mardi 8 novembre 2011

Difficulté et grandeur du pardon

Deux sujets dans cette parabole, chapitre 18 de saint Matthieu, que nous avons lue dimanche dernier dans l'extraordinaire rite que j'ai la joie de célébrer : le pardon et la réciprocité entre Dieu et nous.

Le pardon ? c’est la chose la plus difficile du monde.

Difficile à faire : on croit pardonner et il reste toujours une cicatrice, qui peut se réveiller n’importe quand. Est-on sûr d’avoir vraiment pardonné à quelqu’un ? Il faut parfois être capable d’enfouir l’offense au plus profond de la justice de Dieu pour oublier VRAIMENT ce que l’on croit nous être dû.

Difficile à comprendre : que signifie pardonner ? beaucoup croient pratiquer le pardon, qui sont seulement indifférents à tout. Si rien n’a d’importance, il est facile de laisser passer telle ou telle offense, faite à soi-même, à ses proches, au Christ même… Tout vaut tout et rien ne vaut rien… Mais cette indifférence, très à la mode, n’a rien à voir avec le pardon, elle en est même l’exact opposé.

Regardons comment Notre Seigneur matérialise l’offense qui nous est faite, pour nous faire comprendre de quoi il s’agit. Il parle d’une dette. Et il montre que cette dette, que nous serions en droit de réclamer – au moins apparemment – il faut… nous asseoir dessus ! Ne pas la réclamer ! Laisser celui qui nous la doit libre de nous la rendre… ou pas ! On est bien au-delà de la simple justice. C’est cela qui rend le pardon si difficile à comprendre.

Voyez le Père du fils prodigue, qui accueille son enfant en tuant le veau gras. Il ne lui devait qu’un accueil du bout des lèvres. L’autre, après avoir mangé son héritage, revient la bouche en cœur, pour des motifs, il faut le dire, purement matériels : « un esclave dans la maison de mon père a plus à manger que moi ». Et son père ne lui demande rien et l’accueille comme si de rien n’était. Ce « comme si », c’est le pardon. Et cela indique bien la difficulté d’une telle attitude : il faut faire comme si de rien n’était…

Seul l’amour peut parvenir à une telle ingéniosité. Mais un amour qui serait redevenu vierge de l’offense. Contrairement à une idée reçue, le pardon est d’autant plus difficile à donner que la personne à laquelle on pardonne est plus proche ou plus aimée : un fils pour son père, un époux pour son épouse etc. Pardonner à un proche, c’est s’exposer à avoir sans cesse devant les yeux cette ingéniosité, ce « comme si… » dont il a fallu faire preuve pour lui pardonner… et garder le sourire et le souci de l’autre. C’est aussi signer un chèque en blanc sur l’avenir et croire que l’autre est capable de ne pas retomber dans les errements qui ont provoqué l’offense : le fils prodigue est-il devenu économe parce qu’il avait été pardonné ?

Pour nous aider à pardonner vraiment, le Christ, dans cette parabole, nous représente nous-mêmes, en face de Dieu. C’est ce que j’ai appelé la réciprocité, en commençant cette méditation. Nous l’avons offensé, nous lui sommes redevables de tout – de nous mêmes, de notre existence, de nos talents – nous l’avons ignoré, méprisé, et Il nous a pardonné. Il y a quelque chose d’infini dans ce pardon de Dieu. Dieu pardonne et en même temps qu’il pardonne, dans un acte de sa Puissance infinie, il recrée celui qui a eu recours à ce pardon, il lui permet de remettre les compteurs à zéro, de reprendre son chemin vers lui, non pas comme s’il ne s’était rien passé, mais avec, en plus, comme un moteur de surcroît, la reconnaissance due au pardon divin. C’est cette reconnaissance qui donne au chrétien une force à l’épreuve de l’usure du temps, une force qui a quelque chose d’infini parce qu’elle est à l’épreuve de l’usure du temps.

Je crois que sans cette force divine, il n’y a pas de pardon véritable.

