". Il fait tout pour le mieux et pourtant Dieu permet qu'il soit en quelque sorte livré à Satan, que sa fidélité soit éprouvée, que toutes sortes de malheur viennent l'assaillir et que cet homme brillant et chanceux devienne une opprobre pour son entourage, qui  voyant tous ses malheurs, les attribuera à un jugement de Dieu contre lui, Job. Ce dernier n'est pas loin de penser que Dieu le hait : "Le Seigneur m'a détruit de tous côtés et je péris ; il m'a ôté toute espérance comme à un arbre qui est arraché" (Job 19, 10). Ce qu'il va dire en prenant conscience de ses malheurs affreux, est d'une importance capitale : "Qui m'accordera que ces paroles soient écrites ? Qui me donnera qu'elles soient tracées dans un livre ?" (19, 17). 

Et voici les paroles décisives de Job, prophète, qui a expérimenté l'absurdité du mal et qui le dépasse par la foi : "Je sais que mon racheteur est vivant et que le dernier, il se relèvera de la poussière" (poussière : en hébreu le même mot que lorsque Dieu crée l'homme "de la poussière du sol"). Qui est le racheteur ? Dieu est racheteur : c'est lui le premier et dernier (Cf. Is. 44, 6), "l'alpha et l'oméga" (Apoc. 1, 8). Le Père Dhorme dans son monumental commentaire de Job, explique avec force : "Quels que soient les événements il aura le dernier mot" (p. 257) pour juger Job et le sauver de ces malheurs. Déjà en 16, 19, Job avait fait allusion à un mystérieux témoin, capable de plaider sa cause, de le défendre efficacement devant Dieu. "Ce témoin doit descendre du Ciel sur la terre" commente le Père Dhorme au vu de cet autre texte : "Le témoin de mon innocence est dans le ciel et celui qui connaît le fond de mon coeur réside en ces lieux sublimes". S'il descend du ciel, c'est pour libérer Job et ses semblables. Le ciel est son lieu naturel. Mais quel est cette libération ? A l'image du goël, une libération de la mort, qui donne à Job une nouvelle destinée. Comment la décrit-il ? "Derrière ma chair je me tiendrai debout et de ma chair je verrai Dieu". "Je le verrai visage à visage" ajoute saint Paul ; face à face (cf. I Co 13). Job précise encore : "Que je le verrai, dis-je, moi même et que je le contemplerai de mes propres yeux. C'est l'espérance que j''ai et qui reposera toujours dans mes reins" (v. 26).

Ce texte de Job montre bien que la création n'est pas finie, que le mal vient de cet inachèvement de la perspective, que l'espérance de la résurrection, - qui existe depuis des millénaires note étrangement Cajétan, dans son commentaire de ce passage de Job -, est au fond la grande justification de Dieu face à la puissance du mal, ce que Leibniz appellera sa théodicée. Ce texte marque deux choses à la fois : le goël, le racheteur demeurera en dernier : en se relevant de la poussière il aura, seul, le dernier mot : il n'y aura plus de morts que volontaires. Job subit la mort sur son tas de fumier, mais il la refuse de tout son être malgré le prêchi-prêcha de ses (faux) amis. Et si Job participe de cette victoire contre la mort qui est celle du racheteur, s'il peut se vanter de voir Dieu un jour visage à visage, nous même nous pouvons prétendre communier dans la même espérance de la résurrection. Le racheteur, debout au dessus de la poussière, est le second Adam, qui aboutit l'oeuvre commencé avec le premier, qui réalise sa destinée "super pulverem",  au dessus de la poussière, note encore Cajétan en revenant au sens littéral hébraïque et qui, en même temps fait aboutir la nôtre.

S'il est quelqu'un qui a compris l'importance existentielle et la dimension cosmique de la résurrection, par laquelle s'achève la création de l'homme, c'est bien saint Paul, chronologiquement le premier auteur du nouveau Testament. "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vide" (I Co. 15). Qu'est-ce que la foi ? La capacité à recevoir intégralement la Parole de Dieu . Mais cela pourquoi ? Pour vivre une vie essentiellement personnelle, mais qui provient de la vie du Ressuscité et qui seule répond au grand "A quoi bon ?" qui nous saisit dans la perspective de la mort.

