mardi 29 octobre 2019

Réponse à Isabelle de Gaulmyn sur l'Amazonie

C'est la fin des saints prêtres... Le responsable de Tradinews a repris sur son site un article de La Croix, signé Isabelle de Gaulmyn, envoyée permanente de ce journal dans la bonne ville de Rome, sur la signification du synode pour l'Amazonie, dont la clôture en grande pompe a eu lieu dimanche. On sait que cette nouvelle institution du synode consiste avant tout à être une courroie de transmission entre le pape et l'épiscopat mondial. Même s'il porte sur l'Amazonie, il a lieu à Rome, avec 250 évêques triés sur le volet et c'est le pape qui en a supervisé les projets (instrumentum laboris) et qui va en écrire la conclusion. Il est donc peut-être un peu tôt pour en parler.

Mais on sait depuis le Concile Vatican II que, dans le gouvernement de l'Eglise, les impressions, le vécu, les recensions journalistiques sont plus importantes que les écrits. En ce sens l'article d'Isabelle de Gaulmyn indique d'ores et déjà la direction herméneutique que j'appellerais volontiers "conciliaire" pour ce synode. Elle reprend d'ailleurs, sans en donner les référence, une expression qui a déjà servi pour le concile Vatican II : "C'est la fin du tridentinisme". Giuseppe Alberigo, instigateur d'une massive Histoire de Vatican II en plusieurs volumes, définissait ainsi son approche de Vatican II ; le Père Congar a souvent repris cette formule. Isabelle de Gaulmyn réutilise, à son tour, l'expression en la présentant comme toute nouvelle, en tout cas sans nous en offrir la traçabilité. La réémergence de ce tridentinisme, qui, si l'on comprend bien Isabelle de Gaulmyn, ne serait pas mort à Vatican II, comme le voulait Alberigo et Congar, mais bien au récent synode sur l'Amazonie, indique quelque chose comme une révolution à l'oeuvre.

Quelle révolution ? "la révolution silencieuse". Laissons Isabelle de Gaulmyn nous en parler. Mais surtout laissons lui dire ce qu'a été le concile de Trente (1545-1575) pour elle...
Nous sommes encore, consciemment ou pas, largement tributaires de ce Concile, qui date pourtant du XVIe siècle. Visant à conforter une religion mise à mal par les pouvoirs des princes et la Réforme de Luther, le concile de Trente a en effet structuré le catholicisme autour de la figure du prêtre. Le clerc, célibataire, devient alors le pivot central. Il concentre sur sa personne toutes les fonctions sacrées, à partir de l’Eucharistie et de la confession. Cet imaginaire du prêtre idéal, le «  saint prêtre  » identifié au Christ, placé au-dessus des fidèles, condamnés eux à n’être qu’un simple troupeau de brebis bien dociles, a profondément marqué les mentalités de tous les catholiques, et largement favorisé le «  cléricalisme  » ambiant, y compris chez les laïcs. 
Si l'on comprend bien notre journaliste, grâce au synode nous touchons enfin à "la fin des saints prêtres", ces personnes enveloppées de leur saint étui, vêtues de noir et qui ont engendré le cléricalisme partiout où elles passent. Décidément "la cléricalisme, voilà l'ennemi". Le prêtre "célibataire, pivot central de la communauté" a enfin dit son dernier mot : merci l'Amazonie. Quant aux laïcs, ils ne sont plus condamnés à être les moutons du bon pasteur (cf. Jean 10). Ils vont pouvoir commander à leur tour. Commander quoi ? Pour aller où ? Ce n'est pas dit. Mais ce qui apparaît dans le discours d'Isabelle de Gaulmyn, c'est une Eglise dans laquelle enfin le peuple commande. Avec un peu de retard à l'allumage l'Eglise fait sa Révolution de 89. Le "tiers-état des fidèles" va pouvoir prendre sa revanche. Le cardinal Suenens, en ce temps là, souhaitait que Vatican II fut 89. En réalité, il aura fallu attendre les Amazoniens, nouveaux sans culotte, pour que le déclic se produise partout dans l'Eglise et qu'on enterre en grande pompe le tridentinisme.