Quand on regarde la composition de cette messe, on est surpris au premier abord par le texte de l’épître de saint Paul aux Ephésiens (ch. 6), où l’Apôtre nous exhorte à nous armer, « pour pouvoir résister aux manœuvres du diable ». Quelles sont ces armes ? Non pas celle du monde, la violence, l’égoïsme non-partageur, le mensonge etc. Les armes que saint Paul nous exhorte à revêtir sont « la vérité comme ceinture, la justice comme cuirasse, le bouclier de la foi »… Nous autres chrétiens nous avons des armes différentes. Nous ne sommes pas appelés à faire de la surenchère avec les armes du monde. Nous sommes appelés à faire usage de nos armes, celle que la foi nous met dans les mains. Le pardon, qui interrompt la spirale violente et coupe court aux surenchère, permet, s’il est donné avec force, de « reprendre la main ». « Heureux les doux car ils possèderont la terre » dit Jésus. Le vrai Pardon demande une force intérieure peu commune mais, pourquoi le nier ? il permet aussi une sorte de démonstration de cette force, la seule à laquelle finalement, rien ne résiste.

Sept des huit béatitudes promulguées par le Christ renvoient au Royaume des Cieux : « Heureux ceux qui pleurent car [dans le Royaume] ils seront consolés ». Seule la béatitude des doux, qui est celle de tous les pardonneurs, nous promet la terre en récompense…

Alors ? N'ayons pas peur de ce que l'on dira, de ce que l'on pensera autour de nous ! Osons pardonner ! C'est une première expérience pour vous ? Tant mieux ! Vous pourrez constater sa force.

lundi 7 novembre 2011

[Conf'] Droit au blasphème : la liberté d'expression mène-t-elle forcément au mépris ?

Conférence de Me Frédéric Pichon et de l'abbé de Tanoüarn
Mardi 8 novembre - 20H15 - Centre Saint Paul / Paris
Depuis l'affaire du Chevalier de la Barre qui n'avait pas enlevé son chapeau devant le Saint Sacrement, la question du droit au blasphème hante notre culture. C'était au XVIIIème siècle. Mais sommes-nous plus matures aujourd'hui ? Au nom du droit au blasphème, considéré comme un acquis, on est en train, ministre de la culture en tête, de faire passer un droit à l'insulte et à l'immondice, grâce à ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Castellucci.
PAF : 5 euros. Étudiants, chômeurs : 2 euros.
La conférence est suivie du verre de l'amitié.

samedi 5 novembre 2011

Dialoguer! avec qui?

Sur FECIT, Ennemond écrit ces lignes que je veux partager avec vous :
«l'abbé Grosjean pense qu'on peut donner un meilleur témoignage, plus en phase avec le monde, sans violence, en parlant le langage du monde. C'est là la terrible illusion de l'abbé Grosjean. S'il n'y avait pas eu de mobilisation, pas eu de Civitas, ni de prières, ni de manifestation, les médias auraient condamné le suivant sur la liste : Et Mgr Centène aurait été la cible. Son communiqué l'aurait fait passer pour fasciste, pour fondamentaliste. Si l'abbé Grosjean ose se contenter de dire demain que Golgota Picnic s'attaque au Christ, s'il n'y a pas Civitas devant lui, ce sera lui, curé à Houilles, que le monde médiatique traitera de fasciste, de fondamentaliste, de violent, de haineux.»
C’est que l’abbé Grosjean, curé de 33 ans, a signé vendredi une tribune dans Le Monde avec quelques autres catholiques de sa génération. C’est un texte policé («le regard de ce Jésus-Christ, que notre XXe siècle a voulu évacuer de l'espace public, continue pourtant de déranger nos certitudes trop faciles de son interrogation silencieuse») et plein de bonne volonté : «le désir que nous avons … de dépasser les caricatures pour ouvrir un vrai échange». Et le texte pose quelques jalons en ce sens : «la société … doit réinventer son rapport au sacré» ; «[la question de la responsabilité de l’artiste] doit être posée et discutée clairement» ; «Cet amour [de Jésus] doit être respecté». Car le point irréfragable de cette tribune est que «le symbole du Christ doit être respecté par les artistes» (c'est le titre).