L'Univers tout entier est en attente de ce dépassement. Saint Paul, encore lui ! l'explique magnifiquement dans l'épître aux Romains ; Les créatures attendent avec grand désir la manifestation des enfants de Dieu (...). Nous savons que jusqu'à maintenant toutes les créatures soupirent et sont dans un travail d'enfantement" (Rom. 8, 19 et 22). La résurrection n'est pas un phénomène purement humain, mais elle concerne tous les êtres qui sont dans ce travail d'enfantement, dans cette métamorphose, dans cette lente genèse dans laquelle le Père Teilhard de Chardin a vu l'Evolution biologique et un accomplissement moral de l'humanité.

C'est la grande beauté de la résurrection : elle doit être vue à la fois comme la résultante d'une démarche individuelle de chacun, dont la clé est la foi. "Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu" dit l'épître aux Hébreux (11, 6), qui continue: "Pour s'approcher de Dieu, il faut croire premièrement qu'il y a un Dieu, et qu'il récompensera ceux qui le cherchent". Chacun doit s'examiner : de quelle foi est-il capable ? La foi en Jésus ressuscité est la foi en notre propre résurrection.

Mais en même temps qu'un acte personnel, la résurrection de Jésus est un signal donné à l'univers, la seule hypothèse tenable face à la puissance du mal. La résurrection  du fils de Dieu est le signal d'une résurrection qui touche l'univers tout entier ; Dieu n'a pas créé le monde en vain. La beauté du monde est sauvée par la résurrection du Fils de Dieu, qui indique à tout individu droit, que pour la première fois, la vie l'emporte sur la mort, elle cesse d'être une combinaison extrêmement hasardeuse, elle devient le destin du monde.


 

mercredi 2 mars 2022

Le troisième jour

Pourquoi Jésus est-il ressuscité "le troisième jour" ? C'est la question qui va nous occuper dans cette méditation.

On rapproche souvent ce "troisième jour" des trois jours que Jonas, dans le livre éponyme, a passé dans le ventre de la baleine. Mais Jésus n'est pas resté trois jours au tombeau ! Cela n'aurait eu aucun sens, nous le verrons. Les trois jours de Jonas signifient , au sens strict, son endurcissement dans le mal. Quel mal ? Malgré l'ordre de Dieu, à cause de son mépris en béton pour les païens de Ninive, Jonas refuse de leur prêcher la pénitence, comme Dieu le lui a commandé, parce que ce sont des païens et que, estime-t-il, Yahvé est le Dieu des juifs, en exclusivité ; et il maintient son refus, malgré l'ordre du Seigneur, en tentant de prendre un bateau pour s'éloigner de la Palestine, comme si le Dieu des juifs n'était pas le Seigneur de l'Univers, comme si sa puissance se bornait aux frontières d'Israël. Il est, on le sait, balancé à la mer par l'équipage. Trois jours dans l'eau, c'est l'expression de l'absurdité que représente pour lui le fait de résister, lui prophète, au commandement que Yahvé lui avait enjoint. Jonas est le premier intégriste de l'histoire : il sait mieux que Dieu ce que doit être la volonté de Dieu. Mais Dieu lui redonne une chance. Ces trois jours de mort physique l'ont marqué. Il finit, toute honte bue si j'ose dire, par saisir la chance, sa grâce à lui, qui est sa régurgitation par le poisson sur la terre ferme. Il prêche aux Ninivites, en montrant d'ailleurs qu'il fait le service minimum. Les Ninivites se convertissent après avoir fait pénitence. Et Dieu se contente de leur pénitence. 

Yahvé s'est servi de la parole de Jonas, mais c'est bien lui qui a converti les Ninivites. Décidément c'est un vrai intégriste, ce Jonas : sa bénédiction est valide, apparemment, il dit ce qu'il faut dire même s'il le dit de mauvaise grâce. Pourquoii sa parole est-elle efficace ? Parfois (comme cette fois là) cela suffit, parce que Dieu le veut.