Le tridentinisme ? Et si ce terme qui sent bon l'universitaire en mal d'inspiration ne signifiait pas tout simplement le catholicisme ? Isabelle de Gaulmyn nous donne envie de conclure ainsi. Jugez-en :
"En demandant la possibilité pour l’Amazonie d’ordonner prêtres des hommes mariés, en envisageant la création de nouveaux «  ministères  » (c’est-à-dire de responsabilités au sein des paroisses ou diocèses), avec même la reconnaissance d’un ministère pour «  les femmes qui dirigent les communautés  », en exigeant enfin de rouvrir le débat si explosif sur le diaconat féminin, les évêques du Synode ont clairement signé la fin d’un modèle, celui qui est issu du concile de Trente et de près de cinq siècles de catholicisme".
Couper avec "cinq siècles de catholicisme", en créant une nouvelle structure, de nouveaux ministères, en mettant des femmes aux commandes et en limitant le rôle du prêtre autant que le rôle des sacrements dont il ne serait que le distributeur : la vision est audacieuse. Elle consiste à doubler ce que le pseudo-Denys appelait la hiérarchie ecclésiastique, en inventant toutes sortes de chaînes de commande humaines, fondées sur tous les charismes imaginables. Au fond, le projet est celui d'une Eglise plurielle, dans laquelle chacun et chacune pourront se vanter d'être les chefs, en revendiquant "un ministère". On confondra ainsi la chaîne ministérielle instituée par le Christ et les chaînes charismatiques, souvent humaines, trop humaines. L'Eglise née d'un tel bazar aura coupé non seulement avec cinq siècles de catholicisme mais avec le Christ lui-même, en perdant sa légitimité.

Je crois qu'il faut bien distinguer cette "Eglise bazar", dans laquelle l'autorité n'est plus quelque chose de sacré, de hiérarchique, mais une invention du peuple en quête de représentants d'avec l'Eglise catholique, la nôtre, qui, maronite, uniate ou convertie de l'anglicanisme, ordonne déjà prêtres des viri probati et s'apprête à en ordonner d'avantage, tant le manque de prêtres a été une conséquence assurément non souhaitée mais tragique du concile Vatican II. Autant la vision d'avenir d'Isabelle de Gaulmyn n'a aucune légitimité chrétienne, autant l'ordination sacerdotale des viri probati a eu lieu à un moment dans l'Eglise latine. Souvenez vous ces hommes d'âge mûr qui avaient élevé leurs enfants et qui, hauts fonctionnaires à la retraite, devenaient prêtres, puis évêques, ils ont sauvé la chrétienté romaine face aux barbares ariens. 

Qui dit que l'Eglise, essorée par la terrible crise post-conciliaire, n'aura pas besoin un jour, en Amazonie ou en Europe, de semblables acolytes, rendus plus nombreux par l'allongement de la durée de vie ? Mais encore faut-il que cette ouverture, que cette possibilité à la fois ancienne et nouvelle ne signifie pas la disparition du célibat ecclésiastique, la désacralisation du sacerdoce, la naissance d'une nouvelle hiérarchie non sacrée (non christique) dans l'Eglise, bref le grand bazar décrit avec lyrisme par Isabelle de Gaulmyn et qui représenterait, pour l'Eglise du Christ, non seulement une nouveauté mais une chimère, au sens génétique du terme : un être né du croisement impossible entre l'Eglise et le monde, qui serait vraisemblablement un mort-né. Précisons-en l'image : quelque chose comme un évangélisme catholique...

mercredi 15 mai 2019

Pourquoi nous ne sommes pas des enfants des Lumières

Cet article est paru dans le magazine Monde et vie (cf. monde-vie.com)
Après le grand débat, avant de commencer à rentrer dans les mesures qu’il a estimé devoir prendre, Emmanuel Macron a parlé pendant une heure de la France, telle qu’elle lui était apparue à l’occasion de ce grand débat. « Je dois dire la grande fierté qui est la mienne ». J’ai beaucoup appris dit notre Président. Nous aussi.