Mais quelle est la nature de ce «doit» qui revient si souvent? Les auteurs semblent l'entendre comme une obligation morale («nous devons accepter de renouer un vrai dialogue … autour de la question de la foi.») Petit problème cependant : il n’est pas certain que la société l’entende de cette oreille, ni qu'elle accepte pour elle ce devoir moral. Des dizaines d’abonnés au Monde ont commenté cette tribune, presque tous dans le même sens :
  • … cette chronique … ne renvoie à aucune autre universalité que l'ancienne vision d'un catholicisme "hégémonique"
  • Je n'ignore pas le fait religieux. Mais pourquoi m'obliger à dialoguer avec des gens qui croient en des fariboles?
  • le christianisme nous fait depuis si longtemps la morale (et pas toujours avec tolérance), qu'on ne voit pas pourquoi on n'aurait pas le droit de lui répondre comme bon nous semble
  • Merci encore aux humanistes de la Renaissance, à Voltaire, à la République enfin, qui nous ont permis de confiner ces personnages dans leurs sacristies.
  • Les religieux ont une fâcheuse tendance à s'imaginer que la croyance est autre chose qu'une opinion, et que donc le respect de la religion s'impose à tous, y compris ceux qui ne croient pas.
Bref, il y a quelques agressifs, mais surtout des gens qui face à la bonne volonté d’un prêtre comme l’abbé Grosjean s’étonnent en substance: «Qui tu es, toi? de quelle autorité nous colles-tu ce devoir?». Isabelle de Gaulmyn vient à pic nous fournir quelques éléments sur le sujet. Elle s'interroge sur la «christianophobie»: les chrétiens ne sont pas menacés, mais le malaise est là. Extrait de sa chronique dans La Croix:
«C’est en 2001, pour la première fois, que le président des évêques de France de l’époque, Mgr Louis-Marie Billé, dans un discours extrêmement sévère et sombre, dressait le portrait d’une Eglise qui n’était plus comprise. Le terme de christianophobie n’existait pas, mais le cardinal avait décrit une société où l’Eglise n’avait plus droit de cité. […] Les catholiques avaient le sentiment d’avoir été tenu pour rien dans le débat sur le pacs, et de faire l’objet d’amalgame sur les premières affaires de pédophilie. Le cardinal Billé, avec toute sa finesse, avait alors pointé le coupable : non pas une laïcité agressive, mais plutôt une ignorance crasse du fait religieux et de la vie des Eglises […] Les journalistes [...] qui se contentent désormais de parler de l’Eglise sous la rubrique faits divers (mœurs, pédophilie …) sans avoir une seule ligne pour évoquer des évènements qui mobilisent chaque année le plus grand nombre de Français, comme Noël, Pâques, les pèlerinages, ou autres…»
Retour aux auteurs de la tribune du Monde -  j'admire leur bonne volonté. Mais ont-ils bien pris la mesure des changements sociétaux? il y a encore 30 ans, être prêtre faisait de vous une autorité morale, à laquelle on ne se soumettait pas forcément, mais dont on reconnaissait la respectabilité a priori. C'était: avant. De nos jours, pour des pans entiers de la société (y compris de la sphère médiatique), un catho est surtout un emmerdeur en matière de mœurs, éventuellement doublé d'un hypocrite (je ne vous fais pas de dessin), responsable (en vrac, et en cumulé) des croisades, de l'oppression des pauvres, du sida en Afrique, voire d'une certaine constipation mentale de notre civilisation, et presque de la shoah.

Et ces gens-là, qu'ils soient clients au Café du Commerce ou professionnels de la Culture, ne partagent pas du tout l'opinion de l'abbé Grosjean quand il écrit qu'«il est urgent de reparler ensemble de la question de Dieu». Un artiste pourrait fort bien faire valoir que dans la mesure où on l'autorise à chier (littéralement) sur ce qui nous est sacré, il a aussi le droit que notre sacré le fasse chier.

vendredi 4 novembre 2011

L'évêque, le ministre, le journaliste et le philosophe face à l'étron

Je suis en ce moment, chez mes parents, sur les terres de Mgr d'Ornellas et l'on vient de me mettre sous les yeux le texte étonnant que le prélat a jugé bon de publier sur le site du Diocèse de Rennes, faisant l'apologie de la pièce de Castellucci Sur le concept de visage du Christ et déclarant tout net, sous l'inter-titre : Le débat est ouvert, "ceci n'est pas de la christianophobie".

J'use de sa permission pour m'enfoncer dans le débat qu'il ouvre ainsi. Je voudrais montrer que ce n'est pas de la christianophobie ordinaire effectivement, mais un nouveau genre de christianophobie qu'il faut analyser.

Certes un certain nombre de catholiques sont de son avis, et parfois des catholiques de bonne droite, Yves Daoudal par exemple, enthousiasmé par cette pièce. Mais l'archevêque se rend-il compte que par cette affirmation tardive, il contredit une dizaine de ses confrères évêques, qui ont déjà pris position de différentes manières contre la pièce, soit pour regretter, comme le cardinal Vingt-Trois, son financement par l'argent public, soit même pour encourager les jeunes chrétiens à dire le scandale qu'ils éprouvent ("Je me sens solidaire de l'indignation" provoquée par cette pièce dit Mgr Le Gall).