Pourquoi le Christ revendique-t-il pour lui "le signe de Jonas" ? C'est en Matth. 12, 38-41 : "Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas !"

On remarque que comme toutes les vraies prophéties, aux dires de saint Jean Chrysostome, c'est-à-dire comme toutes les prophéties qui ont eu lieu avant l'événement qu'elles annoncent, cette prophétie du Christ n'est pas totalement exacte : il n'est pas resté sous terre trois jours et trois nuits. Le Credo le dit précisément : il s'est relevé des morts "le troisième jour". Il a été crucifié le vendredi, mis au tombeau le vendredi soir, son corps a passé shabbat sous terre, et il est ressuscité le dimanche matin. Cela ne fait pas trois jours et trois nuits ! C'est que le Christ n'avait pas besoin, lui, come Jonas, de connaître la mort pour ressentir la dureté du péché et se convertir. En effet, il est l'Innocent par excellence. Et puis cette dureté, cet endurcissement dans le péché, il l'a ressenti à ce moment précis, mais venant des hommes contre sa personne. Un exemple ? Qui dira le raffinement de cruauté qu'il a fallu aux bourreaux pour CLOUER sur la potence justement celui qui, sans conteste, était innocent, justement sans doute parce qu'il était l'innocent, face aux bourreaux barbares, qui ont dû vouloir lui faire payer son innocence ? (Je rappelle que "normalement" les corps des suppliciés étaient seulement attachés à la croix et les crucifiés mouraient d'asphyxie). 

Jésus est ressuscité le troisième jour, parce qu'il fallait que soit clair son état de mort. Il ne serait pas ressuscité si l'on n'était pas sûr qu'il était mort.  : "Avance, Thomas tes doigts, regarde mes pieds, mets ta main dans mon côté et ne sois plus infidèle mais croyant" (Jean 20, 25-27). Les signes de sa mort, ces terribles cicatrices, deviennent les marques les plus éloquentes de sa résurrection : elles convertissent le grand douteur qu'est l'apôtre Thomas. C'est parce qu'il est mort que le Christ est vraiment ressuscité. Voilà le paradoxe primal, qui autorise toutes nos espérances.

En effet, nous autres chrétiens nous l'accompagnons dans sa mort et dans sa résurrection, comme Jonas ; nous sommes baptisés dans sa mort et dans sa résurrection dit saint Paul aux Romains (6). Pas forcément comme des intégristes, mais en tout cas comme des pécheurs. Nous connaîtrons la mort, nous resterons trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, nous vivrons dans cette sorte d'utérus spirituel, dans une ultime expérience du mal (la mort) qui nous donnera un goût éperdu pour la vie. Nous supporterons notre finitude et nos péchés, pour mieux recevoir l'éternité : pas comme un dû, comme un don. 

Et ce monstre marin qui représente la mort, dont tous nous avons peur, c'est en même temps comme une nouvelle matrice. "Faut-il entrer dans le sein de sa mère et en ressortir ?" disait Nicodème (Jean 3, 5). Il voulait faire l'intéressant sans doute, mais ne croyait pas si bien dire : la mort cette terrible matrice est comme un uterus terrifiant mais qui par grâce nous redonne la vie. Non que nous la méritions cette deuxième chance, mais dans le Christ ressuscité des morts, la mort est l'occasion de notre résurrection. Si nous le voulons. J'ai eu quelques fois l'occasion, comme prêtre, d'expérimenter la formidable paix de ceux qui meurent dans le Christ, une paix plus forte que tous les troubles que la mort ne manque pas de produire sur celui qui la subit, la paix de celui qui croit que la mort est une matrice.

Mais qu'en est-il de Jonas, ce pécheur, ce vieil intégriste sûr de lui et dominateur ? Il nous fait "signe", nous dit le Christ, qui nous attend, lui, au delà de la Mer, sur la terre des vivants !