Deux sujets dans cette parabole, chapitre 18 de saint Matthieu, que nous avons lue dimanche dernier dans l'extraordinaire rite que j'ai la joie de célébrer : le pardon et la réciprocité entre Dieu et nous.
Le pardon ? c’est la chose la plus difficile du monde.
Difficile à faire : on croit pardonner et il reste toujours une cicatrice, qui peut se réveiller n’importe quand. Est-on sûr d’avoir vraiment pardonné à quelqu’un ? Il faut parfois être capable d’enfouir l’offense au plus profond de la justice de Dieu pour oublier VRAIMENT ce que l’on croit nous être dû.
Difficile à comprendre : que signifie pardonner ? beaucoup croient pratiquer le pardon, qui sont seulement indifférents à tout. Si rien n’a d’importance, il est facile de laisser passer telle ou telle offense, faite à soi-même, à ses proches, au Christ même… Tout vaut tout et rien ne vaut rien… Mais cette indifférence, très à la mode, n’a rien à voir avec le pardon, elle en est même l’exact opposé.
Regardons comment Notre Seigneur matérialise l’offense qui nous est faite, pour nous faire comprendre de quoi il s’agit. Il parle d’une dette. Et il montre que cette dette, que nous serions en droit de réclamer – au moins apparemment – il faut… nous asseoir dessus ! Ne pas la réclamer ! Laisser celui qui nous la doit libre de nous la rendre… ou pas ! On est bien au-delà de la simple justice. C’est cela qui rend le pardon si difficile à comprendre.
Voyez le Père du fils prodigue, qui accueille son enfant en tuant le veau gras. Il ne lui devait qu’un accueil du bout des lèvres. L’autre, après avoir mangé son héritage, revient la bouche en cœur, pour des motifs, il faut le dire, purement matériels : « un esclave dans la maison de mon père a plus à manger que moi ». Et son père ne lui demande rien et l’accueille comme si de rien n’était. Ce « comme si », c’est le pardon. Et cela indique bien la difficulté d’une telle attitude : il faut faire comme si de rien n’était…
Seul l’amour peut parvenir à une telle ingéniosité. Mais un amour qui serait redevenu vierge de l’offense. Contrairement à une idée reçue, le pardon est d’autant plus difficile à donner que la personne à laquelle on pardonne est plus proche ou plus aimée : un fils pour son père, un époux pour son épouse etc. Pardonner à un proche, c’est s’exposer à avoir sans cesse devant les yeux cette ingéniosité, ce « comme si… » dont il a fallu faire preuve pour lui pardonner… et garder le sourire et le souci de l’autre. C’est aussi signer un chèque en blanc sur l’avenir et croire que l’autre est capable de ne pas retomber dans les errements qui ont provoqué l’offense : le fils prodigue est-il devenu économe parce qu’il avait été pardonné ?
Pour nous aider à pardonner vraiment, le Christ, dans cette parabole, nous représente nous-mêmes, en face de Dieu. C’est ce que j’ai appelé la réciprocité, en commençant cette méditation. Nous l’avons offensé, nous lui sommes redevables de tout – de nous mêmes, de notre existence, de nos talents – nous l’avons ignoré, méprisé, et Il nous a pardonné. Il y a quelque chose d’infini dans ce pardon de Dieu. Dieu pardonne et en même temps qu’il pardonne, dans un acte de sa Puissance infinie, il recrée celui qui a eu recours à ce pardon, il lui permet de remettre les compteurs à zéro, de reprendre son chemin vers lui, non pas comme s’il ne s’était rien passé, mais avec, en plus, comme un moteur de surcroît, la reconnaissance due au pardon divin. C’est cette reconnaissance qui donne au chrétien une force à l’épreuve de l’usure du temps, une force qui a quelque chose d’infini parce qu’elle est à l’épreuve de l’usure du temps.
Je crois que sans cette force divine, il n’y a pas de pardon véritable.
Quand on regarde la composition de cette messe, on est surpris au premier abord par le texte de l’épître de saint Paul aux Ephésiens (ch. 6), où l’Apôtre nous exhorte à nous armer, « pour pouvoir résister aux manœuvres du diable ». Quelles sont ces armes ? Non pas celle du monde, la violence, l’égoïsme non-partageur, le mensonge etc. Les armes que saint Paul nous exhorte à revêtir sont « la vérité comme ceinture, la justice comme cuirasse, le bouclier de la foi »… Nous autres chrétiens nous avons des armes différentes. Nous ne sommes pas appelés à faire de la surenchère avec les armes du monde. Nous sommes appelés à faire usage de nos armes, celle que la foi nous met dans les mains. Le pardon, qui interrompt la spirale violente et coupe court aux surenchère, permet, s’il est donné avec force, de « reprendre la main ». « Heureux les doux car ils possèderont la terre » dit Jésus. Le vrai Pardon demande une force intérieure peu commune mais, pourquoi le nier ? il permet aussi une sorte de démonstration de cette force, la seule à laquelle finalement, rien ne résiste.
Sept des huit béatitudes promulguées par le Christ renvoient au Royaume des Cieux : « Heureux ceux qui pleurent car [dans le Royaume] ils seront consolés ». Seule la béatitude des doux, qui est celle de tous les pardonneurs, nous promet la terre en récompense…
Alors ? N'ayons pas peur de ce que l'on dira, de ce que l'on pensera autour de nous ! Osons pardonner ! C'est une première expérience pour vous ? Tant mieux ! Vous pourrez constater sa force.