D’emblée, le Président lâche une formule qu’il n’a manifestement pas apprise à l’occasion de ce grand débat, qu’il connaissait depuis longtemps, qu’il avait faite sienne et qu’il avait déjà prononcée : « Nous sommes avant tout les enfants des Lumières ». L’affirmation se veut rassurante ; elle est frileuse : tout a changé, peut-être, mais pas ça. Nous restons et nous resterons les enfants des Lumières. Vaste programme ! direz-vous. Pour lors, très précisément, le président entend bien que l’héritage des Lumières qu’il invoque comme les Vieux Romains invoquaient les mânes des ancêtres, soit celui d’une démocratie délibérative. Au sein de ce système, dont lui, Macron, est le garant, il n’y a de décision juste que celle qui est prise après consultation et débat d’une société qui se considère elle-même comme son propre centre et sa référence absolue : «C’est de ce débat, de ces délibérations, de cette capacité à dire et contredire mais dans le respect de l’autre que peuvent naître les bonnes solutions pour le pays». Voilà la dernière pensée des Lumières, stipulant qu’il n’est de vérité que celle qui ressort du débat. Pour Macron, il n’y a pas de valeurs transcendantes au débat !

Attention : il ne faut pas confondre la démocratie délibérative à laquelle le Président semble se raccrocher en ce moment et la démocratie participative. Cette dernière est souvent soupçonnée de populisme, parce qu’elle procède de l’idée, dite saugrenue (sic), selon laquelle le peuple doit participer aux décisions qui concernent son destin. Depuis le mois de juin 1789, depuis le petit opuscule de l’abbé Sieyès, Qu’est-ce que le Tiers-Etat, la démocratie française, alors pourtant encore balbutiante, a refusé tout ce qui pouvait faire penser à une démocratie directe ; on ne veut connaître dans notre pays que la démocratie représentative à l’antique, avec des Pères conscrits qui décident en leur âme et conscience. 

Paradoxe : les rois n’étaient pas pour les assemblées représentatives. La procédure des Cahiers de Doléance, sous l’Ancien régime, se prêtait à l’exercice de la démocratie directe. Dans cette institution royale, les représentants du peuple tenaient du peuple de telle ville, un mandat impératif. Ils devaient, au nom de telle communauté territoriale, défendre telle proposition et pas telle autre. Dans ce schéma conforme à la constitution royale de la France, les députés sont en prise avec le peuple. C’est toute la beauté (un peu oubliée hélas par Louis XIV) de ce que j’appellerais la démocratie royale.
«Le seul rôle du débat est de cautionner les décisions prises par le système représentatif des députés et des fonctionnaires»
Rien de semblable dans la démocratie représentative : les députés votent « en leur âme et conscience » ou plutôt selon le Parti dans lequel ils sont inscrits, et rarement en fonction de leurs électeurs, qui, de toute façon, ne leur ont donné aucun mandat impératif, mais simplement une orientation vague, exprimée le plus souvent par l’étiquette politique du candidat. Les électeurs, dans une démocratie représentative, ne participent pas aux décisions qui les concernent. Dans ce système, le risque d’une vaste désaffection populaire se profile. Que faire faire au peuple alors que les assemblées et fonctionnaires sont le vrai peuple? Les philosophes politiques « libéraux » ‘au sens américain du terme) y ont réfléchi avant M. Macron. John Rawls ou Jürgen Habermas proposaient l’un et l’autre non le retour à la démocratie royale (la démocratie participative), mais l’élaboration d’une sorte de grand débat permanent, qui occupe le peuple et lui donne au moins l’illusion de la participation.

Illusion organisée : le peuple (le pays réel) est habilité à participer non au gouvernement, mais au débat préalable. Voilà le fameux « grand débat » lancé par M. Macron, qui n’est pas un acte de démocratie participative (quelle horreur : un peuple qui veut participer au pouvoir !), mais seulement un acte de démocratie délibérative. C’est que, dans la démocratie libérale (au sens américain), défendue par M. Macron, le peuple a droit de s’exprimer (merci beaucoup) mais il n’a pas le droit de gouverner. Le gouvernement appartient à une oligarchie électorale, dite représentative, qui se coopte, dans un conservatisme républicain de bon aloi. Tout peut ainsi continuer comme avant. Le seul rôle du débat dans l’immédiat, est de cautionner les décisions prises par le système représentatif des députés et des fonctionnaires.

La démocratie délibérative recèle un autre avantage pour le système. Macron Bouche d’or l’explique bien : il y a d’un côté le débat et de l’autre tout ce qui échappe au débat : le sacré, la loi morale. Ceux qui refusent de mettre en débat le sacré et la morale doivent définitivement être considérés comme autant d’émanations « de l’obscurantisme et du complotisme ». Dire que nous sommes tous des enfants des Lumières, comme l’affirme notre président, c’est d’abord se donner le droit et le devoir d’anathématiser ceux qui reconnaissent au-dessus de la diversité des opinions des valeurs transcendantes. 

