[par RF] On connaît la vieille blague : sous un réverbère, en pleine nuit, un homme cherche ses clefs. Un passant s’arrête pour l’aider – en vain. Au bout d’un quart d’heure il lui demande s’il est sûr de les avoir perdues à cet endroit. «Ah non, répond le quidam, mais ici, au moins, c’est éclairé».
Cette histoire n’est jamais que la forme condensée d’une erreur assez répandue. Nous vivons des temps confortables mais troublés, où il ne suffit plus de vivre la vie de nos parents. Notre environnement (technique, sociologique, économique, etc) a changé au point que nos grands parents ne le reconnaîtraient pas. Face à cette nouvelle donne, nous n’avons pas toutes les clefs.
Le danger est alors de vouloir garder celles d’antan. Mais les codes ont changé, les portes qu’ils ouvraient n’existent plus. Les clefs de lecture ont été établies pour des univers qui ne sont plus les nôtres.
Amis lecteurs, je ne vais pas vous donner les exemples que vous trouverez vous-mêmes… que ce soit dans le monde du travail (que devient la loyauté réciproque entre le chef et le subordonné, quand chacun est prié de fonctionner comme un centre de profit intérimaire, free-lance, et interchangeable) – ou encore dans l’enseignement (où l’on passe de la rareté des supports de connaissance à leur surabondance).
Je veux plutôt vous raconter cette anecdote (est-elle vraie? je ne sais) de médecins américains se disputant vers 1980 sur une série de cas atypiques: les uns penchaient pour un nouveau type de cancer, les autres pour une hépatite inconnue. Ils ne savaient pas trancher, et puis ils ont compris que leur boite-à-étiquettes ne les aiderait pas, qu’il fallait inventer un nouveau mot (AIDS en l’occurrence).
Dans ces situations, le danger est toujours de forcer les faits à rentrer dans les cases dont nous disposons, à tordre les lignes pour qu’elles correspondent à nos schémas de pensée. Bref, à chercher l’explication non pas là où elle est, mais là où elle aurait été à une autre époque, parce «à cet endroit, au moins, c’est éclairé».
Pensons à frais nouveaux le monde qui nous entoure, étant saufs les principes! faute de quoi notre traditionalisme catholique deviendrait, dans ses applications sociétales, l'égout collecteur de tous les ringardismes, de toutes les obsolescences.
Pensons à frais nouveaux le monde qui nous entoure, étant saufs les principes! faute de quoi notre traditionalisme catholique deviendrait, dans ses applications sociétales, l'égout collecteur de tous les ringardismes, de toutes les obsolescences.