Le pardon ? c’est la chose la plus difficile du monde.
Difficile à faire : on croit pardonner et il reste toujours une cicatrice, qui peut se réveiller n’importe quand. Est-on sûr d’avoir vraiment pardonné à quelqu’un ? Il faut parfois être capable d’enfouir l’offense au plus profond de la justice de Dieu pour oublier VRAIMENT ce que l’on croit nous être dû.
Difficile à comprendre : que signifie pardonner ? beaucoup croient pratiquer le pardon, qui sont seulement indifférents à tout. Si rien n’a d’importance, il est facile de laisser passer telle ou telle offense, faite à soi-même, à ses proches, au Christ même… Tout vaut tout et rien ne vaut rien… Mais cette indifférence, très à la mode, n’a rien à voir avec le pardon, elle en est même l’exact opposé.
Regardons comment Notre Seigneur matérialise l’offense qui nous est faite, pour nous faire comprendre de quoi il s’agit. Il parle d’une dette. Et il montre que cette dette, que nous serions en droit de réclamer – au moins apparemment – il faut… nous asseoir dessus ! Ne pas la réclamer ! Laisser celui qui nous la doit libre de nous la rendre… ou pas ! On est bien au-delà de la simple justice. C’est cela qui rend le pardon si difficile à comprendre.
Voyez le Père du fils prodigue, qui accueille son enfant en tuant le veau gras. Il ne lui devait qu’un accueil du bout des lèvres. L’autre, après avoir mangé son héritage, revient la bouche en cœur, pour des motifs, il faut le dire, purement matériels : « un esclave dans la maison de mon père a plus à manger que moi ». Et son père ne lui demande rien et l’accueille comme si de rien n’était. Ce « comme si », c’est le pardon. Et cela indique bien la difficulté d’une telle attitude : il faut faire comme si de rien n’était…
Seul l’amour peut parvenir à une telle ingéniosité. Mais un amour qui serait redevenu vierge de l’offense. Contrairement à une idée reçue, le pardon est d’autant plus difficile à donner que la personne à laquelle on pardonne est plus proche ou plus aimée : un fils pour son père, un époux pour son épouse etc. Pardonner à un proche, c’est s’exposer à avoir sans cesse devant les yeux cette ingéniosité, ce « comme si… » dont il a fallu faire preuve pour lui pardonner… et garder le sourire et le souci de l’autre. C’est aussi signer un chèque en blanc sur l’avenir et croire que l’autre est capable de ne pas retomber dans les errements qui ont provoqué l’offense : le fils prodigue est-il devenu économe parce qu’il avait été pardonné ?
Pour nous aider à pardonner vraiment, le Christ, dans cette parabole, nous représente nous-mêmes, en face de Dieu. C’est ce que j’ai appelé la réciprocité, en commençant cette méditation. Nous l’avons offensé, nous lui sommes redevables de tout – de nous mêmes, de notre existence, de nos talents – nous l’avons ignoré, méprisé, et Il nous a pardonné. Il y a quelque chose d’infini dans ce pardon de Dieu. Dieu pardonne et en même temps qu’il pardonne, dans un acte de sa Puissance infinie, il recrée celui qui a eu recours à ce pardon, il lui permet de remettre les compteurs à zéro, de reprendre son chemin vers lui, non pas comme s’il ne s’était rien passé, mais avec, en plus, comme un moteur de surcroît, la reconnaissance due au pardon divin. C’est cette reconnaissance qui donne au chrétien une force à l’épreuve de l’usure du temps, une force qui a quelque chose d’infini parce qu’elle est à l’épreuve de l’usure du temps.
Je crois que sans cette force divine, il n’y a pas de pardon véritable.
Quand on regarde la composition de cette messe, on est surpris au premier abord par le texte de l’épître de saint Paul aux Ephésiens (ch. 6), où l’Apôtre nous exhorte à nous armer, « pour pouvoir résister aux manœuvres du diable ». Quelles sont ces armes ? Non pas celle du monde, la violence, l’égoïsme non-partageur, le mensonge etc. Les armes que saint Paul nous exhorte à revêtir sont « la vérité comme ceinture, la justice comme cuirasse, le bouclier de la foi »… Nous autres chrétiens nous avons des armes différentes. Nous ne sommes pas appelés à faire de la surenchère avec les armes du monde. Nous sommes appelés à faire usage de nos armes, celle que la foi nous met dans les mains. Le pardon, qui interrompt la spirale violente et coupe court aux surenchère, permet, s’il est donné avec force, de « reprendre la main ». « Heureux les doux car ils possèderont la terre » dit Jésus. Le vrai Pardon demande une force intérieure peu commune mais, pourquoi le nier ? il permet aussi une sorte de démonstration de cette force, la seule à laquelle finalement, rien ne résiste.
Sept des huit béatitudes promulguées par le Christ renvoient au Royaume des Cieux : « Heureux ceux qui pleurent car [dans le Royaume] ils seront consolés ». Seule la béatitude des doux, qui est celle de tous les pardonneurs, nous promet la terre en récompense…
Alors ? N'ayons pas peur de ce que l'on dira, de ce que l'on pensera autour de nous ! Osons pardonner ! C'est une première expérience pour vous ? Tant mieux ! Vous pourrez constater sa force.