Mais aujourd’hui, c’est cet anathème républicain qui est de plus en plus considéré comme obscurantiste.

mercredi 17 avril 2019

La grande semaine et son éclairage terrifiant

C'est lundi saint qu'a eu lieu l'incendie de Notre-Dame Quel éclairage terrifiant pour notre semaine sainte. Voilà un crû qu'il ne faudra pas avoir manqué. Je reviens de la longue veillée de chants et de prière organisée par les Veilleurs. Ce millier de jeunes gens et de jeunes filles à genoux sur le quai de la Seine devant la Vieille dame réduite à une façade, mais dont la structure de pierre est intacte, c'était poignant. Et la gentillesse des policiers alors que minuit approchait, c'était touchant. Comme, pendant ce temps, ces émissions sur les chaînes d'information continue où tout le monde se sent solidaire devant le coup du sort qui pourrait peut-être se révéler le coup du djihadiste...  Il y a des moments où il faut être à la hauteur, et quelle meilleure façon de répondre à ce défi que d'entretenir notre foi par la prière liturgique : d'offrir notre présence auprès du Crucifié.

Voici en tout cas, pour ceux qui le souhaitent, les horaires au Centre Saint Paul, 12 rue Saint Joseph, 75 002 Paris (Métro Bourse et Grands Boulevards):
  • JEUDI SAINT : Chants des Ténèbres à 10H00
    Fonction de l'après-midi à 19H00, avec le lavement des pieds.
    A 20H30 veillée devant le Saint-Sacrement et (au premier étage) chants des Ténèbres du vendredi saint.
  • VENDREDI SAINT :  Messe des présanctifiés à 19H00 avec le chant des Impropères : "O mon Peuple, que t'ai-je fait? Réponds-moi".
    Récit de la Passion selon saint Jean
  • SAMEDI SAINT : Ténèbres du Samedi saint à 10H00
    Veillée pascale à 21H30, avec bénédiction du feu, chant de l'Exsultet, confection de l'eau baptismale, baptême d'adulte et messe de la nuit de Pâques.
    Cette veillée sera suivie (vers minuit) d'un réveillon chaleureux au champagne, pour ceux qui veulent continuer à partager la joie de la Résurrection entre amis
  • DIMANCHE DE PÂQUES : Messes à 9H00, 10H00, 11H15, 12H30 et 19H00.

Loué soit Jésus-Christ : il a remporté la seule victoire que personne n'avait pu remporter avant lui : la victoire sur la mort.

lundi 15 avril 2019

Nous sommes tous en deuil...

...Non pas pour des raisons qui seraient proprement spirituelles, car les pierres vivantes de notre édifice spirituel restent et resteront immarcescibles, inaccessibles aux flammes. Ce qui est touché dans cet incendie dantesque, qui a pris au pieds de la flèche de Notre-Dame de Paris, et qui, à l'heure où j'écris, n'a pas cessé ses ravages, c'est cette connexion intime entre le spirituel et le charnel, c'est le symbole historique d'une sacralité française qui part en fumée. Une sacralité qui exprime aussi l'exception européenne et chrétienne.

Par ailleurs, comment expliquer l'intensité si soudaine  des flammes, leur progrès si rapide : rien à voir avec l'incendie de la cathédrale de Nantes, voici quelques décennies... Vous pensez comme moi ? En tout cas, géopolitique ou simple négligence, l'événement laisse chacun incrédule.

Serait-ce un signe pour l'avenir ? La couronne d'épines à été sauvée.

Il me vient une idée folle à la veille de Pâques. Un rêve.  Cette théâtrale mort de Notre-Dame, cette nuit de sacrifice qui se prépare pourrait être le prélude tragique et nécessaire d'une résurrection de la France, s'unissant de nouveau au pied de ce symbole, pour le reconstruire à l'identique. Il n'y a pas loin du lundi saint à Pâques, de la Passion de notre cathédrale à sa résurrection attendue, comme la métaphore ardente d'une résurrection de la France et de l'Europe.

vendredi 12 avril 2019

Le témoignage chrétien de Jean-Pierre Denis

Cet article est reproduit ici avec l'accord de Monde et vie (cf. monde-vie.com).
« Un catholique s’est échappé » nous déclare tout de go Jean-Pierre Denis, le directeur de La Vie, avec une fougue, qui donne envie de suivre le fil de sa réflexion.