Je viens de découvrir dans l'hebdomadaire Minute une reportatio de la parfois surprenante émission de Laurent Ruquier, On n'est pas couché, au cours de laquelle Michel Onfray, auteur du Traité d'athéologie (qui fut un petit best seller) et en général grand adversaire du christianisme, déclare quant à lui à propos de cette pièce : "J'ai écrit le traité d'athéologie donc je peux en parler. On fait de moi un athée radical, mais je trouve que ce n'est pas bien de provoquer les chrétiens comme ça. Je ne suis pas pour l'insulte, le mépris. Je pense que cette espèce de mise en scène où l'on envoie des grenades ou des matières fécales sur le visage du Christ, ce n'est pas nécessaire. C'est une provocation un peu facile. On peut provoquer sans insulter les gens". Parole d'athée et d'athéologue !

C'est que Michel Onfray est un blasphémateur à l'ancienne. Il n'est pas chrétien, personne ne songe à le contraindre et à faire en sorte qu'il le devienne. Son discours, depuis quelques années, est axé sur tous les penseurs hostiles au christianisme, en particulier dans le domaine français. A l'Université populaire de Caen, il ne perd pas une occasion de dire tout le mal qu'il pense de l'Eglise et de son enseignement. Sa liberté d'expression est entière. Elle est respectable, y compris par les chrétiens, même s'ils sont attaqués. Personne n'a jamais songé à aller perturber ses cours au nom du Christ. Il dispense un enseignement dans lequel il prend position, et c'est son droit. Il argumente.

Castellucci, lui, n'est pas seulement un blasphémateur. Il utilise le sacrilège comme une manière de faire de l'art. Il attente de façon systématique au respect des choses saintes (voir ce que dit Jeanne Smits de ses autres productions, l'homme qui s'enfonce un éclat de verre dans l'anus - encore ! - en criant Jésus etc.). Quoi qu'en pense Frédéric Mitterrand, la lutte contre le sacrilège (quel qu'il soit) apparaît dans notre société menacée par l'ensauvagement, comme une nécessité civique. Rien à voir avec ceux qui vont brûler le siège d'un Journal parce qu'ils ne sont pas d'accord avec ses positions laïques ou ses dessins satiriques. Faire l'amalgame entre ceux qui brûlent Charlie hebdo et ceux qui prient à l'entrée d'un Théâtre, c'est avoir de la merde dans les yeux.

La question que pose le concept de Castellucci est la suivante : qu'est-ce qui est sacré ? Qu'est-ce qui commande le respect de manière universelle ? Personnellement je respecte le Bouddha comme un sage, je prends Mahomet pour ce qu'il a été (un chef de guerre visionnaire et cruel)... Il ne me viendrait pas à l'esprit de les bombarder d'étrons, ni l'un ni l'autre. Et s'ils l'étaient, je protesterai au nom de ce qui est respectable dans l'humanité... contre la merde.

Les chrétiens me diront sans doute : dans le cas du Christ c'est différent, il y a le travail du négatif. - Mais pour cela, il faut qu'il y ait du négatif, une prise de position qui soit une vraie prise de risque. Ce qui est nouveau dans le concept du visage... c'est à la fois l'absence de prise de position et la merde. J'ai parlé à ce sujet de nihilisme européen.

L'un de mes correspondants AR, un ancien élève, qui avait déjà attiré mon attention sur la distinction thomiste entre sacrilège et blasphème, m'écrit à propos du nihilisme en insistant sur le fait qu'il n'y a pas d'intention nihiliste dans cette pièce, mais simplement le nihil, le rien. On est donc en plein Nietzsche. Voici un extrait de sa lettre.
"Je pense que le recours au scatologique, à la provocation grossière ne manifeste pas tant l'intention nihiliste des artistes contemporains que leur impuissance absolue à accéder au domaine des idées. Il n'y a pas de message, sinon un message par défaut. Ce spectacle est in-sensé, et c'est être généreux que de le qualifier d’ambigu. Je ne sais plus qui m'a appris que la pensée, c'est la discrimination. Est-ce vous, le vieux de Martigues ou un autre encore ? Dénoncer "l'universelle indifférenciation", c'est exactement pointer ce défaut de pensée. Le choc des images crée un conditionnement pavlovien (l'expression de Myriam Picard "claque dans la gueule" m'y fait exactement penser) qui se substitue à la pensée et au raisonnement. A quoi bon alors argumenter ?"
La nouvelle christophobie n'est pas intellectuelle (voilà pourquoi un athée qui a une réputation à tenir comme Onfray ne veut pas se solidariser avec Castellucci), elle relève du réflexe de Pavlov. il faut créer l'association d'image et d'idée entre le christ et la merde. Si les nouveaux artistes subventionnés parviennent à leur fin, alors le mystère d'iniquité aura consacré son chemin dans notre monde. Alors les signes se trouveront définitivement inversés dans notre culture sans respect. Mais où sera la culture ? Dans la merde justement !