Jean-Pierre Denis s’est échappé. Successeur de l’historique Georges Hourdin, à la tête de La Vie, il n’est pas, il n’est plus un homme de Parti, mais un homme d’Eglise. Il a ses convictions, ancrées à gauche. Mais, dans ce livre, il s’échappe de toutes les vieilles catégories, partageant le plus simplement du monde avec son lecteur, sa liberté et sa joie de catholique. « Catholique retenu, je me suis échappé de la prison mentale, le jour où j’ai cessé de m’indigner et de me cogner contre le mur de ma révolte ». Jolie confidence, non, pour un homme de gauche?

Cela paraîtra peut-être naïf de le dire de cette façon, mais quel que soit son positionnement, cet homme a la foi. Il s’en découvre infiniment heureux, d’un bonheur de poète, toujours prêt à l’émerveillement et désireux de vivre selon l’Evangile. Non pas seulement de vivre, d’ailleurs, mais de communiquer l’évangile. C’est dans cet état d’esprit qu’il se déclare fièrement « catholique attestataire ». Les conflits se sont multipliés entre catholiques depuis plusieurs siècles ; aujourd’hui on ne peut plus se dire catholique sans étiquette. Il y a les vieilles étiquettes : jésuites, jansénistes, traditionalistes, modernistes, progressistes, pro-François, pro-Benoît etc. Il en invente une nouvelle, une étiquette qui ne s’oppose pas à une autre, une étiquette non partisane : attestataire. Dans « attestataire », il y a le vieux mot de « testis » : témoin. Sa foi veut être un témoignage, non pas un témoignage de prédiquant, mais un témoignage spontané, vivant. « Mon juste vit de la foi » répète saint Paul, qui a trouvé ce mot chez Habacuc, l’un des douze petits prophètes.
Et l’Eglise dans tout ça ?
Et parce que, chrétien, il n’a peur de rien, le journaliste cède définitivement la place au poète, qui nous emmène encore plus loin, jusqu’à Dieu même. Et là, il trouve encore des mots : « Depuis », il veut dire depuis sa conversion réelle, depuis sa libération, « Depuis, je crois en un christianisme désarmé. Qui peut professer autre chose et se dire le disciple de celui qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort ? La faiblesse de Dieu n’est pas son crépuscule, mais sa forme christique. Elle n’est pas sans puissance puisqu’elle sauve ». Saint Paul le disait déjà : « C’est quand je suis faible que je suis fort ». Quelle plus belle expérience qu’une faiblesse qui sauve ? Quoi de plus rassérénant que d’expérimenter cette faiblesse-là en soi-même?

Jean-Pierre Denis ne nous parle pas seulement de l’intimité de sa foi, mais tout ce dont il nous parle est baigné par cette lumière intérieure, qu’il fait remonter aux derniers moments de la vie de son père et à la question qu’il lui a posée, bien fatigué : « Dis-moi quel est le chemin ? ». Cette question ouvre et ferme le volume. C’est une question qu’il pose aussi à l’Eglise, après se l’être adressée à lui-même. Il énumère sept défauts de cette Eglise, mais assurément la liste n’est pas limitative. Il interprète aussi, avec finesse, le vilain mot du pape François sur le devoir d’aller aux périphéries : pour lui ces périphéries désignent d’abord « le fond résiduel », celui des « catholiques zombies » (Emmanuel Todd), qui ont encore une tradition religieuse, mais dont la foi décline lentement. Et pour justifier son interprétation audacieuse, il a ce mot de commerçant avisé : « On a plus de chance de faire des affaires avec des acheteurs déçus ou lassés qu’avec ceux qui n’ont pas encore fait la moindre emplette ». Il faut que l’Eglise ait le courage d’aller à la rencontre de ceux qu’elle a déçu ou lassé!

Comme toutes les institutions, l’Eglise devrait avoir une stratégie de long terme qui ne soit pas un plan incluant la banqueroute : « L’essentiel de l’énergie est mis dans l’accompagnement palliatif du déclin pour ne pas dire de la faillite ». Il faut trouver une autre voie, qui ne soit pas non plus cette songerie impuissante sur les origines de l’Eglise, époque dorée que l’on pare de tous les atours, comme pour en revendiquer nous-mêmes quelque chose, en nous assurant ainsi une foi supérieure à celle de nos ancêtres : « Peut-on sérieusement penser que la foi était moins profonde au temps de Martin de Tours, à l’époque de François d’Assise, ou plus près de nous, au siècle de Thérèse de Lisieux ? » demande Jean-Pierre Denis. Et il conclut : «Soyons lucides : en vérité, nous avons cessé de vouloir annoncer la bonne nouvelle».

A lire ce livre, si direct dans l’attestation de la foi, on retrouve en nous-même cette fierté que ne manque pas de produire une foi vivante : on en est fier parce qu’elle ne vient pas de nous et qu’elle nous porte au meilleur de nous-mêmes.

Joël Prieur
  • Jean-Pierre Denis, Un catholique s’est échappé, éd. Cerf 192 pp. 18 euros

jeudi 11 avril 2019

Piano prière pour les Rameaux

Dimanche prochain, 14 avril, le Centre Saint Paul propose, outre les cérémonies liturgiques, avec la grand messe à 11 H 15, une entrée en musique dans la grande semaine. Grâce au beau quart de queue que l'on nous a confié, vous pourrez entendre Chopin ou Schubert, Schumann ou Haendel, dans les interprétations sensibles (parfois à quatre mains) de Lucile de Laura, de Foucauld de Clélia et de notre abbé Cattani. Un moment d'élévation où l'art trouve toute sa signification comme manifestation du mystère et comme appel au Divin par l'ouverture des coeurs.

Le concert a lieu au Centre Saint-Paul, 12 rue Saint Joseph, dans le 2ème (métro Bourse ou Grands Boulevards) de 16 H à 18 H. L'entrée est libre. Chaque pièce est précédée d'une courte méditation originale.

Voici le programme. Vous êtes les bienvenus...



1. LES RAMEAUX
1a. Sonate en ré mineur de Scarlatti (C.Cattani)
"Arrivée de Jésus à Jérusalem." 
Presto de la 10ème fantaisie de Telemann (Foucauld)
"Arrivée de Jésus à Jérusalem." 




2. PRIERE AU JARDIN DE GETHSEMANI

Gymnopédie n2 de Satie  (C.Cattani)
"Au Jardin des Oliviers, face à sa Passion imminente que la trahison de Judas va déchaîner, le Seigneur ressent le besoin de prier : arrivés dans un domaine appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : " Demeurez ici tandis que je prierai."


3. L'ARRESTATION DU CHRIST
Partitia n2, Sinfonia BWV 826 de Bach (C.Cattani)
"Dramatique" (minute 0:00 à 4:30)



4. LE COURONNEMENT D'EPINES
Mazurka op67 n4 de Chopin (Lucile)
"Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d'un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s'agenouillaient en leur disant: "Salut, roi des Juifs!" (Mt 27, 27-29)

5. ECCE HOMO
Prélude 6 de Chopin (Laura)
"Ponce Pilate prononce Ecce Homo lorsqu'il présente Jésus à la foule, battu et couronné d'épines."
"Quelle est cette langueur qui pénètre mon coeur ?" Verlaine




6. LE PORTEMENT DE LA CROIX
Barcarolle op30 n6 de Mendelssohn (C.Cattani et Laura)
"Porter sa croix avec le Christ"

7. CRUCIFIXION
Largo de la 1ère fantaisie de Telemann (Foucauld)


8. MARIE AU PIED DE LA CROIX
Cara Spoza de Haendel (Clélia et C.Cattani)
"Elle était debout, souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son Sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour" Lumen Gentium, 58



9. LA MISE AU TOMBEAU
Rêverie de Schumann  (Laura)
"Dieu a tout enfermé dans la vanité, avec une espérance pourtant" Rom 8,40

10. DESCENTE AUX ENFERS
L'Orage de Burgmuller (Laura)
"Une dynamique forte, des rythmes rapides et des registres changeants." Le Christ, mort, s'en va prêcher aux morts, manifestant que le règne de la mort est terminé.

11. Sur la terre chante une espérance : Terra tremuit et quievit
Prélude op32 n5 de Rachmaninov (Lucile)
Le Maître est là et il t'appelle

12. RESURRECTION
Marche de Schubert (C.Cattani et Laura)
"La victoire de la vie" En avant avec le Christ vivant !