L'enjeu est immense, les provocations vont se multiplier (bientôt Golgota Picnic), les chrétiens face à cette subversion culturelle stipendiée doivent montrer trois choses : une véritable unité ; un grand calme (quitte à mettre les provocateurs hors du jeu) ; une opposition déterminée pour défendre, même de façon publique, un très minimaliste droit au respect, sans lequel il n'y a plus ni religion ni culture.

Tous avec Jeanne

L'année 2012 s'annonce plutôt sportive, entre l'Europe qui s'impose aux Grecs et aux autres, les politiques qui s'étripent et la FSSPX qui ne pourra plus hésiter : ça va faire beaucoup !

Mais l'année 2012, dans l'ordre désormais immuable du calendrier, marque, pour nous autres Français, le sixième centenaire de la naissance de Jeanne d'Arc. C'était donc en 1412. elle était la fille de Jacques d'Arc, personnage important dans le village frontalier et pro-français de Domrémy, et d'Isabelle Romée, femme pèlerine comme son nom l'indique, qui quittera d'ailleurs sa Lorraine pour venir, en un ultime pèlerinage, habiter la bonne ville d'Orléans, où sa fille avait fait des merveilles ès faits d'armes, comme chacun sait.

Jeanne d'Arc engoncée dans sa cuirasse pour les siècles des siècles est trop connue pour être reconnue pour elle-même. Son image a pris la place de sa personne.

Il faut savoir profiter des bonnes fortunes du calendriers quand les temps sont douteux. Nous sommes quelques amis que cet anniversaire inspire : avec Eric Letty, rédacteur en chef de Monde et Vie et Anne-Cécile Foubert qui sera chargée de notre communication, nous avons créé l'association Avec Jeanne (cf. www.avecjeanne.fr), pour retrouver la vraie Jeanne d'Arc, cette femme à la tête de tant d'hommes, cette très jeune fille qui paraissait avoir tant d'expérience politique, cette laïque poursuivie et brûlée par des clercs, cette guerrière jusqu'au boutiste qui n'aimait pas le sang et n'en a jamais versé... Je lance ces quelques paradoxes pour que l'on se fasse une idée du travail qui nous attend cette année.

Il ne s'agit pas de travailler du chapeau. Je rappelle que comme l'explique Colette Beaune au début de sa magistrale biographie, Jeanne est la femme, au Moyen âge, à propos de laquelle nous possédons le plus de documents de première main. Avec le procès en réhabilitation, nous avons les témoignages de ses proches. Avec les minutes du Procès de Rouen, nous entendons sa voix : "Beaux seigneurs, parlez les uns après les autres, pour que je puisse répondre à chacun". Rappelons qu'elle était, en cette terrible occurrence, à la fois la prévenue et l'avocate... On ne l'a pas écoutée alors, mais on l'a entendue. Elle parlait de façon simple, et simplement supérieure, comme le montre la prise de notes de ses juges qui a traversé les siècles.

Qui était Jeanne d'Arc ? C'est un personnage vraiment unique, qui ne rentre dans aucune catégorie. Les historiens aiment établir des classements. Elle est d'emblée hors concours. Qui lui ressemble dans l'histoire ? Mais c'est justement par ce caractère unique qu'elle est aussi... moderne! N'appartenant à aucune des catégories du passé, elle reste disponible pour l'avenir. Étant décidément inimitable, elle est accessible à tous comme un symbole indiscuté.

Si vous voulez soutenir cette action en faveur de Jeanne et de son exemple, si vous cherchez vous aussi à mieux la connaître, s'il ne vous déplaît pas de vivre cette année 2012 "avec Jeanne", n'hésitez pas à rejoindre notre association. La cotisation de 30 euros ouvre droit à deux entrées demi-tarif aux différents colloques que nous organiserons à Paris et à des réductions sur les voyages-visites que nous projetons. Il vous suffit d'envoyer un chèque à l'ordre de Association Avec Jeanne, 23 avenue Rapp, 75007 Paris. Vous pouvez aussi régler par Paypal, pour l'instant sur le site du Centre Saint Paul en précisant bien de quoi il s'agit.

Pourquoi ces adhésions ? parce que nous avons besoin d'un préfinancement pour notre action. Au programme, un Colloque que nous espérons mensuel sur Jeanne d'Arc, son histoire, son personnage dans la littérature, le cinéma, la musique, et aussi sur les questions qu'elle nous pose et qui restent en suspens jusqu'à aujourd'hui : le féminisme chrétien, le rapport entre la foi et la violence, l'inquisition, l'identité française, l'espérance historique, l'héroïsme chrétien et bien d'autres thèmes, à propos desquels elle peut inspirer des solutions actuelles. Je crois pouvoir dire qu'au fil des Colloques se précisera ce que l'on appelle aujourd'hui une spiritualité, la spiritualité de Jeanne d'Arc, accessible à tous justement parce qu'elle est singulière et qu'au Moyen-âge, elle ne ressemble à aucune autre.

Le premier colloque - Jeanne d'Arc au delà de sa légende - a lieu le samedi 3 décembre prochain à l'Espace Bernanos, rue Caumartin. Je vais vous en entretenir de manière détaillée très bientôt, en vous présentant chacun des six intervenants. En attendant, n'hésitez pas à faire un tour sur notre site : www.avecjeanne.fr. Ne serait-ce que pour découvrir les membres éminents de notre Comité Jeanne d'Arc... que vous rejoindrez, si vous le voulez, en adhérant à notre association, pour vivre "avec Jeanne" l'année 2012.

mercredi 2 novembre 2011

L'abbé Morgan (FSSPX britannique) sur le préambule doctrinal.

Dans sa lettre de novembre 2011, l’abbé Paul Morgan, supérieur du district britannique de la FSSPX, décrit comme «inacceptable» le préambule doctrinal que Rome a soumis à la FSSPX. C’est qu’il contiendrait «tous les éléments que la Fraternité a rejeté de manière constante, y compris l’acceptation de la Nouvelle Messe et de Vatican II, tels qu’exprimés dans le Nouveau Catéchisme» (‘all those elements which the Society has consistently rejected, including acceptance of the New Mass and of Vatican II as expressed in the New Catechism’). Et il y aurait eu consensus parmi les participants à la réunion d’Albano (7 et 8 octobre 2011), selon l’abbé Morgan, pour trouver ce préambule «clairement inacceptable» (‘clearly unacceptable’). L'abbé Morgan voit même un signe de la providence dans cette «clarification de ce que Rome persiste dans les erreurs modernes» (‘clarification of Rome’s persistence in the modern errors’).

Ce texte a bien évidemment été repris mardi 1er novembre sur le tradiland français (le Forum Catholique, FECIT) aussi bien qu’anglophone (Rorate Caeli), il y a suscité une certaine émotion… avant que ces pages ne soient retirées. Certains ont vu dans les propos de l'abbé Morgan une indication nette que la FSSPX ne signerait pas d’accord. J’y vois pour ma part confirmation du contraire, très exactement. En effet, les supérieurs de la FSSPX ont posé une sorte d’embargo sur ce préambule doctrinal – d’ailleurs susceptible d’évoluer. Ils souhaitent si peu qu’il soit discuté tous azimuts qu’ils ne l’ont par exemple pas communiqué à Mgr Williamson. Et qu’ils ont demandé aux supérieurs (districts, séminaires) d’observer la plus grande réserve.

Dans ces circonstances, comment expliquer la sortie en force de l’abbé Morgan? Seule explication raisonnable: qu’il ait voulu donner son sentiment, avant que ne s’impose à tous la décision de réconciliation qu’il verrait venir et qui ne lui plairait pas. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas pour tout de suite, il faut d’abord laisser s’estomper la réunion d’Assise, et changer quelques points du préambule, histoire de les modifier. Bref: compter quelques mois. En attendant, ceux qui lisent l’anglais trouveront la lettre de l’abbé Morgan dans la partie newsletter de son site. Pour une raison que j'imagine technique, elle n'est plus accessible depuis la partie "District Superior's Letter".

Mises à jour - Les problèmes techniques que j'évoquais ne s'arrangent pas, au contraire, puisque la lettre a depuis complètement disparu du site de la FSSPX britannique.